‹ Histoire général de la Champagne et de la BrieChapitre 294 sur 327 · DÉFAITE DE PICCOLOMINI DEVANT MOUZON · texte numérisé non relu

DÉFAITE DE PICCOLOMINI DEVANT MOUZON

et de Belfond, en les priant de conserver à la ville leurs bonnes grâces ; le 16 septembre, on fait à M. de Vaubécourt un nouveau présent de 6 feuillettes du meilleur vin, auxquelles on en ajoute une pour son secrétaire ; le 15 novembre, on lui adresse un autre char de vin. Ces présents ne sont pas stériles, et si parfois la ville regorge de troupes !, elle obtient des adoucissements aux rigueurs de la situation ; aussi ne se montre-t-elle pas ingrate, et envoie-telle, le 23 octobre 1639, deux caques de vin en bouteilles à Sainte- Menehould pour M. le maréchal de Châtillon et M. de Vaubécourt ?.

Châtillon avait, du reste, cette même année, bien mérité de la Champagne ; car Feuquières ayant été surpris devant Thionville par Piecolomini, et s'étant fait prendre sur ses canons en les défendant intrépidement avec sa brave infanterie (7 juin)#, le vainqueur vint mettre le siège devant Mouzon, dont la conquête devait lui ouvrir la Champagne. Mais cette bicoque, « si négligée qu’à « peine la mettait-on au nombre des places qui pouvaient faire « une médiocre défense », se comporta si bien qu’en voulant la prendre d'emblée, Piccolomini y perdit 2,000 hommes, « la « fleur de son armée ». Sur ces entrefaites accourait Châtillon avec l’armée de réserve. Redoutant une contre-partie de la journée de Thionville, le général ennemi leva son camp et se retira de notre frontière.

Pendant ce temps-là, le roi, après avoir pris Hesdin (29 juin), arrivait de la Picardie en Champagne, accompagné du eardinal. I}

1 Le 16 mai 1638, la garnison d’Epernay comprend le régiment de Brézé ) Le] Le] ?

les compagnies de Monsieur commandées par M. d'Elbenne, et des

chevau-légers de M. de Vatmon. — Le 1°* mars 1639, elle présente la compagnie écossaise et la compagnie des gendarmes de la reine. — Le

1% juillet, refusé l'entrée au régiment de Saint-Luc : on lui donnera pour sa subsistance 213 livres par jour, et il délogera dans 15 jours; il ne part que dans la seconde quinzaine d’août, et grâce à l'intervention de M. de Vaubécourt ainsi qu’au payement de 350 I.. Les dépenses d'entretien de ces troupes sont considérables. V. les Conclus. de la ville, ap. Auguste Nicaise, Epernay et l'abbaye Saint-Martin, t. If, p. 483 ct sq.

[d., ibid.

3 La gendarmerie française, forte d'environ 4,000 hommes, s’était enfuie

presque sans résistance.

traversa Rethel le 23 juillet 1639, et vint attaquer Yvoy (Carignan), « place plus incommode à la Champagne par sa situation que pour « sa force » ; l'ayant prise, il la fit raser!. De là il alla coucher à Sainte-Menehould, et se dirigea sur Chaumont, où, pour le recevoir, le maire et les échevins durent mettre en gage leur vaisselle d'argent.

De Chaumont il se rendit à Langres, où il entra le mardi 23 août à 7 heures du soir, au milieu des acclamations enthousiastes du peuple. Il ÿ passa six journées, pendant lesquelles fut célébrée sa fête (le jeudi 25) par des feux de joie et grand bruit de mousqueterie, et furent ordonnées par son Eminence la réparation des anciens remparts et la construction d’une nouvelle muraille bastionnée. Il ne quitta pas la ville (29) sans avoir occasion d'admirer « la force « et l'adresse » de ses habitants réunis en armes sur son passage : aussi bien avait-il voulu extraordinairement, pendant son séjour au milieu d'eux, qu'ils eussent seuls la garde des portes et des remparts ?. Il devait bientôt reconnaitre leur dévouement en leur accordant, par « arrest des mois de janvier et mars » 16405, «un « bailliage et siège présidial », qui furent installés le 3 juillet de l’année suivante *, par « Monseigneur maistre Jacques de Mango, « conseiller du roien ses conseils d’estat et privé, avec autant « de majesté qu'il se puisse imaginer » ; car il fit «une harangue « à la louange des Langrois autant docte et curieuse qu’il s’en puisse « rechercher d'aucune ancienne ville de l’Europe », à quoi il fut répondu par un remerciement éloquent des grâces et faveurs accordées par Sa Majesté à sa ville de Langres, et de l'honneur qu’elle lui faisait d'employer en cette affaire ledit sieur de Mango, « lequel a « eu le tout très agréable 5 ».

1 Pour ce paragraphe et le précèdent, v. Richelieu, Succincte narrat., p. 34% et 345.

2? Journal de CI. Macheret, p. 118 à 128.

8 Arch. dép. de la Marne, C 2500, fo 295.

4 Clément Macheret s'exprime d’une façon défectueuse quand il dit que Pinstallation eut lieu « lan de grâce mil six cents quarante-et-un le mer- « credi troisième jour du mois de juillet... en suitte des arrest du mois « de janvier et mars dernier ». Il fallait dire de l’année dernière (1640).

5 Journal de CI. Macheret, p. 156 et sq.

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