LETTRES ET ILLUSTRATIONS SAVANTES. D
plus cette vertu chevaleresque qui la distinguait autrefois ; les progrès de l'artillerie semblent avoir paralysé son ardeur, et nous l'avons vue, emportée par d’autres passions que l'amour du devoir, déserter plus d’un champ de bataille.
Pendant ce temps-là, l’université rémoise, dont les facultés de droit et de médecine commencèrent à fonctionner sérieusement au mois de janvier 1613, et qui compta dès lors, avec celles de théologie et des arts, quatre facultés, s’illustrait par les travaux de ses docteurs. Maitre Jean-Baptiste Buridan (né à Guise vers 1588 et mort à Reims en 1633), après avoir été étudier en Allemagne le droit romain, vint à Reims, où la faveur de la maison de Lorraine ne tarda pas à l’attacher à l’enseignement du droit. Mais il ne borna point ses études à la législation antique, et consacrant « ses heures « de loisir » au droit français, il écrivait ses Commentaires sur les coutumes générales du bailliage de Vermandois, et sur celles de Châlons, de Vitry et de Reims, travaux d'une érudition assez indigeste, mais précieux pour l’étude des sources de notre droit !.
Nicolas Jabot, Rémois et doyen de la faculté de médecine, obtenait, en 1608, l'autorisation d'acheter, avec une grande masure faisant le coin de la rue du Fouare, la maison voisine de l’école «où « pendait pour enseigne l’image de Sainte-Catherine », afin d'y bâtir « un magnifique théâtre anatomique ».
Nicolas Abraham, sieur de la Framboisière, doyen de la même faculté, était né, comme Buridan, à Guise, dans un temps (1560) où cette ville appartenait au gouvernement de Champagne *; mais
1 De ces quatre traités, Buridan ne publia que le premier ; le dernier parut après sa mort, édité par les soins de son fils André. On ne sait ce que sont devenus les deux autres. (V. sur Buridan l’intéressante notice de M. Jadart, Reims, 1884.) Au sujet de la publication d'André, on lit dans les conclusions du conseil de ville de Reims (vendredi 30 janvier 1665) que, sur la prière faite par M. le lieutenant « de vouloir luy faire « quelque gratification pour l’indemniser d’une partie des frais qu'il à « faicts pour faire imprimer le livre [de son père], conclud a esté que « le dit sieur de Buridan sera remercyé et lui sera fourni une somme « de vr livres, moyennant quoi il fournira cinquante exemplaires du dict « livre ».
? L'élection de Guise, formée, en 1595, d’une partie de celle de Laon, ne fut distraite de la généralité de Châlons qu'en 161%. (V. ci-dessus, p. 432).
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Reims le réclamerait au besoin pour un de ses enfants, car il y à passé plus de cinquante ans. Reçu docteur en 1586, il fit paraitre, cette année même, sous le titre: Le gouvernement nécessaire à chacun pour vivre longtemps en santé, le premier traité d'hygiène écrit en français, où il attribue au pain d'épice le bon teint, le corps robuste et succulent des Rémoises, et vante l’Ayÿ pour sa bonté et perfection, les Verzenay et Avenay comme pluschargés de couleur et par suite de meilleure garde. Get ouvrage, bientôt suivi de plusieurs autres, donna à l’auteur une grande célébrité. Après avoir été successivement médecin du due d’Aumale, de Henri IV et de Louis XII, La Framboisière, tombé en disgrâce, revint en 1627 à Reims, où il mourut le 8 mai 1636 t.
D'autre part, Richer de Belleval (1558-1632), de Chälons, dota Montpellier du premier jardin des plantes qu’ait eu le royaume, et mérita par ses nombreuses découvertes d'être regardé comme le restaurateur de la botanique en France.
Le chanoine rémois Pierre Coquault (mort en 1645) laissa manuscrits 5 volumes in-f° d'extraits précieux pour l’histoire ecclésiastique et civile de la cité, et qui nous ont été d’un grand secours.
VII. Les arts nous présentent aussi plusieurs noms à signaler. A Reims, l'architecte rémois Jean Bonhomme, mort vers 1627, construit l'hôtel de ville de Reims et la porte de Mars ; le sculpteur rémois Nicolas Jacques (1650), fils de Pierre Jacques, entre autres ouvrages, exécute la clôture du chœur de Saint-Remi, la statue équestre de Louis XIII et les ornements qui décorent la façade de l'hôtel de ville. À Troyes, le peintre Margaley « fait [pour la cathé- « drale, 1619-1620] le tableau où sont représentées ensemble saincte « Hélène et saincte Mastye, lequel tableau sert le jour du Pardon de « feste sainte Mastye » ; Nénet de l'Estain (Jacques) travaille également pour la cathédrale (1627-1628), décore de onze tableaux le rond-point du chœur de Saint-Etienne, et orne Saint-Urbain, Saint- Remi, Saint-Nizier de différentes œuvres, telles qu'une Assomption, l'Adoration de Jésus par les Bergers, la Mort de la Vierge et sa Présentation au Temple.
1 V. la Thiérache, journal de la Société archéologique de Vervins, t. Il, 187%, où le docteur Penant, de Vervins, a tracé la biographie de La Framboisière, — Cf, Revue de Champagne, tome XIV, p, 178 et sq.