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LES ARTS. — LA TAPISSERIE

Comme peintre verrier, Linard Gonthier, qui a commencé d’apparaître à la fin du XVI siècle, « a éclaté dans cette ville par les « beaux ouvrages qu'il à faits et qu’on voit dans plusieurs églises, « comme à Saint-Etienne, où il travailla de 1596 à 1640, à la « bibliothèque des Jacobins et dans l'hôtel des Arquebuses ». On sait que les verrières qu’il a exécutées pour cet hôtel sont maintenant exposées aux fenêtres de la bibliothèque de Troyes.

En même temps que Linard, se signalaient Jean Gonthier, son parent, qui reçut, en 1639, des marguilliers de Sainte-Savine 18 livres, « pour avoir fait plusieurs piesses painctes et relevé plusieurs « pagneaux aux verrières » ; Jean Lauchereau ou Lothereau (1616- 1636), François Baille ou Baillet, Nicolas Hudé ou Hudot, qui paraissent avoir fait plus de réparations que d’œuvres originales. L'art du peintre verrier touchait du reste à sa décadence, et le moment n’est pas éloigné où les registres des paroisses ne présenteront plus guère que des vitriers chargés de remplacer les verres de couleur par du verre blanc!.

Dans la fabrication de la tapisserie, trois villes tenaient alors le premier rang, Paris, Anvers et Charleville. En cette dernière, qui lui a dû sans doute sa réputation, un nommé Pepersack, « tapissier « du duc de Mantoue », exerçait son art avec un talent qui avait fixé sur lui l’attention des églises. Désireux de donner à sa cathédrale une suite de tapisseries pour remplacer la chapelle que lui devait tout archevêque, Henri de Lorraine conclut, le 29 novembre 1633, avec cet artiste un traité par lequel celui-ci s'engageait à venir à Reims « faire, parfaire et façonner bien et dûment en cette ville», d’après les patrons et dessins du « sieur Murgallet, peintre demeu- « rant à Troyes », qui les devait faire en détrempe, « une grande « tenture de tapisserie de haute lisse composée de douze grandes

1 V. la Bibliothèque de l'Amateur champenois, par Alexandre Assier : Les Arts et les Artistes dans l’ancienne capitale de la Champagne (1250- 1680), Paris 4876. — Nous voyons, en 1621, Pierre Jacquin reçu peintre et sculpteur par devant le bailli de Châlons, P. d'Alfeston; il avait présenté pour son chef-d'œuvre un tableau où était la représentation de N.-D de Pitié, et deux figures de S. Sébastien, lesquelles lui ont été rendues,

excepté l’une des dites figures qui est restée entre les mains du baïlli (Arch. dép. de la Marne, G 328, f° 15).

« pièces et de quelques autres petites, destinées à tapisser le chœur « de l’église Notre-Dame. Le prix fixé était de 36 livres pour cha- « cune aulne de Paris, et Murgallet devait fournir les modèles « d'année en année pendant quatre ans, moyennant 4 I. 10 s. tour- « nois pour chacune aulne en carré ». Mais plusieurs années s’écoulèrent avant que Pepersack reçüt les cartons, et vers la fin de 1639, l’archevéque, pour rechercher la main de sa cousine sans avoir résigné ses dignités ni ses bénéfices, voyait ses revenus mis sous séquestre. Toutefois le chapitre ne devait pointsouffrir de ces contretemps, et, le 17 août 1641, les dernières pièces de tapisserie lui étaient remises.

De l’œuvre de Pepersack il ne reste plus que onze grandes tapisseries et six petites, autrefois fort admirées, mais moins dignes de l’être que les cartons de Murgallet, conservés à l’Hôtel- Dieu ; car, tandis que ceux-ci « méritent l’estime des connaisseurs « par la calme harmonie des tableaux, par la noblesse des têtes et « des attitudes, par la vigueur, la correction du dessin », les tons des tapisseries se sont de plus en plus affadis, « et les physio- « nomies, les vêtements, les ornements, les fleurs, n’ont pas « gagné en délicatesse ce que le temps leur a enlevé en éclat et en « netteté ».

Pepersack avait été secondé dans ses travaux par Jean Guerlet, Jean Perclas et Guillaume Awerckerk. Après lui, Pierre Damour, un de ses élèves, soutint avec éclat la réputation de la fabrique rémoise. Pierre de Son formait avec Jean Boudet, tapissier du roi à Paris, une association qui montre que Reims tendait à se substituer de plus en plus à la capitale pour la tapisserie. C'était un art que les Rémois prisaient fort, et que leurs goûts fastueux ne contribuèrent pas peu à encourager et à développer {.

1 Loriquet : Les Tapisseries de Notre-Dame de Reims, p. 35 et sq., et 139 et sq.

De la noblesse maternelle en Champagne.

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