‹ Histoire général de la Champagne et de la BrieChapitre 32 sur 327 · CAPTIVITÉ DU ROI. — MESURES PRISES PAR LA REGENTE · texte numérisé non relu

CAPTIVITÉ DU ROI. — MESURES PRISES PAR LA REGENTE

poids de 8mares dus à Jean de Bénigne, orfèvre de Paris, en même temps qu'avaient été présentées à la comtesse 4 douzaines de serviettes et 4 belles nappes de lin. Le 23 juillet suivant, il avait pris avec grande pompe possession de la ville de Troyes ; toute la population était allée au-devant de lui, etil avait reçu en présent un cœur d’or semé de larmes, qui s’ouvrait et laissait voir un saint Claude et un saint Antoine en argent, le tout du poids de 40 mares. Il nese rendit pas à l’appel de la régente sans avoir pourvu à la défense de la Champagne le mieux possible et sans y rien oublier » !.

Madame Louise s’empressa également d'annoncer aux bonnes villes la captivité de son fils ; elle écrivit particulièrement, le 9 mars, aux habitants de Troyes, en les exhortant à prendre à cœur les affaires du roi et celles du royaume ; bientôt après, elle leur envoyait un commissaire spécial chargé de leur communiquer ses instructions. En conséquence de celles-ci sans doute, le conseil de ville se déclarait en permanence et déléguait, vu l’urgence des mesures à prendre, une partie de ses pouvoirs à quelques-uns de ses membres ?, Ainsi en alla-t-il à Reims, où, le 48 avril 1525, sur les remontrances du procureur, on conclut d'annuler et casser le conseil ordinaire, et de le remplacer par « un conseil de « 18 personnaiges, qui représenteront doresnavant la totalitté de la « ville et communaulté de Reims ».., et agiront tout comme « si la « dicte ville et communaulté estoit assemblée* ».

La régente sut en même temps intéresser les alliés de Charles-

orphèvre et aultres veullent estre payez » (Arch. mun. de Châlons, BB, a, 1524).

1 Il défendit particulièrement d'exporter des blés de la province (Arch. de Châlons, BB 7, f° 415).

2 Boutiot, p. 330.

8 Arch. législ., ibid., p. 865.

A partir de ce moment, dit M. Varin (t. I°", Æsquisse histor., p. 14), « laristocratie bourgeoise, qui, pour neutraliser dans le conseil [de ville] l'influence du capitaine, l’aristocratie féodale, qui, pour y assurer sa propre influence, s'étaient l’une et l’autre appuyées sur le peuple, victorieuses maintenant, repoussent le peuple et demeurent seules à la tête des affaires ». Les assemblées générales ne reparaîtront plus que pour aviser

au fait des finances.

Quint au salut de la France, en leur représentant celui-ci comme le salut de leur propre indépendance, menacée par les progrès effrayants de la maison d'Autriche. Henri VIIL, roi d'Angleterre, l’assura de sa neutralité (30 août), et Louise n'eut rien de plus pressé que de demander aux principales villes du royaume la ratification du traité qu’elle avait fait avec ce prince. C’est le 2 octobre que Reims reçoit ses lettres. Vu le cas, on convoquera pour le lendemain une assemblée générale ; mais, le 3, on n’est pas en nombre ; il faut que les connétables aillent convoquer les habitants à domicile, en les menaçant d’une amende de 40s. p. ; neuf cents répondent à l'appel des connétables, et décident, après avoir entendu la lecture de la ratification faite par Paris, qu’il en sera passé une semblable sous les sceaux de l’échevinage. Le conseil est lent à remplir son mandat : il semble qu'il lui répugne d’assumer sur lui la responsabilité d’un tel engagement ; aussi, le 3 novembre, reçoit-il de nouvelles lettres de la régente, qui presse la ville de ratifier le traité, en lui promettant de la garantir de tout dommage. Mais, le 11, le conseil hésite encore. Avant de ratifier, il consultera le gouverneur, Claude de Guise. Le 20, grande assemblée de douze cents personnes. La semonce a été faite par un sergent de forteresse, accompagné d’un notaire royal. L’amende était de 10 livres tournois. On arrête enfin que, selon l’ordre de la régente et l'avis du gouverneur, le conseil ordinaire ratifiera le traité de paix.

Gependant la rançon du roi et celle de ses enfants, que le traité de Madrid (1526, 14 janv.), en rendant François à la liberté, laissait comme otages à l'empereur, allaient imposer à la France de nouvelles charges. Invités en avril 1528 à payer pour ce double objet la somme de 10,000 livres, les Troyens essaient vainement de faire valoir leur misère et la dépopulation de leur ville ?, vainement de s'appuyer du crédit de M. de Guise pour obtenir une réduction de moitié : il la leur faut acquitter tout entière, malgré le don qu'ils ont fait, l’année précédente, d’une somme de 3,000 livres, et les pertes continuelles que leur font essuyer les courses des garnisons voisines et des mauvais garçons qui péllent et mangent les campagnes (1525-1528) 5.

! Arch. de la ville de Reims, par Varin, Statuts, 1° vol., p. 866. ? Boutiot, p. 330 et 331.

do UP : % : Le : :

3 Elle était depuis l'incendie de 1524 presque inhabitée, et le roi avait

Page 1