‹ Histoire général de la Champagne et de la BrieChapitre 33 sur 327 · SACRIFICES POUR LA RANCÇON DU ROI · texte numérisé non relu

SACRIFICES POUR LA RANCÇON DU ROI

À Reims, c’est le 17 juin que sont lues, en Assemblée générale, par l'archevêque commissaire du roi, les lettres royaux qui demandent la même somme. Comme aux Troyens, elle parut bien lourde aux Rémois, après le don qu'ils avaient fait au roi, depuis un an, de 3,000 livres tournois et de la moitié des deniers communs montant à 1,500 livres tournois : on enverra en hâte à Paris pour savoir à combien cette ville et les autres sont taxées, et, quoi qu’il en soit, on tàchera d’avoir diminution. —(23 juin) On adressera d’ailleurs au gouverneur un mémoire qui rappellera les charges et la pauvreté de la ville. Le Procureur chargé de le remettre verra ce qu'on dit et fait en cour, et ne se hâtera en rien. S'il voit que le meilleur expédient soit d'offrir une partie de la somme pour être déchargé du reste, il le fera. Prenant l’avis du gouverneur, et offrant, 3, 4 ou 5,006 livres tournois, il ne passera pas 6,000 livres... A lafaveur de ces négociations le temps s'écoule ; mais, le 28 février 1529, le roi insiste pour avoir ses 10,000 livres ; on lui répondra que la ville n’en a octroyé que 6,000, et on offrira centécus à un serviteur du chancelier, pour qu'il obtienne remise de la différence. -— (14 mars) On ira également vers le grand maître pour avoir diminution des 10,000 livres et on lui offrira trois poinçons d’excellent vin. Tant de sacrifices recevront sans doute leur récompense, et, en effet, le 23 août, le duc de Guise ‘ annonce qu’enfin il a obtenu modération des 10,000 livres à 6,000. Mais voilà que, le & mai 1531, on apprend que les deniers de la ville sont saisis à cause de4,000 livres non payées, et le 30 juillet suivant, le duc de Guise confirme l'obligation d’acquitter la somme entière. Enfin on s’y résigne ?.

Le Chapitre montra, dans cette circonstance, plus de diligence et de générosité, car il se porta de lui-même à un sacrifice que le roi avait vainement sollicité quelques années auparavant (12 juillet 1529) 3. Sa Majesté entendait alors leur emprunter 50,000 livres en

dû mander, le 18 février 1526, au bailli de la ville de contraindre les propriétaires à reconstruire leurs maisons, et de s'occuper activement de la repopulation decette cité (Arch. dép. de l'Aube, GG 1, liasse 1).

1] l'était depuis 4527, que le roi avait érigé la seigneurie de Guise en duché.

2 Arch. lègist., Statuts, t. 1e", p. 868 à 875.

3 Marlot, t. IV, p. 277.

monnaie ou en joyaux. De mounaie il ne pouvait être question pour lemoment : la guerre les avait fort appauvris; quant aux joyaux, « le roi, dirent-ils, peut, s’il lui plaît, disposer de notre trésor ; « mais, pour nous, nous regarderions comme un sacrilège de con- « vertir à notre profit des objets consacrés à Dieu ». Gette fois le cas était grave et bien fait pour émouvoir leur patriotisme : ils ne balancèrent pas, et pour la rançon des enfants de France ils vendirent plusieurs reliquaires précieux de l'église de Reims.

Du moins on jouissait de la paix. L'abbé de Beaulieu (en Argonne), qui s'était déclaré bourguignon, etqui avait attiré sur lui les armes du gouverneur de Champagne, avait dû se soumettre etrentrer dans le devoir (juillet-août 1528) '.

Bientôt après de nouvelles hostilités en Ttalie, accompagnées de nouveaux revers, François [# avait signé avec Charles-Quint le traité de Cambrai (5 août 1529), et grâce à ce traité, qui, tout honteux qu'il était, fut partout accueilli par de grandes réjouissances, et que Reims célébra, le 27 août, par une procession générale et un Te Deum solennel ?, la France, soulevant le poids de ses misères, se plaisait à respirer, en soignant ses plaies et en conjurant le fléau que la guerre traîne à sa suite.

La peste avait affligé Châlons de 1516 à 1522, en dépit des mesures rigoureuses du conseil de ville, telles que la fermeture des maisons contaminées et l’emprisonnement de ceux qui en sortaient, la défense faite aux mendiants d'entrer en ville (28 mai 1516), aux bouchers de laisser les acheteurs toucher les viandes étalées autrement qu'avec une baguette blanche (7 juin) *, aux malades d'aller aux

1 Arch. munic., BB, a. 1528. 5 ans plus tard (21 février 1533), la ville de Châlons acheta sept pièces d'artillerie proven ant du siège de Beaulieu, savoir : 6 petits fauconneaux pour 2,937 L., et la grosse couleuvrine bâtarde pour 1,100 L., «au bout de laquelle il y a une hure de sangle etau-dessus les armoiries de la Marche » ; en tout, 4,037 1. La première pièce pèse 62 1., la 2° 488 1., la 3° 512 L., la 4° 500, la 5° 475 et la 6° 500 (Ibid., ann. 1533).

? Il fut ratifié à Laon, le 9 novembre, par les états du bailliage de Vermandois.

3 Le 44 juillet suivant, il décidait qu’on ferait venir le s' Jean Villette, barbier-chirurgien de Château-Thierry, pour soigner les pestiférés, et qu’il lui serait donné 100 s. t. de gages par mois.

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