JEU DU MYSTÈRE DE LA PASSION
églises sous peine d’en être chassés à coups de perches, de bâtons et même de couteaux (20 juin 1522). Le conseil quise montrait si peu tendre à l’égard des victimes de la peste, s'était réuni à Matougues, le 21 octobre 1521, pour décider qu’il ne se réunirait plus avant la cessation du fléau. Il laissait à M. de Brouville, capitaine pour le roi, le soin de protéger la ville contre les bandes de voleurs qui la parcouraient la nuit, enfonçant les porteset pillantles maisons.
C'est en voulant prévenir l'invasion de la peste, dont elle avait plus d’une fois souffert, que la ville de Troyes vit, en 1599, éclater une « émotion et mutinerie populaire ». Elle avait interdit l'entrée des laines et du vieux linge, et la draperie, la papeterie étaient immédiatement tombées en souffrance. Réduits à mendier de porte en porte, les ouvriers en étaient venus à proférer contre la bourgeoisie des paroles menaçantes. Il fallut rapporter la mesure, qui, en prohibant les matières premières, ruinait leur industrie !,
Mais la peste a disparu, la misère a moins de rigueur, et dans ces temps malheureux où la moindre éclaircie suffisait à épanouir les cœurs, les voici prêts à s'ouvrir à la joie. Les confrères de la Passion sont venus à Troyes (1531), et ils se proposent de jouer le mystère de la Passion. Le roi et la reine pourraient bien se trouver à la représentation : il en est bruit, et l’échevinage enverra à Fontainebleau pour s'assurer des intentions de Leurs Majestés. Mais, s’il faut renoncer à l'espoir de posséder le roi, le duc de Guise prendra sa partde la fête avec son fils et les gentilshommes de sa maison. On déploya grand luxe pour la circonstance, et les confrères firent en grande pompe la montre de tout le personnel du mystère. Le théâtre avait été dressé au Palais-Royal. La représentation ne dura pas moins de cinq jours, pendant lesquels le guet parcourait la ville, veillant à la sûreté publique ?.
À Reims, ce sont quinze bourgeois qui, le 21 septembre 1530, ainsi que nous l'avons vu, prennent l'initiative et demandent au Conseil, en considération de ce qu'on est « en bonne paix, la ville « et pais purgé d'infection de peste, et le poure peuple en repos »,
1 Boutiot, t. I, p. 342.
? Id., ibid., p. 345. Il y eut également à Châlons représentation du mystère de la Passion à la Pentecôte ; mais nous ne connaissons que les précautions prises par la ville pour éviter toute surprise.
l'autorisation « de faire jouer par personnaiges le très-haut mistère « dela Saincte Passion de Nostre-Seigneur ». Le conseil leur permet de représenter ledit mystère, mais Q à leurs frais et despens, périls « et fortunes » : ils pourront toutefois « lever quelques deniers « raisonnables sur ceulx qui là vouldront venir, pourveu qu'ils « fassent jouer le mystère bien et honnestement, tant à l'honneur « de Dieu, de la ville, que à l'exemple du peuple... ». En conséquence, et sur la demande des suppléants, le conseil, par délibération du « 7 octobre suivant, décide qu'il leur sera donné quelques « figures et pourtraitures » faites, treize ans auparavant, pour servir au mystère projeté. Le conseil arrête ensuite, le 25 mai 1531, relativement à la taxe des assistants, que « ceux quiiront sur les « échafauds payeront 3 d. t.,et ceux qui auront chambres, chaque « fenestre leur coûtera 40 st. ». Les maîtres du mystère payeront, de leur côté, 12 hommes pour faire le guet dans la ville pendant la représentation, durant laquelle il ne restera que deux portes ouvertes.
Il faut convenir que, pour un tel régal, la ville ne se mettait pas en grands frais. Mais voici que, le 12 mars 1533, elle reçoit avis du prochain passage à Reims du roi, de la reine et du dauphin. Aussitôt sont arrêtées les dispositions à prendre pour la circonstance. Elles ne demanderont pas moins de 4,000 livres tournois, que payeront tous gens d'église, nobles et bourgeois, « le fort por- « tant le faible ». Les corporations de métiers seront représentées par un certain nombre de gens, pour qui les peintres sont conviés à soumettre divers portraits ou modèles d’habillements ; mais les peintres, pas plus que les menuisiers, n’abuseront de l'urgence de leurs services. Les premiers demandent 12 s. &. par jour, et les seconds 10 s. t. ; ils auront, ceux-ci 6 s. t., ceux-là 10 s. t., et ils besongneront tous à ces prix sous peine de prison. On se procure neuf éambourins el trois fiffres, que la ville habille àses frais, et on retient les six hautbois de Château-Thierry. Le palyon ou poële destiné à être porté au-dessus de la reine devait être de toile d'argent, mais il ne s’en trouve pas : on le fera de damas aux couleurs de la reine, et s’il n’y a pas de damas, de satin de soie. Des mystères
1 Arch. législ., Statuts, t. Ier, p. 870 et 875. La représentation eut lieu le 26 mai.