CRÉATION ET REVUE DE LA LÉGION
garnison comme #mortes-paies dans les places fortes du royaume. Un anneau d’or récompensera les actions d’éclat?.
Leslégions portaientlesnoms des provinces oùellesse recrutaient : il y eut une légion de Champagne et Nivernais, comme une légion de Normandie, de Picardie, etc. Quand elles furent prêtes, le roi « voulut bien aller visiter les prochaines de lui », et commença par celles de Normandie (mai 1534) et de Picardie (juin). L'année suivante, Reims recevait avis, le Le juillet 1535, que le roi se proposait de venir prochainement dans ses murs pour la montre des hommes d’armes et des légionnaires de la Champagne, quiavaient pour colonel Antoine I de Luxembourg, comte de Brienne et de Ligny‘. Il
1 Nous trouvons l’année suivante, 1535, une ordonnance royale du 6 septembre prescrivant de verser 975 I. t. gowr la solde des 65 mortes-
payes de Champagne pendant le premier quartier de la présente année.
(Catalogue des Actes de François 1°", t. LM). L'ordre serenouvelle de quartier en quartier, ce qui donne pour l’année une somme totale de 3,900 I., soit pour chaque morte-paye 60 1.
2 V Isambert, Anciennes lois françaises, t. XII, p. 390. — CF. Boutaric, Instit. milit. de la France, p. 335, en ayant soin de substituer 1534 à 1524. — Martin du Bellay, p. 284.
3 Martin du Bellay, ibid.
: C'est dans ces circonstances, que le conseil de Châlons recoit, de son côté, l'avis de la prochaine arrivée du roi. On arrête aussitôt (4 juillet) que la ville offrira à Sa Majesté 10 poinçons de bon vin d’'Ay, du meilleur que lon pourra trouver ; à la reine, 12 douzaines de fines serviettes ouvrées et 6 grandes nappes de lin ouvrées ; au dauphin, un courtaud en bon équipage. Il y aura cent hallebardiers, cent piquiers et les gens de justice bien montés. Les 500 hommes de la milice seront vêtus en blanc et noir. On fera 4 mystères : à la porte, au carrefour Notre-Dame, devant la maison de ville et devant l’'Hôtel-Dieu.
Les 11 et 12 août suivants, on décide qu’il sera offert une coupe d’argent au roi, une à la reine et une au dauphin. Enfin, le 23 août, on conclut qu’en offrant le présent à la reine, on la suppliera « de vouloir estendre sa grâce de ériger un siège de Vermandois audit Chaalons pour le soulaigement du peuple et aussi pour laugmentation de la cyté et de vouloir confirmer les arretz coustumiers de ladite ville selon que d'ancienneté on en à usé et que la coustume dudit Chaalons le porte ».
Les Comptes de la ville (CC 71) témoignent qu'il fut fait grands frais pour la réception de la reine, en l’honneur de qui furent représentés les
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y arriva, en effet, dès le 3 août, par Coucy et Fère-en-Tardenois, et il y séjourna jusqu’au 9.
Ce fut pour la ville une occasion de nouvelles dépenses, mais aussi pour les notables marchands une raison de demander à François Ie la confirmation de deux nouvelles foires franches — outre celles de Saint-Remi et de la Couture — lesquelles leur avaient été octroyées en avril 1521, mais dans la jouissance desquelles les fermiers des aydes les avaient jusque-là troublés. Le roi, par lettres du 22 août 1535, datées de Bar-le-Duc, les remit gracieusement en possession du privilège qu'il leur avait accordé, et les foires, de trois jours chacune, furent placées l’une à l’Epiphanie, l’autre à la Madeleine !.
Un mois environ après la montre, une lettre du roi, datée de Loupy-le-Château, le 18 août, prescrivait à la ville de recevoir en dépôt les armures de la légion de ses pays de Champagne; elles consistaient «en 1,685 devants de hallecrets, 1,671 derrières de « hallecrets, 1,901 avant-bras, 1,500 salades, 942 gorgerins ». Ce dépôt n’était pas sans présenter quelques inconvénients : menacée de voir sa tranquillité troublée par la présence continuelle des gens de pied, la ville faisait d’abord difficulté d'en prendre la charge : elle finit cependant par l’accepter. Arles éprouva, l’année suivante
mystères du bancquet Peleus (les noces de Thétis et de Pélée). Le 10 novembre suivant, tous comptes faits, les frais sont arrêtés à 1,040 I. (Registre des Conclusions).
1 Arch. lég., Statuts, t. I, p. 884. — Les deux dernières foires sont les foires royales ; les deux anciennes, les foires féodales (V. ïid., ibid., p. 942). Celles-ci n’ont jamais rien eu de commun avec les fameuses foires de Champagne jusqu’au règne de Charles VII, où par suite de la franchise dont ce prince les dota le 16 juin 1455, elles furent comprises sous cette dénomination, bien qu’elles continuassent d’être grevées de quelques redevances accessoires envers les seigneurs qui les avaient fondées. Quant aux foires du XVIe siècle, qui étaient d’origine royale, affranchies de l'impôt royal, elles furent franches comme l’étaient les foires de Troyes, de Provins, etc., anciennement réputées foires de Champagne. Elles reçurent une confirmation spéciale du roi Henri Il, en août 1547, ce qui n’empêcha pas lavidité des fermiers d'apporter de nouvelles entraves à la franchise absolue de ces institutions : mais celleci leur résista avec l'appui de la royauté.
1536. MUTINERIE ENTRE CHAMPENOIS ET ITALIENS. la
(août 1536), ce que valaient ces hommes une fois la tête échauffée. Jean d’Anglure, seigneur de Jour, y commandait mille Champenois, et avec lui résidait le prince de Melph à la tête d’une compagnie de 3 à 400 arquebusiers italiens. Pendant une absence de ce seigneur, l’un des Champenois se prit de querelle avec un Italien. Des injures on en vint aux coups ; puis bientôt les deux compagnies prenant parti pour les champions, la mêlée devint telle, et la lutte si acharnée qu'il resta de 60 à 80 combattants sur le terrain. Animés par le succès, les Champenois poursuivent les Italiens jusque dans la demeure d’un seigneur de leur nation, et s’emparant d’une pièce d'artillerie, la braquent contre la porte. Il fallut, pour apaiser cette mutinerie, l'intervention des chefs ; encore d’Anglure eut-il quelque peine à se faire obéir. « Peu y valut son crédit » ; il « estait de sa « personne gentil compagnon et de bonne volonté, mais très mal « accompagné de gens ». Il dut en livrer deux des plus mutins aux mains de l'autorité, qui les fit pendre aux gouttières de lhôtel de ville ; le reste fut envoyé au camp d'Avignon, puis licencié et déclaré « indigne et inhabile à jamais de prendre soulde au service « duroi ». D’Anglure en fut « fort malade. »
L'exemple était sévère, mais nécessaire : l'empereur était au cœur de la Provence, qu’il avait envahie le 25 juillet 1536, et pendant ce temps, la Picardie était attaquée par le comte de Nassau. Menacée de ce côté, la Champagne s'était mise en défense ?, tout en
1 M. du Bellay, p. 409 et A0.
2 Sens, à la suite de la visite du roi, en mars 1536, travaille‘à l’achèvement du boulevard de la porte Saint-Didier, commencé en 1513 (Hist. de Sens, p. 173). — Reims faittravailler, dès le 48 maï, à ses remparts, surtout du côté du Château de Mars, et y emploie, de préférence aux étrangers, tous les pauvres ménagers et autres gens de la ville. (Arch. tégist., ibid., p. 885). — Châlons reçoit deM. de Guise l’ordre d’envoyer à Mouzon 50 arquebuses ct une tonne de poudre. (Dom François, Histoire manuscrite de Châlons). Le conseil fera venir de 4 à 6 lieues à la ronde les corvées nécessaires pour les fortifications (5 juillet). Elles travailleront de 5 à 11 heures du matin et de 4 à 6 heures du soir (8 juillet). On décide la démolition des chapelles Sainte-Croix et Sainte-Catherine (4 août) ; puis l'abattage des arbres et autres obstacles qui empêchent la vue jusqu'à demi-lieue autour de Châlons (12 août).
donnant satisfaction soit aux demandes multipliées d'emprunts que lui adressait le roi, et aux avances qu'il sollicitait sur les impôts ordinaires t, soit aux réquisitions de vivres ou de munitions que lui faisaient tantôt l’autorité militaire, tantôt les garnisons voisines ou les troupes de passage?. Mais, la Provence une fois évacuée par l’empereur (23 septembre 1536), François [°° put donner ses soins aux affaires du nord, et diriger sur la Picardie une partie de l’armée d'Avignon. Lui-même entra en campagne à la fin de mars 1537 avec son lieutenant général Montmorency, et ravagea l’Artois. Malheureusement, comme impuissant à soutenir cet effort, ou plutôt impatient de retrouver ses plaisirs, il rentra à Paris (mai) au moment où allait apparaître l'ennemi. Celui-ci, nombreux et ardent à venger les excès commis par l’armée française, les fit particulièrement expier à la garnison de Saint-Pol, imprudemment laissée dans une place ouverte : après l'avoir massacrée presque tout entière (15 juin), il poussa vers Thérouane et y mitle siège. Mais alors apparait Montmorency avec une nouvelle armée. On s'attendait à une bataille, ce fut.une trêve de dix mois qui, de ce côté, mit fin aux hostilités (30 juillet),en même temps qu'aux nouvelles alarmes où elles avaient jeté la Champagne, malgré le soin qu'avait pris le duc de Guise de « donner ordre à la seureté et conservation de la
1 Boutiot, t. Ill, p. 369. François emprunte successivement à Troyes 25,000 liv., 50,000 liv., 14,400 liv.
2 Les lansquenets de Guillaume de Furstemberg, dont François Er confia la conduite à François de la Parvillière par lettres datées de Compiègne lé 7 mars 1537, font savoir, le 47, au conseil de ville de Châlons qu'ils traverseront le pays au nombre de 1,000 à 1,200 d’après l’itinéraire suivant : de Sermaize à Vanault-le-Châtel, de Vanault à l'Epine et Courtisols, de Courtisols à Sept-Saulx, de Sept-Saulx à Reims, de Reims à Laon (Vitry, 17 mars). On enverra à L’Epine 2,000 pains, 100 carpes, 12 brochets et un minot de sel (Concl. du 49. mars). On était alors en temps de carême et dans la semaine de la Passion. Deux mois plus tard (29 mai), Valentin de Savigny recevra commission pour fournir dès le lendemain 12,000 pains, 30 poinçons de vin, 12bœufs, 20 moutons et 10 veaux (Arch. munic., BB 8).
Nous retrouverons plus tard Farstemberg au service de l'Allemagne; il se fera prendre dans l'invasion de la Champagne, en tentant un gué pour l'Empereur un peu au-dessous de Châlons.