‹ Histoire général de la Champagne et de la BrieChapitre 37 sur 327 · LES IMPÉRIAUX EN PICARDIE. — TRÈVE · texte numérisé non relu

LES IMPÉRIAUX EN PICARDIE. — TRÈVE

« lisière de son gouvernement du costé de Mézières, de Mouzon et « autres » !.

Enfin on peut respirer. Mais la suspension d’armes est courte, et pour assurer le maintien de la paix, il convient, écrit le roi aux habitants de la ville de Reims, de se mettre en état de résister : on poursuivra donc la réparation des remparts, et l'on donnera 19 d. par jour aux gens des villages qui travailleront à corvées, 20 d. à ceux qui viendront offrir leurs services aux habitants de la ville (5 août 1537)°. Ainsi le roi avait-il, au mois de mai précédent, autorisé Pont-sur- Vannes, au bailliage de Sens, à s'entourer de murs et de fortifications.

D'ailleurs, on se battait toujours en Piémont et les affaires du roi n'y étaient point brillantes ; Turin était étroitement bloqué et réduit à la dernière extrémité. Devenue libre, l’armée du nord put y être envoyée, et Montmorency, forçant le pasde Suze (31 octobre), qui passait pour inexpugnable, vit l'ennemi, déconcerté, lâcher sa proie et lui abandonner la possession du Piémont. Ce brillant succès, joint aux terribles effets de l'alliance de François Le avec Soliman, finira par ineliner Charles-Quint à la paix.

En attendant ce moment, se multiplient les mouvements de troupes et les réquisitions de vivres : les passages des lansquenets sont continuels, leurs exigences onéreuses, et les villes ne négligent rien pour en faire partager le fardeau aux villages voisins. Voici dix mille lansquenets qui, de passage à Rigny-le-Ferron, le 11 janv. 1538, pour se rendre de la Bourgogne en Picardie, demandent à Troyes « cent poinçons de vin, vingt mille pains et autres grosses « et excessives munitions ». Quand ils repasseront en mai suivant,

! Dès le 18 juin, le conseil de Reims avait fait réviser les rôles des 36 connétables et remettre à chacun des 36 capitaines 4 hacquebutes à croc, 4 buires de poudre et 50 boulets destinés à l'armement des tours. Le 2 août suivant, dans l'incertitude où l’on était encore des événements, il décidait qu’on prendrait à gages 30 hommes « se connoissant à l'artillerie, » et prescrivait à chaque abbaye de se procurer un moulin à bras ou à cheval. Lui-même devait se réunir tous les jours (Arch. législ., Stat., p. 886, 887).

? Arch. législ., p. 887.

3 Id., ibid., 8 mars 1538.

ilne leur faudra pas moins de 500 muids de vin, 40 bœufs, 400 moutons et 30 muids de froment!.

Puis vient du gouverneur de la Champagne un ordre, daté de son camp devant Hesdin, 13 avril 1538, qui appelle sous les armes pour le 15 mai suivant « tous les gentilshommes et autres nobles per- « sonnes, tenant fiefs et arrière-fiefs, sujets au ban et arrière-ban » de son gouvernement?

Tant de dévouement et de sacrifices ne pouvaient être perdus. Charles-Quint ne les ignorait pas ; il avait pu juger de la vitalité et de l'élan vigoureux de la France, autant que de l'énergie de sa résistance, et lui, il se trouvait enchainé par une pénurie extrême, ne trouvant plus à qui emprunter, et voyant ses armées impayées prêtes à se révolter. En présence de cette situation, il se décida à accepter les offres de médiation du pape Paul III, et des négociations conduites à Nice entre les deux rivaux par le souverain pontife, sortit, le 18 juin 1538, une trève de dix ans.

François Le et Charles-Quint n’avaient pas voulu se voir à Nice, et moins d'un mois après (14 juillet), ils se jetaient dans les bras lun de l’autre à la grande joie de la reine Eléonore.

Bientôt Charles se plaisait à renouveler au roi en termes formels sa promesse de la cession du Milanais (Le février 1339), et François, toujours généreux et confiant, lui livrait, pour ainsi dire, ses secrets et ses alliés, en attendant qu'il le reçût ex grande Mmagnificence dans ses Etats (20 novembre).

Moins de deux mois avant la conclusion de la trêve, le conseil de Reims avait été saisi (11 avril 1838) par le général des finances d'Outre-Seine et Yonne et Picardie de lettres royaux, datées de Moulins, 14 mars 15385, par lesquelles leroi de France, « pour résis- « ter » à l’empereur, qui « refuse la paix tant de fois offerte », encore bien qu’il n’ait « pu mettre à exécution ses damnées entre- « prises », et considérant que, pour raison de l'insuffisance des aides et tailles, il y a nécessité de «s'adresser aux villes franches »,

! Boutiot, t. IL, p. 370.

Arch. législ., ibid., p. 888.

3 1037 V. S. — C’est par erreur que Varin place la délibération du conseil de Reims au 41 avril 1538 (V. S.): il faut lire 1537 (V. S.). Ce

LYS “: Us : Q Là n'est pas du reste la seule inexactitude de date que présentent les pages

887, 888 et 889 des Archives législ., Statuts, t. Ker.

Page 1