LA GUERRE SE RALLUME
annonçait que, « les princes du sang et conseil privé ayant été assem- « blés », on avait « résolu lever vingt mille hommes de pied sur « les bonnes villes, cinq mille quatre cent soixante-cinq sur la « généralité d'Outre-Seine, ce qui fait par mois 32,790 1. », laquelle somme serait versée chez le receveur des tailles, et exigible des villes franches «par prises et saisies ». « L'affaire était urgente, « et le roi de sa pleine autorité s’en réservait seul la connais- « sance ! ».
Siles démonstrations d'amitié dont les deux frères donnèrent ensuite le spectacle aux populations purent faire croire aux villes intéressées que le sacrifice qui leur était demandé leur serait épargné, elles ne gardèrent pas longtemps leurs illusions ; car un amer contraste ne tarda pas à se manifester entre les engagements de Charles et l’accueil qu’il fit aux envoyés du roi qui venaient les lui rappeler, après la ruine des libertés gantoises. L'impudence avec laquelle il les nia, et le soin qu'il prit de ruiner à jamais les espérances de François en faisant à son propre fils Philippe [let à sa descendance mâle donation perpétuelle du duché de Milan et du comté de Pavie (oct. 1540), ne pouvait manquer de rallumer la guerre. L'empereur en précipita encore l’explosion en faisant assassiner dans le Milanais deux agents du roi de France (2 juillet 1541).
Cette guerre?, que le roi François, indignement outragé, ne déclara que le 12 juillet 1542 par un manifeste plein de « grosses « et atroces paroles», et qui s’ouvrit dans le nord, fut naturellement pour la Champagne une cause de graves préoccupations.
Plus d’une localité ouverte n'avait pas attendu cette déclaration pour solliciter la permission de se fortifier : Barbonel’avait obtenue dès le mois de décembre 1538 ; Séant-en-Othe (auj. Bérulles), au bailliage de Troyes ; Sièges, au bailliage de Sens, dans le mois de janvier 1539. Au premier avis qu’elles reçoivent du péril qui menace la province, les villes se mettent en garde. Châlons distribue ses bourgeois par cinquantaines « pour servir en cas d'attaque », et appelle nombre d'hommes des villages des doyennés voisins à tenir garnison dans ses murs; Troyes dresse sur ses remparts tous ses
1 Arch. législ., ibid., p. 888.
2 Cest la quatrième qui va de 1541 à 1546.
3 Dom François, Hist. manuscrite de Chélons. — Le roi y fait trans-
bâtons à feu et met en place ses canons!. Les préoccupations s’aggravent encore des suites de l’ardeur inconsidérée du due d'Orléans, lorsque, dans l'espoir d’une bataille qui ne se donna point, il court avec une partie de ses troupes dans le Roussillon, laissant ses conquêtes exposées aux entreprises d’un ennemi devenu par là bien supérieur en forces à l’armée française. Claude de Guise, refoulé de poste en poste, se trouvait sur le point d’être abandonné par ses soldats faute de paye. Près de succomber et sans ressource du côté du roi, il eut recours à la ville de Reims (juin), et celle-ci, en lui envoyant de l’argent?, des munitions et des vivres, le mit en état de finir glorieusement la campagne.
Mais ce fut en 1543, lorsque, voyant l'influence française déjouer ses desseins sur l’Ecosse après la mort de Jacques V (déc. 1549), Henri VIIL fit alliance avec Charles-Quint, que le danger devint sérieux pour la Champagne. En présence de ce danger, François, qui l'avait vu poindre et qui avait plus d’une fois éprouvé l’indiseipline des légionnaires *, en même temps qu’il n’ignorait pas les sentiments de la noblesse à l'égard des paysans armés {, sans toucher aux Cadres qu'il avait formés en 1534, se décida à commuer le service des vilains er argent, « et appelle-t-on cette taille, dit « Vieilleville en ses Mémorres, la solde de 50,000 hommes de pied,
porter de Paris 4 canons et 65,000 livres de poudre (Lettre datée d'Eclaron le 13 juin 1342, au Registre des Conclusions).
4 Boutiot, t. Ill, p. 383 : 8 chevaux pour tirer les canons simples, 17 pour les doubles. Ici d’ailleurs « on redoute les boutefeux ; on signale des maisons marquées d’une croix de Saint-André, faite avec rouge ».
210,000 liv. (Marlot, p. 303).
de la craie
« Cétaient, dit de Vieilleville, les troupes les plus mal monde ».
4 « Les gentilshommes de France, dit l'ambassadeur vénitien Francesco Giustiniano (1537), se sont plaints plusieurs fois à Sa Majesté de ce qu’en mettant les armes aux mains des paysans, désobéissants et rétifs.
disciplinées du
elle les avait rendus Elle avait dépouillé la noblesse de ses privilèges, en sorte que les vilains deviendraient bientôt gentilshommes et les gentilshommes vilains ». (Relat. des ambassad. vénitiens, t.{er, p. 184,
dans la collection des Documents inédits. — NV. Henri Martin, t. VII, p. 22).
gg mm mm