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ÉTABLISSEMENT D'UN CAMP A JALONS

commandait l’armée des Pays-Bas, s'était emparé de Luxembourg (29 mai), de Commercy (14 juin), où il franchit la Meuse, et du château de Ligny sur l’Ornain (26 juin), où se trouvait entre autres seigneurs, Antoine II de Luxembourg, comte de Brienne et de Ligny, qui fut fait prisonnier; il arrivait, le 5 juillet, devant Saint-Dizier, où venait le rejoindre, huit jours après, l’empereur d'Allemagne, parti de Metz le 6. La place ne comptait guère plus de 3,000 défenseurs, en y comprenant 300 volontaires tous gentilshommes et 700 bourgeois ; elle était « mal flanquée et mal remparée, indigne « d’attendre un camp impérial ». Aussi Charles-Quint, qui se voyait à la tête de 50,000 hommes, avait-il pensé l'enlever sans peine ; mais la garnison était une garnison d'élite, « commandée « par des hommes de grande réputation », le comte de Sancerre, lieutenant d’une compagnie de cent hommes d'armes du due d'Orléans, que le roi avait investi du commandement supérieur ; Pierre de La Lande, « vieux routier et capitaine de guerre », qui devait malheureusement succomber au premier assaut de l'ennemi (L4 juillet), et « Hiéronyme Marin, boullenois, fortificateur », dont l'expérience fut d’un très grand secours.

D'ailleurs, le dauphin s'était, vers la mi-juillet, assuré de l’emplacement d’un camp près de Jälons, dans l’angle foèmé par la Soude et la Marne, où il devait réunir « plus de 40,000 hommes de pied « de diverses nations et environ déux mille hommes d’armes et « deux mille chevau-légers ». Lui-même devait s’y rendre le 34 août, bientôt suivi du duc d'Orléans. Mais, dès la prise de Ligny, François Le, ainsi qu'il a été dit plus haut, avait envoyé le due de Nevers à Châlons-sur Marne, où se fit le premier rassemblement d’un petit corps d’armée qui montait bien à 17 ou 48,000 hommes, et de là le Dauphin n'avait pas tardé à dépêcher « le seigneur de « Brissac, général de la cavalerie légère, et environ deux mille « hommes de pied, tant François que ltaliens, pour se loger à Vitry- « en-Perthois, cinq lieues près dudict Saint-Dizier, my chemin « dudict lieu et de Châlons ».

Brissac avait ordre d’inquiéter les fourrageurs ennemis, d’intercepter les vivres et les provisions que l’armée impériale recevait

1! Concl. du Conseil de ville du 15 février 1562.

particulièrement de Metz et de Saint-Mihiel', de secourir au besoin Saint-Dizier, en y jetant quelque renfort, et de « tenir l’empereur « en crainte de donner l'assaut ». On peut croire qu’il s'acquittait consciencieusement de sa mission, et que les assiégeants étaient en de continuelles alarmes, d'autant que, de son côté, François de Guise, qui se tenait à Joinville, n’était occupé que de troubler par des pointes hardies, par des mouvements rapides, la marche des convois ennemis et d'empêcher « l’assheurance des victuailles ».

Fatigué de ces incursions, et résolu d’écarter le principal obstacle, qui était aussi le plus proche de son camp, Charles-Quint chargea « Francisque d’Est, due de Ferrare, général de la cavalerie légère, « avecques toute sa troupe, et le duê Maurice de Saxe, avec douze « cents chevaux allemands, et le comte Guillaume de Fustamberg « (Furstemberg) avec 8 ou 10,000 lansquenets et de l'artillerie? », de déloger de Vitry la garnison qui l’occupait.

Le 23 juillet, deux heures avant la chute du jour, la petite armée quittait le camp de Saint-Dizier. Après s'être avancée jusque vers Thiéblemont, elle se sépara, et tandis que Furstemberg continuait sa marche sur Vitry par le chemin le plus court, qui était la grande route, Maurice de Saxe et Francisque d’Est prirent à droite dans la direction de Changy par des « chemins estraictz et mavaix ». Ils devaient surprendre et attaquer Vitry du côté du nord, ou tout au moins couper la retraite à la garnison, si celle-ci, pressée par Furstemberg du côté du sud, tentait de se retirer vers Châlons.

Or Brissac avait établi à Changy un poste d'observation dont il avait confié le commandement à La Motte-Gondrin, et dont une grand’garde, placée sous les ordres du seigneur de Marville, gardait, au bas de la colline, le pont de la Chée. Le lieu était bien choisi, étant élevé et d’ailleurs pourvu d’une église, sorte de forteresse percée de meurtrières, d’où la vue s'étendait au loin dans la direction du camp impérial. Le jour commençait à poindre, quand Marville aperçut les premiers cavaliers du corps d'armée de Maurice. « Se fermer au bout du pont » et envoyer prévenir La Motte-Gondrin fut l'affaire d’un instant. La Motte accourt de Changy avec ses

1 On confectionnait à Saint-Mihiel 50,000 pains par jour. * Il y avait en tout 9,100 hommes, dont 2,400 de cavalerie et 6,700 d'infanterie. Cinq pièces de canon accompagnaient Furstemberg.

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