‹ Histoire général de la Champagne et de la BrieChapitre 42 sur 327 · SIÈGE DE SAINT-DIZIER. — ATTAQUE DE VITRY · texte numérisé non relu

SIÈGE DE SAINT-DIZIER. — ATTAQUE DE VITRY

cavaliers, passe l’eau, et croyant n'avoir affaire qu’à des coureurs isolés engage avec eux dans la plaine un rude combat. Mais il est fortmaltraité, et bientôtse voyant en présence de forces supérieures, il bat en retraite et se replie sur Vitry. Or «est ledit lieu une « petite ville mal fermée, et [dominée par] un petit châtelet qui est « sur une pointe de montagne ».

Averti par les premiers fuyards et ne pouvant songer à se maintenir à Vitry, Brissac prit le parti d'abandonner la ville et crut pouvoir s'enfuir par la route de Châlons ; mais il vint se heurter contre les troupes de Francisque d’Est, et là, dit l'Empereur, les Français « furent assaillis si verdement qu’ilz furent deffaits, et y « en demeura grande partie ». Coupé de sa retraite sur Châlons, et menacé d’être écrasé entre l’armée de Maurice et celle de Furstemberg qui commençait d'apparaître, Brissac n'eut d’autre ressource que de prendre « le chemin de la rivière de Marne ». C'était celui de Couvrot. Profitant d'un moment d’indécision des ennemis, il presse sa marche dans cette direction et arrive au village. Mais alors apparait l'ennemi déployant en grand nombre pistoliers, chevau-légers et arquebusiers à cheval. Brissac, surpris, échappe non sans peine aux mains d’un baron allemand, et s’aventure de passer la Marne avec un petit nombre de cavaliers, protégé dans sa fuite par la vaillance de quelques capitaines. Mais les Sansac et les Pothon n’avaient pas soutenu dans le village l’attaque des ennemis sans jeter le désordre dans les rangs des fantassins ; abandonnés et rompus, ces malheureux furent en partie taiïllés en pièces. Le reste, environ 300 Italiens, s'était retiré dans l’église, et sommé par Maurice « de se rendre en la miséricorde de l’empereur », s’y montrait disposé, quand survint Furstemberg, qui, exaspéré peut-être d’une arquebusade qu'il reçut, fit avancer son artillerie et, après avoir battu l’église, y fit mettre le feu, « et furent tous € brulez là dedans ‘». Il y eut bien dans cette journée plus de mille hommes perdus du côté des Français, tant en prisonniers qu'en tués ou noyés.

1 Couvrot n’est nommé nulle part dans les documents relatifs à cet épisode ; on n’y a d’ailleurs conservé aucune tradition qui s’y rapportât. Mais ce qui semble, indépendamment de la logique des faits, confirmer la désignation de ce village, c’est la nécessité où l’on a été de reconstruire son église en 4776.

« Après leur victoire, les Impériaux se logèrent la nuit à Victry ». Des traînards y avaient allumé sur plusieurs points l’incendie, mais celui-ci fut aisément éteint, et après avoir laissé un certain nombre de cavaliers « tant dedans la ville que au chasteau, pour favoriser « leurs fourrageurs », les Allemands « se retirèrent en leur camp « devant Saint-Dizier! ».

Tranquille sur ses approvisionnements, encore bien que les incursions du duc de Guise dussent plus d’une fois infliger à son camp l'épreuve de la disette, Gharles-Quint ne songea plus qu'à presser la place. Mais en dépit de ses souffrances et de l'épuisement des vivres et des munitions de guerre, celle-ci tenait bon et résistait bravement à toutes les attaques, quand une ruse de guerre vint en amener la reddition. Un paquet avait été intercepté où se trouvait une lettre en chiffres « du seigneur de Guise », écrite du 30 juillet, qui faisait espérer à Sancerre la délivrance, s’il « soubs- « tenait encore six jours », et une autre de Sancerre, également en chiffres, qui exposait au duc d'Orléans la détresse de la ville. Le garde des sceaux de l’empereur, Perrenot de Grandvelle, étant parvenu à les déchiffrer, imagina de faire au comte, « en la même « ziffre qu’il avait eseript », une réponse où le duc de Guise, en lui rompant tout espoir de secours, mandait à Sancerre de la part du roi « de trouver moyen de faire composition honorable... ». Trompé par cette lettre que luiremit mystérieusement un émissaire supposé du due, d’ailleurs pressé par les rigueurs de plus en plus dures de la situation, Sancerre se décida, non sans peine, à traiter avec Ferdinand de Gonzague (8 août). Il en obtint, entre autres conditions, une trève de neuf jours, pour s’assurer auprès du roi s’il le ferait secourir, ou s’il agréerait la capitulation. Le roi l'ayant autorisé à rendre la ville, les assiégés, dont l’empereur voulut par sa présence au défilé honorer la bravoure, « sortirent « avec leurs armes, marchant en bataille, enseignes déployées, « tabourins sonnant », et emmenant avec leurs bagages quatre pièces d’artillerie, la dépouille mortelle du brave La Lande et « tous « les habitants et citoyens du lieu, du plus grand au plus petit et de « tout sexe », qui les voulurent suivre (17 août) ?.

1? Martin du Bellay, p. 544.

? Martin du Bellay, ann. 1544, p. 543. — L’invasion allemande en 1544, ouvrage posthume de M. Ch. Paillard, publié par Hérelle.

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