LA PEINTURE SUR VERRE ET LA PEINTURE TEXTILE
que par l'harmonie des couleurs. Jean Cousin excella d’ailleurs aussi dans la peinture à l'huile, comme dans la sculpture et la gravure, et la variété des œuvres qu'enfanta son inépuisable génie n’a d’égale que leur correction, leur originalité et leur vigueur.
En même temps que brillait la peinture sur verre, la peinture textile, succédant à la peinture murale, étalait aux regards émerveillés des fidèles, dans nos basiliques de la Champagne et particulièrement dans celle de Reims, les scènes les plus intéressantes de l'histoire sacrée ou profane. Lestapisseries étaient depuis longtemps, mais surtout depuis le XVe siècle, en grand honneur auprès des grands. Nos rois ne se séparaient pas de celles qu’ils possédaient, et quand Charles VI vint se faire sacrer à Reims, les tapissiers n’employèrent pas moins de 32,000 clous à crochet pour suspendre celles de la cour ; « ainsi de Louis XI lui-même, qui, chaque fois « qu'il changeait de résidence, était accompagné d’un chariot attelé « de cinq chevaux portant sa tapisserie !. » Ils en répandirent ainsi le goût, et l’invasion du luxe aidant, elles ne tardèrent pas à orner les demeures des prélats, d’où leur munificence et le zèle de la maison de Dieu les firent passer dans les églises et les abbayes. Sans parler de celles que Jean Conart, abbé de Saint-Remi, donna à son monastère vers 1419, et qui sont malheureusement perdues, après le don que Jacques Juvénal des Ursins avait fait, en 1456 ou 1457, à son ancienne cathédrale, vinrent ceux de Robert de Lenoncourt, en 1530, à la même église, et en 1531 à l’abbaye de Saint- Remi. Ces dernières tapisseries représentent en dix pièces la Ve de saint Remi; les autres figurent la Vie de la Vierge, en dix-sept pièces, dont quatorze sont encore en assez bon état pour orner les bas côtés de l'édifice : les unes et les autres d’une richesse de composition merveilleuse, et d'autant plus précieuses pour les monuments qui les possèdent, qu’elles sont, à n’en pas douter, l’œuvre d'artistes rémois ©.
Au milieu de ces jouissances de l’esprit, on n'oublie pas les intérêts de l’industrie et du commerce. Les tanneurs de Châlons demandaient l’homologation de leurs nouveaux statuts, lesquels
1 Les Tapisseries de Notre-Dame de Reims, par M. Loriquet, Introduction, p. 7. Le sujet est traité avec autant d'érudition que d’intérêt. 2 V. id., ibid., p. xxvil et suiv.
exigeaient la somme de 10 1. t. pour être reçu apprenti, et celle de 8 1. t. pour être admis à la maîtrise, à savoir 4 1. à la caisse de la confrérie, et 4 1. aux maîtres et compagnons pour botre. Le procureur de la ville, dans l'intérêt du métier, forme opposition à la requête !. Troyes poursuit l'annulation ou le dégrèvement des droits de douane ou de péage levés aux limites de la province, à Chaumont, à Dijon, Sens, Vitry, Châlons, Reims, Laon, etc. ; elle obtient spécialement du fermier de la rave? et de l’imposition foraine du bailliage de Chaumont, qui n’était autre que l’évêque de Béziers, le passage en franchise de ses marchandises, en lui offrant 50 écus d’or « en six « tabliers (nappes) et dix douzaines de serviettes bonnes et hon- « nêtes » (1528)°. On continue, d'autre part, de travailler à rendre la Seine navigable jusqu’à Bar, et Troyes arrive à posséder trois ports, celui de la, Barse sur la vieille Seine, et deux sur la Seine, lun au-dessus de la ville, près de la porte de Croncels, et l’autre au-dessous, près de la porte de Saint-Jacques.
La navigation de la Marne est également l’objet de la sollicitude du gouvernement. Le prévôt des marchands de Paris, dans les premiers jours de l’année 1520, adresse commission au baïlli de Vitry et à ses lieutenants à Vitry, Châtillon et Sainte-Menehould, « pour se informer des rivières de Marne, Saulx, Blaise et autres « pour les fere navigables jusques à Saint-Dizier, et qu’ils eussent « à visiter lesdites rivières »; le résultat de l’enquête sera adressé au Conseil de ville de Paris (Conct. du 9 janvier).
À Sens, une pensée de salubrité publique fait entreprendre, en 1593, les premiers travaux destinés à faire circuler dans la ville l’eau de la Vanne. On disposa, à cet effet, des canaux de bois appelés auges, que devait bientôt remplacer une construction en pierre, et « l’eaue, dit l'historien Taveau, passa par dedans les « rues d’icelle ville pour les nettoyer et raffraischir ».
Tout cela atteste une vitalité d'autant plus remarquable que les temps étaient plus calamiteux et les charges de la guerre plus lourdes. Le blé se vendait à Chaumont, en 1545, 20 sols t. le bichet (10 ir. 90 e.), et les prix de toutes les denrées étaient dans la même
1 Concl. du Conseil du 22 décembre 1520.
? La rave ou ravenne était un de ces impôts de douane. 3 Boutiot, ibid., p. 337,