SUBSISTANCE DES GENS D’ARMES EN GARNISON
proportion !. Aussi quelle dépense n’imposait pas à cette ville l’entretien de la compagnie de M. de Brissac qui s’y trouvait en garnison ; encore ne comptait-elle que treize lances à quatre hommes par lance ?, le gend’armes, un archer, un page, un valet ; mais le Capitaine prenait pour trois hommes d'armes, l’homme d’armes pour quatre personnes et l’archer pour deux. « Il fallait donner par « jour à chaque homme d’armes, pour lui et les siens, dit M. Joli- « bois*, dix pains blancs, cinq pintes de vin, à 2 sols 6 deniers la « pinte ; neuf livres de viande au prix de neuf deniers la livre, « bœuf, veau et mouton ; seize œufs à 45 deniers, huit harengs « estimés Æ sols ou l'équivalent en un autre poisson ; une livre de « beurre de 3 sols. On devait encore à l’homme d'armes, par « semaine, deux charrettes de bois de 8 sols tournois, une livre de « chandelle de 2 sols, une pinte de sel de 20 deniers, et une pinte « de vinaigre. L’archer avait droit à la moitié des mêmes provi- « sions », auxquelles il faut encore ajouter la ration de quatre chevaux.
Comme il y avait de ce côté bien des abus, une ordonnance royale du 15 juin 1545 entend y mettre bon ordre, en fixant « la « fourniture des gens d’armes à chacune garnison du royaume » À.
1 V. Histoire de Chaumont, par Jolibois, p. 67.
? Les compagnies ne comptent plus guère, sous François I°r, que 45 à 90 lances, au lieu de 50 à 400,
8 Histoire de Chaumont, p. 68.
4 Arch. législat. de Reims, Statuts, t. [er, p. 894. — 1° Chaque homme d'armes recevra « pour lui quatrième de personnes, autant de chevaux, un quintal de foin par jour, en payant par lui un douzain (douze deniers où un sol); 2 plus seize mesures d'avoine d’hôtellerie aussi par jour, en payant par lui un douzain ; 3° plus demi-quintal de paille par jour ; une charrette de bois, trois livres de chandelle par semaine ; sel, vinaigre et verjus par raison, avec les ustensiles et logis, sans en payer aucune chose. — Quant au surplus de ce qui leur sera nécessaire, ils l’achetteront au marché... Bien entendu que là où les gens d’armes n’auront le nombre des chevaux qu’ils doivent avoir, la fourniture sera rabattue au prorata ; et ne leur sera donné vivres au prix dessusdit, pour plus de quatre personnes et autant de chevaux. — Et quant aux archers, cette ordonnance sera semblablement observée, en rabattant la moitié de la fourniture, qui est à raison de deux chevaux et deux personnes par archer, »
Il en est donné communication, le 17 septembre 1545, au Conseil de la ville de Reims, où se trouvait également en garnison une compagnie, et l’on peut être assuré qu’il ne faillira pas à la faire observer. Mais il en est des abus comme des mauvaises herbes ; ils renaissent vite pour peu que la vigilance du maître se relâche, et nous les verrons reparaître plus d’une fois encore à la faveur des circonstances.
Ainsi en était-il des excès des gens de guerre, qui, toujours combattus, reparaissaient sans cesse au grand désespoir des populations et particulièrement des habitants des campagnes. Les désordres dont le pays chälonnais eut à souffrir étaient tels qu'ils déterminèrent le Conseil de ville de Châlons à publier, le 3 mai 1536, l'ordonnance suivante : « On fait deffense à toutes personnes, gens « de guerre, légionnaires et autres aventuriers de non tenir les « champs, ne vivre sur le bonhomme sans payer, ne d’eux assem- « bler plus deux ensemble, si ce n’est quant ilz marcheront soubz « leur enseigne, ou qu’ilz seront mandé par leur capitaine pour le « service du roi; pareïillement de ne porter bastons de nuyÿt, ne « sonner le tabourin es villes ou villeiges, sur peine de la hart et « autres peines contenues es ordonnances du Roy nostre dit sire. « Et où ilz feront le contraire, est permis au peuple d’eulz mectre « sus et les constituer prisonniers pour les délivrer à la justice du « Roy nostre dit sire, et s’ilz se deffendent, les mettre en pièces « comme rebelles et desobeyssans audict seigneur »!.
Cette ordonnance témoigne assez hautement de l’exaspération des victimes de la brutalité des gens de guerre pour n'avoir pas besoin de commentaire. Mais que de temps encore les menaces et les rigueurs de l'autorité devaient être impuissantes à garantir la sécurité de l’homme des champs !
1 Concl. du conseil de ville.