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LE CARDINAL DE LORRAINE

lui-même le chapeau des mains de Paul If, mais, en réalité, pour engager le souverain pontife dans une ligue contre l’empereur.

Les derniers restes de l'indépendance italienne allaient succomber sous l'étreinte de Charles-Quint. Déjà maitre du royaume de Naples et du duché de Milan, il marchait à l’asservissement de l'Italie centrale en s'emparant de Plaisance et menaçant Parme. Au chagrin de ces coups portés aux Farnèses, à ses propres enfants, qu'il avait investis des deux duchés, se joignaient pour Paul HI les embarras de la question religieuse ; car il avait, deux années auparavant (1545), convoqué un concile général à Trente pour rétablir la paix dans l'Eglise, et il s'apercevait que l’empereur n’en avait favorisé la réunion que pour faire servir les idées de réforme à l'oppression du Saint-Siège. Désireux de soustraire le concile à son influence en le transférant dans une ville d'Italie, le pape avait donné l’ordre aux évêques de siéger à Bologne ; l’empereur avait protesté. Îl était, pour le roi de France, d’une politique habile de soutenir Paul Ill dans son opposition.

Le cardinal conduisit avec sagesse et succès ces négociations ; mais n’en pouvant attendre en Italie la fin, il revint en France. Il ne revenait pas du moins les mains vides. Justement effrayé des progrès de l’hérésie, qui, née dans la province ecclésiastique de Reims, avait, de proche en proche, gagné jusqu'à la métropole, Charles de Lorraine, sentant très bien qu'il fallait, pour l'arrêter, d’autres remèdes que les bûchers, s'était proposé d'élever la science ecclésiastique à la hauteur de la lutte où le catholicisme se trouvait engagé, et de placer en regard de l’Allemagne protestante un grand foyer de doctrine catholique. Ainsi saint Bernard, jaloux de réformer la discipline de l'Eglise et de combattre d’autres hérésies, avait fait adopter, au concile de Reims de 1148, la résolution d’y rétablir les écoles publiques ainsi que dans les meilleures villes du royaume.

Charles de Lorraine avait donc demandé au pape, tant en son nom qu’au nom du roi, la création à Reims d’une Université, et le pape, considérant que cette ville, où les rois de France reçoivent en

1 Aussi ne faut-il pas être surpris de ce que nous apprend Coquault. Le roi, dit-il, avait, à la suite de son sacre, promis pour l'église cathédrale une tenture de tapisserie: il demanda une quadruple décime (1547).

leur saére la divine onction « envoyée du ciel.…., était située en une « campagne saine et agréable, remplie de spacieux édifices, très « noble en son antiquité et recommandable par la bonté de son air, « la fertilité du terroir et la multitude du clergé ct du peuple ; « assortie d’ailleurs de toutes choses nécessaires à la vie politique, « d’un grand nombre de célèbres églises et de monastères riches « et magnifiques pour l’un et l’autre sexe, mais surtout d'un très « ample et célèbre collège »; considérant, en outre, « combien il « importe à la République chrétienne et à la foi orthodoxe que &« l'Eglise militante soit remplie d'hommes sçavants ei dont le tra- « vail puisse discerner l’équitable d'avec le faux, et répandre par- « tout la lumière de la vérité par la dissipation de ceux qui taschent & de l'obseurcir », s’était plu à accorder, par une bulle du 8 des ides de janvier 1547 (25 janvier 1548), « l’establissement des études « générales où le latin et le grec, l’hébreu et le chaldaïque, la phi- « losophie naturelle et morale, la théologie, le droit canon et civil « la physique, la médecine et les aris libéraux seroient enseignés & en chaque faculté, en la même manière qu’on les professe à Paris « et aux autres universités du royaume; accordant de plus au « cardinal l’authorité de dresser des constitutions, de nommer, « changer ou frapper de peines les recteurs, maitres, lecteurs, ete., « de l’Université !. »

Au mois de mars suivant, Henri Il confirmait la bulle du pape, en étendant à l’université de Reims tous les privilèges de l’université de Paris, tandis que Charles de Lorraine agrandissait le collège des Bons-Enfants en y agrégeant les écoles des Ecrevés, « pour « jouir des mêmes privilèges que le grand collège, mais sans un « principal et des régents particuliers et gagés »?, et le dotait de

4 Marlot, t. IV, p. 313 et 679 (texte de la bulle pontificale).— L'Université comprend quatre facultés : celle des arts, celle de médecine, celle du droit canon et civil et celle de théologie, La première a deux sections, France et Lorraine, avec deux bedeaux pour chaque nation.

2 En 4593, « pendant les troubles, le doyen Frizon donna la maison des Ecrevés aux Capucins, malgré l'opposition des échevins, sans le consentement des habitants, sans accorder au principal et aux régents qui l'occupaient un délai de deux jours ».Il y eut procès après la soumission de Reims. Sans en attendre la fin, par délibération du 40 mars 1597, le conseil de viile fit signifier aux Pères « d’avoir à quitter ledit collège dans

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