EXPÉDITION EN LORRAINE
temps même où le roi se trouvait dans ses murs. Le prince, par lettres de mars 4552, en accorda une autre aux hacbuttiers de la ville pour les encourager à la tuition du pays, ce fut d'exempter le capitaine pour sa vie, et celui qui abat l'oiseau pour l’année, de toutes les tailles, subsides et autres impositions quelconques.
Le roi était à la veille d’entrer en campagne contre l'Empire. Commencées en son nom dans la Péninsule, dès le 27 mai 1551, par Octave Farnèse, les hostilités, soutenues ensuite par Brissac, gouverneur du Piémont (septembre), avaient eu pour effet d'assurer Parme au petit-fils de Paul IF, et d’arrêter dans l'Italie centrale le progrès des armes impériales.
Ainsi engagé dans la lutte et fidèle à la politique paternelle, Henri IL n'avait pas eu de peine à rallier à lui les princes protestants d'Allemagne rebelles au despotisme de l’empereur ; il avait conelu secrètement avec eux, le 5 octobre 1551, le traité de Friedwald, ratifié à Chambord le 15 janvier suivant, par lequel, en retour des subsides qu’il leur promettait, ils trouveraient bon « que le « seigneur roi s'impatronisât des villes impériales n'étant pas de « la langue germanique, comme Cambrai, Metz, Toul, Verdun et « autres semblables, et les gardât en qualité de vicaire du Saint- « Empire ».
Il entrait, en effet, dans les vues de Henri Il d’asseoir son influence dans la Lorraine, qui sert comme de galerie pour entrer en France, afin de garantir de ce côté le royaume contre les entreprises de Charles-Quint ; de tels desseins sur cette importante province étaient d'autant plus sages que la duchesse Christine de Danemarck, nièce de l’empereur, n’était que trop disposée à seconder l'ambition de son oncle. C’est pourquoi le roi prit soin, en 1550, d'établir à Nancy une garnison française chargée de lui garantir pendant la durée de la guerre la possession de cette ville.
D'autre part, dès le dixième jour de juillet de la même année 1550, Châlons avait été invité à envoyer à Mézières la poudre et les boulets à canon ou à coulevrine nécessaires à la défense de la
1 Issue de Christian IL roi de Danemarck, et de la fille de Philippe-le- Beau, Isabelle, sœur de Charles V, elle avait épousé François 1‘", duc de Lorraine, qui la laissa veuve en 1545 et mère de Charles I,
place 1, puis (27 novembre) « à remonter et mectre en estat de « service » son artillerie, en se procurant à cet effet « une bonne « quantité de ormes »?. L'année suivante, ce sont de nouveaux ordres à « touttes les villes, chataulx et places fortes du gouverne- « ment» d’avoir à faire rentrer et mettre en sûreté tous les vivres qui pourraient servir à l'entretien des ennemis, et à s’approvisionner de grains 3. Bientôt il faudra contribuer à la levée sur toutes les villes closes du royaume de la solde de 50,000 hommes de pied pour quatre mois : ordre en est donné le 8 janvier 1552*. C'était le moment où une armée de 35,000 fantassins français, suisses ou allemands, et de 8,000 chevaux, allait se réunir entre Chälons et Vitry, sous le commandement du connétable de Montmoreney. Après avoir laissé la régence à la reine, Catherine de Médicis, le roi vint, en février, présider aux dispositions, en compagnie du duc de Guise, qui, pour la campagne, avait imaginé l'arquebusier à cheval 5. Arrivé à Châlons, où, dèsle 41, il était annoncé, Henri I y fut reçu sous un dais blanc et noir, à franges d'or, avec bâtons fleurdelysés, porté par quatre échevins. La garde bourgeoise avait pris les armes ; toutes les rues étaient richement tapissées ; une petite fille, habillée de blanc «et descendue par « subtilité de la porte Saint-Jacques, lui présenta les clefs de la « ville » : au carrefour Notre-Dame et près de La Loge s'élevaient
1 Lettre de Bourdillon, écrite du camp de Trigny. fl demandait 60 caques de poudre ; il ne s’en trouva que 26 tonnes avec deux tonnelets d’amorces.
2 Lettre du duc de Nivernais du 27 novembre 1550. Reims, Sainte- Menchould recoivent pareil ordre. À Châlons, examen fait, le 2 décembre, de l’état de l'artillerie, laquelle était logée à l’abbaye de Saint-Pierre, on trouve Acanons, À fauconneau, et 2 affuts ferrés non fournis de pierres (Registre des conclus., 2 décembre).
3 Lettre du gouverneur du 20 août 1551.
4 Lettre du roi datée de Blois.
5 Comme le duc d’Albe devait organiser plus tard les mousquetaires à pied. On comptait dans l’armée française cinq à six mille arquebusiers à cheval, armés de « jacquetteset manches de mailles ou cuirassines, la bourguignotte ou le morion, l’arquebuze de trois pieds de long à l’arçcon de la selle » (Rabutin, Commentaires, p. k14).
6 On désignait ainsi l’ancien hôtel de l’échevinage, situé dans la Grande rue (rue de Marne), à la place qu’occupe aujourd’hui le n° 8.
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