LE ROI A CHALONS
deux théâtres, sur chacun desquels douze enfants, « accoutrés en « filles, criaient : Vive le roi! ». En retour de cet accueil, Henri délivra à la ville des lettres par lesquelles il exemptait pour toujours la cité et les faubourgs « du paiement des tailles et crues établies « ou à établir à l'avenir à la date du 1 janvier 1552, à cause de la « loyaulté etobéissance des habitants », et reportait cette portion de l’impôt sur les autres élections de la province. La libéralité parut excessive à la cour des aides, qui refusa de l'enregistrer ; mais des lettres de jussion du 2 septembre la contraignirent à le faire sans restriction ni modification, et l’arrêt de la cour parut én ce sens le 16 du même mois!.
Les Châlonnais étaient du reste aussi insatiables qu'ils étaient dévoués. Peu satisfaits d’avoir obtenu, en mai 1548, l'abolition de l'élection et du grenier à sel de Vitry, dont les lettres devaient leur être apportées en avril 1553 et confirmées en février 1578, ils profitèrent de l’arrivée du roi pour lui demander le transfert dans leur cité du siège présidial de la même ville (11 février 1552). Mais toutes ces faveurs ne leur furent véritablement acquises qu’en 15892,
Enfin, tandis que Maurice de Saxe levait en Allemagne l’étendard de la révolte (18 mars 1552), l’armée s’est mise en marche, se dirigeant sur Joinville, où Henri marque son passage (avril), en faisant au nouveau duc de Guise * la gracieuseté de convertir cette baronie en principauté, et d'y joindre à perpétuité le nom et titre ancien de seneschal hérédital de Champagne, avec les terres et seigneuries d’Eclaron, Roches, Doulevant, Châtonrupt, Rachecourt, la Neuvilleà-Bayard, Chevillon, Gondrecourt, Ribaucourt, Dommartin-le-Frane, Courcelles, Ambrières, Attancourt, Treffontaines, etc.‘ Déjà le roi a fait son entrée à Toul (13 avril) et dépossédé Christine de l’administration de la Lorraine, qui est remise au comte de Vaudémont, oncle du jeune duc; Metz a été surpris et se trouve assuré à la fleur de lys (48 avril) ; Verdun n'offre pas plus de résistance.
1 E. de Barthélemy, Histoire de Chälons, p. 391.
2 Biblioth. de Châlons, Recueil in-f° de pièces diverses. V. ci-dessous, livre LT, 2° partie, c. 2.
3 François, qui en avait pris le titre à la mort de son père (12 avril 1550).
#R. Bouillé, Mist. des ducs de Guise, t. Ier, p. 257, 258.
Encouragé par ces succès et jaloux de donner le Rhin pour limite à ses Etats, le roi franchit les Vosges et vient assiéger Strasbourg, où le connétable s'était flatté de l’espoir d'entrer « comme dedans « du beurre ». Mais Strasbourg résiste, et la gouvernante des Pays- Bas, Marie d'Autriche, reine de Hongrie, a, pour opérer une diversion, jeté dans la Picardie une armée, qui, après l'avoir ravagée, menace la Champagne. Les avant-coureurs ont déjà brûlé Beaumont-en-Argonne, Attigny et quantité de bourgs jusqu’à Grandpré et Montfaucon, tandis que ceux de Luxembourg assiègent Stenay !.
L’alarme est grande dans la province, et l’on prend partout des dispositions de défense. À Reims, le 45 mai, ordre est donné à tout homme de dix-huit à soixante ans de se tenir dans la ville, et d’y rentrer s’il est au dehors ; on ne pourra circuler qu’en armes ; tout manant est tenu de porter son épée et long bois. « Deux mortes- « payes sont commis pour aller côtoyer le camp des ennemis, et « savoir où ils tirent : s’ils sont pris, on payera leur rançon ». — Le 46, il y a afflnence de gens de campagne se rélugiant à Reims. Ils comparaîtront devant les douze pour faire serment de bien défendre la ville pour le roi. Les villages voisins recevront l’ordre de briser leurs échelles et leurs cuves. — Le 17, on règle le guet de jour et de nuit. Défense est faite à tous capitaines, lieutenants, porte-enseignes, caporaux, fiffres, tambourins et soldats de blasphémer, à peine d’être cassés pour la première fois, de subir un mois de prison au pain et à l’eau pour la deuxième, et une punition corporelle pour la troisième. — Le 19, le conseil reçoit communication de la liste des capitaines, lieutenants et enseignes nommés : il y en a un de chaque rang pour deux connétablies. Is ont juré de servir fidèlement le roi jusqu’à ce que le danger soit passé. — Le 22 mai, les deux mortes-payes, de retour, affirment par serment que les ennemis se sont retirés derrière la Meuse ?.
1 Tavannes, édit. Michaud, p. 166. Cf. la lettre de Marguerite de Nevers à M. du Castel, capitaine de Châlons, datée de Reims, 11 décembre 1552 (La Réforme et la Ligue en Champagne, Lettres, par Hérelle, p. 47, 13).
C’est donc à tort que Stenay est représenté par les historiens comme ayant été pris : Vieilleville en cela est inexact (Mémotres, ch. 26, page 144 du t. IX de la collect. Michaud).
? Arch, législ., Statuts, p.898 et 899.