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LA CHAMPAGNE MENACÉE. — RETOUR DU ROL

Le roi s'était, en effet, décidé à revenir (43 mai), et l’armée française, « après avoir abreuvé ses chevaux dans les eaux du Rhin », tournait le dos à ce fleuve. Ce mouvement de retraite, en déterminant celui de l’armée néerlandaise, permit au roi de délivrer Stenay et de s'emparer de Damvillers, d’Yvoy, de Montmédy, de Lumes et de Bouillon, qu’il rendit au maréchal de la Marck. Henri II avait été d’ailleurs informé que des négociations devaient, le 26 mai, s’ouvrir à Passau entre ses alliés les princes allemands et l’empereur, effrayé des succès de la coalition formée contre son autorité. Il fallait s'attendre, si elles aboutissaient, à une sérieuse tentative de Charles-Quint pour rétablir l'intégrité de l’Empire. Aussi « le traité « de la paix publique » était à peine signé (2 août), que le due François de Guise, accompagné d'une brillante noblesse et de l’ingénieur de Saint-Remy, gentilhomme français, natif de Provence, arrivait à Metz (47 août), en qualité de lieutenant-général du roi, pour mettre en état cette ville et les autres places des Trois-Evêchés. Les dispositions qu'il y prit ne devaient pas être inutiles ; car, un mois après (143 septembre), l'empereur passait le Rhin à Strasbourg, et, le 49 octobre, son armée, composée de plus de 60,000 hommes, venait asseoir son camp sous les murs de Metz. Lui-même, retardé par la goutte, ne devait apparaître que le 20 novembre.

Le danger qui menace de ce côté oblige de reprendre en Champagne les préparatifs de défense. Le roi lui-même stimule le zèle des villes : il demande à Reims (séance du 14 octobre) de lui envoyer l’état des gens capables de porter les armes, et invite le conseil à contraindre « diligemment tous et chacuns les manans et « habitans de la ville, gens d'église, nobles et roturiers, de quelque « qualité qu'ils soient, à faire le guet de nuit et garde des portes « durant le jour‘... ». Henri demande également à Troyes l’in-

ventaire des armes que possède la ville. L'échevinage fait en même.

temps procéder au recensement des hommes âgés de dix-huit à quarante ans en étatde porter les armes ?. Henri ne s’en tient. pas là : il s’établit en Champagne et partage le mois de novembre entre les résidences de Reims et de Châlons. Il est dans la première de

1 Arch. légist., ibid., p. 899.

2 Boutiot, ibid., p. 422. Il y a ici dans l’auteur une confusion entre ces dispositions et celles qui intéressent l’expédition de Henri.

ces villes dès le commencement du mois, et y séjourne jusqu’au 9. Ce jour-là même, Anne de Montmorency informait le duc de Nevers, gouverneur de la province, de l’arrivée du roi à Châlons, en linvitant à s’y rendre sans retard. La cour demeura là jusqu’au 49, où elle revint à Reims. Enfin, le 30, elle est à Soissons pour de là gagner Compiègne.

On fut dans l'inquiétude jusqu'au jour où l’on apprit la levée du siège de Metz (janvier 1553) et la déroute de l’armée impériale. Si Charles-Quint, alors que la cour de France estimait « sa puissance « brisée, et lui-même tant maladif qu'à grand’peine pouvait-il re- « tenir son âme », vint tout-à-coup (fin avril) décharger le fiel de son orgueil blessé sur la malheureuse ville de Térouanne, qui fut impitoyablement rasée, au point de ne pouvoir, cette fois, se relever de sa ruine ; si le roi se vit contraint de venger les désastres de la Picardie par de terribles représailles exercées dans le Hainaut, le Brabant et le Cambrésis, la Champagne n’eut pas plus à souffrir de ces hostillités que de celles qui eurent pour théâtre le Piémont et l'Italie. Elle en fut quitte pour concourir à l'entretien de l’armée ? ; mais la charge fut lourde, particulièrement en 1553, par suite de l'insuffisance des récoltes. Cette année-là même, le roi empruntait à la ville de Troyes 25,000 livres, et au clergé du diocèse 12,952 livres, remboursables en deux termes qui ne devaient pas excéder six mois. En septembre 1555, le domaine est aliéné pour la valeur de 15,000 livres de rentes, et l’aliénation est proposée au conseil de ville ; mais il refuse l'achat : il a déjà versé, le mois précédent, au receveur du domaine, la somme de 10,000 livres, et, de plus, « le tiers état qui compose la plus saine partie des habi- « tants fait très mal ses besognes de la manufacture de marchan- « dises 3 ». Reims n’est pas plus épargné que Troyes. Les villes closes sur qui pèse « la contribution au payement de 50,000 hommes « de pied », se plaignent grandement. — Mais comment asseoir ladite contribution, sans plus la lever sur les villes? — Le roi

1 Revue de Champagne et Brie, t. XX, avec pièces à l’appui. 2 Elle reçut, entre autres ordres, celui de faire planter des ormes « le

long des voieries », pour servir au remontage de l'artillerie (19 janvier 1553, ap. Hérelle, a Réforme et la Ligue en Champagne, p. 18). 3 1d., ibid., p. 427 ct 433.

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