‹ Histoire général de la Champagne et de la BrieChapitre 69 sur 327 · II · texte numérisé non relu

II

La RérorMe sous François Ie gr Henri Il.

Les lettres et les arts continuent de prospérer. Développement du luxe et recherche du bien-être. Le clergé $e laisse aller au mouvement de la mode. L’appât de l'indépendance séduit quelques prêtres et les gagne aux nouvelles doctrines. Troyes, Reims et Meaux sont témoins des premières défections. Excès commis par les néophytes de ja nouvelle religion. Mesures qu'opposent à la propagation de l'erreur les prélats champenois, et particulièrement Charles de Lorraine. Le cardinal favorise l'établissement des Jésuites en France ; il fonde la Station du carême., La royauté s’émeut, à son tour, du caractère politique de la secte et sévit contre les prédicants. — Les châtiments sont impuissants. — Etat des partis en Champagne.

Les événements militaires du règne de Henri IT n'avaient pas arrêté la puissante impulsion communiquée par François [* aux lettres et aux arts. À l'endroit même où il se trouve encore aujourd’hui, la ville de Meaux voyait s'établir, en 1556, avec le concours généreux du chapitre, un collège où l'instruction devait se donner gratuitement dans toutes les classes. Vers le même temps, le cardinal de Lorraine attirait à Reims (1550) l’imprimeur Nicolas Bacquenois, qu’il chargeait, le 28 mars 1554, d'éditer à ses frais Flodoard ?, et le Provinois Mécotas Duchemin se rendait célèbre en sa ville comme fondeur de caractères et graveur sur poinçons”.

D'un autre côté, les largesses unies du roi et de Diane de Poitiers, dame fort charitable et aumônière, concouraient à l’achèvement (1552) de l'église de Bussy-Lettrée, dont les murs et le porche, ainsi qu'une élégante colonne octogonale, élevée en 1553 près de l’église, sur la place publique, présentent entrelacés les chiffres des bienfaiteurs. D’autres monuments religieux se complétaient ou s’ouvraient à la piété des populations, à Nogent-sur-Aube (1538), Romilly-lez-Vaudes (1549), les Maisons (1547), Courteron (1560),

1 Les administrateurs étaient des prêtres séculiers. Cependant en 1562, on trouve pour principal un laïque marié,

2? Cette édition n’eut pas lieu.

5 Hist, de Provins, t. U, p. 125,

Merrey (1540-1610), etc. !; d’autres se paraient de carreaux émaillés ou de vitraux peints.

C'est dire que les arts décoratifs continuaient de prospérer. Aussi les tapissiers, les tailleurs d'images et les huchiers (sculpteurs en bois) ne manquent-ils pas à la Champagne”. On trouve même à Troyes des facteurs d’orgues avec qui traite le chapitre de Saint- Etienne : en 4550, François Mainfroy, dont le nom est associé à celui de Jacques Millon, maître menuisier; en 1551, François des Oliviers, chargé de « faire un orgue dont la montre sera garnie de « tuyaux aussi gros que ceux de la montre de l'orgue de Sainte- « Geneviève de Paris. Il y aura une figure de saint Etienne se « mouvant comme s’il était en vie, et deux figures de bourreaux à « ses côtés, tenant chacun une pierre en leurs mains, comme s'ils « voulaient le lapider3 ». L’orfèvrerie ne comptait pas moins de trente maîtres à Troyes en 1555 : c'était un art d'autant plus recherché qu’il était considéré comme art noble. On répétait comme un axiôme : « Orfèvre ne déroge pas ».

Ce goût du beau qui distingue la société devait naturellement amener avec soi le luxe et la recherche dans l’ameublement et le vêtement. Aussi faut-il modifier les statuts de certaines communautés dont les productions ne répondent plus aux besoins qu’a développés le sentiment du bien-être. Les lits sont communément ornés de céets, de tentes ou de pavillons ; on décore de tentures les appartements: il devient nécessaire d'exiger d’autres conditions d'apprentissage des courte-pointiers 5, dont les statuts, vieux d’un siècle, sont devenus insuffisants. Pour le vêtement, ce qui paraît urgent à l’autorité, c’est de réprimer un excès de somptuosité qui menace de confondre les rangs. Elle publia donc à son de trompe un édit qui défendait de porter à l’avenir du velours, du taffetas et

1 Répertoire ærchéol. de l'Aube. L'église de Merrey commencée en 1540, est du style gothique, et ses pilliers présentent les dates de 1584, 1587, 1589 et 1610.

? V. Les Arts et les Artistes à Troyes, et ce que l’auteur y dit particulièrement de Jacq. Juliot et de Franç. Gentil.

& Boutiot, ibid., t. IV, p. 272.

4 Id., ibid., t. IL, p. 432.

5 Id., ibid., p. 429.

Page 1