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DÉVELOPPEMENT DU LUXE

de la soie, à peine d’une amende de dix mares d’argent', Cet édit, donné à Troyes vers le milieu du siècle, ne devait pas étre le seul, tant l'entrainement était général.

C'est du reste Henri lui-même qui a donné le signal de la révolution opérée sous son règne dans le costume français. « De temps « immémorial, dit Claude Hatton ?, nul homme de France n'avait « esté tondu ni porté longue barbe avant » l’avénement de ce prince au trône ; «ains (mais) tous les hommes, garçons et compagnons, « portaient longs cheveux et la barbe rasée au menton. Le feu roy « a été le premier roy tondu qui aye jamais esté en France et qui « ait porté longue barbe. Les prestres et évesques se sont faict « tondre des derniers et ont porté longue barbe, ce qui a esté trouvé « fort estrange 5. Depuis le commencement du règne dudit feu roy, « ont commencé les nouvelles façons aux habillemens toutes con- « traires à l'antiquité, et a semblé la France estre ung nouveau « peuple ou ung monde renouvelé ». C’est qu’ «en ce temps-là « faisait bon vivre en France, et estaient toutes denrées et mar- « chandises à bon marché ».

Mais tandis que le luxe gagnait « jusqu'aux simples villageois », tandis que les arts et les lettres charmaient, exaltaient les esprits en leur ouvrant des horizons nouveaux, le cri de révolte de Luther contre l'autorité du Saint-Siège était venu, dès le temps de François Lr, les agiter et les diviser; puis Calvin n'avait pas tardé à entreprendre de discipliner la Réforme en édifiant un symbole à la

Boutiot, t. [l, p. 414.

? Mémoires de Cl. Hation, p. 112.

3 De là la lutte, dont on verra plus loin des exemples, entre les tenans de l’ancienne mode et les partisans de la nouvelle. — Le témoignage

d'Hatton trouve du reste un écho dans celui d’un chroniqueur laonnois, qui écrivait sous la date 1557 : « En ce temps les prebtres et gens d'église

laissèrent croistre le poil de leurs barbes en longueur, ce qu'ils ne fai-

ient auparavant, parce que de mois en mois ils la faisaient razer tout

près ; bien laissaient-ils croistre leurs cheveulx assez longs, et au boult

hault de leur tête si faisaient une petite couronne pour faire paroistre leur

profession ; portoient longues robes tant fourrées que aultres plus légères

pour s’en servir scelon la saison et le temps, et ne portaient point de

manteau par la ville » {Mémoires sur la Ligue dans le Laonnais par Antoine 1 LU F

Richart, publiés par la Société académique de Laon, 1869, p. 490).

place des déclamations où elle s’épuisait contre le clergé et contre les abus introduits dans l'Eglise.

Ces abus étaient grands sans doute. Engendrés par les excès des longues guerres du XIVe et du XV: siècle, et par l'ignorance qui en avait été le fruit naturel, ils s'étaient encore développés, dans les derniers temps, sous l'influence du concordat, qui, en conférant à la royauté la nomination des évêques et des abbés, livra trop souvent lestrésors de l'Eglise à d’indignes créatures plus empressées d’en jouir que jalouses d'assurer le salut des âmes.

Il est des prélats, dit le Salvien rémois, Hubert Morus (Meurier), qui s’affranchissent de la résidence pour hanter la cour; la plupart ne savent ce que c’est qu'annoncer au peuple la parole de Dieu. Les abbés commendataires se permettent mille infractions à la discipline, « ne disant qu’une messe ou point ». Quelques-uns perçoivent les revenus des fondations sans faire une seule prière ; ils disent : « Les fondateurs n’en ont plus besoin ; il y a si longtemps qu’ils ne « sont plus ! leur âme est sauvée, et nous avons bien gagné ce « qu'ils nous ont donné ». D’autres, sachant à peine lire ou écrire, passent leur temps « à boire, jouer, danser et folastrer, à muguetter « avec les femmes et entretenir truande en leurs maisons ». Les plus zélés se comportent dans les églises comme dans des halles, « s’y promenant, caquetant, trafiquant ! ». L’archidiacre de Reims, abbé commendataire de Saint-Nicaise, ose entrer dans l’église avec une barbe extraordinaire : le chapitre lui enjoint de se retirer et « d'aller faire son poil ? ». Ainsi l’église de Troyes refuse-t-elle de recevoir son nouvel évêque, Antoine Caraccioli, avant qu'il ait coupé sa longue barbe. Il faut que le roi intervienne auprès du chapitre (27 novembre 1551) pour lever l'obstacle et permettre au prélat barbu de prendre possession de son siège le 14 décembre suivant. Il faut voir, d'autre part, de quelle main avare le représentant de « Charles de Guise, abbé commendataire de neuf ans, dispense « aux religieux de Moutier-la-Celle les choses nécessaires à « leur existence. Il ne leur laisse que la portion indispensable

1H. Morus, Sermons sur la messe (Henri, @ Réforme et la Ligue en Champagne et à Reims, p. AT).

? Hisi, de Reims, par Coquault, ann. 1547.

8 Boutiot, t. IL, p. 414.

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