‹ Histoire général de la Champagne et de la BrieChapitre 8 sur 327 · MORT DE CHARLES. — DOULEUR DE LA REINE · texte numérisé non relu

MORT DE CHARLES. — DOULEUR DE LA REINE

adressèrent « touchant la pillerie » qui désolait la Champagne, il donna l’ordre à Corguilleray, prévôt des maréchaux, de se transporter dans la province et d'y réprimer sévèrement tous les désordres des gens de guerre (Lyon, 1° juin 1494).

Le roïétait rentré à Lyon dès le 7 novembre 1495, après avoir dispersé à Fornovo (5 juillet 4495) l’armée de la ligue italienne. Le nouvel archevêque de Reims, Robert Briçonnet !, que Charles honora de la dignité de chancelier le 30 août1495? l'avait accompagné dans son expédition avec Guillaume Briçonnet, son plus jeune frère, qui en avait été le principal instigateur. Gelui-ei avait été général de Languedoc, et marié à une « femme de grande chasteté, d'honneur « et vertu », de laquelle il avait eu plusieurs enfants ; devenu veuf, il avait fini par embrasser la carrière ecclésiastique. Le roi le tenait en grande estime pour son expérience des affaires et les charmes de son entretien. Arrivé à Rome, il obtint pour lui d'Alexandre VI le chapeau de cardinal (vendredi 16 janvier 1495)5, ce qui n’empêcha pas le nouveau prélat de donner à fornovo de bons coups d'épée pour l'honneur de la France et le salut de l’armée. Deux ans plus tard, quand survint la mort de Robert (26 juin 4497), Charles le fit élever sur le siège de Reims 4.

Guillaume reconnut par le plus sincère attachement les bontés de son souverain, et il en donna une marque bien sensible à la mort de ce prince. Louis XII l'avait chargé d’aller consoler sa veuve, Anne de Bretagne. « Il la trouva éplorée, assise à terre et gémissant dans un coin de sa chambre. Le cardinal s’attendrit en la voyant dans un état si touchant, et la présence d’un serviteur aussi attaché trompe en rapportant (Ibid., p. 25, note) la nomination du sire d’Orval comme gouverneur de Champagne à l’année 1494, alors qu’il appert d’une lettre du roi, datée d'Etampes ie 2 mars 1488, qu’il vient de le nommer. (V. ci-dessus, p. 414, note 3.)

1 Nommé en septembre 1493, il prit possession de son siège le 27 novembre suivant.

2 Par lettres données à Turin (Recueil des anc. lois franç., t. XI,

/ 3 Evêque de Saint-Malo depuis le 40 octobre 1493, il prit à cette occasion le nom de cardinal de Saint-Malo.

4 24 août 1497. Il devait s’en démettre le 16 septembre 1507.

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à l'époux qu’elle venait de perdre, renouvela la douleur de la reine. Ses larmes coulèrent avec plus d’abondance. Briçonnet, sur le bras duquel elle s’appuyait, en fut baigné. Il voulut parler, mais les sanglots luicoupèrent la parole. Il ne put que pleurer avec elle, et Jean de la Mark, évêque de Condom, qu'il avait mené avec lui, fut obligé, malgré la tristesse qui lui serrait le cœur, de consoler les deux affligés ».

$ II. Sous Louis XII.

Guillaume Briçonnet sacre Louis XII; ses dispositions bienveillantes pour les Rémois., — À la suite d’insuccès en Italie, le roi songe à marier sa fille avec Charles d’Autriche, en lui assurant le Milanais, la Bretagne et la Bourgogne en dot à sa mort. — Mécontentement de la France. Convocation des Etats généraux à Tours (1506). — Lis cassent le traité de Blois et demandent le mariage de Claude avec le duc de Valois. — Troyes et Reims y avaient député. — La guerre se rallume. — La Champagne se mel en état de défense ; les charges que lui imposent ces préparatifs soulèvent la population de Troyes. — Sur ces entrefaites meurt Louis XII,

Après avoir accompli cette pénible mission, Guillaume Briçonnet s’occupa de remplir, à l'égard du nouveau roi, celle qu'il tenait de son siège : le 27 mai 1498, il sacrait solennellement Louis XII avec l'assistance des pairs du royaume ou de leurs représentants. C'était le troisième sacre auquel assistait, en sa qualité de pair ecclésiastique, l’évêque de Châlons, Geoffroy I Soreau ou de Saint-Géran

1 Anquetil, Hist. de Reims, t. IL, p. 80.

? Ce prélat, qui était frère d’Agnès Sorel, et dont le pontificat embrasse une période de 50 ans, mourut le 30 août 1503. On lit sur sa pierre tombale : « Cathedras in choro, columnas in majori altari donavit. Domum episcopalem ac Sarreni (Sarry) castrum sumptuoso opere ædificavit ». Il bâtit, en effet, en face du portail de Saint-Etienne un palais épiscopal, que les gelées devaient ruiner en 1709, et reconstruisit également le château de Sarry. Quant aux colonnes de marbre qu’il éleva sur le maître-autel et aux stalles dont il enrichit le chœur, elles disparurent lors de l'incendie de

Les Châlonnais, à l’occasion du sacre, distribuèrent 6 queux et demie de vin au Cardinal de Reïms, au Chancelier, à Messieurs des finances, à M. de Rouen (Georges d’Amboise) et au roi.de Sicile, « affin que lesdits Seigneurs eussent le fait de la ville pour recommandé envers le Roy, nostre Seigneur, après son Sacre » {Comptes de la Ville, CC 89).

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