‹ Histoire général de la Champagne et de la BrieChapitre 75 sur 327 · MESURES DE RIGUEUR QU'ELLE PREND · texte numérisé non relu

MESURES DE RIGUEUR QU'ELLE PREND

Encore convient-il d'ajouter qu'il ne fallut pas moins, pour déterminer la royauté à sévir, que le zèle indiscret de quelques religionnaires qui osèrent (novembre 1534) « afficher à la porte du « roi, étant alors à Blois », un placard « d’un style aigre et violent « contre la messe !», de même qu'à Meaux, Briçonnet ayant fait afficher à la porte de la cathédrale une bulle par laquelle le pape Clément VIT publiait des indulgences et ordonnait un jeûne de trois jours, des mains séditieuses la déchirèrent publiquement et y substituèrent des placards injurieux pour le pape ?.

On vit done, dès le temps de François Ie (4535), s’allumer des büchers, et les flammes consumer les déserteurs ou les contempteurs obstinés de la foi catholique. L'un d'eux fut condamné à Reims en 1557 5. Sens vit brüler, en 1540, un gentilhomme nommé Langlois, convaineu d’avoir tenu sur la Vierge d'indignes propos, et ce fut un oncle du coupable, le chanoine Jean de Bardeville ‘, qui de sa propre main ailuma le bûcher.

A Troyes eut lieu, le 18 juillet 1542, ou, selon quelques-uns, en juin 1543, la première exécution capitale pour fait d’hérésie : c'était celle d’un jeune clere, natif des Essarts. Dubec avait jeté le froc aux orties, et, après être allé nouer des relations avec les réformés de Strasbourg et de Montbéliard, était rentré à Sézanne. Arrêté, puis dégradé le 29 octobre 1541, il fut tondu, habillé en fou, et remis au bras séeulier. Le 48 octobre 1546, Troyes assistait à une seconde exécution, celle d’un colporteur, libraire ou imprimeur de la ville, nommé Macé Moreau, qui avait rapporté de Genève des ouvrages favorables à la Réforme 5. Quelques jours auparavant, le 7 octobre, Meaux avait été témoin d’un spectacle plus triste encore; car, à la suite d’un procès poursuivi par les magistrats eivils, et sur une sentence rendue par le Parlement, un bûcher y avait dévoré, en la | place du Marché, quatorze hérétiques, que le lieutenant général et le 4 procureur du roi avaient surpris assemblés, avec quarante-six autres, chez un cardeur de laine.

1 V. Théodore de Bèze, cité par Sismondi, Hist. des Français, t. XVI, Î p. 448.

?. Hist. de Meaux, par Carro. p. 492.

5 Marlot, €. IV, p. 299.

# Larcher de Lavernade, p. 176.

5 Boutiot, p. 380 et 397.

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Eur LA PROVINCE DE CHAMPAGNE

Mais en vain « Henri I, appréhendant de ne pas trouver dans « les tribunaux ecclésiastiques autant de rigueur et de sévérité qu'il « en souhaitait en une affaire de cette importance », remit la connaissance des cas d’hérésie « aux présidiaux, dont les juges, au « nombre de dix, jugeraient sans appel de toutes ces sortes de « causes! » ; en vain les supplices se multiplièrent: les protestants semblaient se multiplier avec les punitions >. « N’estait quasi moys « en l’an, dit CL. Hatton (juin 4557), qu'on ne bruslast des hérétiques « à Paris, à Meaux et à Troyes, deux ou trois, et auleun moys plus « de douze ». À Reims, la police urbaine sévit contre les assemblées des Crayères, et livre aux agents royaux plusieurs « des adhé- « rents », qui sont exposés sur un échafaud à Notre-Dame ou au Parvis, et vivement exhortés à se rétracter. Quatre font amende honorable « en habit de pénitent », une torche ardente à la main. Quelques-uns furent exécutés, entr'autres le prêtre Morel, les moines Chastelain et Villelongue. Au nombre des opiniâtres condamnés par le présidial étaient Nez-d’Argent et Geffroy ; relâchés à la mort de François IL, ils ne reparurent plus à Reims #.

Des châtiments moins cruels rappelaient en même temps au respect des décrets de l'Eglise sur l’usage des viandes ceux qui s’en écartaient, en imitateurs de « la misérable secte de Luther ÿ ». A Sens (4522), deux habitants, accusés d’avoir, en carême, mangé l’un des œufs, l’autre des pois au lard, sont condamnés, le premier, à faire publiquement amende honorable, le second à être battu de verges 6. À Reims, « par justice on exile quelques-uns de ces enfants « d’iniquité, on les estrange comme mauvais oyseaux 7». On punit aussi sévèrement les blasphèmes, même au jardin de l’Arbalète : « En 1546, le chevalier Jacques de May, à genoux et tête nue, « devant ses compagnons, baisa la broche, but le verre d’eau de

1 Daniel, Hist. de France, t. VI, p. 11.

2 Mém. du marquis de Castelnau (Coll. Mich. et Pouj., t. IX), 1. L ch. IV.

8 Mém. de CI. Hatton, t. I°r, p. 48.

4 Ils allèrent se faire pendre à Paris: « May. En ung lundi 2° furent « pendus aux halles le Nez-d’Argent et le... » (1562). Journal de Jehan de la Fosse.

5 Conclus, capitul., dans P. Coquault, t. IV.

6 Larcher de Lavernade, p. 168 ct 178.

1 Concl. capit., ibid.

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