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LE PARTI PROTESTANT ET LE PARTI CATHOLIQUE

« punition, paya l'amende et eria merey »; d’autres chevaliers furent chassés de la compagnie pour avoir refusé la réparation après l’offense!.

Tant de rigueurs n’aboutirent qu’à contenir, à grande peine, les esprits aussi longtemps que le pouvoir royal demeura fort ; encore ambassadeur vénitien, Michel Suriano, témoigne-t-il qu'en voyant l'obstination des « religionnaires à prêcher publiquement et à tenir « des assemblées où couraient nombre de gens de qualité, de tout « sexe et de tout âge, Henri IE fut contraint, pour ne pas perdre « tout-à-fait son autorité et l'obéissance de ses sujets, de conclure « la paix avec le roi catholique à des conditions fort désavanta- « geuses, afin de pouvoir éteindre au dedans cet incendie qui brü- « lait de toutes parts?. » Mais dès qu'Henri Il eut disparu de la scène, et que l’autorité fut tombée aux mains d’un prince de seize ans, que son âge, son inexpérience et la faiblesse de sa santé condamnaient à régner tout d’abord sous la tutelle de ses ministres, on vit le parti de la Réforme dresser la tête, et, sous la conduite de princes aussi turbulents qu’ambitieux, disputer même par les armes le gouvernement des affaires à ceux qui en étaient légalement investis.

Des deux partis en présence, l’un, le parti protestant, avait à sa tête, d’une part, les deux princes du sang, Antoine de Bourbon, roi de Navarre, et Louis, prince de Condé, dont la famille, séparée du trône depuis trois cents ans, était, depuis la trahison du fameux connétable, tombée dans une pauvreté et un discrédit dont Louis était particulièrement jaloux et impatient de la relever ; de l’autre, les trois frères Châtillon *, neveux du connétable de Montmorency, l'amiral de Coligny, d’Andelot, colonel général de l'infanterie *, et

1 Henri, ibid., p. 36.

? Relat. des ambass. vénit., t. Ier, p. 323.

3 De la maison de Châtillon-sur-Loing.

Cette charge, d’abord unique, avait été créée par François 1f* ; mais

comme l'infanterie comprenait deux divisions, celle du Piémont et celle de Ja Picardie, Henri IL établit à la tête de chacune d'elles un colonel général. Ce prince dépouiila d’Andelot de son titre pour le remettre à Montluc, quand il eut appris de la bouche même de d'Andelot qu'il avait déserte sa religion, résolu de mourir plutôt que d'aller à la messe (4558); puis il le lui rendit après la paix de Cateau-Cambrésis (1559).

arme

le cardinal, évêque de Beauvais, qui devait, en 1562, embrasser le calvinisme.

Le parti catholique suivait la loi des Guise et avait à sa tête le cardinal de Lorraine, François, le conquérant de Calais et de Thionville, Louis, évêque de Metz, et Claude, duc d’Aumalet. Autour de ces princes se groupaient Jacques de Savoie, due de Nemours, le gouverneur de la Champagne, François de Clèves, due de Nevers, et plusieurs autres seigneurs.

Les uns et les autres ont avec la Champagne des liens plus ou moins étroits. D’Andelot est propriétaire de la terre de Tanlay, qui s'étendait sur les rives de l’'Armançon ; son frère, le cardinal, est abbé de Molesme et de Quincey, dont les domaines étaient voisins du château de Tanlay. Le fils du prince de Condé, Henri de Bourbon, épousera, en 1579, Marie de Clèves, fille du duc de Nevers, qui lui apportera le marquisat d’'Isle [Aumont] et le comté de Beaufort (Montmorency).

Mais c’est surtout des Guise que la Champagne est comme l'apanage et le royaume. Joinville est leur berceau, là se dresse leur château féodal. Ils en font, comme de Reims, où siège le cardinal, où le monastère de Saint-Pierre a pour abbesse leur sœur, Renée de Lorraine, leur séjour ordinaire et préféré. Ces deux demeures leurs sont également chères; elles sont les « rendez- « vous naturels des fêtes de famille, des délassements champêtres, « des menées politiques. Au comble des honneurs ou renversés « du pouvoir, c’est là qu'ils reviennent chercher des applaudis- « sements ou des consolations ; c’est là encore qu'après les agita- « tions de la vie, princes et princesses trouveront l'éternel repos « dans la mort? ».

Ajoutez à ces considérations l'importance que donnent à la Champagne et sa position géographique sur les routes de lAllemagne et des Pays-Bas, et le caractère de ses principales villes : Troyes et Reims, centres fameux de commerce et d'industrie, l’une chef-lieu de la province, l’autre ville du sacre et foyer considérable d’études ; « Châlons, place forte de premier ordre et siège d’une

1 Celui-ci avait épousé Louise de Brézé, fille de Diane de Poitiers.

2? Henri, bid., Introduct., p. 6.

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