CRÉATION DE MANUFACTURE DE DRAPERIE A REIMS
Guillaume n’était pas seulement un esprit éclairé, c'était aussi un cœur généreux. Son frère Robert n'avait pas vu sans douleur la misère des habitants de Reims, et sans y être provoqué, dès le 28 mars 1496, il leur avait fait proposer par le lieutenant Jean Cauchon de les aider à repeupler la ville, en sollicitant du roi et du pape la création d’une université, à moins qu'ils ne préférassent aviser à l'établissement d’une belle manufacture de draperie‘. La perspective d’une université les touchait peu ; ils ne répondirent même pas à l'offre. Quant à la draperie, dont la création avait été de leur part, en 1491, l’objet d’une requête au roi ?, ils devaient confier à une commission le soin d’examiner la question. Ils eussent bien mieux aimé la remise de menues impositions touchant les « espaves « et les aulbainsÿ ». Appelé à recueillir la succession de son frère, le cardinal, qui souffrait chaque jour de se voir, par la ville, assailli d’une foule d'oisifs, revient à la charge, et le 45 avril 1500, il renouvelle les offres de Robert. Le Conseil opte franchement alors pour la draperie et se fait présenter un projet de règlement qui, entre autres dispositions, interdisait l'emploi des laines d'Autriche ou d'Auvergne et frappait sévèrement la fraude. Ce projet fut sans doute adopté par le conseil et sanctionné par le roi #.
Guillaume ne borna pas là sa sollicitude pour la prospérité de Reims ; il entreprit la reconstruction du palais archiépiscopal, mais Louis XI{, qui appréciait sa capacité administrative, en l’enlevant à son siège pour lui donner, avec le commandement du Languedoc (1506), le siège de Narbonne (1507), ne lui laissa pas le temps d'achever ce monument.
La Champagne goüûtait alors une paix profonde. Si la guerre grondait, c'était au loin, et le pays n’avait pas même à se plaindre
1 Séance du 28 mars 1496. CÊ. Varin, Arch. législ., Statuts, t. I, p. 848 et 851.
2 Arch, de Reims. Lettres de Charles VIT du 12 mai 1490 au bailli de Vermandois pour faire enquête sur ce projet.
8 Conclus. du 6 avril 1496.
4 11 y eut, au mois d'octobre de l’année suivante 1501, passage à Châlons de Margucrite d'Autriche, fille de Maximilien d'Autriche et de Marie de Bourgogne ; on lui offrit quatre poinçons de vin, six moutons, un chevreuil, un cerf, deux cygnes, deux paons et deux douzaïines de chapons.
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qu’elle lui coûtât beaucoup. Le roi ne demandait pas d'hommes pour ses armées : sa noblesse et ses aventuriers soldés lui suffisaient. Il n'avait pas augmenté les impôts, il les avait même allégés en les répartissant plus équitablement, et il mettait une grande économie dans les finances!, en même temps qu'il réprimait les désordres des gens de guerre et réformait la justice. Aussi était-il aimé du peuple et regardé comme un bon roi: « I ya trois cents « ans, disait-on, qu'il ne courut en France si bon temps qu'il fait à « présent ».
Cependant les armes françaises avaient essuyé en Italie plus d’un échec : si le Milanais avait été conquis, le royaume de Naples avait été tour à tour repris et reperdu. Dégoûté de ltalie, Louis XII songea à transmettre ses droits sur le Milanais à sa fille Claude, en la mariant à Charles d'Autriche, petit-fils de Maximilien et de Ferdinand d'Aragon ? et il conclut, à cet effet, avec Maximilien, l’un des trois traités de Blois (1504, 22 septembre), par lequel il donnait en dot à Claude, toutefois après sa mort seulement, les duchés de Milan, de Bretagne, d’Asti et de Blois, avec la Bourgogne en plus, s'il mourait sans enfant mâle.
La reine Anne, « qui n’avait nullement l'humeur française », et qui ne voulait à aucun prix entendre parler de la réunion de son cher duché à la couronne, n’avait point été étrangère à la convention ; mais celle-ci était trop contraire aux intérêts de la France pour ne pas y exciter de grandes rumeurs. Pour se tirer d’embarras, le roi résolut de consulter la nation et convoqua les états généraux à Tours (1506, 10 mai). Ceux-ci, après lui avoir décerné (14 mai) le titre glorieux de Père du peuple, que l’histoire devait consacrer, lui dirent : « Sire, nous sommes venus ici sous votre bon plaisir, « pour vous faire une requête tendant au bien général de votre « royaume, à savoir qu’il vous plaise donner Madame, votre fille « unique, à monsieur François, ci-présent, qui est tout François € (Français) ». Le roi, ému jusqu'aux larmes, fit répondre par son
1 Charles VII avait laissé les tailles à 2,200,000 livres : elles étaient réduites aux trois quarts en 1506, par conséquent à environ 4,650,000 livres, d’après l’orateur des états généraux de cette année.
? De Maximilien par Philippe, fils de ce prince et de Marie de Bourgogne, — de Ferdinand par Jeanne, fille de ce roi et d'Isabelle de Castille, et épouse de Philippe,