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LES CAHIERS DE REMONTRANCES

pour chaque état « du comté et pays de Champagne, Brie et Sens ! »,

Ces cahiers provinciaux, divisés en cinq parties : état ecclésiastique, — gendarmerie et suite de la cour, — justice, — tailles, impositions, subsides, — marchandises et autres choses, ont pour l’histoire une grande importance, car ils jettent une vive lumière sur l’état des esprits en Champagne avant les guerres religieuses, sur les besoins sociaux dont la satisfaction paraissait urgente, comme sur les abus qui réclamaient une réforme. Le cahier du tiers état, en particulier, a une haute valeur politique et morale : car il se signale par un profond sentiment de la justice et de l'intérêt publie, lamour de l’ordre, et la science pratique de toutes les matières de droit et d'administration. C’est d’ailleurs le cahier du peuple champenois, et il a droit à notre attention la plus sympathique par l’éloquente simplicité et la vigoureuse honnêteté des plaintes et des vœux qu'il renferme.

Parmi les remontrances qu’on y lit, distinguons les suivantes :

« À savoir que, pour extirper, retrancher et faire cesser toute « diversité d'opinions qui se présentent... supplie ledit état (le « tiers) de procurer soigneusement un concile général légitimement « congrégé et assemblé ».

En attendant, toutes les dignités et tous les bénéfices ecclésiastiques seront remis à l’élection de la primitive Eglise. Les dignités de ces bénéfices seront données, par l'élection, à des prêtres instruits, de sainte vie, faisant résidence, veillant sur leurs troupeaux, administrant la parole de Dieu, assistant au service divin et donnant le bon exemple. A cet effet, aucun prêtre ne sera reçu avant l’âge de trente ans, et il lui sera assuré un revenu d’au moins cinquante livres par an. Trop souvent ce sont «gens du tout haban- « donnés et desbourdez en leurs passions, comme en vivres, ban- « quets, jeux de paulme, cartes et aultres jeux, portant habille-

1 V. aux Arch. municip. de Troyes, BB, 15° carton, 2° liasse, l’original du cahier du tiers. V. aussi le Recueil La Lourcé et Duval, n° 104, t. IX, p. 64 à 98. Depuis 1483, où l’on commença à députer aux états généraux par bailliageset sénéchaussées, les villes de Reims et de Châlons n'avaient plus de représentation directe ; c'était le bailliage de Vermandois qui les représentait. (V., à la fin de notre t. IE, la requête de Reims à l’occasion des états généraux de 1789),

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« ments de velours, satin, taffetas, chausses découppées, doublées « ou couvertes de velours, satin et taffetas, souliers de velours, « chemises froncées tant au coul que à la manche, longue barbe, « cheveulx tonduz, tellement que le prestre est incognu s’il est « prestre, marchant ou homme de guerre, jusques à porter chausses « d'autre couleur que de noir, indévotz, blasphémateurs du nom « de Dieu, ribleurs allant par les rues de jour et de nuit, chantans « et fréquentans des tavernes, tenans concubines, ayans enfants « d’elles en grand nombre qu’ils recognoissent tels, gens processifs, « avaricieulx au possible !... » Qu'ils emmènent plus rarement à la chasse leurs chiens et leurs oiseaux, et qu'ils molestent moins le peuple en corps et en biens*.

Interdiction du cumul des bénéfices. Qu'on emploie le revenu des bénéfices à soulager les pauvres, à fonder des collèges de mâles et de filles.

La noblesse se déborde au-delà de la raison; «elle ne se fait « justice qu'à coups d'épée. Plusieurs seigneurs font fouetter leurs « sujets de coups de verges, imposent et font contribuer des sub- « sides », s'emparent des chevaux par force. Que les oiseux, qui ne servent le roy, paient la taille comme les roturiers *.

La gendarmerie de pied et de cheval sera payée de trois mois en trois mois, sans aucune retenue. Aucun capitaine ne fera sonner le tambourin, sans que ses gens d'armes aient été payés suffisam-

1 Art. A1 du cahier dela ville de Provins (Ap. Bourquelot, t. II, p. 262). — Le tiers état de Vermandois n’est pas moins sévère pour le clergé. — Celui d’Æpernay indique bien les sources du trouble dont souffre la religion : Art. IV. « Est certain que ce trouble est advenu par les inexcusables négligences et faultes insupportables d’aulcuns des pasteurs et ministres de l'Eglise, qui se sont tellementendormis en leurs charges qu’ils ont laissé entrer trois vices monstrueux en l'Eglise. Art. V. Cest assçavoir l’ignorance grande des sainctes lettres, l’avarice questueuse des ministres, et le délaissement de toutes choses appartenans à l’office d’ung vray pasteur», ce qui a donné lieu « à plusieurs de sentir et parler sinistrement dudict'estat ecclésiastique, et mectre entre les hommes des scismes et divisions qui s’y voyent de présent ».

2 Bourquelot, ibid., p. 131.

3 Les députés de la ville d'Epernay aux états du bailliage de Vitry (Hist, d'Epernay, par Fiévet, p. 164).

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