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LES CAHIERS DE REMONTRANCES. — SUITE

ment pour se rendre à son prochain gite. Le peuple cessera ainsi d’être opprimé de gens de guerre qui le battent, le pillent, le forcent à déloger, le meurtrissent et le tuent. Les gens de guerre sont les instruments de toutes les petites vengeances des nobles. Pareillement, « que Sa Majesté ordonne que les Allemands, Suisses, « ou autres gens de guerre de nation étrangère soient payés du « 1 du mois avant que d'entrer dans le royaume, à ce que non « payés ne vivent sur le onhomme, comme ils ont fait aux der- « nières guerres ». Aucun ne logera dans les maisons des curés ou vicaires.

Tous les offices de judicature seront soumis à l'élection, qui se fera par les érois états des villes. Les élus seront des gens doctes, de notable vieet conversation, et bien expérimentés en pratique. La justice est trop chère; les espices des juges excessives, auxquels seroict bon assigner gaîges sur le publicg. Le nombre des juges est d’ailleurs trop grand : il conviendrait de le réduire ; les procédures sont trop longues et trop coûteuses. Qu'on supprime les tribunaux d'exception ; trois degrés de justice suffiraient. Lesélections auront les mêmes limites que les bailliages et sièges présidiaux, afin de remédier au grand inconvénient de se rendre en plusieurs lieux pour avoir justice.

« Le peuple est fort foullé de tailles ; le riche, par faveur, en «est exempt ». La disproportion des impôts est telle d’une élection à l’autre que, dans celle de Provins, plus de deux cents personnes ont, depuis dix ans, quitté la ville pour prendre résidence ailleurs.

On contraindra les seigneurs péagers à montrer leurs titres et à entretenir les grands chemins et passages. Il ne sera levé aucun péage où il n’y a ni pont ni chaussée. Le taux du péage sera authentiquement affiché.

Les marchandises cireuleront librement dans tout le royaume, sans aucun droit en faveur des Compagnies française et normande et sans autre levée de deniers que celle qui se fait pour l'entretien des chemins et des chaussées, « considéré que, par la liberté du

1 « À Epernay », disent les députés de la ville, « à Epernay, où la « taille était de 2,000 livres, elle est montée, depuis cinq ou six ans, à « 7,000 livres » (Hist. d'Epernay, par Fiévet, p. 165).

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« commerce, les marchants de toutes nations arrivent, et que par « la fréquentation desquels les sujets du roi se peuvent enrichir, en quoy faisant le roy est riche, fort et secouru de ses subjects à son « besoin ».

Les poids et mesures devraient être réformés et les mêmes pour tout le royaume.

« Le sel n’est bon, seeq et loyal », et renferme «une sixième

« partye de foin, fénore et gravier ». — Les hôpitaux, maladreries et eux pitoyables seront administrés par deux notables élus pour deux ans et non salariés. — Nul n’ouvrira taverne ou cabaret, sans être présenté aux maires et aux échevins des villes. Ne seront reçus dans les cabarets et hôtelleries que les étrangers. Il ne pourra y être joué aux cartes, aux dés ou autres jeux défendus. — Tous chefs d’hôtels enverront en leur paroisse leur famille, pour assister à la grand’messe, à vépres et aux prédications, sous peine d'amende. — Tout charretier ne pourra se mettre en voyage le dimanche. — Tous bateleurs ou histrions ne pourront jouer, étant considérés comme gens oisifs, détournant le peuple de ses travaux et de ses occupations. — Les Egyptiens et autres vagants et errants par Île pays de France seront expulsés pour éviter les vols, et parce que près d’eux se retirent les bannis du royaume !.

Le clergé, de son côté, exprime ses doléances et ses vœux en des termes qui font bien ressortir, avec la gravité du mal dont souffrait l'Eglise, la nécessité du remède qu'invoquent les cahiers du tiers : les couvents et prieurés sont du tout ruinés et désolés, et il en faut accuser l'ignorance et la négligence des abbés, qui, ne préchant pas d'exemple et livrant leurs religieux à la plus honteuse pénurie, ont laissé le désordre et l'erreur s'introduire dans le troupeau. Il faut done revenir à l'élection. — Il faut que les abbés soient tenus d’entretenir un ou deux religieux, « afin d’instruire les enfants ès- « lettres saintes ». — Le luxe des vêtements, de la table et des serviteurs sera sévèrement interdit aux gens d'église ou strictement limité, «afin de pouvoir aumôner les pauvres ». — Les curés résideront et veilleront sur leurs ouailles ; ils recevront de quoi vivre et n'auront qu'un serviteur et une femme hors de toute

! Boutiot et Bourquelot, locis citatis,

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