‹ Histoire général de la Champagne et de la BrieChapitre 87 sur 327 · ASSEMBLÉE DE PONTOISE ET COLLOQUE DE POISSY · texte numérisé non relu

ASSEMBLÉE DE PONTOISE ET COLLOQUE DE POISSY

« France », et parmi lesquels nous remarquons Claude Despence, Breton, chanoine de Reims, un des secrétaires de l'assemblée, maître Gilles Dupré et Pierre Remy, députés de l’église de Reims. Du côté des protestants, Jean Raguier, seigneur d’Esternay, représentait la Brie et la Champagne !. Théodore de Bèze, sur l'invitation qu'il en reçut, prit le premier la parole : c'était le lieutenant de Calvin, un esprit vif et fin, au témoignage de l'ambassadeur vénitien Barbaro, mais dont la science avait plus de superficie que de profondeur ?. Dans un entretien qu’il avait eu à la cour avec le cardinal, cet ancien prieur de Longjumeau lui avait donné sur la question de l’Eucharistie des explications qui l’avaient fort satisfait ; mais cette fois il s’exprima de telle sorte que l'assemblée tout entière en frémit, et que le cardinal de Tournon, se tournant vers le roi, s’écria : « Avez-vous entendu le blasphème » ? Le cardinal répondit à Bèze quelques jours après (mardi 16), et, dans un discours que Bossuet qualifie d’admirable, il exposa avec une clarté et une netteté qui contrastaient étrangement avec les subtilités de son adversaire, la doctrine catholique sur les deux points fondamentaux de l'Eglise ct de la cène. La cause paraissait entendue, et les prélats eussent volontiers rompu le colloque, mais le cardinal, qui « avait pris de « loin ses mesures, dit Bossuet, avec les luthériens d'Allemagne », attendait l’arrivée de trois ou quatre de leurs principaux docteurs, € qui, paraissant à Poissy sous prétexte de concilier tous les diffé- « rends, combattraient les calvinistes °». Comme ils tardaient à venir, après une réplique de Bèze (24 octobre) et le refus de souscrire à la confession d’Augsbourg, les ministres, finalement invités à présenter une formule sur la question fondamentale, le firent en un si prodigieux langage que les catholiques n’y pouvaient rien entendre *. Elle fut déclarée hérétique, captieuse, insuffisante, et les prélats lui en opposèrent une aussi simple, aussi nette et aussi complète que la première était imparfaite et enveloppée. Le cardinal la lut lui-même à haute voix, prononça l’anathème contre ceux qui penseraient autrement, et le colloque fut dissous (le 6 novembre),

1 CI. Hatton, t. 4er, p. 155.

? Relat. des ambass. vénit., t. Il, p. 51.

8 Hist. des Variations, 1. IK, c. C:.

4 Tbid., 1. IV, c. XLIV, XLY.

sans autre fruit que d’exalter les protestants, car chacun des deux partis ne manqua pas de s’attribuer l'avantage de la lutte, «comme « il arrive toujours, dit Marlot, en ces rencontres peu utiles à la « religion et d’un pernicieux exemple à la postérité ! » ; outre qu’ «il « est bien certain, dit Castelnau, que tout ce qui est mis en dispute « engendre doute », et que c’est « une faute bien grande d’y exposer « sa religion ? ».

L'esprit qu'avait montré l'assemblée de Pontoise n'était pas fait d’ailleurs pour calmer l’ardeur des novateurs ; car nobles et bourgeois s'étaient cette fois parfaitement accordés pour combler le déficit des finances de l'Etat au préjudice du clergé. Il faut entendre sur ce point les propositions que font la noblesse et le tiers de la ville de Troyes. Tout en regrettant la nécessité où se trouve le roi en ce moment, «ils s’émerveillent de l'existence de si grandes « dettes, vu les grandes tailles, crues sur icelles, augmentations de « gabelles, emprunts particuliers, solde de 50,000 hommes, les 20 « livres tournois levées sur chaque clocher du royaume, les 8 écus « levés sur les officiers royaux ; les quatre écus levés sur les bour- « geois, marchands, veuves et artisans ; les 2 écus sur les avocats « praticiens, notaires et sergents; décimes, dons gratuits, francs- « fiefs et nouveaux acquets, deniers levés après la journée de Saïnt- « Laurent, aliénations du domaine, aides et gabelles, érection des « bureaux de la foraine, finances reçues sur les offices, tant anciens « que nouveaux, et enfin plusieurs grandes sommes de deniers « levées sur le peuple pendant et depuis le règne du roi Henri I ». Il y aurait lieu, pensent-ils, de demander compte de leur gestion à ceux qui ont manié les finances depuis l'avènement de ce prinee, et de s’enquérir des dons qu'il a faits à des personnes qui ne les méritaient pas.

1 T. IV, p. 345. Le colloque eut cependant pour effet d'attirer à la religion catholique le roi de Navarre, choqué de l'incertitude et du désaccord des doctrines luthériennes et calvinistes (Davila, t. I, p. 173). Ce fut aussi à l'assemblée de Poissy que les jésuites durent leur admission

en France. Le légaf y avait ament leur général Laynez, qui revendiqua hautement pour le concile de Trente le droit exclusif de traiter des matières religieuses.

? Castelnau, c. IV, p. 448.

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