‹ Histoire général de la Champagne et de la BrieChapitre 88 sur 327 · INFLUENCE DES ÉTATS DE PONTOISE · texte numérisé non relu

INFLUENCE DES ÉTATS DE PONTOISE

Si, par cette révision, il n’y a pas somme suffisante pour acquitter les dettes de l'Etat, le roi disposera successivement, selon la nécessité, du revenu des bénéfices non desservis par les titulaires, de celui des bénéfices, prieurés conventuels et autres dont les titulaires âgés de vingt-cinq ans ne sont pas engagés dans les ordres, et graduellement, selon leur importance, du revenu de tous les bénéfices, prieurés, abbayes, évéchés etarchevêchés. L'essentiel est qu'il soit pourvu à la nourriture et aux vêtements des religieux, ainsi qu'à l'entretien des bâtiments.

Que si ces ressources réunies sont impuissantes à combler le gouffre des dettes, « que le roi prenne les joyaux et la vaisselle d’or « et d'argent superflus et en très grande quantité dans les temples et maisons ecclésiastiques, en l'exemple des rois Clovis, Martel « (Charles Martel), saint Louis, François [* et autres rois, afin de « soulager le pauvre peuple exténué par les courses des gens de « guerre ». Qu'il ne soit imposé d’ailleurs aucun droit sur les vivres et marchandises du royaume, qui sont très chers !.

Les états de Pontoise avaient done fait entendre un langage menaçant pour le clergé. Celui-ci, d'autant plus ému que le gouvernement demandait alors aux évêques et aux chapitres une décla-

ration de tous les biens ecclésiastiques de chaque diocèse, écrivit au cardinal de Lorraine pour le prier de détourner le coup, et le cardinal y parvint en amenant le clergé à consentir, et le gouvernement à accepter une subvention de seize millions payables en douze ans par égales portions ?.

Sur le fait de la religion, l'assemblée de Pontoise montra aussi

! Boutiot, Hist. de Troyes, {. Il, p. 485. Cest le même esprit de sacrifice qui fait proposer à la noblesse du royaume de prélever le montant des dettes, pour les deux tiers sur le clergé, pour l’autre tiers sur le tiers état (V. Henri Martin, t. IX, p. 92).

? Mémoires de Conde, t. Il; Journal de Bruslart, p. 50. — Dès le 1% juillet, en vue de faire face au danger croissant de la propagation du calvinisme en Champagne, le cardinal avait engagé le chapitre de Reims à préparer un secours de dix mille livres, et il en avait même remisau roi un autre de 20,000, provenant de la vente d’ornements et vases sacrés (Hist. eccl. de Reims, par G. Marlot, et ist. catholique du seisiéme siécle, par le P. Hilarion de Coste),

Sr

plus d'indépendance que celle d'Orléans ; car elle réclama pour les protestants le plein et libre exercice de leur culte.

Cette attitude, jointe aux complaisances du chancelier et de la reine-mère fut pour la secte un puissant encouragement. Aussi vit-on les huguenots, en dépit de l’édit de juillet, non seulement s’assembler publiquement et en armes, prêcher, baptiser à la mode de Genève et déclamer avec une entière liberté contre l’église romaine, mais encore s'emparer à main armée des églises !, renverser les autels, mutiler les statues, briser les vases sacrés et obliger les catholiques à prendre les armes pour se défendre contre leurs entreprises pendant le service divin. &Il n’y a faute d’esmeutes en « divers lieux, écrit l'ambassadeur d’Espagne, pour ce que les « catholiques sont oppressés par la tolérance du gouvernement et « faulte de justice ? ».

La situation n’est pas aussi violente en Champagne ; mais les lois n’y sont pas mieux respectées qu'ailleurs par les protestants, et « la « religion » y « va le chemin que demandent les adversaires? ».

À Provins, les prêtres sont contraints, « pour échapper aux « huguenots, de ne plus porter par les champs l’habit elérical, ni « les longs cheveux, ni la couronne, ni aultre marque qui enseigne « qu'ils soient prestres ou moynes # ». À Châlons, le conseil de ville croit devoir députer au roi, le 3 octobre, pour le prier d'interdire les assemblées des protestants5, qui, versla fin de mai, avaient causé dans la ville diverses émotions 6 ; mais c’est en vain. « L'église de « Châlons, où est M. P. Fornelet, se porte bien », écrit de Troyes, le 13 octobre, le pasteur Sorel. — « On a publié édit, on a fait « deffense de nous assembler, écrivait de son côté, le 6 octobre, « Fornelet, à Calvin; mais le Seigneur nous assiste de plus en plus. € Il a tellement béni mon labeur, qu'il y a bien 15 villages par « deçà qui désirent le sainct ministère de l’évangile, mais par faute « de pasteurs y demeurent là ». L'église de Loësi surtout prospère d'une façon merveilleuse: « Loisi n’est qu'un village de nulle

4 V. Castelnau, I. IL, c. V, p. 448.

? Lettre de Chantonney, ap. Mémoires de Condé, t. I, p. 16, 49. 8 Id., ébid.

#, Cl: Hatton, t. [°t, p. 129.

5 Hist. de Chälons, par E. de Barthélemy, p. 205.

5 Cest ce qui résulte de la conclusion du conseil du 2 juin 1561.

Page 1