‹ Histoire général de la Champagne et de la BrieChapitre 89 sur 327 · ABDICATION DU DUC DE NEVERS EN FAVEUR DE SON FILS · texte numérisé non relu

ABDICATION DU DUC DE NEVERS EN FAVEUR DE SON FILS

« défense ou résistance, à parler humainement ; ilest envenimé, haï, « persécuté de tout le païs » ; mais il tient bon, et le « petit jeton » croit et fleurit. M. Fornelet, mandait à son tour de Vervins M. de Saussure au ministre Farel, à la date du 12 septembre, M. Fornelet prêche à Châlons « à maison ouverte et aussy publiquement, comme « s’y se fust été à temple ouvert ». Le mépris qu'il faisait des édits a soulevé dans la ville une sérieuse émotion, et il a dû, pendant « plus « de deux mois et demi », précher par les villages du Partois ; mais « depuis, il à eu entrée en ladite ville », et le 5 octobre, dit-il luimême, « nous feismesune assemblée en la nuit, où nous étions plus « de mille ».

Vitry est également travaillé par les ministres protestants; mais « c'est un siège présidial où il y a force de gens savants. ; il leur « faudrait ung homme bien docte ». Impossible d’en trouver pour l'heure à Genève!.

A Troyes, Jean Franelle ne suffit plus aux besoins des réformés ; Calvin lui envoie de Neufchâtel un certain Jacques Sorel, originaire de Sézanne, qui commence à prêcher, le 11 novembre, organise un consistoire et dispose des jeunes gens à la prédication ; puis arrive un troisième pasteur, Pierre Leray ou Leroy, ancien carme.

Vassy comptait quelques novateurs jaloux d’avoir un ministre. Ils s’adressèrent à Troyes, qui leur envoya Franelle, le 12 octobre, lequel donna huit jours à l’organisation du service religieux, et regagna son poste.

Sur ces entrefaites, le duc de Nevers, gouverneur de Champagne, sentant sa fin prochaine ?, avait résigné ses fonctions en faveur de son fils François Il, et ce jeune prince, sous le titre de comte d’Eu, faisait son entrée à Troyes le 22 novembre 1551 5. Son premier soin fut de prévenir toute collision entre les partis en ordonnant la remise des armes, et en faisant défense à tous gentilshommes et

1 Variétés hist. et archéolog. sur le Châlonnaïs et le Rémois, par E. de Barthélemy, p. 32 et sq.

2 Il mourut le 13 février 4562. — V. à l’Appendice un exemple aussi intéressant que curieux de la sollicitude de ce brave capitaine pour le bien-être du soldat.

3 Le conseil de ville décide, le 10 décembre, qu’il enverra vers lui une députation pour le féliciter.

6 Si CM

officiers du roi d’en porter, sous peine de la vie ; à tous hôteliers de loger gens armés d’arquebuses, de pistoles et de pistolets, sous peine de prison et de 20 livres d'amende. Il prescrivit en même temps la fermeture des prêches !.

Mais cette fermeture ne devait pas durer au-delà de son séjour à Troyes. Pendant ce séjour même, Caraccioli n’avait-l pas eu le triste courage d’abjurer en sa présence et devant un nombreux auditoire la religion catholique. Le neveu de Pie IV n’en devait pas être mieux accueilli du parti protestant. Objet de défiance pour les ministres, qui ne voyaient en lui que légèreté et hypocrisie, de scandale et de mépris pour les catholiques, dont il désertait les rangs, il finit par se retirer à Châteauneuf?, où il mourut. len29 août 1570.

C’est dans le même mois de novembre 1861 que les habitants de Langres, pour qui il était ruineux de porter leurs causes à Sens, éloigné de 35 lieues, finirent par obtenir la création d’un siège particulier du bailli de Sens. Les Sénonais en gémirent vainement, l'équité ne permettait pas d'écouter plus longtemps leurs plaintes intéressées. Toutefois le bailliage de Sens retenait les appels, et Langres sous ce rapport eût bien désiré ressortir à un bailliage plus voisin; mais un arrêt du conseil privé du 13 août 1576 maintint à cet égard l’ancien état de choses*.

Cependant le cardinal de Lorraine, affligé de l’état du royaume, demandait sans cesse qu’on réprimât les désordres causés par les réformés, et qu'on exécutât rigoureusement l’édit de juillet ; mais sa voix n'était plus écoutée. «Se voyant sans autorité dans le conseil, « se sentant détestés de la secte, les Guise crurent alors devoir se « soustraire aux méfiances, aux soupçons, aux scandales quiavaient « déjà éclaté et qui pouvaient prendre un caractère plus terrible « encore, aboutir à une inimitié ouverte, àune guerre violente entre « eux et les Bourbons : ils partirent », le duc pour sa terre de Joinville, le cardinal pour Reims, où, à peine arrivé (12 novembre),

1 Boutiot, t. IL, p. 495.

? C'était une propriété que François 1 avait donnée à son père, le prince de Melphe.

3 Collect. de Champagne, t. 43, p. 173.

4 Relat, des ambass. vénit., M. A. Barbaro, t. IL, p. 65,

Page 1