RÉUNION DE SAINT-GERMAIN. — L'ÉDIT DE JANVIER
il s'occupa avec le chapitre de diverses réformes intéressant le culte.
L'Hospital, demeuré libre, suggéra facilement à Catherine de demander aux huit parlements des députés qui l’aidassent à doter les protestants d’un édit plus libéral que celui de juillet, et ces députés, choisis selon son cœur, se réunirent à Saënt-Germain le 3 janvier 1562. Là fut arrêté, le 17, ce fameux édit de janvier qui, tout en faisant aux calvinistes une obligation de restituer les églises usurpées, les croix, les images et les reliques enlevées, les autorisait à s’assembler hors des villes, mais sans armes, et «avec « injonction à tous de se comporter modestement, et défense « expresse de faire enrôlements, impositions, créations de magis- « trats, synodes et consistoires, sans l’autorisation du roi !. », Ce n’était encore pour eux que tolérance, au lieu de cette liberté entière que les faveurs de la cour leur avaient fait espérer ; mais ils comptaient bien obtenir celle-ci à force d’audace, et « tenant au poing « l'édit, ils l’estendaient » par delà les bornes, et disaient « haulte- « ment que, si on ne voulait leur bailler des temples, ils en « prendraient ? ». Toutefois la Champagne demeura pure de tout excès, et l’on vit même à Troyes une capitulation se conelure devant la justice entre ceux de la nouvelle religion et les plus notables des habitants, s'engageant à vivre et converser ensemble sans se reprocher leur religion.
C'était à Paris, dans sa population catholique de 250,000 âmes, que se concentrait la résistance à l’édit de janvier, considéré par le parlement comme la ruine de la vieille unité monarchique. La fermentation y était si grande, surtout au spectacle des audaces du prince de Condé, qui, sous les yeux mêmes du gouvernement, ct contrairement à l’édit, faisait des amas d'armes, ordonnait des collectes, rassemblait des soldats, que la lutte semblait à tous inévitable. « Les affaires de France sont dans une telle situation, écrit « Prosper de Sainte-Croix, qu'il faut que la balance penche d’un « côté ou de l’autre ÿ ». Alarmée pour sa sûreté, la cour avait quitté
1 Mém. de Condé, t. HI, p. 8, 21. — Isambert, t. XIV, p. 124. 2 D’Aubigné, t. 1, LUI, p. 129. — Mém. de Conde, t. I, p. 91. Lettres de Prosper de Sainte-Croix, Arch. curieuses de l’histoire de
France, t. VI, p. 54.
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Paris pour Fontainebleau, laissant en quelque sorte le champ libre à la fureur des partis, tandis qu’Antoine de Bourbon, jaloux de l'influence croissante de son frère, et les catholiques, indignés du triomphe des réformés, appelaient à leur secours le due de Guise.
Parti de Joinville avec une escorte de 200 gentilshommes, le duc revenait de Saverne, où il avait eu (15-18 février) une entrevue avec le duc Christophe de Wurtemberg, à l’effet d'obtenir sa bienveillante neutralité dans les troubles qui pouvaient surgir en France. Il était arrivé le 1°° mars à Vassy, petite ville dont Marie Stuart était usufruitière. C'était un dimanche. Les calvinistes de Vassy faisaient leur prêche dans une grange, et leurs chants s’entendaient dans l’église, où le duc assistait à la messe. Ses gens s’étant portés au prêche pour mettre fin aux chants, une rixe s'engagea. Le duc accourut pour arrêter le tumulte : une pierre l’atteignit à la joue. À la vue du sang qui coule de la blessure, ses gens, malgré sa défense, tombent furieux sur les protestants, en tuent soixante et en blessent un plus grand nombre.
Cet événement tout fortuit !, dont les clameurs intéressées du parti grossirent encore la lamentable gravité, fut le signal de la guerre civile. La reine avait pensé un instant détourner de Paris les Guise ?, en les invitant à se rendre à Monceaux, où était alors la cour; mais ils poursuivirent par Reims et par Nanteuil leur marche sur la capitale et y firent une entrée triomphante. A cette nouvelle, Catherine, se jetant dans les bras des calvinistes, demande son salut et celui du roi au prince de Condé, qui s’empresse de rassembler à Meaux ses forces ; mais les triumvirs le préviennent, enlèvent le roi de Fontainebleau et le ramènent à Paris, où il est reçu avec les plus grandes démonstrations de joie (6 avril).
1 De Thou l'avoue lui-même, éd. in-4, Londres, 1734, 1. XXIX, p. 169.
? Ainsi que, le 22 février, ils l’annonçaient de Charmes-sur-Moselle à la reine-mère (V. Bouillé, Hist. des ducs de Guise, t. IL, p- 170). Le connétable et le maréchal de Saint-André vinrent, le 16 mars, au devant du duc jusqu’à Nanteuil. — Celui-ci avait pris, en passant à Reims, le cardinal, ce qui n’a pas empêché les protestants de représenter ce prélat « regardant en « grande gaieté la tuerie » de Vassy.
8 IL. — De L'AFFAIRE DE VASSY A L'ASSASSINAT DU DUC DE GUISE. Acer mans 1562 — 18 révRIER 1563.
Condé s'empare d'Orléans et met la main sur les deniers du roi. — Exaspération des catholiques. — Troubles et massacres à Sons. — Agitation à Troyes. — Le gouverneur de la province y vient et rétablit l'ordre. — Soulèvement des protestants à Chalons ; punition des principaux mutins. — Effervescence générale; la reine tente inutilement de l'apaiser. — Le Parlement déclare rebelles tous ceux qui ont pris les armes contre le roi.
— Les protestants s'organisent ; conduile odieuse de Porcien. — Pendant ce temps, le cardinal de Lorraine part pour le concile de Trente. — Place qu'il y occupe. — On y accueille avec joie la nouvelie de la victoire de Dreux. — Le vainqueur assiège Orléans
et meurt assassiné sous les murs de la place. — Affliction du cardinal et du parti catho-
lique.
Depuis quatre jours (2 avril), Condé était maitre d'Orléans. Déçu dans son espoir de s'emparer de la personne du roi, il s'était brusquement tourné vers cette ville, et, l'ayant surprise, il s’y établissait fortement, sollicitant argent et soldats de toutes les églises protestantes de France, et faisant appel aux secours des princes d'Allemagne. Charles IX en avertit, le 5 avril, Despaulx, son lieutenant en Champagne, et l'invite à veiller sur les bons sujets de son gouvernement, pour qu'ils ne se laissent pas égarer à la suite des coupables, et sur les villes pour qu’elles ne laissent pénétrer dans leur enceinte aucune personne en armes sans le commandement exprès du roi, de la reine-mère ou du roi de Navarre, lieutenant général de tout le royaume ; car il sait que, sous prétexte de religion, alors qu’il n’y a aucune entrave à la liberté de conscience, les perturbateurs du repos public ont des intelligences dans plusieurs villes du royaume, où ils ont donné ordre de faire éwmultuer les peuples'. Le moment n’était pas éloigné où, de proche en proche, les rebelles allaient dominer quatorze des dix-sept départements où l'on recevait les deniers du roi ?: tout y était bénéfice pour eux, car au pillage des églises ? ils joignaient celui des coffres des receveurs
1 Lettre analysée dans le Bulletin historique et philologique du Comité des travaux historiques et scientifiques, année 1887, n°° 3-4, p. 183. 2 Lettre de P. de Sainte-Croix, Arch. curieuses, p. 103, 1° janvier 1562.
3 En particulier à Meaux (Hist. des dues de Guise, t. U, p. 190).
royaux. Condé se fit ainsi un riche trésor, qui l’aida puissamment à soutenir sa cause, ou, pour mieux dire, la cause de l'indépendance : elle réunissait, en effet, la meilleure partie de la noblesse également ennemie de la royauté et du clergé, et déjà autour du prince s’agitait à Orléans la question de savoir s’il est plus avantageux que le royaume soit électif ou héréditaire !.
Aussi l’exaspération des catholiques était extrême, et il ne faut pas être surpris que le duc de Nevers écrivit à du Castel, le 49 avril, qu'il a été informé que, les prêtres cherchant à émouvoir le peuple de Châlons, il ÿ avait lieu de les maintenir dans le devoir, sans toutefois conduire les choses autrement qu'avec la plus grande douceur et sans s’affectionner à aueun des deux partis ? Toutes choses d’ailleurs n'éfaïent pas en moins grand trouble dans le reste de la France qu'à Paris, où L’Huillier, neveu de l'ambassadeur d’Espagne, écrivait, le 15 avril, à son oncle que, si Dieu n’y mettait la nain, il était à craindre qu'il n’oyst parler du plus beau massacre qui fut depuis la passion de Jésus-Christ. Trois jours auparavant (12 avril), la ville de Sens n’avait-elle pas été, comme Vassy, le théâtre d’un drame sanglant? Depuis près de trois mois, les calvinistes ÿ avaient un prêche dans le voisinage de l’ancien monastère des Cordeliers, où ils scandalisatent et bravaient les catholiques, lorsqu’au retour d’une procession générale à l’église Saint-Savinien, le menu peuple alla « raser et mettre par terre la grange où se faisait « le prêche ». Les sectateurs irrités se répandirent en menaces et « paroles outrageuses, s'assemblant en quelques maisons ». Sur quoi le peuple se soulevant « força et pilla » jusques à cinquantecinq maisons d’hérétiques, « et d’iceux y eut onze de tués *, et n’en «€ fusf demeuré aucun, s’ils n’eussent été cachés et sauvés par leurs « amis », et la fureur populaire réprimée par les officiers du roi et ceux de la ville.
1 P. de Sainte-Croix, ibid.
? Arch. munic. de Chélons-sur-Marne, AA 5.
3 Ce nombre, comme celui des victimes de Vassy, a été singulièrement enflé par le parti. Certes, dit Taveau, témoin oculaire, « ne fut faite telle « boucherie qu’ils ont divulguée par leurs livres, remplis pour la plus « part de calomnies et impostures auxquelles ne faut croire, pour ce qu’il « y a de la passion trop violente ». (Hist. manucr. de Sens). Quel qu'il fût, le nombre des victimes était toujours à déplorer,