‹ Histoire général de la Champagne et de la BrieChapitre 91 sur 327 · TROUBLES SANGLANTS A SENS. — AGITATION A TROYES · texte numérisé non relu

TROUBLES SANGLANTS A SENS. — AGITATION A TROYES

Le bruit de cette tragique affaire se fut bientôt répandu. Nicole Pithou, le chef des réformés de Troyes, l'annonce avec émotion au conseil de ville dans l’assemblée du 15 : Il y a, ajoute-t:il, dans les environs de la ville nombre de gens de guerre qui menacent de la surprendre et d’égorger ceux de la religion réformée ; « il est « expédient de mettre les fauconneaux avec d’autres pièces « d'artillerie sur les murailles », afin de défendre la ville : « de « quoi je somme le maire et les échevins ». Il les somme également, non sans érjurier le maire, d'envoyer vers le gouverneur pour l’informer des entreprises projetées contre la ville, ainsi que «de « la capitulation faite entre les bourgeois de Troyes ». Sa présence sera d'autant plus nécessaire que, du 7 au 15, les réformés en armes se sont livrés à des excès dont trois personnes ont été victimes : ce sont griefs sur lesquels Pithou garde habilement le silence. Toutefois, le 20 avril, chacun met bas les armes, et quand le gouverneur arrive (24), il lui suffit d’ordonner (30), « pour aucunes causes à ce « le mouvant », qu’elles soient transférées de l’hôtel de ville à l'hôtel épiscopal, où il est logé. Le duc de Nevers! fait ensuite, le 4er juin, sortir de la ville tous les étrangers « dans la journée, sur « peine de la vie »; il interdit aux protestants toute assemblée, livre au feu leurs livres, punit de mort les plus coupables et fait célébrer avec pompe la procession de la Fête-Dieu, qu’escortent 80 à 100 hommes de la compagnie de Nevers. Après avoir ainsi rétabli l'ordre à Troyes, il se retire, dans le cours du mois de juin, laissant dans la ville son lieutenant Desbordes?.

Dans ce même temps, le roi, par lettre du 20 mai, écrivait à M. du Castel, capitaine de Châlons ?, pour l’inviter à « recevoir à la garde « de la ville seulement ceux qui seront de 1a religion catholique et « ancienne, sans y admettre les autres jusques à ce que les troubles « qui se voyent dans le royaume soient passés ou qu'il en soit

1 François II de Clèves, duc de Nevers, qui avait succédé dans le gouvernement de Champagne, à son père François [, lorsque ce prince vint à mourir le 13 février à Nevers.

2 Boutiot, t. Ill, p. 504 à 519.

3 C’està c2 même capitaine que le duc de Clèves écrivit de Nevers, le A1 décembre 1562, qu’il recevrait volontiers son fils en qualité de page : du Castel pouvait le lui envoyer à la Noël prochaine.

« ordonné autrement! ». Les protestants se soulevèrent d’autant plus hardiment que leur nombre croissait tous les jours à Châlons d’une façon inquiétante, ainsi qu'en fait foi la délibération du conseil de ville du 27 mai suivant ; mais la milice bourgeoise réprima facilement la sédition sans effusion de sang; les deux chefs de la révolte seuls furent jugés et pendus par la main du bourreau ?.

Ces mesures de rigueur ou de défiance n'étaient, malheureusement, que trop justifiées par les entreprises criminelles du parti protestant, qui, peu satisfait de procurer des secours au prince de Condé, entravait les levées d'hommes que faisaient les officiers du roi, les attaquant en marche ou tuant les capitaines qui faisaient « sonner le tambourin * ». L’effervescence des esprits était grande de part et d'autre, et aussi la frayeur de la guerre civile, qui semblait imminente. La reine, dans les premiers jours de juin, fait en vain, pour la prévenir, deux voyages, seule, avec cent chevaux, parcourant, la première fois, vingt lieues par un temps pluvieux ethumide, la seconde fois, quatorze lieues, et arrivant de nuit fort lassée et travaillée *, Les prétentions de Condé ne permettent pas au gouvernement d’'insister, et, à la fin de juillet, le Parlement rend un arrêt qui déclare rebelles et ennemis du roi et de la couronne de France, séditieux et perturbateurs publics, criminels de lèse-majesté divine et humaine, tous ceux qui avaient pris les armes

1 Arch. munic. de Châlons, AA 5, — Déjà, le 31 mars précédent, on avait vu le conseil de ville refuser de délibérer en présence de deux de ses membres suspects d’hérésie (Registre XIV). Mais un arrêt rendu en conseil privé du roi à Châlons en Champagne, le 29 avril 1564, le contraignit à rétablir les deux conseillers dans la jouissance de leurs droits.

2 Id., ibid.

5 Les réformés de Troyes envoient, le 4 mai, au prince 300 hommes qui sont surpris, le 10, à Senan (arrondissement de Joïgny) et dispersés. A la même époque, les huguenots attaquaient à Saint-Lyé des recrues que Rizaucourt dirigeait sur Orléans, tuaient à Croncels un capitaine Michel Fourey et deux autres à Rosnay (V. Boutiot, t. IL, p. 519).

# Elle allait conférer avec Condé, la première fois à Toury, la deuxième fois à Beaugency. Discours du cardinal au Parlement de Paris sur létat

des affaires, fait par ordre de la reine-mère et du roi de Navarre (Mém. de Condé, t. I, p. 489).

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