LE CARDINAL SE REND AU CONCILE DE TRENTE
possession le 21 septembre avec ordre de faire démolir les fortifications du marché, la Champagne se ressentit peu de la lutte engagée entre le gouvernement et le prince de Condé.
Tous les efforts, comme toutes les espérances du parti, se portaient sur le camp du prince. Condé avait, le 20 septembre, signé à Hamptoncourt avec la reine Elisabeth un traité par lequel il lui livrait Dieppe et le Hävre, une des clefs de la France, pour s’assurer les secours en argent de l'Angleterre. Vainement Guise, en apprenant l'entrée des Anglais au Hävre, lui avait-il généreusement demandé la paix, et proposé d’unir leurs forces pour assurer l'intégrité du territoire français ; Condé avait fermé l'oreille à sa pensée patriotique ‘. Il attendait de l’Allemagne des secours en hommes, que la promesse du pillage de Paris ne pouvait manquer de lui assurer, et d’Andelot était chargé d’aller les recevoir. Comme celuici amenait douze cornettes de reîtres? (2,600 chevaux) et douze enseignes de lansquenets (3,000 hommes de pied)$, fournis par le landgrave de Hesse, le due de Nevers vint à Montier-en-Der, pensant les arrêter, alors qu’ils étaient à Montéclair, près d’Andelot, grossis des réformés de Vitry, de Vassy, de Noyers et d’autres villes ; mais ils prirent par Chaumont, Clairvaux, Châteauvillain, dont ils pillèrent le couvent des Cordeliers (22 octobre) et emmenèrent trois cents habitants prisonniers, Châtillon, Tanlay, Noyers, Cravant, et gagnèrent ainsi Orléans. Saint-André, envoyé par le roi pour appuyer le due de Nevers, n’arriva à Troyes que le 25 octobre, alors que les Allemands avaient dépassé Châtillon. Après avoir fait, le 26, une pointe sur Bar-sur-Scine, il dut rentrer à Troyes, où il passa plusieurs jours*.
En ce moment, le cardinal de Lorraine, pour répondre aux ordres
i Y. Forneron, Les ducs de Guise et leur siècle, t. Er, p. A0, AAA.
2 « Ce mot dereistres, dit Hatton (p. 294), n’avait oncques, du vivant des plus anciens, esté en usage en France, et n’en avait-on jamais parlé qu’à présent ».
3 Castelnau, ibid., L. Ml, c. XII.
4 C1. Hatton semble se tromper en faisant intervenir ici, p. 294 et suiv., le duc d'Aumale. Son récit paraît s'appliquer à l’année 1567 et au duc d'Anjou. Que la reine-mère ait, à la date de 1562, protégé la retraite de Condé, on le comprend; mais il est difficile d'admettre qu’elle ait favorisé
l'entrée des Allemands en France.
du roi, partait pour l'Italie, se rendant au concile de Trente, où l’avaient précédé l’évêque de Châlons, Jérôme Bourgeois ou Burgensis, et l'archevêque de Sens. Il emmenait avec lui un certain nombre de savants docteurs, tant de son église que de la Sorbonne, parmi lesquels il convient de signaler Gentian Hervet, dont il devait, à son retour, reconnaitre le mérite et les services par la collation d’un canonicat à l’église de Reims, et les délégués du chapitre de Reims, Richard Dupré, trésorier ; Jacques Archadet, vidame ; Nicolas Breton et Antoine Colart. Is arrivèrent à Trente le 13 novembre, et y furent reçus en grande pompe. Dix jours après (23), le cardinal se présentait au concile, où prenant la parole, il fit une peinture si vive et si éloquente de l’état de l'Eglise, et de la France en particulier, que toute l'assistance en demeura merveilleusement satisfaite et en grande admiration!. Deux points principaux, aux termes des instructions qu’il avait reçues du roi, la réformation des mœurs et la doctrine, devaient fixer l’attention des Pères. « Corriger les cérémonies, retrancher les superstitions et « tous les autres abus qui ne servent qu’à tromper le peuple, ne conférer les bénéfices qu’à des sujets capables et irrépréhen- « sibles ; ... à tout le moins faire les prêtres de tel âge qu’ils aient « moyen de satisfaire à leurs promesses et d’estre en partie hors de « la suspicion ? », c'étaient questions de discipline sur lesquelles le cardinal ne pouvait manquer de recevoir satisfaction. Mais quel accueil pouvait attendre du Saint-Siège la demande de la communion sous les deux espèces, de l’usage de la langue nationale, du mariage des prêtres, du culte facultatif des images ? Accorder ces points, « c'était altérer profondément l'institution « catholique ; c'était transformer, pour ainsi dire, l'Eglise romaine. « Est-il bien sûr, d’ailleurs, que toutes ces concessions eussent suffi € pour arrêterle mouvement [d’émancipation religieuse] et amener «€ la réunion [des dissidents]... ? »
En effet, la source principale des maux qui affligeaient l'Eglise n'était point à Rome, comme le pensaient les partisans les plus
1 Mém, pour le Concile. Lettre de M. de- Lansac, ambass. de France, au roi, p. 352.
? Ibid. Mémoire baillé à M. le Cardinal quand il est parti pour le Concile, p. 335-338.