BATAILLE DE DREUX. TRIOMPHE DES CATHOLIQUES
sincères de la Réforme : elle était dans la situation même de l'esprit humain au XVI° siècle, dans cet amour de l'indépendance qui agitaitla société, dans ce besoin nouveau de penser, de juger librement, en sorte que, « les griefs une fois redressés, les abus une fois sup- « primés, la révolution religieuse n’en aurait pas moins continué « son cours. Après avoir demandé la Réforme, dit M. Guizot, on « aurait demandé la liberté. La crise religieuse du XV siècle n’était « pas simplement réformatrice, elle était essentiellement révolu- « tionnaire ! ».
On traitait dans le concile la question de la résidence, et le prélat avait pris aux débats une part brillante, quand on reçut à Trente la nouvelle de la bataille de Dreux (19 décembre). Le triomphe des catholiques excita naturellement une grande joie dans le concile ?, et une messe solennelle d’action de grâces fut célébrée par le cardinal de Lorraine, sur qui rejaillissait en partie l'honneur de la victoire remportée par le duc de Guise sur les protestants.
L'allégresse en Champagne avait été d'autant plus vive que, depuis un mois (novembre), la province avait pour gouverneur auxiliaire François de Guise$. À Reims, particulièrement, le grand vicaire ordonna, le 26 décembre, une procession générale avec prédication au peuple, et le lendemain un service solennel pour le
1 Hist. de la civilisation en Europe, éd. in-12, 12° leçon, p. 356. — Cf. Guillemin, p. 326 et 327.
? Catherine, trompée par la fausse nouvelle de la perte de la bataille, l'avait prise fort légèrement : « Bah! lui échappa-til de dire, nous en « serons quittes pour entendre la messe en français ».
5 Le duc avait été investi de ce commandement à la suite d’une blessure que le duc de Nevers avait reçue, le 26 octobre 1562, au second assaut du siège de Rouen, et qui ne devait pas être la seule, car Nevers eut la cuisse cassée à la journée de Dreux, ou au moment d'y prendre part, par une imprudence d’Imbert des Bordes, gentilhomme nivernais de sa suite, et cette nouvelle blessure allait l'emporter le 10 janvier 1563. — Boutiot, p. 548. — On lit dans les Conclusions du Conseil de ville de Châlons, à la date du 11 janvier 1563, qu’ « il est bon d’aller saluer ME de Guise, qui est à présent gouverneur de Champaigne et Brie, afin de sçavoir ce qu'il luy plaist demander aux habitans de ceste ville de Chaalons pour le service du Roy ».
repos de ceux qui avaient versé leur sang pour la défense de la foi 1.
Mais la joie devait être de courte durée? : du triumvirat, il ne restait plus que le vainqueur de Dreux, et c'était assez pour le triomphe de l’ordre et de la cause catholique ; les défaites se succédaient pour les huguenots désespérés ; si Orléans assiégé venait à succomber, c’en était fait du calvinisme en France ; un crime seul pouvait sauver la ville et le parti : le due de Guise fut assassiné (18 février 1563).
Il ne mourut point sur le coup et plus d’une église implora le Ciel pour son salut. Le chapitre de Châlons, en particulier, délibérait, le 20 février, qu'il serait fait procession où seraient portées quatre châsses des saints pour demander à Dieu de « rendre la santé à « l’illustre et excellent homme le seigneur François de Lorraine, « due deGuise, blessé à l’armée par un traître #». Mais le duc expirait le 24. François était tombé martyr de son dévouement à la religion nationale ; il était mort en chrétien qui en connait l'esprit charitable. Sa fin, en relevant l'audace des calvinistes, jeta le parti catholique dans la consternation.
Mais la douleur qu’il en ressentit ne rendit que plus éclatantes
1 Marlot, ibid., p. 351.
? Barbezieux semble l'avoir pressenti, quand il écrivait de Troyes, le 6 février 1563, à du Castel, d’aviser avec les gouverneurs de Châlons à la sûreté de la ville, mais sans prendre les armes de peur d'émotion populaire.
ë Sur la part que prit à ce crime le vertueux Coligny, v. Pasquier, 1. IV, p. 108; les Mémoires de Condé, p. 285, 303 et suiv. — La Saint-Barthélemy, par l'abbé Le Fortier, p. 132, 433, 134. — CI. Hatton, comme expression du sentiment public, p. 321 et 322. Si Coligny ne suggéra point le meurtre, il ne l’empêcha pas et le favorisa même.
# Arch. départ. de la Marne, fonds de Torcy, F.
5 Le pardon que, sous les murs de Rouen, il avait, au nom de la religion, accordé à un autre assassin (Montaigne, 1. ler, ch. 23), la conduite généreuse qu’il tint vis-à-vis de Condé, prisonnier, le recevant en son lit, où il dormait du plus profond sommeil, tandis que Condé était en proie à la plus vive agitation, ce sont là, entre plusieurs autres, des traits de
grandeur d’âme qui témoignent assez que François de Guise n’était pas le boucher de France qu’ont peint les calvinistes.