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MEURTRE DU DUC DE GUISE. DOULEUR DES CATHOLIQUES

les manifestations de ses regrets. Paris fit au duc des obsèques vraiment royales : on avait, le 19 mars, transporté sa dépouille mortelle dans l’église Notre-Dame, et le lendemain, 20, avait été célébré un pompeux service, où le P. Lehongre prononça l'éloge du défunt!. La cérémonie terminée, le corps fut emmené à Joinville. En passant à Provins, dont François était seigneur, l'ayant acheté du feu roi, François IL ?, il fut accucilli par des prières entrecoupées de sanglots ; les larmes tombaient de tous les yeux « grosses comme « pois ÿ ». Au sortir de la ville, le défunt fut « conduict au giste « de Nogent-sur-Seine, où pareillement arriva le corps de M. le « grand prieur [et général des galères] de France, son frère», mort le 6 mars à Aulnay-lez-Sens, de l’excès des fatigues qu'il avait essuyées, et des blessures qu’il avait reçues à la bataille de Dreux, ou empoisonné, disait-on, « par la practique des huguenots ». On arriva à Troyes, le 25 mars, et le lendemain on célébrait à la cathédrale, pour les deux illustres morts, un service solennel, où l’oraison funèbre fut prononcée par le P. Bistenet, jacobin. La ville était encore tout émue des excès commis à Bar-sur-Seine par les huguenots, qui, s’en étant emparés par surprise le 26 janvier, y avaient massacré bon nombre de catholiques et enlevé quantité de butin qu'ils transportèrent à Tanlay. Leur brigandage avait provoqué à Troyes de terribles représailles ; et certes le spectacle en ce moment offert à la population n’était pas fait pour calmer les ressentiments. Le bruit s'étant tout-à-coup répandu que les prisonniers protestants tentaient de s'évader, la populace accourut aux prisons, qu’elle força, et tua trois de ces malheureux : triste hécatombe offerte aux victimes des fureurs religieuses. Enfin, de journée en journée, le cortège atteignit Joinville, où la mère des Guise, encore vivante, attendait les restes de ses fils et les reçut en grand deuil #.

Le cardinal, de son côté, en apprenant la perte qu'il faisait, en

1 Suivant Hatton (t. Ie", p. 324), l'assassin avait été lié et garotté sur le cadavre; mais il est certain que Poltrot fut exécuté le 18 mars,

2 Bouillé, Aist. des ducs de Guise, t. I, p. 117, note.

3 Hatton, t. Ie", p. 326.

4 Jd., ibid. François laissait quatre enfants : Henri [le Balafré] ; Louis, qui devint cardinal ; Charles, duc de Mayenne, et Catherine-Marie, duchesse de Montpensier.

fut attéré, frappé qu’il était, non-seulement dans son amitié fraternelle, mais encore dans ses espérances et dans ses plans de restauration catholique; car, en cette grande lutte engagée contre l'hérésie, le duc était véritablement le bras de la royauté. Il voulait se retirer dans son église de Reims et y passer le reste de sa vie à prêcher au peuple la parole de Dieu. Des devoirs impérieux le retinrent en ltalie, où il continua de servir l'Eglise et sa patrie, soit en poursuivantavec vigueur la réforme des abus, soit en défendant le droit de préséance de la France dans les conseils de l'Europe contre les prétentions de la cour d'Espagne (29 juin). Il ne devait rentrer en France qu’après avoir, le 3 décembre, scellé la clôture du concile par les acclamations accoutumées en faveur du pape, des souverains et des Etats. S'il dut, selon l’usage, fulminer l’anathème contre les hérétiques, il obtint de n’en point nommer les chefs, afin de ne pas irriter les esprits !.

$ III. -— DE L’ASSASSINAT DU DUC DE GUISE A LA LIEUTENANCE GÉNÉRALE DU DUG D'ANJOU.

18 FÉvRIER 1563 — 12 novemBre 1567.

Edit d'Amboise: il mécontente tout le monde, — Les reîtres au service des protestants arrivent en Champagne, retournant en leur pays. -- Dégâts qu’ils causent ; ravages de la peste. — Charles IX entreprend la visite de son royaume. — IL vient à Sens, Troyes, Châlons, va dans le Barrois etse dirige sur Dijon par Chaumont et Langres. -- Synode provincial tenu pendant ce temps à La Ferté-sous-Jouarre par les ministres protestants. —— De son côté, le cardinal convoque un concile à Reims, et se rend ensuite à Paris où il reste peu. -- Rentré à Reims, il y érige un séminaire et travaille au rétablissement de Ja discipline et des études. -- Etablissement de juges-consuls à Troyes, Reims et Sens. -- L'audace croissante des protestants rapproche la reinc-mère du cardinal. -- Les chefs du parti organisent alors une armée, et tentent d'enlever le roi établi à Meaux. — Lis échouent, sont battus à Saint-Denis, et se décident à aller à travers la Champagne audevant des reîtres que leur amenait Jean Casimir. — Excès et cruautés qu’ils commet» tent sur leur passage.

Pendant ce temps, la reine-mère, toujours sous l'influence de l’Hospital et de ses chimériques idées de conciliation, au lieu de profiter dela victoire de Dreux et de la captivité de Condé, pensant gagner les calvinistes, s'était empressée d'ouvrir avec le prince

1 Fra Paolo, I. VHL, p. 789.

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