AUGUSTO VIGTORE JUVAT RATA REDDERE VOTA
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L'orgue était connu en Angleterre et avait reçu de grands développements, puisqu'au x" siècle ; à Westminster, on en voyait un qui se composait de quatre cents tuyaux. Martianus Capella, qui vivait au v'' siècle, en avait vu partout dans ses voyages. Eydraulas per totwn orheni inveni. (Malmesbury, cite dans du Gange.)
La tradition de ces instruments était répandue en Italie, car
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Eyiiihaul rapporlo (ju'iiii prètro vénitien, noninu- (ieorges, construisit un orgue liydraxiliqueà Aix-la-Chapelle, pour le roi Louisle-l)(5bonnairc.
Les historiens allemands, de leur côté, font mention des orgues qui existaient à la lin du x'" siècle et du xr dans les églises d'Erfurt, de Magdebourg et d'IIalberstad.
Orgues piieuinatùpœs . Une lettre attribuée à saint Jérôme contient la description d'un orgue existant ;\ Jérusalem et dont le son était tellement puissant qu'on l'entendait à mille pas de la ville, jusqu'à la montagne des Oliviers.
« Primum omnium ad organum, eô quod majus esse his in sonitu et iortitudine nimia computantur clamores veniam : de duobus elephantorum pellibus concavum conjungitur; etperduodecim fabroruui sui'flatoria comprensatur; per quindecim cicutas œreas in sonitum nimium, quos in modum tonitrui concitat; ita ut per mille passuum spatia sine dubio sensibiliter utique et amplius audiatur : sic apud Hebrojos de organis^ quae ai) Hierusalem, usque ad montem Oliveti et amplius sonitu audiuntur comprobatur. »
Tout ce que nous pouvons comprendre d'après une description aussi extraordinaire, c'est que cet orgue était pneumatique. Il était en usage au temps de saint Augustin, puisque ce docteur en parle dans son commentaire du 5G'' psaume.
« Organa dicuntur omnia instrumenta musicorum ; non solum illud organum dicitur, quod grande est et inflatur follibus, sed etiam quidquid aptatur ad cantilenam et corporeum est. »
Au v'^ siècle, Cassiodore le compare à une tour formée par des tuyaux; il parle des touches en bois et de l'habileté du maître qui tire de cet instrument des effets grandioses et suaves. Mcujistrorum digiti grandisonam efftciunt et suavissimam cantilenam.
Le témoignage le plus positif est toutefois celui d'Eginhard, qui nous fait connaître l'envoi que l'empereur Constantin Copronyme fit, en 757, d'un orgue pneumatique à Pépin, et les merveilleux effets de cet instrument.
Dom Bedos, qui de tous les auteurs anciens et modernes est celui qui a traité l'art de la facture des orgues avec le plus de
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science et de détails praliijiios, déclare que Fusage des orgues se répandit promptement dans toute l'Allemagne, dès le ix.'' siècle. Il est constant (pie l'orgue était un instrument liturgique pendant tout le cours du moyen ùge. Il était généralement de petite dimension. Plusieurs manuscrits et plusieurs sculptures représentent des orgues portatives que le même musicien touchait d'une main, tandis qu'il faisait mouvoir le soufflet de l'autre main. L'organum ou l'organisation du chant régla naturellement la manière d'en accorder les tuyaux. Telle fut l'origine, comme nous l'avons dit plus haut, des jeux de mutation qui existent encore aujourd'hui dans les grandes orgues des deux siècles derniers, et que nos facteurs modernes n'ont pas encore supprimés pour les remplacer par des jeux nouveaux, qui sont fort éloignés d'en reproduire les effets.
Il semhle que l'industrie des orgues avait reçu d'assez notables développements en Orient, puisque l'histoire fait mention de deux orgues construites d'après les instructions de l'empereur Théophile, vers 829, et enrichies de pierres précieuses et d'ornements dorés figurant des arbres sur lesquels étaient placés des oiseaux. Les tuyaux étaient disposés de telle sorte que les sons s'échappaient de leur bec.
Quelques années plus tard, le pape Jean VIII demandait à un évèque de Frésingue en Bavière, un orgue approprié aux tons de la musique grégorienne et un artiste capable de le jouer.
Vers la môme époque, Walafrid Strabon, dans la description qu'il fait des beautés de l'église d'Aix-la-Chapelle, n'oublie pas de mentionner un orgue que Louis-le-Débonnaire y fit placer et dont les sons avaient une douceur si enivrante, qu'une femme, en l'entendant, perdit connaissance et mourut.
Dulce niclos lantiim wnias ileludere meules ut iiiia suis ilccedens seusibus ipsam Firmina perdideiil, voeuni dulcediiie, vitam.
Nous laissons de côté les descriptions fantastiques des orgues de Winchester et de Magdebourg, qui réclamaient l'auxiliaire de soixante-dix souffleurs. Nous pensons que Dom Bedos et Seidel
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onl allaclié trop d'imporlance à un Icxlc isoli; cl dont Tintorprëtation, rùt-ellc exacte, ne saurait intirinci' le Icmoignayc de documents assez nombreux pour prouver «pie, dès les premiers siècles, l'ori^ue était répandu dans tout l'Occident et pouvait, malyré la simplicité primitive de sa construction, concourir à la pompe des offices divins.
Les représentations d'orgues antiques sont trop incomplètes pour (jue nous puissions en comprendre j)urfaitement le mécanisme. Mais le principe de l'orgue y est suffisamment établi par l'inégalité des tuyaux et par la présence d'un moteur, dont la forme varie et dont la nature est souvent incertaine. Un monument, que l'on voit au musée d'Arles, nous a conservé les figures sculptées de trois orgues; une autre représentation d'orgue existe à Constantinoj)le sur l'obélisque de Théodore.
Pendant le moyen Age, on a fait usage d'orgues de petites dimensions qu'on portait dans les processions. On en voit la description dans un assez grand nombre de manuscrits, entre autres, dans le HJiroh- historial, manuscrit du xv'' siècle, qui nous oflre un orgue portatif formé de deux rangées de tuyaux et de deux claviers.
Dans le Roman de la Rose on lit ce passage qui prouve que l'orgue était au xiii'' siècle un instrument assez commode pour raccompagnement, puisque la même personne pouvait alimenter l'orgue de vent, faire parler les tuyaux au moyen des touches et chanter en parties.
Orgues avaient biea maniables
A une main |)ortables,
Où il mesnie souffle et touche,
Et chante a haute et pleine bouche,
Mottez à contre et à tenure.
Dans la plupart des églises de France, on se sert encore du serpent ou de l'ophicléide pour accompagner les chantres. Indépendamment de la difficulté de trouver des personnes qui jouent bien de cet instrument, cet usage présente encore l'inconvénient de distraire les fidèles par l'attitude souvent ridicule des serpen-
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listes et en général des joueurs d'instruments à vent, surtout dans les processions; nous pensons qu'il y aurait un grand avantage à remplacer ces instruments, dont le son est très-inégal et qui causent plutAt du désordre dans le chant qu'ils ne lui apportent un auxiliaire intelligent, par des petites orgues portatives, dans le genre de celles qui étaient en usage pendant le moyen âge. Les sons étant fixes, il n'y aurait plus rien à redouter sous le rapport de la justesse. Un orgue de cette espèce serait un guide excellent pour les chantres les moins expérimentés, et chacun d'eux pouvant le jouer, puisqu'il ne s'agirait que d'abaisser la touche correspondant à la note chantée, les chœurs des églises de campagnes, qui se recrutent maintenant si difficilement, trouveraient le double avantage de gagner une voix de plus, tout en s'enrichissant d'un accompagnateur excellent, en quelque sorte malgré lui.
Les morceaux du chant liturgique et les pièces accessoires telles que les petits versets, les i^épons brefs, enfin tout ce qui se chante pendant l'office divin, n'embrassent pas deux octaves, même en ne tenant pas compte de la transposition qui réduit ordinairement l'étendue des huit modes à une octave et demie. L'instrument offrirait le moyen de faire toutes les transpositions nécessaires, puisque le clavier diatonique se trouverait sous la main du chantre, qui n'aurait pas plus de difficulté à distinguer les tons et les demitons sur ce clavier que sur le livre du lutrin.
On conçoit les ressources que présenterait un instrument si simple, si peu dispendieux, si facile à toucher, non-seulement dans le chœur d'une modeste église, mais surtout dans les processions du dimanche, dans les solennités de la fête du Saint-Sacrement, dans les nombreuses processions qui ont lieu dans les diocèses du Midi, dans les enterrements, etc. Nous avons quelque confiance dans la réalisation de notre idée. Dans l'espoir qu'elle pourra passer de ce livre dans les mains d'un facteur d'orgues, qui fera servir à sa mise en pratique les précieuses inventions et améliorations introduites en ces derniers temps dans la facture, nous donnons ici en abrégé le plan de notre instrument qu'on pourrait appeler simplement or (jue portatif . Le clavier se composerait de vingt-sept touches s'étendant du aol grave de la voix
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(le basse an hi aigu de la voix de ténor; il ces touches coniîspon- (li'aientviugf-s('i)t tuyaux disposés sur deux rangs, et auxquels on donnerait piir les procédés connus le timbre du Kérauloplione, qui nous send)lc réunir la sonorité à la douceur. Un soufdcl, que ferait mouvoir la main gauche de l'exécutanl, alimenterait directement ou indirectement les tuyaux selon les convenances du mécanisme. L'orgue étant suspendu par une courroie aux épaules, la main droite reste libre pour toucher le clavier.
Cet instrument aurait les avantages du Mélophonc, qu'on a introduit dans quel([ues églises, mais il n'oifrirait pas comme lui des difficultés d'exécution telles que l'absence de l'artiste puisse rendre l'instrument inutile. Dans l'état actuel de la facture d'orgues, les dimensions des tuyanx otfrant des difficultés sérieuses, mais qui ne sont pas insurmontables, rien n'empêcherait qu'on obtienne une intonation convenable au moyen des anches libres, tout en conservant à l'instrument sa forme d'orgue portatif.
Il ne faudrait pas conclure de nos citations et des représentations des manuscrits qu'il n'existait, pendant le moyen âge, que des petites orgues. Praitorius cite un orgue construit à Halberstad, vers 1359, par Nicolas Faber, et qui avait quatre claviers et des pédales. Le tuyau le plus grand donnait le si naturel et avait trente et un pieds de hauteur. Cet orgue considérable était alimenté par vingt soufflets.
Un autre facteur nom.mé Traxdortt' construisit en 1 1i 68, à Nuremberg, un orgue qui, indépendamment du clavier à mains, avait aussi un clavier de pédales d'une octave.
11 résulte de ces documents que ce fut à partir du xiv' siècle que les grandes orgues se multiplièrent dans les églises, et, ce qui est digne de remarque, elles furent construites à peu près sur le modèle que les facteurs ont conservé jiisqu'à nos jours. Dans son Manuel complet du facteur (Torfjues, M. Hamel, qui s'est livré aux recherches les plus consciencieuses et les plus étendues sur cette matière, fait mention d'un manuscrit du xiv^ siècle ayant appartenu à M. Bottée de Toulmon et renfermant la description d'un orgue de l'église de saint Cyprien. Elle est assez
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coiiiplctc pour fournir la preuve du perfectionnement apporté dès cette époque dans le mécanisme.
Il parait cependant que les orgues n'étaient pas admises dans toutes les cathédrales. On sait que l'église de l.yon en a rejeté l'usage jusqu'au commencement de ce siècle. A Notre-Dame de Paris et à la cathédrale de Reims, le jeu d'orgue n'aurait eu (jue vingt tuyaux en IGS'i-, d'après le témoig'nag'e de Perrault dans sa traduction de Vitruve. Nous soupçonnons ici une erreur dans l'assertion do l'haLile architecte; car elle est tout à fait extraordinaire. La plupart des églises auraient adopté l'usage des orgues renfermées dans des butfets qui, au commencement du xvii' siècle, étaient déjà devenus des pièces de sculpture considérables, et, sans avoir fait connaître les mômes raisons que l'église de Lyon, celles de Paris et de Reims n'auraient admis que vingt tuyaux d'orgue, c'est-à-dire, ce qui était strictement nécessaire pour accompagner le plain-chant note à note, sans contrepoint ni diaphonie? cela n'est pas présumable. Nous pensons que Perrault n'a voulu parler que de la montre en cette occasion, c'est-à-dire, des tuyaux apparents de ces deux buffets d'orgues.
Il n'en était pas de même à Toulouse. Une charte que nous* avons trouvée dans les archives départementales nous a appris qu'en l^i.G3, cinq orgues furent données à l'église cathédrale de Saint-Étienne par Bernard du Rosier, archevêque de Toulouse. ( Donatio facta confratriœ Corporis Christiper Reverendissimum Dominum Bernardum de Rosergio archiepiscopum Tolosanum de organo existente a parte pilaris altaris crucifîxi. Fol. 34 d'un cartulaire ayant appartenu à l'ancienne confrérie du Corpus. Christ i de Saint-Étienne de Toulouse.)
Ces orgues étaient considérables par le nombre de leurs jeux et par l'importance de leur décoration. « Qiiœdam orgcma solemnia.' in magna et solemni forma intégra et compléta quœ idem Dominiis Tolosaniis fieri fecit suis sumj)tibus supra j)ortam frincipalem chori. » Elles furent placées sur le jubé, et le plus grand de ces orgues remplissait tout l'espace compris entre la chapelle du Crucifix et celle de Saint-Barthélemi. Un second orgue de petite dimension était placé devant le grand orgue et un troisième exis-
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laii ;iu haut du grand orgue; il étaitsurniontc d'une statue d'ange. « .{liiid (intc. nuujmnn orijanuin correspondent ante c/iontiii (jnod est pariHini, et nnu/n aliud in cacuminc mnjoris orr/ani cuni. mt- (fclo desiiper e.iis/ente, eum o)nnUms aliis pertinent ih et confrontationilnts et œd ificiis,ta)n lifjneis quani ferreis. » Ainsi, ladisposition de ces trois orgues était la môme que celle des orgues modernes. Elle oflVait un grand orgue, un positif et un récit ou écho. Un autre orgue était placé sur la partie du jul)é voisine de la chapelle du Crucilix et un cinquième enlin, à Fopposite, près de la chapelle de Saint-Barthélemi. L'usage de ces deux instruoients était réservé aux deux confréries de saint Etienne et du Corpus Christi, qui en conservaient les clefs. Les trois orgues situées dans la partie centrale appartenaient au chapitre, qui cependant pouvait à sou gré se servir de toutes ces orgues et les faire jouer simultanément. Les confréries étaient chargées de l'accord et de l'entretien de leurs deux orgues. L'entretien des trois autres était à la charge du chapitre. « Simili ter prœpnsitus canonici et capituhmi Sancti Stcphnni teneantur tcnere conducta repjarata^ consonantia et sonahilia alia tria organa eis assignata sumptibus dicti capitaii perpetuo. » Ce don de l'archevêque était à ses yeux, comme à ceux des chanoines et confrères, d'une importance capitale, car on prit toutes les précautions pour éviter qu'on l'aliénât dans la suite. Ces orgues ne devaient sortir de l'église qu'en cas de réparations urgentes et ne pouvaient être vendues (ju'avec l'agrément du souverain Pontife. « Voluit etiam quod non possint extralà a dicta ecclcsia nisi qiiatenus esset necessnrium jyro rep)aratione^ et lioc, vocato uno cellerario dictœecclesiœ; et casu venderentur, idem Dominics Toloscmns voluit quod fiat auctoritate apostolicà domini nostri Papœ. » Cet acte qui, mieux que les traités théoriques, nous fait connaître le rôle important des orgues dans les églises au xv*" siècle a été passé sur les fonts baptismaux en 1/1-63. Ces orgues furent fondues dans Tincendie qui en 1609 détruisit le jubé et le chœur. Le public les regrettait tellement qu'en 1612, lorsque le cardinal de Joyeuse fit construire le jubé actuel, on y plaça la représentation de l'ancien buffet d'orgues en bois peint pour remplacer celui qui avait été
uisToiHi: (iKXKini,!; di-: i,a mi siqi k mcLuaiasi:. dévoré par les flanunes. Ce l'ut à celle époque qu'on jugea plus convenable d'adosser le nouvel instrument au mur et à une grande hauteur. Cette circonstance a un certain intérêt parce qu'elle s'est reproduite au commencement du wii"" siècle dans presque toutes les grandes églises.
L'orgue portatif employé dans le chœur, au lutrin, dans les chapelles, dans les processions pendant tout le moyen âge proprement dit, commence, dès le xiv' siècle, à acquérir des proportions qui l'éloignent de cette participation facile et constante aux exercices du chant religieux. On place l'orgue sur les jubés où il a un vù\e à part, où, au lieu d'accompagner le chant ecclésiastique, il produit des effets d'une nature plutôt dramatique et théâtrale que liturgique. Aux approches du xvii'" siècle, alors que l'esprit public était porté vers les formes sévères, les apparences majestueuses, on crut augmenter la pompe des offices divins en isolant l'orgue encore davantage. Tout en augmentant la puissance de ses effets, on aimait à entendre ses sons, les plus graves, se répandant du haut d'une tribune élevée sous les voûtes du temple, et faisant succéder comme des voix d'un autre monde à la mélopée des chantres et des fidèles. L'usage d'alterner les versets entre l'orgue et le chœur mettait dans les oflîces une régularité qui était en harmonie avec les habitudes fort respectables mais très-compassées des catholiques gallicans.
Ce nouvel emploi de l'orgue fut adopté avec empressement par les églises de l'AllemagTie. Dans ce pays, le culte de l'harmonie tient par moments lieu de tous les autres. On y remplace presque partout la majeure partie des pièces liturgiques par d'interminables pièces d'orgue, excepté dans quelques communions protestantes où on a laissé à l'orgue son rôle véritable d'accompagnateur, rôle qu'on n'aurait pas dû lui faire quitter, puisque cet empiétement a eu lieu au grand détriment du plain-chant, de la culture des voix , de la véritable intelligence des textes liturgiques, puisque enfin, on a substitué des effets de musique instrumentale, par conséquent d'une nature moins élevée, aux effets du plus beau des instruments, de la voix humaine, de cet organe • qui, à l'aide des sons, fait pénétrer dans l'Ame les pensées elles-
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nièmos, union iiiystériexiso dont l'influence est l>ien supt-rieure à celle (les symphonies les mieux composées.
Nous poumons enregistrer au sujet de l'emploi des instruments dans les églises des opinions bien contradictoires. Les uns n'admettent que l'orgue, d'autres accueillent l'orchestre tout entier. Le pape Marcel et d'autres pontifes ont l'cjeté l'usage des instruments et ont interdit tout accompagnement du chant. Benoit XIV au contraire a recommandé l'emploi de l'org-ue, du hasson, du violoncelle, de la viole et même des violons. De nos jours, il n'y a aucun principe arrêté. Tout dépend des circonstances et du goût de chacun. Généralement l'orgue et la contrebasse accompagnent le chœur. De tous les instruments à cordes la contrebasse nous parait le plus convenal)le à employer. Cependant à notre grand étonnement, M. l'abbé Alix en demande la proscription et lui préfère le ])asson. [Cours complet de clianf ecclésiastique, par l'abbé Céleste Alix. ) Cette opinion dépare un peu, à notre avis, l'éloquent chapitre oùnous l'avons trouvée consignée.
Les sons de l'orgue ne sont religieux qu'à la condition d'être purs, simples dans leurs effets, dégagés de toute expression passionnée, dramatique, siii generis, c'est-à-dire, qu'ils ne rappelleront pas par une imitation puérile les instruments employés dans l'orchestre des théâtres.
Les facteurs anciens s'attachaient à faire parler les tuyaux librement dans leur timbre et leurs qualités respectives. Les facteurs modernes, perdant de vue le caractère de l'instrument et sa destination principale, ont fait de grands efforts pour dénaturer le timbre et l'effet des jeux. Tantôt ils ont disposé l'embouchure des tuyaux et réglé l'action du vent de telle sorte que, l'attaque du son étant retardée d'une fraction de seconde et perdant son émission naturelle , il reproduit l'attaque des cordes par l'archet, et imite le violon, le violoncelle ou la contrebasse. Tantôt, en soumettant cette émission à une forte pression d'air, ils ont cherché à imiter le coup de langue faisant résonner le cor, la trompette ou le cornet à pistons. Tantôt, par d'autres procédés, ils ont modifié le timbre des jeux, altéré leur sonorité naturelle et
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donné à un tuyau en bois le timbre d'un tuyau en métal, et au métal celui du bois. Ils ont cherché l'étrangeté, l'imprévu, l'originalité bizarre, et ils se sont applaudi des résultats obtenus ainsi, conmie s'ils avaient fait merveille. Que dirons-nous de l'expression, de cette boite disposée en jalousies s'ouvrant et se fermant à volonté au moyen d'une pédale, et donnant ainsi au son des jeux qui y sont renfermés une sonorité capricieuse, inégale, passionnée, dramatique , produisant des effets puérils d'éloignement et de rapprochement. Au lieu d'une musique sérieuse, toujours grave et digne du lieu saint où elle se fait entendi*e , on a obtenu des nuances perpétuelles rappelant les effets passionnés du théâtre. Toutes ces belles inventions, livrées la plupart du temps à des artistes médiocres, répandent sur l'ensemble des offices divins une fadeur languissante, et privent l'auditoire des salutaires influences de la musique religieuse auxquelles elles substituent des émotions profanes, mondaines, énervantes.
Les arts doivent certainement s'adresser aux sens pour agir sur l'esprit et le cœur, mais c'est une raison de plus pour éviter toute exagération et n'affecter que la partie des sens la plus élevée et la plus voisine de l'âme elle-même. Or, les excès, les abus que nous signalons montrent qu'on a procédé tout autrement, et qu'on s'est arrêté le plus souvent à l'effet matériel et grossièrement sensible. Lorsque les jouissances des sens sont trop précises et trop raffinées, elles conduisent tout droit au matérialisme.
A l'époque que nous avons choisie pour clore cette division de notre travail, c'est-à-dire auxvi'^ siècle, l'orgue est déjà un instrument considérable par la variété de ses jeux, la forte alimentation de la soufflerie, les dimensions et la décoration du buffet.
Les contrapuntistes trouvent en lui un auxiliaire puissant et Pai't pour Vart un complice qui, bientôt séducteur à son tour, usurpera, depuis le seizième siècle jusqu'à nos jours, une place de plus en plus considérable dans les offices divins.
GIUriTriE DEUXIÈME