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f)2 HISTOIRE GÉNÉRALE DU POITOU (853)
Les fenêtres, fort élevées, demeuraient très étroites au dehors, s'élargissaient en évasement dans la profonde épaisseur des niurs, et s'y garnissaient de marches destinées aux arbalétriers, lesquels surveillant les approches,répondaient aux flèches des assiégeants qui n'arrivaient que difficilement jusqu'à eux. Les portes étaient munies à l'intérieur d'échancrures pratiquées dans le mur de la façade ou des bas-côtés afin d'y placer des poutres transversales que secondaient d'énormes chaînes propres à consolider la fermeture. Au dehors, une longue galerie régnait au-dessus de la corniche et des contreforts et se continuait dans tout le pourtour du monument ; elles étaient garnies de mâchicoulis ou intervalles par lesquels on jetait des pierres, de l'eau bouillante, du plomb fondu et d'autres projectiles approvisionnés ou élaborés sur les voûtes, qui, à cette époque et dans ce but, remplacèrent plus généralement les plafonds en bois. C'étaient là de formidables moyens de résistance des assiégés, et qui causaient beaucoup de perte aux assaillants. Telles étaient les ressources qui s'offraient contre l'ennemi à des gens qui, décidément, ne voulaient pas accepter des batailles rangées. ^^^^niM^ii^ruafl Les religieux d'Ansion ne négligèrent pas des précautions qu'on prenait de toute part auprès d'eux. Troublés dans la paix de leur retraite par les bruits des malheurs qui accablaient toujours les bords de la Loire, qu'il leur avait fallu déserter, ils s'appliquaient à leurs saints exercices avec le zèle de la foi et la joie courageuse qui les avait établis dans une vie toujours austère, toujours digne de Saint-Jouin et de Saint-Martin de Vertou. Non loin d'eux, et séparés du centre de l'unité, une douzaine de dissidents qui s'étaient refusés à reprendre avec leurs frères la règle des moines de Saint-Benoît, persistèrent dans la vie canoniale, et demeuraient étrangers à la régularité de leur maison mère. Eux aussi cependant n'étaient pas sans inquiétudes sur le prochain avenir gros de catastrophes qu'il était temps de prévoir. Ils jugèrent donc qu'il y avait
un double gain pour eux dans un prompt retour à la vie de leurs frères. Ils y trouvaient d'abord le même droit à un abri qui leur manquait; et puis ils comprirent que, par ce retour, ils se rendraient bien plus intéressants aux yeux de tous pour le cas prévu où de grands malheurs les contraindraient à prendre la fuite. Les populations, pensaient-ils, adopteraient bien mieux tôt ou tard des religieux dont elles vénéraient la ferveur que des clercs vivant à peu près selon les seules régies de leur volonté. Ce raisonnement détermina un certain nombre d'entre eux à reprendre sincèrement la stricte observance. A ceux-là se joignirent certains autres qui, par des motifs plus élevés, et entraînés par un exemple qui justifiait leur retour, résolurent de se rendre à Tunité. A ces faits se rattache une anecdote que nous empruntons à un auteur du temps, et qui rend bien la naïveté des croyances et la vive foi qui régnait sur ces existences cénobitiques.
Au nombre des religieux convertis était Un certain Avenmred'iminoiiié Raimbaud, qu'il ne faut pas confondre avec ce dernier abbé qui avait gouverné Vertou. Ce Raimbaud avait un neveu de son nom, mais que, pour Ten distinguer, on appelait la Corde, par allusion à sa voix douce et harmonieuse. C'était un de ceux qui avaient préféré fuir de la maison que d'y rester aux conditions de la régularité. Mais il y revenait parfois pour visiter ce vieux parent redevenu fidèle. Une nuit, quand tout était dans le plus profond silence, Toncle, étant couché, exhortait le neveu assis au pied de son lit à revenir à la vraie vie monastique. Peu attentif à ces paroles amicales, le jeune homme se laissa entraîner au sommeil, et s'endormit profondément. Tout à coup, et au milieu même de ce sommeil, il s'écria que les démons l'entraînaient par les cheveux, voulant le forcer de sortir par la cheminée, et il tomba dans un coin du foyer, promettant à Dieu que s'il en revenait il rentrerait dans la perfection de son état. Etonné et tremblant, l'oncle saute de son lit, le cherche à travers l'obscurité, et finit par le
dissident.
trouver presque sans vie. Aussitôt il prend sa robe de moine et Tétend sur lui comme pour hâter l'accomplissement de cette promesse. Il n'en fallut pas davantage pour lui rendre la paix. Les démons Tabandonnérent, et bientôt après il fit sa profession solennelle.
« Depuis cet événement, dit le chroniqueur, que Dieu nous avait certainement réservé dans ce but, on vit fleurir à Ansion un esprit nouveau, et la famille cénobitique s'y montra toujours soigneuse à ne plus laisser la moindre prise aux méchants efforts de l'ennemi; Au reste, ajoute-t-il, je supplie ceux qui liront ce récit d'y ajouter une foi entière. Je n'ai voulu dire que la vérité. J'en tiens les détails de témoins qui nous les ont racontés plus d'une fois ; celui qui les écrivit fut connu de nous tous et eut beaucoup à souffrir bientôt après des méchancetés des païens du Nord (a). »
(a) Bolland., t. X d'octobj^d p. 812 et suiv.
Note 1
Âmpurias, Emporta ou Emporium, ville très anciennement fondée par les Marseillais, et connue de Strabon ; était la capitale d'un comté alors des plus considérables de la Marche d'Espagne, et renommée par son commerce et les marchés considérables d'où son nom lui était venu. Elle avait un évôché déjà florissant au vi« siècle. L'invasion des Sarrasins la détériora considérablement au VII*. Mais ce n'est plus qu'un simple village de 2 à 3,000 habitants, et Castello est la ville la plus importante de la contrée, qui se nomme Âmpurdan et fait partie de la Catalogne.
Note 2
Morton, Merion, de Mùrtiono, est à 3 lieues de Loudun au Nord- Ouest ; il est du canton des Trois-Moutiers, et n'a guère que 500 âmes. Son église a pour clocher un simple campanile placé au Nord de la nef.
Note 3
V. ci-dessus, ad ann. 342. — Cette viguerie est connue dans les chartes sous le nom de Viearia Lausionensis, Les noms de la ville ont varié, d'après les monnaies à son type, en Leuduno, Lauduno et Laueidunurrij et môme Lugdunus, dont il faut se méfler à cause d'une confusion avec le Lugdunum des Segusianij au confluent du Rhône et de la Saône, aujourd'hui Lyon. En dernier lieu, et depuis le XVI* siècle, on a dit aussi Juliodunum. Quoi qu'il en soit, ce mot Lugdunum indiquerait à lui seul une origine celtique et se rattacherait dans les lieux multiples où il se trouve, mille fois modifiés par la prononciation originelle, à une légende d'un dieu irlandais Lug, en gaulois Lugus, dont M. d'Arbois de Joubainville a parlé dans son beau livre, Le cycle mythologique irlandais et la mythologie celtique. Paris, in-8*, 186i. Voir aussi Bulletin des Antiquaires de tOuestj, séance du 16 juillet 1885.
Note 4
Châtellerault, comme nous le verrons, ne commence guère à paraître que vers la fin du ix** siècle, et n'eut de viguerie que plus d'un siècle après, vers 1015. (V. La Fontenelle, Rois et Ducs d' Aquitaine j p. 41.)
Note 5
Bournand, Bornonium, Bornemum, Bornam, à 2 lieues au Nord- Est des Trois-Moutiers ; a 700 âmes. — C'est dans cette charte que Bournand est nommé : Eeclesia Saneti Martini in villa Burnonio. — En 1066, c'est Villa Burnonum,
Note 6
Saint Vétérin, solitaire des bords de la Loire, était honoré à Gennes, en Anjou. Ses reliques y furent portées d'une petite abbaye fondée en son honneur pendant le vu* siècle, puis à Corbigny, en Nivernais, où elles furent enfin détruites par les huguenots en 1563, et par suite de ces vicissitudes son culte est entièrement effacé dans le pays, aussi bien que le souvenir de son abbaye.
Note 7
Ranton est devenu un chef-lieu de commune. — C'est le Rantum de 1123, le Rantonium de 1158, et le Ranton définitif de 1376 et de 1383. Le bourg est côtoyé par la Dive et a 500 habitants. La paroisse de Saint-Martin relevait avant 1790 de Tarchiprôtré de Châtellerault; elle était un prieuré-cure de la Trinité de Moulin. Supprimée à cette époque, on la rétablit en 1820. L'ancien château seigneurial qui existe encore avait une enceinte fortifiée de tours et de fossés, et une chapelle accolée à la porte d'entrée, dont le portail roman est surmonté d'un campanile. Une autre chapelle de. Notre-Dame-de- Pitié, nouvellement reconstruite, est le rendez-vous de nombreux pèlerinages contre beaucoup de maladies.
Note 8
Rennes, RhedoneSj ancienne Causate de l'itinéraire des Gaules, et capiiale de l'Armorique. Elle est le chef-lieu de l'Ille-et- Vilaine, et a 30,000 habitants.
Note 9
Nous tirons cet épisode de la Chronique Aq l'abbaye de Fontenelle, qui malheureusement l'abrégea dans les mêmes termes que nous faisons ici. Mais c'est un récit dont l'exactitude est attestée par la réputation de l'auteur. C'était un moine resté anonyme de la célèbre
abbaye de Fontenelle, dite d'abord de Saint-Wandrille, du nom de son fondateur, qui Tavait bâtie, au vu*' siècle, au diocèse de Rouen, en un lieu retiré où plusieurs fontaines se réunissaient pour former un ruisseau considérable. C'est en écrivant, vers 830, les Vies des Abbés de la maison depuis longtemps célèbre par son école, que l'auteur y mêle les événements contemporains. Il s'y sert de Tère chrétienne et des Indictions, mais n'y est pas assez exact pour éviter après lui à son lecteur des recherches parfois difficiles. Il n'y a guère que pour la bonne foi historique et le désir consciencieux de la vérité qu'on peut s'en rapporter à beaucoup d'écrivains de ce temps, incapables de tromper, mais non autant de se tromper euxmêmes. La Chronique de Fontenelle a été publiée dans le troisième volume du Spicilège de d'Achery, de la page 185 à 217.
Note 10
I Cf. Mémoires des Antiq. de l'Ouest, XXXVIII, 3, et Bulletin,
i 1838, p. 121. — La Fontenelle a fait observer très justement que des' caractère^ de cette inscription attestaient une œuvre du xi® siècle, ce qui prouverait très bien qu'à cette époque la pierre primitive ayant été endommagée ou un nouveau monument ayant é(é élevé à la mémoire de Dodon, on avait recopié l'épitaphe en se servant des caractères alors en usage.