LIVRE XXXII
Depuis le retour des Normands en Poitou jusqu^a la
REPRISE DES HOSTILITÉS DE PÉPIN CONTRE LA FrANCE (De 853 à 860)
'ennemi qu^'on redoutait tant ne tarda pas Nouvelle inmtoo
^ ^ des Normands en Yen*
à arriver. Stationnant depuis quelques mois à <*^l'embouchure de la Seine, qu'on n'avait même pas pris soin de munir d'embarcations à leur opposer, ils remontèrent le fleuve, et se seraient volontiers arrêtés à Orléans et à Blois, qu'ils convoitaient de piller encore, si cette fois Gauthier, évêque de la première de ces deux villes, ne s'était pas trouvé tout nouvellement arrivé pour exciter le courage des habitants et mettre la cité en état de se défendre (^). Alors Tennemi, qui connaissait trop bien le pays et qui avait su aussi les préparatifs de résistance qu'avait fait l'évêque de Chartres Burchard, préféra rentrer par la Loire dans ce riche pays qu'elle arrosait, et ses bandes se postèrent de nouveau dans l'île de Biesse, vis-à-vis Saint-Florent de Montglonne. Là ils se construisirent des baraques en bois où ils jetèrent pêle-mêle les esclaves enchaînés, les bestiaux, les meubles et autres objets enlevés sur leur passage. De là, ils partaient en bateau ou à cheval, cette dernière façon
(0) D. Bouquet, Remm Gall, l. VI, Uiracula S. Moicimini, p. 630.]
de voyager leur ayant été rendue facile par le grand nombre de montures qu'ils ne manquaient pas de se procurer. Leur première victime fut encore Saint-Florent, où ils ne laissèrent que des pierres enfumées, mais d'où les religieux avaient eu soin de s'éloigner à la première nouvelle de leur approche (û). Non loin de Rezé, ils incendièrent le château de Bégon, gendre de Louis le Débonnaire, qui Pavait construit pour la défense du pays d'Herbauge (*). Ce ne fut plus dans ces contrées qu'un renouvellement des anciennes douleurs qu'on n'avait pas eu encore le temps d'y oublier. jKuht du pfipurè ^^ nombre de ces grands revers , il faut compter celui de ûé Uït«.. l'abbaye et la ville de Lucon , vers lesquelles se portèrent
les ravageurs avec une ardeur nourrie de l'espérance de grandes richesses. Luçon s'était fortifiée avec sa colonie de Noirmoutier dès qu'elle avait vu sa maison-mère envahie périodiquement et ceux des religieux réfugiés d'abord à Déas, puis à Cunault, obligés d'aller chercher la vie et la paix de chaque jour dans les nouveaux domaines dus à la générosité royale. Mais l'esprit de saint Filibert ne s'y était point effacé, et quoique plus d'un siècle et demi se fût écoulé depuis que le saint fondateur y avait donné ses pieux exemples, tout s'y ressentait toujours des premières vertus qu'on y avait pratiquées. En 853, la maison n'était encore qu'un simple prieuré, et le bourg qui l'entourait appartenait aux moines de Déas, qui, au temps où florissait leur île de l'Océan maintenant perdue, avaient maintes fois parlé de lui comme d'une propriété de leur monastère. Mais ces maisons prieurales, quoique plus modestes que les abbayes dont elles dépendaient, n'en avaient pas moins une grande importance, et celle de Luçon avait augmenté d'autant plus depuis que leurs frères d'Hério s'étaient vus obligés d'errer d'asile en asile et d'abandonner à euxmêmes les maisons de leur obédience. Défendus jusque-là
(a) La Fonienelle, Rois et Ducs d'Aquitaine^ p. 295. — Dufour, Manuscrits.
(b) V. ci'dessus, ann* 844.
par leurs marais, les bois et les terres incultes à travers lesquels on ne les abordait que difficilement, ils avaient dû à cette position autant qu'au peu de célébrité de leur maison '• de rester ignorés et de tenter moins les convoitises des sauvages rôdeurs. Maié, dans cette nouvelle excursion, ne trouvant plus que des ruines faites dernièrement encore et auxquelles on reconnaissait partout leur passage, ils se portèrent plus vers le Nord du Poitçu et se ruèrent sur le pauvre prieuré. Tout y fut détruit par Pincendie, la dévastation et la mort, y compris ce que retinrent les Barbares. Il faut surtout regretter les livres, les archives, les objets dart, accumulés avec tant de zèle là comme ailleurs, et destinés au culte divin et à la postérité. De telles pertes ne se réparent pas. Les ruines, à la fin du ix® siècle, couvraient encore le sol où le monastère avait fleuri. Les souvenirs écrits se perdirent sans retour, et il faut passer par dessus , plus de trois siècles, et arriver au milieu du xi®, pour que, devenu abbaye, Luçon nous montre, après le fondateur de Saint-Benoît de Quinçay et de Jumièges, son premier abbé connu dans la personne de Jean, que nous trouverons de 1040 à 1047 r^).
Noirmoutier, forcément abandonné par ses moines, qui JiuerîbMdoone^ semblaient l'avoir quitté pour toujours, n'avait pas cessé ^""*'*''' d'être aux mains des pirates par quelques-uns des leurs qui s'y maintenaient d'une façon permanente, comme dans un domaine où ils ne craignaient pas que personne vînt les attaquer (t). Déjà avant cette dernière apparition, ils avaient été exaucés par Charles le Chauve, remplaçant la belle abbaye de Cunault, qu'ils ne pouvaient plus habiter sûrement, par des terres éparses dans la partie méridionale du Poitou. Mais ces terres, pour leur être utiles comme demeures assurées, auraient eu besoin de moyens matériels qui leur manquaient absolument. De ce nombre était
(fl) Gallia christ., II, col. iiOi. — Du Tems, II. 551. (b) Gallia chmt. — Du Tems, ub. sup.
tes de Uessay,
Messay, dont nous avons parlé, et qui n'était pas tant une ressource par ses nouveaux maîtres qu'une proie pour les
Et s'étabusient i Barbares quand ils voudraient s'en saisir. Ce qu'il y avait de plus rassurant en ce cas était la possession d'une église dans Loudun, qui devenait ainsi le siège d'un prieuré de Saint-Filbert, avec celles de Bernezai, de Taizé, d'Arçay et de Vézières ; puis celles d'Asnières et de Marnay, que le roi achetait d'un nommé Albert, pour en composer un revenu suffisant à l'entretien de la communauté. L'acte de cette donation est daté du 19 janvier 854.
Tous ces endroits étaient déjà autant d'églises paroissiales plus ou moins anciennement établies dans le comté de Poitiers et aux pays de Thouars et d'Herbauge. Revenons sur chacun d'eux, car ils ont droit à tenir leur place dans notre histoire (1).
origjne des parois- Et d'abord uous avous parlé de Messay, Messiacum, qui n'est plus aujourd'hui qu'une annexe de la paroisse voisine de Saint-Clair en Loudunais, et qui porta, dés que l'église appartint aux moines, le vocable de saint Filibert. Ce lieu, avant d'être tm refuge à ses nouveaux propriétaires, leur devint un sujet de contestations inattendues, si en de telles tempêtes civile» on ne devait pas s'attendre à tout. Des particuliers de la contrée avaient trouvé à leur convenance certaines terres d'un domaine qui avait sept mas (2) ou fermes attachées à l'église, et, suivant l'exemple de seigneurs peu scrupuleux, ils se les étaient appropriées. Hildebode, cet abbé qui avait vu son ministère traversé par tant de vicissitudes, était mort avant de prendre possession des bienfaits de Charles le Chauve ; mais il était remplacé par un successeur d'une rare énergie, si nécessaire aux époques troublées. Ermentaire ne recula donc devant aucun effort pour obliger les voleurs à restituer. Il leur arracha, de plus, deux villages qui leur restaient encore, et dont le viguicr de Loudun les força de se désister («).
(a) M. rabJjé Du Trcssay, m6. suj),, I, 127 et 129; — D. Bouquet, VIII, 528.
L'Absie (3) était mieux située pour échapper aux regards. Ce domaine possédait deux églises, encadrées • dans une forêt assez vaste qui existe encore en partie. Deux mas ou fermes y étaient attachées, jouissant des trois quarts de la dîme prélevée sur leurs revenus (4). De ces deux églises, Tune était destinée à une grande importance, ayant été remplacée vers 1120 par une abbaye, dont nous verrons la fondation à cette époque. Jusque-là PAbsie resta une paroisse sous le vocable de TAssomption, et garda ce titre quand l'abbaye fut établie. Mais alors le service paroissial, incompatible avec les oflBces claustraux, se fit à la Chapelle- Seguin, qui était un prieuré de Saint-Maixent, et qui, devenue paroissiale, releva plus tard de Pabbé de Saint-Jouin de Marnes. Cette abbaye, en cessant sa vie de communauté, comme tous les autres monastères en 1790, devint inutile, et sa belle église abbatiale contrastait malheureusement avec l'inaction spirituelle qui l'environnait. La paroisse y fut rétablie aux dépens de la Chapelle-Seguin, dont la population lui fut donnée.
L'Absie est souvent nommée Labsie, et par corruption VAssie, et môme TA^f/e-en-Brignon, parce qu'elle se trouvait sur le territoire de Brignon ou Brion, localité alors plus considérable, située à moitié route entre Thouars et Montreuil-Bellay, aux bords du Thouet. A Brignon était un bois de quelque valeur, qu'un certain Giraud, seigneur du Bellay, donna aux moines, à peine établis assez pauvre^ ment, et qui fut pour eux le commencement de quelque aisance. Quand le pape Jean XXII, divisa, en 1317, le diocèse de Poitiers en trois, l'Absie appartint à celui de Maillezais, et fit partie du doyenné d'Ardin. En 1780, elle n'avait plus qu'un très petit nombre de religieux, et son revenu ne dépassait pas deux mille livres. Elle était alors du diocèse de la Rochelle depuis l'extinction de celui de Maillezais (^).
fa) y. Seger Pictaviensis (noire bibliothèque). Paroisses, verbo Labsie; — GaU. christ., m, col. 69-2 ; — Du Tems, H, 476.
De l'Absie en BrioBt
Quelle était la villa que la charte de 854 nomme Massiniaco et dans laquelle se trouvaient trois menses et demie données aux moines sans la villa elle-même? On ne semble pas l'avoir compris, et nous hésitons à nous prononcer. On rencontre aux environs de Thouars divers lieux dont on pourrait croire tout d'abord qu'ils en sont la traduction ; mais rien n'autorise à les adopter, et nous ne pourrions que nous perdre en conjectures inutiles. D'AsnièrescnBritmx, ■ Il en est autrement de la villa d'Asnières, nommée Asneral, par suite sans doute d'une mauvaise copie et qu'on trouve comme similaire d'^Asnerias. C'était le lieu de ce nom, situé aujourd'hui dans le canton et à deux kilomètres au Sud-Est de Brioux, fort éloigné de Thouars par conséquent, et devenu un chef-lieu de paroisse, mais entouré, quant à cette époque, de tant d'obscurités que nous ne pouvons guère en parler sans crainte d'erreurs. Quoi qu'il en soit, ce petit territoire aurait été un don d'assez riche valeur s'il était pourvu de huit fermes, comme semble le dire notre texte (5). L'éloignement du pagus de Thouars, où se trouvaient groupées les villas données ainsi, fait croire que les religieux ne purent songer qu'à en faire un prieuré, quoique le temps fût peu favorable à ces sortes de fondations. Toujours est-il qu'ils en pouvaient toucher le revenu, ce qui avait bien son importance (6). Plus tard, Asnières releva de l'abbaye de Charroux, car on la trouve mentionnée sous le vocable de saint Sulpice, un des patrons de ce monastère, dans la bulle par laquelle Urbain II mit, en 1066, cette abbaye sous la ^ protection du Saint-Siège, en lui confirmant la possession de tous ses biens (a).
DePrinpyeiiUu- Il y avait aussi une villa de Prinçay (7), qui était située dans le Loudunais, non loin des autres objets de la donation, et qui devint une paroisse dont la cure passa plus tard à la nomination du Chapitre de Sainte-Radégonde. Elle était
(a) D. Fonteneau, t. IV, 217; — M. Beauchet-Filleau, Fouillé de Poitiers, p. 199.
HpP^«^*-r
HISTOIRE GÉNÉRALE DU POITOU (854) lOo
dans son origine du patronage des saints Gervais et
Protais, et fit partie, par suite de quelques remaniements .
du territoire, de l'archiprêtré et de la châtellenie de Faye-
la- Vineuse en Touraine, dont il touchait la limite à quelque
distance vers TEst. Son sol est arrosé par la petite rivière ;
de la Mable (8). L'église, remaniée à plusieurs époques,
atteste de nombreuses ruines, dues les unes aux guerres
du moyen âge, les autres à celles du xvi® siècle, contre
lesquelles sa position la rendait peu capable de se défendre.
Au Sud-Est de Vivonne, qui devait bientôt devenir le Douarsay, chef-lieu d'une viguerie, était une villa dont le nom Madriniacus s'est traduit peu à peu par Marnay. Il est indiqué en 969 et en 1110 dans le cartulaire de Saint-Cyprien sous le nom de Vetulus Madreniacus. La Clouère le baignait en allant de Bouresse, où est sa source, se jeter dans le Clain un peu au-dessus de Batresse (9). Ce lieu était fort ancien et avait été de quelque importance à Pépoque galloromaine ; des monuments celtiques Tentouraient à de petites distances, et près du pont qui y traverse la Clouère passait la voie romaine de Poitiers à Saintes. A deux kilomètres de cette villa, vers le Nord, une petite localité portait le nom qu^elle a gardé, sur la Clouère : cMtait le Vieux- Marnay, qui ne laisse pas d'être significatif et non moins mystérieux que notre Vieux-Poitiers , et tant d'autres vieilles localités d^ même genre. Il n^y a pas à douter que cette villa de Marnay ait eu une église, et que, remise aux mains des enfants de Saint-Benoît, ceux-ci n'en aient fait aussitôt le siège d'un prieuré et en même temps d'une cure.
Bernezav n'existe plus qii'à l'état de village dans la com- De nem. /„iy ei des
mune actuelle des Trois-Moutiers, chef-lieu de canton de \
douze à treize cents âmes. C'était une villa dont le vieux :i
nom Bernezcium s'est changé, depuis le commencement du \
XV® siècle, en celui des Trois-Moutiers, parce qu'il réunissait 'A
dans son enceinte les trois églises de Notre-Dame, de i
'oaint-Pierre et de Saint-Hilaire, à l'extrémité septentrionale
du Loudunais et du Poitou, et sur les limites de la Touraine. j
De ces trois églises, deux étaient prieurés, dont le premier dépendait de la Trinité de Mauléon (10), le second de Tabbaye de Saint-Savin, et le troisième, qui n'était quMne cure, relevait du prieuré de Notre-Dame du château de Loudun. Ces trois églises étaient fort rapprochées Tune de Tautre, à un kilomètre de Bernezay, sur les bords du Martiel (H). C'est l'église de Saint-Hilaire, qui existe seule aujourd'hui, grâce à la révolution de 1789, et a le titre de doyenné. Cette église a succédé à plusieurs autres : elle date de la transition dans sa majeure partie. Le chœur a un chevet carré, comme la cathédrale de Poitiers, et semble d'une époque ogivale pjus accentuée. Cette paroisse a sur son territoire le magnifique château de la Motte-Champdeniers, reconstruit récemment sur le modèle de l'ancien, riui remontait au xiv® siècle, et dont la chapelle est une imitation de celle du palais de justice de Paris. On voit que des nombreuses générosités de Charles le Chauve, Bernezay n'était pas celle dont les moines eussent le moins H le remercier. Il est vrai que la charte ne porte que le village de Bernezay parmi ces terres concédées, et non les deux églises qui Tavoisinaient. ^Nous ne sommes entrés dans ces détails que parce que l'occasion s'est naturellement présentée ici d'établir les origines d'une des plus importantes, paroisses du Loudunais.
Et dt« éguut it Loudun était déjà une viguerie, nous l'avons^ vu; c'était de plus un chef-lieu de paguSj qui allait dépendre bientôt de la vicomte de Chàtellerault, et avait dès lors une sorte d'autonomie par son château fort, la sûreté de ses murailles et l'antiquité de ses institutions, qui lui avaient donné une sorte de suprématie sur la contrée. Cette ville avait plusieurs églises, dont l'une, Saint-Pierre du Martray, semble avoir été la plus ancienne, si ce nom exprime un souvenir des premiers martyrs qui y donnèrent leur vie pour Jésus- Christ, comme saint Citroine et saint Clair. Une autre église, appelée depuis du Marché, était du vocable de saint pierre, très répandu dans le Poitou. Ces deux églises firent
LondaUr
HISTOIRE GÉNÉRALE DU POITOU (Sbi)
liïï
aussi partie de la donation accordée aux moines de Déas ; elles relevaient du prieuré de. Notre-Dame du château, ot celle-ci prit, outre le vocable primitif, celui de Saint- Filbert, d'où relevèrent dès lors les paroisses que nou.s venons de citèrent), et qui devint une annexe de Tournas, comme nous le verrons en 875.
Cependant les générosités royales s'étendirent bien audelà de celle-ci, et nous en trouvons encore la preuve aux environs de Loudun, dans les paroisses d'Arçay et du Véziers.
Arçay, dont on trouve des titres datés de 791, parait remonter jusqu'aux Celtes, d'après les tombelles et \e^ dolmens qui l'environnent. On -ne sait si l'église avait originairement le nom de Saint-Paul ou si elle le prit en devenant la propriété de nos moines. Elle dut souffrir des violences de la guerre, car elle accuse aujourd'hui, par son style roman mêlé des premiers signes de l'art gothique, une reconstruction, mais très grossière et hâtée, du xi® siècle, qui fut celui de la régénération de l'architecture dans nos campagnes. Elle devint ensuite un prieuré de l'abbaye de Cormery, en Touraine, comme elle avait été dès le commencement de la viguerie de Loudun ; elle appartint ensuite et jusqu'à la fin de l'ancien régime à l'archiprétré et à la chàtellenie de Loudun. •
Véziers, dont le nom a singulièrement varié dans les titres depuis l'époque romane jusqu'en 1649,- qui lui donno enfin ce nom apparemment définitif, était à trois lieues au Nord de Loudun (12). Quand il fut donné aux religieux de Déas, était-il déjà un chef-lieu de viguerie duLoudunais(13)f 11 est probable que non, et que ce fut, au contraire, après être entré dans leur domaine, qu'une certaine importance acquise lui valut ce titre conservé pour nous par un acte du cartulaire de Saint-Cyprien de 969 (*). Un certain Wit-
(a) Cf. Documents pour Vhist. du LoudunaiSj par Arnaud-Poirier, in-4» dr notre bibliothèque, extrait du Journal de Louduu, n» 107.
(b) Archives hist. du Poitou. III, 80.
D'Arc*!.
Et de Yéi\m.
terdus, chanoine de Sainte-Radégonde, avait alors dans ladite viguerie et dans la villa de Véziors uii alleu, c'està-dire une terre possédée par lui en toute propriété, et par conséquent exempte .de tous droits et redevances quelconques, avec toutes les dépendances meubles et Hameau deChave- immcublcs qui lui étaient propres. On voit par cet acte, daté de la seizième année du régne de Lothaire, fils de Louis d'Outremer, qu'il y avait un lieu voisin, encastré dans la môme viguerie, et qui ne semblait ne faire qu'un avec Véziers (a). Ce lieu était Cavanedis, aujourd'hui Chavenay, hameau de la commune de Véziers, formé d'un petit groupe de maisons qu'arrose la Maine (14). Ce bénéfice, comme plusieurs des précédents, passa ensuite à Saint-Florent de Montglonne : nous pouvons croire que ce fut par suite de quelque échange avec les moines de Déas, lorsque ceux-ci se furent établis définitivement à Tournus, et que les anciens habitants de Saint-Florent auront trouvé ces prieurés mieux à leur convenance.
Toutes ces villas formaient autant d'asiles pour les religieux dépossédés de leur maison principale par les tristes fataUtés de la guerre. Elles leur donnaient des abris au moins momentanés, pour tout le temps que le pays ne" serait pas envahi à son tour : ce qui ne pouvait pas tarder en présence des événements actuels et de ceux que ménageait encore un trop prochain avenir.
Il semble cfue les détails de géographie qui précédent ont laissé le lecteur et l'historien dans un certain repos capable de les délasser de tant d'intrigues, de combats et de malheurs de toutes sortes qui reviennent sans cesse à ces époques troublées de la constitution des grands Etats. Il nous faut rentrer maintenant dans les agitations de la politique et revenir encore aux Normands, lesquels auront une grande influence, quoique imprévue par eux, sur les événements qui vont suivre.
(a) Villa qiuc dicitur Cavanedis, aut Virginens,
Ils étaient toujours dans leur île de Blesse, et de là ne Lesdenxcomiesde
•^ . 1 T PoJloa attaquent les
cessaient de ravager le bas Poitou et les pays adjacents Normands, qui en faisaient partie : il était rare qu'ils n'y revinssent pas chaque mois renouveler leurs scènes de carnage. Cependant, on conjmençait à sentir que de telles habitudes devaient enfin être réprimées, et faisaient peu id'honneur aux chefs des peuples exterminés. Raynulfe I®*", le comte de Poitiers dont on a senti à peine Texisterice, et qui peutêtre n'avait été retenu que par la pusillanimité de Charles le Chauve, se décida enfin à profiter de Téloignement du prince, qui était en NeuStrie, pour s'entendre avec son parent Raymond, comte d'Herbauge, dont le territoire n'avait pas moins besoin de se soustraire à ces terribles voisins. Ils réunirent donc leurs troupes, et, saisissant la première occasion attendue où ceux-ci recommencèrent leurs courses, ils se portèrent à* leur rencontre et les atteignirent sur les bords de la Vendée, où ils abordaient après avoir traversé la plaine de Luçon. Un peu au-dessus bj^jJ.,^" ^^^^^ * de Vélluire (15) était le village de Brillac (16), très rapproché de la rivière et sur un promontoire, où déjà peut-être ils s'étaient établis, s'y trouvant naturellement défendus par les deux rives qui les entouraient en un demi-cercle. Avant d'avoir pu s'y retrancher, ils furent hardiment attaqués par les Poitevins ; mais le succès ne répondit pas à ce courage d'autant plus louable qu'il avait été plus rare jusque-là. Les àeuX comtes, après un combat où la victoire fut disputée pendant plusieurs heures, plièrent et se retirèrent en laissant sur le champ de bataille beaucoup des leurs et presque tous leurs bagages (a). Ainsi les Barbares ne se contentaient plus de piller des nations affolées : plus expérimentés, et sans attaquer jamais, ils ne reculaient plus devant une bataille rangée; ils savaient faire face à l'ennemi, et autant par la tactique que par le nombre imposer à celui-ci une crainte et des défaites qui, peu à peu, leur assuraient dans
(a) Tous les auteurs du temps.
roi;
le pays une position stable, depuis longtemps désirée, et dont Charles le Chauve et son neveu Pépin leur avaient déjà accordé un funeste avant-goût.
ifn^jÏÏèâiïnœdi ^^^ événcmcnts se passaient au mois de mai, et leur mauvaise issue n'avait fait qu'indisposer d'autant plus les populations de l'Aquitaine, non moins malheureuses des ravages des Normands que de la lutte entre les princes qui se disputaient la couronne de leur pays. Divisés sur ce point, il leur fallait subir tour à tour les prétentions et les violences des deux partis qui triomphaient tour à tour. Pépin n'était plus possible même pour ses partisans, puisqu'on ne savait quand finirait sa captivité ; Charles le Chauve, devenu odieux par cette captivité même aux partisans du jeune roi, se rendait insupportable à tous par les sévérités outrées de son régime et la dureté de ses rapports personnels. Quelques mécontents, qui s'étaient exprimés trop franchement sur ces allures despotiques, avaient payé de leurtête cette franchise qui sentait la rébellion. Gausbcrt, l'un d'eux, qui avait le titre de comte, perdit aussi la vie dans une semblable circonstance ; sa famille ne le pardonna pas à l'empereur, et se montra irritée jusqu'à se mettre à la tête de la conspiration qui tendait à lui faire perdre l'Aquitaine: c'est à son instigation que les seigneurs du pays, ne pouvant aimer un prince qui ne les aimait pas, n'écoutèrent que leur haine et entrèrent dans ces vues d'une opposition formelle. Désireux d'en finir enfin, ils se liguèrent sérieusement, et s'assemblèrent à Limoges pour y traiter de ces grands intérêts. Là, on se montra généralement d'avis de secouer le joug de Charles le Chauve et de conserver la nationalité de l'Aquitaine qu'on redoutait de voir annexer à l'empire. Dans ce double but, on résolut d'élire un roi qui les délivrât de l'un et leur assurât l'autonomie de l'autre. On s'exprima encore avec une grande vivacité et un certain mépris contre un gouvernement qui ne savait pas défendre son pays contre les Normands et abdiquait sa suzeraineté quand elle aurait dû se montrer surtout en
I faveur des peuples. Et comme les rois de France et de Eijeiientiegyenx
-, . , . , , .11 sur un flig de Louii
I Germanie s^étaient de nouveau brouillés tout récemment sur le Gcnnaniqw.
I quelque contravention faite aux anciens traités, ils dépu-
' térent vers ce dernier pour lui demander son jeune fils Louis, en lui offrant le sceptre et la couronne d'Aquitaine. Les ambassadeurs avaient pour instruction d'insister énergiquement contre un- refus, par quoi qu'il fût motivé, et de déclarer que si la nation aquitanique n'obtenait pas ce nouveau chef, elle se verrait forcée d'en chercher un parmi les Normands ou les Sarrasins (a).
L'état des esprits prévenus défavorablement contre ^.^f^{;J' '**'^ " Charles, et le prétexte spécieux d'éviter aux Aquitains cette extrémité de recourir à des ennemis déclarés, firent accueillfr sans objections, à la cour germanique, une si étonnante proposition. Louis fut d'autant plus facile d'ailleurs, que, pour répondre d'avance aux légitimes soupçons qu'il aurait pu exprimer de la légèreté du peuple méridional, les envoyés avaient amené avec eux des otages qui
■ devaient garantir la sûreté du jeune prince en demeurant ea Germanie jusqu'à ce que le nouveau roi fût solidement établi sur le trône qu'on lui offrait. Celui-ci partit donc, arriva en Aquitaine, et y trouva la population qui bordait la Loire pleine de cet enthousiasme qui accueille d'abord toutes les nouveautés. Mais il s'était peu avancé dans le pays, lorsque déjà Charles le Chauve, instruit de cette prise d'armes, qui ressemblait déjà à une marche, triomphale, s'était mis à sa poursuite avec une armée, et, pendant que Louis se précipitait vers le Midi par une marche qui n'avait plus rien du triomphe, Charles se dirigea sur Poitiers, ou il s'arrêta pour s'opposer de là à toutes les opérations de l'ennemi. Mais sa présence, qui n'y avança neoirc àPoUier», en rien ses affaires, devint une lourde charge pour les Poitevins eux-mêmes, car ses troupes, campées sous les murs de la ville, ne pouvaient rester inactives sanà faire du
(a) Annal. Fuldem», in h. ann. ; — Annal. Bertin.j ibid. ; apud Dom Bouquet, Hi$l. lUtér. deda France, VI, p. 862.
mal, et on les vit, n'obéissant qu'à l'indiscipline halDituelle, se répandre par bandes dans les environs, y piller tout ce qu'elles rencontraient à leur convenancp, et traiter des compatriotes aussi mal qu'elles eussent fait des ennemis. soilfuéiMiéer'^" Elles n'épargnèrent même pas les églises, dit un contemporain, ce qui donne une aussi triste idée du général, dont la vengeance n'entrait pas pour rien sans doute dans ces sacrilèges excès. Louis, qu'on n'y recevait qu'assez froidement, s'aperçut que le nombre de ses partisans n'était pas ce qu'on avait espéré ; ceux qui le rencontraient ne venaient que timidement au-devant de lui; il n'y avait guère que la famille et .les amis de Gausbert qui lui parussent dévoués, de sorte qu'il ne trouva rien de mieux que de se retrancher dans le Périgord pour y attendre les événements w. Mais il en survint un sur lequel il ne comptait pas et qui mit fin de ce côté à ses aventures. Wippariiionderé- Pépiu, le prisonnier de Soissons, n'avait jamais aban-
piD cil Aquitaine. i ? r i o
donné la pensée de s'en échapper : ayant été fidèlement instruit de ce qai se passait par des affidés actifs et dévoués, il parut tout à coup sur le théâtre des événements. Son frère, qu'on avait retenu aussi à Corbic, avait été prévenu secrètement, et ayant pu quitter sa prison en môme temps, ils se rejoignirent et entrèrent ensemble en Aquitaine pour y combattre dans un but commun. Pépin ne crut pas devoir s'offusquer beaucoup de la présence du roi de France en Poitou ; il tourna ses positions, et se portant par les limites du Berry vers l'Aunis et le Périgord, il y marcha résolûinent pour détruire le parti de son rival, y attira à sa suite les nombreux partisans que sa présence ranimait, et qui, n'ayant plus besoin d'un autre roi, se rangeaient patriotiquement sous les drapeaux de celui que le ciel semblait leur rendre. Louis ne se trouvait pas en sûreté en présence de telles contradictions. Il dépêcha un courrier à son père, qui lui ordonna de revenir. C'était le résultat
(a) Annal. Fuldens., ann. 85i.
llj
d'un conseil tenu par les trois frères, dont Tàvis unanime avait été d'éviter une autre guerre civile : ils avaient, en effet, quelques raisons de se trouver fatigués. Cette conférence s'était faite au palais d'Attîgny (a\ à la demande de Lothaire, et Charles s'était hâté de s'y rendre après avoir repassé la Loire.
Cependant, une fois Louis disparu, Pépin ne réussit pas p^piarjjeudewi mieux auprès de ses anciens sujets qui se partageaient sur sa valeur morale : les uns s'étonnaient qu'après s'être fait moine avec toutes les apparences d'une entière et sincère conversion, il revînt encore reprendre une vie du monde, où il n'avait jamais que très peu édifié ; les autres n'étaient plus sous l'influence de cette apparition inattendue, et craignaient le retour d'une guerre imminente. On ne vit qu'un parti à prendre contre de telles éventualités: il fut suivi après une assez longue délibération. On députa vers l'empereur, on le supplia de donner pour roi à l'Aquitaine u» ^ ieuae m trooe le second de ses trois fils, nommé Charles comme lui (17), et que nous désignerons, pour le distinguer de son père, par le nom de Charles le Jeune. Il était né d'Hermentrude, sa première femme, fille d'Eudes, comte d'Orléans. Le roi de France comprit très bien que si cette demande venait |
d'un ardent désir de conserver l'autonomie de l'Aquitaine, il serait aussi personnellement bien plus sûr d'un pays qui tombait au pouvoir de sa famille, et il n*hésita pas à octroyer la faveur sollicitée. Le jeune prince, qui avait à peine dix ^j^^^JJ^'J y^^ ans, partit donc avec son père, bien escorté,* et arriva à «»• Limoges. Là, une diète fut tenue où on le proclama solennellement roi d'Aquitaine. Selon l'usage consacré, son intronisation se fit le lendemain dans l'église de Saint-Sauveur (ou Saint-Martial), par Raoul de Turenne, archevêque de Bourges, assisté de Stodile, évéque de Limoges, qui plaça la couronne sur la tête du prince, et de plusieurs autres prélats de la province (*). Mais, à peine la cérémonie
(a) Sot TAisne, entre Voaziers et Rethel.
(b) Vemefl-Puyrasseau, Hist. d'Aquit., h 100.
accomplie, le vieux roi partit à la hâte dès le lendemain, pour rentrer en Neustrie, où les Normands, après des exploits en Bretagne et un traité d'alliance avec Erispoé, s'étaient enrichis aux dépens de ce pays et menaçaient encore la France centrale. L'action de l'empereur resta Ravages des Nor. pourtant dc uul effet. Cette fois, les Barbares entrèrent en
mauds eo SamloDge. ^ ^
Aquitaine par la partie occidentale du pays, ruinèrent Angouléme et s'y arrêtèrent quelque temps, après y avoir tué, en une bataille, le comte envoyé à leur poursuite, et vu tomber dans leurs rangs, sous les coups -de ce même général, leur chef Moëroe, qui l'avait attaqué directement («). MaTheoreux gon- Cela s'était passé au mois d'octobre 854. Le reste de
vernemeni du jeuoe ^
Charles. l'année fut fort agité en notre pays, où tout était dans le
plus triste désordre, où chaque jour déconsidérait aux yeux des seigneurs et du peuple le nouveau pouvoir du jeune Charles, et où les mécontentements de ce peuple si justement accusé par tous les historiens <Je légèreté et d'inconstance, se fortifiaient encore des imprudences de ceux qui y dirigeaient les affaires du gouvernement. Car, ayant amené avec eux des troupes germaines destinées à l'appuyer, ces gens plus mal disciplinés que ceux du pays cédaient à leur caractère national, pillaient sans mesure, s'appropriaient ce qui leur paraissait à leur convenance, et agissaient sans aucun frein, sans nul respect de ceux dont ils se montraient bien plus les ennemis que les alliés. Une autre cause de discorde mettait le comble au mal : c'était l'antagonisme des deux amtorités très distinctes et non moins affirmatives : celle de Louis, entouré de partisans chaque jour moins nombreux, que son jeune âge dégoûtait de l'obéissance, et celle de Pépin, qui, toujours dans le pays, y avait des fauteurs, mais divisés eux-mêmes et flottant entre les souvenirs de son administration passée, si peu digne de leurs aspirations, et quelque chose de mieux qu'ils ne savaient définir. Cependant la partie de la nation qui lui restait
(a) Adhémar» Gab. Ge$i. Comit. pt Pontif. Engoliim. ; — Dachesne, Sct^. Rer. Normann.
dévouée était encore la plus forte, et, pour Pentretenir dans Bffwtt ^e Pépta ^ ce sentiment, Je prmce ne cessait de parcourir les provinces, votr. agitant de plus en plus les esprits et décidé à ne rien négliger pour y assurer sa restauration. Quoi qu^il en fût, ce n^était vraiment là que de Panarchie ; il n^ avait pas un souverain parmi les trois qui s^en disputaient le titre, et la plupart des actes ne se dataient plus que des années qui ayaient siiivi la mort de Louis le Débonnaire. Et cela durait depuis déjà longtemps. On a un diplôme pour un don fait à Tabbaye de Nouaillé, en 848, daté c de la neuvième année après la mort de PemperQ^ur Louis > (a). D^autres, comme Thiçtorien Âdhémar de Chabannais, dataient des années c après la bataille de Fontenay, > qui avait laissé de si profonds souvenirs chez les contemporains (^. Il fallut, pour faire diversion à ces incertitudes» un événement qui relevât pour quelques jours Pautorité du jeune Charles, mais dont Téclat ne devait pas durer à son profit.
Toutes les dissensions dont nous venons de parler n'étaient ^^fSS^jJl^SJIZ pas ignorées des Normands, qui commençaient, par suite **•**•"• de leurs séjours prolongés sur les terres de France, à comprendre certains ressorts de la politique, et ils prouvaient qu'ils en savaient assez pour activer leur cupidité et leur soif de ruines et de carnage. Outre donc leur expérience acquise de Pinhabilité qu'on avait toujours mise à les repousser, ils jouissaient toujours des chances favorables que leur avaient laissées la mort des deux* comtes de Poitou et d'Herbauge à la bataille de Brillac. C'est. donc de ces hautes contrées qu'après avoir guerroyé de nouveau 4
en Bretagne, ils se jetèrent sur l'abbaye de Redon, qui nous .|
était limitrophe^ l'incendièrent, et voulurent tenter une |
seconde expédition sur Poitiers, où ils avaient à se venger I
de leur récente défaite. Après donc avoir ravagé le pays ]
{a)Artdt vérifier les datée, IX, 233. ^
ib) Besly, JMê de Guyeme, p. U. i
lU
Poliierf, qui st pré* Iiare à leur résister. .
BtUlIledellonlinet, o&iUsonldéflilU«;
depuis la Loire jusqu'à Thouars et Partheiiay, ils s'avançaient vers cette capitale, dont les riches églises, leâ palais renommés, le site agréable et tempéré excitaient aisé* ment dés gens avides de s'établir et de se faire un point de résistance un peu meilleur que les tles de Biessé et de Noiimoutier. A leur approche, ce fut dans la ville et aux environs un mouvement général de peur et de perplexité- Devait-on fuir, ce qui est toujours plus difficile à des citadins qui doivent laisser tout après eux qu'à des campagnards qui n'ont jamais que peu à perdre ? Fallait-il se porter au mpins contre l'ennemi, et se défendre en dépit de ses nombreux succès et de son intrépidité irrésistible ? Ce dernier parti l'emporta et fut inspiré surtout par l'entourage du jeune roi Charles. On comprenait fort bien, en effet, qu'il y allait du sort de l'Aquitaine tout entière, et que, si on y laissait prendre Poitiers, le règne de Charles et de son père pouvait y être effacé pour toujours.
On sortit donc en bon ordre de Poitiers, où le jeune roi tenait* sa cour. 'Nous avons Vu. que, selon Pusage de la première racé, le roi, si enfant qu'il fût, marchait toujours pendant les guerres avec ses armées, dont on voulait ainsi animer le zèle et l'ardeur au combat. Le comte Raynulfe II escortait le souverain, auquel l'attachait sa vieille fidélité à sa famille. S'il n'était pas le seul chef de cette mise en campagne dont la réputation fût déjà faite, il était du moins ccelui qui nous est le plus connu, et, dans cette occasion, se ^trouvant lé défenseur-né de la province, il dut iaire ses épreuves de- courage et d'intelligence, comme l'issue de l'action le prouva bientôt. En effet, on s'était porté vers l'Ouest, d'où l'on savait que l'ennemi arrivait jetant partout laierreur qui l'accompagnait toujours, et il n'était plus qu'à xinq ou six kilomètres de la grande cité, objet de sa ^marché, lorsqu'on le rencontra sur les bords de l'Auzancei où il s'était retranché près du village du Petit-Moulin (18). Raynulfe prit position en quelques petits camps anciens qui avoisinaient la rivière. Bientôt le combat s'engagea avec
BISTOIRB GÉNÉRALE DU POITOU (854) Il7
eotrâin et se continua avec un acharnement qu^^xplr*quaient bien d^un côté Tenvie de ne pas quitter le terrain^ pt de Fautre rexlrême danger et les affreuses conséquençeâ dMne défaite. Aussi des prodiges de valeur se firent de part et d^autre. Ils aboutirent à ùiie défaite si entière des "^ Normands, qu'ils n'échappèreiit qu'au nombre, d'environ trois cents au fer des vainqueurs. Ceux-^^i s'emparèrent du butin que lés brigands avaient fait sur leur passage depuis Nantes^ et ils purent. rentrer à Poitiers pour y recevoir dès félicitations et des actions de grâces auxquelles, jusqùe^là^ ils étaient trop peu accoutumés ia). De tels triomphes, en effet, étaient si rares, qu'il semble à l'historien un soulagement de les raconter.
On assure que le jeune Charles, entouré pendant l'action N<mven« iatiaboité
d«t esprit! utMV di
d'une garde qui ne l'avait pas quitté, avait fait preuve d'un ieiMrou sang*froid et d'un calme très peu communs à son âgé, et que les chefs de l'armée ne se lassaient pas d'en ^ faire l'éloge w. Cela devaiit être d'un bon augure pour ses affaires. II en fut autrement. Les grands qui l'avaient accompagné regardèrent comme un tort fait à leur réputation les hommages dont l'enfant-roi s'était rendu digne ; quelques-^ uns aussi sentirent peut-être, trop que cette inauguration 4'un règne, ainsi préparé compromettait leurs prétentions au gouvernement des affaires ; l'ambition alarmée, l'orgueil froissé vinrent encore soulever les susceptibilités et l'incont sistance de ces lèudes au caractère versatile, et bientôt .. >. oubliant quelles espérances la patrie pouvait fonder sur un enfant que l'éducation, comme ses propres intérêts, auraient disposé à un règne fécond et réparateur, ils écoutèrent une fois de plus leur égoïste mobilité. On regrettait, aii lendemain d'une yictoire à laquelle il avait assisté, que le roi-enfant tfeût pas la main assez ferme pour guider le char dé l'Etat en des routes difiBciles ; on ranimait le souvenir des griefs
fa) Annal. Bertin.; — Chrûtùc, Malleac.; — Gatà Normann,^ ub. lop.; -^ Ubbe, BibUoth. tnanmc, U» 198.
{h) ÀnnaL BirU»., ub. px^ * .
accumulés contre son père; et comme si Pépin eût toujours été le meilleur des princes, on se retournait vers lui, on le regardait comme la providence de TAquitaine : enfin, c^était lui qu^il fallait rappeler* Hécoûiretdneûj* Charlcs Ic Chauvc savait ces mesures et ces desseins. U
" pu CbuUtlQ
'^^*"* entendait en même temps la voix de sa conscience qui lui
reprochait de les avoir trop mérités par ses violences envers les personnes, par ses exactions envers les peuples ; et ceux-ci mêmes n^avaient-ils pas à se plaindre de la conduite de ses partisans et de ses soldats, qui, lorsquHls Pavaient accompagné en Aquitaine, s^y étaient conduits en ennemis pires que des pirates par Tincendie et le pillage,
k ne ménageant pas même les églises ni les saintes maisons
de prières et d'hospitalité? BMiieveri«Kiitd«i Ces mécontentements, qui s'exagéraient par Pexpression
I mum^ de la douleur publique pour tant de souffrances, s'augmen-
taient encore de ceux qu'exalaient les seigneurs de la Neustrie, où Charles n'était pas plus aimé qu'ailleurs. Ses complaisances pour ses fidèles, qu'il avait accoutumés à des familiarités peu compatibles ayec le respect dû à un
I souverain, n'étaient plus de mise avec leurs insolences
qui sentaient la révolte ; et, si l'on consulte les historiens du temps, on comprend de quelle anxiété devaient vivre toutes les conditions sociales, et que ces malheurs ne pouvaient que favoriser d'autres tentatives d'un nouveau caiipintioaca»ti« gouvemcment. La noblesse d'Aquitaine s'entendit donc avec am^if* ^^jj^ d'outre-Loi<jp. Il était question, de notre côté, de rap-
peler Pépin et de lui confier encore le pouvoh*; de l'autre, on se décidait à détrôner celui qu'on n'appelait plus que
I du nom méprisable de Chauve, et à lui substituer Louis de
Germanie, qui ajouterait la Neustrie à ses autres Etats.
[Tant d'excès dans la politique des deux peuples, obligés de chercher dans une autre révolution les éléments d'une paix depuis si longtemps vainement poursuivie, sont bien capables aujourd'hui de faire comprendre combien étaient profondes les plaies d'une société où les chefs ne savaient
peut-être si mal commander que parce que leurs subordonnés étaient si mal conseillés par la double fièvre de Vindiscipline et de Pambition.
Hélas! le ix« siècle est-il le seul à qui Ton puisse reprocher ces travers, et naguère la France vieillie de dix siècles de plus n'eùt-elle pas dû réprouver les mêmes excès, cause trop évidente de ses suprêmes malheurs?
Les annales de Saint-Bertin, qui entrent sur tous ces A^sen^N^èdegoierpoints en des détails capables de faire frémir après tant de siècles, sont une peinture pleine de couleur et de vérité de ces déplorables épisodes. Le roi jugea enfin que le mal qui désafifectionnait ainsi ses sujets demandait un rem^ède prompt et solide et un préservatif qui valût mieux que la violence et la force. Il indiqua donc pour le 7 juillet 855, à Quiercy-sur- Aisne, une assemblée d'évêques et d'abbés auxquels il adjoignit quelques vassaux laïques. On y traita de la réforme de l'Etat et des moyens de comprimer cet esprit de révolte presque universelle (19). Mais, au préalable, le roi avait écrit à la noblesse franque et à celle d'Aquitaine pour les prévenir que l'assemblée indiquée par lui avait pour but d'examiner ce qu'il y avait à corriger dans son gouvernement, de recevoir sur ce sujet les plaintes et les observations de chacun, de réparer les torts que l'administration se serait donnés, d'oublier enfin toutes les fautes qu'on viendrait y avouer de bonne foi. Au reste, il ressortit trop évidemment des décisions de l'assemblée que le roi ne faisait là qu'une amende honorable de son passé; il paraissait alors aussi indulgent qu'il avait été dur et rigoureux.
Ces bonnes dispositions, qui ne convainquirent pas tout i iini^^f r^r i^^ le monde, produisirent cependant quelque effet sur les esprits ; mais elles furent secondées surtout par l'impossibilité où Louis de Germanie se trouva de répondre à l'offre qu'on venait de lui faire. Au moment où les envoyés de l'Aquitaine arrivaient à sa cour, le prince y revenait à la suite d'une défaite par les Esclavons ses voisins, avec
Gl;ruJilil1rLi».^
lesquels il était en guerre, et qui lui avaient tué beaucoup de monde. Ce n'était pas le cas d'entreprendre une nouvelle expédition, et son refus de se mêler aux affaires qu'on lui proposait obligea les révoltés à rentrer dans Tordre et éî retarder l'exécution de leurs plans.
chiric» ïi ciunïs ^u mllicu dc ces tempêtes plus ou moins violentes, on aime à voir Charles le Chauve se délasser de tant de contradictions nées de sa mauvaise politique par des soins qui ne laissent jamais de regrets et sont au contraire une source de consolations solides et d'utiles améliorations. Tout en regrettant de n'avoir pour notre Poitou aucune notion qui nous en fasse apprécier la condition littéraire, laquelle sans doute ne valait pas mieux que les autres institutions aussi maltraitées que partout ailleurs, on s'arrête avec intérêt sur les succès de quelques écoles résistant aux secousses civiles pendant les rares intervalles de paix que leur laissait Erîîiediia.ciy,a[ftfi Torganisatiou vicieusc du gouvernement. Charles favorisait
di tituTs-i^v ioiffl. g.^j,^Q^j Ye monastère de Fleury-sur-Loire, voisin de sa ville royale d'Orléans, où les études se reprenaient après tous les intervalles que leur avait imposés les apparitions des Normands, Il y avait là, au nombre des moines respectés pour leur science, Adrevald, auteur d'une chronique du temps que nous avons citée quelquefois. C'était là surtout que Charles faisait élever la jeune noblesse destinée à embellir sa cour et à entretenir le goût des études partout où elle paraîtrait plus tard («). Un souverain capable d'apprécier de telles choses et d'y donner son concours prouvait qu'il n'avait pas oublié les occupations de sa jeunesse, et qu'il aurait pu encore, placé dansi un autre milieu, se livrer avec succès aux délassements de l'intelligence et aux travaux de la paix.
Fiu^se histoire âi Nous n'avous pas parlé des difficultés qui s'élevèrent
itstwit. entre le samt pape Léon IV et les pnnces français, qui
curent la lâcheté de permettre aux Sarrasins d'envahir la
ia) D. Rivet, Hitt. littér., V, 253 et 515.
Campagne romaine, et laissèrent le Souverain-Pontife défendre seul sa ville et son peuple avec un courage plein d'intelligence qui les sauva. Ces faits ne se rattachaient en rien à notre histoire locale ; mais il en est un d'une assez haute importance dans l'histoire générale et que nous citerons ici pour mémoire, car il se rapporte à cette année et^mérite une mention particulière. Il est bon d'ailleurs que toute fausseté puisse à l'occasion se trouver démentie. Le pape Léon IV mourut à Rome au mois de juillet 855. Ce serait à lui qu'aurait succédé la fameuse et prétendue papesse Jeanne, laquelle fut inventée par un protestant pour dénigrer l'Eglise romaine, et qui n'a été acceptée que par un très petit nombre d^écrivains de cette secte. Plusieurs même de leurs coreligionnaires ont combattu cette stupide assertion, qui n'a jamais eu pour elle d'esprits sérieux, même les moins suspects d'extrême tendresse pour le catholicisme. Toutes les mauvaises raisons apportées en faveur de ce mensonge se résument dans cette audacieuse afiSrmation que la papesse aurait eu deux ans de pontificat, lorsqu'on réalité il n'y eut que cinq jours entre la mort de Léon IV et l'élection de Benoît III, son successeur («).
Un autre fait doit être signalé ici comme appartenant à la même époque. C'est l'opposition par laquelle l'antipape ^^i^ Anastase s^efforça de mettre sur sa tête la tiare dévolue à Benoît III par une élection légitime. A cette occasion, et après l'élection de Benoît III, le décret signé par les électeurs fut envoyé à l'empereur Lothaire, selon l'ancienne coutume, et l'on suspendit la cérémonie du couronnement et du sacre jusqu'à ce que l'empereur eût jugé que tout s'était fait dans les formes, sans artifices, sans violence et sans aucune acception de parti. Cette coutume protectrice datait de Charlemagne, qui l'avait décrétée comme néces-
(a) Cf. Uénault, Daniel, Mauléon, Mézcray, V Abrégé de Vhistoire ecclésiastique de Mocquer, ad ann. 855, et aussi les articles de Benoît III et de Léon IV dans ^Bkgra^kM universelle de FeUer» et dans celle de Michaud; pais LongaeTal,
Anfw
biftoriqiM tur
np-
saire^ et les Papes n'avaient trouvé rien de mieux pour la paix de PEglise que de Tapprouver comme une garantie contre l'ambition de certains prétendants. C'est de quoi les légistes d'abord, et les gallicans ensuite, n'ont pas parlé assez fidèlement, attribuant ce contrôle d'un acte public à une puissance supérieure qui voulait bien approuver celle des Papes. Il n'en fut jamais rien, et c'est du moment où les empereurs d'Allemagne prétendaient gouverner le monde entier, y compris le Saint-Siège, que l'on s'efforça de faire entendre que l'acte impérial destiné à protéger la paix et l'autorité de l'Eglise était un agrément donné à la nomination du pape, et sans lequel toute élection eût été nulle. Plus d'une fois aussi, ce fut une ruse des opposants au Saint-Siège d'implorer, comme dans l'élection inique d'Anastase, l'autorité de l'empereur comme si elle avait jamais eu le droit de prononcer radicalement. L'histoire est pleine de ces audaces qui ont fait trop souvent des historiens autant des gens de parti, faussant les notions les plus nettes du bien public, et fournissant ainsi aux futurs adeptes du libéralisme des armes toujours prêtes contre la justice et le droit (20).
MofMai'iMpenv Pendant ces troubles jetés dans la chrétienté par l'antipape, dont l'expulsion eut lieu bientôt après par ses propres partisans, l'empereur Lothaire était tombé malade à Aixla-Chapelle, qu'il habitait plus ordinairement. Il avait alors soixante ans, et un secret avertissement lui fit envisager sa mort comme prochaine. Cette pensée, au lieu de le décourager, lui fut salutaire ; il songea à se bien préparer, et mit d'abord ordre aux affaires de ses Etats, qu'il partagea entre ses trois fils, Louis, Lothaire et Charles. Déjà Louis avait partagé avec lui la couronne impériale et était roi d'Italie. Charles reçut la Provence, et Lothaire la Lorraine, qui ne reçut ce nom que depuis son règne (21). Cela fait, il ne songea plus qu'à son salut, et se fit transporter à l'abbaye de Prum, où il prit l'habit monastique, afin d'expirer sous une livrée qui lui rendît plus favorable la
miséricorde divine qu^il avait tant méconnue. Il mourut six iagemat tmk jours après, le 28 septembre 855, laissant un nouvel exemple prinee. des vanités de ce monde et des justes terreurs des jugements suprêmes, après une vie qu'il n'avait employée qu'au profit de son ambition et de sa mauvaise foi. Il ne dut emporter dans la tombe les regrets de personne, mais certainement il laissa la mémoire d'un prince coupable de toutes les calamités qui, dans la guerre et dans l'administration, signalèrent trop les quinze années où il garda la dignité impériale.
Les malheurs de son gouvernement ne devaient pas cesser avec sa vie : les désordres publics en France et en Aquitaine n'étant qu'une suite inévitable de sa politique perfide, qui avait entretenu le mal quand mille fois il eût pu l'éteindre ou l'amoindrir.
La fin de l'année 855 fut encore agitée chez nous par le tioï"diî%rtié # ressentiment des révoltes précédentes. La noblesse n'avait '«'wd«Fépifc rien accepté des promesses de l'assemblée de Quiercy. On hésitait, malgré tout ce qui s'était passé, à se détacher de Pépin, peut-être parce qu'un certain nombre de ses partisans espéraient mieux profiter de ses faiblesses et de ses vices pour le dominer s'il restait roi. Charles tenta un nouvel effort et indiqua une nouvelle diète à Verberie, près Senlis, le 26 juillet 856. Là, une amnistie complète fut promise ; les grands ne devaient plus être dépouillés de leurs bénéfices, on souffrait même qu'ils fussent aliénés, ce qu'on avait osé faire plus d'une fois, malgré le caractère propre de ces biens-fonds, dont la valeur consistait surtout à rester inaliénables et radicalement exempts de toutes charges et impôts. On allait plus loin : la noblesse devait se conduire désormais d'après les lois particulières de son pays (22). Le prince s'engageait enfin à prendre ses conseils pour le '^•àdii^ùié. gouvernement du pays. Mais déjà se montraient clairement les inconvénients, pour l'unité du pouvoir, de tant de concessions féodales qui ne tarderaient pas à établir un prmcipe d'indépendance de la noblesse et une sorte d'oppo-
DièU de Varbick.
Coneessioni que l« roi j fait aux ('
sition légitime à celle de la royauté. Tant de principes de modération, tant de promesses séduisantes furent cependant repoussés par des subordonnés qui tendaient à s^appuyer du roi de Germanie pour secouer le joug et garder une autonomie objet de tous leurs rêves. Leur résistance alla jusqu'à se refuser successivement à deux autres rendez* vous : l'un à Baisieux(23), villa royale près de Corbie; l'autre à Neaufle (24), autre villa à dix lieues de Paris. Les comtes de toute la contrée s'étaient concertés pour ne rien céder du programme qu'ils s'étaient fait. Ce ne fut qu'après avoir eu la certitude de l'impuissance où le Germanique se voyait de les seconder par suite de ses mauvaises affaires avec les cmuntioai ute$ Esclavons, qu'ils se rendirent à Chartres le 14 octobre. Là,
* ch^"«' Charles essaya de plus fortes concessions qui, en avilissant
i^a position souveraine, finirent par triompher des difficultés. Un retour subit et universel se fit alors en sa faveur, et, le croirait-on, si l'orgueil et l'ambition n'expliquaient tout en pareil cas, ces grands seigneurs aquitains, qui ne voulaient entendre parler d'autre royauté que de celle du jeune fils de Louis le Germanique, et dont beaucoup même se retournaient vers Pépin, redemandèrent à Charles de leur rendre ce fils de son nom qu'ils lui avaient renvoyé!... cooflit«ntr*chJiTïei Mais uuc compUcatiou de nouvelles guerres à soutenir
tu brdiiui. dQ divers côtés empêcha de vider cette question d'une si
haute importance, et qui resta plusieurs mois encore en suspens.
Ainsi Charles était sur le point de marier son fils Louis avec la fille d'Erispoé, héritière présomptive de Ja Bretagne. Ce projet servit de prétexte à Salomon pour conjurer la perte de ce prince avec un certain nombre de seigneurs furieux de voir le sceptre de leur pays tomber tôt ou tard aux mains d'un étranger. Erispoé fut assassiné dans une église où il priait, et Salomon recueillit sa dépouille en se taisant proclamer roi. Charles le Chauve ne tarda pas à marcher sur la Bretagne. Salomon se préparant à lui résister ; alors Charles ne trouva rien de plus ingénieux, selon
I sa coutume peu royale, que de renouveler avec Fassassin,
I son allié, le traité quHl avait fait à Angers.
I Un autre fléau trop habituel retomba, une fois de plus, awNoïraMdi^îpo^
sur la malheureuse Aquitaine. Les Normands de la Loire **"• se reportèrent vers Pembouchure du fleuve en remontant jusqu'à Blois et à Tours. Ils semblèrent multiplier lès désastres avec un raffinement de cruautés inouï jusque-là. Puis ils s'attaquèrent de nouveau au Poitou, qu'ils avaient à peine quitté, toujours renfermés à Noirmoutier, où était l'entrepôt permanent de leur butin, et en sortant à loisir, sans jamais trouver d'opposition utile, pour accabler encore le Poitou. On ne lit pas sans une véritable désolation les récits écrits à cette époque douloureuse des cruautés exercées par ces incorrigibles pirates, qui ne conservaient aucun souvenir de leur défaite de Poitiers, ou qui ne le gardaient que pour mieux exciter leur soif ardente de vengeances jusqu'alors inouïes. Ni âge, ni sexe, n'échappait à leurs persécutions. Plus que jamais irrités contre les ^^^ caradèrei de prêtres et les religieux, après en avoir massacré en grand ^«'^^ ^^ *^« ^'"''»^^' nombre, ils poussaient la haine jusqu'à forcer quelques-uns à l'apostasie, et ils en trouvèrent de rares mais sinistres exemples. Ces malheureuses âmes tombées dans le désespoir ne savaient plus se retenir, combattaient avec les ennemis du nom chrétien, et se servaient de la connaissance qu'ils avaient eu des lieux où étaient cachés les trésors des églises pour les signaler à la rapacité de leurs nouveaux amis, et il n'y avait pas de fauteurs plus zélés de toutes les destructions possibles. Ce peuple détestable était parvenu à se 6xer en certaines localités avec ses femmes et ses enfants qui, habituellement retranchés dans les îles conquises, les suivaient quelquefois dans leurs courses pour y trouver de nouveaux établissements. Jusqu'à ce qu'ils en eussent rencontré, ils signalaient leur passage par les traces lamentables du sang et dès incendies. C'est ainsi qu'ils avaient fait sunooi en vcDdé*. de la malheureuse Vendée une affreuse solitude, y renversant tout, n'y laissant que le silence et la destruction. Là,
il n^était pas rare de rencontrer sur les routes désertes, dans les ruines des demeures agrestes, ou dans les murs des châteaux démolis et brûlés, des squelettes dépouillés de chair par les bétes, ou des cadavres encore palpitants sous les serres des oiseaux de proie («). Ces horreurs inspiraient Pindignation de toutes les classes. Charles le Chauve y trouvait un trop juste motif de la haine générale, et Hincmar, le célèbre archevêque de Reims, ne craignit pas d'en faire, dans une lettre éloquente, le sujet de repro* ches amers, se plaignant à la fois à ce prince et de son peu de courage et de la lâcheté de ses soldats (6).
BrnaauiredeNoir- Ou croirait CCS récits cxagérés s^ils ne se redisaient pas tenV ' à cette triste époque dans tous les chroniqueurs, qu'il est
encore possible de consulter et d'après lesquels nous écrivons. Parmi eux, nous devons mentionner surtout Ermentaire, que nous verrons abbé, en 860, des moines errants de Noirmoutier, et qui fut de toutes leurs transmigrations. Il écrivit, et pour ainsi dire jour par jour, ce qu'il voyait de ses yeux et souffrait dans son cœur des malheurs publics et des infortunes de ses frères. On lui doit ainsi une histoire de toutes les translations de saint Filbert, auxquelles il avait assisté depuis 836 jusqu'en 863. U la composa en deux livres, où il proteste ne rien avancer dont il ne soit témoin oculaire ou qu'il n'ait appris de personnes dignes de foi. Aussi rëgne-t-il dans sa narration un air de simplicité et de candeur qui devient une preuve de sa sincérité. C'est au milieu de ces récits qu'ayant abandonné l'intention, d'abord conçue, de raconter les malheurs de la France en un ouvrage particulier, il introduisit certains passages qui nous en font connaître des particularités émouvantes. L'écrivain, en maints endroits, se montre homme de goût, et il ne manque pas d'un
(a) Sulm, Hist. du Danetnarck, I, 2!M); *- Ferrera, Hist. d'Espagne, in h. ann.
{b) Hincmar de Reims, Epist. iv ad Carolum Regem; apud Bouquet, Rer. GalL, t. VU, 52?.
Style qui vaut mieux que celui de son temps. Il déplore souvent, avec un sentiment de douleur qui attache à son livre, ces secousses violentes que subit cette belle Gaule, dont les richesses, les sttes et la foi religieuse semblaient s'effacer sous les larmes qu'ils lui faisaient verser (a).
Un autre abus de ce temps, qu'une date précise nous ^^u^^^^^^ signale ici avec un tempérament partiel qui y fut apporté, troublait souvent la paix et le bon ordre, qui est pour les monastères le premier élément de la vie commune. Il avait fallu, que dés les commencements de la constitution de TEglise, la régularité des maisons religieuses, abbayes, prieurés ou paroisses, fût assurée par des visites faites annuellement ou à diverses époques déterminées pour chacune. Ces visites entraînaient toujours des frais considérables de déplacement et de voyages : il était juste qu'ils fussent supportés par ceux qui en profitaient le plus. Ainsi les évêques et autres visiteurs qui pouvaient les représenter pour cette fonction pénible et laborieuse, puis leur suite obligée et les équipages qui devaient les accompagner, avaient des droits de visite connus sous le nom de pastj de gîte, c'est-à-dire qu'on était tenu à les nourrir et à les loger pendant la durée de la visite, qui, d'ailleurs, ne devait pas dépasser certaines limites déterminées par le droit. De telles réceptions étant certainement onéreuses selon que le supérieur avait une suite plus nombreuse et des équipages plus considérables en voitures et en chevaux, c'était une raison légitime pour que les visites ne fussent ni multipliées ni prolongées à l'arbitraire ; et cependant on se plaignait ^ beaucoup que les évêques, archidiacres et autres dignitaires ecclésiastiques cherchaient en cela plus leurs commodités et leurs intérêts que ceux des communautés de leur juridiction. Ce fut la cause de réclamations faites au concile maét d» eooens de Thoury (25) par Hérard, archevêque de Tours. Ce concile confirma les exemptions de l'Eglise de Saint-Martin, que ses
(a) ChUDet, Histoire de Taumus, t. LXX et suiv. ^ Mabillon, Annal. Bened., V, 537-576. — D. Rivet, Hist. littér., V, 315.
de ThMry à « sujet.
dt Pépin.
privilèges particuliers avaient dés longtemps exemptée dé
ces charges en Fhonneur du saint thaumaturge des Gaules.
Lei Chapitres com- Mais Une autre faveur qui n'était qu'un retour à la primitive
menceni à é[ire iM ^ ^ *^
éYêqws. coutume donna aux chanoines de la môme métropole le
droit d'élire l'Archevêque après chaque vacance du siège («). C'était une dérogation que déjà faisaient juger nécessaire les difficultés d'avoir la paix et la dignité en des assemblées devenues trop nombreuses; mais cette exception ne se généralisa qu'au xii* siècle par le dixième concile de Latran (28). Nous remarquons ici cette pratique parce qu'elle nous apparaît pour la première fois, et quant aux abus relatifs aux visites des communautés, ils étaient de mise partout, et excitèrent bien ailleurs des réclamations non ïnoins fondées.
^NoBTcUe tnhiflOD Mais voici que les Normands allaient étendre de plus en plus leurs ravages dans notre malheureux pays, où il semble que rien de pire ne pouvait arriver; et cette fois ses infortunes lui vinrent de celui qui aurait dû les combattre et les repousser. Nous avons vu Pépin s'allier à eux sans beaucoup de fruit, invoquer leur intervention dans sa querelle, et ne réussir qu'à s'attirer de plus cruelles avanies. Un second crime du même genre ne devait pas lui devenir moins funeste, et ne s'y ajouta enfin que pour sa perte. Toujours retiré en quelque forteresse de l'Aquitaine, et y guettant les événements qui lui permettaient de reprendre l'offensive, il se sentit assez dépourvu de dignité pour songer à se faire une fois de plus un moyen d'action des lamentables épreuves de sa patrie. Il s'entendit au préalable avec des seigneurs aquitains qui avaient déjà eu la lâcheté de se jeter dans les hordes étrangères, et ménagea par eux avec celles-ci une alliance formelle qui les posait à la tête de leurs armées, tirées cette fois de la Gascogne, et devait l'aider à conquérir le sol qui le repoussait. Ce dut être, comme le fait observer avec raison un de nos modernes
(a) Chalmel, TableUes chronol. de Touraine, p. 50.
écrivains («), un étrange spectacle qu'un prince chrétien de la race de Charlemagne guidant à travers les campagnes de sa patrie des pirates qui n'avaient jamais su que les piller, et dévastant avec leur secours le royaume que ses excès avaient dégoûté de lui. Il faut croire que les âmes dégradées ne sont plus capables d'aucune prudence, pour qu'elles puissent en arriver à ce degré de perversion. Ainsi, une fois lancé dans cette voie, l'indigne prétendant ne recula devant aucun excès. Poussé par une aveugle colère, il ne travaillait pas tant pour un trône perdu sans retour que . 1
pour sa propre vengeance. Ce sentiment le porta d'abord À
à parcourir le pays effrayé, traînant à sa suite un mélange ^j
d'hommes du Nord et d'indigènes, et s'efforçant par la terreur :i
d'enlever au parti du jeune Charles tout ce qui lui restait |
attaché. Mais il avait un objectif de haute importance; ii assiège et prend '% prendre Poitiers, s'y établir, et de là disposer tout, en |
sûreté et à l'abri, pour la ruine de cette frontière qui étant |
la clef de l'Aquitaine était la position la plus souhaitée |
et aussi la plus utile de son plan. Il quitta donc le j
Périgord, s'en alla en ligne droite vers son but en jetant ;î
sur sa route, à travers le Limousin et le Poitou, le carnage |
et la dévastation. La fureur de ses troupes, qu'il poussait à l'extrême au souvenir des longs mépris et de la répulsion qu'on y avait montrée pour sa personne, secondait sa vengeance, et plus l'acharnement fut grand contre elle, plus elle fut impuissante à résister. En vain les troupes de Charles le Chauve étaient venues, sous sa conduite, s'opposer à cette brutale invasion. Pépin commença par les battre, et ce ne fut qu'après les avoir mises en fuite qu'il se tourna vers les murailles de la cité pour les prendre et les renverser (6). L'assaut fut donné et se termina par une victoire de ces bandes indisciplinées, qui n'épargnèrent rien
(a) La Fontenelle, Rois et Ducs d'Aquitaine, p. 306.
{b) D. Bouquet, Hist, Rer. Gall., VII, 523 ; — Anml. Berlin.; — Annat. Fuldens., in h. aon.
pour la compléter à leur manière. Il eut en ces circonstances, où la fortune des armes semblait lui revenir, la preuve qu'il aurait mieux traité ses affaires s'il eût su y mettre depuis longtemps plus d'énergie : mais rien justifiera-t-il jamais devant la postérité cette inique connivence d'un prince français avec les destructeurs de son propre pays? Ce crime est un de ceux qui devaient recevoir bientôt une punition qu'heureusement la Providence ménage presque toujours en ce monde à ces grands fléaux de l'humanité.
Mort de l'éTêqoe Un des tristcs épisodes de ce siège fut la mort de l'évêque Hébrouin. On n'a pas de détails sur cet événement qui priva l'Eglise de Poitiers de son premier pasteur .et ajouta un grand deuil à celui qui apportait de si tristes désastres. Nous avons vu qu'il avait fait ses preuves pour le service de l'empereur, auquel il était toujours resté attaché dans ses différentes fortunes. Sans doute, il se sera porté à la défense de la ville attaquée soit dans son sein même pendant l'invasion, soit à ses abords pendant quelque sortie malheureuse, peut-être aussi aura-t-il été trahi par quelques-uns des afïîdés que Pépin n'avait pu manquer de se faire dans Poitiers, et que dfes intérêts plus ou moins graves attachaient aux siens. Tombé ainsi sous la main des Barbares, il aura payé de sa vie le malheur d'avoir refusé au prince rebelle le secours et l'autorité de sa position. Cette conjecture se fortifie en lisant l'épitaphe du prélat, où l'on parle de sa mort arrivée le 18 avril 858 comme d'un crime dont Poitiers ne pourra jamais se consoler. Ceci vient à la décharge des Poitevins, que Boùchet et d'autres accusent d'avoir tué le pontife. On ne saurait pourquoi ses restes furent déposés dans l'église de Notre-Dame-horsles-Murs, qui, au siècle suivant, devint l'abbatiale de Saint- Cyprien. La sépulture contenant encore les ossements du prélat fut découverte dans cette église vers le milieu du XVI® siècle : on y lisait l'épitaphe dont une fausse interprétation avait fait croire, d'après Bouchet lui-môme, à une
OfBcédacbADcdiér royal à ceue époque.
Episeopit d'Inge- Dakl, XLIU* £v«qii0
mort violente dont les habitants de Poitiers auraient eu à se disculper devant l'histoire (27).
Nous avons vu qu'Hébrouin avait été à la fois évoque de Poitiers, abbé de Saint-Hilaire, de Saint-Germain des Prés, de Saint-Maur-sur-Loire, et archichapelain de Charles le Chauve. Duchesne Ta rangé parmi les chanceliers de France. Cette dignité n'était pas encore la première parmi les oflSciers. du roi, comme elle le fut depuis Philippe- Auguste ; mais elle donnait avec le prince des rapports de chaque jour : ce dignitaire était chargé du sceau royal qui servait toujours à l'enregistrement des actes authentiques. Aussi arrive-t-il en plusieurs chartes de ce temps qu'Hébrouin reconnaît avoir lu avant d'apposer sa signature, qui sert de contre-seing à celle de l'empereur.
Le siège épiscopal de Poitiers ne tarda pas à être occupé par Ingenald, dont on ne sait ni les précédents ni aucune dëpoiuen, action qui le signale à notre intérêt. Nous le trouverons en quelques Conciles, jusqu'à 871, où l'histoire le perd de vue pour nous intéresser à un successeur qui ne manquera pas tfune certaine célébrité.
En retournant dans l'Orléanais après sa déconvenue, Charles le Chauve apprit que les Normands, qu'on trouvait partout parce qu'ils abordaient la France par toutes les rivières et l'attaquaient de toutes parts à la fois, s'établissaient dans l'île d'Oissel (28), sur la Seine, aux environs de Pontde-l'Arche (29), et qu'ils en faisaient une de leurs places fortes, comme ils avaient fait de l'île de Noirmoutier, dans POcéan, et de celle de Biesse, dans la Loire. Ce nouveau poste menaçait également tous les environs de Paris, et déjà Saint-Denis avait été obligé de se racheter pour de grosses sommes, au risque d'être bientôt rançonné encore, et le jour même de Pâques 858, Saint-Germain des Prés éprouvait le même sort. Ce fut une difficulté de plus dont Charles reconnut bien vite les conséquences. Il fallut donc agir sans retard, et se porter contre ces hôtes d'autant plus audacieux qu'on les avait soufferts jusque-là plus volontiers
Chirtes It Chanva M porta contre ks Normandi.
et qu'ils se sentaient chaque jour plus affermis sur le sol de la France. Charles appela à le suivre dans cette campagne les grands de TAquitaine qui lui étaient restés dévoués, et les chefs préposés par lui à ces forces réunies hâtivement furent Geoffroy I®% comte de la Marche limousine, petit-fils de Roger, le fondateur de Charroux ; puis, coname chef en second, le vicomte Turpion, fils du seigneur d'Aubusson que nous avons vu pourvu du comté d'An- II est trahi parles goulêmc cu 839 par Louis le Débonnaire. Mais comme
chefs de SCS troopej, vi •x n n n • i ax ^ • j i
S il eut fallu que rennemi trouvât toujours dans les. discordes civiles un moyen très sûr d'échapper à toute opposition sérieuse, pendant que Tempereur commençait ce mouvement, les grands de la Neustrie et de l'Aquitaine, songeant encore à leur indépendance, et désireux d'en jouir dans les duchés et les comtés dont ils avaient acquis l'investiture, s'étaient entendus avec les Bretons et Louis le Germanique. Ils députèrent à celui-ci, vers le milieu de l'année 858, deux seigneurs de haute condition pour le prier de secourir leur pays contre la tyrannie de son frère Charles, devenue insupportable à ses leudes et à leurs sujets. Ils alléguaient ses cruautés contre les plus hautes personnes de sa dépendance, son peu de franchise dans ses rapports avec tout le monde, son indifférence à les défendre contre les infidèles. Ils déclaraient qu'ils étaient décidés à s^adresser à ceux-ci pour les délivrer de ce joug, si lui, l'empereur, à qui toute justice suprême était dévolue en pareilles extrémités, refusait de les gouverner enfin, et de prendre la place d'un prince qui manquait également de valeur et de capacité.
Us Nonnands en Pendant quc se tramait cette conspiration si active , le
proflieni puur étendre . i t-i , ■ ,, i -i i*xi
leurs ravages, roi dc France s'en était allé placer son camp devant rlle
d'Oissel, sur les bords de la Seine, et presque à son embouchure, en face de l'une des places d'armes des Danois. La présence de cet apparat militaire ne les empêcha pas de continuer leurs ravages aux environs de Paris; ils enlevèrent l'abbé de Saint-Denis, qui était un
petit-fils de Charlemagne ; ils pillèrent de nouveau les
abbayes, qui naguère s'étaient rachetées par d'énormes
rançons, et rentrèrent au camp pendant les pourparlers de
trois jours entre le roi des Francs et le chef des maraudeurs.
Alors un épisode inattendu vint suspendre les hostilités jecSÏÏÎfqtte.^"**
qui ne pouvaient manquer de s'engager. Le roi vit tout à i
coup apparaître dans son camp deux parents sur lesquels
il n'avait jamais compté en de telles conjonctures. Pépin et
son compétiteur le jeune Charles, voyant que les peuples
de leur territoire disputé reconnaissaient pour roi Louis le
Germanique, s'étaient réconciliés. Un traité nouveau avait
été fait entre les seigneurs et Pépin, pour lequel on lui
reconnaissait plusieurs comtés de l'Aquitaine et beaucoup
(Tabbayes dont il devait toucher les revenus à titre d'abbé
laïque ; et dès lors il avait cru que, n'aspirant plus à la
royauté, il pouvait venir se confier au roi de France et r^
mériter sa faveur en s'unissant à ses efforts. Quant au
jeune Charles, il lui semblait naturel de revenir auprès de
son père et d'y oublier un trône qui n'avait eu rien que de
fictif. Ce n'était point le cas de les mal recevoir. Charles Pépin en pronia
. - , ., ,, . pour chercher une al-
pouvait les employer utilement a sa cause, et il ne put qu y i»«»ceaTeciiii. être engagé d'autant mieux par l'arrivée du roi de Lorraine Lothaire, qui, appelé par lui, amenait à la hâte à son camp des troupes auxiliaires non moins intrépides que fidèles.
Ici nous ne suivrons pas les longues et fastidieuses péripéties nées au milieu des événements publics de la politique versatile et de la pusillanimité de Charles le Chauve. Laissons-le successivement aux prises avec des ennemis qui poursuivent sa porte et des alliés qui le trahissent; abandonnons-le à son système sans portée de gouvernement irrésolu, tantôt combattu ou secondé par les mômes leudes qu'il a aveuglément comblés de bienfaits ou maladroitement mécontentés. D'autres événements nous appellent en Aquiquitaine, où de grandes scènes vont ménager à ses affaires la fatale issue vers laquelle il se précipitait depuis si longtemps.
poiiuqneehréuenne Toutefois, indiquons, avant d'arriver à ces derniers efforts de ce temps. justement déçus, un fait qui, tout en donnant une nouvelle
preuve à la faiblesse impériale, nous fournit aussi sur les idées politique de ce temps, une remarque à ne pas dédaigner vis-à-vis du nôtre.
Charles, en effet, qui avait eu à lutter contre, tant de mauvais vouloir et de perfidies, indiqua un concile à Toul (30) pour le 14 juin 860. Il s'y plaignit amèrement d'avoir vu oublier contre lui toutes les lois de la monarchie, et cela sans avoir subi le jugement des évêques, qu'il eût regardé comme celui de Dieu (a). Il est certain que ce fut là une pitoyable scène qui ne dut pas donner une plus grande confiance que tant d'autres en la dignité ferme d'un roi qui s'humiliait au lieu de punir sévèrement des serviteurs qui s'étaient faits gratuitement ses ennemis. Nous avons cependant à observer dans ce discours que le prince, invoquant les usages de la monarchie, reconnaît que son autorité royale venait des évoques, et que les rois jusque-là, selon les coutumes de la nation franque devenue chrétienne, ne trouvaient leur titre que dans l'élection méritée au jugement de l'Eglise, ou révoquée par Elle selon qu'EUe le jugeait convenable au bien de la dation. C'est une réponse péremptoire à tant d'exclamations injustes de la politique moderne, qui, jugeant tous les siècles d'après le nôtre, regarde que la pensée de Dieu n'a rien à faire dans les choses humaines, et jette hypocritement à la religion le reproche d'avoir dominé ces rois que la révolution assassine aujourd'hui.
(a) V. sur ce fait tous les annalistes du temps, et Labbe, ConcU,, ad ann. 859.
NOTES DU LIVRE XXXll
Note 1
La Fontenelle s'étonne que ces domaines soient indiqués dans la charte de Charles le Chauve comme étant les uns dans le comté de Poitiers, et les autres dans les comtés d'Herbauge et de Thouars. n aurait pu s'étonner moins, s'il eût bien compris le texte : Quœ omnia siia sunt, y est-il dit, in comitaiu Pictaoorunij sioe Toarcensinum, sioe Herbadilii. Ces deux derniers mots ne doivent pas être regardés ici comme des régimes de Comitatu, mais comme une simple indication des pagi où ils se trouvaient dans le Poitou.
Note 2
On appelle mas, dans l'Aquitaine, du latin mansa, employé daus la charte originale, une exploitation à quatre bœufs. Une ferme de huit bœufs avait donc le double d*étendue que celle de quatre, et ainsi de suite.
L'Absie, Assiaeum, Abscia, bourg de 1,400 âmes, dans le canton de Moncoutant (Deux- Sèvres), qu'avoisine la forêt de ce nom.
Note 4
Les propriétés, comme les églises, se divisaient par moitié^ ou iieree, ou quarte partie, quant aux donations qu'on pouvait en faire : c'est-à-dire qu'on cédait une telle portion du revenu en l'appliquant à une autre personne que le donataire principal. C'est ainsi qu'il faut entendre dans les chartes ces termes souvent employés de la moitié ou du tiers d'une église ou d'une propriété rurale.
Note 5
Et prœterea Mansaa hortoa et villas aszuetaa. (Besly, Comtes de Poict., p. 170.)
Note 6
Asnières est aujourd'hui une commune de 550 âmes, du canton de Brioux (Deux-Sèvres), et réunie pour le spirituel à Paisay-le-Chapt, du même canton.
Note 7
Prinçay, Priseiaeum, qu'il ne faut pas confondre avec Sainte- Madelaine de Prinçais, dans le canton de Vouneuil -sur- Vienne, arrondissement de Châtellerault, et qui, après avoir été une cure du Chapitre de Poitiers, abolie en 1792, est redevenue paroisse en 1852. — Ce Prinçay du Loudounais a 500 habitants.
La Mable prend sa source au Sud de Prinçay, dans la paroisse de Berthegon, arrose, en remontant vers la Touraine, Richelieu, et va se jeter dans la Vende près de Champigny.
Note 9
Batresse, Baterezia, ancienne commune faisant partie de Farchiprètré de Lusignan, réunie à Château-Larcher en 1545. C'est maintenant un simple village du canton de Vivonne, peuplé d'une centaine d'habitants. Elle était de la viguerie de Vivonne en 936, et appartenait à Ôaint-Cyprien. Nous en avons parlé déjà ci-dessus, tom. I, p. 346.
Note 10
Mauléon est aujourd'hui Châtillon-sur-Sèvre, chef-lieu de canton de l'arrondissement de Bressuire (Deux-Sèvres). Nous en parlerons plus au long, aussi bien que la famille de ce nom, ci-après, sous l'année 879.
Note 11
Le Mertial, ruisseau qui prend sa source à Saint-Mandé, près de Loudun, et va se perdre dans la Vienne, à 4 kilomètres à l'Ouest de Chinon (Indre-et-Loire).
Note 12
Véziers fut d'abord Verrières, ensuite Varezia, Verreria, puis Vézière en 1520, et enfin Véziers, qu'il garde aujourd'hui ; bourg de 700 âmes, dans le canton des Trois-Moutiers.
Note 13
Viearia VareciasensiSj que La Fontenelle {Mém. des Antiq. de VOuest, V, 419) traduit par la viguerie de Verrières. Or, ce mot Verrières pourrait faire confondre ce lieu avec celui appelé Verrières dans le canton de Lussac-les-Châteâux, qui, en effet, est originairement le môme nom, mais ne se trouve pas dans le Loudunais.
Note 14
La Maine, Flavius Menia en 1.115, est un modeste ruisseaa qui prend sa source au hameau de Civené, commune de Vézières, sépare la commune de Beuxe de celle de Seuilly (Indre-et-Loire), et se jette dans le Négron, sur le territoire de cette dernière commune.
Note 15
Velluire, Velluirium, Voloirium, Velvirium, et autres noms J
variés de ceux-ci, bourg du canton de Fontenay (Vendée), avec une '%
église paroissiale dépendante de l'abbaye de Maillezais, puis de H
Pévéché de Luçon, et enfin de Saint-Cyprien de Poitiers. Ce lieu a ^|
des titres de 1217. Cependant l'abside de son église est romane; le \^
boarg a de 6 à 700 habitants. ' i
Note 16 1
Brillac, Brillacum, qu'on a confondu avec un autre lieu du même ';
nom du canton de Confolens. Celui-ci a semblé préférable, à cause de sa position. géographique, et avec raison. C'est un très petit ;
hameau de quelques feux. Nous verrons en 893 un fait militaire qui i
se rapporte en Angoumois à un lieu de même nom qu'il ne faudra plus confondre avec celui-ci.
Note 17
Ce second rang parmi les enfants de Charles le Chauve lui est donné par VA ri de vérifier les dates.
Note 18
Petit-Moulin, Molendinulum in flumine Auzaneia, Ce lieu, qu'on appelait ainsi en 1090, avait déjà ce même nom, on le voit, à l'époque où se donna cette bataille. Les historiens ne l'indiquent pas, mais l'ancien évoque d'Orléans, M^' de Beauregard, très Irersé dans les antiquités du pays, et à la famille duquel appartenait autrefois le village, a très bien conjecturé que cette rencontre devait avoir eu lieu en cet endroit, car les Barbares avaient suivi sans doute l'ancienne voie romaine de Nantes à Poitiers, qui traversait l'Âuzance à 2 ou 300 mètres au Nord de Moulinet. Ce village, d'une centaine d'habitants, appartient à la commune do Migné, canton Nord de Poitiers. La charte de 1090 que nous citons plus haut constatait une donation, faite vers ce temps-là à l'aumônerie de Saint-Cyprien, de ce moulin et des prés et terres, cultivées ou non, qui lui atteaaient,
moyennant une redevance annuelle de deux 80us, payable à la Toussaint. Ce traité était passé avec Tagrément d'un Maingot de Melle., sans doute de la famille des vicomtes, dans le fief duquel était situé ie Peiit'Moulin. (V. Redet, Diction, de la Vienne, p. 285; — Cartul. de Saint-Cyprienj p. 47.)
Note 19
Quiercy-sur-Aisne. Il ne faut pas confondre cette assemblée avec deux autres tenues au même lieu, Tune en 853 et l'autre en 857. De ces deux dernières, la première fut un véritable concile où les évéques traitèrent surtout des matières de la grâce en opposition à l'hérésie de Gothescalc ; nous verrons bientôt le motif et les actes de la seconde, qui fut une confirmation de celle de 855 dont nous parlons ici.
Note 20
Sur ce point de droit international, voir Daniel, Hist. de France, II, 359 et suiv. L^historien a parfaitement établi la distinction que
nous indiquons ici.
Note 21
I^ Lorraine, Lotharingia, alors bien plus considérable que depuis, et contenant en plus grande partie le pays qu'on appelait VAlemanie, qui forme une partie de l'AUemagi^e actuelle.
Cette mesure était une nouvelle affirmation des coutumes qui étaient alors établies dans le droit commun, mais que dominait souvent la loi nouvelle faite par le roi pour toute l'étendue du royaume.
Note 23
Baisieux, Bacium, Baeimum, dans l'Amiénois; n'est plus qu*ua village de quelques feux.
. Note 24
Neaufle, Neqfla, Niefla, bourg de Seine-et-Oise, ancienne maison royale, près de Mantes, de 8 à 900 habitants.
Note 25
Thoury, Turiaeum. Cet endroit est difficile à déterminer, ce môme nom se reproduisant plusieurs fois dans un rayon plus ou moins rapproché de la Touraine, mais en dehors, semble-t-il, de la juridiction métropolitaine. (V. les Tablettes de l'kist. de Touraine, par Chalmel, p. 51.)
Note 26
Cette assemblée fut un concile général et inaugura l'époque où ce mode d'élection devint habituel. Encore le canon 28 défend-il aux chanoines d'exclure de l'élection les religieux du diocèse. (V. Labbe, wi h. loc, et Fleury, lib. LXVm.)
Note 27
Voici le texte de cette épitaphe, gravée sur son tombeau qu'on avait retrouvé, dit Bouchet (Annales d'Aquitaine, ad ann. 563), dans l'église de l'abbaye de Saint- Cyprien de Poitiers :
Triste vix unquam poterit dimittere erimen
Pictavis, magni Prœsulis interitu Maii septenis Hebroinus birque Kalendis
Pontificalis apex estra superna petit Hilarius sanctu^, Germanus quem habuere
Âbbatem, Âugusto hoc jacet in tumulo.
Ces mauvais vers ont prêté à une équivoque, et le sens du petit poème n'en reste que plus embarrassé. Le sens que nous préférons semble résulter des deux premiers vers. C'est sur le verbe deponere qu'on a surtout discuté; mais, soit que deponere erimen signifie, dans la pensée de l'auteur, oublier le crime, ou s'absoudre du crime, on en peut conclure que ce crime peut être un sujet de deuil ou de repentir; l'un n'empêcherait pas que le prince n'eût été coupable ; l'autre laisserait la pensée qu'il aura trouvé des complices dans cette ville où il avait à la fois des partisans et des ennemis. (V. Dreux du Radier, I, 19. — Besly, Eoesques de Poict., p. 21. — Manuscrits deDufour, Appendice du lib. II; — mihi, p. 52. — Bouchet, AnnaL d'Aquit., f<» 39 bis.
Note 28
Oissel, ile de la Seine, réunie depuis longtemps à la terre ferme «UT la rive gauche du fleuve, à 2 ou 3 lieues de Rouen (Seine-Inférieure). Elle a 3 ou 4,000 habitants.
Note 29
Pont-de-l'Arche, Pons-Areuensis, Pistœ, est une petite ville de 1,500 âmes du département de l'Eure, au confluent de cette rivière et de TAndelle dans la Seine.
Note 30
Toûl, Tullum Leueorunij ville considérable de Tancienne Gaule, dans la première Belgique devenue la Lorraine. Elle est sur la Moselle, chef-lieu de sous-préfecture du département de ce nom, peuplée de 8,000 âmes, et fut longtemps le siôge d*un évèché fondé au iv^ siècle qui relevait de la métropole de Trêves, et fut incorporé au diocèse de Nancy en 1790.