‹ Histoire générale civile, religieuse et littéraire du Poitou. 3Chapitre 5 sur 25 · LIVRE XXXIII · texte numérisé non relu

LIVRE XXXIII

Depuis la reprise des hostilités de Pépin II, jusqu'à sa mort

(De 860 à 865)

A paix était donc revenue dans la famille des princes. Tous étaient d'accord et s'étaient engagés par des traités à respecter leurs droits mutuels, et les seigneurs répondaient à ces vues pour la paix publique en gouvernant en Aquitaine et en France d'après les règlements accoutumés et les lois de chaque pays. C'était pour réparer autant que possible les maux de la guerre, vivement exprimés par les réclamations des victimes, qu'un concile fut indiqué par Charles à Thuzey (1), près de Vaucouleurs(2), au diocèse de Toul. Les pillages, les parjures et autres crimes devenus si communs y furent entre autres l'objet de cinq canons que souscrivirent cinquante-huit évoques, quoique quarante seulement y eussent assisté. C'est ce qu'explique la signature d'Ingenald, évéque de Poitiers, qui, sans doute, n'avait pu franchir, pour s'y trouver, l'énorme distance qui séparait Toul de son diocèse. C'était l'usage alors d'envoyer à un certain nombre de prélats les décisions des Conciles tenus loin d'eux, afin de donner à ces actes une plus grande notoriété ; mais il y a cela de

Concile de Thnzey.

Robert le Fort.

remarquable que, puisque Ingenald signe en 860 un acte authentique, son prédécesseur Hébrouin ne pouvait pas avoir siégé jusqu'en 863, comme quelques-uns Font soutenu à iorUa).

de^/rti**<»Blre*u! Reprenons la suite des événements. Dans ceux qui Frwice. précèdent, il y avait un homme dont la part avait été grande

en tout ce qui s'était fait : c'était Pépin, qui pourtant ne se trouvant plus en sûreté dans un milieu où il i^'était plus le maître, s'était réfugié en Bretagne, où il savait que Salomon avait des projets contre la France. Et, en effet, étant sorti du pays à la tête de partisans qu'on lui avait confiés, il obtint des avantages sur les limites de la Touraine, du Maine et du Poitou. Il s'avança même dans l'Aquitaine, où il reprit son rôle d'ennemi, et fit beaucoup de mal en dépit du récent traité qu'il avait conclu devant Oissel avec son .nude oncle. L'histoire nous apprend que Robert de France, dont nous parlerons bientôt plus au long, et qui était aussi en Armorique, avait pris part à cette dernière course sur le territoire de Charles le Chauve. Cette position de Robert à l'étranger, et la part qu'il prenait à ces hostilités contre la France, s'expliquait par cela que, étant devenu beaufrère de Pépin !«', roi d'Aquitaine , il avait embrassé après la mort de ce prince la querelle de Pépin II, son neveu, privé du royaume d'Aquitaine par Louis le Débonnaire. Pépin II étant passé en Bretagne, Robert l'y avait suivi, l'y assistait au besoin, et le secondait à la tête des Bretons dans ses excursions contre la France. En une de ces rencontres, Charles s'était porté à la défense de son pays, et, selon ses mémorables habitudes, il fut battu et obligé de se créaiion (wnr lai retirer {bh Mais par une singularité qui ne pouvait entrer e rance. ^^^ ^^^^ j^ dcstinéc dc cct étrange monarque, il avait remarqué la bravoure de Robert, et il crut dès lors possible autant qu'utile de le ramener à lui. A la vérité, c'était une

(a) Art de vérifier les dateSj IX, 55.

(b) Dom Vaisselte, HiU. du Languedoc, ad h. ann.

idée de bonne politique de séduire ce seigneur, Français d'origine, et de s'en faire un serviteur dévoué par Tattrait d'une haute position , tout en l'obligeant à la défense d'une portion importante de son territoire. Il y avait donc eu des négociations, ménagées par deux seigneurs, Gontfroi et Goslroi, délégués par Charles et porteurs de ses propositions d'arrangement. Le but du monarque ne fut pas tout à fait dividguô d'abord. Il ne proposa par ses deux envoyés qu'une position avantageuse à sa cour. Mais, depuis quelque temps, le trouble régnait dans tout le pays entre la Loire et la Seine, que les Normands envahissaient de préférence, comme un centre qu'ils ne conquerraient pas sans s'y établir définitivement. Charles songeait à y former un comté spécial pour en assurer la défense, et son but, en ménageant sa réconciliation, était de lui confier cette belle charge. La négociation réussit. Robert fut flatté de ce haut emploi , et cette création d'une dignité importante fut sanctionnée l'année suivante à une diète tenue à Compiègne. Ainsi fut créé ce duché de France, qui comprit tout le Nord des Gaules jusqu'à la Loire, mais dont les seuls comtés de Paris et d'Orléans obéirent immédiatement au Duc, et formèrent un territoire d'environ quarante lieues de long sur trente de large. Nous verrons cet apanage réuni à la couronne en 987, lorsque Hugues Capet, arrière-petit-fils de Robert, montera sur le trône. Ce fut le premier exemple de l'adjonction d'un grand fief au domaine royal , qui plus tard devint le siège de toute la monarchie (a).

Ce Robert, que sa bravoure et .ses instincts militaires ,J<^f. vrhmtuu je avaient fait surnommer le Fort, n'était donc autre que le chef de la troisième race de nos rois, laquelle devait, à la fin du siècle suivant, commencer avec éclat sous le nom de Hugues Capet. Sans prévoir qu'en acceptant sa charge il franchissait le premier degré qui conduisait au trône sa descendance, il devina quels services il y pourrait rendre à

(a) Cf. Li^e des grands fiefs de la Couronne, dans V Annuaire historique, 1839, p. 991.

Uu\i\\t.

sa patrie. Il prêta au roi le serment de fidélité, se chargeant en même temps de protéger les frontières françaises de la Bretagne contre toute entreprise de ce pays et de ses chefs. Plus tard, ayant eu le comté d'Anjou, Robert le Fort fut aussi surnommé V Angevin. Il fut père d'un autre Robert que nous trouverons contre Charles le Simple, compétiteur à la royauté, et aïeul de Hugues, qui l'obtint en 987. Quant à ses ancêtres, plusieurs systèmes ont divisé les généalogistes; mais sans nous arrêter aux divergences qui le faisaient, soit par les uns fils du comte d'Auxerre Conrard, par conséquent frère de l'impératrice Judith, soit par les autres issu des anciens ducs de Bavière, il vaut mieux croire, paraît-il, avec les Bénédictins de VArt de vérifier les dates (A) et de graves partisans de cette opinion, qu'il était fils de Théolbert, comte de Madrie, dans la Neustrie orientale, et tenait par conséquent aux branches de Charles- Martel et de Pépin d'Héristal (*). Quoi qu'il en soit, par ses fonctions mêmes, Robçrt, devenu duc de France, était préposé au commandement général de cette contrée appelée France par excellence, et son titre de marquis, dont il eût usé puisqu'il avait la garde de la Marche française et bretonne, fut absorbé, selon la coutume, avec celui même de comte, dans la plus élevée de ces dignités, n se lignie contre Aussitôt rcvêtu do SOU Commandement, Robert tint à prendre une initiative qui montrât aux Normands à quoi ils devaient s'attendre sous son gouvernement dans sa province. Ces mécréants j comme le peuple les qualifiait alors, habitaient toujours en groupes nombreux les bords de la Loire aux environs d'Angers et sur les confins du Poitou. Le Duc n'eut rien de plus pressé que de les en déloger, afin de rendre la sécurité à ces contrées. Il les attaqua et leur fit perdre en partie leur position. Mais il n'avait pas assez de forces pour vaincre l'opiniâtre résistance de ces

(a) Tome IX, p. 209.

(h) V. ci-dessus, ad ann. %^% et Mauléon, Les Carlovingiens, II, 268 et sxàt.

intrépides brigands qui commençaient sérieusement à se trouver chez eux, et il attendit quelque prochaine occasion. C'est à cette époque, dit-on, sans pouvoir bien la préciser, que le monastère de Saint-^avin, bien défendu jusque-là, saTin. eut encore l'avantage de rendre inutiles les attaques des hommes du Nord. Le courage des moines et des habitants sut les repousser. Quand presque toutes les localités environnantes se voyaient saccagées, cette place était devenue un refuge pour les reliques de saint Maixent, de saint Florent, de saint Roncard, de saint Maur et de saint Martin d'Autun. Nous la verrons encore garder en d'autres circonstances sa réputation d'imprenable {a).

Quand se passaient ces faits si honorables pour la sainte maison, nos moines de Déas avaient aussi de cruelles émotions. L'abbé Hildebode, à qui Charles le Chauve avait été si favorable, était mort ; Avenius avait été nommé à sa place, et il dut veiller avec une sollicitude laborieuse aux reliques de saint Filibert, dont il était le dépositaire et le gardien. C'était toujours au prieuré de Loudun que ces précieuses richesses étaient environnées de soins et d'honneurs. Mais déjà de toutes parts s'ébranlaient de nouveau les hommes de prière et de solitude, obligés de soustraire les corps saints aux perquisitions incessantes des pirates no. La grande faveur dont Robert jouit à la cour excita bientôt la jalousie de ceux-mêmes qui avaient ménagé son retour en France, et les deux négociateurs dont nous avons parlé, Gontfroi et Gosfroi, ne résistèrent pas au dépit d'une déception. Ils s'étaient persuadé qu'en servant les desseins de Charles le Chauve, auquel ils avaient eux-mêmes conseillé d'attirer Robert, ils ne pouvaient manquer d'être pourvus du gouvernement que le roi lui avait secrètement réservé; ils ne craignirent pas de faire une bassesse en trahissant leur maître, et passèrent en Bretagne, où ils

(a) llabillon. Annal, Bened,^ ann. 8Gt.

(ft) Les Chroniques du temps.

SoUicUndeidêimûinastères de

EtdeMs.

Jaloasifs oonlic Aob^t le Fort.

offrirent leurs services à Salomon, qui se garda bien de les refuser (fl).

lîfniec Gî NÎrî Les Noruiands n^avaient jamais été si redoutables. Acclimatés en France par les concessions qu'on leur avait faitei^, ils paraissaient sur tous les rivages à la fois, et avaient ajouté aux trois stations qu'ils s'étaient faites 4 Biesse, à Noirmoutier et à Oissel, celle de la Camargue, magnifique position des plus fertiles de la Provence, et qui, par ses pâturages abondants, leur offrait d'immenses ressources pour leur cavalerie en leur assurant des courses fructueuses dans le pays (3). Cette multiplicité de rivages où ils abordaient et d'où ils partaient à volonté, les jetait sur toutes les terres où l'on se serait le moins attendu à dJcStfKS!!!!?"' ^^^ ^^^^' ^^ système adopté par les empereurs Louis le Débonnaire et Charles le Chauve étant de les payer poiu* se débarrasser d'eux, finissait par ruiner les trésors royaux et devenait bien plus onéreux que n'eussent été les dépenses sagement faites pour les combattre. Mais ces funestes générosités avaient leur contre-coup dans tout le pays des deux côtés de la Loire. Charles avait éloigné les saccageurs des rives de la Somme par d'énormes subsides, accordés en échange de promesses qui n'étaient jamais tenues ; mais ces subsides ne se trouvaient qu'à force de contributions excessives, levées sur les monastères, les églises et sur les négociants de toutes sortes m. Mais à peine avaient-ils quitté les environs d'Amiens, et annoncé leur départ pour l'Angleterre, qu'ils revinrent dans les environs de Paris, où se renouvelèrent toutes les violences et les profanations possibles ; et le roi, qui les payait pour se délivrer de leur présence, devenait toujours plus le jouet de leur perfidie. Même MT tes en- C'était de l'inhabileté au premier chef. Et ce qu'on n'aurait jamais cru d'une tête aussi mal organisée pour le gouvernement, c'est que l'ambition et les calculs étroits de

{a) Annal. Berlin. — Daniel, HUt. de France^ II, 407. (6) MauléoD, Les Carlovingiens, II, 269

fanU.

la vanité s'y logeaient avec cette incapacité même de les satisfaire. Par sa faute, les guerres de famille ne cessaient pas, ou renaissaient à peine éteintes. Pour n'avoir pas de rivaux, il usait de violence envers tous ses enfants, cherchait à supplanter son neveu Charles, qui, à la mort de l'empereur Lothaire, son père, avait reçu le royaume de Provence. Il envoya des troupes pour le détrôner à son profit, et eut la I honte d'abandonner son entreprise quand il vit que le duc I Gérard, tuteur du jeune roi, se préparait à lui résister en ' homme qui connaissait son devoir. Louis, l'atné de ses ^, . ,, ,. , ,

^ ' Déplorable état de

enfants, qu'on appelait déjà le Bègue, par suite d'une infir- l'Aquitaine. ; mité, fut aussi maltraité, et se réfugia en Bretagne, devenue I Tasile de tous les mécontents. C'était aussi que Pépin II I attendait une occasion de se montrer. Enfin, le roi compétiteur d'Aquitaine, Charles, soutenu par Etienne, comte d'Auvergne, et Ecfrid, comte de Bourges, et d'autres grands ! personnages, s'efforçait toujours de mériter l'estime des I Aquitains, dont beaucoup l'acceptaient assez. Mais des ! querelles de ménage le mirent en opposition avec son père. Désordonné dans ses idées comme dans ses actes, il avait osé, n'étant âgé que de quinze ans, épouser la veuve d'un comte Humbert, beaucoup plus âgée que lui. Le père s'y était en vain opposé, et déjà, à cette époque, le mariage était nul, par défaut de consentement des ascendants, outre que dans ce cas l'époux était encore mineur. Une courte réconciliation réunit pourtant le père avec le fils, qui sembla céder; mais bientôt après, le jeune prince, qui savait qu'en Aquitaine on était mécontent de son père, se sépara de lui pour y retourner et tenter de nouvelles chances en faveur de sa royauté («).

Avec une telle manière de gouverner, Charles le Chauve I ne faisait pas mieux le» affaires de la France que de l'Aquitaine. Il passa les fêtes de Noël au château de Ponthion, pendant que ses sujets des bords de la Seine et

(a) Manléon, U9 Carlov., p. 278 et svày.

ceux de la Vienne et de la Vendée n'étaient pas mieux gouvernés que ceux de la Gascogne et des autres provinces méridionales. Les ruines accumulées du Rhin à la Méditerranée n'étaient que le triste mirage de celles qui couvraient le sol du Poitou, où .tout le pays était désert, n'ayant pas plus d'habitants que d'habitations! Les soins d'administration que cette belle contrée aurait dû recevoir d'un gouvernement régulièrement établi ne pouvaient lui être donnés que par un prince obligé de se défendre plus ou moins mal de toutes parts. Néanmoins, certains événements de cette année s'accomplirent dans le Midi, où ils l'attirèrent, et nous ne devons pas les passer sous silence, parce que l'on y trouve des personnages dont l'influence doit bientôt agir sur notre propre pays.

Enir^prited'Ecfrid, Nous avous parlé Quelquefois de la Gothie, qui, séparée

mar.nifde S.piiina- i -j ^ 7 t i r

nie, cuiiira Tvuioa&e. de l'Aquitainc en 849, avait été érigée en marquisat. Le titulaire de cette dignité était, en 862, Ecfrid, qui avait été comte de Toulouse, et aspirait à le redevenir. Comme étant de la fannille de saint Guillamme de Gellone, il trouvait qu'étant comte il pouvait regarder sa position actuelle comme au-dessus de ses légitimes prétentions : d'ailleurs, quoiqu'au service de Charles le Chauve, il était secrètement attaché à Pépin. Il parvint donc à s'emparer de cette place au moyen d'intelligences qu'il s'y était ménagées, et en chassa le comte Raymond I", qui, en cette qualité, était duc de l'Aquitaine méridionale. Le roi de France n'hésita point à punir Ecfrid. Il le déclara coupable de lèse-majesté, le priva de tous ses titres, et, pour lui enlever tous secours du côté des Sarrasins, qu'il .s'était alliés dans son marquisat, il attira ceux-ci à une alliance avec les Aquitains, ce qui n'empêcha pas Ecfrid de se maint. nir dans sa position de conquérant et de comte ; car Charles savait très bien rendre des décrets, imposer des châtiments, même justes; mais il n'allait jamais, faute de courage et de fermeté, jusqu'à les faire exécuter en maître et en souverain. Cependant il faut rendre justice à des mesures de

pradence militaire qu^il prit cette année contre les Normands, rf^csuiiofii ii-inet qui eurent d heureuses conséquences. Les pirates ne se ^asi^^* séparant guère de leurs navires, s'*en servaient pour remonter les fleuves et y déposer leur butin ; ils ne pouvaient donc être empêchés plus efficacement que par les rivières de Tintérieur, où il aurait fallu toujours leur opposer des forces suffisantes. C'est ce que fit enfin Charles le Chauve. Il garnit de troupes les rives de la Marne, de POise et de ^ la Seine, ce qui déconcerta tellement Tennemi, devenu incapable également d'aborder et de continuer ses courses, quil se décida à envoyer des otages, à rendre tous les prisonniers, et à rejoindre au plus tôt son pays. On reste stupéfait devant un tel succès quand on se demande pourquoi ce moyen si simple était employé si tard ; et Fon reconnaît aussi combien de maux il eût évités, lorsqu^on entend ces Barbares si fiers de leur entrain au pillage pousser la condescendance jusqu'à s'engager à forcer de les imiter tous ceux de leurs compatriotes qui s'y refuseraient. Ce ne fut pas tout : Weland, leur chef, se rendît ^^j ieMametieBi. auprès de Charles et renouvela les serments qui venaient d'être faits en son nom. Puis, après être descendu jusqu'à Jumièges, où il voulait attendre le printemps en y radoubant ses vaisseaux, il revint donner à Charles une preuve de sa sincérité en recevant le baptême avec sa femcne et ses enfants. Cet exemple pourtant ne fut pas suivi de ses compatriotes, qui s'en allèrent par mer chercher d'autres aventures. La plus importante fut celle d'un corps considérable, qui crut trouver fortune en abordant la .Bretagne, mmi^. où ils se mirent à la solde du roi Salomon. Le pi ince les employa aussitôt à recommencer la guerre contre les provinces françaises limitrophes de ses Etats. Dans ce but, les Barbares remontèrent la Loire pour aborder la Touraine et le Maine, où ils ne craignirent pas de s'attaquer à Robert le Fort, qui les surveillait. A peine descendu sur ^n* Mntbatiujittr les rives, le vaillant général les attaqua, les battit vigoureusement, et détruisit douze de leurs vaisseaux après en

avoir fait massacrer impitoyablement les équipages. Puis,

usant de Tascendant de sa victoire sur les autres, il leur

persuada sans peine de se retourner avec lui contre

Louu**îe bSm'ÏÏ Salomon. Etonnante bizarrerie ! pendant que le duc traitait

saiomon. g^jjjgj ^^g étrangers gagnés à sa cause par le prestige de

sa valeur, il apprend qu'une autre armée de ces brigands,

réunis à d'autres Bretons, sous la conduite de Louis le

Bègue, venait de piller Angers et plusieurs villes de ce

comté, et ravageait le reste de la province. Sans perdre de

temps, le duc se dirige vers eux, les bat par deux fois, et

comme Salomon lui-même reprenait Toffensive, il est mis

dans une déroute complète, et perd deux cents de ses

meilleurs officiers qui restent morts sur le champ de

bataille.

Q»di«d«soisMii8. Avec un défenseur comme Robert, Charles pouvait croire

à une paix au moins momentanée ; mais son fils Louis

venait de donner un nouvel exemple de révolte contre son

autorité. Déjà il avait, aussi bien que son frère Charles,

contracté des alliances inconvenantes qui durent amener

une double répudiation ; mais la paix était revenue dans la

famille. D'autre part, les Normands, réduits à demander

humblement la paix, semblaient tendre à une alliance de

laquelle ils tireraient parti pour un établissement définitif

dont ils n'abandonnaient pas l'idée. Le roi avait donc eu

un moment d'énergie qui aurait sauvé la France, s'il en eût

usé tout d'abord. Il profita de ce moment de placidité pour

continuer à Soissons une assemblée ou concile qui avait

tenu une première session le 25 juin de l'année précédente

à Piste, aujourd'hui Pont-de-l' Arche, près de Rouen. Il

s'agissait, outre quelques questions de discipline^ d'y

rendre un capitulaire contre le pillage des biens de l'Eglise

qui continuait toujours, sous prétexte de la guerre, en

certaines contrées envahies. On dit que notre évêque

Ingenald y assista, parce que son nom se trouve parmi

ceux des Pères qui y souscrivirent ; mais nous avons vu,

par le 4X)acile de Thuzey, en 860, qu'en pareil cas une

signature ne prouvait pas du tout la présence au concile de tous les évêques qui y avaient souscrit. Une autre pièce du concile de Soissons porte aussi la F*n<ï»ï;<m du b»-

^ ^ uitèr« de DfloU ta

signature du prélat : ce fut la charte d'érection du monas- ^'^' tère nommé alors Bourg-Dieu ou Déols (4)^ dont une reconstruction en 917, après une irruption des Normands, a fait croire à quelques auteurs qu'il ne datait que de cette époque. Grenantius, alors archevêque de Bourges et primat d'Aquitaine, fut un des Pères de ce concile où il présida (5). Le roi donna à cette occasion à la nouvelle communauté uns villa du nom de Lirado (6), que nous croyons ctre Luré, petite ville qu'on trouve encore en Berry, sur la rive droite de TArnon, à quelques lieues de Déols et de Bourges. Sous le nom de bourg de Déols, dont on a fait Bourg-Dieu, Pabbaye s'accrut et devint considérable ; Luré fut des lors un de ses prieurés, et par conséquent une paroisse.

Ingenald souscrivit, peut-être comme il avait fait pour le concile de Soissons, une charte donnée dans lo concile en faveur de la collégiale de Saint-Martin de Tours, où Charles s'était rendu pour réparer les désastres causés par les Normands (a).

Nous voyons aussi un des actes de ce concile souscrit coin*tm*8 1". iwié par Guillaume, premier du nom, abbé de Charroux. C'est une charte donnée en faveur du monastère de Saint-Denis, 11 est très probable aussi que ce dignitaire n'assista pas au concile, et qu'on ne lui demanda après coup sa signature que parce que une mesure importante de protection y était prise pour réparer les pertes de la célèbre abbaye.

A cette époque, nous rencontrons à Saint-Savin un abbé ^^niûuid, abw % du nom d'Arnould, que ne signale aucun fait, et qui paraît ^{ie"'^ba7eT'^ ^ seul, isolé de toute donnée historique dans un intervalle de plus de quarante ans. C'est que de grands malheurs Tiennent de fondre sur le monastère, qui avait si vaillamment résisté jusque-là. Les dernières courses des Normands

(a) MaoléoD, Le$ Carlov.^ II, 275. — Challemel, Tablettes deTonraine^ p. 51.

les avaient rapprochés des murailles sacrées, et, à plusieurs reprises, ils avaient occasionné de grands dommages aux fortifications. Les moines craignirent enfin d'être forcés dans leur refuge, et prirent le parti de se séparer de leurs plus précieuses reliques. Elles furent envoyées à Bourges, et une grande partie des religieux ou les accompagnèrent, ou se dispersèrent en divers lieux, se groupant çà et là en petit nombre dans les monastères qu'ils pouvaient encore aborder. On raconte que Tun d'eux, arrêté de nuit par les Normands aux environs du Vieux-Poitiers, fut interrogé par eux sur quelques particularités des lieux et des ressources qu'ils y pouvaient trouver. Le pauvre religieux ne répondit pas un mot, car, hors même de son couvent, il tenait à garder sa règle, qui lui commandait le silence depuis les Complies de chaque jour qui se chantaient à neuf heures du soir, jusqu'après le chant de prime du matin suivant après trois heures. Aucun mauvais traitement ne put l'amener à parler que lorsqu'il eut vu l'heure régulière arrivée. C'était une vertu plus qu'ordinaire à laquelle aucune théologie n'aurait imposé un tel rigorisme ; mais les Barbares ne l'en admirèrent que plus, et lâchèrent sans rançon le bon moine^ dont Mabillon a raconté l'héroïque résistance (a). Ceux qui la prennent pour un mouvement de stoïcisme ne comprennent pas le mérite et le caractère des vœux de religion (t). saini-HiUireeisci Une àutre communauté de la ville même de Poitiers apparaît cette année pourvue d'un chef plus politique que religieux, et donne à elle seule une idée malheureusement trop exacte de l'état d'assujettissement auquel tous les établissements monastiques étaient livrés. Saint-Hilaîre avait conservé son ancienne splendeur, qui s'était accrue de siècle en siècle par les riches donations dont il avait été l'objet. On ne s'en étonnera pas, et l'on se rendra un juste compte de cette vie opulente, si l'on considère que

(a) Annal Bened., ad ann. 860.

(h) V. LoDgaemar» Â^erçvk historique mr Saint-Savin, p. 8.

ibbés.

d^normes dépenses étaient sans cesse renouvelées pour l'entretien des bâtiments qui étaient considérables et celui de la basilique, où affluaient les populations vers le tombeau du grand évêque et ceux de sa femme et de sa fille, encore en vénération dans le saint lieu. Il fallait soutenir aussi les . or^nîMiion inwécoles, où rinstruction se donnait gratuitement et à tous les «"»«'"*0'îdegrés, et Thospitalité, largement pratiquée envers les étrangers comme envers les pauvres. Il y avait enfin un gardien en titre du corps et du sépulcre de saint Hilaire, créé par un diplôme de Charlemagne en 799. Le prêtre pourvu de cet office avait la clef et le soin du tombeau et de ceux des deux saintes femmes qui Tavoisinaient dans une chapelle de Téglise, sous une voûte dorée. Ce gardien fut plus tard secondé par un certain nombre de subalternes quon nomma Coustres (Custodes), lesquels, plus tard, furent de simples laïques annexés à Pégllse et qui jouissaient de certains revenus attachés à leur emploi. On doit remarquer ici que, dans le diplôme de 799, les religieux du monastère ne sont plus qualifiés que prêtres et clercs, car ils avaient déjà embrassé la vie séculière sous la règle des Chanoines réguliers dès Tannée 780.

Mais à mesure que les moines, par les raisons que nous coinm«nt leg ««-,

* ' ^ '■ gneori laïques s'en

avons dites, et qui se résument dans les atteintes portées «npareai.

nécessairement à la vie régulière par les malheurs du temps,

étaient passés à la vie canoniale, ils avaient inspiré moins

de respect aux populations. Le sentiment de Tédificalion

publique en avait souffert, comme il arrivera toujours à tout

clergé qui laissera diminuer en lui le sentiment du devoir.

C'était surtout alors que les grands, ne se trouvant pas

suffisamment payés par les bénéfices que les princes leur

accordaient, au grand détriment de là religion et de cette

nouvelle espèce de régularité peu difficile, s'étaient autorisés

d'autant plus à prendre eux-mêmes et à retenir violemment

les richesses monastiques. Ils avaient mémo trouvé les rois

de très facile accommodement à se faire ainsi des créatures,

et ils avaient aimé à tenir d'eux ces richesses que l'honné- 4

teté'chrétienne toute seule devait leur interdire de convoiter. Ainsi, arrivés à Tépoque où nous sommes, rien n^arrêtait plus le cours de ces grandes iniquités. Les seigneurs jetaient les yeux sur un opulent bénéfice, et rien ne s'opposait à ce que, favoris du souverain, ils en obtinssent un énorme supplément à leur fortune. Ainsi en avait-il été de la collégiale de Saint-Hilaire. Nous voyons Pabbatiat passer depuis plus d'un siècle des mains des abbés réguliers à celles des archichapelains royaux. Ceux-ci deviennent évêques de Poitiers, comme Fridebert et Hébrouin, et, après ce dernier, on voit la principale dignité, c'est-à-dire la propriété mobilière et immobilière, devenir presque exclusivement le patrimoine des comtes de Poitou et de leur famille. Mais des maîtres de ce genre considéraient surtout le revenu de ce domaine, et très peu la prospérité des choses de la foi : ils abandonnèrent donc le soin de la famille monastique à des subordonnés décorés du nom de prieurs claustraux, et chargés de toute la partie spirituelle de l'œuvre dont le seigneur-abbé toucha régulièrement les fruits annuels ia\ LecomiedePoHiers Cette année donc, un diplôme de Charles le Chauve, daté

Ravnalfe en devieot ' *• '

'^' du 9 mai 862, à Quiercy (*), nous prouve que Raynulfe I*%

comte de Poitou, possédait à titre d'abbé l'abbaye de Saint- Hilaire. Ce Comte, en effet, opère avec un chanoine de la cathédrale de Saint-Pierre un échange de terres de l'abbaye situées dans la villa de Chambon , viguerie de Civaux i7) ; les donne en retour d'autres terres de la villa ad Manr siones (8), dans la même viguerie. Raynulfe garda ce titre et cette propriété illégale jusqu'à sa mort, qui n'arriva que cinq ans après.

^Viguerie et village NOUS voyous ici meutionuée une viguerie de Civaux. C'est la plus ancienne charte où nous la trouvons. Elle était séparée de celle de Sillars par la Vienne, dont ce

(a) V. le Ghartrier de Saint-Hilaire, Mém. des Antiq. de l'Ouest, t. XIV, p. 9. {b) Besly, Comtes de Poict.j p. i77 ; — D. Bouquet, VIII, 576.

de Civaox.

chef-lieu côtoyait la rive gauche et devait s'étendre à rOuest, très peu au-delà de Verrières et de Dienné. La voie romaine de Poitiers à- Limoges la traversait. C'est probablement sur cette voie qu'était la villa indiquée sous le nom de Mansiones. Quant à Chambon, il n'est pas facile de le retrouver dans cette direction.

Civaux est une très ancienne paroisse, renommée surtout par son antique cimetière entourant une église sous le vocable des saints martyrs Gervais et Protais. Ce cimetière, où plusieurs couches de tombeaux en pierre sont superposées depuis les premiers temps du christianisme, a, pendant le moyen âge, servi de rendez-vous aux morts de la contrée qu'on y apportait de longues distances pour leur procurer les secours spirituels attachés à l'invocation dé tels ou tels saints qu'on y honorait. La plupart du temps c'était saint Pierre, le portier du ciel, qui recevait ce patronage, comme à Saint-Pierre-des-Eglises, près Chauvigny, à Saint-Pierre-des-Corps de Tours ; à Antigny, c'était Notre-Dame ; ici, les deux martyrs de Milan. L'église de Civaux dépendit, au xi® siècle, de l'abbaye de l'Esterp (9) en Limouzin. Les origines sont certainement antérieures au V? siècle, dont elle porte le cachet dans le mur intérieur de Tabside, où une belle inscription en majuscules rustiques nous reporte à cette époque par son style digne des catacombes romaines («).

Dans la viguerie dont cette paroisse était le centre, plusieurs autres divisaient le territoire en autant d'églises ou lieux moindres qui ont leur place dans notre hisioire. Ainsi, sur la rive gauche de la Vienne, et sur la paroisse de Saint-Martin-la-Rivière, dont le clocher s'élève sur le rivage opposé, était dès lors, et bien antérieurement, une villa de Bonneuil que les chartes nomment Bonolium ou Bonogilum, dont nous avons vu que sous le règne de Clovis elle était un camp que le lieutenant de César,

(o) MlemalU et servilia vivatis in Deo. — Nous en avons rendu compte au tome X du Bulletin de la Société des Antiquaires de VQuest, p. 3 et suiv.

VUladeBoaneonj

Caninius, occupa avant de se rendre au siège de Poitiers. Nous savons qu'on y a trouvé beaucoup de médailles, entre autres du général picton Duratius (tf>.

ptroissesdeDieimé, Dlenué était une autre villa de cette viguerie, à dix kilomètres au Sud-Est de la Villedieu, qui en est le cheflieu de canton, et confine par son côté occidental à la forêt de Verrières. Ce nom de Dienné, évidemment défiguré, et dont on ne connaît guère le radical, se voit dans les anciens titres défiguré en Disnet Le nom pourrait être gaulois d'origine, car plus tard le lieu se trouva traversé par la voie de Poitiers à Limoges. Sa première église, peut-être antérieure à celle de la villa de 862, fut bâtie sous l'invocation de saint Hilaire. Celle qu'on y voit aujourd'hui fut reconstruite au commencement du xn® siècle en style romano-ogival qui signala ce temps de transition pour Tarchitecture chrétienne. Ses plus anciens titres datent de 970. La paroisse de Dienné fut une de celles qui formèrent Parchiprêtré de Morthemer, à l'époque indécise de sa création ; elle était à la nomination de l'abbé de Saint- Benoît de Quinçay. En 1547, elle est traitée de baronnie.

DeBouretse, Mais voici unc autrc paroisse qui conserve en un type

incontestable la preuve de son existence antérieurement au IX® siècle. C'est celle de Bouresse, dont une pierre, encastrée dans un pilier du clocher, porte en caractères du VI® ou VII® siècle une courte inscription attestant qu'alors

• le prêtre Anscharius l'avait fait relever {b). En 936, ou

probablement avant, l'église Notre-Dame de l'Assomption de Bouresse était déjà un prieuré de Nouaillé, dont l'abbé nommait encore en 1790 à la cure et au prieuré. La forêt de Lussac était aussi la propriété de l'abbaye. Bouresse appartenait alors à l'archiprêtré de cette petite ville, dans le canton de laquelle elle est maintenant circonscrite.

Eideverrièrei. Enfin la vigucric de Civaux comprenait la villa devenue

(a) Bulletin des Antiquaires de l'Ouestj I, 472 ; — et ci-dessus» t. I, p. 9. {b), Anscharius presbyter refecit hanc ecclesiam^

Rad gonde*

Incondaila dei et* fauU da TuÏ,

paroisse de Saint-Michel de Verrières (10). Au sud de ce village est encore la trace de la voie romaine de Poitiers à Limoges. C'était un autre prieuré de Noaaillé, cité dans le cartulaire de Saint-Cyprien à la date de 936. A moitié chemin, et sur la route de Bouresse à Verrières, mais sur le territoire de cette dernière, est une petite chapelle rurale de Sainte-Radégonde, ancienne dépendance de Tabbaye de Nouaillé, dont le curé de Verrières avait la desserte. On trouve en 1498 un acte de cette abbaye où cette chapelle est désignée sous le nom de Pas-de-Sainte-Radégonde; et près de là, à côté d'une croix souvent renouvelée, était une pierre portant l'empreinte d'un pas. C'était un lieu de pèlerinage longtemps fréquenté dans la contrée (H). ^ Reprenons maintenant nos récits politiques. Les désordres que rien no compensait dans la famille de Charles le Chauve avaient de malheureuses influences sur nos provinces d'outre-Loire. Nous avons vu Louis, son fils, à la tête d'une armée de Bretons, entrer en Anjou, faire éprouver encore à ce pays de grandes pertes ; mais, arrêté aussitôt dans ses succès par le duc de France, il se retira de nouveau dans l'Armorique. C'est bientôt après qu'il épousa, comme nous l'avons dit, malgré son père, la fille d'un comte du pays. Charles, roi d'Aquitaine, ne tarda pas à en faire autant, n'écoutant du chef de la famille royale ni exhortations ni reproches.

Pépin II, de son côté, ne renonçait pas à sa royauté wpineicinfiesie

. ' ' ^ r j j^y^^ prennent les

toujours contestée. Il songea à se faire appuyer des NurmandiAieurjoide Normands. Ceux-ci acceptaient volontiers de se mettre à sa solde, flairant le pillage partout où il les conduirait; ce qui n'empêchait pas ces mêmes soldats, devenus les mercenaires du plus off^rant, de s'attacher aussi à la fortune de Charles le Jeune, qui poursuivait la même entreprise. La guerre civile n'était donc pas le fait des Francs seulement, mais des pirates eux-mêmes, qui ne refusaient pas de s'entre-tuer au service de deux ou trois maîtres différents. Chose étrange ! et qui- donnerait une trop juste idée de ce

qu'était devenu le caractère national, si ce caractère eût pu se déterminer encore après quatre ou cinq siècles dHncervicissiindesdeieur titudes et de contcstations sur la légitimité du pouvoir. Ces malheureuses fluctuations ne devaient pas cesser encore, grâce aux mauvaises inspirations d'un fils révolté. Son asile de Bretagne finit par lui manquer lorsque Salomon, défait par le duc Robert, vint au Mans demander à Charles le Chauve une paix que ses revers lui rendaient indispensable. Le roi, embarrassé par les agissements de son neveu, avait signé un compromis avec ce dernier, qui renonça au titre de roi, et reconnut par un traité mutuel la suzeraineté du roi de France (a). Charles le Jeune dut alors chercher un abri pour ses nouveaux projets au-delà de la Loire; mais, dénué de ressources, il n'en vit pas d'autre que d'offrir aux Normands de le seconder dans le recouvrement de son royaume. Les choses n'allèrent pas d'abord comme il l'avait espéré. Son père envoya à sa poursuite en Aquitaine des troupes chargées de le lui amener. Une ruse tira de ce mauvais pas ce fils rebelle. Il alla à Nevers, où était le roi, se jeta à ses pieds en lui demandant un pardon qu'il ne méritait pas, et l'obtint de la faiblesse paternelle, à condition de rester quelque temps à la cour. Cette condition sembla dure : pourtant il fallut s'y résigner, ne fût-ce que pour y méditer de nouveaux desseins. Mais un événement inattendu, et qui sortait de toutes les prévisions humaines, vint diîcider, pendant ce séjour forcé, d'un avenir que le malheureux prince ne soupçonnait pas. Un jour, ayant suivi le monarque à Compiègne, il imagina, de concert avec deux jeunes seigneurs de son âge, de faire peur à deux autres courtisans renommés pour leur bravoure, et qui revenaient d'une partie de chasse. Surpris par une attaque feinte, tous deux se mirent sur la défensive, fondirent sur les prétendus ennemis, et l'un d'eux déchargea un si furieux coup d'épée sur la tête du roi d'Aquitaine, qu'il lui ouvrit le crâne. La

(a) Annal, Bertin.; — ÂnnaL Metens; — D. Maarice» Hist, de la Bretagne, 1, 4ô2 ; — Haoléon^ Le$ Carloi>ingien$, II, 277.

blessure fut assez bien soignée pour qu'il en guérît, mais un désordre profond n'en régna pas moins dans sa constitution et contribua beaucoup à sa mort prochaine.

Le malheureux Pépin ne se guérissait pas non plus de P¥û ravage tason esprit remuant et de son ambition irréfléchie. De retour en Aquitaine, après s'être dissimulé quelques jours pour mieux tenter de nouveaux plans, il s'y rejeta dans les aventures. Il y avait été impatiemment attendu par le marquis de I Gothie, Humfroi, toujours resté maître de Toulouse. Mais i par un de ces caprices dont l'histoire ne dit pas toujours le mobile, ce dignitaire, sous prétexte de l'alliance de Pépin avec les Normands, qui déjà marchaient à sa suite, ! lui ferma les portes de sa ville, et l'empereur, qui sut bientôt la nouvelle équipée de son neveu, adressa des ordres aux Aquitains afin qu'ils se portassent contre le I révolté; il y envoya même des commissaires pour l'y \ représenter ; puis, dépouillant tout à coup l'activité qui lui I avait ramené depuis deux ans l'estime et l'affection de ses I sujets, il s'en rapporta à d'autres mains que les siennes pour rétablir l'ordre compromis par cette dernière révolte. ! Il y avait, dans cette extrême proyince de l'Aquitaine, un i neveu du brave Sancion, comte de Gascogne et de Bordeaux : c'était Arnaud, qui se montra digne de son oncle en s'oppo- I sant avec vigueur à ces hordes de misérables pillards commandées par un prince français. Pépin était devenu un objet d'horreur pour l'audace qu'il avait mise à se faire le chef des |

Barbares, à embrasser leurs habitudes sauvages, à se livrer même, disait-on, en adepte à leur paganisme en abjurant son Dieu pour le leur (12). Mais Arnaud ne put résister longtemps à des forces supérieures aux siennes, dont l'ardeur était même singulièrement diminuée après chaque combat où beaucoup périssaient. Il eut le malheur d'être défait. Après cet avantage, Pépin se tourna vers la Saintonge, qui fut ravagée, et remonta vers le Poitou, dont la capitale lui faisait d'autant plus d'envie qu'elle lui avait toujours montré une plus complète répulsion, La ville où Raynulfe

Prise de Poiiieri comiï) an dait fut attaquée, résista longtemps à ses efforts; il ne put d'abord la prendre ; mais les malheureux faubourgs furent bouleversés par Tincendie, les massacres et une dévastation complète. Rien n'y égala pourtant les désastres de Tabbaye de Saint-Hilaire. Construits hors des remparts, les ouvrages de défense dont on s'y était entouré ne la protégèrent pas contre la violence de Tattaque. Le bourg fut pris, la basilique brûlée, le mobilier pillé ou détruit, et la ville même, objet d'un nouvel assaut le 18 avril 863, ne se racheta des dernières rigueurs qu'yen jetant dans la balance de l'ennemi, au lieu d'une épée qui la protégeât, une somme considérable d'argent qui devint sa rançon. C'est ce que la Chronique de Saint-Maixent appelle le pillage et l'incendie de Poitiers par les payens, et le chef de ces payens était le neveu du roi de France («).

r^ Tiiia de Saint- Saint-Maixcnt-le-Pctit est signalé dans une charte d'Ingenald comme étant une villa de la viguerie de Ratiacensrs {^3)' On ignore l'endroit, aujourd'hui effacé, qui donna son nom à cette viguerie, mais on sait très bien que Saint-Maixentle-Pelit était une villa de bien moindre importance, aujourd'hui n'étant plus qu'un simple hameau de la commune d'Hains. Hains, en effj^t, est cité sous le vocable de saint Maixent comme ancien prieuré de l'abbaye de Saint-Cyprien dans une première charte de 914(*;. Ce qu'on sait, au reste, très précisément de l'étendue de cette juridiction vicariale, c'est qu'il faut bien la distinguer du pays de Retz, que nous avons souvent rencontré sur la Marche de Poitou et de Bretagne ; en quoi se .«lont trompés quelques érudits. Ce Ratiatum dont nous parlons ici comprenait un territoire situé entre la Vienne et la Creuse. Il dépendait du Limousin pour une partie de la paroisse ; le reste en était au diocèse de Poitiers. Saint-Mariin-la-Riviére, près Chauvigny, et Luré-sur-la-Creuse, au Nord du Blanc (14), en faisaient

(a) Chronique des églises de V Anjou, p. 367. (6) D. Fonteneau, XIH, 37.

partie («). Cette petite localité d'Hains a été regardée longtemps comme étant le Fines, cité en quelques géographes anciens, qui servait de démarcation entre le Berry et le Poitou ; mais, en réalité, ce Fines n'a jamais été applicable qu'au chef-lieu d'une autre viguerie, Ingrandes, sur la limite de la Touraine et du Poitou, et quelquefois sur la limite du Poitou et de la Saintonge, où passait la voie romaine' de Saintes à Poitiers (15). Saint-Maixent-le-Petit fut donc, dès le commencement, un prieuré de Saint-Cyprien , d'où lui vient probablement son vocable, celui de la paroisse étant Saint-Michel. En 1782, Hains était depuis longtemps la résidence de Parchiprêtre de Montmorillon, et le prieuré avait été réuni à la cure voisine de Villemort (16).

On pense bien que dans les excès de la guerre qui" vit succomber Poitiers aux mains de ses farouches ennemis, les environs de la ville ne furent pas épargnés. Il y avait là de riches domaines appartenant à de hauts personnages de la noblesse poitevine, des monastères où tout était à convoiter : aussi rien n'échappa à ces mains sacrilèges. Saint-Benoît vit ses murailles forcées (^); Nouaillé, qui s'était aussi fortifié, succomba sous les balistes des assiégeants ; les religieux abandonnèrent tout pour sauver leur vie et furent dispersés. On ne les vit revenir dans leurs cloîtres en ruines qu'au commencement du siècle suivant, lorsque Guillaume V, duc d'Aquitaine, eut commencé à reconstituer les monastères qui avaient tant souffert avant lui(c).

Vers la fin de 863, Charles le Chauve vit revenir vers lui, à Nevers, son fils Charles, qui lui amenait. d'Aquitaine, où il ne pouvait plus tenir devant la guerre civile, les seigneurs de son parti ; ils lui prêtèrent serment de fidélité avec leur jeune chef. Cette soumission du fils n'était due qu'à

Charte! fait n «NI missioa à f on père.

(fl) Cartulaire de Saint-Cyprien, Notes, p. iU, {b) Tbibaudean, Hkt. du Poitou, l, p. U6. {e}Jlnd.,p. 170.

la crainte de voir son père se rendre mattre de lui par un coup de main qui devait venger la famille royale de Tinsoience d'un rebelle qui ne respectait ni les mœurs, ni la religion, ni Tautorité paternelle. Quoi quMl en fût, cette circonstance éveilla dans le roi de nouvelles espérances de triompher enfin de son neveu, dont la conduite coupable n^appelait pas de moins terribles châtiments ; car rien ne le retenait plus dans la voie de ses désordres qui s'élar- ^^Nonveauxcrimeidc gissait tous Ics jours plus. Après avoir désolé une fois de plus la malheureuse contrée dont il continuait à se dire le roi, il avait suivi en Auvergne les nouveaux Vandales dont il était le chef apparent ; mais il marchait réellement avec eux sous la conduite de tels ou tels autres chefs qui se succédaient à leur tête selon qu'ils se portaient vers tel ou tel pays en groupes plus ou moins considérables. Cette fois pourtant, c'était lui qui les conduisait à l'assaut de cette autre province, et Clermont était son objectif. Pour se faire mieux venir de ces horribles bandits, il ajBFectait . d'entrer naturellement dans leurs habitudes : il copiait leurs mœurs, il ne donnait aucun signe de christianisme, il avait jusqu'à leur costume jnilitaire, tout de fer, sans aucun des ornements dont les leudes aimaient dans leur armure le luxe artistique et l'éclat somptueux (a). Comment nier qu'un tel homme eût tous les signes d'un renégat?

le roi ordonne Charles le Chauve était encore à Nevers, où il venait de ^^le." "°* *^** célébrer les fêtes de .Noél, lorsqu'il apprit les malheurs arrivés à Poitiers et l'invasion dont l'Auvergne était menacée. Aussitôt il publie une ordonnance imposant à la Neustrie et à l'Aquitaine une levée en masse contre l'ennemi commun. Il ne fait aucune distinction entre les hordes barbares et le prince apostat qui n'a pas rougi de les attacher à son service. Ce mouvement eut donc lieu spontanément sous l#s ordres de généraux que l'empereur désignait, mais dont l'expérience et le talent militaire restaient

(a) Annal Berlin,

insuffisants contre des gens accoutumés à vaincre et enhardis par le butin qui brillait toujours à leurs regards. C'était le cas, ou jamais, d'opposer à de tels adversaires des hommes renommés par leur bravoure et leurs succès. Robert eût été de force devant eux, et il aurait dû saccès et w ers de

' Robeit le Fort.

commander en personne cette expédition, qui, bien conduite,

pouvait faire prendre aux affaires une face nouvelle. Mais,

chargé de refouler vers la Seine et la Loire ceux des

Danois qui s'étaient fixés sur ces deux fleuves, il ne pouvait

en abandonner la surveillance sans y attirer les Barbares,

et il lui fallait garder assidûment son quartier général,

qu'il avait placé à Séronne (17), petite ville de TAnjou, sur

la Sarthe. Là, il eut de fréquents succès sur les Normands,

auxquels il disputa la possession de la France. Des revers

s'y mêlèrent pourtant, et, après un engagement avec une

bande nombreuse qu'il repoussa avec de grandes pertes

non loin d'Angers, il fut surpris sur ses derrières par un

autre parti, et, en se retirant, accablé par le nombre, il

reçut une blessure et demeura quelque temps dans Timpos-

sibilité d'agir par lui-même. C'est pendant ce repos forcé y^ij^ éproofe les

que Pépin avait fait sa pointe sur l'Auvergne. Il comptait

surPaccueil du comte Etienne, qui s'était naguère déclaré

son partisan ; mais le leude avait songé peut-être que la

fortune du roi d'Aquitaine pâlissait. Il résista donc à ses

envoyés, et prit les armes. Un conflit s'en suivit, ou Etienne

perdit la vie ; après quoi. Pépin, encouragé par ce triomphe,

songea à gagner le Midi pour y reprendre Toulouse et s'y

établir de nouveau. Turpion commandait toujours dans la

Saintonge et l'Angoumois. Il songea à arrêter la marche

de l'envahisseur, et n'y fut pas plus heureux, car il tomba

mort dans une rencontre, et laissa à Pépin le chemin

ouvert de la Gascogne. Ce n'était rien pour lui de prendre

quelques villes aussitôt démantelées, incendiées ou ruinées,

selon la méthode que ses sauvages partisans lui imposaient,

et qui, d'ailleurs, à peu d'exceptions près, était celle des

guerres du temps. Il marcha donc sur Toulouse. Là était

m£med viùssiiudes.

encore Humfroi, qui, naguère, Pavait si bien secondé, mais qui, cette fois, indigné de voir un prince du sang royal devenu le chef de telles hordes, refusa d'ouvrir la place à Et le reiif* f^n dcs païeus. La population le seconda, et Pépin fut obligé de se retirer, abandonnant le siège et la province pour recommencer une vie errante (a). Toutefois, les historiens semblent douter que Humfroi ait plus obéi en cette circonstance à son indignation contre Tapostat qu'au sentiment de ses compatriotes, qui ne voulaient plus de lui à aucun prix. Ce qui est certain, c'est que, pour éviter la vengeance de ceux-ci et les suites fâcheuses qu'auraient eues pour lui un retour de la fortune vers Pépin, il prit le parti de se retirer au-delà des Alpes, et Raymond vint reprendre son poste de gouverneur de la Gascogne pour l'empereur et son fils. AfflîbtBs^meni ût Mais cc u'étaieut là que des grands traits de cette époque Fcanw* malheurcuse. Les détails n'en valent pas mieux, et quelques-

uns nous prouvent trop qu'une réelle anarchie commençait à devenir la conséquence de cette politique incertaine qu'avait suivie depuis le commencement de son régne le pauvre prince de qui tout avait dépendu en France depuis vingt-cinq ans. Les seigneurs n'avaient pas manqué de faire servir à leur avantage les désordres qu'ils auraient dû combattre plus énergiquement. Obligés de se fortifier dans leurs domaines, ils y avaient bâti des châteaux, et tous les points élevés du territoire s'étaient hérissés de tours et de donjons qu'entouraient de vastes et solides palissades, puis des murs épais, derrière lesquels se réfugiaient, à l'approche des Danois, les serfs et les laboureurs des environs. Mais de là aussi, les châtelains menaçaient l'indépendance royale lorsque, l'ennemi disparu, ils se servaient de leurs forteresses pour s'autoriser à des déprédations non moins cruelles sur les monastères et les campagnes voisines, entrant ainsi en opposition avec le monarque, dont les prohibitions commençaient déjà à

(a) Chronic. Engolism.; — Annal Berlin.^ in h* ann.

demeurer sans effet. Charles le Chauve voyait dans ces actes des faits de rébellion qui ne manqueraient pas de s'accentuer plus rudement, s'il négligeait de les entraver. Dès les premiers mois de 864, il avait donné un décret ordonnant que ces forteresses nouvellement construites fussent rasées partout avant le 1®' août suivant, comme étant devenues des repaires de spoliateurs. Si les propriétaires refusaient de les abattre, les comtes devaient y pourvoir et Tentreprendre sous leur propre responsabilité. Mais rien de si importantes mesures ne fut exécuté! L'ordonnance parut, les seigneurs en prirent connaissance, et personne n'y obéit; de sorte que les ordres royaux furent, en cela comme en beaucoup d'autres choses, inutiles et comme non avenus {a).

Au reste , il pouvait bien se faire que ce peu d'empres- p^^l^^ ^ ^ sèment à l'obéissance, en une matière si importante, fût autorisé par l'état pitoyable où les Normands continuaient de tenir la France. Il paraît que vers le commencement de l'année 865, Poitiers, dont les environs étaient encore maltraités par eux, subit de nouveau leurs ravages, et, cette fois, fut incendié de fond en comble. A lire ce fait en quelques chroniqueurs comme Besly, on croirait que ce fut un malheur comme il en résulte souvent d'une imprudence ou d'un accident imprévue». D'autres, et en grand nombre, attribuent cette catastrophe à une nouvelle invasion des Barbares, qui, après leur expédition dans le pays, se seraient retirés vers la Loire, où ils habitaient toujours. C'est le récit auquel il semble qu'il faille mieux s'en rapporter, puisqu'il s'y trouve des détails sur lesquels on s'accorde assez (18). On regarde même généralement que la facilité qu'on avait mise l'année précédente à se racheter par une rançon . avait encouragé l'ennemi à revenir, et, cette fois, sans que nous sachions s'il y eut quelque résis-

(a) Veraefl, Hist. d*AquiL, II, i03.

(6) Besly, Comtes de Poict,, p. 18.

tance, qui n'est guère probable; la ville dut être incendiée, parce que les ravageurs n'y trouvèrent que peu d'appât à leur cupidité : c'était la manière dont ils se vengeaient d nÏÎSuS"^""**^ ordinairement de telles déceptions. C'est aussi pendant ces cruelles expéditions que les mêmes Barbares détruisirent de fond en comble le monastère de Nouaillé. Autulfe en était abbé : c'est tout ce qu'on sait de lui, sinon qu'il vivait encore en 821 (a).

Raynulfe ne figure point à Poitiers dans cette nouvelle attaque de la ville. Est-ce parce que nous avons manqué de détails, ou parce que réellement, comme on l'a soupçonné, il était occupé au loin à des soins qui faisaient peu d'honneur à son caractère? C'est un point qu'il nous faut éclaircir.

^•'^»'«P"«w«>n- Pépin était devenu un réel embarras pour la France. Fauteur journalier de révoltes nouvelles ; déshonoré aux yeux de tous par son alliance avec les plus cruels ennemis de ses deux patries ; haï généralement pour les ruines qu'il avait dispersées sur le sol de l'Aquitaine; où son aveuglement lui laissait espérer un trône qui lui avait manqué tant de fois ; souvent parjure envers son oncle, dont l'indulgence avait été pour lui jusqu'à la faiblesse ; ingrat, après tant de bienfaits qu'il en avait reçus, jusqu'à corrompre ses serviteurs et leur donner l'exemple de la rébellion la plus audacieuse et la plus continue, il était devenu à tous ces titres un enneirii public dont il importait de se défaire. Dans l'intérêt de l'Etat, tous les moyens semblaient de mise envers un roi déchu par des assemblées solennelles de la couronne qu'il avait souillée, et qu'il cherchait à reprendre pour la mettre encore au service de ses passions, et cela au détriment de son pays. Avec un tel adversaire, la justice ordinaire ne suffit pas. A l'époque /)ù nous sommes surtout, c'était, d'après les mœurs et les lois établies, dans le roi seul que résidaient le pouvoir judiciaire et le pouvoir

(a) Gallia chmt., II, col. 1289.

exécutif. Nous n'avons donc pas à juger ce qui se passait alors diaprés les éléments du droit actuel, et c'est ce moyen de discernement qui a manqué aux historiens de notre temps, trop faciles à s'indigner contre les moyens qu'employa Pempereur Charles le Chauve pour se rendre maître de ce brouillon criminel, que ses méfaits faisaient regarder comme aussi dangereux qu'incorrigible.

C'est sans doute d'après ces considérations, qui ne répugnent ni à la morale, même chrétienne, ni à une saine politique, puisqu'on a toujours, et avec raison, regardé le salut de tous comme la loi suprême, c'est par tout cela, disons-nous, que Charles se décida à en finir avec ce rebelle, dont toute la vie avait été si fatale à TAquitaine. Ne pouvant se rendre maître de lui par la force, il résolut d'employer la ruse, de faire tomber Pépin dans un piège, seul moyen d'en avoir raison. Pour y arriver, il fallait se faire seconder. Le prince jeta le3 yeux sur Raynulfe, dont la position à la porte de l'Aquitaine et du côté où Pépin avait le plus d'accointances pouvait rendre l'action plus facile. Le comte s'était toujours montré hostile à Pépin ; il avait partagé contre lui les légitimes répulsions de l'évêque Hébrouin ; tous deux s'étaient promis de s'en méfier, et de résister à toutes ses tentatives sur Poitiers qu'il convoitait par-dessus tout. Raynulfe n'eut donc pas à changer de rôle. Persuadé qu'en secondant les vues de l'oncle il agissait dans l'intérêt de tous, il ne trouva pas indigne de dresser à son neveu le piège convenu, et chercha à se mettre en relation avec Pépin. Ayant découvert sa retraite, il lui dépêcha un envoyé chargé de lui dire qu'il désirait se rapprocher de lui, et ses ouvertures furent accueillies. On pense bien que ce ne fut pas sans Ijeaucoup de méfiance de la part du prince proscrit. Il lui fallut de Raynulfe des assurances de franchise dont nous ne savons pas plus les termes que nous n'en jugeons la loyauté. Toujours est-il que le comte réussit à se faire passer pour un intermédiaire avoué entre

R^iynulfe I*' eh»rgé de s'empaier de M.

IlestjagéiP!8(e.

les deux contendants. L'affaire, d'ailleurs, fut menée avec toutes sortes de précautions et de lenteurs qui éloignèrent tout soupçon de la part de Pépin. Ici, nous avons à remarquer cette marche habituelle de la Providence à l'égard de ceux qu'elle réprouve en ce monde. Le premier châtiment est de les aveugler jusqu'à ne pas se méfier dans autrui des moyens dont ils ont si souvent usé eux-mêmes. Pépin avait trahi son pays, s'était joint à ses ennemis les plus redoutables, avait secondé leur férocité contre ses propres sujets, manqué à toutes ses promesses, et il était assez simple pour croire à la sincérité des autres, à ce retour inattendu d'un homme qui l'avait toujours combattu. Il est bien vrai que sa position présente le poussait beaucoup à cette crédulité. Fugitif, abandonné des Normands, ne sachant plus sur qui s'appuyer, il devait aspirer à remonter aussitôt SCS affaires, et les ouvertures qu'il avait pu entretenir avec Raynulfe lui persuadaient déjà qu'il serait possible de s'entendre avec lui, car il n'aspirait à rien moins qu'à d'un traité d'après lequel Raynulfe s'engageait à ménager le retour au trône d'Aquitaine. En arrêter les clauses et conditions était une mesure qui ne pouvait se prendre que de vive voix. On convint donc d'une entrevue dont l'histoire ne dit pas le lieu. Pépin eut l'imprudence de n'exiger, avant de s'y rendre, aucun gage pour sa sûreté ; il manqua de précaution jusqu'à ne pas s'y faire accompagner, de sorte que, à peine abouché avec Raynulfe, celui-ci s'empara de sa personne et se disposa à le remettre aux mains de l'empereur (19).

Louis tenait alors une diète à son palais de Piste, où, pour la seconde fois, il s'était entouré d'évêques : ce qui fit donner à cette assemblée le nom de concile. Le comte s'y dirigea avec son prisonnier. Charles devait regarder comme très pressé de faire prononcer sur le sort d'un tel captif. Les deux questions qui dominaient toutes les autres étaient l'apostasie dont Pépin s'était rendu coupable sans égard à sa profession monastique à Soissons, et son alliance avec

les Normands, alliance dont les suites avaient été incalculables. On suspendit toute autre affaire pour procéder au jugement ; on donna au procès toute la publicité possible, et de l'avis unanime des seigneurs, il fut condamné à mort. Mais la pensée de Charles n'était pas d'accepter bi condamné à noi

^ r r récinsion perpeinelle

une telle rigueur. Les évêques dont il avait pris l'avis, penchèrent pour l'indulgence. Hincmar, entre autres, archevêque de Reims qui présidait le Concile, fut consulté sur la réparation à exiger du prince. Il fut d'avis qu'on devait exiger une confession générale, quoique secrète, de toute sa vie ; que toutefois il s'accuserait dans l'église, au banc des pénitents publics, d'avoir quitté l'habit monastique, de s'être parjuré en se joignant aux païens; qu'il demanderait pénitence pour tous ces péchés ; qu'ensuite il serait réconcilié publiquement par l'évêque de qui il recevrait la tonsure, l'habit religieux et la communion. Hincmar ajoutait qu'ensuite Pépin serait traité doucement, et que, enfermé dans un monastère, il y vivrait en liberté avec les moines en travaillant à la correction de ses mœurs et à effacer ses péchés par ses larmes .Le roi se rendit à cet avis, qu'il préféra contre son neveu à la sentence que les leudes avaient prononcée.

On voit ici que la pénitence publique était encore usitée ^^ ^^ pénitence dans l'Eglise, quoique avec des modifications qui la rendaient bien moins sévère qu'elle n'avait été dans les premiers siècles. Ce banc attribué aux pénitents, qui se trouvait dans les églises, supposait aussi une place à part, et que de là ils faisaient à haute voix l'aveu des crimes dont ils s'étaient rendus coupables. On trouve encore des prescriptions relatives à la pénitence publique dans des synodes de 12S7ia).

Soit par conviction , et touché d'un repentir que cette My«tèw de sa nn dernière mésaventure pouvait bien réveiller en lui, soit parce qu'il conservait l'espérance d'échapper encore à cette nouvelle prison , Pépin se soumit humblement à une

(a) V. Mocquer, Abrégé de VhisUnre ecclés., II, lî.

pénitence trop méritée. On lui assigna pour sa retraite un monastère de Senlis (20), où il fut conduit aussitôt.

Là devait se terminer cette carrière si bruyante, si agitée et si peu digne d'un roi. On ne sait combien de temps il vécut dans cette solitude, où, après de si longs égarements et des scandales de tout genre, il dut se trouver heureux que la Providence lui eût ménagé pour ses derniers jours un moyen de pénitence qui le fît gracier au tribunal du Souverain Juge. Quant à la postérité, elle ne peut absoudre dé tels coupables. Les annales des peuples condamnent leur mémoire, et Thistorien se sent soulagé de n'avoir plus à s'en entretenir. Cette fin , pour n'être pas aussi tragique qu'elle aurait pu l'être, semble plus conforme à la miséricorde divine, qui s'exerce par la pénitence des coupables, et laisse au moins l'espérance de leur salut éternel. Le silence qu'ont gardé les contemporains sur les suites de cette réclusion n'autorise point à supposer, comme on l'a fait, que la fin de Pépin fut sanglante dans la solitude où il était confiné. Si l'on ne sait rien de ses derniers moments, si l'on n'entend plus parler de lui dans les chroniques de son époque, c'est sans doute que l'impossibilité d'en sortir sous l'étroite surveillance dont il fut l'objet, et peut-être une mort prématurée, empêchèrent toute préoccupation publique à son sujet. Cette raison semble plus naturelle que les conjectures gratuites d'un de nos annalistes poitevins («), qui veut absolument que le prince ait été tué en secret dans sa prison, ou à l'occasion de quelque tentative malheureuse pour recouvrer sa liberté. Il n'est pas plus permis de former des hypothèses de ce genre envers les juges que de calomnier les justiciables. Pépin avait à peine vingt-six ans, mais tous les genres d'excès avaient altéré en lui les sources de la vie. Les fatigues de luttes incessantes, les ardeurs de son insatiable ambition, le changement même de ses habitudes dans ce régime nouveau imposé à son

(a) La Fonlenellc, Rois et Ducs d'Aquitaine, p. 327.

tempérament, tout doit faire croire que le terme de son existence pût être de quelque temps avancé dans la captivité où se devaient expier ses débauches et ses trahisons. Rien donc n'autorise d'autres idées, et la preuve de sa mort obscure est tout entière dans ce fait que pas un mémoire du temps n'a prononcé son nom à partir de sa condamnation à Piste.

Pendant que se tenait la diète de Piste, Robert le Fort, i/?if„v2%oi?'u après s'être entendu avec Raynulfe, et que celui-ci se fut qîîSSÎî!*"* ^^ ^^' emparé de Pépin, avait cherché aussi à s'assurer de cet Humfroi, duc d'Aquitaine et comte de Toulouse, qui avait été si avant dans le parti du prince déchu, et qui peut-être ne s'en était séparé un instant que par un sentiment d'honneur qui lui faisait détester l'apostasie. En effet, on pouvait craindre que le monarque étant disparu, le duc ne songeât à travailler pour lui-même et à se rendre indépendant en son gouvernement de Gascogne. Il avait d'ailleurs soutenu aussi les prétentions du jeune Charles contre son père dans les affaires de ce mariage déplacé, contracté avec la veuve du comte Humbert, dont nous avons parlée»). Rien donc n'eût pu s'opposer à la légitime sévérité de Tempereur envers un sujet qui avait ainsi méconnu ses propres devoirs; mais Charles avait ses desseins. La disparition de Pépin rendait le trône si longtemps contesté entre les deux cousins plus disponible que jamais en faveur de son fils, et il importait de lui ménager un serviteur jusqu'alors dévoué et qui n'avait plus de motif pour cesser de l'être. D'ailleurs, une preuve d'indulgence ne pouvait que lui éviter de nouvelles défections d'un certain nombre d'Aquitains. Il reçut donc le comte dans ses bonnes grâces, et, au lieu de le faire condamner, il l'agréa parmi les siens et se contenta de son serment de fidélité. La même faveur fut accordée à plusieurs autres leudes du même pays, et tout fut préparé ainsi pour une restauration projetée en

(a) V. ci-dessiis, ad ann. B&î.

Aquitaine, où il ne semblait plus y avoir aucune opposition à redouter.

coDjpîraiion de^ Pourtant un danger se présenta aussitôt après qu'eurent iitiri te Fort et Râjf. été affermis ces éléments d'une paix si désirable, mais qui devait être si courte. On découvrit heureusement une trame ourdie contre Robert et Raynulfe, dans laquelle Charles le Chauve semblait lui-même impliqué pour sa part. Cette entreprise prouva trop bien une fois de plus que Tautorité qui pardonnait si souvent ne parvenait pas à se faire respecter.

Il y avait alors à la cour de Pempereur un seigneur nommé Bernard, fils de Bernard P' et de Bilichilde, et, par cette dernière, petit-fils du comte du Maine Roricon. Nous avons vu ce Bernard P', comte de Poitou de 815 à 832, et frère d'Emmenon, qui était alors comte d'Auvergne. Mécontent d'avoir vu l'empereur traiter avec tant de douceur le malheureux Pépin ; jaloux peut-être aussi de voir un autre que lui à la tête du Poitou, où avait commandé son père, il conçut la résolution de s'en venger sur les comtes Raynulfe et Robert. Les circonstances parurent servir son ressentiment, car il sut par des affidés qu'à un certain jour, pendant que la diète de Piste durait encore, les deux comtes devaient aller ensemble à la chasse dans une des iorêts voisines. Il feignit alors des affaires importantes, et obtint la permission de s'absenter. Il en profita pour dresser dans la forêt une embuscade où devaient tomber les chasseurs. Mais l'empereur avait eu vent de ce complot, et il envoya des gens de sa maison pour sauver les deux officiers et arrêter Bernard, qui fut assez heureux pour s'échapper ; mais il fut privé de son comté de Septimanie, qu'il possédait depuis quatre ans, et des terres qu'il avait en Bourgogne furent confisquées au profit de ceux qu'il avait voulu assassiner. On ne sait comment et par qui Charles put être persuadé que lui-même aurait été victime de la conspiration : raison de plus pour que le coupable tombât dans une plus complète disgrâce; mais dans le

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courant de cette même année, Bernard put faire parvenir à .l|

Tempereur la preuve qu'un aussi noir dessein ne lui avait

été attribué que par une calomnie, qu'il n'avait rien médité

contre sa personne, et Charles, convaincu, le dédommagea

un peu plus tard de la perte de ses biens en lui redonnant

le marquisat de Septimanie, dont il venait de dépouiller

Humfroi {a).

L'assemblée de Piste fut mémorable par des circonstances ftii^^^Jj^J d?*îSî- ^^ autres que la condamnation de Pépin, et dont quelques- f^ " ^ ^ unes surtout nous intéressent. Les rapports qu'a eus notre histoire avec celle de la petite Bretagne ou Armorique ne laissent pas sans quelque importance pour nous ce qui se passa à la diète à l'égard de Salomon. Ce prince y envoya des députés chargés de renouveler son serment de fidélité à l'empereur et de lui apporter cinquante livres pesant • d'argent, tribut ordinaire stipulé dans les derniers traités. Dans cette réception solennelle des envoyés bretons, Salomon fut qualifié seulement comte et non pas roi, ce qui prouve qu'il avait dû abandonner ses prétentions à cet égard, et qu'il ne traitait pas d'égal à égal avec le souverain de la Ffance.

Plusieurs lois de haut intérêt pour l'ordre 'public et le ^^!f^'7**"»p;y'*

t' r émaoétfs de la dièie

bien des particuliers furent faites aussi du consentement, dei-uic, y est-il dit, du roi, des seigneurs et du peuple (*). Ces lois, comme toujours, nous donnent une juste idée de ce qui se passait partout et de l'état moral de la nation, tombé si bas à la suite de tant de calamités qui l'accablaient. Après les ravages d'une contrée par les Normands, en Poilou comme ailleurs, les habitations ayant été détruites, un grand nombre de paysans, ne pouvant trouver les îTioyens d'existence, s'étaient livrés au brigandage, et enlevaient de force dans les villages le peu de ressources qui y restaient. Il n'y avait à exercer contre eux aucunes

(a) Art de vérifier les dates, ub. sup.

% Eiict. Pistense, ap. Baluze, Capitulaires»

lois répressives : comment les saisir eux-mêmes armés et en révolte? comment exiger des amendes et des restitutions de gens ruinés qui vivaient au jour le jour? Il fut arrêté que pour être absent de son domicile ou l'avoir abandonné, ce domicile' n'en resterait pas moins, aux yeux de la loi, celui de tout homme libre qu'on reconnaîtrait y avoir demeuré. C'est là que le viguier ou le comte pourrait le sommer de comparaître pour être interrogé et jugé. Dès lors, cette espèce de vagabondage n'avait plus de but : on no pouvait plus s'en prévaloir contre les juridictions judiciaires et pour infirmer leurs décisions.

Poids ei mesures. D'autrcs mesurcs furent encore prises, très favorables à l'ordre général, et nous donnent une juste idée de la législation de ce temps en des matières de la plus haute importance. Ainsi de profondes altérations s'étaient faites depuis longtemps dans certains usages intéressant beaucoup

Le prix du pain, l^t tranquillité publique. Le prix du pain, qu'il a toujours été d'une bonne police de réglementer à l'avantage des populations, était devenu arbitraire depuis que les lois étaient oubliées au profit des commerçants, et surtout des boulangers, dont la profession était de première nécessité, comme toutes celles où le public doit avoir ses garanties quant au poids et à la salubrité des comestibles. Les fauxpoids, les fausses mesures s'étaient imposés peu à peu, en effet, par suite du défaut de répression, et toujours au désavantage des pauvres gens, à qui les vivres n'étaient fournis que frauduleusement. La moralité publique souffrait de ces supercheries, qui s'appliquaient surtout au blé, à la farine, dont le boisseau variait à l'arbitraire des meuniers et des boulangers. Là donc furent employés- les soins intelligents des évêques, des abbés et des comtes, qui, chacun dans sa ville, restèrent chargés, jusqu'au retour dé l'ordre accoutumé, de régler le prix du pain et de faire veiller a la police des marchés ainsi qu'à la vérification des poids et mesures : c'était reconstituer dans ses éléments essentiels ce qu'avait partout de plus indispensable la police locale.

D'autre part, on voyait souvent des hommes, libres, mais EntwM aa recru

, . , , . 1 . 1 lement miliiAire.

soumis au service militaire auquel les capitulaires les avaient obligés, se dispenser de ce devoir en se réfugiant dans le' clergé ou dans les monastères. On mit un terme à cet abus en chargeant les chefs ecclésiastiques de s'entendre avec les comtes pour examiner Tétat de chacun et arrêter ou permettre cet élan, où le sacerdoce et les communautés ne trouvaient aucun avantagé. Ce qu'il y a encore de ^ çonnrmaiion do

^ T j droit comumier.

remarquable en ces décrets, c'est qu'on y trouve la preuve, bien constatée déjà, de la différence qu'on faisait entre les lois généralement adoptées dans les pays de droit romain, comme l'Aquitaine, et les coutumes locales apportées par les Francs sur le territoire conquis par eux. De là une distinction qui ne tarda pas à devenir générale entre le droit écrit du code romain et le droit coutumier qui resta en vigueur jusqu'à la Révolution française, tant était grand et fondé l'attachement que les provinces méridionales avaient pour leurs usages immémoriaux (a), L'édit de Piste montre que ces deux règles de droit existaient antérieurement à ses décisions qui en rétablirent l'usage oblitéré par les troubles de l'époque.

Ces capitulaires ne regardaient pas moins le Poitou et Réforme dés mon-

^ . ^ ^ oaies et des ateliers

les autres provinces situées au Midi de la Loire que celles moDéuiies. de la Neustrie et du Nord. Mais on fît aussi un statut qui regarda particulièrement notre pays, car il formulait une mesure relative à la monnaie de Melle. Le nombre des , . villes ou bourgs qui s'étaient arrogé le droit de monnayage était considérable sous la première race ;. il diminua un peu sous la seconde, mais encore y comptait-on par centaines ces lieux privilégiés, en dehors desquels il fallait compter encore les ateliers ambulants des rois, toujours prêts à frapper des pièces d'or ou d'argent dans les palais où ils suivaient Je souverain (*). De ce nombre par trop

fa) V. M» Girand, Précis de Vancien droit coutumier des Français, passim. -* Montesquieu, Esprit des tois, lib. XXVlil, c. iv. (b) Y. une liste nombreuse de ces lieux monétaires dressée par M. Adrien do

exagéré était résulté un abus fort regrettable dans Taltération imposée trop souvent à la matière et au poids des

i.'Aieiier dé Meuc. nionnaies. Le remède à ce mal était, sans contredit, de diminuer considérablement le nombre des ateliers. Ils furent réduits à dix, parmi lesquels continua de figurer celui de Melle, encore habituellement occupé, et dont les types de cette époque ne sont pas introuvables dans nos cabinets. On regarde même que cet atelier, vu l'abondance de ses mines, était le principal de l'époque carlovingienne, et que le centre de l'exploitation et du monnayage était le château voisin de Meudoc, qui n'existe plus depuis longtemps. Le nom de ce lieu se retrouverait dans le mot Medolus^ inscrit sur beaucoup de monnaies du temps (21). On disposa aussi qu'une refonte générale des monnaies serait faite, et le rapport de l'or à l'argent réglé désormais dans la proportion d'un à douze. Ce nouveau statut ou édit ne fut guère applicable qu'aux pays d'outre-Loire, que Charles le Chauve mentionnait spécialement, déclarant ne vouloir atteindre par lui aucune des provinces méridionales. Mais il faut bien comprendre pourtant que cette dernière mesure adoptée sur la valeur relative des deux métaux dont se fabriquaient les monnaies devait avoir cours dans l'Aquitaine comme dans la Neustrie, les monnaies de Melle étant fort répandues, et l'unité de leur valeur devant être la même dans les transactions commerciales des deux pays.

Origine des foires Nous vcuous de parler des marchés dont les comtes et

etnwrciiés. jgg dignitaires du clergé étaient chargés de refaire et de

régler la police. Il est bon de savoir ce qu'étaient alors ces réunions populaires, qu'avait fondées d'abord chez les peuples chrétiens ce sentiment religieux qui attirait les. foules à certaines fêtes. C'étaient ou les solennités principales de l'année, ou des translations de corps saints, ou des anniversaires commémoratifs d'une cérémonie où la

Lon^errier dans V Annuaire de Vhistoire de France, iSil, p. ÎH et saiv.; et Dictionnaire géographique de l'histoire monétaire de la France, par M. Raymond Serrure, in-S», Paris, 1886.

religion conviait les populations voisines. Ce fut Poccasion

de célèbres pèlerinages ; des indulgences obtenues des papes

par les églises ou les abbayes y augmentèrent Taffluence.

On accourait donc en grand nombre, apportant des vivres

pour passer des journées entières, des nuits même et

plusieurs jours. Mais quelquefois en venait de fort loin ; le

transport des denrées devenant difficile en des chemins

rares ou peu praticables, des marchands s'ingénièrent

d'apporter des comestibles, auxquels s'ajoutèrent [bientôt

d'autres objets d'approvisionnement ou de convenance, ce

qui fit que le commerce y arriva en même temps que la

dévotion, et que des transactions plus considérables et des

rendez-vous d'affaires s'y tinrent à des époques convenues.

Telle fut la véritable origine de ces assemblées que Dufour

osait attribuer, avec son esprit sceptique et antichrétien , à

ravariee des moines s'efforçant d'instituer les foires et

marchés à leur profit, sous les auspices de reliques vraies

OM fausses j dit-il (tf). Mais ces agglomérations d'individus

amenaient souvent des accidents ou avanies inséparables

de tels concours, et il leur fallut une police qui émana

d'abord de l'autorité royale, puis des comtes ou des

seigneurs, et même des abbés. Les fondateurs se réservèrent Le„ organisation

sur le lieu, qui souvent était de leur territoire, un droit de '*****'

péage ou de location, quand le roi ne le retenait pas pour

lui, ce qui était assez fréquent. Nous voyons cela établi en

particulier à Charroux dès le xii® siècle, où les chartes le

mentionnent pour la première fois, mais sans préjudice de

ce même droit acquis bien antérieurent, et dont les titres

ont péri avec tant d'autres (^). L'article xix du même édit

de Piste, auquel nous empruntons ces renseignements,

obligeait chaque comte à dresser un état de tous les

marchés existant sur leur territoire, et à l'apporter à la

prochaine diète, afin d'interdire ceux qu'on jugerait

[a) Mam$c., p. 48.

(b) Noire Higt, de Charroux, c. xiv, nos 3, 45, 7, et p. 409 et 436.

Les flirts H ki parcbéâ en Foiloa.

superflus, aussi bien que ceux dont la création ou le déplacement aurait eu lieu sans Pagrément du monarque, et de rétablir ceux que Parbitraire des seigneurs ou le caprice des particuliers aurait pu faire disparaître. Rien que de sage en toutes ces dispositions qui remontaient à Charlemagne, véritable promoteur de toutes les mesures de bon gouvernement dont les rois usèrent ensuite, et dont notre temps, qui les avaient vu maintenir jusqu'ici, s'est maladroitement dépourvu. La seconde moitié du xix® siècle a vu abolir la taxe du pain, celle de la viande, le ban des vendanges et d'autres précautions protectrices de la sûreté publique. Ce peuvent être des moyens révolutionnaires tirés des cerveaux affaiblis de nos modernes novateurs : ce ne seront jamais des garanties pour les honnêtes gens livrés en proie aux déprédations de toutes les conditions inférieures.

Les traditions de ce temps ne nous donnent que peu de détails sur les marchés et foires qui durent avoir en Poitou quelque célébrité à cause de leur importance commerciale. On ne peut douter qae les grandes cités telles que Poitiers, Niort, Fontenay, Saint-Jean-d'Angély, et d'autres moindres comme Loudun, Melle, Thouars, Luçon et Saint-Maixent, n'eussent obtenu à des époques marquées ces grandes réunions où la vie civile se développait plus activement. Les abbayes durent aussi avoir les leurs, tant pour la vente de leurs denrées que pour Pacquisition des instruments agricoles et des animaux d'exploitation. On vit cela surtout à Charroux, à Saint- Savin, à Saint-Maixent, à Saint-Benoît de Quinçay, à Saint- Jouin de Marnes. Mais ces notions sont rares dans nos études. Nous n'y rencontrons guère que des localités assez difficiles à déterminer aujourd'hui, comme Caïoca(a)^ dépendance inconnue de la collégiale de Sainte-Radégonde, très peu éloignée peut-être de cette église, qui voyait réunis,

(0) Peut-être Couhé.

chaque année, autour de son parvis, dans l'octave de sa Patronne, de nombreux marchands accoutumés à y revenir depuis la fondation du monastère. Il y avait certainement aussi une ou deux foires annuelles à Déas, puis à Falchrodum, non loin de là, au pays d'Herbauge, mais dont la position est inconnue (a). Poitiers avait aussi sa foire de Saint-Hilaire, installée autour de sa basilique; la cathédrale avait sa foire au lard, qui se tenait le jeudi saint. Ces foires s'ouvraient ordinairement le jour [de la fête patronale, d'où leur nom latin Feriœ, dont on voit que le nom français vient directement. Quant aux marchés qui n'attiraient qu'un concours bien moindre, composée surtout des paysans apportant à la ville des objets de consommation pour la vie domestique, on ne les tenait guère qu'une ou deux fois par semaine, et particulièrement le samedi, mais jamais le dimanche.

En revenant donc aux principales prescriptions de l'édit de Piste, on voit qu'elles sont d'un haut intérêt dans notre histoire, puisque, sans être destinées entièrement au Poitou, qui suivait le droit coutumier, elles y rétablissaient pourtant des habitudes trop négligées, et y reconstituaient en beaucoup de choses les éléments altérés de l'ordre public.

Signalons encore quelques faits qui se rapportent à cette année, et qui nous serviront de points de repaire pour un prochain avenir.

Ce serait dans le cours de 865, d'autres disent de 867, que Gonnenéettèiitsde mourut Ecfrid, abbé de Saint-Hilaire de Poitiers. Quelques- HiSarJ'' uns croient qu'il fut remplacé par Launon, qui aurait été fils du comte Robert. Mais il paraît que Launon était à la même époque abbé de Notre-Dame-la-Grande (*), ce qui n'aurait pas été cependant une incompatibilité, lorsqu'on se faisait encore peu scrupule d'occuper à la fois plusieurs bénéfices. Quoi qu'il en soit, Ecfrid fut remplacé dans

(a) D. Bouquet, uh. mp.

{b) D. Fonteneau, t. XXI, p. 246.

R«4UiiTiitU>Qiiai|]oniïtère de Sicierge.

Tabbatiat de la première de ces collégiales par un personnage qui allait se produire chez nous avec un grand rôle, lequel devait durer plusieurs années. Il s'agit de Frottier ou Fro taire, membre d'une des plus considérables familles du Poitou, plus connue aujourd'hui sous les noms de la Messelière et de Bagneux (22), deux villages poitevins des communes de Queaux (23) et de Persac (24).

Il avait été nommé à l'archevêché de Bordeaux en 858, par Charles le Chauve. Cette même année, on le voit au concile de Touzy, et en 862 à ceux d'Aix-la-Chapelle et de Soissons. Bientôt les invasions que les Normands firent dans sa ville le forcèrent à l'abandonner. Nous le verrons s'efforcer de retrouver ailleurs ce qu'il y avait perdu, attachant surtout ses prétentions au Siège métropolitain de Bourges. Quant à son abbatiat de Saint-Hilaire, il paraît^ par la liste de ses successeurs, qu'il n'y conserva cette dignité que jusqu'en 868, où nous la voyons dévolue de nouveau à un duc d'Aquitaine, dans la personne de Raynulfe II, qui en fut le seizième titulaire depuis saint Just^ le disciple du grand Docteur.

Un autre monastère moins important, mais dont nous avons raconté l'origine fa), avait tellement souffert des invasions des Barbares, qu'il fallut songer à le relever cette même année 885. Nous parlons du prieuré de Sacierge (25), sur la frontière occidentale du Poitou, et situé sur des terres qui appartinrent ensuite au Berry. Les moines de Saint-Benoît du Sault, dont il n'était éloigné que de deux à trois lieues au Nord-Ouest, s'en étaient fait une succursale^ on ne sait guère à quelle époque précise. Mais lapetite demeure avait partagé le sort de la maison-mère, et n'était plus qu'un monceau de décombres. Charles le Chauve songea à y faire revivre le nom de Jésus-Christ et le saint exercice de la prière. Dans ce but louable, et que s'explique toujours une foi bien entendue, il envoya un moine d'autant

(aj \\ ci-dessus, ad ann, 661.

de piété que d'intelligence vers le lieu abandonné, avec ordre d'y bâtir un petit monastère pour deux ou trois moines seulement. Raganarius, c'était le nom de ce religieux, partit aussitôt, accompagné d'un prêtre séculier nommé Sigebert, et ensemble ils eurent bientôt accompli leur sainte mission. Dieu recommença d'être honoré dans ce désert ; une paroisse y fut fondée , qui devint plus tard une agglomération assez considérable de colons vivant autour d'une belle église romane.

Mabillon rapporte dans ses Annales {a), d'après les sources du temps, qu'un seigneur du pays, nommé Etienne, s'était emparé, après la ruine de Sacierge, d'une vigne qui, de tout temps, au dire de tous, avait appartenu au prieuré. Après la reconstruction de 865, les nouveaux possesseurs lui adressèrent une requête pour qu'il eût à la leur restituer, ce qu'il refusa nettement. Il se vanta même qu'il ne la rendrait jamais de son vivant, et déclara qu'il ferait un mauvais parti à qui oserait lui en reparler. Dieu se chargea de vider le procès dans les termes mêmes du mauvais défendeur. Il fit peu après une chute de cheval et se brisa le corps. Une maladie de langueur s'en suivit et amena sa mort. Un des narrateurs de ce fait, moins sage que le docte Bénédictin qui le raconte purement et simplement, fait observer naïvement que « les moines attribuèrent Paccident et ses suites à l'usurpation de leur propriété, qu'ils reprirent aussitôt, sans que personne osât la leur disputera. » N'était-ce pas une preuve très sensible que les héritiers pensaient comme eux?

{a) Annal. Bened., t. III, p. 33.

[b] La Fontenclie, Rois et Duc$ d'Aquit.y p. 327.

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Note 1

Tbuzey, et non pas Thusson, comme l'a dit Dreux du Radier \Hi^t^ liitér.j\,l%), Tusciaeum, Tusciaeense ;ïi^Q^i plus qu'un village de quelques fôu:s, dans la Meuse.

Note 2

Vaucouieurs, ValîU Colorum, près Domremy, où naquit Jeanne d'Arc ; sur la Meuse^ et chef-lieu de canton de 2 à 3,000 habitants.

Note 3

La Camargue, Camaria, lie de la Provence, formée par les deux embouchures du grand et du petit Rhône, à la pointe méridionale du département qui a pris leur nom.

Note 4

Déols, DeoluSj fut le premier nom du lieu que les chartes du moyen âge appellent souvent Vieus Dolensis, Burgum Dolense. C^était, dès le vi* siècle, une église de Saint-^Ludre (Ludor), ioni parle Grégoire de Tours ; puis ce devint un petit monastère que les Normands renversèsent, et qui fut remplacé au x« siècle par celui dont nous parlons. Le don de la villa, on le voit, fut antérieur à cette dernière reconstruction. (V. Beaunier, Bénéfices royaux, t. I, p. 233,) — La vitïe de Châteauroux a succédé au monastère lorsque la principauté de Déols fut transportée, par le duc Radulfe ou Raoul, à quelque distance, dans un emplacement plus favorable à la construction d'un château, lequel donna son nom à la nouvelle ville qui rentoura bientôt, Castrum Radulji.

Note 5

Cf. Fauveau, Calendrier manuserit de la cathédrale de Poitiers, mihi, p- 231. — L'assertion de ce manuscrit sur la présence d'Ingenald à côté de Grenantius n*est pas plus motivée que celle qui regarde Soissons; mais Fauveau avait sans doute écrit cela d'après des documents.

Note 6

Lirado pourrait ôtre aussi Liréj Liriacum, entre Saint-Florent- ]e-Vieil et Champtoceaux (Maine-et-Loire). Mais la proximité de Luré et de Déols mettait toutes les probabilités de ce côté-ci. Luré est un chef-lieu de canton du Cher, sur la rive droite de TArnon. Il n*a que 6 à 700 habitants.

Note 7

Vicaria Exidualensis, que La Fontenelle a prise, en traduisant mal ce dernier mot, pour la viguerie A'Exoudun, dans le canton de la Mothe-Sainte-Héraye (Deux-Sèvrës). Cette grosse faute vient évidemment de la ressemblance entre Exoudun et Exidualensis, Il n'en est pas moins vrai que, tout en ignorant que la forme Exidualensis est la plus ancienne qu'on trouve appliquée à Civaux, qui n'a reçu celle de Sieoalensis, Exsioalis, Exeivalensia, que depuis la seconde moitié du x* çiécle, c'est, disons-nous, par suite de cette ignorance, que notre géographe a placé dans la viguerie d'Exoudun des villas qui n'y ont jamais été, et l'on pourrait s'égarer avec lui si nous ne prévenions ici de la méfiance que méritent de tels renseignements. Nous les aurons corrigés ici en attribuant à la viguerie de Civaux tout ce qu'il a donné sans fondement à celle qu'il avait eu vue. (Cf. Archives historiques du Poitou, t. III (Chartrier de Saint" Cyprien, p. 440); — Mémoires des Antiquaires de l'Ouest, XIV, p. 9; — ibid., V, p, 370 et 389 ; — -.Redet, Dictionnaire de {a Vienne, p. 123.)

Note 8

Ce terme ad mansiones signifie proprement aux maisons, ou près des maisons. On le rencontre souvent sans aucune autre détermina^ lion et déjà depuis longtemps à cette époque et bien plus tard. C'est donc un terme assez vague en lui-même, et qui pourtant désignait des lieux connus, mais assez isolés, et que ne distinguaient aucuns caractères particuliers. Ils étaient posés dans les plaines, le long des voies, et devenaient parfois un lieu de repos pour les voyageurs. Je ne voudrais pas assurer même que cette dénomination ad mansionem istam ne s'appliquât point parfois à quelques ruines d'anciennes maisons abandonnées et qui servissent à désigner un endroit que rien ne distinguait autrement. La villa dont il est ici question n'avait eans doute pas encore de nom bien arrêté, étant peut-être nouvellement établie, et voilà pourquoi dans la charte on la nomme villa ad mansiones. Au reste, ce mot mansiones, dont la racine est dans le verbe latin manere, demeurer, avoir mansion, notre mot maison en est venu

satarellement. Cest aussi l'origine du mot latin que le moyen âge avait dérivé de la môme source : mansuSj manaumj et parfois mansa, était devenu au ix* siècle, et môme plus tard, le type et comme Fétalon de la propriété territoriale. C'était comme une fermé avec demeure rurale dont les terres restaient toujours au môme point sans varier aucunement dans leur étendue. Cette étendue variait selon les lieux, et de ces variantes on peut conclure que chaque man^e n'avait guère en plus ou en moins de cent vingt ares de notre arpentage actuel. C'est de là aussi que le midi de la France a formé son mot maa, qui indique une propriété rurale, une ferme quelconque dont le nom est devenu si souvent celui du fief ajouté au nom de famille. On trouve beaucoup plus de détails que nous ne pouvons en donner ici dans Ducange, et dans le Commentaire de Guérard sur le Polyptique d'irminon. C'est de ces différentes évaluations qu'on est arrivé à distinguer dans le langage de l'économie domestique la mense seigneuriale, la mense épiscopale, la mense canoniale et abbatiale, pour exprimer les revenus des biens du seigneur, do l'évoque, du Chapitre ou de l'abbé dans les différentes hiérarchies sociales.

Note 9

L'Esterp, Séirpum, Stirps, fondée vers 1010, dans la Marche limousine, près Confolens (Charente), alors au diocèse de Limoges, Saint Gauthier en fut abbé et y mourut en 1070. Aujourd'hui bourg de 1,500 âmes.

Note 10

Verrières, Verrerdj Vedrerias, à 2 lieues Ouest et du canton do lussac ; 1 ,000 habitants.

Note 11

V. Redet, Dictionnaire topographique de la Vienne, p. 389. — M. Bellicaud, curé de Verrières, fit relever cette chapelle, qui tombait en ruines. Le pas gravé dans le roc, près du sanctuaire, n'est plus depuis longtemps qu'une profondeur sans forme définie» causée par le frottement des pieds et des mains qu'y ont fait tant de pèlerins attirés le dimanche de chaque année qui suit le 13 août par la dévotion à la sainte. On y vient de 40 kilomètres à la ronde.

Note 12

Chronie. Malleac. ; — Annal. Bertin. — Ce fait de l'apostasie de Pépin a été nié; mais on ne lui oppose que des preuves négatives contre les assertions des auteurs cités ici. Pourquoi, d'ailleurs, défendre contre up crime de plus le fauteur de tant d'autres que soq

orgueilleuse ambition expliquait trop? L'histoire n'apprend-elle pas à quoi peut mener ce' double sentiment? Napoléon ne fut-il pas musulman en Egypte; Bernadette, sous ses auspices, luthérien en Suède; et le nombre est-il petit de ceux qui, dans ces derniers temps, ont laissé flotter à tous les vents politiques le drapeau, teinté tour à tour si diversement, de leurs opinions et de leur foi?

Note 13

Saint-Maixent-le-Petit, commune d'Hains, canton de la Trémouille (Vienne). On ignore le nom actuel, qui correspondrait à Ratiaeensis. M. de la Fontenelle l'a placé à Âzat-le-Riz, mais n'est pas suivi en cela, ce dernier lieu étant en Limousin.

Le Blanc, Oblineum, ville gallo-romaine, sur les deux rives de la Creuse, de 6,000 habitants, avec des monuments du moyen âge. Elle est au département de l'Indre.

Note 15

Mémoires des Antiquaires de VOuest, X, 95; XIV, 419; XX, 32. — Bulletins, VI, 291. — - Hains a longtemps trompé les érudits, qui croyaient à son identité avec le Fines qu'on lui a donné longtemps pour synonyme, mais dont le nom se trouve originellement dans celui d'Ingrande, posé plus au Nord sur la petite rivière d'Anglin, et sur la limite du Berry. L'on voit donc qu'il ne faut pas confondre cet Ingrandes avec la localité de ce nom qui forme un chef-lieu de commune sur la Marche de la Touraine et du Poitou. Le Hains dont il s'agit ici, et dsms lequel on a voulu voir un dérivé de Fines, n'a jamais eu ce nom dans aucun des anciens titres qui s'y rapportent. On le voit nommer en 9hiAgenti; au siècle suivant, c'est Âen^ puis au XIII*, de Haento, Haanz ; enfin Hans au xiv* dans le Fouillé de Gauthier de Bruges. Cette dernière forme explique parfaitement, sans que Fines y entre pour rien, comment, en 1483, on est arrivé à Heyns, qui, à travers plusieurs autres variantes indiquées par M. Redet, finit par être en 1782 le Hains que nous avons encore aujourd'hui. Voilà donc ce lieu repoussé bien loin de l'honneur qu'on lui a fait longtemps de représenter le Fines, qui ne peut s'appliquer réellement qu'à l'Ingrande du Berry.

Quoi qu'il en soit, Hains, sur le territoire duquel se trouvait le prieuré de Saint-Maixent-le-Petit, était, on le voit, une très ancienne localité, puisqu'elle figure dans des actes du milieu du x* siècle. Dès cette époque, elle avait une église paroissiale de Saint-Michel, dont

NOTES DU LIVRE XXXIIi 187

]m restas se retrouvent encore dans son église actuelle, où Ton peut reconnaître des caractères de son âge primitifen dépit des nombreux remaniements qu'elle a subis à diverses époques. Sa tour fut rebâtie en 133^1f avec des pierres provenant des tombeaux creusés en auges pour le cimetière voisin. Le bourg, qui est aujourd'hui du canton de laTrémouille, a 800 habitants. La cure dépendait, avant 1790, de Tévéque de Poitiers. Le curé était archiprètre de Montmorillon.

Note 16

Villemortf mat à propos écrit Villemont par quelques-uns, près et à 3 kilomètres au Sud-Est de Saint-Savin, du doyenné de cette ville^ n'a guère que 200 habitants. Le patron de l'église paroissiale est Eaint Maixent, et la cure était à la présentation du seigneur. Villemort a encore son joli château du xvi^ siècle, restauré par son praprîêtaire actuel, M. de Terrasson, avec autant de goût que d'intelligence. Une suite de seigneurs porta le nom de ce village depuis le xiii° siècle. Il n'eut de paroisse qu'en 1776, par un emprunt ([MB fit M^ de Beaupoil de Saint-Âulaire d'une petite portion de son territoire. Cette cure fut rétablie en 1810, et fait partie du canton de Saint-Savin.

Note 17

Séronne, aujourd'hui Châteauneuf, sur la Sarthe, chef-lieu de canton de Tarrondissement et â 7 lieues Est de Segré (Maine-et- Loire). Elle a 1^400 habitants, et s'appelait Séronne jusqu'à ce qu'en 1131 le comte d'Anjou Geoffroy le Bel y fit construire un château qui donna son nouveau nom à la ville.

Note 18

Besly, ibid,^ p. 181 et 187. — D'après les Chroniques normandes et celle de Mont-Dieu ou Mont-Deu, ce lieu, Mons-Dei, était. un monastère de Prémontrés, bâti vers 1200 sous la dédicace de saint Martin, au diocèse de Lisieux, et à 2 lieues au Sud de cette ville, iur TAure,

Note 19

AnnaL Bertin,^ ad ann. 865. — Chronie. Adonis/ ihii. — Cette dernière chronique est une des plus importantes du ix* siècle par Sun intérêt, par son style et par l'érudition de bon goût dont il y est fait preuve* L'auteur était archevêque de Vienne, d'une sainte vie et d*nne profondeur théologique dont témoigne sa Chronique universelle, qui va de la création du monde jusqu'au règne de Louis le Bèpe en 877. Adon composa aussi un Martyrologe qui porte son

nom, mais qui n'est ni aussi complet ni aussi' exact que celui d'Usuard, son contemporain. Aussi laborieux que savant, il écrivit jusqu'à la dernière année de sa vie, qui finit en 875. Sa chronique, qui est curieuse pour l'histoire de cette époque, se trouve dans le seizième volume de la Bïbliotheea\Patrum, et dans le cent vingt* troisième de la Patrologie latine de JMigne.

Note 20

Senlis, Syloanedum, et sous les Romains, Augusiomagus j très ancienne ville de fondation romaine, de l'ancienne Ile-de-France, à 10 lieues Sud-Ouest de Paris, sur la Nouette, qui se jette dans l'Oise. Le monastère dont il s'agit ici n'est pas connu; déjà,. sans doute, il était alors une collégiale de chanoines réguliers, où la vie ne devait pas être très difficile à Pépin. — Seulis est une des souspréfectures de l'Oise, avec une population, de 5 à 6,000 habitants.

Note 21

M. Lecointre, Essai sur les monnaies du Poitou, dans les Mém. des Antiq. de l'Ouest, VI, 299. — Quoi qu'il en soit de cette attribution favorisée par deux hommes d'une compétence établie, nous croyons devoir faire observer à cette occasion qu'on ne peut guère s'appuyer que sur des conjectures insuffisantes pour voir dans le Medolo du triens indiqué ici le nom de notre ville de Melie. Ces noms mérovingiens, en effet, sont chargés de variantes infinies, qui ' toutes servent à tromper la sagacité la plus exercée, quand on n'a, pour les reconnaître, que la lecture des monnaies. Nous voyons Melle ordinairement traduit par Metulum, Metalum, Metullum. D'autres l'écrivent encore Metaurs. Est-ce une modification du Medulum que uos savants traduisent par Médoe, Castrum Medulensef Est-ce de cette forteresse, antérieure peut-être à la ville, que celle-ci aura pris son nom? Toujours est-il que voici une pièce d'attribution romaine qui porte comme nom d'atelier : Medolo, Ici, la variante, il faut l'avouer, est d'une rare distinction. Ceux qui veulent y voir le Melle du Poitou ne pourraient-ils pas y découvrir aussi bien cet autre atelier des Cénomans, domaine fiscal situé au vi^ siècle près du Mans, sur l'Onille, nommé alors Madoallus, selon MM. de Longperrier (Annuaire historique, 18il, p. 199) et Cauvin {Ancienne géographie du Maine, in-4*, p. 386), qui en font en 538 un domaine de Childebert P' ? On voit combien sont hasardeuses ces études où l'on est obligé de marcher si souvent en des sentiers inconnus, et où les véritables savants arrivent si rarement à des affirmations indubitables. Il est certain que maintes fois des spécia-

listes se trouvent embarrassés au milieu d'épaisses ténèbres ; ils se confient à d'autres qui ne trouvent pas mieux : mais les conjectures surviennent; on les multiplie, on les adopte, elles passent à l'état de possibilité, puis une sorte de certitude arrive, et voilà que deux ou trois chercheurs finissent par former un groupe qui bientôt fait autorité. Rien donc de plus conjectural que la science numismatique en un très grand nombre de cas, et nous ne savons si aucune science» I au siècle qui passe pour être aussi quelque peu absolu, mérite plus cette mauvaise note que ce qu'on appelle la science des médailles.

Est-ce à dire que cette science soit donc à dédaigner ? Nous nous garderons bien de le dire. Au point de vue de l'histoire, de l'art, du symbolisme antique et de l'esthétique chrétienne, cette étude est d'un pressant besoin, et devient une très importante branche de l'archéologie. Mais elle doit être traitée avec beaucoup de maturité \ i

elle demande une recherche attentive des éléments qui la constituent, des gisements métallifères, de la géographie locale, des idiomes qui s'y rattachent, et tout d'abord, pour peu qu'il y ait divergence sur 1

un point discuté , elle exige une certaine méfiance qui amène la réflexion et dirige plus sûrement vers la vérité. l

Note 22 S

Cette famille est encore représentée aujourd'hui à Poitiers sous |

le nom de Frottier de la Messelière, qu'elle avait pris du château de i

ce nom, situé dans la commune de Queaux, canton de l'Ile- Jourdain. Les plus anciens titres de ce domaitie ne remontent qu'au commencement du xiv* siècle (1304). Mais il devait être bien anté-^ rieur, et il figura fréquemment dans les luttes des xii** et xiii* contre l'Angleterre. Ce qui est certain, c'est que les Frottier, depuis le ix% laissent leurs traces à toutes les phases de notre histoire. Ils portent ( d'argent au pal de gueule, accosté de dix losanges de môme, posés à dextre et à senestre, 2, 2 et 1 ».

Sans nous arrêter à ceux des membres de cette famille que notre

histoire devra bientôt mentionner avec détails , nous devons savoir

qu'à l'époque où nous sommes plusieurs de ses membres occupaient

en même temps ou un peu plus tard les sièges épiscopaux de

Poitiers, de Tulle, de Périgueux. C'est du comté d'Alby, où ils

paraissent avoir occupé un rang dans la noblesse du pays, que les

Frottier s'étaient ainsi répandus dans les provinces de l'Aquitaine.

I Ils s'y firent des positions distinguées dans le clergé, où ils figurèrent

I souvent comme bienfaiteurs de quantité de monastères. On les vît

I en grand nombre s'affilier à la première noblesse du pays et se

distinguer aux croisades.

C'est un Ck>lin Frottier, seigneur de Chamousseau, près Queaux, et d'autres lieux, qui fonda la branche de la Messelière par son mariage, vers 1440, avec une dame de ce lieu, et fut gouverneur de Poitiers. De ses quatre fils, Guy, l'ainé, continua sa filiation. C'est lui qui établit, au xiv« siècle, le couvent des Cordeliers de la Raslerie, près Queaux. Dans la suite, on voit les Frottier s'allier aux nobles familles deTaveau, de Chauvigny, de Lusignan, de Rechignevoisin; on les voit s'échelonner de règne en règne depuis les époques les plus reculées de la Monarchie française, servant nos rois dans les rangs les plus honorables de l'armée, de la cour et de l'administration civile, jusqu'aux jours néfastes de 1793, où l'un des derniers de cette branche, non marié, Bonaventure Frottier, marquis de la Messelière, alla expier au bagne de Rochefort le crime d'avoir voulu arracher au vandalisme des anarchistes ses titres de noblesse. Le dernier représentant de ce beau nom est aujourd'hui M. Charles de la Messelière, officier supérieur au 25* de ligne.

La branche de Bagneux tirait son nom distiuctif du village de Bagneux, situé dans la commune de Persac, canton de Lussac (Vienne). Ce lieu est indiqué dans les chartes datées de 1260. C'était, en 1609, un ancien fief relevant du marquisat de Lussac, et qui entra dans la famille par le mariage de Charles Frottier, seigneur des Roches-sur- Vienne, avec sa cousine Renée Frottier, dame de Bagneux.

Deux autres branches, celles de l'Espinay et de la Coste, ont marché parallèlement aux deux premières depuis deux ou trois siècles, se sont signalées à divers titres dans l'état militaire ou les hautes fonctions de la magistrature civile, et possédèrent, outre les seigneuries précédemment citées, celles de Preuilly, d'Âzay*le- Fréron, de l'Escorcière, de Melzéard, et de Pressac.

Note 23

Queaux. A l'extrémité Nord du canton de l'Ile-Jourdain (Vienne), est assis, sur la rive gauche de la Vienne, un gros village de 1,600 habitants, dominant la vallée où le fleuve coule à pleins bords. Sur la pente de la colline où Queaux se développe en amphithéâtre, coule jusqu'à la rivière une source abondante qui n'est pas un des moindres agréments de ce lieu pittoresque et animé.

Une charte de Pépin P', roi d'Aquitaine, donnée en 826, maintenait Tabbaye de Sainte-Croix de Poitiers en possession du péage sur les marchés qui se tenaient en ce lieu nommé dans cet acte Coiaea, On n'a aucune preuve que ce mot doive s'appliquer à Queaux, car il irait aussi bien à Couhé, qui est également, au xi** siècle, Coacus

et Coiacum. Quoi qu'il en soit, Queaux, qu'on prononce Quiaux, est I

un lieu de très ancienne dénomination qu'on peut croire celtique,

car le village tout voisin de la Mothe possède encore un tumulus

entouré d'un fossé, qui témoignerait à cet égard. L'époque romaine 1

s'y aifirme aussi par des restes de retranchements militaires, et par '

la trace encore très reconnaissable de la grande voie qui conduisait

directement de Limoges à Angers par Poitiers. Mais le moyen âge

s'y représente surtout par Tégiise de Saint-Martin, dont le vocable

remonte probablement jusqu'aux origines chrétiennes de la contrée.

Ce monument, dont le clocher est moderne, a un porche roman,

une seule nef et une déviation des plus considérables de l'axe tracé

de l'Est à l'Ouest. Ses fenêtres plein-cintre sont de proportions très

élégantes. Le style général accuse le xi^ siècle.

Et pourtant les plus anciennes chartes qui parlent de Queaux en barbarisent le nom en Queleis, QueOj QueaSj Quella^ jusqu'à ce qu'enfin nous voyons naître Queaux^ absolument comme aujourd'hui, [

à la fin du xiv^ siècle. La cure fut à la nomination de l'abbaye de Charroux au moins depuis le xiii®. Nous y avons trouvé en 1843 un fer à hostie de cette époque.

La famille de laMesselière posséda très anciennemenCla seigqeurîd d'où elle avait pris son nom. Mais elle y donna un exemple remarquable d'une rare et louable application à se perpétuer et à s'étendre sur son territoire en y fondant des établissements considérables qui y devinrent autant de fiefs. Son plus ancien domaine, en partie ruiné, mais dont le premier étage subsiste encore, garde toujours, dans une vallée profonde au Sud de Queaux, sa forme carrée flanquée de tours rondes, élevées, et que surmontent une suite d*imposants mâchicoulis du xiv» siècle. Au xvi* furent construits trois autres châteaux : l'un à Chamousseau, dans un frais vallon arrosé par un afSuent de la Vienne; un autre au Fougère, dominant aussi la vallée de sa masse rectangulaire ornée de tours ; le troisième enfin à Beauregard, dont le sol s'imbibe d'eaux profondes et sinueuse:?. C'est en face de Beauregard, et sur le penchant du coteau opposé, vers l'orient, qu'aurait été bâti pour des Cordeliers, au xin* siècle, le couvent de la Raslerie, qui servit de dernier asile à plusieurs membres de la famille de la Messelière, dont on y lisait les épitaphes avant la ruine de la chapelle et de la maison , qui existait encore en 1670. On ferait une intéressante histoire de ces nombreux domaines et des maisons nobles qui les avoisinaient , car on y rattacherait des noms et des souvenirs glorieux de notre province.

La paroisse de Queaux était, avant 1790, de l'archiprètré de Lussac^le-Château, et relevait de la môme ch&tellenie. [Elle avait

sur son territoire un prieuré de Sainte-Catherine de Grand-Chaume appartenant à l'abbaye de Charroux, et dont on a des actes de 1169. Le fief attaché au prieuré était encore qualifié châtellenie en 1770, et le prieur y avait le droit de haute justice.

Nous ne voulons pas terminer cette note sans faire remarquer une erreur répétée par MM. Redet, dans son Dictionnaire topographique de la Vienne, et Beauchet-Filleau, dans son Dictionnaire des familles du Poitou, L'un et l'autre datent du 8 septembre 1416 la charte de fondation du couvent de la Raslerie, et tous deux attribuent cet établissement à Guy de la Messelière, qui naquit vers 1641. On voit l'anomalie, et comme il est impossible de concilier ces deux dates. C'est peut-être à Colin de la Messelière, le père de Guy, qu'il faudrait en attribuer la fondation. Et pourtant les moines eux-mêmes en parlent, ce même jour 8 septembre 1414, comme étant de cette date précise. Explique qui pourra.

Note 21

Persac, gros bourg de 1,900 âmes, à égale distance de la grande et de la petite Blourde, qui remontant des environs d'Oradour, dans la Marche limousine, vont se joindre à la Vienne vers le Sud vis-à-vis les ruines de la Raslerie. C'est le chef-lieu de commune le plus peuplé du canton de Lussac-le-Château. On n'y trouve aucunà souvenirs historiques dépassant le milieu du moyen âge, sinon k quelque distance Sud du village, et posé sur la route de Châtellerault, au lieu dit le Mas, entre la grande Blourde et la Vienne, un reste à peine reconnaissable de la voie romaine de Limoges à Poitiers. L'église de Saint-Gervais et Saint-Protais, qui est du Kl* siècle, indiquerait cependant, par son seul vocable, une origine beaucoup plus ancienne. Elle aura probablement remplacé un titre paroissial bien antérieur quand on s'éprit de toutes parts en France du zèle de la reconstruction des églises. Le clocher se compose d'une tour carrée primitive qu'on surmonta, en 1315, comme l'indique à l'extérieur un mauvais distique latin, d'une pyramide en pierre à six pans, qui ne manque pas d'élégance. Le château de Persac est une jolie habitation du xvi* siècle, non moins que ceux de Villars et d'Oranville. Il n'y a pas jusqu'aux ruines du vieux manoir de la Mothe qui ne jette ses charmes sur le paysage de ces campagnes naguère à peu près stériles, mais où la culture a beaucoup gagné depuis soixante ans.

On trouve encore en certains endroits de cette commune, anx Grimaudières, à Roussillard et à Bois-Durand, des restes de ces anciens souterrains-refuges dont nous avons parlé, et qui semblent

indiquer ici, pour une population persécutée par les invasions des Barbares ou las fureurs du paganisme , les phases d'une existence difficile. Il y a quelque chose d'attristant dans ces pages silencieuses ei écrites y après tant de siècles, en caractères de sang qui ne sont pas entièrement effacés.

Note 25

Il ne faut pas confondre ce Sacierge avec un autre Sacierge-Saint- Germain, autre commune de 700 âmes, dans le canton d'Ardentes ilndre), où se trouve un camp romain. (V. Mémoires des Antiq. de l'Ouest, XXVI, 270.)

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