‹ Histoire générale civile, religieuse et littéraire du Poitou. 3Chapitre 6 sur 25 · LIVRE XXXIV · texte numérisé non relu

LIVRE XXXIV

Depuis le régne de Charles le Jeune en Aquitaine,

jusqu'à l'avènement

DE Charles le Chauve a l'empire d'Occident

(De 865 à 875)

A disparition de Pépin II éteignait toutes les ciiariei te j^one

, / * " redevient roi d'Aqm-

divisions sur la royauté en Aquitaine. Le seul ^«* prétendant n'était plus que ce Charles fils du roi de France, dont le règne, contesté et effacé I en quelque sorte par ses propres fautes et les justes sévérités de son père, ne pouvait plus être contesté par aucun antagoniste. Nous l'avons vu revenir après de blâmables égarements vers son père, à la suite de revers trop mérités, et celui-ci le retenir à la cour, où il ne lui avait pardonné qu'à condition d'y rester soumis à sa surveillance. En cette sorte de captivité, le jeune prince voyait ses forces physiques diminuer sensiblement depuis le grave accident qu'il avait éprouvé à Compiègne ; ses facultés intellectuelles en avaient sérieusement souffert. On ignorait cette détresse en Aquitaine, et voyant qu'on ne pouvait plus compter sur Pépin, on avait songé à Charles comme devant y être le gage d'une paix que rien ne devait troubler désormais. La délibération fut courte, et il fut décidé qu'on enverrait une députation au roi pour lui demander de replacer son fils

tl MhTiû Poitiers

sur le trône , que toute la noblesse et |tout le peuple le lui demandaient spontanément. Charles le Chauve venait d'arriver avec toute sa cour au palais de Vernon en Beauvoisis (1), lorsqu'il y fut rejoint par les principaux prélats et seigneurs d'Aquitaine. Il les écouta lui exposer qu'en présence de l'anarchie et des ruines que les Normands avaient faites dans leur pays, il devenait indispensable qu'un souverain y ramenât le calme et la prospérité ; que vainement le gouvernement personnel du roi avait semblé jusque-là, et depuis le départ de son fils, une autorité suffisante ; que cette autorité restait purement nominale, et qu'il fallait lui donner un caractère définitif sans lequel on avait à redouter les plus grands malheurs. Le roi opposa à ces bonnes raisons des objections non moins sérieuses : son fils était trop jeune encore ; les suites de sa blessure ne lui permettaient pas de s'occuper activement de gouverner; enfin, peut-être secrètement se rappelait-il les mêmes instances de ce peuple qui n'avait pas pu le garder, et qui pourrait bien encore le lui renvoyer aux dépens de son honneur et do sa tranquillité. Mais les envoyés ne se rebutèrent pas, et, sur leurs nouvelles instances, le père céda enfin après quelques jours de réflexions pendant lesquels il put se persuader que les fidèles dont il entourerait le nouveau roi, et le défaut de tout compétiteur à redouter, pourraient d'ailleurs lui assujettir la vaste contrée dont il ne cessait pas d'avoir la suzeraineté. Charles partit donc de Vernon avec tout l'apparat de la royauté, accompagné de cris enthousiastes, tant de ceux qui lui firent escorte que de ceux qui, restés à la cour du père, croyaient le flatter en applaudissant aux nouvelles destinées du fils. Celui-ci s'établit à Poitiers, dont il ain\ait le séjour et les environs si pittoresques.

Un des premiers actes de ce dernier fut de se signaler contre les Normands. Ces brigands, qui commençaient à se civiliser à leur manière, avaient voulu se former un établissement de plus sur la Charente entre Saintes et

Cognac, et de là, par les cours d'eau adjacents, ils se jetaient sur les campagnes du haut Poitou, les parcouraient en les pillant, et revenaient à leurs bateaux pour y déposer le butin. C'est ainsi qu'ils étaient arrivés jusqu'à Poitiers pour le brûler en 863. Deux ans après, ils tentèrent un retour vers la même ville, à peine relevée de ses ruines et sans trop s'inquiéter de la présence du roi. Dès qu'on y sut cette nouvelle entreprise, celui-ci résolut de ne pas les laisser avancer, se porta vers eux, les battit et les força de s'éloigner. Mais cet acte de courage et de dévouement avait coûté cher au jeune monarque dont le tempérament affaibli ne pouvait plus supporter de telles fatigues. Privé bientôt de mouvement et d'action, il abandonna le soin des affaires à des subordonnés, et les Normands, qui ne manquèrent pas de le savoir, vinrent moins d'un an après effrayer, par une nouvelle apparition, le Poitou où il leur semblait indispensable de tenter un nouveau coup. Ils suivirent le même chemin qui leur était familier, et où ils retrouvèrent encore gisantes les ruines qu'ils y avaient faites et que personne n'avait songé à relever. En vain les .seigneurs et la population voulurent résister : leur héroïsme n-empêcha*pas ces sauvages indomptés de s'emparer des faubourgs qu'ils brûlèrent de nouveau, et quelques heures après la ville eut le même sortes). Et pendant qu'ils se retiraient chargés des richesses qu'un laps de toute une année avait permis de reconstituer dans ce malheureux pays, leurs compatriotes de la Charente demeuraient dans les Iles de l'Océan où leur défaite de l'année précédente les avait forcés de chercher un abri.

Mais ces légions toujours formidables n'abandonnaient lutttaqnent rAnpas le plan qu'elles s'étaient fait d'arriver à un établissement régulier sur le sol où elles avaient déjà versé tant de sang mêlé au leur. Elles prirent vers le milieu de cette année la résolution de tenter un nouvel effort pour occuper

{a} Chrome. Malleac; — Annal. Bertin.; — Chronic. No)^iane$.

Qailepmnait.

enfin tout le pays de la Loire, en remontant ce fleuve vers la Neustrie, TOrléanais et le Berry. De ce côté, les pirates avaient pour chef Hasting, Pun de leur plus entreprenant^ envahisseurs, dont la bravoure aveugle s'élançait toujours et d'abord vers les aventures. Son nom était redouté, et quand on répéta partout qu'il était à la tête de l'entreprise, on n'en comprit que mieux les périls. Mais il y avait en Neustrie un homme qui ne tremblait non plus devant rien : c'était le duc de France, Robert le Fort, intrépide chevalier que ses exploits réitérés contre les infidèles avaient fait surnommer le Machabée de son siècle par l'écrivain des annales de Fulda. Le héros n'hésita pas devant les mesures à prendre. Il avait pour ami Raynulfe de Poitiers qui avait plus d'une fois partagé ses périls et qui était digne de le seconder. Raynulfe n'eut garde de s'y refuser. Les hommes de guerre de la Gascogne, de l'Anjou et du Poitou furent bientôt rassemblés ; on se hâta d'aller arrêter la marche de l'ennemi, qui, déjà maître d'une portion du Maine et de l'Anjou, occupait une anse de la Sarthe, entre Brissarthe et Châteauneuf (2). Brissarthe avait un gué sur la Sarthe, comme son nom l'indique [Bria, Briga, passage) ; elle était depuis longtemps le quartier général de Robert, ce qui prouve que les Normands, en venant se poser si près de lui, ne manquaient ni d'audace, ni de moyens. Déjà ils avaient quitté leurs bateaux dans la Loire et commencé leur marche en avant, lorsque les deux chevaliers, s'apercevant de ce mouvement, s'élancent entre Hasting et sa flotte et lui coupent la retraite. Or, les Normands qui avaient sans doute compté sur leurs chances ordinaires, n'étaient qu'en petit nombre relativement aux forces qui les envahissaient. Le chef aperçoit près de là une église, celle de Brissarthe ; il y court et s'y renferme avec tous ceux qui ont pu le suivre. Cette église, dont l'abside existe encore dans sa première forme, était petite comme toutes celles de ce temps-là, bâties dans nos campagnes en dehors des abbayes et des prieurés. Elle»

tf avait que trois fenêtres ouvertes au Sud, d'un pied de large, sur trois de haut, fort étroites, par conséquent et voisines de deux autres qu^on avait bouchées pour ne laisser que le moins de chances possibles à un assaut; car à cette époque d'alertes incessantes, nous avons vu qu'on se fortifiait jusque dans les lieux saints. Ceux des Normands qui y purent entrer y trouvèrent un refuge momentané; les autres, ne pouvant y atteindre, furent taillés en pièces.

Nos deux généraux, après ce premier succès, et voyant ^°^|J^' ^ynn'fe venir le soir, se disposèrent à passer la nuit autour de l'édifice, afin de l'assiéger le lendemain dès le point du jour.

On dressa donc les tentes, et comme on était au milieu des plus fortes chaleurs de juillet, Robert s'était débarrassé pour quelques heures de son armure, se reposant des fatigues de la journée, lorsque tout à coup de grands cris se font entendre : ce sont les Normands qui, [mettant à profit la sécurité des Français, sortent impétueusement de l'église et commencent le combat. Cette attaque imprévue jette le désordre parmi les assiégeants ; Robert, exposé à tous les coups et attirant sur lui l'attention, devient l'objet de mille attaques et tombe des premiers tués à la porte du sanctuaire. Aussitôt l'ennemi s'empare de son corps ; on le porte dans la nef, et Hasting eut la féroce joie de contempler cet ennemi victime de sa bravoure, et qui devait donner à la France une si longue suite de rois. Raynulfe, qui s'était porté près de lui, est blessé mortellement d'une flèche partie d'une fenêtre de l'église, au moment où il examinait les mesures à prendre pour l'enlever. Terrassé par ce coup, il fut aussitôt relevé par les Poitevins qui l'emportèrent loin du combat. En ce moment, les troupes franques privées de leurs deux chefs firent une retraite précipitée, et 1<!S barbares, au lieu de les poursuivre, se contentèrent de r îgagner paisiblement leurs bateaux. Ils n'en avaient pas E oins perdu beaucoup des leurs dans cette bataille meurt ière où périrent, nos deux chefs français. La noblesse y

heiu

perdit aussi un grand nombre de braves seigneurs, parmi lesquels beaucoup de capitaines expérimentés (3). Quand l'ennemi eut disparu, les Français purent revenir sur le champ de bataille : ils trouvèrent le corps de Robert abandonné au milieu de tant d'autres. Ils lui donnèrent la sépulture dans Téglise^ de Notre-Dame de Péronne, dont le nom s'est changé en celui de Châteauneuf. Ses murailles portent encore des traces de sa construction primitive en petit appareil allongé, ce qui la fait remonter au-delà du x® siècle. A l'autre extrémité du bourg actuel, le voyageur aperçoit une tour qui conserve le nom du héros. C'est une chapelle voûtée à plein-cintre, de la même construction que l'église et qui peut avoir été la tombe de Robert. Mais ce ne sont plus là que des souvenirs purement historiques, faits pour le voyageur qui parcourt ces bords riants de la Sarthe. La postérité s'en est tenue à enregistrer ces faits héroïques; pas une génération n'a songé à immortaliser la mémoire de nos héros. C'est une gloire qui manque à notre Poitou. Un simple cénotaphe dans une chapelle de cette vieille église, une épitaphe qui rappelât ce grand événement, aussi précieux aux Poitevins qu'aux Manceaux, ne pourraient-ils enfin consacrer cette double réputation oubliée d'un duc de France et d'un comte de Poitiers?

DMcandio^dofio. Robert le Fort laissa d'Adélaïde, sa femme, veuve de Conrad, comte de Paris, trois enfants, Eudes et Robert, qui furent successivement rois de France, et Richilde, qui épousa Richard, comte de Troyes. La France perdit en lui un héros digne de son surnom, un défenseur intrépide, un général dont la ferme bravoure aurait seule pu résister aux plus cruels ennemis que sa patrie eût alors à combattre.

Quant à Raynulfe, il n'avait survécu que trois jours à son glorieux compagnon. On ne sait où il fut inhumé. Sa mort valeureuse au service de la France, semblait devoir ménager à sa postérité les faveurs royales, et il était assez habituel que les rois donnassent aux enfants de ces généreux serviteurs leur héritage à conserver et à défendre. Mais

on ne connaît ni la femme ni les enfants de Raynulfe I®^, et

ceux-ci n'étaient probablement pas en âge de lui succéder.

C'est pourquoi le comté de Poitou fut donné à Bernard, II® Bernard n, comu

du nom, marquis de Septimanie, neveu d'Emmenon, ancien

comte de Poitiers. Ce Bernard, selon la coutume du temps,

devint le tuteur des jeunes enfants de Raynulfe. On ne sait

pas certainement si, en même temps que Bernard II fut

préposé à l'administration du Poitou, le duché d'Aquitaine

ne fut pas aussi donné à Gérard, comte de Bourges. Les

données sur ce dernier personnage manquent trop de

précision pour que nous en puissions rien dire d'assez

autorisé («).

Emmenon, dont nous venons de parler, se retrouve ici pour la dernière fois en des circonstances qui méritent d'être rapportées. On a vu comment Louis le Débonnaire, qui ne lui pardonnait pas d'être entré contre lui dans les intérêts de Pépin II en Aquitaine, lui avait ôté le gouvernement de notre province. Le comte déchu s'était alors réfugié près de son frère Turpion, comte d'Angoulême qu'il avait enfin remplacé, par la grâce de Charles le Chauve, quand ce Turpion eut été tué^'par les Normands (*). • Emmenon était devenu aussi comte de Périgord, et il administrait les deux pays simultanément rc). Or il y avait J^^^i"^^^' à Saintes un comte Landry, qui avait reçu cette charge en même temps qu'Emmenon celle de l'Augoumois. Les deux contrées étaient confinées par une forteresse de Bouteville (4), d'abord possédée par Turpion, appartenant par conséquent à l'Angoumois, et dont Landry, par des ruses déloyales, s'était emparé, à la mort de ce dernier, et qu'il occupait violemment. Ni l'intervention du prince, ni celle des amis des deux compétiteurs, n'avaient pu faire céder l'usurpateur qui maintenait son prétendu droit. Il y eut donc obligation

(a) Besly, Comtes de Poict, p. 19.

(b) V. ci-dessDS, ad ann, 839.

{e) MabilloD^ AcL Sanct., soU. lY, pars ii, p. 73.

pour Emmenon de revendiquer son domaine les armes à la main. Un combat s'engagea le 11 juin 866, où les troupes de Landry furent battues et lui même perdit la vie. L'affaire avait été conduite chaudement de part et d'autre, et le vainqueur même y fut blessé dangereusement, si bien que s'étant arrêté au château de Rancognè (5), peu éloigné du champ de bataille, il sy alita et y mourut après huit jours de souffrances.

vuigrin lui succède. Cet événement donna lieu à un nouveau régime dans le comté d'Angoulême. Vuigrin, parent de Charles le Chauve, en fut pourvu. C'était, dit Corlieu, « un sage et preux chevalier ». Il devint le premier comte héréditaire d'Angoulême quand Charles commença à établir la succession des fiefs. Le comté de Périgord lui fut en même temps dévolu, et il épousa cette même année Rogeline, fille de Guillaume II, comte de Toulouse. Une telle alliance lui valut encore le comté de la Marche, qui dépendait de son beau-père. En cela il fut préféré au fils de Geoffroi, comte de cette petite province, et l'un des descendants de ce Roger de la Marche qui avait fondé, en 769, l'abbaye de Charroux. Cependant les héritiers de Geoffroy arrivèrent plus tard à cette dignité, quand les comtés eurent été déclarés héréditaires.

Emmenon laissa en mourant un fils nommé Aymar, que nous verrons bientôt comte de Poitiers, et qui résistera bravement à ces brigands du Nord qui, cette année encore, vinrent, par une nouvelle apparition, effrayer notre contrée. Ainsi l'Aquitaine était sans cesse harcelée par des guerres qui la minaient, et les événements politiques d'où elles renaissaient chaque année comphquaient les difficultés de sa vie active, où tout n'était qu'instabilité et déceptions. Un autre événement allait remettre encore en question ce sceptre qui lui avait semblé assurer son autonomie, et qui, passant toujours en des mains incapables, ne pouvait lui donner ni les gloires de la guerre ni les prospérités de la paix. taiM.''^^'^^^'^^'''^' ^^ ®^®''î ^® jeune roi qui avait si bien inauguré son avènement par une victoire ne se remettait pas des fatigues

qu'U y avait éprouvées. Il vivait, après cette action d'éclat, au château de Buzançais (6), en Berry, où il s'était retiré pour avoir plus de repos. Son frère Carloman, qui l'avait accompagné dans l'expédition, l^avait également suivi dans cette maison royale où le malade ne fit que languir jusqu'à la fin de septembre 866. Il y expira le 29 (7), regrettant toujours la fatale mésaventure de Compiègne, dont il n'avait pas cessé de souffrir depuis deux ans. Il fut transporté à Bourges et enseveli dans l'église abbatiale de Saint-Sulpice. C'était en 855 que les Aquitains l'avaient demandé pour la première fois ; on lui compte donc onze années de règne. Mais dans cet intervalle il faut regarder pour quelque chose les sept ans d'antagonisme et de chances successives entre lui et Pépin II, qui eut, lui aussi, ses années de règne plus ou moins troublées par ces contestations incessantes. Celui-ci avait été proclamé en 829, et aurait donc régné trente-sept ans ; mais de tels règnes qui ne sont que des enchevêtrements politiques ne se datent que très obscurément, et ne sont que l'histoire de continuels désordres bien plus que celle d'une monarchie et de ses rois.

Charles le Chauve avait un autre fils nommé Louis, que ,„]!2S;**^*«"**"*

l'esprit railleur des populations, toujours promptes à saisir

les côtés ridicules des grands, avait surnommé le Bègue,

à cause d'un défaut de prononciation qui lui était naturel.

Ce fut lui que son père voulut introniser en Aquitaine, et

qu'il destina aussitôt à ce gouvernement. Il fallait, en de

telles circonstances, oublier que ce fils n'avait pas craint

de se révolter, quatre ans auparavant, contre Robert le

Fort, avec l'aide de Salomon de[Bretagne. Mais Charles

avait toujours un grand intérêt à garder ce sceptre du Midi

dans sa famille, et il était d'ailleurs si accoutumé aux

concessions, que celle-ci ne dut pas lui coûter plus

}ue beaucoup d'autres. Il céda donc à la demande adroi-

«ment provoquée du pays privé de son roi, et qui lui-même

oyait dans cette royauté nouvelle un droit acquis à une

►lus efficace protection du roi de France. S'il en fut ainsi,

SQCcède.

la politique, également habile des deux côtés, réussit à rétablir l'équilibre ébranlé. La cour était alors à une villa royale nommée Bellus Pauliacus (8), sur la Loire, dans rOrléanais. C'est là que Louis fut couronné et reconnu roi par les seigneurs d'Aquitaine convoqués pour cette cérémonie le jour de la mi-carême, qui était le 7 mars. Aussitôt après, Charles lui composa une cour dont les officiers principaux furent choisis parmi ceux de son palais, car il voulait se réserver par eux la surveillance et la souveraineté réelle sur le royaume d'Aquitaine. con?re1^gtfser"''** ^^ pcuplc, qui avait vu Robert le Fort et Raynulfe pourvus, l'un de l'abbaye de Saint-Hilaire de Poitiers, l'autre de Saint-Martin de Tours, et qui ne portail pas ses vues politiques du même côté que les princes, jugeait avec sa foi naïve de ces abus devenus si nombreux, et que les grands se permettaient depuis trop longtemps sans scrupule. Aussi on ne manqua pas d'attribuer leur mort au mépris qu'ils avaient montré des lois de l'Eglise, des capitulaires et des conciles, et nous ne voyons pas bien en quoi était erronée cette opinion qui fait sourire les sectaires de l'impiété, mais qui n'a rien que de très conforme aux notions religieuses de la propriété et du droit, dont le principe est dans le décalogue. Cependant comment réformer cette indigne èimonie tant que les rois en donneraient eux-mêmes l'exemple? L'abbaye de Saint-Denis étant devenue vacante par la mort d'un abbé laïque petit-fîls de Charlemagne, Charles le Chauve se l'était réservée et la faisait administrer par le prieur claustral pour la discipline régulière, et par un de ses officiers pour le service militaire ; de sorte que le monastère était devenu bien plus un camp qu'une solitude religieuse. Il ajoutai à ce mépris des lois les plus sacrées le scandale de faire de ce saint lieu une maison de plaisance où il résidait fréquemment. Sa présence ne s'y renouvelait si souvent qu'au détriment de la discipline intérieure et de la paix sacrée du cloître. Comment, en effet, concilier avec les occupations les plus saintes ces

fléaux du bruit et du désordre qu^amènent avec une cour somptueuse les visites des étrangers, les allées et venues des équipages, la dissipation des fêtes et des chasses où les grandes dames avaient leurs rôles comme les grands seigneurs.

En Aquitaine, les choses avaient pris une marche bien nijfSJfïViîiS. ** plus déterminée encore, à la faveur de ces deux années de souffrances qu'y avait passées le jeune Charles, et qui ne furent réellement qu'un trop long interrègne. Aussi était-ce là que s'étaient enracinées les plus criantes injustices. Les biens ecclésiastiques étaient dilapidés sans merci et avec une audace toujours croissante. Les. seigneurs s'y livraient à cette autre espèce de brigandage, sous prétexte de récupérer les pertes occasionnées par les guerres : comme si des atteintes aussi cruelles n'avaient pas été à la charge des monastères, des prieurés et des paroisses, uniques ressources des pauvres et des paysans dans ces jours de détresse et de privations générales.

En présence de cette autre espèce de calamité, le haut uuredoiMpeiaiDt clergé, a qui ne servaient plus de rien les réclamations les «m seigncwi «i'amieux motivées, pensa enfin qu'il fallait recourir à des moyens extraordinaires, le crédit du souverain étant devenu d'autant plus nul qu'il ne pouvait essayer une réforme qui aurait dû commencer par lui-même. On recourut au pape Nicolas I", dont le régne glorieux durait depuis sept ans, et qui avait donné maintes preuves d'une intelligente fermeté. Le Pontife s'adressa donc à tous les seigneurs de l'Aquitaine (9). Il se plaignit de l'audace avec laquelle ils dépouillaient l'Eglise et ses ministres des biens dont ils auraient dû être les protecteurs,'s'étonnant qu'après maintes exhortations de leurs évoques et des décisions conciliaires dignes de tout leur respect, ils ne s'empressassent pas de restituer ce qu'ils avaient acquis injustement, et que loin de là ils ajoutassent encore à leurs anciennes rapines de nouvelles déprédations. Ces terres, ces biens donnés aux Eglises, n'appartenaient-ils pas au Seigneur? Ce genre de

vol était-il plus permis que les autres? Ces déprédations s'en prenaient donc à Dieu lui-même ; elles s'attaquaient à sa propriété ; elles diminuaient Thonneur de son culte auquel les biens étaient consacrés en grande partie : se les attribuer était donc en même temps un sacrilège et une injustice. Ces arguments ne sont-ils pas de tous les temps et de tous les lieux?

« Rendez donc, continuait le Pape, rendez aux saints lieux ce que vous leur avez ravi ; restituez-leur ce que vous n'aviez pas plus le droit de recevoir des princes qu'ils n'avaient celui de vous le donner. Croyez-vous que Dieu ne saura pas punir cette infraction à la plus nécessaire de ses lois ? N'est-ce pas s'en prendre à lui que de frapper son domaine de violences, et de le diminuer par des rapines scandaleuses? Ces biens, objets d'extorsions iniques, n'étaient-ils pas des générosités de vos pères? Avez-vous conservé quelque domaine sur eux? Et si vous n'imitez plus leurs largesses, vous est-il permis de leur enlever les fruits acquis par tant de sueurs et de travaux ? Sachez que la fin de toutes choses vous menace tous les jours, qu'il est horrible pour le pécheur de tomber entre les mains de Dieu. Hâtez-vous donc d'éviter cette ruine, obéissez à nos injonctions, autrement, sachez que vous êtes privés de la communion auguste du Corps et du Sang de Jésus-Christ, ce qu'à Dieu ne plaise...! Au contraire, méritez votre salut éternel par une résipiscence qui vous rende la participation à tous les mystères du salut. » (a).

Ces paroles sévères que la philosophie voltairienne a reprochées au Souverain Pontife, comme s'il n'eût pas défendu la cause de la justice (10), s'adressaient à des gens diposés à préférer les biens de l'Eternité aux biens de ce monde, et les lois de la conscience à celles de la cupidité. poniiioDs de Dieo Nous avous licu de craindre qu'on ne s'y soit pas assez

sur CCS excès. '■ «/a,

conformé généralement, par cela même qu'il est plus

(a) Labbe, Concil, t. II!. — Nicolaï Papae, EpisL xvi. — Besly, Preuves de VUisUnre, p. 190.

difficile de redevenir honnête honame que de continuer de Pêtre quand on Ta toujours été. Nous voyons cette même année comment les puissants de la terre surent trop bien résister à ce langage de Rome. A peine Raynulfe I®^ étaitil mort, qu'Ecfrid, son parent, à qui Charles le Chauve venait donner le comté de Bourges, s'empara de l'abbaye de Saint-Hilaire comme appartenant à sa famille. Charles, qui sans doute avait les mêmes motifs de rester sourd aux menaces du Pape, confirma cette possession avec celle de plusieurs autres bénéfices ecclésiastiques, en considération des présents qu'il reçut pour en accorder l'investiture (a). Mais un événement terrible vint encore confirmer la croyance populaire que Dieu se mêlait un peu de punir ces profanations. Ecfrid avait pour le comté de Bourges un compétiteur, Gérard, qui prétendait seul avoir des droits â ce gouvernement. C'était une de ces prétentions féodales auxquelles les seigneurs allaient s'habituant de plus en plus, mais devant lesquelles le roi résistait encore quelquefois. Gérard, débouté par le souverain, n'en soutint pas moins son titre et poursuivit son rival à outrance, si bien que l'ayant rencontré et attaqué dans le cours de l'année 868, en pleine campagne, lorsque tous deux voyageaient avec une nombreuse escorte, il força Ecfrid à la retraite, lequel ayant pu s'enfuir d'un château qui allait être forcé, fut obligé de se réfugier dans une chaumière. Mais son ennemi s'en aperçut, fit brûler ce pauvre asile et força le malheureux comte d'en sortir. Il fut pris, on lui coupa la tête, et on la jeta avec son corps dans les flammes (*î. C'était payer un peu cher l'acquisition d'une abbaye. Cela n'empêcha pas Saint-Hilaire de passer encore au fils de ce même Ecfrid, pour qui ce ne fut même pas une longue consolation, car Charles, mécontent de lui un certain jour, la lui enleva pour la donner à Frottier, cet archevêque de

(a) AnnaL Bertin., aim. 867.

{b} Ibid., ann. 868.

208 HISTOIRE GÉNÉRALE DtJ POITOU (867)

Bordeaux dont nous avons parlé. Au moins celui-ci, par son caractère sacerdotal, ne semblait-il coupable ni d'usurpation ni de sacrilège.

deTworaSidr^*'" Ce dout OU pcut le plus s'étonner, c'est que ces grandes immoralités se perpétuassent par le fait des grands seigneurs chez des peuples qui, de toutes parts, étaient en butte aux cruelles persécutions d'un ennemi commun. Autour du Poitou, les mêmes exactions dont il avait tant souffert portaient la misère et la ruine dans tous les établissements qu'on y avait vu fleurir, sur un sol où l'on avait espéré vainement que les Danois ne reviendraient plus. C'est cette même année 867 que le monastère de Saint- Jean-d'Angély fut détruit de fond en comble, qu'on vit périr d'autres lieux alors considérables du môme pays d'Aunis et de Saintonge : Voultron, Yves, Châtel-Aillon, Angoulême. Ainsi se perpétuaient les calamités jetées antérieurement sur nos côtes de l'Ouest par ces mêmes hordes qui avaient désolé l'île d'Aix en 844, et l'année suivante celle de Ré (a). Quand on ne peut plus que lire de tels malheurs, penché sur une page d'histoire où ne se reflètent que faiblement les couleurs lugubres de ces désolations depuis longtemps oubliées, on ne s'en fait qu'une idée bien incomplète. Mais qu'était-ce d'y assister, d'en prendre sa part, et d'y succomber enfin, pour les malheureuses populations de ces tristes contrées ! Et en face même de ces spectacles de deuil national, de ces renversements de la richesse pubUque, les nouveaux Sicambres semblaient rivaliser contre les abbayes chrétiennes avec les plus cruels ennemis du nom chrétien !

scbisme4ePhoiia5. Le pape saiut Nicolas P' mourut le 13 novembre de cette année, peu après avoir envoyé en France la lettre que nous venons de citer. Un des grands événements de son pontificat, et le plus triste sans contredit, fut le schisme de Photius, ce patriarche grec qui, intrus sur le siège

(a) Ârcère, Histoire de la Rochelle^ t. II, ann. 867. — Massiou» Histoire de Saintonge, I, 360. — D. Fonteneau, I, 667.

de Constantinople, et ne voulant pas reconnaître d'autorité religieuse supérieure à la sienne, s'était révolté en 860 contre le Saint-Siège, et, pour donner un prétexte à sa dissidence, accusa l'Eglise romaine de professer des erreurs. On sait que ce fut plus tard aussi la ressource de Luther, de Henri VIII, de Calvin et de tous les hérétiques. Nous ne parlons ici de cet événement qui n'a aucun trait à notre pays, où le schisme ne pénétra pas, que parce qu'il fait date dans l'histoire générale, et doit y laisser un souvenir que nous pourrions avoir à rappeler plus tard.

Ce pontificat de Nicolas ï®' qui avait duré neuf ans et demi s'était vu traversé par de grandes, sollicitudes qui, outre les orgueilleux entêtements de Photius, lui vinrent surtout de la débauche des rois et de l'ambition de quelques évêques. Quiconque lira l'histoire ecclésiastique de ce temps, surtout dans les sources originales, s'étonnera de la partialité qu'y ont montré plus tard les écrivains gallicans et jansénistes^ toujours empressés à venger à leur profit contre le Saint-Siège les condamnations que ces rebelles avaient trop méritées. Les philosophes du xviii® siècle, les révolutionnaires francs-maçons du xix®, ont encore renchéri sur ces attaques de mauvaise foi, reproduites trop souvent par l'ignorance. A entendre tous ces ennemis de l'Eglise romaine, Nicolas I®^ avait tout gâté par sa hauteur et par ses rigueurs excessives. Outre ses sévérités canoniques contre l'archevêque de Reims Hincmar, coupable d'injustice envers Rhotade, évêque de Soissons, et ses justes rigueurs contre les immoralités du roi d'Italie Lothaire, on lui a rieproché d'avoir traité en despote les seigneurs d'Aquitaine dans la lettre que nous avons vu louer par Besly. Ce serait à dire sans doute que cette grande Autorité morale aurait dépassé ses pouvoirs en maintenant le droit attaqué >ar les méchants, et qu'elle aurait manqué d'humilité et de louceur en excommuniant les voleurs au nom de la loi laturelle et de la religion. Ce sont là des injures de la plus déloyale des passions, celle de la haine irréligieuse. On a

comparé avec raison la fermeté éclairée et la calme persistance de saint Nicolas P^ à ces mêmes qualités dans Grégoire VII; on a voulu entacher leur mémoire, comme il arrivera toujours des Papes qui ne conspireront pas avec rimpiété de leur siècle contre l'honneur des ûmes et les droits de la conscience chrétienne. La vérité répondra que TEglise ne canonise pas dans ses Papes les ambitions déplacées de la colère et de Porgueil, et que pour les soustraire à la calomnie, il suffit de les étudier avec ceux qui les ont le mieux connus (11).

Et que les antagonistes du -Saint-Siège nous disent ce que seraient devenus le dogme, la morale et la discipline chrétiennes si les Papes n'avaient pas répondu ainsi aux entreprises des révoltés ou des mécréants.

iKïBionpfmBnt de Plus Charles le Chauve prolongeait son règne, plus le {lésordre pénétrait dans les affaires publiques, où la confusion était à son comble. Les seigneurs qu'une si mauvaise administration avaient rendus entreprenants, rivalisaient avec l'autorité royale ; ils n'écoutaient plus ni les lois ni la volonté du souverain ; ils vidaient entre eux, les armes à la main, des querelles où la mauvaise foi le

cominecwmuDî ju disputait à l'ambition. Cette justice arbitraire amena des attaques contre lesquelles on ne put se défendre qu'en élevant ou fortifiant des châteaux forts, contrairement à un des capitulaircs de Piste; de là, on surveillait le voisinage, on s'élançait dans la plaine pour y commettre des brigandages, on attaquait à main armée les domaines, les monastères et les églises, lesquels redoublèrent d'efforts pour se protéger par des fossés, des palissades et des fortifications qui, après avoir servi contre les Normands, durent se maintenir contre les entreprises des indigènes. Le peuple, en cas d'invasions si souvent imprévues autant qu'inévitables, U'ouvait dans ces forteresses un refuge qu'il invoquait à son grand profit. D'un autre cùté, leurs possesseurs s'y retranchaient contre l'autorité du roi et de la justice. Ces changements constituaient une véritable révolution dans le

SLi -^Uui,

gouvernement de la France, qui, partout, du Rhin à la Loire et au-delà des Pyrénées, se voyait hérissée de remparts. Ainsi s'affaiblissait Taction monarchique et se préparait Téclosion plus prononcée d'un pouvoir qui ne tarderait pas à égaler la puissance des rois. Déjà des présages très significatifs de cette révolution dans les idées et dans les mœurs s'étaient manifestés ouvertement. Un des plus mémorables de cette année se rattache à cette terrible résistance, dont nous venons de parler, du comte Gérard contre Ecfrid, nanti par le roi de France, et que le rebelle avait fait décapiter. A cette nouvelle, Charles avait marché sur le Berry, mis tout à feu et à sang dans la partie septentrionale de la province , faisant expier ainsi aux populations les fautes de leurs seigneurs ; puis il marcha sur Bourges. Mais là l'usurpateur tint opiniâtrement, et conserva malgré son souverain le gouvernement du pays : c'était prouver qu'on s'emparait du territoire et qu'on espérait bien le garder.

On attribue assez généralement à ces premières résis- ^^'Jf^^^^J^ ^^*' tances de la noblesse contre le souverain, et à ces allures arbitraires des seigneurs qui n'avaient plus de lois que celles de leur volonté hautaine et dévergondée, l'origine de cette chevalerie errante qui a ses pages si pittoresques dans les mœure du moyen âge, en France surtout et en Espagne, où le même esprit de bravoure aventureuse dominait le caractère national. Il ne fut pas rare de trouver parmi les manoirs dont les hautes tours hérissaient bientôt les vallées et les montagnes, des refuges où un chevalier admettait à une hospitalité généreuse le voyageur qui regagnait sa patrie, le pèlerin de Saint-Jacques ou de Xotre-Dame, le marchand lui-même qu'une course lointaine hasardait à travers des sentiers difficiles vers le but plus 01 moins connu où l'appelait une vente de mercerie ou de

Ih< stiaux. La nuit se passait à l'abri de ces murs , où des fl^tgasins, des écuries, de vastes cours et des salles c< nmunes répondaient à tous les besoins hospitaliers. Le

généreux hôte ne bornait pas à ces soins la charité dont les nations chrétiennes donnaient seules de tels exemples. Comme il n'était pas rare de voir des seigneurs ses voisins user des mêmes moyens pour s'enrichir aux dépens des pauvres voyageurs égarés, des commerçants en peine de leur chemin, et des châtelains même attardés par la nuit ou par des accidents, le dévouement alla bientôt jusqu'à entreprendre des chevauchées en faveur de ces intéressantes victimes. Le chevalier, de nuit ou de jour, s'élançait dans les ravins du voisinage, sur les routes plus ou moins boisées, à la recherche des occasions où se signalaient sa valeur et son zèle charitable. Là ils défendaient le faible sans défense contre les attaques de la déloyauté cupide; ils soutenaient la faiblesse impuissante. D'autres allèrent plus loin , et s'engagèrent bien au-delà de leur château en des courses laborieuses, cherchant par le monde les aventures contre les abus de la force pour la protection du droit outragé de la veuve et de l'orphelin. Telle fut la Chevalerie errante dont l'histoire devait se composer nécessairement bientôt de péripéties plus ou moins sérieuses, inspirer les ordres hospitaliers, et finir l'une par le romanesque ridicule, l'autre par l'abus même d'une vie mêlée d'éléments trop divers où l'esprit de prière s'absorba trop dans la dissipation des camps. Nous entrerons bientôt dans cette période historique où la chevalerie resplendira d'une véritable gloire de plusieurs siècles. Elle sera la loi militaire de la France, qui la donnera à l'Europe, et ne commencera à disparaître que lorsqu'on y verra survenir les molles habitudes de la Renaissance et la légèreté des mœurs qui a commencé la décadence de notre pays (a).

FiiMdest-Fiorent Au Commencement de cette année 868, le monastère de Saint-Florent de Montglonne était tout à fait abandonné par ses religieux, les dernières ruines n'ayant pu s'en relever, par suite des trop fréquents retours des Normands. On se

(a) Cf. Lacurne de Sainie-Palaye, Mémoires mr V ancienne chevalerie, t. J, pa$$m.; Paris, iD-12, 1759.

rappelle que sa destruction totale était le fait de Noménoé, roi de Bretagne, qui Pavait réduit en cendres en haine de Charles le Chauve. A plusieurs reprises, les moines persécutés avaient tenté de s'y réinstaller, mais toujours il leur avait fallu chercher leur salut dans la fuite. Un membre de cette abbaye avait déploré les malheurs de sa belle maison en des strophes qu'on lit encore dans l'histoire de Bretagne de Dom Lobineau, mais que nous n'hésitons pas à y laisser autant à cause de sa nullité littéraire que de sa longueur (a). Les bons sentiments ne font pas toujours les bons poètes. Les moines de Saint-Florent trouvèrent une meilleure compensation à leur infortune dans la générosité du roi de France, qui leur donna en Berry un petit prieuré qu'on ne nomme point, mais qui pourrait être Sacierges, où ils purent s'abriter. Un fait particulier signala cet abandon du territoire angevin par les religieux de Montglonne : c'est que les habitants n'y voulurent pas rester après eux. Ils se dispersèrent en des villages lointains où ils espéraient plus de sécurité avec une vie plus facile, et très peu revinrent à leur première demeure quand des événements meilleurs semblaient devoir les y rappeler. La charte qui consacra aux Bénédictins de l'Anjou ce nouvel asile est datée du 16 janvier 868. Un autre acte d'une époque très rapprochée de celle-ci, origine de la pa-

, ., . , roissc de Nainlré.

nous révèle quelques détails ^mtéressants sur une de nos paroisses du pagus ou territoire de Poitiers. Nous voulons parler de Naintré (12), village situé sur la rive gauche du Clain, et voisin de Châtellerault. C'était alors une simple villa, ayant une église sous le double patronage de saint Vincent et de saint Germain. Elle appartenait à l'Eglise cathédrale de Paris, et l'auguste prince, qui n'avait pas de scrupule sur son abbatiat de Saint-Denis, dont il usait si largeçient pour son avantage propre , n'avait pas hésité, u certain jour, à s'approprier aussi la terre de Naintré,

«) V. Dom Rivet, Hi$t. littér., V, 330.

qu'il avait trouvée à sa convenance. S'était-il laissé toucher par les remontrances du dernier Pape? On pourrail le croire d'après le texte do cette charte, car il la rendait à l'évêque de Paris Enée, et depuis lors, tout en restant toujours de notre diocèse, le bénéfice dépendit sans interruption de celui de Paris. Vers 1088, un seigneur du pays, en prenant l'habit religieux à Saint-Cyprien, donna à cette abbaye la moitié de l'église de Naintré ; et, dans la même proportion , les oblations, droits de sépulture, puis des dîmes et des terres y annexées. Ceci est confirmé en 1088, par une charte de Pierre II, évéque de Poitiers, bienfaiteur du monastère. Les moines poitevins auront peut-être ajouté à leur prieuré un titre paroissial dont il est mention dans des actes de 1157 et 1175. Au xi® siècle, le Pouillé de Gauthier de Bruges y indique un prieuré de Saint-Denis, occupé par les Bénédictins de la célèbre abbaye, mais plus tard les deux bénéfices appartinrent à celle de Saint-Germain-des-Prés, et jusqu'en 1789, Tabbé de ce dernier monastère nomma à la cure et au prieuré.

Dans le principe, cette paroisse était beaucoup plus étendue qu'aujourd'hui. Plusieurs démembrements s'en firent à diverses époques au profit de celles de Châtellerault, Thuré, Colombiers et Cenon. Vers le milieu du xii® siècle, il y avait sur son territoire, au Nord-Est, un château et une chapelle de Saint- Jean l'Evangéliste, qui furent l'origine du faubourg de Châteauneuf de Châtellerault, au-delà de la forêt qui a pris le nom de cette ville, et couvre encore une partie du territoire de Naintré. C'est sur le territoire de Châteauneuf, et non pas sur celui de Naintré, comme l'a écrit à tort un géographe du pays, que se trouvent les dernières traces du Vieux-Poitiers, situées à l'Est de ce village, au-delà du Clain. Sous le vieux donjon qui reste encore de l'ancien château de Naintré, est un de ces souterrainsrefuges où se cachaient les habitants en cas d'invasion ennemie. L'église restaurée en 1881, est une reconstruction du XI® siècle, mêlée dans la suite de plusieurs reprises

dont les apparences ne sont pas toutes effacées. On a des pièces notariées constatant la suite des possesseurs du manoir et du village de Naintré depuis Tannée 1350 (rt).

Ce soin de rendre à Dieu ce qu'il avait ôté à Dieu, rentrait N^^nL^anx mi-a peut-être pour beaucoup dans le besoin qu'éprouvait rempereur Charles le Chauve d'arranger les affaires que les Normands endommageaient de plus en plus. Toujours cantonnés sur la Loire, ils en repartaient souvent pour tenter de nouvelles courses sur le territoire des deux provinces do TAnjou et du Poitou qui leur offraient des ressources plus immédiates de butin et de prisonniers. Ils profitaient ainsi de rimpossibilité où se trouvait le roi de France de leur opposer des Généraux qui valussent Robert le Fort et Ravnulfe de , Tent.itîv«fîerhar- Poitiers. Et comme la Bretagne était sujette aussi à souffrir H'^/''^ am^&^t des irruptions de ces sauvages, Charles le Chauve songea à se rattacher Salomon, à qui il avait refusé le titre de roi, mais qui le gardait sans sa permission et en exigeait tous les honneurs. Selon son habituelle politique de faiblesse et de concessions, ce prince sans caractère qui ne savait jamais se mettre à la tête de ses troupes pour les aguerrir et triompher, pensa à gagner les Bretons à une ligue en flattant Tambitieux orgueil du roi et de ses sujets ; il se décida à lui reconnaître le titre si longtemps contesté en lui envoyant par Engebrand, Tun des officiers de sa chambre, une couronne d'or ornée de pierreries. Il lui parlait même de beaucoup d'autres faveurs s'il consentait à s'unir à lui contre l'ennemi commun et d'entrer aussitôt en campagne. Cette proposition était appuyée par la présence du fils de Charles, Carloman qui, quoique diacre, n'avait pas refuse d'accompagner Engebrand à la tête d'un corps considérable de cavalerie. Mais un fait c^ui n'était pas sans analogues son îssm maiheu- "!n ces temps malheureux de désorganisation générale, fit ichouer ce plan qui ne devait pas manquer de réussir, /Ctte cavalerie se débanda au moment d'être utile, et

(a) V. Redet, Dictiannaive topographique de la Viemie, p. 289; — Lalanne, 'wl. de ChàiellerauU, 11, 432.

préféra à une campagne militaire le métier de pillards qu'elle fit à son propre profit sur les terres mêmes de* la Bretagne. Charles fut donc obligé de les rappeler. Les Bretons livrés à eux-mêmes, n'en tinrent pas moins l'ennemi en respect, et l'empêchèrent pendant plusieurs mois de piller les bords de la Loire. Ils le battirent même près de Nantes dans une rencontre lorsque les brigands se disposaient à aller* vendanger les vignes de l'Anjou, ce qu'ils faisaient tous les ans au grand désespoir des propriétaires et des serfs. Ce seul trait suffit à faire voir ce que procure à un pays l'énergique bravoure d'armées conduites par un guerrier valeureux et habile, ou la mollesse toujours irrésolue d'un prince qui ne sait ni se battre ni commander. On voit par cet épisode que l<îs Bretons étaient mieux conduits que les Francs. On remarqua surtout parmi les premiers un comte nommé Gurvant, qui fit souffrir par son entrain et sa force corporelle de cruelles pertes aux Danois ; mais ce beau caractère fut terni bientôt après, car il s'empara du comté de Rennes par un assassinat (a). miadg*paric?pSite- Quelqucs mois après, nous disent les annales de Saint- XZdir^^''' Bertin, le comte Bernard II, à la tête de quelques mille Poitevins, tenta une expédition contre ces hordes importunes. A défaut du chef suprême, ces barons à l'esprit militaire et aux idées élevés se sentaient humiliés de voir leurs populations rester sans trêve ni merci à la disposition de ces pirates aux courses annuelles et favorisés par l'inaction de leurs victimes. Cette fois , animés par un général aussi expérimenté que brave, les Poitevins firent leur devoir. Ils infligèrent à l'ennemi commun une défaite sérieuse. On ne dit pas où se passa l'action, mais tout fait croire qu'on dut relancer les pillards jusque dans une de leurs îles ou dans un camp chargé de riches dépouilles, car celles-ci n'échappèrent pas aux vainqueurs ; et comme ils avaient fait, avant de quitter leurs foyers, un vœu solennel

(a) Ann. Berlin.; — Chrome. Armorie; — La Fontenelle, p. 341 el sui?.; — Mauléon, Carlov., II, 297,

à Saint-Hilaire de lui off^i^, après la victoire qu'ils lui demandaient, la dtme du butin et une offrande considérable de leur propre avoir, ils ne revinrent à Poitiers que pour remplir cette promesse au milieu de la joie publique et de ferventes actions de grâces à Dieu et au saint protecteur de leur cité («).

Mais ce n'était là pour les Barbares qu'une incitation de dc^^X'îdXru^ plus à une sanglante représaille, et ils n'y manquèrent pas. SrpoîuKL^^"^'^'' Sans être attendus, et après des préparatifs presque clandestin, ils fondirent, pendant l'automne, sur le haut Poitou, et, s'attaquant partout à la religion, parce qu'ils détestaient les chrétiens et convoitaient spécialement les trésors des églises, ils n'épargnèrent ni les clercs, ni les moines, qui, surpris tout à coup, succombaient en grand nombre sans pouvoir fuir ni se défendre. Trop pressés pour démolir les églises, ils cherchaient à les brûler après avoir renversé les autels, pillé les sacristies et profané les cendres des saints. Comme on discerna très bien dans les NooibrtiisM inn*-

litiûus de corpA taiatj

communautés que cette nouvelle guerre avait plus que jamais ce caractère de cruauté impie, on se hâta en certains lieux d'ensevelir en des cachettes introuvables les ossements des saints, les vases sacrés, les actes de propriétés et les archives. D'autres aimèrent mieux s'enfuir en des asiles qu'ils s'étaient ménagés au loin, et emporter avec eux en des voyages furtifs, à travers les forêts ou les fleuves les cendres vénérées de leurs patrons. C'est ainsi que les religieux de Glanfeuil se décidèrent à quitter l'Anjou, emportant le corps de saint Maur jusqu'aux environs de Paris, où l'empereur Charles leur donna le monastère des Fossés, qui datait déjà de deux cents ans, et qui devint célèbre sous le nom de son nouveau patron. Chez nous, détail* vrt'«^^'*^'''^ ce fut l'époque de la translation de saint Vivence (*). On se rappelle quelle part avait eu ce saint prêtre aux travaux

(a) Ann. Berlin.^ in h. ann.

(b) Bolland., januar. Il, 95.

apostoliques de la Vendée, les solitudes quHl sV était faites et son retour à celle de Gravion, près Poitiers, où il était passé de la terre au ciel (a).

Et de saint Benoît Quand donc vinrent les jours de désolation où il fallut

de Quinçay •*

soustraire ces précieux restes à la profanation des ravageurs, les moines de Saint-Benoît de Quinçay, après avoir prêté le refuge de leurs fortes murailles aux religieux de leur voisinage , avaient succombé eux-mêmes aux assauts de Pennemi; ils s'étaient enfuis, laissant aux moines de Saint-Hilaire de Poitiers le soin et la surveillance de saint Vivence, confié à une sépulture inconnue à tous autres. Ceux-ci voyant de nouveaux désordres menacer leur territoire, se hâtèrent de Ten enlever, et, secondés par un certain nombre des anciens religieux dispersés, mais avertis de cette grande détermination, ils partirent pour l'Auvergne, jusqu'alors prémunie contre les invasions par sa position centrale et la confection de son sol que traversaient tant de montagnes et de vallées. Ils furent charitablement reçus par Agilmare, évêque de Clermont, qui leur donna en Bourgogne une villa nommée Amausuni (13), où il leur fit bâtir une église et un monastère, dont les vastes dimensions offrirent un asile à tous ceux qui avaient accompagné les saintes reliques. Ces voyageurs étaient très nombreux, et beaucoup de pieux laïques, qui avaient suivi les religieux, se fixèrent avec eux près de la nouvelle demeure du saint et sous ses auspices. L'église et le monastère eurent le même vocable de saint Vivence.

TnuwporiéeiàAr- Mais bientôt après les redoutables pirates envahirent enfin cette contrée si heureuse jusque-là d'une paix que personne ne goûtait autour d'elle. Il fallut encore que les Poitevins s'en allassent chercher ailleurs leur salut et la sauvegarde de leur précieux dépôt. Ils errèrent d'asile en asile jusqu'à ce que le comte de Bourgogne, Richard le Justicier, ayant infligé, en 888, une sanglante défaite aux

(a) V. ci-dessus, ad ann. 362, t. 1.

Normands, près d'Argenteuil-sur-rArmenson (14), Manassès, comte de Chalon-sur-Saône, les retira dans sa terre de Vergy (15) et leur y fit bâtir une abbaye sous le nom de leur saint patron; laquelle appartint plus tard, et jusqu'en 1790, â Tabbaye de Cluny, dont elle fut un prieuré.

C'est probablement cette année qu'on fut obligé de sous- d^^So»1ritL?à traire à Tabbaye de Montreuil, dans la vallée d'Auge, les ''*''^'*'*reliques de sainte Opportune, qui y reposaient depuis le 22 avril 770. Nous avons parlé de sa vie comme intéressant le diocèse et la ville de Poitiers où elle eut une église jusqu'en 1790, dans la rue qui porte encore son nom. Nous ne doutons pas que ce fut à l'occasion de ce pieux voyage que des débris de son corps virginal ayant été distribués à quelques personnes, il n'en ait été abandonné une portion à Tévêque ou au Chapitre de Poitiers, ce qui aura donné lieu à la fondation de l'église. Nous ne savons comment l'abbé de Montierjieuf était devenu le collateur du titre curial ; mais on sait très bien que ce bénéfice possédé par cette abbaye, à titre de simple chapelle, fut érigé en paroisse en 1444, à l'occasion de difficultés entre le chapelain et plusieurs curés de la ville, ceux-ci prétendant y faire l'office funèbre de leurs paroissiens qui y élisaient leur sépulture; celui-là voulant au contraire y pourvoir de droit par luimême. Pour couper court à ces contestations, la chapelle fut érigée en église paroissiale à la demande de Jean Barbe, qui avait été maire de Poitiers en 1439, et le redevint cm 1445. Ce fut lui qui usa de toute son influence dans ce but prés de Jacques Juvénal des Ursins qui, après la mort de Guillaume de Charpaigne, venait d'être nommé administrateur de l'évéché de Poitiers ia).

Mais une sainte plus connue et déjà depuis longtemps Précantionf poar souverainement populaire à Poitiers, dut certainement en t^¥^ RadiîKOùdâ à ce temps-là, aux mêmes circonstances qui en transportèrent d'autres si loin, sa réintégration dans son propre monastère.

(a) V. nos Vies des Saints de l'Eglise de Poitiers, p. 122 et suiv. ; — Loaguc?al, VllI, 27 ; — Bulletin des antiq. de l'Ouest, VllI, 4 et suiy.

Uioe.

On a vu comment celles de sainte Radégonde, conservées avec vénération dans la crypte de la collégiale de Sainte- Marie, et dans le sarcophage de pierre qu'on peut juger contemporain de sa sépulture au vi® siècle, furent portées, pour échapper aux Normands, à Saint-Benoît de Quinçay où elles demeurèrent cachées jusqu'en 868. Cette année, en effets, les religieux de cette abbaye, fuyant eux-mêmes avec leurs corps saints jusqu'en Auvergne, la communauté de Poitiers ne voulut pas laisser partager au corps de sainte Radégonde les chances d'un voyage long et périlleux. Il fut donc rapporté dans la ville où tout persuadait qu'il serait à l'abri de fortes murailles et sous la garde d'une population décidée à tout pour le défendre. Outre ces sûretés cependant, on résolut d'en avoir d'autres et d'entourer le saint corps de précautions extraordinaires. On l'enferma donc dans un cercueil de plomb, et probablement celui-ci dans le sarcophage primitif, puis on le cacha sous terre et l'on mura toutes les ouvertures de la crypte. Les temps qui suivirent, désolés par les ravages et les incendies, verront dévaster la cité et ses églises ; les malheurs s'y ' accumuleront pendant un siècle et demi, jusqu'à ce qu'enfin la paix se faisant sous le régne de Robert, une nouvelle découverte rendra au culte des fidèles le trésor qu'on croyait alors perdu sans retour.

Famine en Aqui- Au milicu dc si affligeantes catastrophes, ce recouvrement des corps saints devenait une grande consolation religieuse où la foi ne manquait pas de se fortifier contre les ébranlements qu'elle recevait de toutes parts ; car la seule pensée de Dieu pouvait soutenir contre les calamités de la guerre et celles d'une autre nature qui vinrent s'y joindre. Toujours, en effet, à chaque retour des pillards dans toutes les parties de la Gaule qu'ils étaient parvenus à inonder, la terreur était partout, les campagnes étaient abandonnées, les colons dispersés, les serfs insuffisants à continuer seuls la culture des terres. Beaucoup de champs ensemencés n'avaient pu être récoltés faute de bras, et enfin la récolte

de cette année manquant aussi bien que celle de Tannée précédente qui n'avait pas permis de faire des réserves; la famine arriva avec son affreux cortège de maladies, de morts multipliées et de tous les excès qui accompagnent trop souvent cet horrible fléau contre les propriétés et les personnes. La France entière en souffrit, mais particulièrement l'Aquitaine, où les troubles duraient depuis si longtemps / et où le soin des terres et des troupeaux avait été forcément négligé. On aura une idée de cette horrible misère en lisant la Chronique d* Angoulême écrite peu de temps après, et dont Fauteur anonyme rapporte qu'on alla jusqu'à égorger des hommes pour se nourrir de leur chair (16). Ce lamentable épisode de notre histoire se trouve rapporté aussi dans une autre Chronique d'Aquitaine écrite de 864 à 896 par un auteur inconnu, dont semble s'être inspiré souvent Adhémar de Chabanais qui, dans le siècle suivant, écrivit la Chronique du Limousin, mais avec moins de précision pour la chronologie («).

Au milieu d'août, se tint à Piste une nouvelle diète où pjJSj''^ **•• *** Charles émit des capitulaires fort sages en eux-mêmes, mais qui, grâce au mauvais vouloir de la plupart de ses leudes et à son peu de fermeté, n'eurent aucun résultat par rapport aux mœurs publiques et à la réforme des abus qui s'enracinaient de plus en plus dans la conduite et les prétentions des grands. On s'y occupa de la famine sans y remédier ; on y arrêta des mesures à prendre contre les Normands, et on y lut des lettres du roi de Bretagne Salomon, qui, après avoir promis de marcher en personne contre eux, prévenait qu'il ne le pourrait pas, mais qu'il seconderait par un envoi de troupes les entreprises de Charles et de ses seigneurs (^). Le point intéressant pour v^m iog«MM nous, c'est que notre évêque de Poitiers Ingenald assista à cette assemblée et prit une part active à l'une des décisions

(a) Labbe, ub. $up,

{h) AnnaL Berlin., in h. ann.

les plus importantes. Une grande affaire occupait alors le clergé et la cour : Hincmar, évêque de Laon, arrivé à ce poste plus par la faveur que par son mérite et sa vertu, s'était rendu odieux au clergé et au peuple de son diocèse, i payant Paveugle népotisme de Parchevèque de Reims par

f des injustices et des violences. Il était accusé d'avoir privé

1 quelques-uns de ses vassaux de fiefs qu'ils possédaient

|. légitimement, mais que leur contestait son avarice. Ses

exactions avaient indisposé le roi, qui, l'ayant trouvé rebelle à ses observations, lui retira une abbaye qu'il lui avait donnée, et, après l'avoir vainement sommé/ de comparaître, fit confisquer les biens de son évêché. C'était de P part et d'autre un abus de pouvoir, aussi bien qu'un déni

p d'obéissance légale. Voyant enfin qu'une assemblée royale

f se tenait à Piste, il y vint avec son oncle de Reims, du

l; même nom que lui. Il y apportait un mémoire justificatif

% qui n'engagea qu'un plus grave conflit entre lui et le roi

K par la hauteur de ses termes et l'orgueil de ses prétentions.

f Aussi l'affaire n'en resta pas là, et se prolongea jusqu'à ce

t qu'après de longues oppositions des deux côtés, Tévèque

[: de Laon se vit déposé par le concile tenu en 871 à Douzy.

f C'est parmi les évoques rassemblés à Piste que nous

voyons Ingenald invoqué, avec tous les évéques des provinces, de Rouen, de Reims, de Bordeaux par Hincmar l qui voudrait les voir prendre sa défense contre le roi. Ce

|. recours ne fut d'aucun avantage pour l'évêque de Laon

i' dont l'insolence respirait jusque dans ses prétendues

f excuses. Deux autres conciles le condamnèrent successi-

f vement à Worms et à Verberie, jusqu'à ce qu'enfin celui

I El à celui de Douzy. dc Douzy vîut terminer l'affaire. Il paraît qu'Ingenald y prit

f part et y opina, quoique son nom ait été omis, par accident

r sans doute, parmi ceux qui en souscrivirent les actes (a).

[ Peut-être aussi y avait-il été seulement représenté par un

i . délégué.

(a) Longueval, VIII, 78; — Hincmaris Laudun. Episc. opusctUa., ap. Mipie,

^ t. CXXIV, col. {0<25 ; - Labbe, ConciLy Vlll, p. 4553.

Vers ce temps nous apparaît pour la première fois une paroisse du diocèse qui n'était alors qu'une mlla connue aux environs de Mirebeau sous le nom de Dolciacum, C'est aujourd'hui Doussay (17). Elle appartenait, en 774, à Charlemagne qui, après l'avoir fait réparer d'une forte ruine, la donna, par un diplôme de cette même année, au Chapitre de Saint-Martin de Tours. C'est sans doute de là que son église construite par les moines, aura reçu dès lors le vocable de saint Martin, qu'elle porte encore. On peut très bien conclure des termes d'une autre charte datée de 892, qu'elle fut d'abord un prieuré (û); mais nous la trouvons indiquée comme paroisse en 1276. Cette cure fut toujours à la nomination du Chapitre de Saint-Martin. Le prieur de Blaslay, dont la maison était aussi un don de Charlemagne à la même communauté, en était le présentateur. Toujours est-il que lorsque les moines tourangeaux jouissaient depuis plus d'un demi-siècle de leur possession incontestée, et dont leurs archives attestaient l'origine royale, Magenarius, seigneur des environs, s'en empara à l'aide de pièces falsifiées ou de faux témoins gagnés à sa cause (^), et s'en attribua la jouissance à titre de bénéfiice. Son fils, Osbert, trouva commode ce genre de propriété et consacra l'injustice en retenant comme héritage légitime le domaine qui consistait en une forêt entourée de bouquets de bois, avec des vignes, des pc\turages, des terres arables et tous les bâtiments d'exploitation nécessaires. Lorsque par suite de la lettre de Nicolas I" dont nous avons parlé, le cœur revint à beaucoup de persécutés de revendiquer ce qu'on leur avait soustrait, les moines de Tours s'adressèrent au comte de Poitiers Raynulfe, qui leur fit restituer par Osbert tout ce dont il était nanti à leur préjudice. Ce retour fut constaté huit ans après par Ebles I®'^, comte de Poitiers, à Pabbé de Saint-Martin Adraldus (c). Mais que n'était pas la

(a) Besly, Hist. des Comtes de Poict., p. 210.

(6) BoU) usurpavit. — V. Besly, ub. sup., et p. 181.

(r) Besly, ub. sup.

QT]ff\nf dû U p-

;(i24 HISTOIRE GÉNÉRALE DU POITOU (868)

force de l'habitude et le désordre des affaires à cette malheureuse époque si longtemps troublée ! Trente ans ne s'étaient point écoulés, et déjà Robert, comte de Tours, qui s'était emparé antérieurement de Tabbatiat laïque de Saint-Martin, avait profité des nouveaux troubles pour s'annexer le prieuré de Doussay, qu'il lui fallut rendre à ses maîtres par un acte du 27 mars 897 w.

Doussay ne tarda pas à s'agrandir sous l'influence bienfaisante du prieuré. Des alleux ou fiefs se créèrent sur son territoire, et, vers 1085, on trouve parmi les signataires d'une donation faite à Saint-Cyprien de Poitiers, un Raynaud de Doussay, pour qui ce dernier nom ne peut être que celui d'une seigneurie (*>. Plus tard, et peut-être fort peu de temps après, un château fut construit qui releva de la baronnie de Mirebeau, que Jean de Brisay fit fortifier vers 1433, pour s'opposer aux attaques des Anglais. Un baron de Mirebeau, de qui relevait la seigneurie, fit élever aussi sur le territoire de Doussay un hébergement, c'est-àdire un logis féodal où s'installèrent des gens dépendant de lui, et chez lesquels, en vertu d'un droit reconnu par cette installation même, il devait être reçu et nourri, lui et sa suite, lorsqu'il venait visiter ses domaines.

Avant 1790, la paroisse de Doussay faisait partie de l'archiprêtré et de la baronnie de Mirebeau, et appartenait au duché-pairie et à l'élection de Richelieu en Touraine, qui en était fort rapproché.

viffoeriedeBnya. A SOU Origine, Doussay était enclavé dans la viguerie de Braye (O, dont nous devons dire ici ce que nous en savons. Cette localité, qui n'est plus aujourd'hui que le chef-lieu d'une petite commune de quatre cents âmes, dans le canton de Richelieu (<0, était alors du diocèse de Poitiers,

(a) D. FoDteueau, XYII, p. 129.

{b) Carttdaire de SairU-^yprien, p. 77.

(c) Vicaria Braiacerms ou Brimis.

{d) Indre-et-Loire, diocèse de Tours.

et à rextrémité Nord-Ouest de notre province. Elle est mentionnée comme résidence d'un viguier à cette date de 868 (on Ta vu plus haut) , et non pas seulement à celle de 820, comme Ta indiqué La Fontenelle (a).

On voit dans une charte qui date des environs de 1085, que Braye avait alors deux églises, l'une de Saint- Jean et l'autre de Saint-Pierre. Un seigneur Arbert de Saint- Jouin et sa femme Thomasie les donnèrent aux moines de Saint- Cyprien de Poitiers, avec les droits, que n'avaient pas alors toutes les églises, de sépulture et de baptistère; ils y ajoutaient toutes les chapellenies avec les offrandes qui y étaient faites en vin, en pain et autres oblations habituelles. Ils donnaient aussi la moitié du bourg, y compris ses agrandissements futurs, avec tous les péages qu'il comportait, et les dîmes des terres presbytérales telles qu'en jouissait un certain Alboin qui n'est pas désigné autrement. Braye devait être alors un lieu anciennement acquis au christianisme, car autour de ce petit endroit est un cimetière encore garni de cercueils en pierre (^), comme on en trouve à Civaux, à Saint-Pierre des Eglises et à Antigny (c). Les chartes du moyen âge, en citant quelques- ^ uns des villages qui dépendaient de Braye, font penser que cette viguerie était plus étendue que peuplée, car elle remontait jusqu'au-delà de Richelieu et revenait en Poitou jusque et au-dessous de Lenclottre, qui n'était pas encore connu sous son nom actuel.

Parmi les villas qui dépendaient de la viguerie de Braye et qui figurent encore dans le département de la Vienne à ^^-^^^^^^^^ titre de paroisses, était Sabiniacum, dont on a fait Savigny, qu'il ne faut pas confondre avec la châtellenie de même nom située dans la commune de Vouneuil-sur-Vienne , et qui avait un prieuré de Saint-Cyprien. Le Savigny

(a) Mém. des Antiq. de l'Ouest, V, 417.

(b) Dufour, Ancien Poitou^ p. 188. — Bulletin monumental, 111, 217. {c) Trois localités dont nous avons parlé antérieurement. — Voir la Tabla

gèo^apbique du tome I®''.

vlgnj'ïaui-P^yt ou.

dont nous voulons parler est du canton de Lenclottre, et se distingue de ses homonymes par Padj onction des mots souS'Faye, parce qu'en effet il est placé à deux lieues au Sud de Faye-la- Vineuse, qui était avant 1790 son cheflieu d'archiprêtré. C'est encore un lieu d'origine galloromaine, comme son nom le dit assez. Son église a toujours été dédiée à saint Pierre-és-Liens , et dépendit, par suite d'une donation très ancienne, de l'abbaye de Saint-Benoît de Quinçay, dont un prieuré y fut établi dès lors. Il y avait aussi très anciennement un prieuré de Saint-Laurent à la Chapelle-Soudan, non loin de Savigny, et dont le sanctuaire tombait en ruines, ce qui le fît interdire à une époque déjà reculée. La nomination en était réservée également à l'abbé de Saint-Benoît. Au reste,, tout en dépendant de cette abbaye, et quoique haut justicier de la paroisse, le prieur, par le fief qu'il possédait, relevait du château de Saumur avant la révolution de 1789, de même que la paroisse faisait partie de l'archiprétré de Faye-la- Vineuse, et dépendait pour le temporel de Richelieu, de Châtellerault et de la généralité de Tours. On peut conclure de là que ces différences de juridiction s'étaient établies à une époque très éloignée, et peut-être dès le ix® siècle, quand le Poitou s'étendait jusqu'à la Loire (a). Savigny n'a plus que son église paroissiale, reconstruction à nef unique de style flamboyant, et un château moderne.

Paroisse de sosiay. Sossay était aussi une villa de la même viguerie, devenue paroisse de quatre cents âmes, et pourvue d'une éghse romane de Saint-Jean-l'Evangéliste fort maltraitée par le temps, et qui dépendait de Saint-Hilaire de la Celle au double titre de cure et de prieuré : une charte de Nouaillé en parle en 1199. Ce modeste village occupe le milieu d'une petite vallée dont l'extrémité septentrionale voit jaillir de sa source un ruisseau qui porte le même nom et va se jeter à deux lieues au Nord dans la Veude, qui remonte

(a) Cf. Rcdet, Diction, topographique de la Vienne, p. 395.

de sa source voisine vers Richelieu et Champigny pour aller se perdre dans la Vienne prés de Chinon. Le nom de Sossay a varié de telle sorte qu'on ne remonte guère à celui d'où vinrent tous les autres jusqu'au xiii® siècle, où OQ le trouve déjà écrit comme aujourd'hui, et latinisé en Sossayum dans le Fouillé du B. Gauthier de Bruges. Cette paroisse est aujourd'hui, après avoir relevé de l'archiprètré de Faye-la-Vineuse, une des neuf qui forment le doyenné ou canton de Lencloître. Nous ne la mettons pas ici sans de bonnes raisons dans cette circonscription de la viguerie de Braye : c'est que, étant citée dans le chartrier de Saint-Hilaire sous le nom de Segum, qui est peut-être son premier nom, et placée sur la Vende, dont elle avoisine la source, nous n'avons vu que ce nom, lequel n'existe plus sur les cartes, qui pût répondre d'après l'indication latine à cette appellation, depuis longtemps perdue, et qu'entourent dans cette même viguerie de Braye un certain nombre d'autres qu'on n'avait pas étudiés jusqu'à présent.

C'est ainsi que nous trouvons dans un titre de Saint- Cyprien daté de l'an 1015, une villa Olcas que La Fontenelle a conjecturé n'être autre que Orches, qui est aussi dans le canton de Lencloître , mais dont on aurait peine à expliquer la traduction devant le nom primitif. C'est donc sans aucun scrupule que, suivant les indications du savant qui avait rédigé les tables du cartulaire de Saint-Cyprien (a), nous pensons que Olcas, employé au commencement du ix« siècle, est absolument les Ouches, hameau devenu fort obscur de la paroisse de Pouant, dans le canton de Montssur-Guesne, voisin de Loudun.

Pouant, qui était encore de cette viguerie en 957, figure dès 889 comme une des terres assignées en partage par Ebles, évoque de Limoges et abbé de Saint-Hilaire, aux chanoines de cette église (18). L'église paroissiale de Pouant

(a) Le r^[rettable M. Redet.

LavUlidciOadies,

Daroli«eJePoaaot,

Paroisse de Neei)' loas-Faje.

fut donc naturellement de Saint-Hilaire, faisant partie jusqu'en 1790 de Parchiprêtré de Faye. Il y eut aussi à Pouant une* châtellenie dont le Chapitre de Saint-Hilaire, qui nommait à la cure, était seigneur.

Nous croyons qu'on peut encore trouver dans la villa de NosoliacOj située dans le même territoire et relevant de la même viguerie, le village actuel de iVa^ïZ-sous-Faye, que quelques-uns ont pris pour Sazilly (qui n'y ressemble guère), et dont on n'indique pas même la position. L'adjonction qu'on- a faite à ce Nueil des mots sous-Faye, désigne parfaitement la cause de notre préférence, aussi bien que sa position dans la viguerie de Braye. Ce domaine appartenait en propre, en 994, à un seigneur nommé Arbaud et à sa femme Humberge ; ils en donnèrent une portion à Saint- Cyprien de Poitiers, consistant en terres labourables, et y ajoutèrent les deux tiers d'une autre propriété appelée de Saint-Martin qui pourrait être Saint-Martin de Quinlieu (19), près Saint-Gervais, avec une autre encore, désignée sous le nom de Sainte-Radégonde , et qui ne devait guère s'en éloigner (tf). Le cartulaire de Cormery w établit que déjà en 892 Nueil possédait une église, du vocable de saint Georges sans doute, qu'on lui trouve plus tard ; elle devint cure à la nomination du Chapitre de Faye-la- Vineuse. Abolie par la Révolution, on ne se ressouvint d'elle qu'en 1826 ; alors on rétablit la paroisse, qui fut donnée au canton de Montssur-Guesne. Posé dans un vallon dont la Mable (20) avoisine les collines orientales, Nueil possède à peine une population de 600 âmes. La commune est rafraîchie par plusieurs bouquets de bois ; elle n'a plus qu'une pauvre église sans intérêt, maintes fois retouchée, et dans laquelle on reconnaît à peine les caractères romans d'une époque où sa vie était certainement plus relevée. Son clocher carré est un témoin irrécusable de son importance d'autrefois.

(a) Cartulaire de Saint-Cyprien, p. 75.

{b) Cité par Redet, p. 295.

C'est encore à Saint-Cyprien, dont un grand nombre de La vnu de Poniué

eu Thoré*

donations préparaient le remarquable et prochain développement, que deux époux, Simon et Plectrude, donnèrent en 934 un alleu de leur héritage avec toutes ses dépendances, situé en Poitou, dans la viguerie de Braye et dans le village nommé Poltictas. Tout autorise à croire que ce lieu est devenu Fouillé, hameau de la paroisse de Thuré, à deux lieues Nord-Est de Châtellerault. Il ne reste plus de Fouillé que les ruines d'une vieille tour posée sur le plateau qui domine la paroisse, et qui fut le siège, au xv® siècle, d'une haute justice relevant- du duché de Châtellerault.

Enfin Blaslay est encore placé (21) dans nos monuments ParoîssedeBUsiay. écrits parmi les villas dépendantes du viguier de Braye. Saint-Martin de Tours la possédait en 774, comme l'atteste un diplôme de Charlemagne, et déjà elle avait une chapelle, citée en 862 dans une charte de Charles le Chauve, sous le vocable du saint Thaumaturge (a). Nous ne savons quand cette localité devint elle-même chef-lieu de viguerie : ce fut vers la fin de la période historique de cette sorte de juridiction, car il semble que les plus anciennes chartes où elle soit mentionnée se datent de 987 et 990. Par un de ces actes, un certain Gauzelmus, qui n'est pas* autrement désigné, donne aux moines de Saint-Cyprien neuf journaux de vigne (22) situés au lieu appelé Grenoletum, qui pourrait bien être le Grenouilleq,u (23) encore connu dans la commune de Sérigny (b). Cette viguerie se dirigeait de Poitiers à Thouars par Neuville. Elle devait être fort circonscrite, touchant d'un côté à celle de Thénezay, qui était du paguB de Thouars, et de l'autre à celle de Saint- Jean de Sauves, àa pagus de Poitiers. Le bourg rnême de Blaslay est traversé par le Pallu (24). L'église paroissiale, qui a pour patron saint Martin, cessa d'avoir ce titre en 1790, mais elle le reprit en 1846 et le conserve encore pour une

(fl) D. Bouquet, Eut. Gall., V, 737, et VIII, 573. ib) Dont il est parlé ci-dessus, t. III, p. 235.

jpopulation de quatre cents âmes seulement. Elle fut d^abord de Tarchiprêtré de Dîssay, de la baronnie de Mirebeau, et de l'élection de Richelieu. Le Chapitre de Saint-Martin de Tours était seigneur de Blaslay et nommait à sa cure. Tels sont à peu près les renseignements qui nous restent sur cette viguerie de Brave, dont le chef-lieu s'est affaissé comme tant d'autres sous la main du temps, et a subi toutes les conséquences des changements arrivés dans les institutions et dans les affaires des hommes. Hélas! c'est la tâche de l'histoire de rassembler des ruines et de parler de ce qui n'est plus.

MaScr**"^ d™«» La fin de cette année 868 vit naître en Poitou un enfant qui devait y avoir de grandes destinées, quoique sa naissance fût illégitime, ce qui le fit surnommer Manager, ou le Bâtard (a). Il était fils de Raynulfe, deuxième du nom, qui ne fut comte de Poitiers qu'en 886, et dont nous verrons bientôt les aventures et la fin malheureuse. uBréugnc et les Au commencement de 869, le roi de Bretagne Salomon III,

NomaBdf. ^ , ,

voyant que malgré tous ses efforts et ceux de son peuple qui l'avait secondé avec courage, il ne pouvait plus compter sur les secours qu'il avait demandés à la diète de Piste contre les Normands, se détermina à leur acheter la paix à des conditions que ces barbares ne dédaignèrent jamais, mais qui ne les empêchaient pas de reparaître quelque temps après. Cette fois ils acceptèrent un lot de cinq cents vaches dont ils se firent une ressource pendant quelques semaines, et ils consentirent à rester inactifs jusqu'à nouvel ordre dans leurs Iles de la Loire. Ils virent de là le même prince qui était réellement pieux, réparer de ses deniers les pertes que les Danois avaient infligées aux moines bénédictins de Redon, qu'ils avaient chassés de leur monastère après l'avoir brûlé (*). Il leur donna d'abord son palais de Plélan(25), qu'il changea pour eux en un monastère de

(a) V. Chronic, Malleac, ad ann. 868. {h) V. ci-dessus, ad ann. 832.

Saint-Sauveur : c'était le vocable donné à leur première fondation par saint Convoyon, mort depuis quelques mois, et qui ne vit pas rachèvement du second édifice. Au reste, il yJ^nJe vwfoa"^^^^ arriva à cette maison un double avantage qui la mit en 5îiSl lî^Jer"' *! *** réputation dans la contrée et au loin. Les moines de Vertou vinrent y déposer le corps de saint Martin, dont le monastère au-delà de la Loire était souvent inquiété par l'ennemi habituel. De Saint-Maixent, on avait apporté aussi les restes vénérés du saint patron, pour lequel on n'avait plus aucune garantie en Poitou. Les Poitevins reçurent alors de Salomon de grandes preuves de sa munificence. Il se plut à enrichir les corps saints de tapis précieux, orna leurs châsses de pierreries, et donna une religieuse hospitalité à d'autres reliques qui avaient appartenu à ce dernier saint, et dont il avait fait usage : c'étaient un évangéliaire dont la reliure était d'or et d'ivoire, une Vie de saint Maixent en prose et en vers, et une Vie de saint Léger, toutes deux enrichies en dedans et en dehors d'ouvrages d'or et d'argent, c'est-à-dire sans doute que des vignettes sur fond d'or accompagnaient le texte, et que la reliure était revêtue de plaques et de filigranes d'argent qui déjà étaient en usage dans l'orfèvrerie de cettte époque ; car il est probable que ce genre d'ornementation avait été donné à ces objets dés le vi® ou vu® siècle. A cette occasion, un nouveau tombeau fut donné à saint Maixent, qu'on espérait sans doute conserver longtemps en Bretagne.

Cependant, de toutes parts on s'inquiétait des troubles condiedeverberie. qui entravaient toujours plus les affaires de l'Etat et de l'Eglise, et, si l'on ne parvenait pas à les calmer, ce n'était pas faute de diètes ni de conciles. Après les dernières guerres contre les Normands, les exactions contre les propriétés et les personnes étaient venues, comme toujours, delà noblesse et des seigneurs. On voulut, pour y remédier, tenir un concile à Verberie (a), où était un palais royal entre

(fl) Sur Verberie, voir ci-dessus, ad ann, 753, t. III, p. 304.

Compiégne et Senlis. C'est là que Hincmar de Châlons, se voyant menacé d'une condamnation, en appela au Saint- Siège, ce qui fit interrompre le procès. Entre autres affaires traitées par les huit métropolitains et les vingt et un évéques qui y siégèrent, on doit remarquer celle de notre abbaye GttinMi»e,abbédô (Je Charroux. .Elle était alors gouvernée par son sixième abbé Guillaume I®' du nom, qui était venu au concile pour y soutenir les droits méconnus de sa maison. Il avait assisté en 862 à une sorte de conciliabule tenu à Soissons, où Rothrade, le pieux évêque de cette ville, avait été déposé par une indigne vengeance d'Hincmar archevêque de Reims. On peut croire pour l'honneur de notre Guillaume, qu'il ne souscrivit pas à cette iniquité, car on ne trouve pas son nom parmi ceux des signataires («). En revanche, on l'y voit au nombre de ceux qui appuyèrent de leur assentiment un acte favorable à l'abbaye de Saint-Denis. Quant au concile qui nous occupe, il y apporta les actes qui témoignaient de la fondation du monastère par Charlemagne, des bienfaits qu'y avait ajoutés son fils Louis le Débonnaire, et il demandait que Charles le Chauve les confirmât en présence des Pères du concile et en assurât encore la possession par de nouveaux édits. Il s'agissait surtout de sauver par ces nouvelles garanties trois églises que disputaient à l'abbé quelques envieux de son voisinage. C'étaient Saint-Etienne de Coulonges en Aunis (26), Saint- Florent en Saintonge, et Saint-Saturnin en Anjou (27). Le roi accueillit cette demande aussi bien que les évoques. Un nouvel instrument fut dressé où les évoques menaçaient d'excommunication quiconque méconnaîtrait les droits de l'abbaye (28).

tkf""îdîwêî!Ï6^de ^^ autre personnage qui a parmi nous sa haute impor-

BordMox. tance, assista à Verberie parmi les métropolitains. C'était

Frotier que nous avons vu nommer abbé de Saint-Hilaire

par Charles le Chauve en 865, après la mort malheureuse

(a) Cabassut, ConciL, II, 177. — Notre Hi$t. de Charroux, ms., p. 462.

d'Ecfpid. Ce titre n'obligeait pas le titulaire à une résidence habituelle, et il était retourné à Bordeaux après son installation pour y continuer les devoirs de sa charge. Mais en 868, les Normands s'étaient emparé de la ville, et jetèrent un tel désordre dans tout le diocèse, que le prélat fut obligé de s'enfuir. En cette extrémité, il vint naturellement à Poitiers, où semblait habiter déjà une portion de sa famille dont il paraît que d'autres branches avaient de hautes positions dans le Languedoc, le Quercy et le Berry («). Il fut donc accueilli dans le Poitou avec un empressement que justifiaient sa conduite et ses alliances, et comme son arrivée y coïncidait avec la mort de l'abbé de Saint-Hilaire, Charles lui en donna la succession, ce qui le mit aussitôt en relation avec ce que la ville et la province renfermaient de familles les plus distinguées. Il se trouva lié par cela même avec Ingenald dont il était d'ailleurs le métropolitain ; c'est avec lui qu'il était allé au concile de Verberie. Il y souscrivit à la condamnation de l'évêque de Laon, et sa signature fut apposée coinme celle d'un témoin important à l'acte confirmatif des propriétés de Charroux (*). Nous ne tarderons pas à le revoir en des circonstances qui lui seront personnelles.

Nous avons laissé nos moines de Noirmoutier installés à aaitrième tramu-

- - . 1 , .!.,,>.. lion de Mini Filiberl.

Messay, que leur avait donné, après la rume de Samt- Filibert de Déas, la généreuse sollicitude de Charles le Chauve. L'abbé Ermentaire n'existait plus; il avait été remplacé par Bernon,. homme de grande capacité qui devait être, trente ans après, le fondateur de la célèbre abbaye de Cluny (29). Il fit preuve, dans des circonstances difficiles, d'une grande prudence et en même temps d'un louable désintéressement, se démettant de sa charge quand il crut mieux servir les intérêts de sa communauté en abandonnant le pouvoir. Il avait parmi ses jeunes religieux

(a) MM. Filleaa et de Chei^é, Diction, des familles du Poitou, II, 129. {h) Besly, ConUes de Poict., ub. sup.

Geiion. abbé de le fils d'un comte Doitevin nommé Geilon, comme son père.

Noimontier.

D lui avait donné Thabit monastique, et les vertus qu'il lui voyait pratiquer ne lui laissaient pas de doute sur la réussite d'un projet qu'il avait médité. Il engagea donc les moines à Pélire à sa place dans l'intérêt commun de la famille. Ce fut fait sans opposition, et bientôt le nouvel abbé, présenté au roi, lui devint agréable, non moins par les qualités que relevait encore sa haute naissance que par son extérieur sympathique et son regard intelligent. Il trouva le roi très disposé à lui accorder plusieurs demandes, entre autres la ratification d'une largesse qu'un certain Didier, homme très riche et ami de la communauté, lui avait faite l'année précédente de quelques terres avec leurs attenances et leurs serfs. Mais une faveur bien plus considérable suivit celle-ci. Geilon eut occasion de parler au prince de la triste position de ses religieux, toujours obligés de changer d'asile pour échapper aux Normands, et forcés d'abandonner l'espérance de revenir un jour dans leur chère demeure de Noirmoutier, où les pirates s'éternisaient, et d'où trop souvent ils étaient venus sur les terres voisines attaquer leurs nouveaux établissements et les rendre tour à tour inhabitables. Le roi comprit cette fâcheuse extrémité. Sur les limites de l'Auvergne et du Bourbonnais, là où est encore la ville de Saint-Pourçain (30), était un monastère de ce nom , dont la fondation remontait à 540, et qu'avait gouverné jusqu'à un âge très avancé le saint abbé auquel il avait dû ses commencements. Situé sur une montagne dont les environs lui formaient un rare aspect d'autres montagnes, de vallées et de ruisseaux, I d'où lui venait sans doute son premier nom de Mirandum,

I le saint lieu était désert depuis quelque temps, le charme

? de sa situation et sa paix profonde n'ayant pas été un

obstacle aux rapacités des Normands. A leur approche, j les moines s'étaient sauvés, emportant le corps de leur

' saint patron qui n'y revint que plus d'un siècle après.

î Ce pouvait bien être un refuge provisoire pour les enfants

de Saint-Filibert, dont c'était déjà la quatrième, mais non la dernière translation (a).

Vers le milieu de cette année, arriva un événement qui, en excitant l'ambition illégitime de Charles le Chauve, porta de nouveau le trouble dans les affaires de sa famille et dans celle de la France. Lothaire, roi de Lorraine, neveu de Charles, cédant à un de ces sacrilèges caprices dont les princes ne se méfient pas assez, avait abandonné Teutberge, sa femme, pour épouser Valrade que des parents intéressés avaient favorisée dans ce but. Ce divorce fut approuvé par deux conciles tenus, Tun à Metz, Pautre à Aix-la-Chapelle, soit parce que Lothaire y apporta de fausses raisons contre la légitimité de son mariage soit que parmi les évoques rassemblés à ce sujet, il s'en trouva un certain nombre dont la parenté et l'origine simoniaque eussent été un double mobile de condescendance coupable. Mais cette double décision avait été cassée en 867, par le pape Nicolas I®', et Lothaire se vit obligé, dit un biographe, de quitter la femme qu'il aimait pour reprendre celle qu'il devait aimer w. Personne ne réclama contre la sentence du Pape, ce qui prouve en môme temps, quoi qu'en aient dit quelques historiens de mauvaise foi (o, combien l'autorité du Chef de l'Eglise était alors solidement établie en France, et de quelle utilité doit être pour le maintient du dogme et de la morale cette autorité supérieure donnée par Jésus- Christ à un juge suprême de la foi et de la discipline.

Nous n'entrerons pas ici dans les conséquences si fatales au repos public de ces graves fautes des princes et de quelques partisans aveuglés ; nous omettrons de raconter comme étrangers à notre histoire particulière comment Charles le Chauve s'attira par ses prétentions injustes sur

de Ch»Tkt 1« Cbviv« à l> &iiHe de c«l èTé-

(a) D. Boaqaet, Hist,, VIII, m h. ann. XI, m.

Mffr GnériD, Petits BollandiUes,

{b) Feller, Biographie universelle, V» Lothaire. (c) Daniel, Mézerai, Velly.

la succession de Lothaire des avanies que sa pauvre politique ne sut jamais éviter. Pourquoi entrerions-nous aussi dans la scandaleuse royauté donnée à Bichilde, sa seconde femme, dans ses démêlés avec son frère Carloman mourant par sa faute après de déplorables malheurs? C'est bien assez de signaler encore les fléaux que multipliaient dans un seul, qui les résumait tous, les projets que les Danois ne manquaient jamais de tirer de ces dissensions aussi sanglantes qu'impolitiques. Car, pendant que ce roi inhabile donnait ainsi ses soins à des campagnes sans gloire, il laissa les pirates continuer leurs envahissements, et, après avoir augmenté de quelques provinces le Nord et le Midi de son pays qu'il n'avait jamais su défendre, il chercha à se préserver du pillage en donnant à ces détestables ennemis des subsides honteux. Il leva d'énormes contributions sur les Français de toutes les classes, sur les églises, les monastères ; les maisons de commerce n'en furent pas exemptes. L'Aquitaine elle-même, qui semblait un royaume à part, fut frappée de ce fléau, et le produit de cette espèce de capitation générale ne fut qu'un appât de plus pour les farouches étrangers qui, chaque année, sentaient leurs forces matérielles et morales s'enraciner plus solidement dans la terre qu'ils ne voulaient plus quitter. Au reste, cette ambition devait leur paraître d'autant plus juste que le souverain de la France ne se cachait pas de la favoriser. L'un des considérants motivés dans le diplôme qui donnait aux moines de Saint-Filibert l'abbaye de Saint-Pourçain , s'appuyait sur la présence habituelle des Normands dans l'île de Noirmoutier, et sur ce qu'on ne pouvait prévoir quand il serait possible de faire la paix avec eux! (a)

Tant de fautes qui pèsent également sur la conduite d'un homme à titre de roi, d'époux et de père, sont d'un long récit et heureusement peuvent se séparer de notre histoire.

(a) Mauléon, lei Carlovingiens, II, 289. — La Fontenelle, Rois et Dua d'Aquitaine, p. 346.

Nous n'avons fait que les esquisser, en dépit des sévères enseignements qui en jaillissent. Nous aurions voulu n'y pas faire même allusion. Mais comment oublier entièrement que de tels faits, tout étrangers qu'ils fussent aux annales proprement dites de notre Poitou, ne devaient pas être omis entièrement dans son histoire? Car ils éclairent le lecteur sur le compte de Charles le Chauve, avec lequel nous avons ici des relations nombreuses et forcées. Revenons donc à nos affaires provinciales.

NOTES DU LIVRE miV

Note 1

Ce Vernon, ou Vemum, serait ici ou Vernon-sùr-Seine, au-dessous de Mantes, ou Ver, près de Crespy-en- Valois (Oise), mais mieux encore Verneuil-sur-Oise, près Senlis, petite ville de 1,100 âmes, où Henri IV avait remplacé Tancien palais carlo vingien par un château que fit démolir le prince de Condé en 1622.

Note 2

Brissarthe et Châteauneuf; ces deux localités sont du département de Maine-et-Loire et de l'arrondissement de Segré. Châteauneuf est un bourg sur la rive droite de la Sarthe, chef-lieu de canton, ancienne petite ville qui portait le nom de Séronne (V. ci-dessus, ad am. 861). Elle a 1,250 habitants. — Brissarthe occupe le même côté de la rivière, et n'est plus qu'une localité de 1,100 âmes, du canton de Châteauneuf, dont elle n'est guère éloignée que d'une lieue.

Note 3

Mauléon, II, 283, a rapporté ce fait avec beaucoup moins de détails. Nous tirons notre récit de la Chronique de Réginon, abbé de Prum, mort en 915, et de Sigebert de Gemblpurs, auteur d'une autre Chronique de son temps, au livre II. — Réginon était un moine du X* siècle dont la vie obscure s'est passée tout entière dans les travaux et les devoirs de son état. Il écrivit beaucoup, mais on n'a conservé de lui que la chronique citée ici et qui va, en deux livres, du commencement de l'ère chrétienne à l'année 906. On y trouve beaucoup de faits curieux pour l'histoire de la France et de la Germanie. Il est aussi l'auteur d'un recueil de canons publié en 1671 avec une docte préface de Baluze.

Sigebert était aussi un moine de l'abbaye de Gemblours ( Gemblaeum), fondée en 922, au diocèse de Namur, et qui est devenue une petite ville de Belgique. Sa chronique latine va de l'an 381 à l'an 1112. A partir de cette année, elle fut continuée par Guillaume de Nangis, que nous verrons s'appliquer & l'histoire de saint Louis. On doit

aussi à Sigebert plusieurs Vies de Saints de son époque dont le texte sert à éclairer l'histoire de son temps.

Note 4

Cette localité est aujourd'hui Bouteville, village de 800 âmes, canton de Châteauneuf-sur-Charente, arrondissement de Cognac (Charente).

Note 5

Rancogne; petit village de 500 habitants, à 5 lieues Nord-Est d'Angoulôme, sur la Tardouère, et du canton de la Rochefoucault. Corlieu, dans ses Recherches, Ta confondu avec Taillebourg, et Michoû [Statistique de la Charente, p. 20) a répété cette erreur. Le château de Rancogne a disparu.

Note 6

Buzançais, Buzinçayum, petite ville de 5,000 âmes, chef-lieu de canton du département de l'Indre, et posé sur cette rivière qui s'y divise en plusieurs bras. C'est le lieu du martyre de saint Honoré, dont nous parlerons dans le cours du xv® siècle.

Note 7

Cette date a été négligée par les historiens modernes; elle est celle qu'ont vérifiée les Bénédictins, t. V, p. 469, et IX, p. 234.

Note 8

BelluB Pauliacus, aujourd'hui Pouilly-sur-Loire, sur la rive droite de cette rivière, chef-lieu de canton de la Nièvre. Cette petite ville a 3,000 habitants, et est renommée pour les vins que fournissent ses coteaux. Elle avait été au vu** siècle une propriété des évèques d'Auxerre, qui la cédèrent au roi de France, ce qui la fit prospérer jusqu'à devenir une ville où ils pouvaient se défendre après l'avoir fortifiée.

Ad Duces Aquitaniœ. Quelques traducteurs ont rendu ce dueei par le mot ducs, et se sont demandé si alors il n'y avait pas deux Ducs en Aquitaine. Ils n'avaient donc pas lu attentivement le contexte de la lettre du pape, d'où résulte qu'il s'adresse à tous les chefs des provinces, ce qui prouve que le mal était général.

Note 10.

Besly, qui était jurisconsulte et raisonnait bien, approuve fort cette lettre du pape comme renfermant l'exposé très exact des principes canoniques sur la matière (V. Comtes de Poiet.^ p. 19, 20 et 190). — Cette lettre était datée de Tindiction XV, qui répond à l'an 867. Elle doit être antérieure au 13 novembre, puisque le saint pape mourut ce jour-là, et c'est par erreur qu'on la trouve datée dans Besly (ub. sup.) du mois de décembre, quand, depuis plus de quinze jours, Adrien II était devenu le successeur de Nicolas.

Note 11

On sait les partialités de Fleury, de l'abbé Racine, et de ceux de lenr école. On doit ne lire aussi, quant aux jugements portés sur les Papes, qu'avec une grande méfiance ce qu'ont écrit dans leur Art de vérifier les dates Dom Clémencet et Dom Clément, toujours malheureusement imbus des idées du jansénisme et de Port-Royal. |

On a dit avec raison de ce laborieux recueil que s'il apprenait à |

cérifier les dates, on y trouvait aussi Vart de falsifier les faits ; et :5

il est certain que,, en maintes choses, ce jugement leur est 'très à

applicable. Mais on trouve le contre-poison de ces dangereuses ."^

injustices dans YHistoire de l'Eglise de Rohrbacher, et dans les V^J

Papes du moyen âge de Joseph Chantrel. ^

Note 12 ;^

Naintré, Villa de Nintriaeo, Seeusfluvium Clinum. — Nantria^ •

cum s'appelait déjà Naintree en 1088. Il a aujourd'hui 1 ,810 habitants, du canton de Châtellerault.

Note 13

Amaasum ou Âmauso, aujourd'hui village de Saône-et-Loire, du canton de la Clayette.

Note 14

Argenteuil, village de Bourgogne, canton d'Ancy-le-Franc (Yonne), n'a plus que 800 âmes; il remonte à l'époque romaine.

Note 15

C'est* donc le troisième asile donné en Bourgogne à nos saintes

reliques, qui fut connu ensuite sous le nom de Saint- Vivant-sous-

Vergay (ou Vergy) près de la petite ville de Nuits (Côte-d'Or). On

a mal daté ce troisième établissement de 924. La suite des événe-

ments que nous racontons indique bien la date où nous sommes, et ceux qui ont cité encore 890 'ont pris pour Tannée de cette fondation celle de quelque progrès notable ou peut-être de l'achèvement du monastère ; de la même manière que nous avons vu notre Saint- Cyprien de Poitiers commencer selon les uns en 824, et d'après les autres en 828.

Note 16

Labbe, Biblioihèq. norman. maniisc., p. 323 et suiv. — Cette Chronique d^Angoulêrrie, racontée par un anonyme, comprend les événements arrivés dans la province et en Aquitaine depuis l'an SU jusqu'en 992. Elle est très remarquable par l'exactitude avec laquelle l'auteur s'applique à indiquer les jours et les mois des événements, ce qui est assez rare dans les autres écrivains de ce temps. — Voir aussi les Annales de Fulda dans D. Bouquet, VII, 73.

Note 17

Doussay, bourg de 900 habitants, à 2 lieues et au Nord-Ouest de Lencloîtr^, le chef-lieu du canton, dont il est une des huit paroisses. Son nom latin, Doleiaeum, indiquerait bien que ce ne doit pas être Doussais, Doussai^ si l'on ne trouvait aussi DolciaeuSj ce qui doit laisser à cet égard une grande latitude. — L'orthographe officielle est aujourd'hui Doussay, comme nous l'écrivons ici. Au reste, Doussay, par sa terminaison latine , semble descendre vers nous de l'époque celtique à travers l'époque gallo-romaine. Il semble l'abrégé du nom propre d'homme Duleitius, qu'on trouve dans Ammien Marcellin, écrivain du iv« siècle.

Note 18

Pouant. — V. Chartrier de SainUHilaire, I, 13. — On nomma alors ce lieu Potentum, plus tard Pohantj Poentum, Poent^ et, en 1646, PouanUsoubz'Ceaux en Loudunais. On y compte 700 hab.

Note 19

La Mable, Meabila, petit ruisseau qui prend sa source dans la commune d'Orches (Vienne), sépare la commune de Sérigny de celles de Berthegon, Prinçay et Nueil-sous-Faye, entre ensuite dans le département d'Indre-et-Loire, passe à Richelieu, et tombe dans la Vende à Champigny (Indre-et-Loire).

Note 20

Saint-Martin de Quinlieu, Sanetus Martinus de Cuelo, n'est plus qu'un hameau sur la Veude, après avoir été une paroisse dès l'an

1090, SOUS le vocable de saint Martin. Quinlieu était un prieuré-cure de Saint-Hilaire de la Celle, et de Tarchiprêtré de Faye-la- Vineuse, mais du duché de Châtellerault.

On trouve parfois Saint-Martin de Quinlieu appelé dans les chartes des XIII* et xv* siècles Saint-Martin i'Avrigny ou iHAvrignéj de Avrignes^prope Avrineyum. C'est par suite de son voisinage du lieu de ce nom, dont nous avons parlé ci-dessus, tom. III, p. 357 etsuiv., aussi bien que de Saint- Ger vais.

Note 21 Blaslay, BladalaieuSj villa BladelacensiSj Blalaium,

Note 22

Le texte porte « viii opéras de vineâ », et Ducange cite plusieurs emplois de ce mot qui lui donnent la même signification que nous donnons à l'ancienne corvée, qui se comptait par jours. Naguère on usait encore du mot /oarna/ pour exprimer cette mesure de terre qu'un homme pouvait labourer en un jour. Le journal de vigne devait être la môme étendue de terre arable qu'on aurait pu labourer en un jour.

Note 23

V. Cartulaire de Sainte Cyprierij p. 71. — M. Redet penche pour la Grenouillère, qui se trouve dans la commune môme de Blaslay. Mais le mot Grenouilleau ne dérive-t-il pas plus naturellement de Grenolitumf

Note 24

Le Fallu, Palus, petite rivière qui naît à Amberre, près Mirebeau, et se jette dans le Clain après avoir baigné vers le levant les villages de Chabournay, de Bonivet et de Longève.

Note 25

Plélan, petite ville de 3,500 âmes, chef-lieu de canton d'IUe-et- Vilaine, diocèse de Vannes.

Note 26

Coulonges en Âunis, Colonia in Alnensi, nommé ensuite Coulonges-sur-rAutise, ou Coulonges-les-Royaux, paroisse alors du diocèse de Saintes et aujourd'hui de celui de Poitiers. Ancien archiprètré d'Ardin. — Il est vrai que ce nom in Alnensi ipo\xrrSi,ii convenir également à Saint-Sauveur de Coulon, de l'ancien archiprètré de Mauzé, qui était aussi de la Saintonge.

Note 27

Saint-Florent, près Niort, qui appartint jusqu'en 1790 au diocèse de Saintes, et Saint-Saturnin, près d'Angers, canton des Ponts-de- Cé (Maine-et-Loire).

Note 28

La charte dont nous tirons ce renseignement fut sans doute écrite ou copiée longtemps après Tépoque où nous sommes arrivés, car elle ne nomme que quatre abbés de Charroux ayant gouverné jusque-là : Dominique, David et Gombaud, auquel aurait succédé comme quatrième le Guillaume P' qui paraît ici. C'est qu'on avait perdu de vue deux noms que nous avons retrouvés et insérés dans la liste des abbés annexée à notre histoire citée plus haut. Ce sont Just, qui succéda à David, et Walfrid, qui suivit immédiatement Gombaud. Au compte de la charte que nous citons, il n'y aurait eu que quatre abbés à Charroux dans le long espace d'un siècle. Six s'expliquent mieux, car on peut aisément se persuader que peut-être quelques autres de ces temps primitifs ont pu échapper à l'attention des chroniqueurs contemporains. (V. Besly, Comtes de Poietou, p. 153, et notre Hist. de Charroux^ loc. cit.)

Note 29

Cluny, Cluniaeum^ ville de 4,000 âmes, chef-lieu de canton du département de Saône-et-Loire. Elle donna en 911, où nous en parlerons, son nom à la célèbre abbaye détruite en 1793.

Note 30

Saint-Pourçain, Saneti Portionis oppidum, chef-lieu d'un canton

de l'Allier, sur la Sioule, avec une population de 4 à 5,000 habitants.

Le bourg qui commença la petite ville prit naissance à l'occasion

de cette translation. (V. l'abbé du Tressay, Histoire des Moines de

. Luçon, I, 134.)

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