‹ Histoire générale civile, religieuse et littéraire du Poitou. 3Chapitre 7 sur 25 · LIVRE XXXV · texte numérisé non relu

LIVRE XXXV

Depuis l'alliance de Charles le Chauve avec les Normands jusqu'à sa mort

(De 870 à 877)

u concile d'Atligny, dont nous avons parlé, et qui se tint au mois de mai, assista Tarchevêque de Bordeaux Frotier : il opina le second des vingt et un évêques qui s'y trouvèrent de dix provinces de la Neustrie et de l'Aquitaine. Ce prélat faisait suivre sa signature de ce titre : t Evéque de la sainte église métropolitaine de Bordeaux. » Le titre d'archevêque, quoique employé depuis longtemps, n'était pas encore généralement admis, mais les simples évêques leur donnaient le nom de Père, qu'ils recevaient souvent eux-mêmes des fidèles («).

Ce qu'on avait conjecturé des Normands et des lâches concessions du pouvoir franc à leur égard se réalisa encore une fois cette année. Un chef normand, depuis longtemps expérimenté par ses campagnes en diverses provinces de France, mais surtout en Anjou et dans le Maine, se disposait à reprendre ses expéditions un instant interrompues, et sans lesquelles ces hordes féroces ne pouvaient

(a) France pontificale^ Bordeaux, p. 59. — Longueval, IV, U9 et 209.

Alliance de CbirlM avec Roric. chef des

Normands,

vivre longtemps. Ce chef était Roric, à qui Louis le Débonnaire avait cédé en 856 une île du pays chartrain. Ensuite il avait occupé Tîle d'Oissel, dans la Seine-IhférieUre, s\ était fortifié, et secondé par un de ses officiers nommé Bernon, il faisait des courses réitérées, et ne laissait rien partout où il passait. Enfin, désireux lui-même de se poser sur un terrain qui ne lui offrait que de médiocres ressources, mais dont il savait bien que les richesses se reformeraient pendant quelques mois de paix, il accueillit volontiers les offres de Charles le Chauve qui prétendait se débarrasser de lui par une alliance. Une entrevue eut lieu à Noyon, où les Carlovingiens avaient un palais. Il y fut convenu, moyennant une forte somme d'argent, que Roric s'engageait à n'attaquer aucune partie du territoire français et à jouir tranquillement de sa position dans les parages où Ton consentait à ne pas le troublerez). Ainsi les Barbares, grâce à ce fnalheureux système de paix à tout prix, s'inféodaient dans la France, à l'instar des seigneurs nationaux qui allaient bientôt s'élever au rang de souverains rivaux de la Couronne.

C'est peu de temps après ce traité peu glorieux que Charles, réprimandé par les évêques de sa cour sur la présence de Richilde, consentit à en faire une reine, élargissant ainsi la voie d'intrigues ambitieuses où cette femme peu honorable devait marcher jusqu'à la fin ity. Imprévoyance poli- Le mauvais gouvemement de Charles le Chauve, qui

liqne de Charles le ^ ' ; .

chauYfl. agissait presque toujours sans prévision de l'avenir, lui

aliénait les esprits des leudes, et empêchait toute affection de la part du peuple. Ses actions étaient observées, ses faveurs étaient presque toujours irréfléchies et accordées à ceux qui les méritaient bien mieux par des services de mauvais aloi que par une dignité éprouvée de conduite et de dévouement honnête. Aussi avaient-elles trop souvent

(a) Aimonii Appendix ad Hut*, lib. V, c. xxiv.

(b) Daniel, II, 492 et soiv.

des conséquences fâcheuses pour sa politique. Jaloux de son autorité, même mal acquise, il s^en était allé en 870, assiéger Vienne, pour s'assurer des provinces voisines, et de la Provence surtout, que ses neveux lui disputaient depuis l'usurpation de Louis de Lorraine. Gérard, duc de Provence, celui qui avait assassiné Ecfrid, confia la défense de Vienne, où il commandait, à sa femme, dont la bravoure et la capacité étaient reconnues : pour lui, il s'était enfermé dans un fort voisin afin d'opposer une double résistance à l'armée des envahisseurs. 11 leur fallut céder pourtant et se rendre à l'assiégeant, parce que à l'intérieur de la ville une trahison les menaçait. Charles entra donc en triomphe dans la place le 24 décembre, et le duché de Provence fut donné, avec le comté de Bourges, à Boson, beau-frère du roi. Ces dignités avaient appartenu à Gérard, qui reparaîtra en des affaires importantes. Ce qu'il y avait de plus maladroit dans cette cession de provinces aux personnages dont on récompensait ainsi les services, c'est que de toutes parts les nouveaux seigneurs n'en prenaient possession que pour s'y introniser, et que le roi ne les y plaçait qu'en laissant voir qu'il n'avait pas dessein de s'opposer à ces empiétements. Son imprévoyance à ce sujet était telle, qu'on eût cru qu'il se dépouillait volontairement lui-même en émiettant aux mains de ses serviteurs les plus belles contrées de la France, et se plaisait parfois à en accumuler sur une seule tête les couronnes et les prérogatives. C'est ainsi qu'après avoir récompensé la trahison de Frédelon, chargé par Pépin II de défendre Toulouse, en lui donnant ce comté avec ceux du Rouergue et du Quercy, il ajouta une autre faute à celle-là, en cédani à Bernard, petit-fils de ce même Frédelon, la suzeraineté de Carcassonne et de Razés, possédées alors par le comte Oliva. C'était remettre un pays considérable aux mains d'une même famille, susciter en elle les appétits d'indépendance et poser les prétentions des grands vassaux à l'état de droits acquis ou à acquérir. Il résultait aussi de ce système inconsidéré

qu'en transplantant d'une province à Tautre les ducs et les comtes, on changeait très malheureusement Tunité du gouvernement, on rompait les liens d'affection et de respect auxquels les populations ne s'accoutumaient que lentement, et parfois même on laissait de profondes et nuisibles lacunes dans la suite de ces officiers indispensables au bon ordre des affaires d'un pays. C'est ainsi que pendant vingt ans, de 867 à 887, nous ignorons jusqu'aux noms de nos comtes do Poitou, et partant l'histoire de la province s'obscurcit singulièrement et ne nous laisse que le vague des incertitudes et des hésitations. Ainsi nous voyons un Bernard I®^, neveu d'Emmenon auquel il avait succédé à ce titre en 867, paraître à peine un instant en 872 ; deux autres do son nom se confondent en même temps sur la scène, en devenant, l'un, comte de Toulouse, l'autre, marquis d'Aquitaine, chargé de la garde de ce royaume aux extrémités méridionales. Mais on ignore pour ces trois personnages, qui certainement étaient de la famille de saint Guillaume, la plupart do leurs actes, qui apparaissent à peine dans l'ensemble des événements.

Concile de Dowy. Au Commencement d'août de cette année, un concile se

lei-Pres. — L évèque '

dePoiuersiDgcnaid. tint à Douzy-lcs-Prés, au diocèse de Reims, Charles le Chauve y assista. Hincmar de Laon y fut déposé par vingt et un évêques présents et par huit députés d'évêques absents, envoyés à l'assemblée pour les y représenter. L'évêque de Poitiers Ingenald y assistait-il, et signa-t-il cette condamnation? Il est certain que les actes de ce concile ne le mentionnent pas, ce qui ne peut que lui être favorable, car il résulte de tous les actes qu'on y lut, dû tout ce qui y fut p* dit, que ce fut moins un concile assisté de l'Esprit-Saint,

I qu'un conciliabule où Charles présenta la conduite de Car-

I loman, son fils, et celle d'Hincmar, dont il était mécontent,

p dans les termes d'une passion malveillante et avec le res-

r sentiment d'un maître froissé de l'insistance que l'évêque et

i le prince avaient mise à en appeler au Pape. Rien ne justifie

le roi, ni l'assembée qui céda à sa passion, d'avoir refusé

(a) D. Fonteneau, XV, 267.

ce recours à Rome qui indigna le Pape et le porta à en écrire énergiquement au roi lui-même. De là, entre lui et le Souverain-Pontife, des conflits que des historiens ont jugé avec beaucoup de partialité contre le Saint-Siège, et qu'on ne jugera bien qu'en les voyant éclairés très nettement dans ceux qui, étudiant mieux la question, ont reconnu et dit la vérité telle qu'elle jaillit des documents originaux (1). L'archevêque Frotier était aussi au nombre des métropolitains qui siégèrent à Douzy.

Il faut reporter à l'année 872 un synode indiqué par Dom caihédrSe^SjpolîicJs Fonteneau, et qui, depuis longtemps déjà, était en usage dans l'église cathédrale de Poitiers (a). Ces sortes d'assemblées étaient la représentation d'un diocèse par ses curés, réunis sous la présidence soit de l'évêque, soit du doyen du Chapitre, selon que les curés dépendaient de l'une ou de l'autre de ces juridictions. Là s'élaboraient d'un commun accord entre l'évêque ou le doyen et les curés les règlements relatifs au bon ordre des paroisses, aux modifications à y faire, aux abus à réformer. L'évêque assemblait son synode quatre fois par an : le premier jeudi de carême, le lendemain de la Saint-Pierre, 30 juin, le jeudi après la Saint-Luc, c'est-à-dire vers la fin d'octobre, et le jour des Saints-Innocents, 28 décembre. Quant au doyen, il avait deux synodes annuels, toujours indiqués au vendredi qui suivait le quatrième dimanche après Pâques et au premier |

vendredi qui suivait la Saint-Luc. Ce dernier synode se |

tenait donc le lendemain du troisième synode épiscopal, et |

dans l'église de Saint-Jean-Baptiste, dont la cure était à |

la collation du doyen. Les autres étaient convoqués à la i

cathédrale, où ils occupaient la grande nef. Le culte n'était 't\

pas interrompu pour cela, non plus que les offices capitu- j

laires, ni alors ni plus tard, les réunions se faisant entre .|

la messe canoniale, déjà en usage chaque jour, et l'heure |

du soir où se chantaient les vêpres (2). i

laine.

BosoB. docd'Aqui- Cette année 872, Charles le Chauve, qui, après avoir fait

Charroux.

couronner son fils Louis le Bègue roi d'Aquitaine, l'avait cependant retenu près de lui à cause de son jeune âge (il n'avait que sept ans), pensa enfin à utiliser ce rôle pour lequel il avait trouvé un tuteur capable de seconder ses projets par reconnaissance, et de soutenir les droits du jeune roi par son courage et son habileté. Ce tuteur fut Boson, son beau-frère, qui paraît avoir reçu en môme temps le titre de duc d'Aquitaine, ce qui expliquait à la fois sa résidence près du roi à Toulouse et le séjour qu'il y devait faire plus habituellement comme dans sa capitale officielle.

Frotier. abbé de Nous ne savons pas exactement, d'après les titres qui nous en restent, à quelle époque Frotier, archevêque de Bordeaux, devint abbé de Charroux, ni même quand il le fut de Saint-Julien de Brioude (3), en Auvergne. Il paraîtrait même douteux que ce nom, qui pourrait être celui de quelque parent venu avec lui dans le Poitou, fut attribuable à notre célèbre métropolitain : on ne le voit figurer en qualité d'abbé de Charroux dans aucun titre écrit connu, et ni D. Fonteneau, en parlant de diverses chartes qui nous guident, ni les frères Sainte-Marthe, dans leur Gallia christiana, ne parlent («) de lui comme étant le même que notre prélat. Quoi qu'il en soit, et dans la crainte de lui faire une injustice en l'élagant contre son droit, nous adoptons ici sous toute réserve l'opinion qui donne à l'archevêque de Bordeaux l'abbatiat de Charroux. Au reste, ces riches bénéfices devaient le dédommager des pertes qu'il avait faites avec celle de son siège métropolitain. Il semble aussi que ce pouvait être alors un habile moyen pour les monastères d'élire pour abbé des personnages puissants, dont l'énergie et le crédit leur fussent d'un secours efficace contre les puissants exacteurs qui ne craignaient pas d'attaquer les biens des églises et des

(a) Gallia christ,, II, col. 279.

moines. S'il en fut ainsi à Charroux, on ne. s'y était pas trompé sur les résultats de cette confiance, car, dans Pespace des deux ans qu'il garda sa charge, Frotier ne négligea rien pour la remplir au plus grand avantage de la communauté. Les seigneurs du pays participaient tous plus ou moins à l'esprit d'indépendance que manifestait de toute part la noblesse féodale, et à la ^ tyrannie qu'elle engendrait chez elle ; ils se gênaient peu pour s'annexer les biens meubles et immeubles du monastère. Les seigneurs voisins de Rochemeau, qui, dans le siècle suivant, donnèrent tant de preuves de leur avidité contre l'abbaye, étaient déjà sans doute de ceux qu'il avait le plus à redouter, et Frotier comprit qu'il fallait opposer à ces insatiables envahisseurs des mesures souveraines. Il recourut donc à l'autorité royale, et conjura Charles le Chauve d'envoyer dans le pays des commissaires royaux ta) pour y tenir des assises, y réprimer les vexations et protéger les monastères et les vassaux contre les usurpateurs de leurs domaines. Un diplôme de cette même année fit droit à cette réclamation. Le roi délégua pour remplir ces fonctions le comte du palais Emmenon, avec un délégué nommé Ythier. C'était la mission que nous avons vu Charlemagne confier àThéodulfe d'Orléans en des circonstances identiques. Sur la demande de Frotier, une mesure accessoire dut fortifier les heureuses conséquences de cette décision. Le roi nomma en même temps des avoués qui, après l'œuvre des commissaires, durent continuer leurs fonctions à poste fixe, et soutenir au nom de l'autorité royale les droits et privilèges de la maison. Ces avoués restaient complètement indépendants des autres officiers locaux, si élevés qu'ils fussent. Ils n'avaient au-dessus d'eux que les missi eux-mêmes, quand ils revenaient dans le pays pour y agir d'après leur titre w.

(a) Mim Domnici,

(b) D. Fonleneau, IV, 35, 37, 39 et suiv.

Quand ces précautions étaient si nécessaires en Poitou, elles auraient dû être employées partout ailleurs, car le respect de la majesté royale s'était singulièrement affaibli dans les provinces autant qu'autour même de sa personne. Ainsi Adelard, archevêque de Tours, aima mieux s'adresser au pape Adrien II, et en -obtint une lettre pour faire rendre à plusieurs de ses églises des biens qui avaient été usurpés par diff'érents seigneurs (a).

Les Normindg à Lcs Normauds, OU dépit de leurs promesses plusieurs fois réitérées et payées si chèrement, n'avaient pas abandonné le sol de la France. On n'avait plus à leur opposer des guerriers comme nous en avons vu quelquefois leur tenir tête. Les populations n'avaient donc plus qu'à fuir devant eux ou à se racheter par tout l'argent qu'elles pouvaient trouver. De sorte que, certains de ne rencontrer aucun obstacle, les Barbares, s'écartant de la Loire, renouvelaient souvent leurs incursions dans le Poitou et de là dans l'Anjou, où ils convoitaient surtout la riche et belle ville d'Angers. S'écartant même de la Loire, ils s'étendirent dans le Maine, usant impunément des trois rivières du Loir, de la Sarthe et de la Mayenne où leurs grandes barques les suivaient, maintenant leurs communications avec le littoral, et recevant le butin qu'ils accumulaient de plus en plus. Bientôt ils furent annoncés à Angers, et les habitants, au lieu de s'y défendre derrière des remparts bien capables de les protéger, l'abandonnèrent à l'ennemi, qui s'en fît une place d'armes les^mïè^ chaaTe et Comptait de là prendre pied dans le pays. Charles le Chauve comprit qu'en les y laissant en repos ils compromettraient la sécurité du royaume, et, poussé d'ailleurs par les réclamations qui s'élevèrent de toutes parts, il se hâta de rassembler toutes ses forces, et convia Salomon, qui n'avait pas moins à craindre pour la Bretagne, à suivre le cours de la Mayenne pour se retrouver en même temps que lui devant Angers et en former le siège. En cela il

(a) Chalmel, Tablettes de Tonraine, p. 53.

prouva très bien qu'il ne manquait pas de capacité, car le plan fut conçu avec autant de promptitude et de tact qu'exécuté avec énergie. Salomon, ayant répondu à Pinvitation, arriva bientôt, et seconda parfaitement ses vues. La ville, entourée, fut attaquée avec vigueur, battue par un grand nombre de machines ; mais les murailles' étaient en excellent état et résistèrent, grâce d'ailleurs à une habile défense, à tous les efforts des assiégeants. Ceux-ci même se virent tournés en dérision. Les Bretons, furieux de l'incident, et aussi vifs qu'ingénieux dans cette rencontre, se résolurent subitement à un expédient dont le succès paraissait chimérique. Au moyen d'une énorme tranchée, ils cherchèrent à détourner le cours de la Mayenne afin de mettre à sec les vaisseaux normands qui la couvraient et de les incendier. Ils se frayaient ainsi un passage par le lit de la rivière, qui divise la ville en deux. Le travail s'avança avec une telle rapidité, que les assiégés, ne doutant plus de sa réussite, commencèrent à trembler. Ils offrirent bientôt une grosse somme d'argent pour qu'on leur permît d'évacuer la ville et de sortir du royaume. Ce n'était pas l'avis de l'armée, où des chefs de bon conseil comprenaient que l'occasion était venue de se débarrasser d'ennemis si gênants , ni des soldats, qui espéraient une victoire si rare et qu'ils croyaient devoir être si fructueuse. Néanmoins, la politique toujours Et ne sait pas prosi incertaine et plus que timide de l'empereur l'emporta sur ces calculs si sages ; et, séduit par la si forte rançon proposée, il accepta ces conditions en stipulant de plus que les Normands quitteraient la place à jour fixe, qu'ils laisseraient des otages entre ses mains, qu'ensuite ils pourraient se retirer dans leur île de la Loire jusqu'à la fin de février suivant et y communiquer librement avec les habitants du pays. Enfin ceux qui, à l'expiration du terme, ne voudraient pas embrasser le christianisme, quitteraient la France pour n'y revenir jamais; les convertis, au contraire, pourraient s'y établir. Sans doute, le meilleur moyen de les acclimater en France était bien de les amener à en adopter la foi ;

flter de la vicioire.

mais c'était trop espérer de tels sauvages, dont le paganisme favorisait tous les penchants. Aussi, malgré leurs promesses, une fois retournés dans leur île, ils recommencèrent leurs excès habituels et se dédommagèrent amplement sur les villes et campagnes voisines des pertes considérables qu'ils avaient faites {a).

ro?deBreto^*^*^^°' ^^ ^^'^ ^^^ toutc la gloirc militaire acquise pendant le siège d'Angers revenait réellement à Salomon, dont le hardi stratagème avait déconcerté l'ennemi. Ce malheureux prince ne jouit pas longtemps de cet avantage, un double crime lui enleva quelques mois après le trône et la vie. Ce fut le fait de deux généraux de son armée dont l'un, Pascuiten était son gendre, et l'autre Gurvaut était celui de son fils. Dans l'intention de se saisir du pouvoir, ils s'emparèrent de Salomon, à qui ils crevèrent les yeux, ce dont il mourut doux jours après, le 25 juin 874; puis de Wigon, son fils, qu'ils mirent à mort. Ensuite ils se partagèrent la Bretagne, l'un devenant comte de Vannes et l'autre de Rennes. Dieu ne laissa pas longtemps impunie une si noire trahison. Par une de ces fréquentes conséquences de telles associations, les traîtres se brouillèrent et tous deux périrent bientôt, l'un tué dans un combat, l'autre sous les coups d'un assassin (A).

La mort de Salomon priva Charles d'un allié en qui la rudesse des mœurs contemporaines et des fautes graves, commises par une ambition blâmable, n'effaçaient pas de belles . qualités toujours précieuses dafis un roi. Elle fut aussi une garantie de moins pour la paix de la France contre les Normands, qui le craignaient (o.

^ppoueretson ab- p^p ^^q charte du 10 mars 874, Frotier, qui avait été

(a) Chronic, monast, S. Sergii. — Sigebert de Gemblours, apud Bouquet, Hist. Franc, VII, 637; VIII, 251. — AnmL Bertin., in h. ann. — Depping, p. 162. — Mauléon, Carlov., II, 296. — La Fontenelle. p. 347. —. Tresfaux, Hist, de l'Eglise d'Angers, I, 106. — D. Lobineau, Saints de Bretagne, II, 3i9.

(b) D. Lobineau, ihid,, p. 32J.

(c) Tresvaux, Hist. de l'Eglise d'Angers. — Mauléon, ub, sup*

nanti par Charles le Chauve de Tabbaye de Brioude, probablement cette même année, obtint pour elle du même prince des faveurs dont les unes consistaient en restitutions, les autres confirmaient aux religieux la possession de leurs maisons claustrales et permettaient aux clercs du monastère de vendre ces maisons ou de cesser de les habiter pour une juste cause, sans que Tabbé pût s'y opposer. C'était déjà une preuve que cette maison, rebâtie par Louis le . Débonnaire pour des Chanoines réguliers, voyait tomber peu à peu les observances d'abord adoucies de la vie monastique. Un peu après, et par un autre diplôme dont on a perdu la date (4), Frotier fit rendre à ce monastère, par un chevalier appelé Eldegaire, le village de Murât, dans la vicomte de Thalamy, près Ussel, que ce seigneur retenait depuis plusieurs années. C'est aussi vers ce même temps qu'il légua do grands biens au monastère de Beaulieu en Turenne (5), à la charge par l'abbé de donner tous les ans, en mémoire de lui, un repas aux moines le jour anniversaire de son investiture comme abbé, et aussi le jour de son inhumation , où devait se faire chez eux un service funèbre pour le repos de son âme(^).

Une paroisse du diocèse de Poitiers dont nous avons ,J[Ï;î;**"^*^**"*' déjà parlé (*) retrouve ici encore quelques anciens souvenirs. C'est celle de Saint-Léomer, au doyenné de la Trémouille (c), dont la fondation doit remonter à cette époque, car elle fut celle de la translation des reliques du saint, et par conséquent celle de la distribution qui en fut faite alors à un certain nombre d'églises : c'était encore les Normands qu'il s'agissait d'éviter. Les moines de Corbion (6), au diocèse de Chartres, portèrent d'abord le corps de leur saint patron dans une terre du diocèse d'Avranches que le roi Charles leur avait donnée (^. Mais des alertes successives les avaient

(a) Fisquet, France pontificale, Bordeaux, p. 65. (6) V. ci-dessos, ad ann. 580.

(c) Arrondissement de Mont morillon (Vienne).

(d) On appelait cette terre Patricliacum.

Léomer.

forcés de Pemmener au Mans, puis à Blois, où se bâtit en son honneur, cette même année 874, un monastère qui reçut son nom (a). Les deux maisons des diocèses de Chartres et de Blois finirent par n'être plus que de simples prieurés dont Pun fut uni en 1749 à la mense épiscopale; l'autre eut le sort commun que la Révolution fit en 1790 à tous les établissements religieux de la France monarchique. • La première de ces deux translations se fit vers 872. La fêle du saint se célèbre dans le diocèse de Poitiers le 19 janvier, comme aux diocèses de Chartres et de Blois. Denxièmccondifide Le 13 juin s'ouvrit à Douzy' uu second concile que les circonstances malheureuses du temps rendirent nécessaire, les désordres étant devenus si nombreux et si graves qu'il n'était plus possible de n'en pas tenter le redressement. Les deux plaies les plus profondes témoignaient trop de l'affaissement des mœurs et du mépris des plus saintes lois sociales. Il s'agissait surtout de s'opposer aux mariages contractés à un degré illicite, et aux attaques toujours renouvelées contre la propriété, attaques dont les établissements ecclésiastiques avaient toujours à souffrir, comme ne pouvant jamais opposer la force aux violences des déprédateurs. Ceux-ci, en effet, étaient le plus souvent de ces indomptables seigneurs dont l'autorité royale ellemême renonçait à arrêter les excès quand elle ne les encourageait pas. C'était pourquoi Charles avait composé cette assemblée uniquement d'évêques dont la parole et les décrets devaient imposer davantage aux contempteurs des lois divines et humaines. Les Pères du concile écrivirent donc à ceux de l'Aquitaine, où le mal était surtout invétéré, car les grands y avaient été souvent en rébellion contre le pouvoir. L'esprit de légèreté qui leur était naturel s'était mêlé chez eux à l'insubordination, et le mal s'y enracinait de façon qu'il paraissait l'état naturel, et la vertu une exception. Le plus grand scandale y venait de haut, étant

(a) Baillet, I!, 255 ; - Longueval, VIII, 103.

donné par le comte de Toulouse Bernard, qui, n'ayant pu obtenir de Parchevêque Hincmar qu'il lui affermât des biens possédés par son Eglise d^ns ce pays, s'en était emparé et les détenait, tout en les donnant en bénéfices à ses vassaux. Malgré ses revendications souvent réitérées, et même les instances du roi, dont les habitudes n'autorisaient guère en cela les justes réclamations, Bernard persista dans son injustice et ne- répondit pas même aux dernières lettres de l'archevêque de Reims. Il mourut dans le cours de la même année ; et quoique cet exemple vînt se joindre à tant d'autres pour faire croire à une punition d'En-Haut pour d'aussi criantes iniquités, nous ne voyons pas que ces pécheurs publics se soient rendus à la justice et au droit.

Ce que nous voyons clairement aujourd'hui, c'est que ces malheureuses traditions où la force prime le droit se sont perpétuées dans la politique des tyrans de tous les âges, et que ce diabolique système de confiscation par la violence des sectes ennemies de l'Eglise, est toujours un des moyens les plus audacieux qu'elles emploient contre Dieu et contre son Christ. C'était le commencement en petit des querelles entre le sacerdoce et l'empire, où l'orgueil et l'ambition de celui-ci se prévalurent toujours de la faiblesse de leurs énergiques antagonistes, et que des politiciens* intéressés prétendent toujours présenter, à force de mensonges, comme une persécution du plus faible contre le plus fort.

Il est remarquable que vers cette époque les comtes de coœmeniiesawtes

^ , ,11 1 T de Poitiers deviennent

loulouse, sans qu'on en sache la cause, cessent de prendre duesd'Aquiuiw. le titre de ducs d'Aquitaine. Tout semblait contribuer à le leur maintenir cependant, car au comté de Toulouse s'adjoignait depuis longtemps et sous la- dominatioi} du même prince, ceux du Rouergue et du Quercy qui formaient une portion considérable de ce royaume. Eudes (ou Odon) frère de Bernard et qui lui succéda, paraît être le premier qui ait laissé s'effacer ce titre, d'abord en ne l'employant que rarement, et ensuite en le laissant tomber en désuétude. Et par une sorte de bizarrerie qu'il faut remarquer puisqu'elle

explique seule le changement, c'est aux comtes de Poitiers que le titre passa d'abord et demeura définitivement dans la personne d'Ebles RIanzer, qui l'acquit en 928, après la mort de Guillaume le Pieux, comte d'Auvergne, qui en était qualifié (<i). Ce sont ces comtes de Poitiers qui, par ce transfert, formèrent la seconde maison des Ducs d'Aquitaine issue de saint Guillaume, la première étant sortie de la famille des Mérovingiens (t).

On s'étonnerait de la facilité avec laquelle les princes de cette ancienne race abandonnèrent sans réclamation la suprématie de la province tout entière à ceux de la seconde; si l'on ne voyait que le titre de duc d'Aquitaine n'avait plus qu'une portée honorifique, dès lors que le royaume d'Aquitaine, si agité et si remuant pendant qu'il exista sous ce nom, ne fut plus en réalité qu'une grande partie de la France, partagée en beaucoup de provinces secondaires, dès lors que les rois, dans la personne de Louis le Bègue, en eurent fait autant de fiefs dont ils avaient réellement la suzeraineté.

Quoi qu'il en soit, c'est ici .le lieu de remarquer quel rang iom"eTJSMlï ^* ï^ous donnerons dans la dynastie des comtes de Poitou aux princes connus sous le nom de Guillaume. L'histoire de ces princes les a distingués, quant au chiffre qui les classe dans leur ordre successif, en ducs d'Aquitaine et comtes de Poitou, et comme deux ducs d'Aquitaine avaient porté ce titre avant que le troisième fût devenu comte héréditaire de la province, on a cru devoir jusqu'ici distinguer entre les deux premiers et les suivants, en indiquant Guillaume III, dit Manzer, comme étant Guillaume I®^ de Poitou et IIP d'Aquitaine. Ce compte n'est bon qu'à jeter la confusion dans les idées du lecteur, et nous l'abandonnons pour Sti#re la série des princes de cette maison par leur véritable rang parmi les Guillaume, sans nous arrêter à indiquer la

(0) Art de vérifier les dates, X, 92.

(b) Mauléon, les Carlovingiens, II, 298.

Qoel Ardre logique on croit devoir «iouner

place qu'ils occupent par rapport à tel où tel des deux pays. Ainsi puisquMl y a eu deux Guillaume avant Manzer, celui-ci est réellement le troisième, et ceux qui le suivront prendront leur rang d'ordre après lui. Ce système évitera avec des redites fastidieuses le désagrément d'un double chiffre pour chacun. L'histoire n'en sera que plus claire, et le lecteur plus nettement renseigné.

Au milieu des obscurités qui assombrissent cette époque, J^?I'wl^5jS"'"' nous découvrons que Frotier n'était plus abbé de Charroux en 874 ; car après l'avoir vu profiter de son court abbatiat pour favoriser l'abbaye de beaucoup de biens, nous trouvons son successeur certainement en possession le 23 octobre de cette année : un acte daté de ce jour nous le montre échangeant une église de Saint-Pierre contre trois livres d'or et sept poids ou livres d'argent (7). Ce successeur est Grinfier, connu dans les chartes latines sous le nom de Grimpharius, et qui gouverna au moins jusqu'en 898, après quoi on le perd de vue, et plusieurs autres abbés, sans doute, lui succèdent sans être connus jusqu'en 937, faute d'archives conservées. Quant à l'église cédée ici par Grinfier sous le vocable de saint Pierre, les chartes en ont probablement mal écrit le nom et il n'est possible de le reconnaître aujourd'hui qu'à travers des conjectures. Nous croyons donc que le pagus Tominsis, qui ne se découvre nulle part, doit être changé en pagus Teneacinsis, que c'est Thénezay, si nous considérons surtout que sur son territoire se rencontrent encore des lieux très reconnaissables pour avoir leur rôle jusqu'à lios jours dans la nomenclature des paroisses et des communes du pays. C'est donc de cette viguerie que nous allons parler selon notre habitude, en groupant autour d'elle les autres localités qui s'y rattachent.

Cette viguerie était de celle qu'enclavait le pagus %\x\ devint plus tard la vicomte de Thouars. Sa juridiction s'étendait sur les plaines à l'ouest du Thouet et dans les parties du bocage vendéen qui les avoisinent. Elle comprenait Vasles, à l'extrémité de la Gâtine, et se prolongeait

nezay.

vers PEst et le Midi jusqu'à Cheneché, Champigny-Ie-Sec, Milly et quelques autres lieux moins connus et qui s'égarent en des chartes où on les voit indiqués trop vaguement. viffuerie de Thé- Thénezay .(8), pour étendre aussi loin son domaine judiciaire, devait être plus considérable alors qu'aujourd'hui. Quoiqu'on ne le trouve guère, en tant que viguerie, que sous des dates remontant au x® siècle, nous croyons qu'il faut le rattacher au moins au ix® par l'acte que nous citons ici. Cet acte, au nom d'une dame nommée Valrade et de son fils Bertrand, c^onne, en octobre 874, à Grinfier et aux moines de Charroux, une terre seigneuriale dans laquelle se trouve une église de Saint-Pierre, très difficile à découvrir, et qui a peut-être disparu, ce vocable ne s'appliquant à aucune des villas citées à ce propos. Serait-ce que ledit vocable aurait disparu pour faire place à un autre, comme il est arrivé à Thénezay même, qui n'a reçu le nom de Saint-Honoré que vers la fin du xv® siècle, et qui pourrait bien avoir été d'abord sous le patronage du prince des Apôtres ? Il est certain que dans cette église était un autel de saint Pierre, que le Chapitre de Poitiers nommait à la cure, et que tous ces détails autorisent à penser qu'avant le martyre de saint Honoré, dont l'église prit le nom, le vocable de la paroisse pouvait bien être celui qu'on a voulu conserver à un de ses autels cité par le Pouillé de Gauthier de Bruges («). Les origines de ce chef-lieu de canton doivent remontrer à l'époque celtique; on croit le deviner à la conformation de son nom. Situé à quatre Heues au Nord-Est de Parlhenay, sa viguerie comprenait toute la plaine à l'Est de Thouars, qui était donc sur sa limite occidentale, puis une partie du bocage vendéen qui les entoure. Le bourg fait maintenant partie de ce pays de Gâtine, dont Parthenay était la capitale. Sa population est d'à peu près 2,400 âmes.

Plusieurs villas se groupaient dans cette viguerie, dont

(a) V, Beauchet-Filleau, Pouillé de Poiliers, V« Thénezay,

quelques-unes sont encore du doyenné de Thénezay. D'autres sont disséminées dans les cantons voisins, et indiquent les remaniements que le sol administratif a subis à des époques inconnues. Nous allons parler de celles qu'indiquent nos anciens documents historiques comme faisant partie alors du territoire de Thénezay.

Vasles (9) nous apparaît tout d'abord à Textrémité P^roï^sesdeVasies, méridionale de la Gâtine, distante au Sud de trois à quatre lieues de Thénezay : c'est un chef-lieu de canton de deux à trois mille âmes, et l'une des plus vastes^ paroisses des Deux-Sèvres. Il est connu dans des chartes du x® siècle, sous la dénomination de Valerius, qui semble venir d'une mauvaise copie. A l'année où nous sommes, on y trouve encore de grandes étendues de terres incultes ; il n'y est pas question d'église, ni môme en 942, quand des terres furent concédées de cette même villa à Hostranus et à Aldesinde, sa femme, à condition de trois sous de cens au profit de la mense canoniale de Saint-Hilaire (a) Le territoire de Vasles est arrosé par l'Auzance, qui y est près de sa source et se dirige vers l'Est, pour se jeter dans le Clain, par Migné, à deux lieues au-dessus de Poitiers.

Une autre villa, dite SedegenacuSj dont l'étymologie l'^^chénecit^ semble peu apparente, quoique latinisée probablement par le gallo-romain, s'est transformée en Chéneché (*) et figure dans la viguerie de Thénezay et dans le cartulaire de Nouaillé, en 929. On n'y découvre guère que des traces du moyen âge dans un vieux château' flanqué de quatre tours. Son église de Saint-Vincent, dépendante du doyenné de Neuville, suffit à une mince paroisse de trois à quatre cents habitants. Il y avait anciennement un prieuré de Saint-Cyprien qui fut réuni au grand séminaire de Poitiers ^

bien avant 1782.

Champigny-le-Sec, Campantacus, de Campaniacoj dans le « ^^ càainpipy-i«-

Soc,

(a) Chartrier de SaiiU-HUaire, Mém. des Antiq. de l'Ouest, XIV, 25. [h Villa Sedgeniacmy de Ceniaco,

Fouillé de Besly, à deux lieues au Sud de Mirebeau, qui est son chef-lieu de canton, était aussi de cette viguerie et se trouve au commencement du x® siècle dans le cartulaire de Nouaillé avec une église de Notre-Dame de l'Assomption. La plaine de calcaire argileux sur laquelle il est posé, lui a valu son surnom qui ne remonte guère qu'à 1308. Le culte des Gaulois y était attesté par plusieurs dolmens des environs, sous lesquels on a rencontré des ossements humains, et qui se groupaient jusqu'en 1845, prés du village de Liaigues, un des cinq ou six de la commune. La configuration gallo-romaine de son nom primitif lui attribue d'ailleurs une antiquité reculée. Son église est toute de l'époque romano-ogivale, et ne peut être qu'une reconstruction faite vers le xii® siècle d'un sanctuaire antérieur au X®. Il dut être une de ces belles conceptions architecturales de la véritable renaissance artistique, lorsqu'elle sortit de la main des architectes primitifs. C'était alors une croix grecque, dénaturée dans la suite par des additions successives, notamment par des bas-côtés surajoutés. En 928, Champigny était une villa importante, où un certain Bernard possédait un jardin, une vigne, des terres arables et un moulin sur la petite rivière de la Palu, qu'il donna à l'abbaye de Saint-Cyprien (a). Entre autres signataires de cette donation, et le premier d'entre eux, figure un Aimery, vicomte, dont on voit clairement quelle devait être la vicomte, le premier qui porta ce nom parmi les vicomtes de Thouars apparaissant déjà en 926. Avant 1790, cette commune était formée' des deux anciennes paroisses de Champigny-le-Sec et de Liaigues, lesquelles furent réunies en 1819. Elles faisaient partie de l'archiprêtré de Parthenay. La cure de Champigny dépendait de l'évêque de Poitiers qui y nommait ; comme fief, le territoire relevait de la baronnie de Mirebeau.

Village de uaigves. Liaigues n'cst donc plus qu'un village de cette commune,

(a) Carlulairey p. 81».

donnant son nom à un petit ruisseau, qui prend naissance prés du village de la Prairie, dans la commune voisine de Vouzailles, traverse celle de Champigny et se réunit à la Palu (10), prés les Fontaines, commune de Blalay. Ce ruisseau a pour nom latin et pour étymologie directe Lata aqua (eau large), employée en 1097 et 1149, ce que Tétat actuel de son cours semble peu justifier aujourd'hui. Un ancien fief de la Tour de Liaigues, et une maison du bourg, appelée l'Officialité, dépendaient de l'ancienne baronnie de Mirebeau (a).

Champigny-le-Sec, qu'il ne faut pas confondre en cela avec Champigny-sur-Veude-, aux limites de la Touraine et du Poitou, avait eu longtemps un château appartenant à la famDle dé Montpensier, et dont le prince de Condé se rendit maître pendant les guerres civiles du xvi® siècle.

Saint-Séverin de Milly (11), autre villa de la viguerie de j,Jj"'J^ «SisK Thénezay, n'a guère de titres avant 936 ; son église n'était ^***"y* alors qu'une simple chapelle qui avait été donnée à cette époque par Frotier, deuxième du .nom, évoque administrateur de Poitiers, aux moines de Saint-Cyprien, dont il ' avait restauré et augmenté le monastère. Il y ajoutait le don de plusieurs serfs attachés à la terre, et de leurs enfants («. L'abbaye bénédictine fit de ce domaine un prieuré qui ne fut jamais paroisse, mais resta annexé à celle de Charay. Cette chapelle fut ruinée en 1668, faute d'entretien possible par l'abbaye, que les guerres de religion avaient jetée elle-même dans la détresse. Le bénéfice avec ses dépendances fut donc uni au séminaire de Poitiers par Tévêque Gilbert de Clérembault. La paroisse de Charay, dont nous parlerons en son lieu, et qui dépendait aussi de Saint-Cyprien, n'est guère mentionnée à l'époque des vigueries; elle dépendait de celle de Sauves, comme Neuville, devenue son chef-lieu de canton. Mais Milly

(a) Redet, Diction, topog. p. 87 et 2:29.

(b) CartuL de Saint-Cyprien^ p. 6.

dépendait du Mirebalais (a). On trouve mention des seigneurs de Milly dans des chartes de la fin du xi® siècle.

Telles sont les paroisses qui nous apparaissent vers la fin du IX® siècle renfermées dans la viguerie de Thénezay. D'autres localités se rencontrent en des chartes du même temps, comme lui appartenant avec certitude, mais qu'il serait presque impossible de traduire de leurs noms latins tombés en désuétude. En histoire, les conjectures ne doivent pas se multiplier, sous peine de jeter dans le vague pour lequel elle n'est pas faite (12).

Reprenons maintenant le cours interrompu de notre récit.

usmjmpsdfNoir- Les Normauds, auxquels il faut sans cesse revenir comme à un fléau inévitable, avaient ravagé le littoral de de nos [deux mers et celui de toutes les grandes rivières. Us commencèrent à s'avancer dans les terres et gagnèrent ainsi les pays qu'ils n'avaient pas encore épouvantés et qui s'étaient crus à l'abri de leurs atteintes. L'ennemi semblait poursuivre les fuyards dans toutes leurs stations, et déjà f au commencement de 875, ils envahissaient les pays voisins de l'Auvergne. Saint-Pourçain semblait ne devoir pas être longtemps à l'abri de leurs coups. C'est encore à Charles le Chauve que nos bénédictins recoururent, et celui-ci les écouta de nouveau. Il y avait en Bourgogne, entre Chalon-sur-Saône et Mâcon, un petit monastère appelé la Congrégation de Saint-Valérien. Ce nom lui venait d'un saint martyr du II® siècle qui avait été enterré dans un lieu nommé Trenorchium (13) sur lequel bientôt après s'était élevé une église : Saint Grégoire de Tours en parle comme étant desservie de son temps par un prêtre nommé Epiricius. Bientôt après l'église, une modeste cella, s'y était formée pour un petit nombre de cénobites qui s'était augmenté dans la suite, mais dont les possessions avaient dépassé de beaucoup leurs besoins. Posée sur la rive droite de la Seine et

(a) Redet, Diction., p. 93, 265 et 292.

presque à sa source, on jouissait là de la fraîcheur d'une vallée et d'une paix que rien n'avait troublée depuis l'invasion des pirates du Nord. . C'est là que Charles , sollicité par son beau-frère Boson, et de nouveau par les pauvres transfuges, qui depuis quarante ans fuyaient d'exil en exil sans retrouver la paix de leur berceau, voulut bien les établir. Geilon, qui en était toujours abbé, y mena donc sa communauté qui s'y fixa définitivement. Outre l'abbaye, il y avait un château fort qui avait déterminé surtout la pensée d'en faire un refuge aux reliques de saint Filibert. A cette générosité, Louis de Germanie et Charles lui-même ajoutèrent des donations considérables, parmi lesquelles un prieuré de Saint-Prudent en Poitou, dont il n'est pas facile de reconnaître la situation (14); en sorte que nos religieux eurent à Tournus une maison bien plus considérable que n'avait jamais été leur île même de l'Océan. C'était une condition mise à cette grande faveur que Geilon ferait désormais de Tournus le chef-lieu de sa congrégation. Noirmoutier, dont les moines s'étaient toujours regardés .Noirmoiiiuiriîcvieiii

' '' ^ itm pie prieuré.

comme propriétaires illégitimement dépossédés, ne fut plus considéré qu'à titre de prieuré, et son avoué, dont les fonctions n'étaient plus depuis longtemps que nominatives, fut attaché désormais à la maison de Tournus, et autorisé en cette qualité à se présenter dans toutes les provinces, les comtés et plaids du royaume chaque fois que l'exigerait l'intérêt des religieux r^).

Il paraît que le Poitou perdit, à cette translation définitive neiiquesTemir^niadu siège abbatial de Noirmoutier a Tournus, de précieuses «"^. richesses ; car, outre le corps de saint Filibert, le moine Falcan, qui écrivit la chronique locale après la mort d'Ermentaire, dit qu'il lui est impossible de donner le détail des autres reliques ainsi déplacées, et au nombre desquelles se trouvait le corps de saint Benoît de Quincay : ce qui explique pourquoi on en fit plus tard dans son monastère

(a) D. Bouquet, VIII, 650; IX, 180. - Longueval, VIII, 104. - M. Tabbé Du Tressay, Hist, de Luçon, I, i34.

tant de recherches inutiles. On avait possédé à Noirmoutier beaucoup de reliques venues de la Terre-Sainte, telles que des portions de vêtements du Sauveur et de la Sainte-Vierge, du lien avec lequel on avait attaché le Sauveur à la colonne, une des six cruches où il changea l'eau en vin, un fragment de la vraie croix, enfin beaucoup de vases sacrés pour le Saint-Sacrifice et deux coffrets remplis d'objets que le chroniqueur n'aurait su tous énumérer. Un des plus curieux dont on se préoccupe très peu aujourd'hui, mais qu'on voyait encore à Tournus en 1733,' lorsque le chanoine Juénin écrivit son histoire du monastère, était un de ces éventails employés en Orient pour détourner les insectes volants de l'officiant pendant la messe : l'usage s'était transmis en Italie, celui-ci passait pour avoir été apporté par saint Filibert à Noirmoutier, à Saint-Michel-en-l'Herm et à Luçon, lorsqu'il habita successivement ces trois maisons au VII® siècle (a).

deUnmefeïïSaî! Quand Cette fondation fut signée au mois de mars 875, il y avait à Châlons un certain nombre d'évéques rassemblés pour les affaires du royaume, et qui, sans être réunis, comme on l'a dit à tort, en un concile qui ne laisse nulle part aucune trace, mais en une simple assemblée d'affaires, furent priés par le roi de confirmer la donation faite par lui et par plusieurs seigneurs à la nouvelle abbaye. Ils y consentirent et reconnurent en plus le droit donné antérieurement aux moines d'élire leur abbè. Le pape Jean VIII, qui avait succédé à Adrien II en 872, confirma également les actes de cette assemblée {*).

Triste éttt des mo- Et ouaud Ics cufauts de Saint-Filibert retrouvaient

nastères da PoitOQ, /> , . . ,

enfin, avec le repos, une suprématie qui leur soumettait d'autres maisons qui avaient eu leur gloire ou qui en trouvaient une nouvelle dans leur dépendance, d'autres, telles que Saint - Michel , Luçon , et Saint - Benoît de

(a) V. M. rabbé Du Tressay, loc. cit., p. 137.

(b) Ibid,, p. 135.

Quinçay, ne se relevaient pas de leurs infortunes. Leurs désastres avaient été si grands, leur ruine si profonde, et la présence des Barbares se renouvelait si fréquemment, qu'elles ne pouvaient attendre que des catastrophes toujours plus grandes et une plus irrémédiable désolation. Leur personnel s'était réduit de beaucoup, personne ne songeant à abriter sa vie loin du monde en des asiles où pénétrait presque chaque année un inévitable fléau. On peut juger de cette solitude lorsqu'on voit abandonnée cette triste abbaye de Noirmoutier où quelques courageux solitaires osaient seuls reparaître pendant les quelques mois que leur laissait la disparition momentanée des pirates , et où naguère saint Filibert avait commandé à six cents religieux dont la paix et le recueillement n'étaient égalés que par leur ferveur et leur vertu.

Des événements d'une importance générale vont attirer ,SJVS^ «îTocmaintenant notre attention. Louis II, roi d'Italie, le quatrième empereur depuis le renouvellement de l'empirp d'Occident, mourut, cette année, le 13 août 875, dans les environs de Brescia en Lombardie. Ne laissant que deux filles, la loi salique lui donnait pour successeurs ses deux oncles Charles le Chauve et Louis le Germanique, lesquels, selon Tusage des fiefs et les coutumes de l'empire, devaient partager ses Etats et s'arranger entre eux quant à la possession du sceptre impérial. Charles, qu'on voyait partout incapable de gouverner son propre royaume, et qui, plus jeune que son frère, aurait dû lui céder l'empire, n'écouta que son ambition, et conçut le dessein de s'attribuer la couronne impériale avec celle du royaume italien. Dans ce but, il se hâta de passer les Alpes, après avoir laissé les rênes du gouvernement à son fils Louis le Bègue, qui régnait en Aquitaine depuis neuf ans. Il trouva l'Italie désolée par les Sarrasins, que Louis II avait combattus pendant tout son règne, et que sa mort avait laissés plus hardis que jamais. Son apparition parut un secours providentiel au pape Jean VIII et au peuple de Rome, que menaçaient surtout les

Revendication armée de Unis de Bavière.

redoutables hordes mahométanes , d'ailleurs secondées par le duc de Naples Sergius II. La conduite de ce dernier prince était celle d'un apostat, ennemi de PEglise dont les Etats étaient envahis jusqu'aux portes de Rome. Cette circonstance tourna en faveur de Charles. Quand on le vit entrer avec une armée considérable sur le territoire désolé, on le regarda comme un libérateur; Iqs grands et le peuple venaient au-devant de lui et lui prodiguaient les actes d'une soumission empressée : aussi continua-t-il vers Rome une marche qui devenait triomphale. Le pape, à qui Ton s'accorde à reconnaître une profonde politique et un coup d'œil habile dans les affaires (^), comprit de quel secours pouvait être à l'Eglise ce triomphateur que les peuples accueillaient avec tant d'enthousiasme; et, considérant l'abandon que venaient de faire de leur droit les deux compétiteurs, qui n'avaient abordé leur oncle que pour lui céder ouvertement, il entra dans les intérêts de l'Italie et du Saint-Siège en donnant à Charles la couronne impériale. Cotte cérémonie se fit aux acclamations universelles du clergé, des seigneurs et du peuple, le jour de Noël, comme autrefois pour Charlemagne (15).

Bientôt après, Charles, plus fort en politique et en finesse qu'en mérite militaire, convoqua à Pavie, pour y obvier aux revendications possibles de son frère, une assemblée de prélats et de seigneurs qui, ravis de trouver un gage de paix dans cette promotion, conçue au reste d'après les principes stricts du droit pubHc et dans l'intérêt de leur pays et de l'Eglise, l'assurèrent de leur soumission et de leur entière confiance (*).

Il y avait quelqu'un toutefois qui était d'un avis bien différent : c'était Louis, ce frère dépouillé, bien par sa faute, du titre impérial, sur lequel il avait dû compter, et qui, rassemblant à la hâte ses troupes de la Germanie et

(a) Cf. Maratori, Rerum Jtalicarum,

(b) CanciL gallic, III, p. 42«.

de la Bavière, était entré dans les Etats du nouvel empereur et s^avançait jusqu'à Attigny en Champagne. Cette expédition s'était montée avec une remarquable célérité , pendant que Charles, sans trop perdre de temps, pourvoyait encore en Italie à s'assurer sa conquête et son titre.

Arrêtons-nous un peu à la suite de ces événements devant le triste spectacle de nos dévastations intérieures, et racontons d'abord en son lieu un épisode attachant de notre histoire ecclésiastique.

Il s'agit de l'abbaye de Sainte-Croix de Poitiers, sur le passé de laquelle nous trouvons ici une occasion naturelle de revenir, à propos d'un fait qui troubla quelque temps sa paix habituçUe.

En souvenir de sainte Radégonde, nos rois lui avaient jgÎJJte^QÎoi^lîSpSl^ toujours été favorables. Dès le règne de Louis le Débonnaire ^e'^ertoM fSs! qui avait hérité pour elle de l'attachement de son père Charlemagne, elle avait été relevée après une ruine complète causée par les guerres imposées à la province. Dans une constitution de 817, ce même Louis l'avait mise au nombre des établissements exemptés de fournir des contingents de troupes et d'offrir des présents à l'empereur <«). C'était sous l'abbatiat de Gerberge dont nous avons parlé (*). Elle avait sans doute demandé elle-même que l'autorité souveraine mft un terme à des abus criants dont sa communauté avait beaucoup à souflrir, car parmi les capitulaires donnés en 822, le sixième et le septième, qui se rapportent à Sainte- Croix, déchargent la sainte maison de graves embarras que lui imposaient déjà l'esprit et les habitudes de la noblesse du temps. En effet, c'était un genre de tyrannie devenu â la mode que les grandes familles plaçaient par force dans l'abbaye des filles qu'on y devait admettre gratuitement, ce qui augmentait au profit de ces déprédateurs d'un nouveau genre les frais considérables de nourriture et

(o) 0. Bouquet, Histor. Rer. Gallic, VJ, 95, 406 et suiv. (h) Supra, ad ann. 817.

d'entretien ; d'autant plus que cette sorte d'envahissement n'amenait bien souvent que des vocations vaines ou douteuses dont souffrait également Tordre intérieur et le salut même de ces religieuses équivoques. C'est à cet inconvénient qu'il fallut remédier en statuant qu'à l'avenir la communauté ne se composerait pas plus de cent personnes engagées par des voeux. Il en fut ainsi des clercs réguliers de la collégiale. Le service du couvent en borna raisonnablement le nombre à trente. C'est que déjà la vie purement monastique s'était changée en celle de chanoines, et un certain nombre de laïques cherchaient dans cette vie plus commode une plus grande liberté qu'ils n'en auraient eu dans le monde en une moindre condition (a). AgiuuonpoBri'é- Lcs choscs allèrent ainsi jusqu'en 875, où l'abbesse

leclion de i'abbesse "^ ^ ^

Roirude. mourut, saus qu'on sache bien quel nom elle portait, car on

ne la trouve pas dans les diptyques entre Gerberge, qui était morte en 840, et celle dont nous allons parler. L'élection de cette dignitaire devait, d'après la règle, se faire au plus tôt après la mort de la précédente, et les supérieures des prieurés y étaient convoquées. Or, parmi celles-ci, un certain nombre d'électrices aimaient une sœur nommée Odile à qui elles donnèrent leurs voix; mais la majorité vota pour Rotrude, une des dignitaires de la maison de Poitiers, et qui était fille de Charles le Chauve. Cette majorité avait suffi pour assurer l'élection de cette dernière. Mais la raison n'est pas toujours en pareil cas le motif, déterminant des affaires; il y avait là d'ailleurs certains caractères qui se ressentaient sans doute un peu trop de la race franque. Il y avait des princesses de la famille royale, en qui le sentiment de leur condition primitive s'était réveillé aux apparences d'une dignité dont leur vanité naturelle aimait sans doute à se flatter. Odile, princesse de sang royal, avait de fausses idées, et ses amies persistèrent à la vouloir pour abbesse. C'était méconnaître deux éléments

(a) MabilloD, Annal. Bénéd., lib. XXIX, p. 476.

nécessaires de la vie religieuse : Phumilité et le renoncement. Des troubles s'en suivirent, et les contestations qui en devaient naître dégénérèrent promptement en dissensions peu édifiantes, surtout de la part de celles-ci. Rotrude, voyant le désordre porté à ce point, ne vit rien de plus utile que d'en écrire à son père. Frotier, en qualité d'archevêque de Bordeaux, se trouvant toujours à Poitiers, reçut mission de l'empereur d'examiner l'affaire et de faire rentrer les dissidentes dans le devoir. Il devait surtout confirmer l'élection de la princesse si la communauté persistait, et la priver de la dignité abbatiale si une autre élection se prononçait dans le sens contraire. L'archevêque se conforma à ces ordres, et bientôt il eut à déclarer la légitimité de Rotrude que le souverain sanctionna définitivement. Odile fut donc renvoyée dans son prieuré.

Un détail intéressant se présente ici : l'abbé des religieux concourait avec les vasseaux de l'abbaye à la nomination de Pabbesse, car dans cette circonstance, il fut arrêté que ce dignitaire rendrait compte des faits à l'impératrice, protectrice habituelle de Sainte -Croix. Une assemblée d'évêques fut tenue où l'on étudia les choses d'après ce rapport. Ce fut conformément à ses conclusions que l'affaire se termina en faveur de cette majorité qui avait choisi selon son droit. On a de l'archevêque de Reims Hincmar, qui ayant un grand crédit à la cour, avait présidé cette réunion, une lettre à Rotrude et à ses religieuses, écrite sans doute sous l'inspiration de l'empereur, où il les engage à garder soigneusement la paix revenue parmi elles, et à une observance plus fidèle que jamais de leur règle. C'était un langage plein de sagesse et d'expérience (a). On peut encore conclure de ce qui précède l'importance qu'on attachait en haut lieu à Tobservance des statuts pour les communautés ; il fallait qu'elle y fût bien respectée pour que la fille du roi fût elle même soumise à un examen aussi sérieux de son élection.

(a) Habillon, ub. sup., t. III, lib. xxxvii, p. 199.

Trille étal des mo- Et tout Cela 56 passaît Quaiid le monastère, détruit dans

nastèies de PoiUers i . .. . . -, \^ . • ^,..i «

etdeiaprovijice. Ics demiéres invasions de Poitiers, n^était plus qu un amas de ruines, abritant à peine et à force d'expédients, la famille monastique qui cependant ne Pavait pas abandonné i<«). D n'en était pas autrement de Saint-Hilaire, qui avait partagé cette malheureuse condition (*). Il n'y avait de tous les monastères du Poitou que Saint-Savin dont les fortifications avaient résisté ; partout ailleurs ce n'était que ruines amoncelées, autels renversés, et de piteuses demeures formées à la hâte des débris laissés par les ravageurs, afin d'abriter la misère de ceux qui, après leur départ, étaient revenus, par instinct de la patrie, aux lieux où ils ne pouvaient plus avoir que des larmes et des regrets.

Mn"^"de1?raî2; ^^ ^^'^^ 3^ ^^'^^^ ^® P^^® P^^^ ^^^ mouastércs, ne leur SKon! °*^'*" venait pas toujours de ces acharnés brigands dont la plus grande joie était de détruire et de piller. Trop souvent les grands des différents royaumes qui divisaient le territoire étaient presque autant à craindre, car s'ils ne répandaient pas toujours le sang, au moins n'épargnaient-ils aucunes vexations pour s'emparer des biens qu'ils jugeaient à leur convenance. De ce nombre, était Renaud, duc de France (16), très honoré dans le Maine, dont il était gouverneur, mais où son exemple dut peu encourager ses imitateurs. Il avait des propriétés considérables au voisinage de Saint-Jouinde-Marne, qu'on appelait encore Ansion, où saint Martin de Vertou reposait toujours et était honoré dans toute la contrée pour les miracles qui s'opéraient à son tombeau. Le duc s'imagina qu'il ne lui serait pas plus difficile qu'ailleurs d'empiéter sur le territoire du saint, et pour improviser sa prise de possession, il ne craignit pas d'exiger des colons qu'ils lui payassent le revenu annuel que l'abbaye avait toujours touché depuis sa fondation par Clotaire I*'. La clameur publique et le sentiment de la population indignée

(a) Chronic. Malleac, ad h. ann.

(b) Ibid., ub. sup.

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prévint les moines de ce qui se passait, et ces derniers députèrent quelques-uns d'entre eux pour conjurer le prince de ne pas consommer une aussi grande injustice. Celui-ci répondit avec hauteur que non seulement il ne rendrait rien, mais qu'il les pillerait bien plus encore pourvu que Dieu lui prêtât vie. Mais Dieu ne permit pas que cette menace audacieuse reçût son accomplissement, car les envoyés ayant rapporté cette réponse à leurs frères, la communauté se mit à conjurer Dieu de la protéger contre ce nouveau persécuteur. Or, une nuit que le rude seigneur était couché, saint Pierre, saint Jean-Baptiste et saint Martin se présentèrent à son lit, lui reprochèrent son iniquité, le maltraitèrent à coups de fouet, et le laissèrent tout contusionné et fort repentant. « Je n'ai pas besoin de dire, ajoute le chroniqueur, si le grand seigneur se trouva assez puni. La leçon fut si efficace, que non seulement il restitua ce qu'il avait pris, mais il ajouta de ses propres terres à ce qu'il nous rendait. » Nous pourrions ajouter à cette légende, pour ceux qu'elle ferait sourire, que le duc de France, admettant qu'il n'eût reçu sa leçon que dans l'imagination du moine que nous venons de citer, en aurait au mpins reçu une autre plus austère de l'auteur même du septième commandement, car cette même année, il fut tué dans un combat contre les Normands, qui, sans le savoir, se chargeaient alors bien souvent de punir ces criminelles injustices («).

Ainsi de plus en plus s'aggravaient les spoliations de ce genre, et la conscience publique semblait s'être affaissée devant l'audace de ces sacrilèges dont les rois eux-mêmes ne se faisaient faute et que les seigneurs regardaient comme une ressource au profit de leur fortune. Les spoliés n'avaient donc presque jamais d'autres espérances que celles d'un remords salutaire dont l'ennemi serait peut-être atteint au lit de la mort. Quand il en était ainsi, les moines

(a) V. noire Hû^ de Saint-Martin de Yeriou, 2« édition, p. 277, d'après GniUanme de Jumièges, in h. ann.

rentraient en possession, et quelquefois on les dédommageait en y ajoutant quelques propriétés nouvelles représentant les arrérages perdus.

deïvik'd^R^Mc! Désormais et avant la fin de ce ix« siècle où tout se transfigure dans la France dont les rois ont perdu les traces de Charlemagne, nous ne savons rien des religieux d'Ansion que par quelques données éparses mêlées à Phistoire particulière de certaines autres fondations. La if plus ancienne charte qui nous en reste est de cette année

» 876. Elle constate la donation à Tabbaye par un nommé

t Raybaud de la villa de Régnac (17). Beaucoup d'autres

r actes de même nature, se suivent en sa faveur jusqu'au

l commencement du xi® siècle, et dans cet intervalle de cent

i' trente ans à peu près, nous ignorons ce qui regarde ce

monastère. Ce que les troubles publics trop favorables à la tyrannie des grands vassaux et des vassaux moindres qui les imitaient, auront pu amener pour Saint-Jouin de catas- ' trophes ou d'avantages, les chartes perdues ne peuvent

■' plus nous le raconter. Comme tant d'autres, ils auront eu

leurs intervalles de paix et de guerre. Sur ce terrain que concède le respect ou la reconnaissance de puissants • voisins, ils ont défriché, cultivé, arrosé de leurs sueurs

. les sillons qui se fécondent, revenant chaque jour aux

I heures de la règle, prier pour la paix du monde et le salut

> de leurs bienfaiteurs. Ce sont là des pages qu'on n'arrachera

l pas de l'histoire des communautés, et qui survivent toujours

\. à la destruction de leurs titres comme aux ingratitudes de

î leurs ennemis.

I Nouvelle entreprise La paix était loin d'être revenue en France avec le roi

' de Charles le Chante » \ i

contre sa propre fa- ccmt dc la couronuc impériale. Ce bijou qui servait plus l'ambition et le fol orgueil du prince que les intérêts de ses peuples, sembla pour luj un appât de plus vers une plus grande extension de son pouvoir. Louis le Germanique, évincé de ses espérances en Italie, n'était rentré en Allemagne que pour y mourir le 28 août 876, et aussitôt Charles pensa à envahir la Germanie au préjudice de

Ihion.

ses trois neveux Carloman, Louis et Charles. Nous ne pouvons le suivre dans cette campagne où il n'opposa aux droits et à la modération de ceux-ci que l'emportement d'une insatiable convoitise. Hâtons-nous de dire que ses ruses déloyales pour arriver à ses fins furent déçues et n'aboutirent qu'à une entière défaite où il perdit beaucoup de sujets d'élite, des troupes et des bagages ; et comme les Normands avaient profité de son éloignement pour reparaître sur les rives de la Seine et de la Marne, il lui fallut traiter avec eux à des conditions aussi honteuses que tant d'autres, si souvent acceptées au prix de son honneur et de celui de la France.

Un concile fut réuni à Ponthion en Champagne, où était ,^.c«nciie de Ponun palais des rois de France (18) ; il dura du 21 juin au 16 juillet. Il s'agissait surtout, dans l'esprit de Charles, d'y faire sanctionner son élévation à l'empire ; il y avait convoqué cinquante évéques et les principaux seigneurs, et avait même obtenu deux légats du Pape à qui il avait fait entendre que certaines récriminations de quelques prélats mieux instruits qu'on n'avait pu l'être à Rome des prétentions du roi de France, pourraient s'élever sur cette question. Tout fait croire que, en plusieurs points, le Saint- Siège fut trompé par l'empereur; c'est la seule manière d'expliquer les contradictions qui se trouvent en certaines copies de ce même concile (19). Charles, qui voulait avoir Affaire d'Amégisê. à sa dévotion un légat permanent dont les complaisances lui fussent assurées , avait fait nommer à ce poste l'archevêque de Sens Anségise, dont il s'était déjà servi en 870 pour plaider sa cause auprès d'Adrien II, en faveur de ses prétentions à la Lorraine , après la mort de Lothaire , roi d'Austrasie. Quoique l'envoyé n'eût pas réussi à tromper le Pape, Charles n'en avait pas moins gardé la Lorraine, et avait récompensé le zèle coupable d'Anségise en le nommant au siège métropolitain de Sens. Au concile, le plus grand nombre des évoques sachant de quelles supercheries avaient usé l'empereur et l'archevêque pour déter-

arcbeTèqae de Sens.

miner Jean VIII à établir cette légation, ne voulut pas Taccepter sans voir les lettres adressées par le Saint- Siège à Tempereur. Celui-ci, qui assistait à la session, refusa de les produire, sans doute parce qu'elles contenaient quelquMne de ces clauses usitées de tout temps à la chancellerie romaine, et qui les entache de nullité au défaut de quelques conditions exigées de l'impétrant. Cela étant (le refus de montrer les lettres le faisant raisonnablement supposer) on ne peut qu'approuver le refus d'admettre selon son titre vrai ou faux le prélat à qui Charles voulait deSwde'MÎ^nra" attribuer cette légation. Or, un personnage se trouvait urgM. pg^j^^j Yqs évéques, lequel nous intéresse à plus d'un titre, et dont la position ne s'explique bien que par ce que nous venons d'exposer. C'était Frotier, l'archevêque de Bordeaux, qui, résidant toujours à Poitiers, mais ne négligeant pas la cour, s'était adjoint au concile dans l'intention d'en obtenir l'archevêché de Bourges, qui flattait surtout sa convoitise, car Bourges était bien autre chose que Bordeaux. Cette ville n'était qu'une simple métropole. Bourges tenait le premier rang sur toutes les grandes cités de l'Aquitaine depuis que Charlemagne l'en avait déclaré la capitale et celle de la Novempopulanie(a). Frotier avait donc prétendu se ménager la faveur du roi en se prononçant comme lui pour Anségise, dont il secondait aussi les vues ambitieuses. Ce n'était pas, il est vrai, le moyen de se rendre favorables les évêques, qui, presque tous, se méfiaient de cette promotion ; mais le crédit impérial lui semblait devoir l'emporter enfin, et il s'ouvrit de ses projets en présentant, dans la septième session du concile, une requête en bonne forme où il exposait qu'il ne pouvait plus demeurer sur son Siège à cause des courses des païens, et demandait enfin qu'il lui fût permis de remplir celui de Bourges, qui venait de vaquer. Mais les évêques, mécontents de la complaisance qu'il avait montrée dans l'affaire d'Anségise,

(a) Du Tems, Clergé de France, III, 2.

refusèrent même de traiter la question. Elle était d^ailleurs ^RaifOBi du refu

en opposition avec les décisions du droit, qui, dès les

premiers siècles, avait interdit aux évêques de passer de

leur Siège à un autre, sinon pour l'utilité réelle de PEglise.

Les Pères s'étaient également prononcés à ce sujet (a), et

si tous les évêques dont les diocèses avaient été maltraités

par les Normands avaient demandé à changer, que serait-il

resté à ces contrées pour les instruire et les consoler ?(^)

Cette défaite de Frotier ne le découragea pas. Il sembla si peu revenu aux idées du concile, qu'il persista à ne plus parler de son siège de Bordeaux ; car, parmi les signatures des évêques présents à Ponthion, on trouve son nom souscrit par lui avec la seule qualité d'archevêque sans aucune mention de sa ville archiépiscopale (c).

Sur ces entrefaites l'évêque de Poitiers Ingenald tomba érê^^eKSSrïî^^' malade, et se sentant dans une sorte de défaillance qui le menaçait d'une mort prochaine, il songea à se ménager par une bonne œuvre de quelque importance la miséricorde de Dieu. Frotier avait déjà donné dans le même but au monastère de Saint-Cyprien un alleu ou bien patrimonial, situé vers l'extrémité orientale du diocèse. C'était une chapelle sous le vocable de saint Maixent, qu'on avait surnommé le Petit, afin de le distinguer du grand monastère situé sur les bords de la Sèvre. Elle était enclavée dans la viguerie de Razais, dont nous avons parlé et dont il ne reste pas de traces, sur les marches du Berry et du Poitou U). C'est cette dernière chapelle, dont les moines de Saint-Maixent avaient fait un prieuré, que l'évêque de Poitiers dota de biens territoriaux qu'il possédait autour du saint édifice (20). Quoi qu'il en soit, Ingenald mourut cette année, et comme

(a) Cf. Cane. IV de Carthage, en 254, c. xxvii; — de Nicée, en 325, c. xv; — d'Antioche, en 341, c. xxv; — de Sardique, en 347, ci; — Saint Basile, E^e, 194.

(5) €f. Annal. Bertin.^ ad b. ann.

(c) Condl. Gallic, VIII, 447 ; - Longueval, VII, p. 115 et 118.

(d) y. cî-dessus, ad ann. 863.

Frotitr devient adminittratenr da diocèse de PoiUerf.

Il obtient esflorarchevèdié de Bouves-

Frotier était là tout prêt à recevoir quelque chose de sa dépouille, sinon le Siège qui ne pouvait aller à un archevêque, il obtint du moins qu'en attendant Bourges qu'il ne cessait pas d'espérer, Charles qui avait à récompenser sa servilité, lui donnât l'administration du diocèse. Il la prit donc, espérant ne pas la garder longtemps.

En effet, cette même année, et peu de semaines après Ingenald, Vulfrade, archevêque de Bourges, mourut en laissant la réputation d'un saint dont le zèle et la vigilance avaient été exemplaires. Ce fut l'occasion de s'adresser au Saint-Siège pour obtenir que de la plénitude de sa puissance, il passât outre aux empêchements canoniques et laissât élire Frotier à l'archevêché vacant. Pour appuyer cette âupphque, Charles engagea des évêques de cette province à joindre leurs instances aux siennes. Le pape ne se pressa pas cependant, voulant examiner l'affaire avec maturité, puis conciliant enfin ce qu'il devait à son devoir, qui lui prescrivait de faire respecter les canons, avec les égards dus au roi de France, il permit que Frotier prit enfin la primatiale de Bourges ; mais dans sa lettre du 28 octobre au clergé et au peuple de cette métropole, il expliqua très nettement que cette translation n'étant autorisée que par suite de la ruine du temporel de l'Eglise de Bordeaux, cette faveur serait révoquée à partir du tem^s où les barbares ne désoleraient plus le pays (21). Une telle restriction rendait tout possible: ce n'était en réalité qu'un administrateur que le Saint-Siège nommait à Bourges, et non un titulaire irrévocable comme tous les évêques doivent l'être. Le droit avait donc gagné sa cause et Frotier n'avait pas tout à fait perdu la sienne puisqu'il trouvait à satisfaire ses désirs. Mais il n'en goûta pas les fruits dans un long repos, et pour en finir ici avec lui, nous dirons dès à présent le reste de son histoire.

Cette position avait malgré tout quelque chose d'équivoque, car Jean VIII, ne regardant Frotier que provisoirement sur son nouveau Siège ne lui avait pas envoyé le pallium,

insigne spécial de son installation. Ce pontife étant mort en 882, des instances appuyées par Pempereur obtinrent de son successeur Martin II, la faveur jusque-là convoitée sans succès. Mais Martin resta à peine deux ans sur le siège pontifical, et fut remplacé par Etienne V en 884. A peine intronisé, celui-ci vit arriver à Rome un moine de Bourges qui se présenta comme envoyé par une portion coQsidérable du clergé, priant le Souverain-Pontife de renvoyer, selon les clauses de Benoît VIII, l'archevêque de Bordeaux à son diocèse où rien ne Pempêchait plus de retourner. C'est que le primat n'avait réussi qu'à moitié dans son dernier poste; homme plutôt d'inirigues et du inonde que de son Eglise et de ses diocésains, ayant toujours contre lui sa tache originelle, et assailli de tous côtés par des avanies contre lesquelles il avait peine à se défendre. Si bien qu'un concile tenu à Troyes en 878, et auquel il crut prudent de ne pas assister, renouvela sur les translations épiscopales les dispositions renouvelées à Ponthion : Hincmar de Reims, qui en fut le promoteur, s'exprima en de tels termes, qu'il ne fut pas possible de méconnaître de qui il voulait parler. Mais un désagrément plus direct lui fut ménagé. Dans la cinquième session, un décret fut lancé contre les évêques qui avaient refusé d'assister au concile, et un autre contre ceux qui, par ambition , passaient d'une moindre Eglise à une . plus grande. Le Pape, tout en ordonnant qu'ils retournassent incessamment à leurs premiers Sièges, écrivit en particulier à Frotier pour lui reprocher son absence et l'avertir d'apporter les décrets obtenus de lui ou de ses prédécesseurs afin qu'on les examinât. Au reste, ce qui était très significatif, la suscription de la lettre le nommait archevêque de Bordeaux. Il vint, et parvint à justifier son absence ; mais il ne paraît pas que l'indulgence dont on avait usé â son endroit lui ait établi un titre bien assuré quant à sa primatie, car de nouveaux canons furent promulgués, qui n'étaient que le renouvellement de ceux de Carthage, de Nicée et de

Sardique. Ajoutons que l'archevêque de Reims s'était empressé aussitôt après la décision de Jean VIII, d'écrire un traité sur la matière où Frotier était signalé sans ménagements. Et tout le monde applaudissait à ces attaques directes et trop méritées. De sorte que ces honneurs que le malheureux prélat avait si ardemment recherchés ne furent réellement pour lui qu'une source d'humiliations et de déboires. Au milieu de tant d'inquiétudes et de soucis, on est certain qu'il fit en sorte de ne plus retourner à Bordeaux. On le trouve encore à Bourges en 879, obligé de recourir à la protection de Jean VIII pour obtenir une excommunication majeure contre Bernard, comte d'Auvergne, qui usurpe les biens de cette Eglise. Tout en l'approuvant sur ce point, personne cependant ne lui pardonnait son intrusion. On le poursuivait jusqu'à Rome, où on ne manquait jamais de dénoncer sa position anticanonique. Enfin Etienne V, après un long et attentif examen de la cause, enjoignit à Frotier, en 889, de retourner à Bordeaux sous peine d'excommunication. On ne sait s'il obéit ; car, à partir de cette date, on le perd de vue : on ne sait ce qu'il devient. On trouve dans les diocèses de Bourges et de Bordeaux une lacune de plusieurs années où l'on ne peut lui découvrir de successeur immédiat, et les auteurs ne savent comment se mettre d'accord ni sur l'époque (de sa mort ni sur le lieu où il mourut. C'est un des grands exemples de cette vanité des ambitions humaines dans ceux-là surtout qui devraient le plus s'en garder («).

Bcfroi.xLivETô- On voit que l'administration du diocèse de Poitiers par

qv de PoUiMi.

Frotier ne fut pas de longue durée. Elle n'alla pas au-delà de quelques mois ; car, aussitôt qu'il se vit autorisé à aller à Bourges, le successeur d'Ingenald prit possession à Poitiers (22). Ce fut un seigneur nommé Ecfroi, qu'on croit avoir été membre par la branche collatérale des comtes

(a) GcUl. christ., II, Eccles. Pictav., I. — Eccles. Biturie. — Besly, Comtes, p. 19i. — Long^eTal, VIII, i!20 et suiv. ; 136 et soiv.; 202 et suiv. — ConcU. gallic , Ul, 470. — Beauchet-Filleaui FamUles du Poitou, II, 29.

d'Angoulême, allié aux comtes de Poitiers. Il prenait le diocèse dans un grand état de délabrement quant aux revenus temporels. Là, comme partout ailleurs, ce n'était que dilapidations de la part des grands ; les biens et dépendances des Eglises tombaient sans défense aux mains hardies de puissants déprédateurs, et les troubles du temps n'avaient pu que laisser le mal s'accroître sous l'autorité méconnue des trois ou quatre évêques précédents. Nous verrons Ecfroi user avec diligence de son long épiscopat de vingt-quatre ans pour opposer à ces ravages une vigilance et une fermeté qui empêchèrent du moins le mal de s'étendre si elles ne parvinrent pas toujours à l'arrêter(a). Cette année, commença à se montrer dans la France un , Nonveanx rivages

' * des Normands.— Ca-

des plus redoutables chefs normands : c'était RoU ou Rollon, ^cièredeRouon.iew le plus célèbre de tous, et dont la funeste activité devait se prolonger pendant prés de quarante ans, y ruinant sans merci les villes et les campagnes. Il guidait les hordes qui avaient reparu sur la Seine quand Charles, au lieu de défendre ses Etats, osait attaquer dans leur pays les trois fils de Louis le Germanique. RoUon était alors fort jeune, plein de l'ardeur de son âge, plus brave que féroce, d'une prudence réfléchie, et le premier peut-être de ses compatriotes qui se proposât plus de conquérir une place en France que de la piller. Il commença cependant par le pillage, parce que c'était le meilleur moyen de s'attacher des troupes qui n'avaient eu jusqu'alors que ce motif de guerroyer w. Charles, qui était convenu de lui donner imposition destinée cmq mille livres d argent pour lui faire quitter les rivages mem. de la Seine, lui avait donné en même temps une juste idée de ce qu'il pouvait en attendre. Ce qu'il y eut de pire, c'est qu'une complication inattendue vint augmenter les diflRcultés de la situation publique. Le Pape, que les Sarrasins continuaient de menacer en Italie, envoya deux légats

(a) D. Vaîssettc, HisU du Languedoc, I, 730.

\f>) Deppiog, p. 171, 411 et suiv. ^ Longueval, VIII^ 191.

à Pempereur pour le sommer de venir au secours de PEglise romaine, selon qu'il Pavait juré solennellement en prenant les insignes de Pempire. C'était un surcroît d'embarras qui le fit hésiter; mais également pressé par sa parole et par le devoir de défendre ses peuples, il crut concilier l'une et l'autre en allant combattre les Sarrasins et en comprimant^ les Normands par une trêve chèrement payée. Le plus grand malheur en cette triste occurence fut que le trésor royal, épuisé par l'injuste guerre portée sur le Rhin, et ne pouvant suffire à une telle charge, il fallut recourir à une imposition qu'on préleva en France et en Aquitaine sur toutes les conditions, depuis le plus riche feudataire jusqu'au dernier des vassaux, depuis l'évêque jusqu'au plus mince clerc. Les évéques, les abbés, les comtes et les officiers du roi devaient payer douze deniers de la terre où ils faisaient leur résidence et qu'ils faisaient valoir ; il en était de même proportionnellement des autres terres ou fiefs donnés à ferme à des hommes libres ou à des colons. Chaque évêque ou chaque abbé devait faire contribuer les prêtres du diocèse ou des prieurés de sa dépendance en proportion de leurs biens, en sorte cependant que les plus riches ne payassent pas plus de cinq sous d'argent, ni les plus pauvres pas moins de quatre deniers. Les églises appartenant à l'empereur, à l'impératrice et aux autres seigneurs n'étaient pas exemptées de cette contribution , non plus que les négociants établis dans les villes, qui étaient taxées selon leurs facultés (a). Ces sommes diverses, qu'il est difficile d'apprécier aujourd'hui à la valeur de notre monnaie courante, ne semblent pas une charge bien lourde, même pour les plus imposés ; mais il faut faire la part aux usages du temps, où l'argent montait à quarante fois plus que sa valeur actuelle, et où il était fort rare, la plupart des marchés s'opérant par des échanges ou par des journées de travail. L'essentiel

(a) Sirmond, CapUuL Caroti Calvi, p, 330.

serait ici de saToir s'il s'agit de deniers d'or ou d'argent, et c'est ce que les textes ne disent pas. Il est bien croyable cependant que pour les plus riches il est question de deniers d'or, puisque pour ceux qui le sont moins on stipule le denier d'argent.

Revenons maintenant sur quelques détails de cette année qu'il nous faut mentionner avant de passer à celle qui va suivre.

En février 876, un Frotier était abbé de Saint-Hilaire depuis 868, et c'est en son nom qu'est fait par Adralde et Adalgarde sa femme à Saint-Hilaire de Poitiers, un don d'une mense (ou métairie à quatre bœufs), nommée Neuville, située dans la viguerie de Sauves, d'après la charte écrite en fort mauvais latin. C'était un bien patrimonial que le donateur avait beaucoup augmenté par ses acquêts et par ses propres soins. Comme toujours, des serfs accompagnaient le domaine et passaient au donataire avec leurs familles, et l'on ne manquait pas d'y signaler le moindre coin de terre, la moindre maisonnette, et tout le menu de l'exploitattion, comme si l'on avait toujours craint qu'il ne fallût un jour lutter contre des ravisseurs, et revendiquer sans aucune chicane possible la plus mince portion de la propriété. De telles précautions, communes alors à tous les actes d'achat, de vente ou de donation, indiquent bien par leurs détails minutieux, l'état de méfiance où se tenaient entre elles les classes d'une société si peu assise, et dont la formation définitive s'effectuait si laborieusement. Mais ce qui ressortait encore bien plus du caractère de ces temps agités, c'étaient les formules religieuses qui terminaient tous les. actes de ce genre. On y prenait ses garanties contre ses propres héritiers, contre ses proches et tous ceux qui auraient pu élever dans la suite des contestations sur l'objet donné, et y prétendre quelque droit. Pour ceux-là, on exprimait des anathèmes, on appelait sur eux la colère de Dieu, on leur imposait même une amende qui était ici de trois livres d'or et cinquante livres d'argent, ce qui supposait qu'on redou-

Villas de Nenville,

tait surtout les voleurs de haute condition et de grande fortune. Frotier, dont le nom est invoqué au commencement, n'était sans doute pas à Poitiers, car il ne paraît pas parmi les signataires au nombre de treize, outre les deux époux qui faisaient à Saint-Hilaire cette pieuse générosité («).

Cette villa de Neuville (23), dont le nom indiquait une création relativement récente, a eu cette destinée que son importance s'est bien augmentée depuis, car elle est devenue en 1796 un chef-lieu de canton qui réunit aujourd'hui de trois à quatre mille habitants, et groupe onze communes dans sa circonscription cantonale. Le trésorier du Chapitre de Saint-Hilaire était devenu, à cause des nombreuses propriétés de l'abbaye sur ce territoire, un des principaux seigneurs de la paroisse qui était de Notre- Dame de l'Assomption et à la nomination de l'évêque de Poitiers. Cette dépendance semble indiquer dès le principe une fondation épiscopale ou une donation à l'évêché, quoique la présentation à la cure fût faite par le Chapitre de Saint-Pierre-le-Puellier. Des traces de l'époque celtique supposent aussi qu'antérieurement à son nom de Neuville, qui est évidemment du moyen âge, elle en avait un autre plus caractéristique qui s'est perdu avec ses souvenirs gaulois ; on n'aperçoit plus ceux-ci qu'avec les deux dolmens des villages voisins de Mavaux et de BeUjefoye, posés à trois ou quatre kilomètres au levant de Neuville, au milieu des bois, changés aujourd'hui en vignes. Le vieux DeParifiiy, mauoir de Furigny (*), dont on voit encore les restes réduits aux proportions d'une habitation particulière, était un château fortifié dans le village de ce nom, au Nord du chef-lieu et dans une ancienne clairière des bois qui l'environnaient et que, là aussi, des vignes ont remplacé en grande partie. Ce château était un ancien fief relevant de la baronnie de la Grisse (24) dans la paroisse de

(a) Cartul. de Saint-Hilaire, 1, 10 et suiv.

(b) Villa quœ vocatur Fluriniacum.

Chéneché. Une charte de Pan 1000 établissait en faveur de Saint-Cyprien de Poitiers une donation faite par Sigaud et Ermenberge, son épouse, de deux arpents de vigne et un journal de terre en friche avec une maison et un pressoir, situés en la villa de Furignyca). Une curieuse variante se fait sur ce dernier nom dans une autre charte de 1178 : un Etienne de Furigny, de Furniaco, n'est plus quelques lignes plus bas qu'un Etienne de Furno, donnant à Saint-Hilaire tout ce qu'il possédait dans le territoire de Frontenay (25), et diverses autres propriétés dans celui de Mazeuil (26). Enfin une clause non moins intéressante figure dans cette même charte et atteste un usage très respecté de ce temps. C'est que Etienne de Furigny y établit formellement que le fils qu'il espérait avoir bientôt de son épouse, fut mis aussitôt sa naissance à la disposition et sous la tutelle de cette même Eglise, qu'il fut élevé sous l'habit religieux et placé ensuite dans un monastère de son choix pour y vivre dans les exercices de la vie religieuse (^). Parmi les signataires de cette charte nous y voyons un Albert de Fûrigny qui s'intitule custode ou gardien de l'église du Bienheureux Hilaire; ce serait une assez modeste fonction pour un homme dont le nom était celui d'un fief, si nous ne nous croyions autorisé ici à regarder que cette garderie était une fonction équivalant à celle d'avoué de l'abbaye, chargé en conséquence de sa haute protection et de sa défense au besoin.

On trouve dans un aveu de Chéneché de 1670 mention BtdiCMiwché. d'une bachellerie de Neuville, c'est-à-dire d'une fête publique annuelle, au retour de laquelle le Roi des Bacheliers était redevable au seigneur de Chéneché, le jour de l'Assomption de la Sainte-Vierge, d'une paire de gants blancs et de deux poulets. Moyennant quoi, ledit bachelier recevait dudit seigneur la permission de courre la bague au bourg

(a) Carlulaire de Saint-Cyprien, p. 31.

(byChartrier de Saint-Hilaire, I, ub. sap.

Virinwi

démolir le château, dont Pesprit de révolte se serait emparé. Dès lors y la ville, qui avait eu de fréquentes péripéties de guerre, perdit sa gloire et ne compta plus que parmi les plus minces bourgades de la province. Nous la verrons figurer souvent dans les faits belliqueux du pays, et nous entrerons à chaque fois en des détails qu'il n'est pas bon d'anticiper.

Il y eut à Mirebeau jusqu'à cinq paroisses, en y comprenant Saint-André dont nous avons parlé, la seule rétablie après la Révolution avec Notre-Dame. Cette dernière, qui avait été fondée vers 1055 par Barthélémy I®% archevêque de Tours, et donnée en prieuré à l'abbaye de Bourgueuil en Touraine, fut élevée en 1200 par Maurice de Blason, évéque de Poitiers , dont la famille possédait Mirebeau, au titre de collégiale pour dix chanoines (a). Il y avait donc cinq cures, dont quatre dans la ville : Saint-André, Notre- Dame, Saint-Pierre et Saint-Hilaire ; hors la ville était la cinquième sous l'invocation de sainte Madeleine. Outre ces paroisses, il y avait aussi jusqu'en 1790 un couvent de Cordeliers, établi vers 1225, et un autre de Filles de Saint- François, fondé au xv® siècle. Enfin on aura une idée de cette ancienne baronnie par le nombre des fiefs qui relevaient d'elle et qui allaient jusqu'à cent dix (*).

Une cure qu'avaient fait disparaître les remaniements de 1790, et qui fut rétablie en 1852, Varenne, est au Sud-Est et à une lieue de Mirebeau. Elle est de Saiht-Martin, et n'a que trois cent cinquante âmes au plus, répandues dans un vallon traversé par la route de Poitiers à Loudun. En 943, elle était une villa qu'un certain Bernon donna à l'église de Saint-Révérend de Nouâtre, en Touraine (c).

C'est probablement pour cela que la cure était à la nomination du Chapitre de Saint-Martin de Tours, tout en

(a) Redct, Dictionnaire topographique de la Vienne,

(b) Ibid.

(c) V. Pouillé du diocèse, 1782, p. 17.

dépendant de Tarchiprêtré et de la baronnie de Mirebeau. Sur cette commune, et s'avançant sur celle limitrophe de Turageau, et dans le domaine de la Turette, on visite des souterrains-refuges munis de tous les détails de défense que nous avons décrits antérieurement, et dont la date doit être fort ancienne.

Saint-Etienne de Marigny-Brizay (a), dans le canton de Mirigny-Bfîay. Neuville, tire son surnom du château de Brizay ou Beaumont jjrope Bellum Montem, ancien archiprêtré de Dissay, dans le duché de Châtellerault (*;. Cette paroisse de neuf cents âmes réunit à son territoire l'ancienne paroisse de Saint-Léger-la-Palu ; c'était un fief du marquisat voisin de Clairvaux. On ne trouve qu'assez tard des titres de cette localité; les plus anciens sont de 1123. Marigny, appartenant au Chapitre de la cathédrale, était classé parmi les revenus du cellérier. Cette charge fut abolie au xv® siècle pour trouver dans ses revenus réunis à la mense commune un meilleur entretien de l'Eglise et du Chapitre : Marigny se trouva avec six autres cures enveloppé dans cette réforme. Un rapprochement curieux et qui montre quels liens I existaient entre l'Eglise-mére et ses dépendances, c'est que ^ le vitrail de saint Fabien , posé dans le croisillon Nord de I la cathédrale, se répétait dans la chapelle du château ' de Brizay, dont le chapelain était à la nomination du I seigneur.

Dans cettte paroisse, et prés de Bonivet, était un prieuré ^^^^ ^ sitnide Saint-Filibert, donné en 987 à l'abbaye de Saint-Cyprien par Alboin, chanoine de la cathédrale, qui devint plus tard évêque de Poitiers. Il n'était pas encore question du château ni de la personne du célèbre amiral. L'endroit où s'élevait l'église, dédiée à la Sainte-Vierge et à saint Filibert, était dans la viguerie de Colombiers (près Châtellerault) et dans un village appelé Surinnus, qui n'est plus

(a) Uarmiacum et Uagné, au moyen âge.

(h) V. notre Histoire de la cathédrale de Poitiers, I, 59 et 346.

qu'une simple ferme de la commune de Marigny, encore appelée de Saint-Filibert (a).

Le lieu de Marigny, gallo-romain par sa terminaison latine, et qui rappelle une habitation particulière de cette seconde époque, remonte certainement jusqu'à une primitive existence celtique. Sa position sur une colline environnée de masses de bois étagées du côté de Saint-Léger; la fraîcheur du paysage, arrosé par PEnvigne et le Palu, auront attiré là quelques-uns des riches conquérants de la Gaule, et une habitation s'y sera élevée sur les débris de quelque tribu gauloise. Un dolmen cité en 1247 sous le nom de Pierre-Pèse i% mais qui n'existe plus, s'élevait près de Marigny, à l'Ouest de Beaumont, et sur le même plateau, attestant des souvenirs druidiques.

st-LégeMa-Pain. Les commuue et paroisse de Marigny-Brizay se grossirent en 1819 du territoire de l'ancienne paroisse de Saint-Légerla-Pallu (32), qui était de l'archiprétré de Poitiers, et à la nomination de l'abbé de Saint-Benott de Quinçay. Il y avait en plus sur le territoire paroissial deux prieurés, l'un de Saint-Martin et l'autre de Saint-Hilaire ; le premier dépendait de Saint-Benott de Quinçay, le second de Saint-Benoîtsur- Loire, près Orléans : ce dernier fut réuni au Chapitre de Notre-Dame-la-Grande de Poitiers au xvii® siècle. Le surnom de cette localité lui vient de la petite rivière de la Palu, qui limite sur sa gauche les communes de Marigny et de Beaumont. Elle natt près du Vivier, village à un kilomètre à l'Est de Mirebeau : elle en parcourt vingt-sept pour aller se jeter dans le Clain entre Saint-Cyr et Dissay. Saint-Léger est avoisiné à l'Est et sur la rive opposée du Clain, par un hameau nommé Palu, par suite de sa position dans un vallon marécageux, et vers lequel s'augmente beaucoup le cours de la petite rivière, ce qui aura fait donner à l'un le nom de l'autre.

(0) Redcr, p. 379 et 385*

(6) Petra-Sopese, Mém. ddâ Antîq* dô l'Ouest, XIII, 3oOj — XXVIl, 161.

I Le village de Vignole, voisin d'Ouzilly, et à peine conn^x oniuiy.vigwi*.

■ dans les chartriers de Sainte-Croix et du Pin aux xiii® et XV® siècles, a fait ajouter son nom à celui d'Ouzillyc^), pour distinguer celui-ci de deux ou trois autres, situés aussi dans le département de la Vienne (*). Le village est à un kilomètre au Sud d'Ouzilly, qui, par suite de quelque anomalie qui n'est pas inouïe ailleurs, et qui tient sans doute à quelque changement de juridiction, n'a que l'église et deux maisons ; les habitants se trouvent réunis à Ouzilly, où une charmante église romane de Saint-Martin, bâtie en moellons et en belles pierres de taille, était autrefois à la nomination de l'abbé de Sain^-Jouin-de-Marnes. Quoiqu'on ne rencontre là que des souvenirs postérieurs à la fin du xii® siècle, ce nom semble remonter à une idée gauloise qui ne laisse pas de faire croire à une haute antiquité dont les traces se sont perdues.

A deux kilomètres au Nord d'Ouzilly, est une chapelle nommée de la Maison-Neuve, à la place où était autrefois une garenne dans les broussailles ou Erondes, de laquelle une tradition populaire raconte qu'un jour on aurait trouvé une petite statue de sainte, qu'on déposa par respect dans l'église paroissiale. La statue ayant disparu sans que personne en pût dire la cause, on la retrouva au même endroit où elle avait été découverte d'abord. Longtemps cette statue, qui n'existe plus depuis le pillage de nos églises par les révolutionnaires, fut honorée dans la chapelle de la Maison-Neuve, sous le nom de la Sainte de VEronde.

Colombiers, qu'il faut distinguer, comme nous l'avons coiombieti. dit, de Coulombiers, du canton de Lusignan, après avoir dépendu de la viguerie de Sauves, devint le siège d'une viguerie particuhère vers le milieu du xi® siècle. En 926, on voit Colombiers (c) désigné comme un lieu fortifié, un

(a) Ozileum. Il y a de 3 à 400 habitants. (2») Beanchet-Filleau, Fouillé de Poitiers, p^ 337. (c) CoUmhario, de Colotnberiis, Calombarmm.

casfrum, muni d'une église du vocable de PAnnonciation de la sainte Vierge, laquelle fut donnée, en 937, à Pabbaye de Nouaillé par le comte de Poitou Guillaume III® du nom, dit Tête-d'Etoupes. Depuis lors il y eut, outre la cure, un prieuré du même -vocable de Notre-Dame qui dépendit toujours du monastère. Ce prieuré devint un fief relevant du duché de Châtellerault; En 1662, Colombiers est une châtellenie de la même dépendance.

TourdeSawry. Colombicrs est aujourd'hui du canton et à deux lieues Sud-Ouest de Châtellerault, sur la rive droite de rEnvigne(32). La commune compte à peu prés 1,000 habitants. Son église est ogivale de plusieurs époques [pour l'intérieur, et de style roman pour la façade. La tour de Savary qui avoisine Colombiers est un reste de l'ancienne forteresse, désignée en 1423 comme relevant du duché de Châtellerault (a).

Vendeiivre. Nous abandonnons ici la viguerie de Colombiers, sur

laquelle nous reviendrons bientôt, pour terminer avec celle de Sauves où quelques lieux nous restent encore à signaler. Commençons par Vendeuvre (*) , vieille localité romaine qui garde encore dans un certain périmètre des Tours- Milandes, à deux kilomètres au Nord-Ouest, des traces de constructions remontant aux premiers jours de la conquête des Gaules. Son nom pourtant a quelque chose de celtique, auquel se rattache bien un certain nombre de monnaies gauloises découvertes vers 1822. Mais il n'y a plus rien que du moyen âge, soit dans son église des xiii® et xiv® siècles, soit dans les ruines du château, qu'au commencement duxvi® l'amiral Bonnivet avait fait construire, et qui fut démoli à la fin du dernier siècle. L'église de Saint-Aventin (33) était en dernier lieu à la collation de l'évêque de Poitiers. Elle paraît dès l'an 938 et en 974 sous le vocable de saint Pierre, et le premier document où se rencontre celui de Saint-

(a) Redet» uh, swp,, p. 130.

(6) Vindoj^erCi Vendavria^ Vandauriunti dans Tancicn Mîrebalals.

Aventin, ne date que de 1728 (a). Dans ces mêmes temps, quelques portions de terre étaient prises dans la ville et dans une ferme de Vendeuvre pour être donnée à Téglise de la Résurrection que venait de fonder un chanoine de Poitiers, nommé Frotier, et sans doute neveu de Pévêque de ce nom que nous verrons introniser en 900 (^).

Vendeuvre était, avant 1790, de Tarchiprêtré de Dissay, de la châtellenie* et de la sénéchaussée de Poitiers.

Une villa ayant nom les Acqueducs (aquœ ductus), était située aussi dans la viguerie de Sauves, et ne devait pas être loin de Vendeuvre. C'était sans doute une portion de Pacqueduc romain qui portait à Poitiers les eaux de Fontaine-le-Comte ou de Fleury.

Gragon (34), autre villa établie sur la Vandelogne (35), avait en 932 une petite église en bois du vocable de'saint Sauveur. Elle appartenait à une noble dame nommée Oda, mère de Pierre I®% évêque de Poitiers, qui la donna avec toutes ses dépendances aux moines de Saint-Cyprien. Ceux-ci s'en firent un prieuré, lequel fit partie jusqu'à 1789" de la paroisse de Sauves. On remarque sur cet acte, outre la signature de Tévêque, celle du viguier de Sauves, nommé Adalard, et de celui de Poitiers, nommé Maingaud. Ainsi Poitiers avait alors un viguier pour suppléer par une juridiction inférieure à ce que n'auraient pu faire les autres justiciers d'une ville où affluaient en dernier ressort toutes les affaires de litige quelconque. Cette même Oda et son mari Isembert, père de l'évêquo dont nous venons de parler, avait donné, en 932, à un certain Joseph le droit de construire un moulin sur la rivière et dans la villa de Gragon. On voit par cette charte que leur fils Pierre, qui devait être plus tard évêque, n'était encore que le prévôt du Chapitre (o.

Villa des Aqoediici.

ViOa de Gn(«*

(fl) Redet, Didionn., p. 431.

(b) D. Martenne, Thés» Anecdot,, not?., I, col. 69. — Dufour, Ancien Poitou, p. 272. — Cariul. de Saint-Cyprien, p. 59.

(c) Cartul. de Saint-Cyprien, p. 89, 90 et suiv. — Besly, Comtes, p. 218. — Ecesq., p. 50. — D. Fonteneau, VI, 218.

u villa des Gotbs. Quelle était cette villa des Goths, indiquée encore comme étant de la viguerie de Sauves, et que La Fontenelle a cru être Gouex, dans le canton de Lussac? Outre que Lussac, peu considérable alors, était de la viguerie de Sillards, il semble d'après toutes les chartes où il est question de Goix ou de Gouex, que nulle part on n'a désigné cet endroit par le nom que le docte auteur lui attribue ici. Nous croirions difficilement que, comme il le pense, ce nom laissât supposer une certaine agglomération de Wisigoths restés là tranquillement après leur défaite de Voulon, quand toutes les histoires constatent que tous, après la mort d'Alaric, n'eurent rien de plus pressé que de s'enfuir vers les Pyrénées (36). Le lieu en question n'est donc plus connu, et pourrait peut-être apparaître utilement pour l'histoire locale ,à qui le chercherait dans les débris de son passé. Ainsi nous devons noter que dans un acte dont nous parlerons ci-après, et qui se rapporte à un don fait à Nouaillé, que le lieu dit villa Gotorum a une pêcherie et un moulin. Cette double indication, la pêcherie surtout, ne peut guère se rattacher qu'à la Dive, qui coule vers le couchant de Saint-Jean de Sauves, ou au Prepson, ruisseau qui arrose vers l'orient la même commune de Saint-Jean. Cette indication pourrait aider aux recherches sur cette question.

PtfoiiMsdeGoMDe La paroissc de Guesnes (37), prés Monts, sur la Briande (38), relevait aussi de la viguerie de Sauves. Elle fut donnée à l'Ordre de Fontevrault, qui, en 1106, y commença la construction d'un prieuré de Notre-Dame sous

EideDereé. Ics auspiccs du B. Robert d'Arbrissel. Elle eut aussi une église de Saint- Jean-Baptiste, reconnue seulement comme chapelle annexe de l'église voisine de Dercé ; on n'en fit une paroisse que lors du Concordat de 1801. La cure et le prieuré dépendaient de Fontevrault, dont l'abbesse y nommait. Dercé, qui touchait à Guesnes, a une église construite à l'écart, et s'entoure d'un cimetière qui a donné de fréquents spécimens de sépultures gallo-romaines. On distingue à peine dans sa construction des vestiges informes

du XI® siècle, puis dans le clocher et le chœur des témoignages des XII® et xv®. L'ancienne église prieuriale de Guesnes est insignifiante, ayant été ruinée, puis rebâtie sans prétentions après de grandes pertes qui firent aller à Péconomie. De tous nos Fouillés , on ne trouve que celui de 1782 qui en fasse mention (<j).

Quelques autres petites localités aujourd'hui ignorées, peuvent passer inaperçues, n'intéressant en rien notre histoire. Reconnaissons maintenant ce qui se rattache à la viguerie de Colombier dont le chef-lieu nous a déjà occupé.

On croit que cette circonscription vicariale s'étendait de^Xmblîrl!-*LÎ jusque assez prés de Vendeuyre. Beaucoup d'endroits qui "«"'^^^^^''yrelevaient d'elle sont difficiles à reconnaître. Il y a cependant sur le territoire même de Vendeuvre et dans la viguerie de Colombier le Ueu de Boussay (39), villa qui fut donnée, en 993, à Saint-Cyprien par Adelard et sa femme Aldeburge, avec toutes ses dépendances et sans en rien réserver ; puis lePouetc*), de la commune de Saint-Genest , mal indiqué upomi. tantôt dans la viguerie de Sauves, tantôt dans celle de Colombier; puis une autre villa dont Albert, ami du monastère, donne une portion à complant, c'est-à-dire avec condition d'y planter des vignes dont le donateur partagera l'usufruit ; et enfin Signy (c), autre possession des mêmes '^'^^' époux Adelard et Aldeburge, où les mêmes religieux reçoivent quatre arpents de terre.

On voit combien tant de donations enrichissaient la célèbre abbaye. N'est-ce pas une preuve avec tant d'autres du même genre, qui se renouvelaient partout, que ces saintes maisons étaient aussi utiles que vénérées? n'était-ce pas également un témoignage de la foi de ces temps où les croyances étaient si profondes, où la religion ne s'exerçait ni sans la charité, ni sans une réelle estime de la perfection

(a) Redet, p. 205. — Beauchet-Filleau.

(b) PoziacuSy canton de Lencloître.

(f) Signiaco, commune de Vendeuvre, canton de Neuville.

chrétienne? Ne voyait-on pas clairement que la constitution de cette société française se posait sur des bases bien solides, puisque ces dons mêmes alimentaient les travaux des champs, devenaient souvent un placement fructueux, rattachaient entièrement les familles et les communautés par des liens d'affection et de reconnaissance, et formaient la France en groupant autour des abbayes et des prieurés ces villages qui devinrent en si grand nombre des villes florissantes et des centres d'industrie, de commerce et d'activité sociale?

tJîî m!S%"to ^^ commencement de l'année 877 fut signalé par de nou- Nonnaiids. vcUes courscs dcs Normauds, et le Poitou souffrit plus que

jamais de leurs fureurs sanguinaires. C'est que, à mesure qu'on les payait d'un côté pour avoir la paix, d'autres hordes, et souvent les mêmes qui avaient rançonné une province, se portaient aussitôt ailleurs, et c'était toujours à n'en pas finir ! Les incorrigibles brigands commençaient à comprendre parfaitement leur géographie de la France, et pénétraient vers les lieux jusque-là inaccessibles à leurs élans. Le vieux manuscrit dont nous avons parlé, et qui raconte minutieusemant, à une époque encore très rapprochée de ces ravages, quels soins on prit pour leur soustraire les reliques et les trésors des églises, nous a laissé des détails fort attachants à ce sujet. A Paris, au Mans, à Tours, à Orléans, à Bourges, villes encore frappées par le fléau, on s'ingénia à multiplier les cachettes. A Poitiers, l'église de Saint-Hilaire, rapidement reconstruite en bois et en moellons, reçut tous les objets précieux des églises des environs; on en fit autant à Sainte-Radégonde, également renouvelée : tout fut enterré près des corps saints de l'évêque de Poitiers et de la reine de France ; et il paraît que ce fut une profitable protection, car cette fois les deux basiliques furent épargnées. La Vendée souffrit beaucoup, et quand Luçon et Saint-Michel-en-l'Herm, qui furent saccagée^ de fond en comble, sentirent les approches de l'ennemi, les moines transportèrent tout dans la chapelle

du château. de Thouars, et y ensevelirent leurs trésors sous Pautel, t là où le prêtre tient ses pieds quand il chante la messe. » (40) A Saint-Maixent, les vases sacrés et reliquaires furent déposés sous Pautel de la crypte de Saint-Léger. Ainsi partout Pépouvante inspira des précautions qui réussirent, et les pertes à peine réparées furent évitées; mais le massacre et le pillage de tout ce qu'on n'avait pas pu mettre à Pabri n'en laissèrent pas moins de toutes parts les vestiges sanglants et enfumés (a).

Le Sud de l'Aquitaine n'était pas moins infesté. Toute la Le payi partie médiane de ce pays traversée par la Garonne était occupée, et ce fut une des considérations qui décidèrent le pape Jean VIII à transférer Frotier de Bordeaux à Bourges, t sa province, disait la lettre apostolique, étant devenue entièrement déserte par suite des courses des païens, b (b) • A cette même époque, notre grande province éprouva une sérieuse modification. La partie Basque de l'Aquitaine méridionale où gouvernait au-delà des Pyrénées Sanche, petit-fils de Loup-Centule, se sépara de Pempire Franc. Les Gascons, qui avaient souffert impatiemment de voir leur compatriote exilé depuis trente ans, le rappelèrent pour le proclamer de nouveau duc de leur pays. L'empereur ne fut pas plus consulté pour ce fait que le roi d'Aquitaine : ceux-ci avaient bien autre chose à faire que de s'y opposer. Ils laissèrent ainsi les vassaux s'affranchir du pouvoir royal, et préparèrent par un démembrement de plus Pindépendance prochaine de toute la province en y laissant créer plusieurs petites souverainetés provisoires (c).

Pendant que tout contribuait de la sorte à perpétuer le désordre dans les deux Frances du Nord et du Midi, un *^"«li« autre incident allait contribuer à ralentir, en la divisant, l'action gouvernementale dont l'unité était si nécessaire en

la Fiuce.

Seconde expéditioD contre les SanuUtf

(a) PeîgDé de la Court, ubi mpra»

{b) EpisL Joan, viii, ad Carol imperat,, apud Labbe, Concii, in b. ann.

(c) Annal Met. — Chronic. BerHn., ap h. ann.

ces déplorables circonstances. Les Sarrasins, avec lesquels on ne pouvait compter sur aucun traité s'étaient de nouveau alliés avec le duc de Naples'et saccageaient tout jusqu'aux portes de Rome. Le pape Jean VIII écrivit alors à Charles le Chauve, lui rappelant que son titre d'empereur l'obligeait à défendre l'Eglise. Ce prince, déjà très embarrassé chez lui, mais ne pouvant se refuser à une tâche qu'il avait juré d'accepter au besoin, n'hésita pas devant une seconde

DiôiedeQttiercy. expédition. Mais il fallait la préparer, et dans ce but il convoqua une diète à Quiercy. Elle se tint pendant les premiers jours de juillet 877, et l'on s'y occupa d'une sorte de régence, et de l'ordre des affaires intérieures pendant le voyage auquel l'empereur se disposait. Le gouvernement du royaume fut confié à Louis, roi d'Aquitaine, à qui incombait à la fois la tâche difficile de se maintenir contre les attaques à prévoir de ses cousins, contre les conspirations intestines des seigneurs qui n'offraient pas une complète garantie de fidélité, et enfin contre la mort possible de l'empereur, soit que les bruits en fussent faussement répandus, soit qu'elle arrivât en effet pendant l'expédition, car la santé du prince jetait mauvaise depuis quelques mois. On parla aussi de certaines mesures à prendre en faveur des grands vassaux de la couronne, mesures très graves par leurs conséquences et sur lesquelles nous reviendrons afin de ne pas interrompre notre récit; au reste, cette campagne allait se compliquer d'épisodes imprévus que nous ne pouvons indiquer ici que très rapidement, mais qui allait changer la face des choses.

Trahison des gé- L'cmpcreur, parti aussitôt après la diète, avait emmené peu de troupes avec lui, ayant ordonné aux généraux qui devaient le seconder de venir le rejoindre à Pavie, où le Pape et lui se trouvaient déjà quand on l'avisa que Carloman, roi de Bavière, entrait en Italie avec une nombreuse armée. Cette nouvelle était peu rassurante, et le peu de troupes qu'avait l'empereur lui fit craindre aussi bien qu'au Pape d'être surpris sans défense. Il fallut donc

néranx

repasser le Pô, se retirer à Tortone au pied des Alpes, et y attendre Parmée sur laquelle il comptait.

Mais une autre déception l'attendait encore. A peine

avait-il quitté la France que les quatre généraux qui devaient

le suivre et qui s'étaient d'avance entendus avec d'autres

I seigneurs pour former une ligue, résolurent de demeurer

j en France avec leurs troupes. C'étaient Boson, duc de

i Provence, beau-frère de l'empereur, que cette parenté

n'empêchait pas d'aspirer à l'Empire ; puis Hugues, fils de

\ Robert le Fort, marquis de France et surnommé VAbbéj

\ parce qu'il était abbé laïque de plusieurs abbayes, ce qui

I ne l'empêchait pas d'être un bizarre assemblage de vices

très nuisibles à sa patrie, et de vertus souvent ternies par

une ambition sans repos. Nommons aussi Bernard, comte

d'Auvergne, que son passé avait rendu suspect, puisqu'on

l'avait saisi en 864, à la tête d'un complot contre la vie du

roi et celle de Robert le Fort ; et enfin un autre Bernard,

II® du nom, à qui Charles avait donné, en 866, le marquisat

de Gothie, et qui était aussi comte de Poitou. On voit que

si ces gens-là conspiraient, ce n'était pas faute d'ingratitude.

Mais l'histoire doil-elle plaindre un souverain qui s'était

plu à mettre toujours au premier rang, et qui honorait

encore de telles charges, des hommes qui l'avaient déjà

trahi tant de fois ?

Le Pape et l'empereur se voyant ainsi dépourvus des up«peetrempeforces sur lesquelles ils avaient compté, se retirèrent à la hâte : l'un à Rome, l'autre à S*-Jean-de-Mauricnne en Savoie, d'où il se disposa à rentrer chez lui. Une bizarrerie comme on en voit peu signala cette retraite : c'est que le roi de Bavière s'enfuyait lui-même précipitamment sur un faux bruit que l'armée française avec tous ses généraux avait rejoint l'empereur et se dirigeait à marches forcées vers son camp. Un autre point de ressemblance, c'est que les deux princes tombèrent tous deux malades dans leur fuite, mais ils différèrent l'un de l'autre en ce que Carloman se rétablit et que Charles devait en mourir.

Moridecaiariesie En effet, il SG Sentit pris d'une fièvre de fatigue dont le

Chauve.

caractère ne semblait pas dangereux. Il avait même continué son voyage jusqu'au mont Cenis, lorsque Sédécias, médecin juif, en qui il avait confiance, gagné sans doute par les conspirateurs, lui administra une poudre vantée par lui comme un remède héroïque, et qui fit sentir en quelques heures ses funestes effets. Le prince en devint si malade qu'après le passage de la montagne, il fut obligé de réclamer, dans un village nommé Brios, l'hospitalité d'une chaumière où il expira après onze jours de souffrances, le 6 octobre 877. On ne douta pas que le poison n'eût mis fin à ses jours, en voyant le caractère de subite décomposition dont son corps fut affecté bien avant son dernier soupir.

Ce prince n'avait que cinquante-cinq ans, il en avait régné trente-huit sur le trône de France, et n'était que dans la seconde année de son empire.

soBCtficière. Somme toute, ce fut un roi de peu de valeur, et ce que

nous en avons vu persuade difficilement qu'il y eût en lui l'étoffe d'un véritable monarque. Sa vie fut traversée par sa faute d'événements qui réunissent plutôt sur lui les sévérités que l'indulgence de l'histoire. D'un caractère peu élevé, il ne sut pas sç garder contre cette malheureuse passion des honneurs et du pouvoir qui trompe si facilement un prince, et lui persuade que sa position autorise tous les caprices de sa volonté, toutes les aspirations de son orgueil, et qu'on peut les satisfaire au mépris de l'honneur et de la justice. Ses fautes d'administration, sa politique inhabile, ses entêtements maladroits prouvent trop qu'il n'eut jamais ce coup-d'œil qui est le génie du commandement et qui aide il discuter et à prévoir. Il eut pourtant de l'esprit, sans que le jugement le servit assez; il aima les* lettres, les arts, les sciences, tels que son siècle en avait le sentiment ; il les favorisa, et il comprit très bien que leur progrès tenait beaucoup à la multiplication des monastères dont il prétendait faire autant de foyers de lumières et de centres de civilisation. On cite de son temps un assez grand nombre

de ces beaux manuscrits à miniatures qui n'ont plus de prix dans nos dépôts publics, et qui sont les précieux restes de son époque , parce que leur iconographie nous donne en même temps les plus exacts spécimens du costume, des meubles, des constructions et de la littérature cultivée alors. Heureusement pour ces vénérables débris, que leur reproduction est assurée par les découvertes de Part moderne dont les merveilleux procédés le disputent pour la fidélité de la copie au mérite des originaux (41).

A propos de cette mort et du juif qu'on en accuse, il est u médecine a ceiie bon de nous faire une idée de Part de guérir tel qu'on le pratiquait alors. C'était l'abandon de tout ce qu'il y avait eu jusqu'au iv® siècle de scientifique et de raisonné dans le diagnostic des maladies et les moyens d'en préserver ou d'en guérir. L'empirisme, ressource des ignorants et trop souvent complice des crimes, ■ avait remplacé les théories fondées sur la pratique des anciens et l'application des remèdes naturels. Depuis le viii® siècle, des écoles s'étaient formées en Espagne où les Arabes avaient vulgarisé les livres d'Aristote, d'Hippocrate et de Gallien (a). Mais là aussi s'étaient introduits les Juifs, race nativement hostile aux chrétiens de tous les pays, et les auteurs modernes qui les ont étudiés à la lumière des dernières révélations jetées dans l'histoire par leurs agissements , ne laissent pas douter que ces docteurs répandus en aussi grand nombre en Europe ne s'y fussent prodigués qu'au profit de leur système de haine active et irrévocable (*). Accoutumés à se glisser partout sous les apparances d'un zèle utile, et couverts par le mystère de leurs associations secrètes, ils crurent bon de se faire accepter et protéger partout, et le grand politique Charlemagne leur donna sa confiance, accréditée sans doute par leur application aux sciences qui lui plaisaient, jusqu'à adjoindre un juif aux ambassadeurs

(a) Noël, Dictionnaire des angines, Vo Médecine, II, 582. (5) H. Tabbé Chabauty, les Juifs nos maitres^ p. 59 et suiv. — M. Drumont, la France juive, I, 146.

envoyés par lui au calife Aaroun-al-Raschild. C'est de la même façon que Sédécias s'était fait attacher à Charles le Chauve.

La thérapeutique de ce médecin, comme celle usitée par tous ses collègues contemporains, consistait ordinairement dans la simple inspection de certaines sécrétions. De là se tiraient les pronostics qui déterminaient le choix des remèdes habituellement très simples, et propres en beaucoup de cas à combattre la cause des maladies ou à en prévenir la persistance ou le retour. C'étaient de vieilles doctrines, comme l'emploi des amers contre la fièvre, mais qui ne pouvaient être qu'insuffisantes contre des maladies organiques ou des affections compliquées sur lesquelles le • défaut d'observations anatomiques devait avoir une influence très nuisiblora). En réaUté, la médecine pratique et officielle se bornait donc à peu de chose : elle n'était guère, de la part des. Juifs surtout, qu'un charlatanisme intéressé, et trop souvent, comme nous venons de le voir, un moyen criminel de satisfaire à de mauvaises passions.

Heureusement cette spécialité ne leur était pas exclusivement réservée. On pense bien que dans les abbayes et les prieurés l'art de guérir n'était pas négUgé, et il semble qu'il devait y avoir plus de succès, inspiré d'ailleurs par une charité désintéressée, que chez des gens qui ne donnaient rien pour rien et se réservaient essentiellement le soin du prince et de ses seigneurs. Le prêtre, dans ses rapports si intimes et si continuels avec le peuple, avec les pauvres et les serfs, restait dans son rôle de pasteur, et ne soignait pas moins le corps que l'âme. Fulbert, évêque de Chartres vers ce temps-là, et Hildegaire de Limoges, aussi bien que le fameux Gerbert de Reims, étaient célèbres par leurs connaissances dans l'art de guérir, et s'y appliquaient avec autant de discernement que de dévouement religieux. Nous ne tarderons point à voir qu'en certains cas graves, des

(a) Noël, \o Anaiomie*

moines surent montrer contre de douloureuses maladies une expérience qui les soulagea. Cette profession de la vie solitaire et studieuse ne pouvait manquer de favoriser les réflexions attentives et l'emploi raisonné de moyens curatifs qui, du reste, n'étaient pas interdits aux laïcs et aux hommes du monde, mais qui devaient réussir beaucoup mieux à ceux qu'un devoir de conscience ne portait pas seulement à faire le bien, mais persuadait toujours de faire mieux (<i).

{a) Cf. Pelrus Malleac, apiid Labbe, Biblioth, nov., Il, 226. — Dom Rivet, Hist. mth\, VI, p. 25, 4i, 65.

^p?T?eçp^çrrr?-

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lOTES DU LIVRE «XV

Baronius, Continuât. Annal, Eceles.} ad h. ann. ; — ConeiL DuiiaCj apud Labbe, VIII ; — Longueval, qui raconte au long toute l'affaire, VIII, p. 67, 89; — et surtout Rohrbacher, XII, 316 et suiv. — Mauléon a écrit de toute cette affaire sans avoir cherché les véritables sources. (V. Carlov., II, 292).

Note 2

D. Fonteneau, ub. sup,; — Calendrier du Chapitre, slvl 5 septembre; — notre Hist. de la Cathédrale de Poitiers y II, 56. — Après la reconstitution des Chapitres, à la suite du Concordat de 1802, les nouveaux statuts du Chapitre de Poitiers avaient établi, en souvenir de ces synodes capitulaires, où se traitaient aussi, en des assemblées particulières des chanoines, les affaires du régime intérieur, que chaque année, le jeudi qui suivrait la fête patronnale de la cathédrale un Chapitre général serait tenu où seraient convoqué les chanoines honoraires, avec assistance du bas-chœur et de tous les serviteurs de TEglise. C'était une occasion de renouveler des avis utiles, de rappeler les règles à'suivre, de redresser des torts ou des abus et de maintenir la dignité du corps. Le cardinal Pie, qui, dans son administration, n'attachait guère d'importance qu'à ce qui lui était personnel, eut soin de laisser tomber cet usage, en faveur duquel ni le Doyen ni le Chapitre n'ont songé à réclamer.

Note 3

L'abbaye de Brioude, Brivas, fut fondée au diocèse de Saint-Flour, vers 640, sous le vocable de saint Julien, solitaire, qui y fut martyrisé sous Dioclétien. Le petit hameau devint par là une ville longtemps célèbre par les reliques du saint. C'est maintenant une soos-préfecture de la Haute-Loire, ayant 6,000 habitants, des restes de monuments qui rappellent son importance sous les Romains, et surtout un beau pont d^une seule arche sur l'Allier.

Note 4

Ce dut être entre 874, où commença l'abbatiat de Frotier, et 888, où Adalgaire lui succéda.

Note 5

Beaulieu en Turenne, abbaye de Bénédictins, fondée par Raoul de Turenne, archevêque de Bourges, seigneur de la châtellenie de ce nom, où naquit un des plus grands capitaines de la France. Beaulieu n'est plus qu'une petite ville de 2 à 3,000 âmes, sur la rive droite de la Dordogne.

Note 6

Corbion, Sanetus Launomarus Corhionensis, était le nom du premier monastère construit à Corbion en 562 ; — Sanetus Launomarus Blesensis devint le nom nouveau qu'on traduisit par Bellomer, à cause de sa situation pittoresque. (Jules Marion, dans V Annuaire de VHistoire de France, 1838, p. 144.)

Note 7 Le poids d'argent équivalait à la livre, déjà partagée alors, et depuis Charlemagne, en vingt sous. C'était une monnaie de compte aussi bien que ]a livre d'or. Il est très difficile, au reste, comme nous l'avons dit souvent, d'évaluer, d'après nos monnaies actuelles, le sens de ces divers termes, avec lesquels on n'arrive jamais qu'à des sommes très approximatives, si on veut les comparer à nos monnaies actuelles.

Note 8

Thénezay, Thenezayum, Taneaeum in pago Tornensi. Aucun endroit connu sous ce dernier nom n'existe ea Poitou non plus, et surtout aucun chef-lieu de pagus. Nous croyons donc que ce mot a été mal copié pour Tlioarciensi. Quant au mot Teneaeum, on pourrait très bien le trouver dans un Tenax, nom propre d'hommes qu'on lit dans les inscriptions antiques. Cette viguerie paraît bien avoir été, vers le ix** siècle, un démembrement de celle de Thouars, dont nous avons vu que les seigneurs inamovibles datent de cette époque. Un peu plus tard, vers 1068, un acte de donation faite à Saint-Cyprien de Poitiers témoigne que la viguerie portait encore les deux noms de Thouars et de Thénezay, et cependant en 965 Thouars est encore cité à titre de viguerie particulière, comme si Thénezay n'avait pas eu la sienne dès 916, et très probablement à la fin du siècle précédent [Mém, des Antiq, de l'Ouest, V, 403 et suiv.). Sans doute alors la grande seigneurie qui était devenue une vicomte parut trop vaste pour n'être point partagée en un certain nombre de juridictions secondaires. Thénezay devint l'une d'elles ; et quoique la première n'en fonctionnât pas moins pour son propre compte, la seconde dut avoir aussi un mouvement proportionné à

son étendue. Cette étendue, sans que nous puissions rien déterminer de bien sûr à cet égard, s'épanchait néanmoins à une assez vaste distance de son chef-lieu.

Note 9

Vasles, ValeriuSj Vallès, de Vallibus, aujourd'hui chef-lieu de canton des Deux-Sèvres. Vasles devait son nom à sa position dans une longue vallée. — L'acte de 942 était de Guillaume III de Poitou. Plus tard, sans que nous sachions à quelle époque, cette propriété passa à l'abbaye de Sainte-Croix, qui y créa un prieuré avec une cure, J'un et l'autre dépendant de l'Abbesse. Un des chanoines de Sainte-Radégonde, mort en 1440, en était prie'ur et curé lorsqu'il mourut à Poitiers et fut enterré sous le porche de la collégiale, où se ht encore son épitaphe en lettres gothiques à la base de la tour du clocher. Denys Généreux et le Riche, qui nous ont laissé chacun son journal des événements qui agitèrent la Vendée pendant les guerres de religion, racontent qu'en 1576 François Gendrault, écuyer, sire de la Vauguyot, capitaine protestant, s'était renfermé avec une troupe de ses adeptes dans le château de Masseil, aujourd'hui détruit, aux environs de Veuille et de Vasles. De là il détroussait les voyageurs, les assassinait froidement après leur avoir fait payer une énorme rançon. C'est pour un fait de ce genre que ledit de Vauguyot fut pendu à Lusignan le même jour qu'on exécuta à Saint-Maixent un de ses complices, Jean Macouin, qui était de Vasles. — Outre le prieuré, la communauté de Sainte-Croix possédait non loin du bourg des bois connus encore sous le nom de Bois-del' Abbaye, à deux lieues au Sud-Ouest de l'église. Vers la fin du XII* siècle, ces bois furent saisis par Richard Cœur-de-Lion, qui ne se faisait faute de remédier à ses folles dépenses par des usurpations de toutes sortes. Après la mort de ce prince en 1199, Eléonore d'Aquitaine, sa mère, sut faire diversion aux goûts peu louables de son autre fils, Jean-sans-Terre, en le dominant assez pour reprendre l'administration du pays et réparer beaucoup de ses injustices, et entre autres celles subies par la célèbre communauté de Poitiers. Etant, en 1199, au château de Montreuil-Bonnin, elle y ordonna, par lettre du 5 mai, la restitution à l'abbaye des bois injustement détenus, en dépit d'une possession incontestée pendant plus d'un siècle. — L'église de Vasles est du vocable de sainte Radégonde.

Note 10 La Palu; cette petite rivière a sa source près de Rochefort, maison rurale de la commune de Mirebeau, et se jette à 27 kilom. I de là, vers l'Est, dans le Clain, après avoir traversé les communes

de Blalay et de Chéneehé dont nous venons de parler. On la nomme dans un acte de 1329, Riparia de Palude.

Note 11

Saint-Séverin de Milly. Ne pas le confondre avec Villa-Miliaco, qui est Saint-Jouin de Milly, canton de Cerizay, arrondissement de Bressuire, qui est encore, dans les Deux:-Sèvres, une paroisse du diocèse de Poitiers (Vienne).

Note 12

Cependant, pour oompléter ici, autant que possible, nos renseignements géographiques, nous donnerons quelques idées, réduites à la simple valeur que le lecteur voudra bien leur accorder. Ainsi, La Fontenelle [Mém. des Antiq. de l'Ouestj V, 403 et suiv.) indique de plus, parmi les localités qu'il a classées dans la viguerie de Thénezay, Dominiacaius, que nous abandonnons volontiers, faute d'analogues, comme ayant pu se perdre à travers sept eu huit cents ans d'obscurité. Mais Nogeriolo ne serait-il pas le village de Nouzière, dans la commune d'Ouzailles qui borne notre viguerie an Sud et appartient au canton de Mirebeau? Murliacus ne pourrait-il pas être ce Marigny du canton de Neuville, devenu une commune appelée Marigny-Brizay, et dans les chartes Margniaeo, Margnee et Marîgnecf — Enfin le Puziacus Qn' on abandonne trop facilement n'est-il pas ce village de Puzé dans la commune de Champigny-le- Sec, dont parle le Cartulaire de Saint-Cyprien, p. 87, et qui y figure plusieurs fois du xi® au xvi« siècle?

Note 13

Trenorchium ou Tenurtiurrij eastrum Trinoreiense, est aujourd'hui Tournus, chef-lieu de canton de 6,000 âmes de Saône-et-Loire, au diocèse de Châlon. Nous aurons occasion d'en reparler. Disons toutefois dès à présent que du temps de Grégoire de Tours, c'est-àdire au VI* siècle, il était déjà appelé Castrum Trenorchium, puis Tinureium, ensuite Tornuaium, d'où est venu le Tournus actuel, qui a gardé une forme latine en dépit de ces multiples transformations antérieures. Cette épithète de Castrum indiquait une ville forte, qui avait un gouverneur romain cité sous le nom de Préteur dans des actes de saint Marcel, qu'il fit enterrer pendant trois jours jusqu'à la ceinture. C'est sur le lieu de ce supplice que fut élevé le monastère de Tournus. (V. Greg. Turon., de glor. Martyr, j c. un et nv, — et Adrien de Valois, Noiitia Galliarum,)

Note 14

Il y a en Vendée une paroisse de Saint- Prouent, dans le canton de Chantonnay. En 1048, Tabbé de Saint-Jouin y présentait. (Voir Pouillé de Luçon, par Tabbé Aillery, p. 100.) — On peut conclure des variantes subies par le nom de Saint-Prouent, que ce pourrait être le même qui d'abord fut connu sous celui de Prudentius.

Note 15

Cf. Longueval, VIII, 105; — Daniel, II, 473; — Mézeray, I, 535; — Mauléon, II, 299. — Personne de ces historiens n*a pris le soin d'exposer les choses de façoji à bien faire comprendre comment Jean VII avait dû reconnaître en Charles le Chauve un droit auquel ses neveux venaient de renoncer par le fait, et qu'il s'agissait alors du salut de l'Italie, outre les avantages de l'Ëglise.

Note 16

Les Bollandistes font observer avec raison que ce Renaud ne se trouve pas dans le catalogue des Ducs de France; mais Guillaume de Jumièges le mentionne dans sa chronique à l'année 876, où il fut tué dans un combat contre les Normands. Il faudrait donc l'ajouter à la liste de ces hauts barons, parmi lesquels on trouve une longue lacune de 866 à 955 pour le Maine et de 866 à 898 pour le duché de France. (V. Art de vérifier les âaéeSj t. IX, p. 210, et XIII, p. 86.)

Note 17

La villa de Régnac (V. Bolland,, 21 octobre, p. 818). — On ne sait plus où était cette villa, qui pourrait être aujourd'hui ce village de Rigny dépendant de la commune de Chaunay, près Loudun, et qui devait être une cure du Chapitre de Sainte-Croix de cette ville.

Note 18

Ponthion, Poniiniaeum, est sur la Marne, près de Vitry-le- Français, canton de Thiablemont, et n'est plus qu'une localité de peu d'importance avec 3 ou 400 habitants.

Note 19

Voir dans Rohrbacher, t. XII, p. 339 de son Histoire ecclésiastique, Tétonnante variante qui se trouve entre Mabillon et le Père Labbe dans le récit de ce qui se passa à ce concile. Entre gens dont la bonne foi ne peut être suspectée, de telles divergences ne doivent

résulter que d'éléments dont on avait eu intérêt à fausser la nature. Et qui pouvait y être plus intéressé que Charles le Chauve t Les détails dans lesquels nous entrons ici le prouvent du reste.

Note 20

Besly, Evesques, p. 35. — On trouve dans le Cartulaire de Saint- Cyprien plusieurs chartes mentionnant des dons considérables faits vers 936, à ce monastère, par Frotier II, qui le releva et Tenrichit. Cette même chapelle de Saint-Maixent est citée parmi les fonds donnés à Tabbaye, et on ajoute qu'il l'avait achetée à Bertrade, sa mère. Pour concilier ces dates avec celle où nous voyons ici que Saint-Maixent-le-Petit est doté par Ingenald en 876, après avoir été donné antérieurement par Frotier, il faut bien que ce Frotier soit le premier du nom. On doit donc supposer que ce fonds de Saint-Maixent-le-Petit, après avoir appartenu à Frotier I*% avait passé à Bertrade, et que celle-ci l'avait revendu à Frotier IL

Note 21

Dès cette époque, la dignité primatiale existait, et était devenue pour les Papes un moyen de surveillance plus actif sur le plus grand nombre des évêques et même des métropolitains. Le primatiat de Bourges s'exerçait sur les trois Aquitaines et donnait au titulaire une juridiction de haute importance.

Note 22

Cette position d'administrateur du diocèse de Poitiers n'avait jamais donné à Frotier l'évôché de cette Eglise, et Dreux du Radier l'a placé à tort, aussi bien que quelques autres historiens, le quarante-sixième de ces prélats, au nombre desquels il n'a aucune raison de figurer. Donc nous suivons l'ordre adopté par nous en indiquant Ecfroi comme le quarante-quatrième. C'est par la même raison que nous ferons observer dès à présent que le Frotier qui succéda à ce dernier en 900, et qu'on a mal nommé Frotier II, n'a pu tenir ce rang, puisqu'il n'a pas eu en réalité de prédécesseur de son nom. Et pourtant nous le lui laisserons pour éviter toute confusion dans notre récit avec l'habitude qu'en ont prise plusieurs de nos devanciers.

Note 23

Neuville, Nova Villa, à quatre lieues au Nord-Est de Poitiers. — C!est Neuville de Poitou, pour le distinguer de beaucoup d'autres.

Note 2 k

La Grisse dépendait elle-même de la baronnie de Mirebeau. C'était déjà une seigneurie au xi® siècle, car on trouve en 1080 un Roberius de Griseia et un Wido (Guy) de Griseia dans les cartulaires de Saint-Hilaire et de Saint-Cyprien. (V. Redet, Diction, topog.j p. 102.)

Note 25

Frontenay, Frontaniaeum, canton et à une lieue de Moncontour (Vienne), paroisse de 600 âmes, du vocable de Saint-Pierre. L'église pourrait être de cette époque, dont elle conserve le caractère, quoique en très mauvais état, après plusieurs remaniements très mauvais. Son nom indique une origine gallo-romaine, sans en laisser voir aucun vestige. Son plus ancien titre est de 889, où Frontenay figure parmi les terres assignées par Ebles, comte de Poitou et abbé de Saint- Hilaire, aux chanoines de cette abbaye. La cure, avant 1790, était à la nomination de ce Chapitre, seigneur haut justicier de la paroisse. Celle-ci. relevait de la baronnie de Moncontour et de Tarchiprêtré de Mirebeau. (V. pour complément, ci-après, ad ann, 889.)

Note 26

Mazeuil, canton de Moncontour (Vienne), figurait aussi à la date de 1170 parmi les terres données à Saint-Hilaire par Etienne de Furigny. C'était alors un prieuré-cure de l'abbaye d'Airvault. C'est le Masolina, Masol, des chartes des xn** et xiii® siècles, se modifiant en Mazeuil dès le xv*'. L'église, du xii®, a reçu le style de la transition et a dû succéder à une plus ancienne, sous le patronage de saint Hilaire, dont elle semble avoir été une fondation. La Dive arrose, du Sud au Nord, son territoire, occupé par une population de 600 âmes. — Autrefois de l'archiprôtré de Parthenay (Deux-Sèvres), Mazeuil dépendait de la baronnie de Mirebeau, qui avait dans ce bourg une maison inféodée. — A un ou deux kilomètres au Sud de Mazeuil se voient encore de belles ruines bien conservées de la tour des Mées {Metœ, limites), appartenant, en 1329, au fief de Chouppes, laquelle au siècle suivant, passa, par un mariage, dans l'honorable famille de Fouchier, et plus tard aux de Laistres, des comtes de Fontenay. {Bulletin des Antiquaires de VOuest, XIV, 432.)

Note 27

La Baehellerie, C'était une fête populaire où figuraient surtout en des jeux publics de jeunes garçons, dits bacheliers, ou bas chevaliers, parce que, ce jour-là, on leur permettait des divertisse-

ments qui étaient ordinairement ceux de la jeune noblesse. Ainsi le jeu de bague, fort en honneur au moyen âge, et où les cavaliers s'efforçaient d'enlever à la pointe de la lance la bague suspendue à Textrémité de la carrière.

Note 28 •

Colombiers, Viearia ColumbariSj dans le pagus de Châtellerault. Nous en parlerons; mais il faut bien la distinguer d'un autre Colombiers, situé non loin de Lusignan, sur le ruisseau du Palais, et que quelques cartes écrivent CoulombierSj ce que l'administration a maintenu pour éviter la confusion entre les deux.

Note 29

Cuhon, Cuionnum, Cûhonnium, du canton et à deux lieues Sud-Ouest de Mirebeau.

Note 30

Mirebeau, Mirabellunij chef-lieu de canton de la Vienne, comprenant dix communes. Sa population est de 1,200 âmes. (V. Piganiol, Description de la Franeej VIII, 95.) Mais il ne faut pas le confondre avec le Noastrum ou Nocearium indiqué par quelques chartes de ce môme temps comme étant dans la viguerie d'Ingrandes, sur la Vienne, inpago TuronicOj ce qui est Nouastrej canton de Sainte- Maure (Indre-et-Loire).

•Prioraius Sancti Leodegarii de Palude, Ce n'est plus qu'un village de vingt feux à peu près, avec une centaine d'habitants.

Note 32

L'Envigne, Envinea. Cette petite rivière commence dans la commune de Chouppes, canton de Monts, et parcourt 28 kilomètres pour aller se jeter dans la Vienne, à Châtellerault.

Note 33

Honoré le 4 février, et non Avertin, comme l'ont dit quelques Fouillés, ce dernier étant du 25 février ou du 5 mai. — Deux saints Aventin sont honorés le 4 février : l'un, le solitaire, mort en 540, au diocèse de Troyes ; l'autre, chorévôque dans le Dunois, honoré à Châteaudun, et mort en 528, quand il allait être évoque de Chartres. C'est du solitaire que la fête se fait à Vendeuvre, sans doute par suite de la possession de quelque relique.

Note 34

GragoD, GragonuSj paroisse^ de Saint- Jean de Sauves, canton de Moncontoar, a 800 âmes.

Note 35

Vandeloigne, Kadeletie, Viexinone, est le nom d'un village de 200 âmes de la commune de la Perrière (Deux-Sèvres). La rivière a 8a source au fond d'une petite vallée formée par une intersection d'ane chaîne de coteaux, depuis les environs de Champdeniers (Deux-Sèvres) jusque vers la Touraine, en parcourant tout le département de la Vienne, du Sud-Ouest au Nord-Est. Elle se dirige vers TEst, arrose Chalandray, Cramard, Ayron, et se perd dans TAuzance, au-dessous de Chiré en Montreuil (Vienne).

Il y a aussi dans kt paroisse de Saint-Pierre des Eglises, près Chauvigny, un endroit appelé encore la vallée des Gotha, Il doit y CD avoir bien d'autres dans le pays : et ainsi les Wisigoths seraient restés en grand nombre dans le Poitou, ce qui n'est pas admissible. Ce nom vient plutôt de quelque action militaire antérieure à leur départ, ou mieux à quelque défaite dont on ne sait plus les détails, mais qui auraient pu être pour eux en divers endroits un épisode de leur déroute après la bataille de Voulon. Quoi qu'il en soit, on en cherche inutilement aujourd'hui le moindre vestige, et notre docte Redet, dans son Dictionnaire^ p* 582, Y^ Gotorum, le range parmi les lieux inconnus.

Note 37

Guesne ou Gaine, Guaina, et même Vagina de 1124 à 1140, est du canton de Monts, dont il n'est éloigné que de 4 kilomètres à l'Ouest. Il a 800 habitants.

Note 38

La Briande, Briandia, Brianda^ surgit près des Roches-Longefont, commune de Saire, dans le canton de Monts, passe près Guesne, et va se jeter dans la Dive, sur le territoire de la commune d'Arçay, après 24 kilomètres de cours.

Note 39

Boussay, Bociacus, village de la commune de Vendeuvre, ancien fief relevant de la châtellenie de Chéneché, parait dans des actes de 938, différente des Grand et Petit Boussay, deux hameaux de la

commune de Béruges qui relevaient de cette seigneurie, et dont le premier (le Grand-Boussay) appartenait à l'abbaye de Fontaiaele-Comte.

E furent ains équi or li prestres tent ses pies quand il chantet la messa. (Peigné de la Court, les Normands dans le NoyonnaiSj p. 95.)

Note 41

On sait quelles magnifiques reproductions a faites des miniatures des manuscrits du \* au XVI^ sièelej le docte et regretté comte de Bastard, qui les publia, en treize volumes in-f», avec une perfection jusqu'alors inconnue. D'énormes dépenses furent faites poUr ce chefd'œuvre, qui fut commencé avec une subvention de 7(X),0(X) francs. Un petit nombre d'exemplaires complets ne purent être acquis qae par les souverains et les bibliothèques publiques des capitales. Un si remarquable travail suffirait dans l'avenir à la gloire de son auteur, qui y dépensa avec une grande portion d'une fortune considérable, les meilleures et les plus nombreuses années de sa vie. Cette vie fut prolongée, jusqu'à une extrême vieillesse, en des veilles incessantes et toujours fructueuses. Mais combien de titres aux regrets de ses amis le digne savant ne s'était-il pas acquis par ses vertus chrétiennes, par ses qualités sociales, la loyauté de son cœur, l'aménité de son caractère et la sûreté de ses affections!... En nous confiant le soin pieux d'écrire la biographie de ce noble descendant d'ane illustre race, sa famille savait bien comment nous nous y sentions porté, et nous nous plaisons encore à rendre à cette mémoire vénérée un hommage qu'exige une amitié de trente années, et qui se montra maintes fois si empressée à seconder à notre profit des études qui nous étaient communes.

Une plume habile et des plus compétentes, celle de M. Léopold Delisle, conservateur général de la Bibliothèque nationale, a publié un Catalogue analytique des collections de M. le comte de Bastard d'Estang, où l'on s'étonne de tant de richesses littéraires et artistiques rassemblées par les infatigables efforts d'un seul homme, et signalées très utilement à la science par un savant qui s'est fait ainsi son digne collaborateur.

QS^pO

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