‹ Histoire générale civile, religieuse et littéraire du Poitou. 3Chapitre 8 sur 25 · LIVRE XXXVI · texte numérisé non relu

LIVRE XXXVI

Depuis l'avènement au trône de Lours lk Bègue, jusqu'à la mort de Charles le Gros

(De 877 à S88)

PRÈS la mort de Charles le Chauve, on vit clairement quel but avait eu la conspiration des seigneurs contre ïui. Ce pritice avait eu l'énorme tort d^exciter leurs ambitions en 511 donnant à chacun d'eux, avec les fiefs dont il les nantissait, des privilèges et des droits qui, n'étant d'abord que des concessions temporaires, les avaient accoutumés à s'élever à ses dépens. Sans le comprendre asseZj il leur avait ainsi distribué des lambeaux de son pouvoir royal, et plus il les avait multipliés envers ses favoris, bien mal choisis trop souvent, plus il avait diminué la part de sa propre couronne. Les choses en étaient venues à ce point que les sujets avaient pensé à réduire le prince à leur niveau, ne voulant pas que le roi fût plus dans la monarchie que chacun d'eux. Ils entendaient bien lui laisser le titre de roi, mais aussi devenir eux-mêmes des princes non moins indépendants que lui au milieu des vastes et riches domaines qu'ils avaient reçus conditionnellement, et dont ils voulaient jouir désormais sans conditions. C'était

un système de gouvernement qui, en d'autres termes, tendait à réaliser les utopies de libéralisme de notre époque. Tant il est vrai que, pour les ambitieux et les fourbes, les intrigues changent de nom, mais surgissent toujours des mêmes principes et des mêmes calculs.

L'Aqnitaine rénnia Louis Ic Bégue, d'après Ics dispositious de son père, fut investi de tous ses Etats aussitôt après sa mort. Il y eut cela de remarquable quant aux afifaires de notre province d'Aquitaine, dont il avait été roi pendaqt dix ans, qu'elle' fut considérée comme lui .appartenant à double titre. En étant le souverain reconnu, il la conservait naturellement dans son apanage, et par cela môme qu'il devenait roi de France, elle était réunie à la couronne. Cette combinaison n'éprouva aucune difficulté. L'Aquitaine était assez riche, ses belles provinces assez nombreuses pour satisfaire aux appétits des nombreux seigneurs qui en voulaient une part. ; et quoique en décembre de cette année 877, une diète tenue à Compiègne ait proclamé en même temps Louis roi de France et roi d'Aquitaine, ce n'était là qu'une . distinction résultant d'une ancienne coutume, qui ne se maintint pas dans l'avenir. Cet événement va désormais changer complètement la constitution de ce grand pays et de notre existence provinciale laquelle marche à une autonomie de la plus haute importance.

[. Principes fonda- Ici, uous dcvous revenir sur quelques principes adoucis

jT mentaax dn goaver- i x x x

I oemcnt impérial. dès le temps de Charlemagne, et qui se rattachaient aux

I rapports politiques de l'empire avec les royaumes donnés

I • en apanage à ses enfants. Ces principes avaient continué

[ d'être admis sous les règnes suivants pour l'Italie, la

i Germanie et l'Aquitaine. Tous ces Etats formaient un vaste

l ensemble sous la dénomination d'Empire Franc. L'empereur en était le chef suprême. Les autres souverains lui

i restaient subordonnés. Tous les ans ils devaient à leur suze-

f rain une visite de déférence et de soumission, afin de

ç s'entendre avec lui pour le gouvernement général des

i affaires. C'était le but des champs de mars ou diètes ras-

semblés très exactement. Sans l'empereur, les princes ne pouvaient faire la guerre ou la paix ; ils ne pouvaient même se marier sans son consentement. Si une nation ennemie des Francs attaquait un des monarques, les autres devaient le soutenir,* toujours sous la direction de l'empereur. Si l'un d'eux mourait, le royaume, d'après la loi mérovingienne, très sage en cela, n'était point partagé entre ses enfants comme un héritage ordinaire. Il s'agissait du bonheur du peuple, dont l'unité était une des premières conditions, et le pouvoir n'échéait qu'à l'aîné des enfants, élu par ce peuple en assemblée générale. Si les enfants manquaient, le royaume faisait retour à l'empereur. C'était là une suite de mesures marquées au coin de la sagesse et de l'expérience gouvernementale. Tout contribuait donc à ce caractère d'unité sans lequel un pouvoir n'est pas longtemps stable, et c'est pour avoir transgressé ces règles si bien maintenues par Charlemagne, que sa race dégénéra bientôt ; c'est pour cela que, par des abâtardissements successifs, on la vit arriver à une irrévocable décadence. A la fin de ce siècle, une autre cause que nous avons indiquée en quelques mots, et sur laquelle il importe de revenir, vint empirer le mal en faisant à la royauté nouvelle une existence d'autant plus orageuse que des éléments de dissolution s'y multiplièrent sous l'influence d'un régime qui devait diviser au lieu d'unir. Entrons dans ces considérations intéressantes. Elles commenMmentgdif-

ficiles de Louis le Détiennent aux premiers récits du règne de Louis lé Bègue, et m»

nous feront mieux juger des péripéties qui signaleront bientôt notre histoire particulière du Poitou.

La preuve que la dernière conspiration des seigneurs contre Charles le Chauve était moins inspirée par le mauvais gouvernement de ce prince que par l'envie de secouer le joug de sa dépendance, éclata très évidente dans l'opposition que ces mêmes seigneurs firent d'abord à l'avènement de son fils. Toutes les lois existantes favorisaient cette succession. Resté fils unique du roi défunt, rien ne pouvait s'opposer à ce qu'il occupât son trône ; l'élôction en pareil

Intrigues des cour-

tlMns contre loi.

ty

cas ne pouvait même pas être invoquée. Il y avait un roi dont tous les vassaux devaient être les sujets : c'estîe principe de sécurité du régime monarchique, le meilleur de tous en lui-même sans contredit.

Mais le roi avait contre lui avec ce fameux Boson qui menait l'intrigue, surtout Pimpératrice Richilde, sa propre sœur, et enfin, ofutre ceux que nous avons déjà nommés, une foule de seigneurs qui se grossit dés qu'on s'aperçut que la puissance royale était contestée à Louis. Il est vrai que ce pauvre prince n'avait rien de ce qui pouvait le recommander. Déjà âgé de trente-quatre ans, on ne l'avait jamais vu montrer aucune aptitude aux choses du gouvernement ni à la guerre. Son règne en Aquitaine n'avait été p , que simulé, son père ne Ty ayant pas fait séjourner, soit qu'il

\.. redoutât son inhabileté, soit qu'il ne voulût pas partager une

h^ administration dont Louis n'avait que le titre fictif et inutile.

I A cette espèce de nullité s'ajoutait cette infirmité naturelle

qui semblait autoriser une sorte de mépris de la part de ses envieux. C'était là de mauvais préliminaires d'un règne : il ne put en conjurer les effets par aucune ressource qui vînt de lui. Dès qu'il avait appris la mort de son père, il s'était dirigé d'Orreville, maison royale de l'Artois, vers Saint-Denis, où il voulait que se fissent les obsèques royales. Mais il y apprit que, par suite des accidents survenus après l'empoisonnement, le corps n'ayant pu être gardé, on l'avait inhumé à Nantua (1). Alors il continua ce stupide système de générosité, qu'il avait déjà pratiqué avant son départ d'Orreville, et même pendant le voyage, donnant à ceux qui l'entouraient des abbayes, des gouvernements et des terres, afin que ses favoris devinssent de plus chauds partisans de son règne. Mais les joies de telles libéralités furent bientôt troublées, quand il apprit que l'impératrice, Boson, frère de celle-ci, et les autres seigneurs s'étaient confédérés contre lui, et lui faisaient un crime de prodigalités accomplies Ses affidres s'amd- déjà saus Icur participation. Cependant comme l'élection de Boson à la royauté (il était sérieusement question de

liorenU

Extension de la féodalité.

l'y élever), semblait encore un peu prématurée, les conjurés résolurent d'attendre pour reconnaître le monarque, et c'est dans ce sens qu'on lui envoya à Compiègne, où il s'était rendu, des envoyés qui, bientôt, furent suivis de la foule des rebelles devenus tout à coup les plus dévoués serviteurs de ce prince, trahi la veille, et qui reçut ce jour-là leur serment de fidélité. On se hâta de procéder au couronne- nestennnmyium

^ roi et lacré i Gom^

ment. Hincmar, archevêque de Reims, fut le consécrateur. ?**»»«• De son côté, Louis jura de maintenir dans leurs privilèges et dignités tous ceux qu'il en avait comblés ou qui en avaient reçus sous le règne précédent. En cela, le roi ne gagnait rien, et tout était à l'avantage des grands dont l'accroissement allait plus que jamais en profiter.

En parlant de la diète de Quiercy, tenue au mois de juillet de cette même année 877, nous avons promis de revenir sur celles de ses décisions qui touchaient au système féodal. Les principes en étaient posés par les usages suivis jusqu'alors, depuis l'invasion même des Gaules par les races germaniques. Ainsi c'était dès le commencement de la conquête, et dès que les Francs se furent posés définitivement sur le sol envahi, qu'on y vit usitées les lois anciennes de ces peuples, quant à la transmission héréditaire des dignités, des charges honorifiques et des bénéfices. L'assemblée de Quiercy ne fit donc que monumenter un ordre de choses déjà existant. Seulement les usurpations étaient devenues un autre genre de coutume moins légal. On s'était accoutumé depuis Charles-Martel, qui en donna le premier exemple, à inféoder des biens inviolables, comme toutes les propriétés légalement acquises le sont par le droit naturel. On avait abusé de la force matérielle pour se faire un droit contre le droit, et des violations des premiers principes de la jurisprudence s'étaient faites aux dépens des communautés et des monastères qui, ne pouvant défendre leurs domaines par la forcé des armes, s'étaient vus dépouiller de leur temporel dont s'enrichirent des guerriers, souvent coupables de violations injustes, telles que

la guerre en inspire à ses héros. Comme les mœurs de la

barbarie dominaient encore, longtemps après leur conver-

i sion au christianisme, dans ces âmes farouches pour qui

1 toute législation cédait au sentiment de la conquête, il avait

y été facile de passer outre aux plaintes et aux réclamations

des spoliés ; le prince s'était appuyé sur le faux principe

des besoins publics pour s'attribuer les domaines de PEglise.

\ Du temporel usurpé, on avait été jusqu'au spirituel, et afin

F de faire cesser toutes récriminations des abbés privés de

V leurs bénéfices, le titre abbatial, lui-même, était devenu ^ l'objet de fréquentes usurpations ; des généraux devinrent t abbés de Saint-Quentin et de Saint-Hilaire. Il arriva, pour ' conjurer cette nouvelle invasion des barbares sur le [ domaine des moines et des clercs, que des évoques eux- 1 mêmes, en dépit des canons qui avaient autrement réglé

la matière, se virent pourvus de plusieurs bénéfices à la fois, et outre leurs évêchés, possédèrent plusieurs abbayes i que de la sorte ils ravissaient du moins à des intrus. C'est

\ bien là une explication, assez acceptable en certains temps,

\. de la pluralité des bénéfices contre laquelle l'Eglise s'était

\: toujours sévèrement prononcée, et sur laquelle Elle ne ferma

; les yeux bien souvent que pour éviter un plus grand mal.

dewiu'oppoMr! *"* ^^ milieu de ces désordres qui, chaque jour, pouvaient

V mettre la propriété en question, l'ordre public n'avait jamais tant à risquer que lorsqu'un mouvement violent survenait dans l'Etat ou dans une grande famille. Alors, contre toutes les lois et usages reçus, les grands s'arrangeaient pour usurper le domaine des rois ou des voisins plus ou moins puissants ; on conspirait contre un trône ou contre un titre nobiliaire; des bouleversements s'en suivaient, tels que nous en avons vus si souvent autour du trône où l'hérédité était mise de nouveau en question, au grand détriment de la paix publique et au risque des plus nécessaires

i- institutions.

\ diawTuXme^i C'était à ces dangers qu'il s'agissait de porter obstacle,

1^^ la hiérarchie féodale, quand Charles le Chauve se décida à passer en Italie. Sa

propre expérience pouvait lui faire prévoir des éventualités onéreuses, et après avoir réglé ses affaires de famille par rapport au royaume, pour le cas où les événements amenaient la question de succession au trône, il détermina d'autres points non moins intéressants pour son entourage. Jusque-là, on avait regardé comme héréditaires les seuls domaines remontant à l'époque de l'invasion de la Gaule ; le roi, les membres de sa famille et les principaux seigneurs titrés à la cour transmettaient leurs biens acquis de la sorte à leurs enfants ou héritiers naturels. Mais il en était autrement de ce que le roi avait donné sous le nom de bénéfices, bienfaits, à ceux de ses serviteurs qu'il voulait récompenser ou enrichir : ces biens-la revenaient à la couronne ou à tout autre favorisé après la mort des bénéficiers. Il faut reconnaître pourtant que cette loi s'était singulièrement modifiée par la négligence que les rois avaient mise à la défendre contre les empiétements de leurs favoris. Les abus s'étaient multipliés au point que les moindres vassaux s'étaient agrandis et regardaient comme une injustice qu'on leur disputât la possession définitive de biens qui n'avaient jamais été livrés qu'à titre de prêt. L'état des esprits était donc bien changé à cet égard. On ne pouvait guère les ramener à la règle sans les indisposer, et il était prudent, quand l'empereur allait s'éloigner du pays, de n'y laisser que des dispositions bienveillantes. Tel était en effet l'état des choses, depuis trop longtemps, que des concessions semblaient l'unique moyen de resserrer les liens qui rattachaient au trône. Ce furent ces considérations surtout qui dictèrent les capitulaires de Quiercy sur les nouvelles faveurs accordées à la noblesse.

On y établissait que si, pendant l'absence de l'empereur, j^iJ^JÏ^^i^^rans! un comte venait à mourir dont le fils fût à sa suite dans ce »*Mio« des fieis. voyage, le prince Louis devait choisir parmi les amis et les serviteurs les plus dévoués du défaut un conseil qui, de concert avec les officiers du comte et l'évêque diocésain, administrerait ce comté jusqu^à ce que, informé du fait,

Tempereur pût lui-même investir le fils des honneurs de son père.

Si ce fils est encore trop jeune pour avoir suivi le monarque, il lui sera formé un conseil d^administration avec lequel il gouvernera le comté, et l'empereur, instruit au plus tôt, délivrera des lettres de concession par lesquelles le jeune comte sera nanti de Théritage aux charges et aux honneurs de son père.

esuïstuïée^ Un article spécial réglait aussi que si, après la mort de

l'empereur, quelqu'un de ses fidèles voulait renoncer au monde et entrer dans la vie religieuse, il pourrait transmettre sa dignité et ses honneurs soit à son fils , s'il en a, soit à tout autre membre de sa famille qu'il croira plus capable de les faire valoir (â). Voilà bien l'hérédité instituée, et en de tels termes qu'il n'est plus permis de l'abolir. Que l'usage en eût été consacré dans le passé; qu'on ne dût pas regarder ces décrets comme une innovation absolue (2;, toujours est-il que c'était bien là fortifier trop tôt et sans assez de précautions contre le caprice des interprétations, une puissance secondaire qu'on asseyait prés du trône en Sans assex de prA- cxposaut celui-ci à uuc sorte de rivalité. Quand les conspi-

ab^uLT ^^'^ ^ rations manifestaient si souvent le mécontentement de l'ambition et de la jalousie; quand des forteresses s'élevaient sur tous les points culminants du royaume pour y devenir, malgré le roi, autant de refuges contre ses répressions pour des leudes pressés de s'affranchir, on ne pouvait voir dans ces prodigalités d'un souverain comme Charles le Chauve qu'une faiblesse pleine d'imprévoyance et une très fausse politique dont il se fût repenti le premier s'il eût survécu à de si imprudentes mesures. Et son système était si complet à cet égard, les conséquences comme principe d'hérédité désormais définitivement établi en devaient résulter si clairement, que l'empereur lui-même, dans le capitulaire suivant, songeait à en agir ainsi à l'égard de ses vassaux,

(a) CapiL Caroli Calvi, dans Duchesne, II, 449.

et ordonnait aux ducs, aux comtes, aux seigneurs et aux évêques d'agir ainsi avec les leurs c^).

Or, parmi ces comtes et ces seigneurs étaient en plus grand eSîî°d!^^ îe^ïouî nombre ceux de l'Aquitaine pourvus de gouvernements amo- ^•"•* dupoiinons. vibles, entièrement à la disposition des monarques et sur lesquels ceux-ci n'avaient qu'un simple droit de souveraineté secondaire toujours soumis à une autorité supérieure. Notre Poitou était dans cette catégorie : il fallait y joindre le Bigorre, le Béarn, les pays Basques, le duché et les Marches de Gascogne, le comté de Toulouse, et au-delà de la Loire, la Bretagne, la Flandre, et au centre de la Neustrie, les provinces possédées par les enfants de Robert le Fort. Nous voyons d'ici poindre l'indépendance de notre province qui ne tardera pas à se faire une place illustre parmi ces inféodations de vastes et riches territoires à des familles qui marcheront de pair avec les rois (*).

Ce sont ces mesures que Louis le Bègue, heureux de se ^g;^*'^"*^^' voir débarrasser des premlières difficultés de son règne, sanctionna pleinement envers tous ceux qu'elles élevaient à son niveau. Les rois faibles ne savent que s'embarrasser davantage en présence de la force qui leur résiste ; c'est pourquoi il ne se contenta pas de rendre inamovibles les comtes, les ducs et autres grands dignitaires dont les enfants pouvaient hériter des dignités de leurs pères, il étendit ces privilèges aux places inférieures et jusqu'aux possesseurs des terres assujetties à un service personnel et à des redevances de denrées et d'argent. Ce fut l'origine des vassaux et arrière-vassaux, ces derniers tenant de seconde main le sol qui relevait d'un seigneur principal, lequel s'engageait lui-même, à ce titre, à protéger ses inférieurs quant à leur vie, leurs biens, leur honneur et leur liberté. Le service militaire, au premier appel du suzerain, devenait obligatoire, et les vassaux devaient le suivre

(a) Dachesne, ub. 8^p. — Baluze, CapUul. — La Fontenellei Bois et Ducs d^AquUaine, p. 453 et suiv.

(b) y. MauléoD, les Carlotringiens, II, 305.

partout où il marchait, à l'exception des cas de rébellion contre le souverain, ou de trahison évidente de ses droits. On voit naître ici le grand principe de la féodalité militaire qui devait faire bientôt de cette nation, fuyant affolée devant les Normands, un peuple guerrier, brave, discipliné, et sérieusement imbu de cette vie d'activité, de travail et d'esprit patriotique d'où devait sortir la France de Philippe- Auguste, de saint Louis, de François I®^ et de Louis XIV. Les développements de ce nouveau système ne se firent pas sentir instantanément ; ils n'arrivèrent qu'avec certaines gradations, que nous suivrons en leur lieu; mais on voit déjà que ce nouveau régime devait avoir ses avantages que nous ne tarderons pas à constater. Il importait de les indiquer à leur naissance, afin de mieux comprendre les progrès que nous. lui verrons faire plus tard, et Ber- Parmi ceux qui étaient le plus opposés au nouveau roi et qui entraient le plus avant dans l'inimitié que lui avait vouée l'impératrice Richilde, se trouvait Emmenon, qui prenait le titre de comte, parce que son père l'avait été, comme nous l'avons dit, jusqu'en 839. Il était frère de Bernard II, marquis de Gothie, qui était le vrai comte de Poitiers, et d'Ebles, abbé de Saint-Hilaire. Mais sa position équivoque et les intrigues du temps auxquelles il se trouva mêlé au milieu d'une parenté nombreuse et remuante, l'éloignaient naturellement du Poitou, dont le véritable comte était son frère, et le rapprochaient du centre politique où s'agitaient les grands intérêts des passions ambitieuses. Il contre le roi. n'avait pas été de ceux gratifiés par Louis dans cette

distribution de fiefs prodigués de toute part ; en cela il fut traité comme ses alliés, c'est-à-dire entièrement négligé. Sa conduite et celle de ses parents, de ses amis aussi mécontents que lui de cette sorte de dédain affecté, devint une première preuve de ce que les rois pourraient attendre bientôt, et à plus forte raison, de sujets élevés au rang royal. Pendant que le marquis de Gothie, aidé de ses frères, de Geoffroy, comte du Maine, et de ses enfants,

Ht M sonlèrent

agissaient hostilement sur plusieurs points à la fois de la Neustrie, Emmenon s'emparait du comté et de la ville d'Evreux (a). Le Berry, la Bourgogne furent également envahie et soulevés contre le roi. Heureusement pour lui que Hugues, fils de Robert le Fort, lui amena du secours, lui fit passer la Seine avec lui, reprit le comté d'Evreux sur Emmenon, et prépara une prompte paix.

Nous avons vu en quelle détresse le brusque retour g^^'®^"^®^^® en France de Charles le Chauve et Pimpossibilité où il s'était vu d'aider le Pape Jean VHI contre les Sarrasins, avait laissé les Etats de l'Eglise. Ce défaut d'assistance avait encouragé les trahisons de Lambert, duc de Spolète, et d'Adalbert, marquis de Toscane. Il força aussi le Pape à chercher un asile en France. Il se rendit à Troyes pendant que le roi était malade à Tours. Dans ces conjonctures, Bernard de Gothie, celui à qui le roi, malgré les justes griefs suscités par sa conduite, n'avait rien ôté ni de son comté de Poitou, ni de son marquisat, persistait dans sa révolte, ravageait le Berry sous prétexte de droits à sa possession, et se faisait excommunier par le Pape pour avoir refusé de comparaître au concile de Troyes ouvert le coocue de Troyes.* 11 août 878, refusant même de restituer le bien qu'il avait ravi à plusieurs Eglises, particulièrement à certaines du Berry, où il n'avait pas voulu laisser entrer le 'nouvel archevêque Frotier de Bordeaux, qui, sans doute, n'avait pu épouser sa querelle et seconder ses intérêts. On reprochait aussi à Bernard de s'approprier les domaines de ses vassaux. Le concile lui avait donné trente jours pour se rendre à ses injonctions en renonçante ses injustices : il n'en persévéra pas moins dans sa révolte, et, confiant dans les troubles de France et d'Italie qu'il ne regardait pas comme finis, il se tint sur la défensive jusqu'à l'année suivante, où nous le verrons victime enfin de ses propres excès w.

(a) Art de vérifier les dates^ X, 89. -— Mauléon, les Carlovingiens^ II, 314. — La FoDtenelle, 356.

(b) Adhémar de Ghabanais. — Annal, Berlin. — Chronic. Malleac, in h. ann.

MouTeUes intrigues Une Eutre affaire intéressante pour notre provincQ se »i%e ?o*£ii?5«- * traita à ce même concile où assista Tévêque de Poitiers Ecfroi, et fit ressortir une fois de plus Pesprit d'intrigue qui animait le nouvel archevêque de Bourges. On sait que Frotîer avait été placé sur ce siège provisoirement et par une concession du Saint-Siège, qui voulait qu'au retour de la paix, et quand son diocèse de Bordeaux serait délivré des Normands, le titulaire y reprît Tadministration de son Eglise. Mais le prélat n'enviait pas du tout ce revirement. Après s'être fait l'ami du roi, il songeait à se faire bien venir du Pape. Plusieurs canons avaient déjà exprimé l'antique doctrine de l'Eglise sur les translations épiscopales, déclaré de nouveau que les Sièges étaient incommutables, et tout ce qu'on avait dit sur ce point était une évidente allusion à ce qui regardait Frotier et ses préférences pour une position plus sûre et plus fructueuse. Or, une occasion de faire sa cour lui fut donnée, qu'il embrassa ardemment, mais qui ne réussit pas mieux à consolider ses ajffaires-

jj^tente détromper Pendant quc sc succédaicut les sessions du concile de Troyes, Adalgaire, évêque d'Autun, non moins cupide et déloyal que Frotier, s'entendit avec lui pour fabriquer une fausse charte d'après laquelle Charles le Chauve aurait donné ïiu Saint-Siège, sous le pape Adrien II, les abbayes de Saint-Denis et de Saint-Germain des Prés, possédées l'une et l'autre par l'abbé Goslin. Leur but était de faire perdre à celui-ci les deux magnifiques bénéfices, espérant les tirer pour eux-mêmes bientôt après des mains du Pape. Jean VIII ignorait parfaitement cette donation ; mais, sur ce que les deux complices la lui présentèrent comme un titre à revendiquer pendant son séjour en France, il crut agir selon la justice de demander l'accomplissement de la charte. Toutefois trop de gens savaient les menées des deux prélats. Le roi éclaira sur ce point le Souverain-Ponlife, et il fallut tout l'embarras où se trouvaient les affaires importantes du Saint-Siège et du royaume pour que les deux

le Pape.

tyrannie dMseignears

coupables ne fussent pas sévèrement châtiés de leur félonie. Au concile, d'ailleurs, on était mal disposé contre Frotier surtout, à l'égard duquel de nouvelles plaintes étaient venues de Bourges, où il était détesté pour ses injustices et les méfaits de son administration. On demandait à grands cris qu'il fût renvoyé à Bordeaux, où les païens ne dominaient plus ; on répétait que sa translation n'avait été que conditionnelle : toutes raisons qui, jointes aux principes posés dans le concile par Hincmar de Reims et d'autres Pères aussi peu favorables à Frotier, ne contribuèrent pas peu aux graves désagréments qu'il allait subir peu de temps après (a).

Il arriva pendant la tenue de ce même concile quelque L'EgiisedePoUiers chose de plus *heureux pour l'Eglise de Poitiers. Ecfroi, ^£n™^^^ qui en occupait le Siège depuis que Frotier était à Bourges, exposa au Pape que les biens et les dépendances de son Eglise cathédrale, outre ce qu'ils avaient eu à souffrir des Normands (*), étaient souvent envahis et dévastés par des vassaux plus ou moins puissants, mais toujours enhardis par le sentiment de leur force et de la faiblesse des persécutés. Il y avait longtemps que duraient ces outrages. Le Pape adressa de Troyes même, le 30 août 878, un bref par lequel il défendait d'envahir ou de dévaster les biens et dépendances de la ville de Poitiers, et ordonnait que toute action intentée à ce sujet contre l'évêque serait portée immédiatement devant la cour de Rome: le pape prenait sous sa protection spéciale tous les biens appartenant à cette Eglise, ainsi que Ecfroi et ses successeurs, afin d'assurer leur tranquillité et leur indépendance. Il y avait aussi obligation expresse aux ravisseurs de restituer immédiatement les biens usurpés, et les peines canoniques de l'excommunication et du retrait de certains privilèges étaient portées

(a) GalUa christ,, VII, col. 359 et 429. — Fclibien, HisL de Saint-Denys, in-fo, p. 98. — LabbQ, CoficiL IX, 31î^. — Fauveau, Calendrier manuscrit de la cathédrale de Pùitiers, p. 231.

(b) DeppîDg, Invasions des Normands, p. i74.

par le fait même contre les réfractaîres à ces justes revendications (3). Qui ne voit ici combien Taccord des deux puissances servait les intérêts de la société, et quelle force tirait de la juridiction spirituelle Tautoritô battue en brèche des princes dont le pouvoir s'écroulait devant la tyrannie de la force?

priY?ièSiï^ï^a»?î ^^^ monastères n'étaient pas mieux traités que les "^"^' cathédrales, et celui de Charroux avait des difficultés de

plus d'une sorte avec ces mêmes seigneurs que ne rebutait aucun genre de malversation. Les ôvêques eux-mêmes avaient sans doute cherché à y dépasser leurs pouvoirs en empiétant sur les privilèges canoniques des abbés. Nous no serions pas éloigné de croire, en cherchant vainement sur qui pourraient porter ces griefs exprimés dans les lettres de Jean VIII datées du 27 septembre, que le passage de Frotier dans l'administration diocésaine aurait été quelque peu marqué dans la célèbre abbaye par des prétentions qu'on lui aurait souffertes peu volontiers. Nous savons au reste qu'il avait été abbé de Charroux jusqu'en 874, et il pourrait bien se faire, eu égard au caractère du personnage, qu'il eût été moins difficile quant aux licences qu'il s'y serait permises, que lorsqu'il s'agissait de défendre ses droits contre les attaques d'autrui. C'était, en tout cas, pour prévenir le retour de telles idées que l'abbé Grinfier avait sollicité les moyens de s'abriter près du Saint-Siège. C'est pourquoi les lettres apostoliques, en prenant la sainte maison sous son patronage spécial, interdisaient à toute personne, de quelque rang ou condition qu'elle fût, de rien distraire de la dotation ou des avantages possédés par elle. Roi, prêtre ou comte devait la respecter dans son existence et ses biens. Les évêques eux-mêmes devaient s'y interdire toute visite épiscopale ayant un caractère officiel, même sous prétexte d'y avoir été appelés : c'est qu'on voulait éviter par cette clause que la faiblesse de quelque abbé plus condescendant, tournât plus tard à l'infraction de cette règle. Un autre point d'une haute gravité ne devait pas être oublié

afin d'empêcher à Pavenir un abus toujours regrettable : on n'y pourrait donc élire d'abbô que celui qui aurait été choisi par les religieux. C'était fermer la porte aux abbés laïques, et s'opposer à ce qu'un favori de la cour ou d'un grand personnage amenât après lui dans la communauté, avec un titre illégitime, toutes les conséquences d'une déplorable intrusion (a).

Ces faveurs n'avaient pas été seulement accordées par ei de ceux de stèle Souverain-Pontife aux illustres personnages que nous connaissons. Il était à Poitiers un autre établissement qui avait beaucoup souffert des ravageurs de l'époque, lesquels n'étaient pas seulement, comme nous l'avons vu, ces païens nomades devant lesquels tout fuyait épouvanté, mais en plus ces autres déprédateurs indigènes dont l'émancipation dès longtemps commencée laissait autant de crainte aux paisibles propriétaires que les ennemis les plus acharnés. Notre monastère de Sainte-Croix avait aussi des antagonistes, et des précautions à prendre contre les voleurs de ses prieurés de la campagne et des domaines dépendant de la communauté. L'abbesse Rotrude était morte ; nous croyons que l'abbesse Eva, qui lui succéda en 877, était aussi de la famille royale. Toujours est-il qu'elle obtint de Louis le Bègue, dès le commencement de son règne, la confirmation des chartes accordées sous ses prédécesseurs pour l'abbaye de Sainte-Croix et le Chapitre de Sainte-Radégonde, sécularisé depuis quelques années. Ce diplôme était du 4 juillet(^). Outre le droit qu'il confirmait aux religieuses de procéder à la nomination de leur abbesse, il reconnaissait* aussi à la communauté la possession légitime et inaliénable par qui que ce fût d'un certain nombre de villas dont nous ne connaissons plus que celle de Berthegon, lesquelles leur avaient été données par Charles le Chauve (O.

(a) Mabilloo^ Annal. Bened,, ad ann. 879. — Annal. Berlin.^ ad ann. 878. Notre EUt. de Vabbaye de Charroux, p. 76, 462 et sv. — D. Fonteneau, IV, 43.

(6) D. Fonteneau, V, 527. — D. Bouquet, IX, 404.

(c) Berthegando, Bertegonium, (V. ci-dessus, 1. 1, p. 500.)

L'abbesse Eva.

Origine de u pi- Cô viUage de Berthegon indique par son nom seul un cgon. gjj^j.^jj. i-^pj ancien et d'origine celtique, fortement défiguré dans les chartes, à travers les siècles. Il était de la viguerie de Loudun, et figure dans un faux acte de 560 attribué à Clotaire I®^ et à ses fils. Nous voyons ici, pour la première fois, son nom qui lui vient d'un petit ruisseau né au bois du Bouchet, à deux kilomètres au Sud, et qui va au Nord grossir la Mable, coulant avec lui dans cette direction vers Richelieu. Une égUse d'abord romane, et remaniée plusieurs fois, y fut, dés le principe, sous le vocable de Notre-Dame de l'Assomption, et du patronage du Chapitre de Sainte- Radégonde, qui y nommait et était seigneur du lieu. Après le diplôme que nous venons de citer, son plus ancien titre date de 985. Le bourg et une partie de la paroisse dépendaient du Loudunais, et le surplus de la baronnie de Fayela- Vineuse en Anjou. En 1790, la cure était de l'archiprêtré de Faye ; elle fut abolie comme tant d'autres, mais rétablie en 1845. Une ancienne léproserie de Saint- Vincent y avait été fondée au moyen âge, et sans doute avant le xiii® siècle. Elle fut réunie en 1700, faute de malades^ à l'hôpital de Loudun {a).

châieandevayoïie. Le châtoau de VayoUe (^) fut construit à l'époque de la Renaissance. Il se distingue encore par ses tourelles groupées, à toitures aiguës et pittoresques, sur- les confins de la paroisse de Berthegon et empiétant un peu sur celle de Saires, vers le Sud. En 1080, une rente de deux sous était due sur ce château au chefcier du Chapitre de Saint- Hilaire;' d'autres, plus tard, au Chapitre de Sainte-Radégonde. En 1558, on connaît aussi la Vayolle sous le nom de la Judatière, nom sans doute de quelque propriétaire.

Berthegon est aujourd'hui du canton de Monts-sur-Guesne, et n'a guère que de 4 à 500 habitants (O.

(a) Redet, Diction, de la Vienne.

(b) Valolia, dans les chartes.

(c) Redet, Diction, de la Vienne. — Beauchet-Filleau, Fouillé de Poitiers. — Chartrier de Saint-Hilaire, I, 104.

Revenons aux événements de cette année. L'excommuni- Révère da comte

Bernard II.

cation n'avait pas porté bonheur à notre Bernard de Gothie. Proscrit, dépouillé de ses biens et de ses titres par une confiscation légale que lui avait attirée son refus d'obéissance à TEglise et au roi, craignant de tomber aux mains de quelque officier dépêché contre lui, il se tourna vers la Bourgogne, où il était pourvu du comté d'Autun. Après y avoir mené quelque temps une vie vagabonde et cachée, mis hors la loi par toutes les sévérités qu'il s'était attirées, il finit par n'avoir plus de ressources contre la crainte d'une surprise que de s'entourer de quelques gens sans aveu, et de se livrer au pillage. Il devint pendant quelque temps le fléau de la contrée. Le roi se décida à marcher contre lui ; mais, tombé malade lorsqu'il était à peine parti, il se vit forcé de demeurer à Troyes, et confia le commandement des troupes à son fils aîné Louis, qui n'avait que quinze ans, mais à qui furent adjoints le duc Boson, oncle du roi, et Bernard, comte d'Auvergne. Celui-ci était chargé spécialement d'exécuter la sentence de confiscation, les biens confisqués devant se partager entre lui et d'autres seigneurs. On ajouta même en sa faveur aux fiefs de Septimanie le titre de marquisat, puis on le nantit des autres possessions qui s'y rattachaient, sauf le Poitou, dont nous allons voir le nouveau maître (a).

Il y eut entre Bernard et les généraux envoyés contre lui plusieurs engagements, des marches et contre-marches dans lesquels il n'eut aucun avantage. Lassé enfin de ces efiforts inutiles, il parvint à s'éloigner du pays après avoir vu ses troupes dispersées, et disparut quelque temps après de la scène où il devait bientôt s'efi'acer définitivement c^).

En frappant Bernard pour sa félonie, Louis le Bègue comSdePou'oï"''^^' n'oublia pas les dernières conventions faites à Quiercy avec les seigneurs. Aussi, après avoir d'abord désigné à sa

(a) Annal, Bertin., ad h. ann. — Joann. VIII, Epist., apud Belly, Comtes de Poict., i94 et suiv.

{b) Ibid. — MauléoD, II, 3^0.

place dans le comté de Poitou son oncle Boson, il régularisa ces arrangements pris un peu à la hâte, et, laissant à Boson la Provence ou l'Aquitaine occidentale, il rendit le Poitou au fils atné de Bernard, Raynulfe II (4), consacrant ainsi, malgré l'indignité du père, les droits acquis aux enfants dans la diète nationale. C'était la première fois que ce principe était appliqué chez nous, et désormais, à part une exception que nous aurons soin d'indiquer, et que les ; événements ménageront un peu plus tard, la ligne de suc-

[ cession naturelle va se suivre jusqu'à la fin dans la famille

:: de nos comtes qui, on se le rappelle, descendaient par les

^ Bernard de Septimanie de saint Guillaume, premier fonda-

teur de Gellone.

Deux anonymes ha. Nous avous parlé OU SOU tcmps (a; de la mort glorieuse

giographes de l'ab- i ir «^

baye de sainisavûL (Je saint Marin, sacrifié en Savoie par les Arabes, et dont I Charlemagne avait procuré les reliques à son abbaye de

- Saint-Savin. Il y eut vers le temps où nous voici arrivés,

[ c'est-à-dire dans le dernier quart du ix® siècle, un ou deux

' moines de ce monastère qui écrivirent l'un une légende de

ce saint, l'autre une histoire de l'Invention de ses reliques. f Au jugement d'écrivains judicieux et qui font loi dans

notre littérature sacrée, ces deux morceaux n'ont rien de remarquable que leur obscurité et l'incertitude des témoignages dont le vague est loin de satisfaire une critique e éclairée. Mabillon a pourtant inséré ces deux pièces,

privées également de chronologie et d'intérêt historique, dans ses Annales Bénédictines (^), et Dom Rivet en a parlé avec quelque détail dans son Histoire littéraire. Nous ne saurions donc rien de bien positif sur la valeur de cette légende et le fond historique dont on l'a composée, si, dans ces derniers temps, nous n'avions pu nous en procurer des données plus authentiques, découvertes dans le diocèse de Saint- Jean-de-Maurienne, et qui nous ont servi â

(a) Ci-dessus, ad ann. 725.

' (h) Tome V, p. 676.

B^oe.

établir une histoire positive de ce saint (tf). Nous avons dû signaler ici néanmoins les deux précis appartenant à notre histoire littéraire, car elles sont une page sinon inté* ressante, au moins à ne pas laisser eifacer. Tout ce que nous avons dû lire et étudier sur cette époque pour former avec soin ces annales qui nous occupent prouvent du reste que les troubles de ces années, qui se succédèrent en ce siècle sanglantes ou agitées de tant de catastrophes, furent peu favorables à la littérature et aux écoles. C'est à peine si dans le fond de nos provinces moins éprouvées, et dans quelques monastères ou ignorés dans les montagnes ou plus capables de se défendre par leurs hautes murailles, un petit nombre d'esprits occupaient leur plume de travaux utiles. Et encore voyons-nous qu'ils n'y réussissent pas toujours.

Louis le Bègue, que nous avons vu rester malade à ^ort de uuis le Troyes pendant que son fils et ses généraux allaient réduire Bernard dans le comté d'Autun, vit son mal empirer vers la fin de mars 879 et se fit porter à Compiégne, où il mourut le 10 avril, qui était le vendredi saint. Il laissait deux fils, Louis, l'aîné, et Carloman, tous deux issus de son premier mariage avec Ausgarde, qu'il avait épousée malgré son père, et que celui-ci l'avait forcé de répudier. Marié ensuite avec Adélaïde, sœur de Wilford, abbé de Flavigny (5), il la laissait enceinte d'un troisième fils qui devait être un jour Charles, troisième du nom, surnommé le Simple.

Chose étrange, et qui fait bien voir la vanité des calculs ^^EmUmé de sa humains, Louis le Bègue avait décrété pour ses grands vassaux l'hérédité de leurs dignités princières, et il ne put assurer son fils atné contre les chances du mauvais vouloir de ses sujets. Se sentant près de mourir, il avait envoyé à Louis les ornements royaux. L'en revêtir ainsi, c'était procéder à une véritable intronisation ; mais les mécontents, parmi lesquels on comptait tant de favoris comblés de biens

(a) Cf. nos Vies des Saints de VEglise de Poitiers, Préface, p. xiir.

tnccesswo.

et d'honneurs, prétendirent que Louis n^était pas légitime, puisque sa mère avait été épousée malgré Topposition de Charles le Chauve (6). Us oifrirent la couronne à Louis de Germanie. Louis et Carloman ne trouvèrent pas de meilleur moyen d'éluder la difficulté que d'abandonner à leur compétiteur, qui avait déjà passé le Rhin pour profiter de cette révolte, toute la portion de la Lorraine que bornaient l'Escaut et la Meuse ; après quoi, ils se firent couronner tous deux dans l'abbaye de Ferriéres en Gâtinais. Comment elle est Boson, duc dc Provencc, aimait Louis III et surtout

pirtagée en deox

loyanmes. Carlomau, à qui sa fille Ingelberge avait été fiancée l'année

précédente. Il les vit avec satisfaction monter sur le trône, car il espérait les voir favoriser le projet qu'il avait toujours caressé de se faire du duché de Provence un royaume qu'il rendrait ensuite héréditaire. Les deux jeunes rois, qui s'entendirent toujours très cordialement, chose assez rare pour qu'on l'admire, s'étaient partagé le royaume et en avaient fait deux : l'un fut composé, pour Louis, de la Neustrie, avec la partie de l'Austrasie qui n'avait pas été cédée à l'Allemagne, et l'autre, pour Carloman, des anciens royaumes de Bourgogne et d'Aquitaine. Ce fut donc à Carloman qu'appartint le Poitou, et notre comte Raynulfe II ' devint son vassal.

Bosonieftitroide Bosou Semblait très dévoué à ce double règne, les deux

Provence. ^ '

frères ayant des qualités qui les faisaient généralement aimer, et les liens de leur parenté avec lui paraissant une raison de plus pour cimenter cet attachement. Mais qui peut longtemps compter sur les meilleurs amis, quand les passions viennent se glisser entre eux? Boson avait une femme ambitieuse, fille de l'empereur Louis II qui avait régné en Italie. Elle ne supportait qu'avec peine de n'avoir qu'un titre subalterne, et que son époux fut soumis aux devoirs de vassal. Elle lui inspira le désir d'être roi. On a dit que les conseils du pape Jean VIII ne lui manquèrent pas en cette occasion. Rien ne semblait plus naturel que le Pape, voyant en Boson un prince tout voisin de l'Italie

et bien disposé pour le Saint-Siège, songeât à en faire un protecteur de l'Eglise, privée alors de beaucoup d'appuis qui ne lui venaient pas. Il y a loin de là à conseiller une révolte contre un suzerain dont le Pape, d'ailleurs, n'avait \

pas à se plaindre et devait, au contraire, tout espérer. On ne peut donc pas l'accuser d'avoir poussé Boson à se prononcer dans ce sens et à prendre la couronne w. Les excitations de la duchesse de Provence auraient suffi, si le duc lui-même ne s'y était pas senti porté. Il prit donc son parti, et, ayant convoqué vingt-trois évêques de son territoire à Mantaille (*), château de sa juridiction entre Vienne et Valence, il s'y fit couronner en présence d'une nombreuse assemblée. Il y eut là une sorte de séduction patriotique et de vanité locale par laquelle les masses, et les princes bien plus encore, se laissent séduire et arrivent à des changements faciles à opérer quand les principes du droit public ne sont pas encore élucidés à tous les regards. C'est pourquoi sans doute les évêques de Provence adhérèrent à cette nouvelle constitution de leur pays. Quoi qu'il en soit, ce fut de ces vingt-trois diocèses que se conïposa le nouveau royaume, qui s'étendit de la sorte depuis Chalon-sur-Saône jusqu'aux Alpes. Boson s'attribuait en outre une partie de la Bourgogne transjurane et quelques contrées à l'Occident du Rhône qui furent connues dans la suite sous le nom de Languedoc («o. Les peuples de ces contrées, avec plus ou moins de raison, adoptèrent assez volontiers ces changements. C'est souvent une légèreté bien funeste qui porte les populations à vouloir ou à accepter ces fragiles nouveautés.

Mais tout cela n'était pas autre chose que l'usurpation ^^^f^l^^. d'un titre et d'un pays que rien ne donnait le droit de *°°*"' \

posséder. Le sentiment de ce droit qui attachait les leudes |

(a) Cf. Rohrbacher» Uist. de VEglm, XII, 384 et suiv.

(h) Hameau de 300 habitants, dans le canton d'Ânnegron (Drôme).

(c) Mauléon, les Carlovingiens, II, 328.

à la grandeur de l'Etat, peut-être la jalousie de quelquesuns, mais surtout l'impression de ce mauvais exemple, dangereux autant que hardi, firent comprendre aux deux y rois qu'il y avait des moyens à prendre. Ces deux frères,

^ d'un tîaractére égal, dévoues l'un à l'autre, et que leur

jeunesse n'empêchait pas de se montrer dignes du trône, se disposèrent â résister par les armes. Mais comme ils s'y préparaient, ils furent prévenus que les Normands, après avoir suivi le cours de la Loire, s'étaient répandus en grand nombre dans le Poitou et le Berry, qu'ils mettaient à feu et à sang. Raynulfe II était alors en Poitou, et n'avait pu suffire à leur opposer les Aquitains, tournés d'ailleurs en grande partie du côté du roi de Provence et ne devant marcher qu'à sa suite. Celui-ci, il est vrai, avait en de telles conjonctures une position embarrassée. Aussi, quelques difficultés que Louis et Carloman aperçussent dans ces complications, ils n'hésitèrent pas à se porter contre l'étranger, et ils marchèrent résolument vers le péril. Le 30 novembre 879, les deux rois rencontrèrent l'ennemi vers l'embouchure de la Vienne, à l'endroit où elle sépare Candes (7) de Montsoreau (8). Une action s'engagea, et, grâce aux efforts bien entendus des jeunes princes, qui y furent très braves, et de leurs généraux, qui s'y montrèrent habiles, une défaite éclatante força les Normands à prendre la fuite en laissant sur le terrain neuf mille morts. Hugues, fils de Robert le Fort, se signala notamment dans cette affaire. Judicaël, chef des Bretons qui s'étaient joints au roi de France, ayant été tué pendant le combat, Hugues vint se placer au milieu d'eux, releva leur courage, et mit les Barbares dans une déroute complète. Ceux-ci se dérobèrent à la hâte, et, ayant rejoint leurs vaisseaxix, ils regagnèrent la pleine mer.

Fond«tiondeuv!ue De ccttc époquo, saus Qu'ou GTï sache précisément

etdQchâtModeMan- x a / x x

léon.diteensoitechâ- l'année, mais très certainement après 878, date l'apparition dans le Poitou de la famille de Mauléon , dont nous avons maintenant à parler. Originaires de ce petit pays de

Gascogne qu'on appela jusqu'en 1789 la Soûle, leur ville principale était Mauléon (9). Cette petite ville fut d'abord une vicomte dont les seigneurs remontaient jusqu'au VII® siècle par une tige dont la racine se rattachait à Dagobert !«', roi de France, et à Clotaire II, second fils de Caribert, devenu roi de Toulouse et d'Aquitaine en 628. Deux siècles et plus virent les descendants de ces fiers Aquitains se mêler aux grandes choses que les chroniqueurs du temps ne racontent qu'en attestant de plus en plus cette lignée dont les diverses branches se dintinguèrent et formèrent jusques en Poitou des alliances de famille qui amenèrent leur établissement dans le pays. Une branche sortit de cet infortuné Hatton, à qui son frère Hunold, duc d'Aquitaine, avait fait arracher les yeux en 745. Pendant qu'un des petits-fils de Hatton, Wandrégisile, comte de la Marche de Gascogne, fondait sur la frontière d'Espagne le célèbre monastère d'Alaon et élevait le château de Wandres, dans la vallée de Thénas, il augmentait sa famille de plusieurs enfants, dont l'atné, Aznar, avait pour troisième fils un Arnold qui devint la tige des Mauléon de Poitou, car il se vit nanti de la succession, dans ce pays, de son aïeul Hatton, et posséda ainsi entre autres terres considérables, l'île de Ré, la Rochelle, Talmont, et s'allia bientôt', par lui ou ses enfants, aux puissantes familles de Thouars et de la Trémouille. C'est ce même Arnold qui était vicomte d'Herbauge lorsque les Normands vmrent dévaster l'Aquitaine et le Poitou une fois de plus en 877. Il ne paraît pas qu'il se soit résigné alors comme tant d'autres à les voir revenir sans leur opposer pour lui et pour ses voisins une défense respectable. Dans ce but, il se bâtit une ville, fortifiée d'un château, au bord de la petite rivière du Loing, à deux lieues Est de la Sèvre Nantaise. Cette localité, ainsi pourvue, pouvait donc devenir un poste avancé contre les invasions des frontières septentrionale et occidentale du Poitou en cas d'une nouvelle invasion de la Loire par les Normands. La ville et le T.. V * n

château devinrent importants et vivifièrent dés lors les campagnes environnantes, où les habitants se multiplièrent pour des exploitations agricoles. Dés ces premiers temps, cette seigneurie reçut le nom de la petite capitale gasconne de la Soûle, qu'un souvenir patriotique fit appeler Mauléon. Nous le verrons figurer maintes fois avec celui de la famille qui sMUustra, en plus d'une rencontre, par la gloire des armes et les services rendus à la France. Dinsiraiion de la Comme la famille de Mauléon ne peut avoir ici qu'une

ramiUe de ce nom. '^ ^

histoire restreinte, nous complétons autant que possible, et sans préjudice de ce que l'avenir nous en apprendra, ce que nos annales en doivent dire au lecteur en remontant jusqu'à leur origine commune. Dés cette origine, l'abbaye d'Alaon, qui dut à Bernard, l'un d'eux, sa fondation vers le milieu du ix® siècle, fut aussi favorisée par ses descendants, qui trouvèrent dans la charte même de cette fondation les preuves de leur noblesse et de leurs alliances antérieures avec les rois mérovingiens. Au xi® siècle, quand l'usage s'adoptait généralement d'ajouter aux noms propres de personnes celui d'un ou plusieurs fiefs qui devaient bientôt distinguer les familles par leurs branches différentes, un autre Bernard, fils d'Aznar III, prit le nom de sa vicomte de Mauléon ; ceux du Poitou l'imitèrent et fondèrent dans leur seigneurie des bords du Loing le Tri^ié^dï^Mauîéoi! «lonastère de la Trinité. C'est de ce temps que datèrent leur» alliances avec les familles do Châtillon et de Machecoul, qui devinrent très puissantes dans le pays. On y vit figurer pendant les développements historiques du moyen âge, sous les noms d'Ebles, de Guillaume, de Raoul, d'illustres guerriers qui prirent part aux croisades. L'un d'eux, Raoul, fut sénéchal de Poitou en 1174. Puis vinrent les guerres avec les Anglais, auxquels ils résistèrent bravement, mais qu'ils adoptèrent franchement aussi quand les lois de la féodalité leur eurent fait un devoir de les suivre. L'un d'eux reçut de Jean sans Terre le droit de monnayage gardé longtemps comme un privilège de leur

forteresse. Vinrent les guerres d'Italie, où le xvi« siècle vit un Jacques de Mauléon servir avec distinction sous le maréchal de Montluc, qui le cite dans ses Mémoires comme un des plus vaillants gentilshommes de son armée. Quand apparurent les troubles religieux causés par le protestantisme, des membres de la famille se divisèrent entre les deux partis : celle du Poitou resta catholique, mais n'était pas dans le pays quand les capitaines de Henri IV, alors roi de Navarre, s'emparèrent de Mauléon. La place reçut garnison huguenote, aussi bien que celles voisines de Montaigu, Talmont et plusieurs autres. Notre petite ville, déjà affaiblie 'depuis longtemps, fut prise d'assaut et démantelée, aussi bien que le château, dont l'importance ne devait jamais se relever. C'est dans cette circonstance que Claude de la Trémouille, duc de Thouars, Maoïéon «si miné qui avait abandonné la religion de ses pères, se porta sur ^' «P'^^ic^unts. la place conquise et s'empara dans le seul couvent des Augustins de vases sacrés et d'argenterie évalués à plus de trente mille livres tournois, ce qui ferait aujourd'hui plus de cent cinquante mille francs de notre monnaie. Les papiers, chartes, terriers et pièces historiques des religieux furent aussi enlevés et brûlés, ce qui nous, prive de tous les documents qui nous eussent éclairés sur le passé de la petite ville et de son abbaye.

Après cette ruine, les Mauléon ne se relevèrent que peu safamine adopte le

y y , -iT^.. X ,,. ^^ Calvinisme.

dans leurs domaines du Poitou. Les généalogistes et entre autres Saint-AUais, qui n'en a parlé qu'avec une grande négligence, ne disent pas quel rôle ils prirent dans les guerres de religion ; mais il paraît bien par leur genre de relations avec Henri IV et Jeanne d'Albret, qu'ils étaient entrés dans leur parti, entraînés sans doute par leur sympathie pour leur pays d'origine commune. Au reste, c'était dans leur ville qu'en 1563, s'étaient rassemblés pour la première fois les chefs poitevins des révoltés huguenots. Quoi qu'il en soit, et depuis cette époque, la famille se disperse, prenant dans l'armée et à la cour des grades et

des positions qui ne devaient leur manquer ni dans le Nord ni dans le Midi de la France, ni dans les gouvernements militaires de la Normandie et du Centre où les appelèrent autant la confiance des rois que de nobles et riches alliances.

humàfi^ ^^^ *° ^^ paraît bien pourtant que la terre de Mauléon ne fut pas absolument abandonnée, et qu'elle demeura, du moins à titre de propriété féodale, aux mains de quelqu'un de la famille. On la voit en 1637, érigée en baronnie par Louis XIII pour Pierre de Mauléon, seigneur de Saint-Sauvi en Armagnac. Sous Louis XIV, Louis XV et Louis XVI, c'est à la cour, dans les armées et dans la marine qu'on voit la famille se distinguer. C'étaient les dernières lueurs que cette noble Prend le nom de Hiaisou jetait sur notre province. En 1736, la terre fut ^ châiuum.sttr.sèwe. g^^jj^^ée par le comte de Châtillon, baron d'Argenton, d'une f autre' famille poitevine, alliée des Montmorency, qui s'y

I: était fixée au xv® siècle, après son mariage avec Catherine

l de Châtillon, et qui tirait son nom de la ville de Châtillon-

sur-Marne. Ses ancêtres avaient suivi Philippe- Auguste en Palestine et s'étaient distingués jusqu'à lui par des actions d'éclat dans les guerres, les charges qu'ils y avaient acquises et leurs riches et puissantes alliances. Louis XV érigea pour celui-ci, qui était maréchal de camp de ses armées, la terre de Mauléon en duché-pairie, et lui permit de changer son nom en celui de Châtillon-sur-Sévre, qu'il a toujours gardé depuis. Les généalogistes perdent cette famille de vue depuis 1777. Elle avait pour armes : de gueules, à trois pals de vair, au chef d'or.

fteadetûièreséprctt. Quand la Révolution eut fait éclore les malheureuses guerres de la Vendée, qui rempUrent ce noble pays de décombres et de sang, les troupes de la Convention ruinèrent la ville, le château et l'abbaye, ce qui n'empêcha pas le sol de reverdir et les traditions de se relever aussitôt que le rétablissement de l'ordre le leur eut permis. Alors la petite ville recouvra Une sorte de prospérité relative, et ce bien-être s'augmenta de telle sorte qu'après avoir été

Tes.

réduite, en 1801, à une population de quatre â cinq cents âmes, elle en possède aujourd'hui quinze cents, et est un des chefs-lieux de canton les plus agréables de la contrée (10),

Reprenons maintenant la suite des événements qui se passèrent après la victoire du 30 novembre.

Après leur victoire de Candes, Louis et Carloman caitoîingUMcrwuê sentirent le besoin, pour ôter tout prétexte à de nouvelles ^^^' contestations, et avant démarcher décidément contre Boson, de s'entendre avec les souverains des pays limitrophes. Et pour bien comprendre ici à qui ils durent s'adresser, il faut rappeler en quelques mots 'quel était, à la mort de Louis le Bègue, l'état de la maison Carlovingienne, dont la connaissance expliquera bientôt plus clairement les liens qui la rattacheront encore à l'Aquitaine et à notre pays.

Cette famille se divisait en deux rameaux, l'un, issu de Charles le Chauve, avait pour rejetons les deux princes, Louis et Carloman dont nous venons de voir la position au ix« siècle ; l'autre branche, issue de Louis le Germanique, second fils de Louis le Débonnaire, était représentée par trois rameaux qui avaient pour chefs : 1° Carloman, roi de Bavière; 2^ Louis II, roi de Saxe ou de Germanie; et dP Charles III, dit le Gros, à cause de son obésité, roi de Souabe et d'Italie (a). Quelque peu de prétentions que ces coïyaraiiondeBer-

^ . . X f 1 • 1 T . -I -r^. Mrdllconlre les deux

trois pnnces eussent à la succession do Louis le Bague, w». qui laissait deux fils reconnus d'avance pour ses héritiers, une puissante faction poussée par Bernard II, dépossédé de son marquisat de Septimanie et de ses autres dignités, tendait à renverser l'ordre légitime et à venger le chef abattu et révolté en appelant au trône un des princes Carlovingiens qui régnaient en Allemagne. Ebles, frère de Bernard, et abbé laïque de Saint-Hilaire, son oncle Goslin, abbé de Saint-Denis et de Saint-Germain-des-Prés, Conrad, qualifié comte de Paris et d'Auxerre, étaient les trois

(a) Art de vérifier les dates, V, 473 et suiv.

adeptes que Bernard avaient attirés à sa causé. On voit combien Pesprit de rébellion servait en ces malheureuses circonstances les passions personnelles dans ces ambitieux nourris de vanités et de convoitises à Pêcole des gouverne^ ments passés.

Les deaxrou entrent Ccs conjurés s'étaient eutcudu surtout avec Louis, le roi

en cunp^oe contre * '

®^"- de Germanie et de Bavière, pour lui faire envahir les

provinces de France. Goslin et Conrad lui avaient surtout promis de le seconder, mais, par une raison qu'on ne sait pas, ils restèrent dans l'inaction quand déjà le prince traversant les frontières sans obstacle se trouvait avancé jusqu'en Picardie. Là, il apprit que les deux rois venaient de battre les Normands et marchaient vers lui à grandes journées; il eut peur et songea à un arrangement. On convint de mieux s'entendre, et une réunion fut indiquée pour le mois de juin suivant à Gondreville, maison royale sur la Moselle, où l'on traiterait d'une paix stable entre tous les descendants de Charlemagne.

Mort de Bernard n. Louis, étant tombé malade, n'y put venir que par ses

ancien comte de Poi- • ' 7 ./ jt ^ r

*<»"• ambassadeurs ; les autres rois de la famille y assistèrent,

et, après s'être concertés sur la reconnaissance des titres de chacun, il fut arrêté que Boson, considéré comme un injuste détenteur d'une partie des Etats de Carloman, deviendrait l'ennemi commun. Louis le Gros avait pris une grande force en Italie. Devant être roi de Bavière et de Souabe après son frère, dont la maladie empirait et qui allait mourir sans enfants, il avait été, après quatre ans de vacance de l'Empire, élevé à cette dignité par le pape Jean VIII, qui en faisait ainsi le protecteur spécial de l'Italie et de Rome. Tout semblait donc s'arranger contre Boson, qui, en effet, se vit attaqué à la fois de plusieurs côtés. Il songea alors à se défendre vigoureusement, en homme qui ne veut céder facilement ni le fruit de ses intrigues ni ses riches conquêtes. Sa femme, dont l'ambition avait excité la sienne, fut chargée par lui de défendre la ville de Vienne, où il la renferma en prenant

hii-même possession d'une forteresse voisine, d'où il pouvait surveiller la campagne et faire des sorties. Louis III, Carloman et leur cousin Charles eurent d'abord de rapides ' succès dans les provinces usurpées par Boson ; ils prirent entres autres villes Mâcon, longtemps et bien défendue par Bernard II, l'ancien comte de Poitiers, qui avait pris le parti du roi de Provence et en avait reçu le titre de comte du Maçonnais. Mal lui avait pris d'assumer cette défense : 'malgré ses efforts de plusieurs semaines, il fut obligé de se rendre en livrant la ville par composition. Quant à lui, les deux rois ne voulurent convenir de rien, ce qui le laissa à leur discrétion. Dés lors il devait s'attendre à une grande sévérité. On le regarda sans doute comme un félon impardonnable, mis hors la loi d'ailleurs, et qui n'avait aucune clémence à invoquer. Le fait est que, dés ce moment, il disparaît de l'histoire ; on n'y entend plus parler de lui, ce qui a fait croire aux historiens que, aussitôt pris, il fut mis à mort comme il l'avait trop bien mérité, car tout le temps qu'avait duré sa révolte il s'était souillé de sang et de brigandages.

Maîtres de cette place, et par conséquent du Maçonnais, les deux frères se hâtèrent d'aller mettre devant Vienne le siège que Boson avait prévu et qui ne dura pas moins de deux ans. Nous venons de voir quelle fin eurent ces démêlés, et comment les fautes de Boson y trouvèrent leur juste châtiment.

Bernard II, dont la femme est inconnue dans l'histoire, Raynnireu. comte

. . de Poitiers.

laissa trois fils et une fille. L'aîné fut ce Raynulfe II qui succéda à son père au comté de Poitou, dont celui-ci avait été juridiquement dépouillé; puis Gausbert, qui mourut en 893 sans enfants, et Eblcs, abbé séculier de Saint-Hilaire et de Saint-Denis, que nous verrons mourir la môme année ; enfin Rogeline, mariée â Wulgrin, comte de Périgord et d'Angoulême, qui n'a laissé aucun souvenir.

Un autre personnage de cette famille qui fut inconnu, évêSe^aîpT'''^ mais qui dut être fils de Bernard II, puisqu'on le dit petit-

. fils de Bernard I®% tué par les Nonnands en 844 (a), fut évêque du Puy vers 880; il se nommait Norbert de Poitiers^ et les historiens modernes disent que son père fut comte d'Auvergne, de Chalon-sur-Saône et de Mâcon, sans dire comment lui étaient échus ces comtés dont nous savons maintenant Torigine (^).

NoiJ^OT "d^Mt Un autre Poitevin figure en ce même temps d'une façon M(pt de uiigiw. q^i pouvait réparer les malheurs soufferts pour la foi et les pertes que lui avaient imposées les Normands. C'était Egilon, abbé de Noirmoutier, qui s'était fixé en 875, comme nous l'avons vu, avec- toute sa communauté, au monastère de Tournus. Cet établissement était du diocèse de Châlon, et on y savait trop les désordres qui agitaient le diocèse voisin de Langres, en proie à des dissensions ayant pour cause l'élection d'un évêque. Aurélien, archevêque de Lyon, qui connaissait Egilon et avait eu plus d'une preuve de son bon esprit et de sa capacité, ne trouva rien de mieux que d'élaguer les compétiteurs élus par les deux partis, et sacra évêque le saint abbé, qui n'accepta que malgré lui et parce qu'il devait ramener la paix dans l'Eglise - qu'on lui confiait. Il vécut dans ses nouvelles fonctions

jusqu'en 888, mourant alors plein de mérites et laissant après lui des regrets qui en témoignaient assez ic). sutdtrabbayede II a été qucstion ci-dessus (^ d'un lieu de la viffuerie de

NooaiUéàoette épo- ^ ^

q«e. Sauves, aujourd'hui inconnu, et qu'on désignait alors sous

le nom de villa des Goths (e). Nous le retrouvons cette année en un acte qui constate dans cette localité le don d'une pêcherie et d'un moulin à l'abbaye de Nouaillé. Cette indication établit nettement que la villa des Goths touchait à un

(a) Baluze, Hi$t. de la maison d' Auvergne ^ lib. 1, c. i.

{b) Dufour, Généalogie ms. des comtes de Poitiers; — DaTems, t. III, p. 365.

(c) Flodoard, Hist, Rom. Ecoles., lib. IV ; — Longueval, Uist. de l'Eglise Gallic, lib. XVII ; — Rohrbacher, Hist. de VEglise, XII, 446.

(d) Ci-dessus, ad ann. 876.

{e) Villa Gothorum,

COUPS d'eau, soit laDîve, soit le Prepson, soit laChenelle(lO). Quoi qu'il en soit, le pauvre petit monastère, dont tant d'illustres mains avaient pris soin, était tombé comme tant d'autres, lors de la visite des Normands, dans un état de ruines désolées ; c'est à peine si quelques religieux pouvaient y vivre après tant de ravages sous la houlette de Guérin, et c'est sans doute dans un sentiment de pieuse charité que deux époux, Béranger et Théodelinde, abandonnaient aux religieux cette propriété qui devint d'un grand secours à leur indigence, tout en conservant l'usufruit pour eux et pour l'enfant qu'ils attendaient bientôt. Un temps allait venir où la communauté serait relevée dans son matériel et dans la régularité qui avait souffert de tous ces désastres (<i).

Comme toujours les Normands avaient encore profité des „^ï*^^**^ ^J affaires embarrassées du royaume pour se jeter sur les <*«»« France, provinces du Nord de la France qui en grande partie appartenaient aux royaumes germaniques. Tout y fut dévasté depuis les embouchures de l'Escaut et de la Somme par où ils avaient reçu des secours, jusqu'à l'extrémité orientale de la Flandre. De là, ils avaient passé sur le territoire de Cologne et d'Aix-la-Chapelle ; cette ville avait été incendiée, y compris le magnifique temple élevé par la piété de Charlemagne, et dont les païens avaient commencé par faire une écurie. Pendant ces ravages, Louis II de Mon de Unis m. Germanie, de Saxe et de Bavière, était malade et succomba sans avoir pu les arrêter : c'était peu de temps après Pâques 880. Le 5 août suivant, Louis III de France mourut à Saint-Denis dans la vingt-deuxième année de son âge, regretté de tous pour son courage et ses vertus (*). Il laissa, s'éteignant sans postérité, la France entière à Carloman, à qui tet événement fit abandonner le siège de Vienne qu'il avait toujours poussé vigoureusement depuis quinze mois.

(a) D. Fonteneau, X, 59.

(h) D. Bouquet, t. IX, p. 503.

Frise dé Vienne. Il y abandonna la conduite dés assiégeants au duc de Bourgogne, propre frère de Boson, qu'on appelait le justicier, et qu'un sentiment de noble indignation contre la conduite du rebelle avait rangé sous les drapeaux de Carloman. Celui-ci arrivé à Quiercy-sur-Aisne, s'y fit couronner de nouveau le 5 septembre, comme réunissant à ses Etats ceux du roi d'Austrasie et de Neustrie. Pendant que ces grandes affaires se passaient dans le Nord, le duc • Richard, d'autant plus ardent qu'il avait à ménager un succès, poussa les opérations avec tant de vigueur que nonobstant l'énergique résistance d'Ermangarde, à qui, nous le savons, son mari avait confié la place, un assaut força la ville à se rendre. Le vainqueur fit prisonnière Ennangarde et une de ses filles renfermée avec elle, et les emmena à Autun où il les traita d'autant moins mal que l'une était sa sœur et l'autre sa nièce. Pour Boson qui s'était tenu à distance, il ne se découragea pas, se maintint dans son royaume par sa valeur. Il dut à l'action des Normands qui, toujours vaincus par les deux rois, ne se rebutaient pas néanmoins et continuaient la guerre aux frontières et au centre de leurs Etats, de demeurer quelque temps à l'abri de nouvelles poursuites. Son but qui était de se maintenir dans sa position élevée et de la transmettre à ses enfants, ne se démentit pas et il se montra aussi hardi que persistant jusqu'à ce que la Providence arrêtât par une mort malheureuse ses espérances avec ses efforts.

Abbaye de Saint- Daus Ic cours dc 881, et pendant, sans doute, qu'il était

Polycarpe en Raièi.

sous les murs de Vienne, Carloman donna deux diplômes. Leur teneur établit clairement que l'Aquitaine était encore regardée comme royaume, dont il était le souverain. C'est d'abord une charte pour le monastère de Saint- Polycarpe en Razès, au diocèse de Narbonne, qui avait été fondé par Charlemagne en 780, sous la règle de saint Benoît.

Cette charte était datée du 18 mai, à Pièrrefitte, lieu situé non en Poitou et dans les environs de Thouars,

comme on Ta quelquefois prétendu à tort(<i), mais en Languedoc : c'était une villa royale avec un palais qui prenait son nom d'un dolmen gaulois fixé dans les environs (W.

L'autre diplôme du même prince, du 5 juin de la même poS^^hitSK année, doit être daté aussi de l'Aquitaine, quoique rien ne Montgioimc. le prouve, sinon la certitude où nous a mis l'histoire que le siège de Vienne n'était pas encore levé, et que Carloman en présidait les opérations. Il s'agissait de concéder aux anciens moines de Saint-Florent de Montglonne et à leur abbé Radulfe le prieuré de Saint-Goudon de Neuilly (12), en assez mauvais état alors, mais capable d'être réparé à l'avantage des exilés de l'Anjou. C'était un bénéfice de irisic état du haut rOrdre de Saint-Benoît qui était d'ancienne fondation royale, et dont, par conséquent, le roi pouvait disposer, surtout en l'absence de ses maîtres, qui en avaient été chassés par les païens. Le texte de cette charte est surtout remarquable par l'idée qu'elle nous donne jdu haut Poitou, où la misère était devenue si profonde. « Le * pays de Mauge, y est-il dit, dont l'aspect était naguère » si ravissant par ses bois,' ses pâturages et sa verdure, » ne ressemble plus qu'à un désert. Tout espoir de retour » est désormais interdit aux anciens colons de cette terre, » où tout ne parle plus que de désolation et de mort. » Ces termes sont à remarquer pour l'histoire de cette partie de la Vendée septentrionale où ces ravages avaient dû causer les plus grands malheurs. Le pays y avait été réduit à une complète solitude, si bien que dans tout le territoire de Mauge et d'Herbauge les populations disparues n'étaient plus l'objet d'aucun souci administratif. C'est à quoi il faut attribuer le silence des mémoires contemporains sur tout ce qui s'y rapporterait à la vie civile. Ainsi, à cette époque où Tes vigueries se formaient partout, aucune de ces divisions judiciaires n'est mentionnée pour ces deux contrées

[a) La Fontenelle, Rois et Ducs, p. 375.

(h) Guadet, Annuaire de Vhist, de France, 1841, p. 203.

qui avaient été antérieurement dos chefs-lieux considérables de pagus florissants («).

^iiéâveciesNor- Carloman, débarrassé du siège de Vienne et sachant que son lieutenant Richard d'Autun y avait traité les choses à Tavantage de Tautorité royale, se tourna énergiquement contre les Scandinaves, qu'il voyait se multiplier en France comme des sauterelles dévastatrices. Il les battit deux fois, tout en poursuivant Boson, qui résistait toujours sur la frontière de la Provence défendue par lui énergiquement. Mais comme les Danois étaient plus à craindre, se répandant partout, assiégeant les villes qui leur offraient le plus d'espérances de pillage, il fut obligé de retirer ses troupes du Midi pour les porter vers le Nord, où les bandes désordonnées reparaissaient plus actives. Malgré donc les succès remportés contre elles, et comme on les voyait revenir par les embouchures de tous les fleuves, on comprit qu'on n'avait rien de mieux à faire que de traiter avec eux et de les lier par une longue trêve qui procurât à la malheureuse France quelque repos. Mais que cette paix fut chèrement achetée ! Une trêve de douze ans fut conclue au prix de douze mille livres pesant d'argent, somme d'autant plus énorme qu'il fallait la lever sur des peuples ruinés déjà. C'était la plus forte somme qu'on leur eût donnée jusqu'alors ; elle représentait à peu près six millions de notre monnaie, et, pour l'avoir, il fallut dépouiller les églises de la France et de l'Aquitaine de ce que leurs trésors avaient de plus précieux en vases sacrés, en reliquaires et en meubles ou étoffes*. Tout y passa, jusqu'aux tapisseries et aux ornements des autels (*). Des otages furent même donnés de part et d'autre. Mais après la disparition des Barbares, dont- les uns reprirent la mer et les autres furent prendre leurs quartiers d'hiver au-delà des frontières allemandes, où l'on ne songea guère à les inquiéter , il fallut pourtant,

(a) D. Bouquet, Hw^Fran^., IX, 821.

(5) Annal, Bertin.; — Annal Vedast., ad h. ann.

en défiance de leur bonne foi, se tenir prêt à les repousser de nouveau s'ils apparaissaient sur le territoire français avant le terme de la trêve, ce qui n'était guère douteux (^). Une tranquillité relative suivit ce traité peu honorable, mais dont Carloman ne peut guère répondre devant Phistoire, s'y étant vu forcé par les circonstances qui dominaient sa situation et Timpossibilité de résister aux attaques incessantes d'armées renouvelées chaque jour sur le territoire de toute la France. Cette impuissance était d'ailleurs moins de son fait que de celui de ses prédécesseurs, qui avaient accoutumé les Barbares à ne disparaître que pour

I de l'argent. II profita du moins de ce répit laissé à la paix publique pour s'occuper d'administration, à laquelle le désir du bien le rendait apte, outre qu'il avait le génie des affaires et un caractère sérieux qui lui en facilitait le

I succès.

i La fin de cette année fut remarquable par la mort du ^{fort do pape Jean pape Jean VIII, arrivée le 15 décembre, et dont nous avons TU que le régne fut traversé par bien des troubles. Ce fut aussi un peu avant lui que mourut Hincmar, l'archevêque -b^*™]**^^'''* de Reims, dont nous savons le rôle dans les affaires de Charles le Chauve et de ses enfants. Prélat intelligent, mais d'humeur difficile, et dont le cœur, élevé souvent jusqu'à l'orgueil, fut plus empreint d'aigreur, d'entêtement et de présomption que de douceur et de condescendance évangéliques. Il influença souvent par ses opinions la conduite des rois de France, à l'égard de.l' Aquitaine et de ses princes, et, ce ne fut pas toujours à l'avantage de la paix.

L'année 883 se passa assez tranquillement en Aquitaine, ButderAquitaiae. grâce aux méfiances réciproques exercées de chaque côté par des adversaires que tenaient en suspens en face les uns des autres les difficultés de leurs positions réciproques. Carloman fit un voyage du côté de Narbonne, sans doute

[a) Annal Metens»; — Chroniq, S. Dion, in h. ami.

pour voir où en était le royaume d^ Arles, et d'autant moins inquiet qu'il avait reçu de toute sa noblesse un serment solennel- de ne se réconcilier janaais avec Boson. Celui-ci gardait aussi une paix armée, s'affirmant que plus cette paix durerait, plus il affermirait dans ses mains Tautorité deFrotuSTïSevèJuê souvcrainc. Ainsi, notre pays, et le Poitou en particulier, de Bonrges. ^^ ^^ surgissait aucun fait saillant, semblaient se reposer des

profondes commotions qui l'avaient agité ; on ne s'occupait même plus beaucoup de Frotier, le remuant archevêque de Bourges, qui en occupait encore le siège à la fin d'août 882, et que de trop vagues documents nous disent (a) avoir été excommunié avec les archevêques Jean P^ de Rouen et Adalard de Tours (*). Il est assez singulier que rien n'apparaisse de bien clair sur la cause de cette excommunication. Toutefois, nous croyons la trouver dans le refus qu'avait fait Frotier de se présenter au concile de Troyes sur l'invitation qu'il avait reçue du Pape ; il en avait été ainsi d'Adalard et de Jean, que nous venons de nommer, et le Pape s'en exprimait nettement à un seigneur en l'exhortant « à éviter toute relation avec les archevêques et avec Frotier de Bourges (c) ». Cette lettre était du 28 août 882, une quinzaine de jours après l'ouverture du concile. L'excommunication qui n'était lancée que pour le forcer à y venir, fut levée par cela même qu'il y vint, et la réconciliation devint complète bientôt après entre le Pape et le prélat, puisque, en 883, le Pontife donne des lettres où il loue, contre les exactions de Bernard II, comte de Poitiers, l'archevêque de Bourges Frotier, dépouillé et persécuté dans son propre diocèse par ce contempteur du droit de Dieu et des hommes (d). II y avait donc un accord

(a) Besly, Comtes, p. 24.

{b) Siégeant de 874 à 890.

(c) Fisquet, Archives du diocèse de Bordeaux, p. 63; *- Labbe, Nov- BibL, 11, 68.

(d) Besly, Comtes de Poict., p. 195.

permanent du pape et de Tévêque, quant au diocèse de Bourges.

Carloman était à Verneuil, maison royale sur l'Oise, prés .cJ^^Jf^ gJJJf^wx de Pont-Saint-Maxence, lorsque, en 884, il fut prié à Tocca- «** p®"*"'sioa de son récent avènement au trône, de confirmer les possessions et privilèges de notre abbaye de Sainte-Croix. L'abbesse Ava était morte depuis peu, et avait joui de la même faveur accordée par Charles le Chauve en ses lettres du 4 juillet 878. Cette fois ce fut sur la demande t'abbenc Adaiwrde.

" — Abas qu'elle fait

d'Adalgarde, qui succédait à Ava. Il paraît que par suite réprimer, de Fabus trop persistant qui faisait tomber aux mains séculières les bénéfices religieux, le pauvre monastère avait été donné en commandes à certaines reines inconnues, ce qui explique sans doute ces longs intervalles que nous avons plus d'une fois remarqués dans la série des abbesses où Ton s'est bien gardé plus tard de consacrer ces illégitimités. Adalgarde obtint dans le nouveau diplôme que jamais pareilles irrégularités ne se renouvelleraient. Une ijg,ges féodaux à autre habitude, moins opposée à l'esprit de l'Eglise, mais qui pouvait avoir de funestes conséquences pour l'abbaye, avait fait admettre sans trop de difficulté que l'abbesse pouvait donner parfois à certains hommes du monde, et à titre de bénéfices dépendant toujours de la communauté, des domaines qui en étaient distraits à la charge par les tenanciers de lui rendre des services ou devoirs, tels que ceux d'avoués ou défenseurs contre les entreprises injustes, trop communes alors envers les couvents. Mais il ne fallait pas trop étendre le cadre de ces sortes de concessions, car de telles tenances donnaient au bénéfice le caractère de fief; dès lors l'homme libre devenait noble, et quoique cette noblesse ne fût pas encore regardée comme inséparable d'une possession territoriale, cependant on commençait à appliquer l'axiome adopté à la fin de la seconde race : point de seigneur sani terre. Or le roi ou le seigneur féodal avait le droit d'exiger de ses vassaux le service militaire, et ce service fut imposé par

les chartes dont nous parlons â quiconque recevait un bénéfice du monastère. C'était un double moyen de rendre plus rares de telles concessions, et d'en augmenter la valeur soit au profit du roi en cas de guerre, soit à l'avantage de l'abbaye qui se procura par là des vassaux plus con^dérables et mieux accrédités.

répîïïïonî^'"^**" ï^ y ^v^î* aussi à faire cesser certaines audaces que les viguiers et autres magistrats supérieurs se permettaient dans l'administration de la justice : c'était un droit féodal déjà en usage que le seigneur rendait la justice sur ses domaines et que cette justice était haute, moyenne ou basse selon qu'elle pouvait juger des causes de plus ou moins d'importance. Alors les affaires se jugeaient par des officiers nommés par les seigneurs qui avaient donc leurs tribunaux, leurs prisons, et même les exécuteurs de leurs arrêts. Mais que de fois, en ces temps de désordre, les plus forts s'emparaient de juridictions qui leur étaient interdites, ou dépassaient les droits qui leur étaient acquis ! Sainte- Croix, comme tant d'autres monastères, avait à souffrir de telles exactions. Un voisin puissant empiétait sur ses sujets et s'attribuait des droits de justice qui jetaient la confusion dans l'administration des tribunaux. De là des appels qui ne finissaient pas, des troubles continuels dans la vie des justiciables, et des attributions injustes à des magistrats de hasard qui, sans répondre au but de leur institution, faisaient beaucoup de mal à autrui et négligeaient peu leur propre bien. C'est à quoi Carloman voulut remédier en interdisant à tous autres juges que ceux de Sainte-Croix d'exercer leurs fonctions, et même de se présenter dans aucune dépendance du monastère (4). Une clause de ses lettres royales établissait que ces privilèges étaient accordés par le roi avec un caractère irrévocable : ils obligeaient donc ses successeurs aussi bien que luimême. Ces obligations furent-elles mieux observées que

(a) Cf. D. Bouquet, t. IX, p. A32

^ji

par le passé ? L'histoire nous en laisse douter, car la série des abbesses s'efface encore ici pour tout un siècle, et l'on ignore si cette longue interruption tient à quelque désastre qui aura détruit les archives de la communauté, ou à quelque nouvelle usurpation de l'abbatiat dont la triste maison n'aura pu que subir les cruelles conséquences.

Carloman était revenu en Aquitaine et y surveillait les ^'^ *^" ^^' ^''°* agissements de Boson ; il aimait, par contradiction formelle aux prétentions du roi de Provence, à se déclarer dans ses chartes roi d'Aquitaine, regardant la Provence comme une portion de cette grande contrée, et protestant par là qu'il n'y avait en elles qu'un royaume sans concurrent possible. Il attendait -que les Normands, par suite du dernier traité, eussent entièrement évacué le territoire pour reprendre les hostilités contre l'ambitieux qu'il voulait réduire. Mais les Normands, toujours infidèles à leur parole, ne lui en laissèrent pas le temps ; car, au lieu de se rembarquer pour leur pays, ils s'étaient rejetés par les embouchures de plusieurs fleuves sur les terres de l'intérieur de la France, et surtout vers le nord où ils convoitèrent d'aborder la Germanie. Il fallut donc que Carloman revînt dans ses Etats du Nord, y levât de nouvelles troupes et se disposât à poursuivre de nouveaux les infatigables envahisseurs. Il y eut un temps d'arrêt cependant, car ils apprirent ses desseins et ralentirent leurs courses, ce qui fit espérer qu'on pourrait du moins les attendre. Comme le roi aimait beaucoup la chasse, il y donnait le temps que ne demandaient pas les affaires ; or, il arriva que, se livrant à cet exercice dans la forêt d'Ivelines, non loin de Paris (13), il vit se tourner contre lui un sanglier qui menaçait sa vie. Un des seigneurs qui l'accompagnaient lança sur la bête un javelot qui atteignit malheureusement le monarque et le renversa, blessé dangereusement. Un trait de générosité touchante fit comprendre en cette funeste occasion la bonté de son cœui;. Il voulut attribuer sa blessure au sanglier, dans la crainte que^ s'il en mourait^ on ne vengeât sa mort T. V 23

sur celui qui en avait été la cause involontaire. Ce trait était digne d'un prince chrétien. Carloman s'était toujours montré tel, aussi bien' que son frère avec lequel il avait vécu dans un parfait accord. Sa mort arriva peu de jours après ce fâcheux accident, le 7 décembre 884, laissant à la France des regrets qu'un régne trop rapide de cinq ans et demi autorisait déjà par les espérances qu'elle avait pu s'en faire (a). L'emperenr Charles Louis III ct Carlomau u'avaicut poiut été mariés. Morts

le Gros loi succède. ^

sans enfants, ils ne laissaient qu'un plus jeune frère, fils posthume de Louis le Bègue, que sa faible intelligence avait fait surnommer le Simple, et qui, d'ailleurs, n'ayant que cinq ans, paraissait peu propre à gouverner un royaume livré aux factions des partis ambitieux et à l'action des ennemis intérieurs que le Danemarck vomissait continuellement sur la France. Une assemblée tenue à Gondreville, par les seigneurs, au mois de janvier 885, déféra, selon les lois mérovingiennes toujours en vigueur, la couronne à Charles, troisième du nom, qu'on avait surnommé le Gros, et qui, roi d'Italie et d'Allemagne, portait encore la couronne impériale que lui avait donnée le pape Jean VIII . Par ce choix, l'Empire redevenait ce qu'il avait été sous Charlemagne. La France y eût trouvé un gage de grandeur si à l'étendue de son territoire eût répondu l'aptitude du souverain qu'on se donnait. Et d'ailleurs, le principe qui l'avait fait élire n'offrait aucune garantie, quoique très légal, contre les envahissements que ces électeurs méditaient pour euxmêmes, et surtout contre ceux des Normands qui recommencèrent leurs courses furieuses et toujours triomphantes. On peut croire aussi que Charles était resté jusqu'alors sans enfants, ou s'était réservé d'appeler au trône après lui le jeune prince qu'il venait d'évincer. C'est sans doute par suite de cette idée qu'un tuteur fut donné à ce dernier dans la personne de Hugues, surnommé TA 66^(14), fils de Robert le Fort, à qui Charles le Gros donna le comté de Paris.

(a) Chronic, de gestis Normanor,; — Annal Fuldens^, ann. 884*

Premier tmfhi eû France de Vert càrê-

En Aquitaine, plusieurs provinces, sentant que le principe n t^rave pdiqne de légitimité était un moyen conservateur qu il ne fallait taine. jamais méconnaître, refusèrent d'adopter la royauté de l'empereur : à leurs yeux , le véritable roi était toujours Charles le Simple. Cette courte période de résistance est indiquée par un petit nombre de chartes qui nous restent, et entre autres à la fin de Tune d'elles, datée du 22 mai, la deuxième année après la mort du roi Carloman (886) : Jésus-Christ régnant, et dans l'attente d'un roi (a).

C'est le lieu de dire que Charles le Gros est le premier de nos rois qui data ses actes de l'ère chrétienne. Cette ^^^°^ère avait été réglée au vi® siècle par Denys le Petit. En France, on s'en servit dès le vu® dans quelques actes particuliers; Charles le Gros commença à l'employer dans ses diplômes, et elle devint d'un usage général sous Hugues Capet ib). Quoi qu'il en soit, cette formule de l'attente d'un roi est très remarquable. En effet, au milieu des variations politiques de cette époque tourmentée , elle indique parfai- Annu^K de ru-

,, ..,,^,-, , reflux Icgiilmfi dan'

tement quelle scission s'était faite dans les esprits quant à it^» ÈïouYcrûemratfc la légitimité des pouvoirs. Ainsi, même en un temps de troubles et d'incertitudes, en présence surtout des déprédateurs de la France, quelques esprits que n'endoctrinaient pas jusqu'à l'aveuglement des théories gouvernementales plus utiles à leur avantage qu'aux véritables développements du bien public, prétendaient, non sans raison, qu'il eût été préférables pour les intérêts de l'Etat d'avoir un roi jeune, mais pourvu d'une régence expérimentée aux affaires et dévouée au bien du pays, qu'un prince appelé contre le droit, sous prétexte de lui faire mieux défendre la patrie qu'il laissera périr par faiblesse ou à la merci d'une cour agitée d'intrigants et d'ambitieux. Tant il est vrai que les notions de la justice sont de tous les siècles, et qu'on ne peut jamais s'en éloigner sans ébranler profondement les fondements

(a) Chronic. S. Sert,; — D. Vaissette, Hist. du Languedoc^ in h. ann.

(b) V. Art. de vérifier les dates, I, 6; — ^auléon, Carlav; III, 2.

de l'of dre social ! Tant il est vrai aussi que la t'oyauté légitime et successive est la seule institution gouvernementale qui, en garantissant les droits incontestables d'une famille, sauvegarderait par elle-même le principe conservateur de toute société civilisée !

conScKa "^^"^ ^^ résistance partielle de l'Aquitaine était fort du goût deBoson, car il y voyait une complication des obstacles qu'il suscitait lui-même au nouveau roi et des chances heureuses pour sa propre couronne. Charles II comprenait très bien cette position, et n'avait rien .plus à cœur que de la faire cesser; c'est pourquoi il se hâta, aussitôt que les Normands se furent un peu apaisés, de reprendre contre l'usurpateur de la Provence les mouvements militaires qu'il avait médités Chartes* *?"Groî. - dcpuis la révoltc du prétendu roi. Bernard III, marquis de uemardmycsitBé. Gothio et comtc d'Auvergne, à qui avait été donné en 880 le comté de Mâcon r.epris sur les troupes de Boson , s'était alors engagé à reprendre contre celui-ci la guerre interrompue par la mort de Carloman. Il fut un des principaux généraux dirigés sur la Provence vers le mois de juin 885. L'affaire fut poussée avec vigueur ; de nombreux engagements se succédèrent avec une ardeur égale des deux côtés, et, dans une de ces actions, Bernard tomba et j^erdit la vie. La cause royale, en définitive, eut des succès qui privèrent Boson d'une partie importante de ses possessions. Charles recouvra, à la suite de divers combats, un assez vaste territoire qu'il fit occuper aussitôt. Il disposait en hommes et en munitions de ressources qui manquaient au révolté, et finit par se maintenir avec de fortes garnisons dans la ville de Lyon, reprise aux Provençaux, et sur une longue étendue des bords du Rhône.

Générosité dn roi Bernard III laissa en mourant deux fils nés de sa femme

sur S68 deux cnnuU.

Ermengarde, fille de Warin, comte d'Auvergne, dont Tun fut nommé Warin, comme son père, et l'autre Guillaume, que sa vie édifiante fit surnommer le Pieux, et qui fut son successeur au marquisat de Septimanie et au comté d'Auvergne. jCharles fut reconnaissant j et, en accordant à

ce noble seigneur ces dignités en souvenir d'un leude fidèle et dévoué pour lui jusqu'à donner sa vie pour la cause royale, il continua, autant qu'il le put dans sa courte existence, de le combler des plus gracieuses faveurs.

Cette année est célèbre dans l'histoire par une des actions les plus audacieuses que les Normands aient jamais entreprises pendant leurs incursions en France. Ils osèrent songer à se rendre maîtres de Paris, qui alors était très capable de leur résister par ses fortifications d'autant mieux entretenues qu'on savait ces ennemis capables de tout entreprendre. Il est vrai que cette capitale n'était pas alors ce qu'elle est devenue plus tard, se trouvant, au ix® siècle, renfermée entre les deux bras de la Seine, et ne comprenant que ce qu'on nommait récemment encore la Cité. Mais cette étendue comparativement restreinte était entourée de bonnes murailles flanquées de tours rapprochées ; par conséquent, tous les moyens de défense connus dans les guerres de ce temps pouvaient être employés avec avantage contre les assiégeants, dont l'espoir du pillage centuplait l'ardeur. Mais ce qui décida surtout d'un succès longtemps acheté par des pertes sensibles du côté des assiégés, fut le courage des habitants, animés par la crainte d'une défaite qui fût devenue horrible, mais surtout par les exemples et les puissantes exhortations des chefs, qui se montrèrent toujours sur les remparts et partout où il fallait s'exposer en veillant à la défense. Tout ce qui brillait dans les cours ou dans les camps par la valeur, le talent militaire et la naissance était allé se renfermer dans la place, et y fit preuve d'autant de constance que de patriotisme. Là était Goslin, Pancien abbé de Saint-Germain-des-Prés et de Saint-Denis. Apre et fougueux antagoniste de Louis III et de Carloman dans leurs démêlés pour le trône de France avec Louis de Bavière, réconcilié plus tard avec ces princes, il était devenu évêque de Paris, et, se souvenant de son origine, il se sentit entraîné à protéger sa ville de tous les efforts de son génie et de son ancienne valeur. Les autres chefs se

„ dePafiipir.i les Normands.

Poitenns qui s'y rangèrent autour de lui, acceptant ses conseils; respectant 5 ngiu». ^^^ ordres, et donnant devant le danger l'héroïque exemple

d'une bravoure qui sait obéir et d'une entente sans laquelle les grandes entreprises furent toujours impossibles. Ebles, son neveu, nanti des deux abbayes qu'il avait abandonnées en prenant l'épiscopat, le secondait. En eux bouillait le sang de saint Guillaume de Gellone, qui coulait aussi dans les veines de Bernard III de Septimanie, de Guillaume d'Auvergne, de Raynulfe, si célèbre dans nos annales, ainsi que d'Adhémar et Adal..., tous deux fils d'Emmenon, l'ancien comte de Poitiers ; et d'autres encore qui, tous alliés par les liens de famille, semblaient s'animer parle souvenir de leur noblesse à garder le premier rang parmi les héros. Le siège fut long, car si les défenseurs de Lutèce étaient dignes d'admiration, les Barbares, de leur côté, s'acharnaient à leur proie, se promettaient de l'avoir, et, munis d'armes et d'engins bien maniés, montraient assez quels progrès ils avaient fait dans l'art de la guerre aux dépens de cette France qu'ils voulaient prendre au cœur. Cette fois pourtant le Poitou , par cinq de ses enfants qui défendaient si bien ces formidables murailles, semblait se relever glorieusement de tant de pertes éprouvées dans les champs de l'Aquitaine : nous pourrions dire aussi peut-être de tant de défections !

Péripéties, de cette Lassés de tant d'efforts inutiles, les Normands redou-

eiîtreprise. '

blèrent d'activité en janvier 886. Le 6 février, ils essayèrent, par une nouvelle machine, de mettre le feu aux ouvrages de défense. Mais l'énergie redoubla dans la ville ; on opposa à leurs tentatives la foi religieuse, secondée par tout ce que le génie de la guerre peut inspirer à des hommes poussés à bout. On se battit en présence des corps de sainte Geneviève et de saint Oermain apportés sur les remparts , et dès lors les forces atténuées de l'ennemi permirent du moins, si elles ne . lui firent pas abandonner le siège , de prendre quelque repos dont les assiégés avaient tant besoin, îecîw!*^''' ^^***^ Charles III, pendant que se passaient ces grandes choses

autour de sa capitale, s'était tenu à distance. On alla lui demander du secours qui n'arriva qu'au mois de juillet: c'était quelques milliers d'Allemands qui purent entrer dans la place, et aidèrent à y faire encore d'autres prodiges de valeur. Enfin Charles arriva lui-même dans le courant d'octobre, mais, par une de ces lâchetées qui minaient la France depuis l'apparition des hordes sauvages, il osa conclure avec eux un traité, promettant de leur payer dans six mois 700 livras pesant d'argent, à condition qu'ils s'en iraient aussitôt après ; jusque là, ils devaient vivre en paix avec les Francs et sur leurs terres, et remonter la Seine jusqu'en Bourgogne selon que l'envie leur en prendrait. C'était à dire que ce principal objet de la résistance des Parisiens qui avaient voulu sauver la Neustrie et les provinces voisines d'une désastreuse invasion en fermant leur ville aux envahisseurs, devenait comme non avenu, et rendait inutiles toutes les fatigues et tous les travaux de cette défense héroïque. Si, comme en l'en a soupçonné, le faible empereur avait voulu par là se venger des Bourguignons, qui avaient refusé de reconnaître son autorité impériale, ce n'était qu'une mauvaise action de plus et un genre de satisfaction impardonnable, la Bourgogne étant d'ailleurs encore de la France, quoique devenue un comté, car le roi en était resté suzerain ia).

Les désastres de la guerre avaient causé d'ailleurs dans Les moines de saim-

Savin rclablisseot le

cette belle provmce de grands malheurs qu'U n'était pas monasicredAuiuQ. facile de réparer. Les établissements publics, les domaines particuliers, les monastères surtout, avaient perdu d'immenses richesses; leurs serfs et leurs vassaux étaient tombés dans la pauvreté la plus affreuse, et quand un certain calme avait permis aux religieux de rentrer dans leurs cloîtres, ils y trouvaient un désordre qui imposait de rudes travaux. La discipline en souffrait d'abord, et ne se reconstituait

(a) Cf. DeppÎDg, Invasion des Normands, lib. V et VI, passim. ; —• Abbon, de obsidione Paris, dans Dachesne, 111, passim,; — Annal, Metens», in h. ann. 885 ; — Chronic, de reb. gèst, Normanorum, ibid.

qu'avec beaucoup de temps. Tel était Pétat des choses pour le monastère déjà ancien de Saint-Martin d'Autun, construit à un quart de lieue de la ville, dans les dernières années du VI® siècle, par la reine d'Austrasie Brunehaut, épouse de Théodebert IL Détruit par les Sarrasins vers 730, il avait été rétabli sous Charles le Chauve, et cette restauration, aussi complète que possible, n'avait abouti près d'un siècle et demi après qu'à une nouvelle ruine. Le dernier abbé Badillon était mort en 877, peut-être pendant la dernière dispersion de sa grande famille («). Comme l'édifice était fort beau, tout construit en pierres de taille, réunies, dit-on, par des crampons de fer qui en complétaient la solidité, les ruines intéressèrent encore. Sous la règle de saint Benoît, on ne jugea pas à propos d'en confier la réforme à d'autres qu'à des Bénédictins. Or, parmi ceux-ci, il y avait la maison de Saint-Savin, toujours distinguée par la régularité de ses habitudes, qu'avaient protégée ses remparts inexpugnable, et devant lesquels l'ennemi avait plus d'une fois reculé. A cette époque, l'abbé était un Poitevin que sa patrie avait fait nommer Hugues de Poitiers. Comme son abbaye était des mieux conservées et que le personnel s'y était conservé dans une plus grande régularité, on lui demanda, pour rétablir celle d'Autun, des sujets qui en reprissent plus promptemqnt les habitudes claustrales, et Hugues envoya aussitôt dix-sept moines, dont le chef, Bernon, portait le nom de son prédécesseur, dit la Chronique de Maillerais ih. Nous verrons ce Bernon fonder en son temps l'ordre et le monastère de Cluny (o.

Mort de vvuigrin. Les Barbarcs avaient fait beaucoup de mal à Anfiroulême, obligée de céder à leurs efforts, et aussi complètement ravagée que possible. L'enceinte murale avait été relevée par Wulgrin, que Charles le Chauve, dont il était parent,

(o) Du Tems, IV, 450.

(b) Ad h. ann.

(c) Y. ci-après, ad ann, 909.

comie d^VogOBlftme.

avait mis à la têto du comté après la mort d^Emmenon, arrivée, comme nous Pavons vu, en 866. Il était aussi comte d'Auvergne, Sa gestion fut celle d'un homme zélé pour le bien public. Angoulême lui dut sa restauration complète , car tout y avait été brûlé, et, pour s'opposer plus efficacement aux nouvelles attaques, il fit bâtir les châteaux de Marcillac (15), dans le centre nord de son gouvernement, et de Matha (16), qui se rapprochait plus de Saint-Jeand'Angély et pouvait servir de défense à cette ville. Wulgrin fut souvent en lutte avec les Normands à qui, plus d'une fois, il fit payer cher leurs brigandages. Il mourut vers le 3 mai 886, et il fut un des premiers qui profitèrent des graves concessions faites par la couronne à ses vassaux, car, avant de se séparer d'eux, il partagea entre ses deux fils les Etats dont il était devenu le possesseur irrévocable. L'aîné, Alduin, reçut l'Angoumois, et Guillaume, son frère, eut le Périgord auquel il ajouta plus tard l'Agenais, qu'il tint de sa mère Rogelinde, fille de Bernard II, duc de Toulouse et marquis de Septimanie, celui qui était mort en 879, par suite de sa révolte contre Louis et Carloman (a).

Alduin eut un long règne dans l'Angoumois, où il ne mourut qu'en 916. Nous le retrouverons en relation avec le monastère de Charroux.

Pendant que Charles le Gros traitait avec les Normands chrif de' ctSct îî qu'il aurait dû combattre, Boson s'était ravisé et profitait de l'éloîgnement de l'empereur pour recommencer le siège de Vienne et reprendre les terres que Carloman lui avait enlevées. Pendant qu'il opérait ainsi et que cette reprise d'armes devenait un nouveau sujet de soucis pour le souverain, une autre cause de bien plus tristes angoisses menaçait celui-ci. Sa pusillanimité venait de le faire tomber dans le mépris public aussi bien des Français, qui avaient espéré trouver en lui un défenseur contre les hordes du Nord, que des Allemands, dont le pays venait d'être dévasté

(a) Vigier de la Pile, Histoire de VAngoumoiSj 1846; -— Art de vérifier les dates, IX, 370; — X, 180.

Gros.

363 HISTOIRE GÉNÉRALE PU fOITOU (887)

par elles sans espoir de revanche. Après le fameux pacte qui ruinait sa patrie, Charles s'était rendu à Tribur, villa royale située près du confluent du Mein et du Rhin , en Allemagne (17). Il y avait indiqué une diète où il se montra ':' aussi peu éclairé que faible politique, ce qui ne fit quMn-

': disposer les esprits : on parlait déjà de le détrôner pour

"1 son incapacité, lorsqu'une raison de plus haute importance

l vint seconder ce projet et résoudre les difficultés que

■ quelques-uns auraient pu lui opposer. Avant d'en dire les

^ suites si importantes, notons encore ce que Tannée 887

j^ peut avoh* de remarquable pour nous.

; MorideBown. j)^q \q commencement, un événement qui aurait pu avoir

, de plus grandes conséquences si l'empereur avait eu plus

r d'énergie, arriva en Provence : ce fut la mort de Boson,

! qui s'était maintenu à Vienne après la levée du siège et y

avoir recouvré sa femme, que son frère Robert lui avait rendue et qui le secondait dans le gouvernement de son royaume. Il mourut dans cette ville et y reçut la sépulture. ; Il laissait deux enfants : Ingelberge, qui plus tard épousa

Guillaume le Pieux, comte d'Auvergne, et un fils, Louis, qui, sur les conseils de sa mère, et déjà âgé de dix-huit ^ ans, se rendit immédiatement auprès de l'empereur pour

faire acte de bon parent. Il en reçut le meilleur accueil, ce qui fit comprendre de reste que cette indulgence de la part d'un prince suzerain que le père avait refusé de servir venait d'une crainte réelle de recommencer une guerre qui, t pourtant, pouvait mieux que jamais rétablir le prince dans

son autorité contestée. Loin de là, Charles accueillit très bien le jeune orphehn, le traita comme son fils et son t vassal, et le confirma dans son duché de Provence. Louis

\ ne demanda rien de plus ; il retourna sans tarder prendre

r possession des Etats de son père, sachant bien que le

moment ne tarderait pas à venir où un titre plus élevé lui donnerait le droit de prendre une couronne héréditaire ra).

(a) La Fontenelle, Rois et ConUes, p. 382; — Mauléon, Carlov., Il, 337;

Nous verrons comment les événements devaient tromper '^

ses vues ambitieuses. |

Ecfroi, toujours évêque de Poitiers, paraît avoir opéré c^ihédrauwue'fa- § cette année aussi une transaction avec un chanoine de la ^"«' j

cathédrale pour quelque domaine que celui-ci lui vendit, 'i

sans qu'on sache ni l'objet vendu, ni les termes du contrat(a). Nous n'en parlons que parce qu'il y est question d'un \

membre du Chapitre cathédral qui constate ainsi l'existence |.

et l'autonomie du corps capitulaire avec la preuve que déjà !;

les deux menses étaient séparées. C'est une preuve aussi ?

que les Chapitres des églises cathédrales avaient suivi •

l'exemple de beaucoup de monastères, en devenant comme * \

eux chanoines réguliers, et moins astreints encore que ces derniers aux régies suivies pour les familles épiscopales -f

jusqu'à la fin du viii® siècle. Ce vendeur qui traite avec ^:

Pévêque, est-il dit, est un o prêtre de la Congrégation de Saint-Pierre ». C'est donc bien là, à cette époque, une communauté qui n'a pas encore le nom de Chapitre, mais qui a sa vie à part, ses possessions propres, qui a commencé une existence nouvelle, et dont chaque membre peut ; disposer de son patrimoine, vendre et acquérir, ce qui ne semble pas avoir été admis au commencement de ce siècle, car en 816, un concile de Chelsyt, en Angleterre, avait renouvelé sur la vie canoniale, à peu près toutes les règles que nous avons vu établir, en 758, par saint Chrodegand {b).

Cette même année, Raynulfe I®^, qui avait été comte de Mort du comte de '

. , , 1, ,, Poitou Raynulfe !•'.

Poitou, mourut de la blessure qu'il avait reçue au combat de Brillac, contre les Normands, après en avoir souffert ce long espace de trente-trois ans, pendant lequel son nom est à peine prononcé dans l'histoire, sans doute à cause de sa mauvaise santé qui l'avait éloigné des affaires et de .toute activité. Il avait cependant conservé son titre de comte de Poitou, et à ce même titre était devenu abbé

(a)' Cf. Gallia christ., II, col. H59.

(b) V, ci-dessus, t. HI, p. 325.

séculier de Saint-Hilaire («). Nous avons vu comment il avait secondé les vues de Charles le Chauve contre Pépin II dont ii s'était emparé, ce qui mit fin aux troubles causés par ce dangereux et incorrigible adversaire (t). Il eut pour successeur à Poitiers, sous le nom de Raynulfe II, le fils de Bernard, deuxième du nom, dont les biens et les dignités avaient été confisquées en 878, et dont la mort malheureuse punit Tannée suivante les longues et. détestables perfidies (18).

les^tïïf'**^'*^ Pendant jm règne qui durait depuis trois ans, l'empereur Charles le Gros n'avait donné que des preuves d'incapacité ! et de faiblesse. Les dangers même de la patrie n'avaient

réveillé en lui ni patriotisme, ni énergie. Quand il eut ouvert sa diète de Tribur, on s'aperçut qu'un certain affaiblissement d'esprit auquel on pouvait raisonnablement attribuer beaucoup de ses actes, devenait plus intense, et le poussait jusqu'à écouter contre l'impératrice Richilde des calomnies auxquelles personne n'ajoutait foi. L'avilissement dans lequel il était tombé s'ajouta à cette raison pour que des mécontents se fortifiassent dans le dessein depuis longtemps conçu, de le remplacer sur le trône. On s'arrangea de façon à lui substituer son neveu Arnoul, fils de Carloraan, roi de Bavière, et on l'élut à la couronne de Germanie. Ce fut un coup auquel le malheureux monarque ne put résister; il se trouva aussitôt abandonné des siens, réduit à une solitude complète et à un dénuement auquel Ruitbert, archevêque de Mayence, fut obligé de pourvoir. Arnoul, auquel il dut recourir, lui assigna quelques terres en Allemagne id Sa mort. Ccci sc passait au mois de novembre 887. La faction

très nombreuse qui avait ménagé ce changement, se préoccupa d'un autre roi. Comme il s'agissait à la fois de l'Italie et de la France, le premier de ces deux royaumes était convoité par Béranger, duc de Frioul, qui descendait

(a) V. ci-dessus, ad ann. 862.

{b) Ad ann. 865.

(c) Annal. Meienz., ad ann. 887.

des anciens maires du palais, et se fit nommer sans difficulté. En France, les compétitions firent durer Tinterrègne pendant quelques mois, mais lorsque le 12 janvier, Charles, le Gros mourut dans sa triste solitude d'Indingen (19), on sentit la nécessité d'avoir un chef. Les grands s'assemblèrent donc à Compiégne. On y renonça à réunir le pouvoir supérieur entre les mains d'un souverain qualifié d'empereur, et l'on ne songea qu'à faire un roi de France. Un fils de Louis le Bègue avait été élevé à la cour de Boson depuis la mort de son père ; il semblait naturellement l'héritier du trône; mais il n'avait que neuf ans. Son peu d'intelligence le faisait déjà nommer Charles le Simple; deux raisons qui lui firent préférer unanimement Odon, ou Eudes, fils de te trône de France Robert le Fort, à qui les souvenirs de sa naissance ne odon! furent pas moins utiles que ses belles qualités d'esprit et de corps. Son habileté reconnue, sa sagesse prouvée en maintes occasions, sa figure pleine de noblesse que relevait encore une taille avantageuse, promettaient enfin un adversaire énergique des Normands, qui d'ailleurs avaient appris à l'estimer et à le craindre pendant le siège de Paris : la ville lui avait dû son salut aussi bien qu'à l'évêque Goslin. Odon, qui avait d'ailleurs le projet très loyal de garder la couronne au jeune Charles, dont il était le tuteur (a), l'accepta et se fit sacrer aussitôt dans le courant même de la diète, à Compiégne, par Wauthier, archevêque de Sens. De ce moment disparut la dernière trace de la famille de Charlemagne.

(a) LoûgucTal, VIII, i93.

Note 1

Nantua, Naniuaeum, petite ville de Tancien Bugey, sur le lac dont elle a prisr le nom. Elle avait déjà un monastère de Bénédictins qui abrita la tombe de l'Empereur. C'est une des sous-préfectures du département de l'Ain, peuplée de 3 à 4,000 habitants, dans une gorge sauvage enfoncée entre deux montagnes.

Note 2

C'est l'opinion de M. Fauriel, Histoire de la Gaule méridionale^ qui, tout en remarquant que ces capitulaires n'établissent pas un droit nouveau, n'observe pas assez cependant que c'était là nne suite de mesures très graves et qui changeaient tout le passé par cela même qu'il n'était plus possible d'y revenir. Il est très vrai cependant que dans le passé on n'avait jamais exprimé si nettement le droit à une succession désormais devenue incontestable, et qu'à l'avenir l'autorité royale se refusait le droit de reprendre ce qu'elle avait ainsi donné. C'est donc bien là une mesure définitive, en dépit de ce qu'ont prétendu quelques historiens, entre autres l'auteur de VHistoire des Mérovingiens et des Carlooingiens, que nous avons cité maintes fois, et qui ne datent l'hérédité des fiefs que du règne de Hugues Capet. Nous verrons que si ce prince a pu déterminer quelque chose d'encore plus concluant sur la matière, il l'avait réellement trouvée déjà réglée, puisque lui-même s'était comporté d'après ce principe généralement observé de son temps.

Labbe, ConeiL, IX, 214. — Du Tems, II, 411. — Longueval, VIII, 142. — La Fontenelle, Rois et Dues d'Aquit., p. 371. — Ce dernier écrivain, jugeant des choses du ix° siècle comme un Conseiller de 1830, s'extasie sur ce que le Pape usurpait ainsi une notable portion de l'autorité judiciaire en Poitou. Notre compatriote oubliait que le droit canonique, d'accord alors avec celui de l'Etat, indiquait cette marche à suivre. On n'était pas encore arrivé au libéralisme de Philippe le Bel et de Nogaret.

Note 4

Besly s'est trompé en faisant ce Raynulfe II fils de Raynulfe 1*', g^- qui avait été comte de Poitou en 839, premier duc d'Aquitaine en

1 . 845, et qui fut tué par les Normands en 867, en môme temps que

|; Robert le Fort. Ce Raynulfe n'était que parent, allié par le sang de

I Raynulfe II dont nous parlons ici. C'est ce qui résulte de deux

chartes de Saint-Martin de Tours citées par La Fontenelle, Rois et

Dues d'Aquitaine, p. 557.

Note 5

Flavigny, Flaviniaeum, près la petite ville de ce nom, en Bourgogne, chef-lieu de canton de la Côte-d'Or, a près de 1,500 habitants. Construite d'abord par Clovis, rétablie en 722, son église de Saint- Pierre fut consacrée en 877 par le pape Jean VIII.

M Note 6

^' Ce raisonnement était des mieux fondés, puisque dès lors la

P^ législation ne reconnaissait légitime dans la famille aucun mariage

^ clandestirij c'est-à-dire contracté en dehors de l'autorité royale ou

g. paternelle. Un édit de 1557 avait exprimé cette ancienne coutume,

^ ou plutôt renouvelé la loi constamment suivie surtout dans les

familles couronnées et permettant aux pères et aux mères de déshériter leurs enfants s'ils se mariaient sans leur aveu. C'était tout ^ simplement une loi protectrice de la famille et de la société. (Voir

i. de Thou, Histoire universellej liv. XIX.)

(^ Note 7

g Candes, Condaie, petite ville de 800 âmes, sur la Loire, canton et

^' à 3 lieues Nord-Ouest de Chinon. Nous avons vu saint Martin y

mourir en 398. (V. ci-dessus, tom. I, p. 372.) Son église a un

magnifique portail du xiii» siècle.

Note 8

Montsoreau, Mons Sorellij petite ville de 1,200 âmes, aux f confins de l'Anjou et de la Touraine, sur la rive droite de la Loire,

T canton de Saumur. (V. ci-dessus, tom. IV, p. 320.)

Note 9

Mauléon, Malleo, Malleolium, est aujourd'hui une petite souspréfecture des Basses-Pyrénées, n'ayant qu'une population de 1,200 âmes. La ville est sur le gave de Gaîzon, divisée en haute et

basse : Tane, la plus ancienne, s'était établie sur la pente d'un monticule autour du vieux château dont les ruines la dominent ; Taatre s'étend dans la plaine jusqu'au bord du Gave : c'est un des charmants aspects de ce beau pays.

Note 10

' Nous signalerons en son temps, l'érection de l'abbaye de la Trinité, qui fut donnée aux Bénédictins avant 1079, et fut réformée en 1660 par les Génovéfains et les soins de l'abbé commandataire Henri de Béthune, archevêque de Bordeaux.

En 1317, la partie du territoire poitevin qu'occupait Maiiléoû fit partie du diocèse de Maillezais, passa avec lui au diocèse de la Rochelle en 1648, et enfin revint sous la juridiction de l'évèque de Poitiers quand notre diocèse fut rétabli en 1801 et composé des deux départements de la Vienne et des Deux-Sèvres. Très anciennement, la ville était dotée de cinq paroisses :

La première fondée fut celle de la Trinité, dans l'église même de l'abbaye. L'abbé et le Chapitre en étaient présentateurs, et l'évoque de Poitiers y nomma tout d'abord; après lui, successivement, ceux de Maillezais et de la Rochelle.

La seconde était Notre-Dame, sous le patronage de l'abbé de Saint-Jouin-de-Marnes ; c'était un prieuré mentionné dans une bulle d'Alexandre III , donnée en 1179. Ce prieuré était placé à un quart de lieue au plus de Mauléon, dont il a toujours été regardé comme un faubourg. L'église prieuriale, qui existe encore comme centre d'une paroisse de 1,000 à 1,100 âmes, avait pour vocable le saint patron de l'abbaye de Saint-Jouin-de-Marnes, et est devenue un chef-lieu de commune du canton de Châtillon.

La troisième était Saint-Mélaine (Saneius Melanus).

La quatrième, Saint-Pierre, du patronage de l'abbé de Mauléon.

Et la cinquième, Notre-Dame de l'Aumônerie, simple chapelle à laquelle nommait le prieur de Saint-Jouin-sous-Châtillon, la fondation en ayant été faite depuis très longtemps par un prieur de cet établissement. Cette aumônerie était un hôpital destiné aux malades et aux enfants abandonnés. Il fut réuni par le B. Gaulthier de Bruges, évéque de Poitiers, à la Trinité de Mauléop, vers la fin du XIV® siècle, et .plus tard d'autres annexions furent faites à cette dernière paroisse, de sorte qu'il ne reste plus de toutes ces églises que celles de Saint-Jouin et de la Trinité. Cette dernière a été restaurée dans sa belle forme primitive.

Une histoire de l'antique petite ville de Mauléon, de son abbaye et de son château, de ses seigneurs et de ses églises, éveillerait de t. V n

patriotiques souvenirs depuis trop longtemps endormis. On ne manquerait pas d'y mentionner parmi ses meilleurs titres d'aujourd'hui l'intéressante école ecclésiastique dirigée avec succès par le curé-doyen, M. Tabbé Courtois, qui doit son canonicat honoraire à son zèle si fructueux pour le recrutement du sacerdoce diocésain.

Note 11

• Le Pré-Pesson est une maison rurale de la commune d'Âmberre, dans le canton de Mirebeau (Vienne). Non loin de là est une fontaioe de même nom ; elle donne naissance à un ruisseau qui traverse les communes de Ghoupes et de Saint- Jean-de-Sauves, coule entre celles de Saint-Clair et de Frontenay, limite au Sud celle de Messay, et se perd dans la Dive, à Moncontour, après avoir pris successivement les noms de Prepson de Billy, de Chenelle de Saint-Jean" de-SauveSj et de Chenelle, qui est évidemment une variante do Chenel (Canalis).

Note 12

Goudon, près Gien, sur la rive gauche de la Loire, et qu'il ne faut pas confondre avec un prieuré de ce nom, au diocèse d'Agen.

Note 13

Ivelines ; cette forêt était dans la Beauçe, près Chevreuse (Eureet-Loir). Elle est presque entièrement défrichée.

Note 14

Il ne faut pas confondre ce Hugues avec son neveu Hugues de France, surnommé tantôt le Blanc, tantôt le Grand, et tantôt l'Abbéj parce que, comme son oncle, il avait Tabbatiat laïque d'une ou de plusieurs abbayes.

Note 15

Marcillac, Marciliaeum, bourg de 1,700 âmes, canton de Rouillac (Charente), dans la partie Nord-Ouest du département. C'était, avant 1790, un marquisat dont la famille de Crugi-Marcillac, remontant au moins jusqu'au ix^ siècle, était titulaire. Marcillac eut im château que l'histoire n'a pas oublié. Ce territoire, comme celui de Ruffec qui l'a voisine, était alors du Poitou. (V. Bulletin desAnt. de l'Ouest, 1,201.)

Note 16

Matha, chef-lieu de canton de la Charente-Inférieure, à 4 lieuefi Sud-Est de Saint-Jean-d'Angély, a une population de 1,800 hab.

Note 17

Tribur, Trihurœ, Triburinum, bourg à trois lieues Sud-Est de Mayence, n'a plus que 1,300 habitants. Les empereurs d'Allemagne ont continué longtemps d'y présider les diètes, et en avaient fait une demeure très agréable.

Note 18

Nous avons vu ci-dessus, aux années 878 et 880, les agissements déloyaux et la mort très justement méritée de Bernard. Besly s'est trompé énormément en faisant Raynulfe II le fils de Raynulfe P^ Celui-ci mourut sans enfants; on ne sait môme pas s'il fut marié. C'est par suite de cette déshérence que Bernard II était devenu comte de Poitou, et que, privé à son tour de ses possessions, celles-ci furent données à Raynulfe II, que son nom a fait regarder par Besly comme fils de Raynulfe F' .

Note 19

Indingen, petite ville de cette partie de l'Allemagne appelée la Souabe jusqu'à la Confédération du Rhin en 1806 ; elle fut partagée alors entre le Wurtemberg, le grand-duché de Bade et la Bavière.

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