‹ Histoire générale civile, religieuse et littéraire du Poitou. 3Chapitre 9 sur 25 · LIVRE XXXVII · texte numérisé non relu

LIVRE XXXVII

Depuis le régne d^Eudes en France jusqu'au partage

DU ROYAUME AVEC ChARLES LE SlMPLE (De 888 à 896)

ARis était devenu la capitale de la Gaule ou plutôt de la France, car la Gaule s'effaçait de plus en plus, et les Français devenaient un peuple nouveau sous Pinfluence de plus en M plus puissante de la féodalité. L'élection au trône d'un comte de Paris qui fixa dans cette ville Je siège de son gouvernement, féconda singulièrement l'idée déjà éclose de cette indépendance personnelle dont les seigneurs étaient imbus depuis longtemps, et tout le monde voulut être roi. Arnoul qui possédait paisiblement la Germanie, trouva des rivaux qui lui disputèrent la qualité d'empereur jusqu'en 896. Raoul, neveu de Charles le Gros, s'intronisa dans la Bourgogne transjurane ; Louis, fils de Boson, reprit le titre de roi de Provence avec Arles pour capitale. Il y eut même, comme nous le verrons bientôt, des tentatives pour rétablir au profit d'un vassal puissant la royauté d'Aquitaine ; et un fait à noter, c'est que tous ces prétendants, oubliant la loi salique, toujours en vigueur, et qui devait survivre très rationnellement à toutes ces tendances royales, se vantaient d'y avoir des titres parce qu'ils descendaient de Charlemagne joar les femmes.

Evdes et tu eompétiteon fôodiQx.

11 bal les Normands H s'cn suit de toutes ces Foyautês improvisées que Eudes ^ * "** ne fut pas reconnu dans toute la France. Le Languedoc,

TAuvergne, refusaient formellement de Padopter, et les chartes s'y datèrent alors plus d'une fois « de l'année après la mort de l'empereur Charles et dans V attente d'un roi ». Ceux à qui ces dissensions étaient le plus favorables en profitaient contre la France. Les Normands n'en déployaient qu'une plus grande activité. La Bretagne, la Brie (1), la Neustrie orientale devenaient le champ de leurs nouveaux exploits, et ils portèrent surtout le carnage, la famine et tous les désordres dans le beau pays de Saint- Lô et de Coutances (2), qui devaient leur appartenir bientôt sous le nom de Normandie. Ce fléau n'était pas le seul: les comtes et les ducs n'ayant plus d'autres lois à suivre que les leurs propres, se faisaient la guerre, ne recourant pour vider leurs querelles qu'à leur propre jugement, qui s'écrivait toujours par l'épée. Eudes, au jour de son sacre, avait promis de respecter les lois de l'Etat et de l'Eglise et de réprimer les abus. Il crut avec raison, que, de ces abus, le plus grand était de souffrir aux Normands le droit de piller la France et de s'y répandre en vainqueurs, surtout dans l'Aquitaine et dans la Neustrie. Il songea d'abord à ceux de cette dernière contrée, qui opéraient plus près de lui. Les ayant surpris près de Montfaucon (3), en Champagne, au nombre de dix-neuf mille, il les défit avec un corps de mille hommes seulement, et les força de reprendre le chemin de leurs vaisseaux («). Sa bravoure fut remarquable dans cette action qui eut lieu le 24 juin et rallia à son parti un grand nombre de ceux qui étaient capables de se laisser séduire par les belles qualités militaires dont il venait de donner la s^èvementderA* preuve (*). Quand ce fait glorieux s'accomplissait en Champagne, une autre arraée de Barbares assiégeait Meaux (*). Avec l'entrain que les troupes royales venaient d'acquérir

(a) De gestis Normanorum,

{b) Annal, Fuldens., ad. ann 888. — Âbbon, Lutecia a Norman, obs-, lib. U, y. 49 et sg.

quilaioe.

dans une première victoire, toutes les régies de la guerre

auraient persuadé à Eudes d'y accourir, s'il n'eût reçu en

même temps l'avis que l'Aquitaine se soulevait contre son

autorité. Evidemment la prudence ne permettait pas de

négliger une si grave nouvelle. Quelques malheurs en effet

qui menaçassent une ville de l'intérieur, ils n'avaient rien de

comparable à la perte d'un pays qui était la moitié de la

France. C'est qu'en effet les Aquitains avaient manifesté

rintention de se remettre en royaume en prenant Poitiers

pour capitale (a), Eudes ne souffrit pas volontiers ces préten-

tiens. Raynulfe II, qui venait de se faire déclarer roi du '^^'^^^^i-

pays en se targuant de descendre de Charlemagne par

les femmes, et qui avait maintenu les habitants contre

Pêlection du roi de France, lui parut celui auquel il fallait

surtout s'adresser, car il était secondé par ce qu'il y avait

de plus brave et de plus élevé dans la contrée : ses frères

d'abord, Gausberg et Ebles, son cousin Guillaume le Pieux,

comte d'Auvergne; puis Alduin, comte d'Angoulême et de

la Marche, et son frère Guillaume, comte de Périgord. On

voit que Raynulfe avait en eux des alliés qui, voulant aussi

la reconstitution du royaume d'Aquitaine, lui assuraient

presque toute l'étendue du pays, surtout après que Raynulfe

lui-même avait joint à son titre de comte de Poitiers ceux

de la Septimanie et de la Marche d'Espagne r*), et qu'il

s'était ménagé une alliance utile avec Roi, prince de Redon,

qui, en cas de besoin, devait lui venir en aide contre les

récriminations armées du nouveau roi de France. Nous ne ,. ,

savons quels motifs suspendirent jusqu'à l'année suivante «^^^^^ ^Muiuitic,

la marche que Eudes résolut dés lors sur le Poitou et les

provinces citérieures. Ses arrangements avec Arnoul, roi de

la Germanie, dont il avait à redouter l'opposition, et qu'il

sut par son habileté faire entrer dans sa cause, en furent

peut-être la raison. Occupons-nous donc, avant d'arriver à

(a) Besly, Comtes de Poictou, p. 198.

(6) Herman., Gontract., dans D. Bouquet, VIII, 247.

cette importante période, d'autres détails qui se rattachent encore à Tannée où nous sommes et qui sont d'un si grand intérêt pour notre pays.

FiSëîàîSte^wwS ^' y ®^* ^^**® année un concile à Metz dans le mois de juin. On y remarque le septième canon qui, sur la requête du primicier ou doyen de l'église cathédrale, délendit aux chrétiens de manger avec les juifs, et de recevoir d'eux ce qui peut être bu ou mangé. Cette défense était motivée par la crainte du poison dont les juifs, ennemis du nom chrétien, se servent volontiers contre ceux qui entrent en familiarité avec eux («). Cette méfiance et le souvenir de cruelles trahisons les avaient rendus odieux, nous le voyons, ailleurs que dans le midi de la France. Nous les avons vus au siège de Toulouse, en 829(*), se signaler par des perfidies qui firent tomber la ville aux mains des assiégeants. On y avait gardé le souvenir de ce crime, et ils n'avaient obtenu d'y habiter et d'y avoir une synagogue qu'à des conditions aussi dures qu'ignominieuses. En punition de ce qu'ils avaient autrefois livré la ville aux Sarrasins, un de leurs rabbins était obligé de présenter tous les ans à la porte de l'église cathédrale, trois livres de cire le jour de Noël, le vendredi saint et le jour de l'Assomption (o, et de recevoir à chaque fois un soufiBet d'un homme vigoureux. Us firent mainte fois de grands efforts pour se racheter de cette honteuse servitude ; on voulut bien les écouter dans une assemblée tenue à Toulouse où il leur fut permis d'exposer leurs raisons. Ils cherchèrent à nier l'origine de ces sévérités, mais un clerc, nommé Théodard, leur prouva que Charlemagne et Louis le Débonnaire leur avaient imposé ce joug en expiation de ce qu'ils avaient invité, au commencement du vni« siècle, le calife Abdérame à entrer en France, qu'ils avaient mise à deux doigts de sa perte. On ne retrancha donc rien de ces assujettissements

(a) Labbe, CoficiL, t. IX, ad ann, 888. — Hardouin, ibid., t. YI.

{b) V. ci-dessus, t. IV, p. 252.

(c) Cette fête était célébrée au moins dès le commencement du ix^ sicdc.

qui n'étaient que le juste châtiment d'une criminelle ingratitude. En effet, pour qu'ils consentissent à demeurer à ce prix au milieu de populations qui les détestaient, il fallait bien qu'ils y trouvassent de grands profits ou qu'ils eussent toujours contre la population chrétienne des arrière-pensées qui trop souvent se firent jour (a).

Un échange de terre entre l'abbaye de Nouaillé et deux ^J^^ ^^ ^* époux nommés Elbon et Wissengarde, se fit en octobre de cette même /année, et l'acte en fut daté de la première du roi Eudes, et après la mort de Carloman, ce qui prouve bien qu'en Poitou aucune difficulté ne s'était encore élevée, quant à l'élection du successeur de Charles le Gros. L'abbé était alors Guérin qui n'est pas connu autrement. Il donnait à ses cocontractants dans une villa de Mesgon, appelée plus tard Château-Larcher, un alleu de terres possédé par lui en toute souveraineté avec toutes ses dépendances. Ceux-ci lui abandonnaient sur le même territoire, enclavé dans la même viguerie de Vivonne, un champ, une vigne, des terres arables, des pâturages et quelques bouquets de bois qui étaient plus à la convenance de l'abbaye. Une grande partie de ces domaines étaient arrosés par la Clouère (5) petite rivière qui, née dans le département de la Charente et sur les limites de celui de* la Vienne, se perd dans le Clain à trois quarts de lieue au-dessous de Vivonne (6). L'abbé recevait aussi des prairies dans la villa de Vintray, sur le Clain (7). Tous les lieux, tous les cours d'eau ici mentionnés, doivent être connus du lecteur, comme déterminant des points intéressants de notre histoire locale. Ils étaient compris dans la viguerie de Vivonne, dont nous avons donc à parler ici.

Vivonne en était le chef-lieu. Un titre de l'abbaye de PiroUMde vivonne Nouaillé l'indique en 857 comme étant déjà fortifiée. Elle faisait partie du pagus de Brioux. Son nom relativement moderne lui vient de la Vonne, rivière qui se jette dans le

(a) Duchesne, In vita Theodardi, III, 429. — Candi Tolosan,^ in append., i. IX, ConcU, Gallic.

r Clain, à son passage au Sud-Est de la ville. Avant ce nom

1^ . latin, ce devait être une localité celtique, assez bien indiquée

^i encore par les monuments de cette période répandus dans

ses environs. Elle était d'ailleurs utilement servie par le passage d'une voie romaine allant de Poitiers à Saintes, et : des débris de villas et d'objets précieux de cette époque y

f" parlent de son ancienne importance. Sa position avantageuse

» sur deux rivières en avait fait une châtellenie qui relevait

de la baronnie voisine de Celle-i'Evêcault. Le château seigneurial, ruiné de fond en comble, avait des souterrains l' étendus et flanqués de tours circulaires ; il devait remonter

I au XII® siècle. Mais ce monument ne fut sans doute que la

r, reconstruction d'un autre plus ancien, car la seigneurie

L doit remonter aux premiers temps de la féodalité, c'est-à-dire

; au VIII® ou au ix® siècle au plus tôt. Le nom d'un Barthélémy

? de Vivonne apparaît dans nos chartriers aux dates de

r 1068 et 1081, avec mention dans ces mêmes temps d'un

? castrum ou château fortifié par une double enceinte de murs

[ et de fossés. A la même époque aussi paraît « l'église

(■ construite en l'honneur de saint Georges dans le château ».

l. En 1087, Hervé, archidiacre de la sainte Eglise de Poitiers,

!; et Pierre Fort, son frère, la donnèrent aux moines de Saint-

* Cyprien avec toutes les autres églises qui formaient leur

\ patrimoine (et elles étaient nombreuses), y compris une

\ église de Saint-Christophe, située hors des murs, et dont

j'entends parler ici pour la première fois. On no sait plus y où retrouver sa place. Les moines, en retour, ne devaient

^* payer qu'une rente annuelle de dix sous chaque jour de

Noël (a). Cette église, qui devint nécessairement paroissiale, ^ fut rebâtie au moyen âge après quelque destruction causée

f par les guerres, et porte maintenant les caractères des xiii*

et XIV® siècles, avec des reprises postérieures. Le territoire de cette paroisse, coupé par les vallées du Clain, de la ; Vonne (8) et du Palais (9), était autrefois de l'archîprêtré de

(a) Cartular. S. Cypr., p. 200.

Village de Cercij^Qv.

Lusîgnan. L'abbé de Saint-Cyprien nommait à la cure aussi bien qu'au prieuré de son Ordre qu'on y avait fondé au X® siècle. On y avait même établi une autre église paroissiale sous Finvocation de saint Michel ; c'était l'ancienne chapelle du château dont les paroissiens furent réunis à ceux de Saint-Georges, par suite des bouleversements de 1790. Plusieurs autres prieurés, chapelles et maladreries étaient répandus sur la paroisse de Vivonne. Leurs seigneurs se montrèrent toujours bienfaisants et dignes de ceux qui devaient illustrer leur nom . depuis le xv« siècle. A cette époque la maison de Vivonne y fonda un couvent de carmes. Une aumônerie ou hôpital y fut aussi établi au xiii^ siècle, dont les revenus, le couvent ayant été détruit pendant les guerres de religion, furent réunis à l'hôpital de Lusignan.

A cinq kilomètres au Sud de Vivonne est le petit village de Cercigny, arrosé par le Palais, et dont le château ruiné conserve encore ses tourelles et ses mâchicoulis du XV® siècle. C'était une ancienne châlellenie dont la première mention remonte au milieu du xiii® siècle.

La viguerie de Vivonne existait déjà en 857 ; elle semble vigueriedevivonnp, s'être limitée au Nord et au Sud par l'Auzance et la Vonne, et au-delà du Clain, du côté Est, elle pouvait compter plusieurs localités plus ou moins importantes et relevant de sa juridiction. Elle paraît s'être étendue beaucoup plus vers le Sud, puisqu'une charte de Saint-Cyprien («> cite vers 1010 un lieu aujourd'hui inconnu, villa FoletOj qui avoisinait le village de Brux, situé sur la Bouleur, à quelques kilomètres au-dessus de Couhé. En un mot, elle comprenait à peu près alors le terrain circonscrit aujourd'hui dans le canton de Vivonne.

Au nombre de ces localités était Château-Larcher, dont un usage maladroit n'a fait qu'un seul mot, dénaturé quant '-"^^'fà son origine et à son orthographe. Ce lieu fut appelé

Origine de la |«roisse de Cliàteau-

(«) Y. Cartulaire, p. 283 ; - Redel, p. 523 ; — V. viUa.

d'abord Mesgorij Metgon, et plus tard Mougon : nom sur lequel nous devrons revenir. Le nom de Châtel-Achard, qui suivit, ne fut employé que depuis qu'un seigneur nommé Achard eut rebâti le château, déjà fort endommagé par le temps, et fondé en 976 le prieuré de Notre-Dame, tout voisin de Mougon, de concert avec son père Ebbon, et sa mère Oda, qui étaient les seigneurs du lieu. Tout cela, à travers les chartes de cinq ou six siècles, est devenu Château-Larcher, qu'on ne trouve pas ainsi écrit avant 1601(10). •

Le sol occupé par le bourg, qu'autrefois son enceinte fortifiée décorait du nom de ville, fut occupé sans doute par quelque peuplade considérable de Gaulois : on en juge par le grand nombre de monuments celtiques épars dans la plaine, et que le vandalisme moderne a trop peu épargnés. Le christianisme dut arriver promptement dans ce' lieu déjà considérable, et une villa munie d'une église y fut probablement établie peu de temps après l'affermissement de la conquête. L'érection en 969 d'un prieuré de Notre-Dame avec quatre moines bénédictins de Saint-Cyprien de Poitiers, suppose que déjà la religion était florissante dans le pays, où sans doute elle ne tarda pas à renaître après que Clovis l'eut délivré des Wisigoths. Beaucoup de propriétés territoriales énoncées dans la précieuse charte de fondation, avaient été données à Saint-Cyprien ; c'est pourquoi l'Abbé disposait de la cure et du prieuré, dédiés l'un et l'autre à la Sainte-Vierge. Longtemps la seigneurie fut opulente, ayant vingt-cinq fiefs dans sa mouvance ; les titulaires y jouèrent, dans le moyen âge, un rôle important ; leur châtellenie felevait de la tour de Maubergeon à Poitiers, et de toutes parts, ils trouvaient autour d'eux de glorieux souvenirs remontant jusqu'à la fondation de la monarchie. MoBgon. Nous allons voir comment la tour de Melgon fut bien, au

VI® siècle, le MougoUj campus MogotinstSj où se livra en partie la bataille qui fit tomber Alaric sous les armes de Clovis (11). Une charte de l'abbaye de Nouaillé prouve qu'en

1333 existait dans cettô paroisse une malàdrèrie ou* hôpital : cette paroisse était de Tarchiprêtré de Lusignarl. Le cimetière a une lanterne des morts formée d'une colonne creUse comme nous en avons signalé à Saint-Léomer, à Aritigny et ailleurs (fl).

Au Sud, et à quelque distance du. centre paroissial, était jh}^.'*"*'*^'^^*^' le village d'Ecrouzilles (*;, qui fait partie de là commune et compte à peine une trentaine de feux : cependant on a la preuve qu'en 1657, ce village; sans doute à cause de l'importance de ses seigneurs, formait une communauté d'habitants distincte de celle de Château-Larcher . Il fut réuni à celle-ci en 1819, après avoir été lui-même un cheflieu de commune depuis le remaniement, en 1790, du territoire de la France. C'était d^abord un ancien prieuré de Saint-Jean-Baptiste, dépendant de Saint-Cyprien de Poitiers, et qui, en 971, fut donné à l'abbaye avec des terres adjacentes et d'autres dans le pays de.Brioux, par Launus, abbé de Notre-Dame-la-Gr§tnde et archidiacre de la cathédrale (c).

Une autre localité de cette paroisse, bien plus intéressante ^^^ ^^ ^trmt* parce qu'elle s'allie à nos plus anciens souvenirs, est Batresse (12), village posé en vue et au Nord-Ouest de Château-Larcher, sur la rive gauche du Clain. C'était une petite seigneurie, appartenant encore pendant le xiv® siècle à une famille de Thorus, dont le nom était celui d'un hameau voisin renommé par un plateau couvert de monuments druidiques. Il y avait donc là un château rebâti avant cette époque, et que les huguenots, commandés en 1569 par Coligny, détruisirent comme presque toutes les habitations catholiques de la contrée qui ne purent pas leur résister.

Batresse fut très anciennement une paroisse distincte, sous le vocable de Notre-Dame, et de l'archiprêtré de Lusignan.

(a) D. Fonteneaui XXII, 463.

(b) Scrugeliœ, villâgo de 130 habitants.

(c) Cartulaire de Saint-Cyprien^ p. 25J , — M. Beauchet-Filleau, Fouillé du diocèse, p. 240.

En 936, la moitié des revenus ^de cette église fut donnée à I; Aumon, abbé de Saint-Cyprien, dont les successeurs nom-

I' mèrentdés lors le curé ; cette générosité en inspira d'autres

I mentionnées au cartulaire de l'abbaye. Ce lieu avait été

t habité par une colonie romaine qui y avait apporté le culte

V des divinités païennes. Un autel en pierre, du i*' ou du

ftj II® siècle, où sont représentées quatre divinités que là

ij mythologie appelait de premier ordre (13).

I Comme Batresse se trouvait sur le terrain de la bataille

de Voulon, il en est souvent parlé dans les historiens qui se sont occupés de notre histoire nationale, et cette mention avec celle du champ de Mougon (a), représenté aujourd'hui par Château-Larcher, exclut toute possibilité d'attribuer à I' Vouillé le théâtre de la bataille.

i Au reste, les paroisses de Vivonne et de Château-Larcher

f ont un caractère tout particulier dans les agréments du

I sol que la nature leur a multipliés. Coupés par les vallées

I du Clain, de la Vonne, du Palais et de la Clouére, tout

1 • y est, à peu d'exceptions prés, d'une remarquable fraîcheur

r et d'une variété très pittoresque. L'historien et le poète, le

i naturaliste et l'antiquaire ont donc également à recueillir

dans ces profondeurs et sur ces coteaux, où tout intéresse à la fois le souvenir et le regard.

Enumérons les autres paroisses du canton de Vivonne qui furent autrefois de sa viguerie.

Au Nord-Est du canton , et sur les bords du Clain , est une villa nommée Estoliurrij que Guillaume Téte-d'Etoupes, comte de Poitou et Abbé de Saint-Hilaire, concéda au mois de mai de cette année à Roderic, Prévôt du Chapitre, pour en jouir sa vie durant, moyennant une redevance que le mauvais état de la charte venue jusqu'à nous ne permet pas de déterminer précisément (14). En 1108, on y voit une église de Saint-Saturnin qui est donnée par un seigneur des Ecrouzilles au monastère de Saint-Cyprien. Depuis cette

(a) Campui Mogotinsis.

Ueuil.

donation, l'Abbé nommait à la cure qui réunit bientôt assez d'habitants pour former un village assez considérable. On n'y trouve plus de traces des primitifs habitants, sinon peutêtre un souterrain -refuge situé à la Gruzailléres , ancien manoir bâti au pied d'un coteau d'où sort une fontaine incrustante. Sur le coteau se voient encore un donjon, les restes d'une double enceinte, une poterne qui aboutit à un souterrain : ce sont les ruines du château de la Clavière. Un autre château, dit de Bernay, a des restes curieux dans la vallée du Clain, au Nord d'Iteuil. C'était une ancienne seigneurie relevant de la baronnie de Celle-l'Evêcault, et qui fut réunie à celle d'Iteuil quand le manoir eut été détruit au xvi« siècle. On y avait droit de haute justice comme à Iteuil même, ce qui semble prouver que l'établissement de ces fiefs remonte au moins au ix® siècle.

Dans cette paroisse, deux autres localités nous intéressent. u> viiuge ^t woti^ D'abord le village de Mougon, dont nous parlions naguère, et '"'*^«' que Gauthier de Bruges range parmi les prieurés du diocèse sous l'invocation de saint Marc. Rien ne nous dit à quelle époque en remonte la fondation, ni par qui elle fut faite. Nous ne savons pas davantage comment ce prieuré a disparu: il existe encore dans le Pouillê diocésain de 1648, et ne se retrouve plus dans celui de 1782. Mais ces obscurités sont de peu d'importance en les comparant à une question historique d'une bien autre portée. Ce Mougon est-il bien le lieu appelé par Hincmar Campus MogottnsiSj et qu'il indique, en historien sûr de son fait, comme le théâtre de la bataille mémorable de 507? On s'est beaucoup trompé sur ce point en interprétant ce texte du village dont i^ill'i^mmt''' nous parlons ici. Toutes les preuves possibles établissent que le Mougon de 507 était aux lieu et place de Château-Larcher. qui n'existait pas encore, que celui-ci devait être déjà un point de quelque valeur dans la contrée, puisqu'un hagiographe l'appelle la Campagne de Mougon, Campus Mogotinsis. Cette attribution s'autorise d'ailleurs de l'examen même des lieux. Le Mougon enclavé dans la commune

y d'Iteuil n'est pas sur la Clouérè, comme le veut Hincmar,

ou peut-être quelqu'un de ses éditeurs, mais sur le Clain; il est tout au plus à une lieue de Voulon, et fait partie de cette grande plaine arrosée par les deux rivières où les armées durent se déployer pour le combat. Château- Larcher, en un mot, ou le Metgon d'alors^ n'est qu'à une lieu de Voulon, et le Mougon d'Iteuil s'en éloigne de trois, et aucuns souvenirs ne persuadent que les combattants aient pu s'y porter. On s'est trop laissé séduire par l'existence constatée à Mougon d'Iteiiil de retranchements en terre, formés de monticules, derrière lesquels une des deux armées aurait pris position. Ces fortifications passagères, comme celles des camps de Sichard et de Céneret, ont pu avoir assez d'autres causes à travers les siècles qui ont précédé le moyen âge, pour qu'on se dispense f; de faire valoir celle-ci. L'argument contraire est d'ailleurs

décisif, et la découverte récente des textes allégués par les partisans de Voulon, ne semble plus permettre le moindre doute sur la question entre lui et Vouillé. Du moins empêchera-t-elle que désormais la dispute revienne, et quand la S Société des Antiquaires s'est prononcée si souvent contre

f, Vouillé, peut-on espérer qu'une dissertation inattendue ne

;' viendra pas encore renouveler quelque jour les prétendues

• difficultés de. la question ? Espérons-le pour que tout réponde I désormais sur ce fait à sa renommée de sérieuse h érudition (a).

t La Tronssayc. Le prieuré de la Troussaye, si célèbre dans l'histoire de

ï- sainte Radégonde, se trouvait dans les paroisses d'Iteuil,

^ sur le chemin de Ceaux à Champagné-Saint-Hilaire . Là

f s'étaient rencontrés, le mercredi 13 août 787, les deux mes-

1^ sagers par lesquels sainte Radégonde et saint Junien, qui

[ venaient d'expirer, étaient convenus de s'avertir mutuelle-

• ment de leur mort prochaine. Ce n'est plus qu'une ferme à côté d'une chapelle en ruines qui avait été érigée sous le

^ (a) V. Yhistoire citée plos haut de Château-Larcher et ses seigneurs, Hém.

^ des Ântiq. de TOuest, V, 395, et XXXIX» 72 et saiv.

vocable de sainte Radégonde peu de temps après sa mortfa). Il serait digne de la piété publique de rétablir cet oratoire qu'on n'aurait jamais dû laisser périr.

A quatre ou cinq kilomètres au Nord-Ouest d'Iteuil, on viiiagedcRoflgny. rencontre le village de Rufîgny, Pancien Roffiniacum, ou Bufiniacum des chartes, réduit à une centaine d'habitants. Là était une église paroissiale de Sainte-Madeleine, réunie à Iteuil en 1819. Un ruisseau qui y prend sa source et se jette dans le Clain très près de là, a donné son nom à ce petit hameau qui dépendait de Parchiprêtré et de la châtellenie de Lusignan. C'était en 1192 une seigneurie, et elle relevait en 1324 de la châtellenie de Poitiers. Le prieur de Saint-Martin de Ligugé nommait à la cure et avait la haute justice dans la paroisse.

Poursuivons nos recherches dans la viguerîe de Vivonne. A"*^- Nous voici à Anché, AnciacuSj Ansche, Anxiacum, habité par sept cents âmes, sur la rive droite du Clain, à deux ou trois kilomètres au Sud-Est de Voulon, qui occupe, du côté opposé, la rive gauche de la Dive, tout près de son embouchure dans le Clain. Ce lieu est aujourd'hui le centre administratif d'une commune du canton de Couhé. En 969, ce n'était qu'une simple villa. Elle ne tarda pas à devenir un fief dont les seigneurs figurent souvent dans les chartes de l'époque. Cette villa fit partie alors des nombreux domaines donnés à Saint- Cyprien par Achard et ses parents, seigneurs de Château-Larcher et* de la Tour de Metgon (Mougon) (*). Le territoire est coupé par trois vallées s'arrosant des eaux de la Bouleur et du Clain. Une église de Saint-Martin fut donnée à Couhé dès le ix® siècle, sans doute par les seigneurs de Château-Larcher, car la cure était à la nomination du prieur de Notre-Dame de cette châtellenie, qui relevait de Boiscoursier (15).

Anchô ne manque pas de souvenirs intéressants. Un de

(a) V. ci-dessos, ai ann. 587, t. 11, p. 158. \,h) Cartulaire de Saint-Cyprien, p. %1.

ses plateaux est couronné par le château de Vilnon, qui domine une vallée arrosée par la Douleur. Ce dernier édifice est du XV® siècle, et a été privé de ses principaux caractères par les guerres* fréquentes du xvi®. On n'a pas de renseignements sur l'existence de ce manoir avant 1489 ; ce fief était plus ancien cependant ; il avait la haute justice dans la paroisse d'Anché, e.t relevait du château voisin de Marigny-Chémerault. Des traces de riches habitations gallo-romaines furent trouvées Bn 1842 dans la vallée de la Douleur, au-dessous des fenêtres du château de Vilnon, et laissèrent supposer par leurs débris architectoniques une de ces opulentes villas que les vainqueurs de la Gaule avaient tant aimé à jeter dans les séduisantes campagnes du Poitou [a).

campdesîchar. A unc demi-licue au Nord-Ouest d'Anché, on trouve dans le lit du Clain un gué pavé, dont Péchantillon est celui des voies romaines. C'était là, en effet, que passait celle de Poitiers à Saintes. Ce gué, qu'on a mal appelé le gué de Mougorij et près duquel un géographe a mentionné sans fondement un endroit de ce nom (16), est dominé par un escarpement où se 'trouvent encore des retranchements en terre auxquels la tradition a conservé le nom de Camp de Sichar. Pour peu qu'on en cherche les traces dans un bois voisin qui s'est formé sur une portion de cet emplacement, on y reconnaît un ouvrage considérable de défense ou d'observation , car il commandait les plaines voisines et le gué de Voulon. Ce camp domine de vingt à trente mètres le Clain et ses prairies, et en quelques endroits, on le voit entouré de levées de terres, hautes encore de six à huit mètres et épaisses de dix. Quant à son développement, il n'a pas moins de quatre cent soixante-dix mètres en ligne presque droite. Afin de protéger cette position, on avait formé dans la plaine qui s'étend à l'Est, un avant-camp d'une assez vaste étendue ; et enfin plus au Nord, un peu

(a) V. Bulletin des Aniiq, de VOuest^ III, 434.

Fonsalfflolé.

au-dessous du confluent de la Clouére et du Clain, un autre camp détaché pouvait contenir environ six mille hommes ; ce sont là très certainement des souvenirs de la victoire de Clovis sur les Wisigoths. Quant au nom de Sichar, c'était celui d'un général romain qui eut sa part dans la conquête des Gaules, et dont nous avons parlé déjà à une autre époque ia).

Un petit ruisseau qui sort de deux petites vallées au Nord de Sichar, y réunit ses eaux pour se jeter dans la Bouleur ; on l'appelle Fonsalmois, et quoique cette dénomination soit très incertaine quant à son origine, elle pourrait bien se rapporter au souvenir de quelques femmes des xi® ou xîi® siècles, où le nom d'Almoïs fut assez commun, et équivalait à celui d'Adelmoïs. Une dame de Châteaumur était ainsi appelée, étant épouse d'Arnaud, deuxième du • nom, vers 1060.

Marnay était aussi de la viguerie et aujourd'hui du canton PiroiswdeMtrniy. de Vivonne (17). Ses plus anciennes traditions remontent à l'ère des Celtes, comme l'indiquent très bien les fréquentes découvertes des haches en silex, le tuniulus de Fontaigre, le menhir de la Boissonnière et l'enceinte formée de douze ' autres autour d'une sépulture gauloise. Quoi qu'il en soit, Marnay possède, en 1060, une église de Saint-Pierre, où les seigneurs de Château-Larcher, Boson et Cécile, sa femme, accordent, pour les moines bénédictins de leur prieuré, le droit qu'on payait pour s'y faire enterrer dans leur église. Le patronage qui en avait d'abord appartenu à Saint-Cyprien, était passé au xi® siècle au prieur de Château-Larcher qui le conserva jusqu'à la fin. Plus tard, les enfants et petitsenfants firent, au même prieuré de Notre-Dame, l'abandon de toute l'église ; beaucoup d'autres concessions de ce genre arrivèrent dans la suite, et l'on y distingua bientôt le nom d'un seigneur de Marnay, Le Brun, qui cède la moitié d'un moulin sur la Clouère, encore existant peut-être aujourd'hui

(0) V. cî-dessus, ad ann. 507.

Vinlray.

Moncels.

Paroisse de MarigDy- Ghémeraolt.

entre les hameaux d'Ablet et de PuyfoUet. Cette église de Saint-Pierre est de celles dont notre saint évoque Pierre II confirma la possession à l'abbaye de Saint-Cyprien, et qu'assura de nouveau en 1119, un privilège du pape Calixte II. Marnay se trouvait alors sur la voie romaine de Poitiers à Saintes, dont on voit encore les vestiges près du pont jeté sur la Clouère. Du moyen âge on n'a plus que l'église venue jusqu'à nous, et dont les détails accusent une reconstruction du XII® au XIII® siècle.

Marnay, qui était compris en 1100 dans la châtellenie de Gençay, appartenait en dernier lieu à celle de Château- Larcher. Il était de l'archiprêtré de Lusignan.

Ici un autre Marnay nous apparaît, qu'il est bon de signaler pour qu'il ne soit pas confondu avec celui dont nous venons de parler : c'est le Vieux Marnay j posé sur la Clouére, au-dessous des Ecrouzilles, et dans la paroisse môme de Marnay. L'histoire locale n'attache aucune importance à ce hameau, ancien fief pourtant qui relevait des Hautes- Vergues, dont le château en ruines est non loin de là, près de la Clouère (18).

Un village de la commune d'Aslonne était aussi de la viguerie de Vivonne où il est indiqué en 880 : c'est Vintray, VitriacuSj Vitriaco, qui dépendait de la seigneurie de Jouarennes, dans la même paroisse.

Une autre villa dite MoncelSj en juillet 969, contenait des terres formant un alleu, dont Airaud, le premier vicomte de Châtellerault, et sa femme Gersinde, disposèrent cette année en faveur des chanoines de Saint-Hilaire, ainsi dénommés en ce temps. Nous ne savons rien de plus de ce lieu, son nom d'ailleurs ne se trouvant plus sur les cartes.

Enfin un autre lieu plus important et qui a son autonomie, nous semble avoir fait partie de la viguerie de Vivonne («) ; ce qui se comprend très bien si nous considérons sa proximité du chef-Ueu qui a aujourd'hui sur lui sa juridiction

(a) La Fontenelle a oublié d^en parler.

cantonale. C'est Marigny-Chômerault (19), que les plus anciens documents placent en effet dans cette circonscription vicariale. Ce double nom lui vient de l'adjonction faite en 1650, de l'un à l'autre par Chartes de Barbesiére qui était seigneur des deux endroits. Son nom latin étant le même que celui de Marnay, on l'a confondu quelquefois avec celui-ci, mais une différence toute locale empêche qu'on s'y trompe : c'est que l'église de Marnay a pour patron saint Pierre, et que celle de Marigny est sous le vocable de saint Fraigne et de saint Nazaire. C'était en 970, un alleu possé^ié par un certain Rorgon, qui en faisait don à l'abbaye de Saint-Maixent, y compris l'église de Saint-Fraigne. La cure, à laquelle nommait Févêque de Poitiers, a été réunie à Saint-Georges de Vivonne en 1803; mais, en 1843, elle retrouva sa vie propre, et l'a encore avec ses six à sept cents habitants. Son territoire est arrosé par la Vonne. Un château fort défendait la position ; on en voit les restes avec ceux des ponts-levis et des mâchicoulis qui les protégeaient. Depuis que ce système de défense avait cédé à une architecture moins exposée aux assauts, le château seigneurial avait été construit à la Roche, village voisin au Nord de Marigny, qui était un fief relevant de Celle-l'Evêcault , comme de Marigny lui-même.

Observons ici qu'un très petit nombre des lieux circonvoisins, autrefois dans le territoire des vigueries, nous est seul connu aujourd'hui. On connaît mieux leur histoire que leurs hmites ; c'est pourquoi nous omettons ici plus ou moins de ces stations géographiques dont les noms ne seront pas négligés quand ils nous reviendront en certaines rencontres. Nous rentrerons maintenant dans la suite des événements historiques de l'année 888.

Il s'en fallait de beaucoup que le nouveau roi de France Embams da roi

Endes.

marchât sans conteste dans le chemin qu'il venait de s'ouvrir. Il ne manquait ni de compétiteurs, ni d'adversaires. L'Aquitaine* surtout excitait en lui de grandes soUicitudes. Le Languedoc datait toujours ses chartes dans Vattente

d'un roi. En Auvergne, il n'était pas reconnu de Guillaume le Pieux, et Raynulfe II, qui avait changé son titre de comte de Poitiers pour celui de roi d'Aquitaine, semblçiit plus que jamais décidé à garder cette éphémère couronne. Eudes comprit donc en 889, qu'après s'être affermi contre ses ennemis plus ou moins redoutables, il lui fallait enfin combattre les rebelles de ce beau pays qu'il voulait absolument se rattacher. Autour de lui, quand on le vit décidé à une expédition, se groupèrent des leudes alléchés par l'espérance de quelques succès personnels et de certains fiefs qui ne manqueraient pas de leur échoir. De ce nombre était Aymar ou Adhémar, fils d'Emmenon, l'ancien comte de fymâr de Poiiieri Poitiers. Il avait épousé Sancie, fille de Guillaume!®^, comte de Périgord, et cherchait fortune depuis la mort de son père {a) dont nous avons vu que les mauvais services avaient compromis son héritage. Entré dans les intérêts d'Eudes, comme bien d'autres transfuges de partis qui paraissaient moins avantageux, il était de ceux qui ne combattent qu'à condition d'y trouver un profit, et il s'était fait promettre le comté de Poitiers. Mais Robert, le frère du roi, jaloux de cette dépouille qui n'était pourtant pas encore disponible, la réclama et se la fit adjuger. Adhémar en conçut un vif ressentiment, quitta le camp, et dés le lendemain, se jetant sur l'armée royale, il y commit un carnage qui la réduisit à la moitié de ses hommes. Un trait de ce genre suffirait à faire juger de quelle indépendance comptaient essayer désormais ces vassaux indomptables, à qui une question d'amour-propre blessé et d'ambition déçue pouvaient inspirer une telle férocité. C'était le fruit do ces guerres farouches qui depuis cinquante ans avaient accoutumé à des combats sanglants et à des représailles implacables» Eudes n'abandonna pas son projet cependant. Ayant promptement réparé cette perte, et ranimé le courage des siens, il entra sur le territoire poitevin ; mais renonçant momentanément à Poitiers

(a) V. ci-dessus^ ad ann, 866.

Su marches Aquitaine

en Berry,

dont il avait compté s'emparer tout d'abord, pour aller, Et en Auvergne. plus fort de cette conquête, attaquer Raynulfe dans le Languedoc, il traversa donc le Limouzin pour se diriger vers l'Auvergne où Guillaume le Pieux s'était installé en 886, après la mort de son père Bernard II. Ce prince était hostile à Eudes, s'étant déclaré l'année précè- * dente pour la royauté de Charles IV, et après cette rupture, il avait mis la main sur le Berry. Eudes voulut commencer parfaire rentrer dans l'ordre cet ennemi puissant et capable, qu'il lui importait de ne pas avoir en tête ; mais il fut encore obligé de changer de plans, car n'étant jamais suivi, par suite de défections dont il souffrait, que d'une armée insuffisante, il fut obligé de se replier sur la Neustrie, quand il apprit qu'Adhémar s'était jeté dans le Poitou et comptait s'y défendre en qualité de comte de cette province.

Malgré donc l'impuissance où il se trouva de réaliser ^^^^^ miuiaires ses projets sur l'Auvergne , puis sur le Berry, il ne voulut pas quitter ce dernier pays sans y faire acte d'autorité, et répondit aux armements de Guillaume, qui couvrait le pays de ses camps , en le destituant de son comté de Bourges. 11 institua à sa place un de ses favoris, Hugues, dont l'histoire n'apprend que cela, et qui l'accepta pfour son malheur; car, s'étant porté aussitôt sur Bourges, il s'y renferma comme chez lui, et attendit de pied ferme le duc qui ne devait pas tarder à revendiquer ses droits. En effet, celui-ci, à la tête de plusieurs milliers d'Auvergnats, s'élança vers la ville en litige. Un siège commença; mais l'assiégé craignant de le voir se prolonger, se décida tout d'abord à une sortie. L'ennemi était prêt ; une bataille s'engagea où le comte d'Auvergne eut quinze cents hommes taillés en pièces. Du côté opposé, on ne perdit que cent hommes , mais on fut battu , et Hugues fait prisonnier. Amené devant le vainqueur, il lui demanda la vie avec de grandes marques de soumission ; mais Guillaume, exaspéré du carnage des siens, le tua sans hésiter d'un coup de lance : sévère avertissement à tous les fau-

leurs d'usurpation r^). Bientôt de nouvelles apparitions de Normands forcèrent Eudes à revenir vers Paris , dont les infatigables Danois occupaient encore les environs. De son côté, Raynulfe se maintenait en Aquitaine où il avait pour lui d'excellents soutiens dans son frère Gausbert, et Ebles, . abbé laïque de Saint-Germain-des-Prés et de Saint-Denis. Cette espèce de trêve va nous laisser le loisir d'entrer en certains autres détails qui sont dignes de notre attention. L'é^FôquedêPoiiierf Ecfroi était toujours évêque de Poitiers, mais il est Hi*"w- probable qu'il n'y résidait pas, car il était dans les bonnes

grâces du roi Eudes, et par conséquent très peu dans celles de ses adversaires. Cependant Robert et'Aymar, que leurs intérêts mieux compris avaient réconciliés avec Eudes, étaient restés en Poitou, à Poitiers même, sans doute, dont le dernier convoitait le comté; et il est à croire que, tranquillisé par le séjour qu'ils y firent, Ecfroi y était revenu. De son côté Ebles, frère de Raynulfe et abbé de Saint- Hilaire, ne pouvant y demeurer en même temps, s'en était allé rejoindre en Provence le comte de Poitiers, destitué par le roi. Les deux comtes, résidant alors dans la ville épiscopale d'Ecfroi, trouvèrent un double coup à faire en enlevant à Ebles l'abbaye de Saint-Hilaire et la faisant donner à leur évêque. Us intervinrent donc dans ce but près du roi Eudes, qui nantit de ce riche bénéfice l'évêque resté fidèle à son parti. Ceci résulte d'une charte dont la date a été perdue, mais qui doit, à en juger d'après les circonstances, avoir été donnée ou cette année 889, ou la précédente (*). Cette même donation fut encore affirmée une fois de plus dans un acte du 30 décembre de cette même année. Nous reviendrons sur cet acte, parce qu'il contient des indications précieuses sur quelques paroisses du haut ' Poitou.

(a) Art de vérifier les dates, X, 302 ; — Besly, Comtes, p. 28.

(b) V. Besly, Evesques, p. 35; — Chartrier de Saint-Hilaire^ I, 12;- Gallia christ., II, col. 1159.

Un peu avant cette date, un chanoine de Saint-Pierre Aatonomiedacha-

, , T^ /. . . 1 . . . pUre de Poitiers.

avait vendu à Ecfroi une terre de son patrimoine, ce qui prouve qu'alors la mense épiscopale et celle du Chapitre étaient déjà nettement séparées, et que le Chapitre, tout en continuant toujours de vivre sous une certaine règle, laissait à ses membres la libre disposition de leur patrimoine (û).

Ce fut dans le courant de cette année que Frotier, devenu ^MondeFroiier.ar-

^ ' cherèque de Bourges.

archevêque de Bourges malgré tout le monde, et n'ayant reçu l'agrément du pape Jean VIII que parce qu'il avait su le plaindre dans ses infortunes, disparut sans que notre histoire se soit plus occupée de lui. On ne peut penser avec La Thomassière w qu'il soit retourné à Bordeaux, car un historien italien w affirme que Frotier mourut en 889, à Plaisance, en allant à Rome, où sans doute il comptait traiter avec le pape Etienne V de son maintien au Siège de Bourges, dont il ne voulait pas se départir, quoique ce pape lui eût ordonné de le quitter sous peine d'excommunication. Malheureux d'être mort en de telles 'circonstances, il se trouva à Plaisance une femme pieuse qui prit soin de ses derniers honneurs : ce fut Angelberge, abbesse de Saint- Sixte, qui le fit inhumer dans son monastère.

Etant encore à Bordeaux, Frotier avait obtenu de Charles le Chauve l'abbaye de Saint-Julien de Brioude par lettres du 10 mars 874. Quelques années après, il fit rendre à ce monastère le village de Murât, que lui avait donné un comte Bernard, et dont s'était emparé Eldelgaire, chevalier du pays, dont le voisinage était moins utile que dangereux.

Par son testament, il laissa de grands biens au monastère de Beaulieu en Limousin (20), et l'une des clauses établissait que l'Abbé donnerait à la communauté un repas plus succulent que de coutume au jour anniversaire de son

(a) Hist. du Berry, p. 295, (h) Gallia christ., ob. sup, (c) Campi, Histoire de Plaisatice, Ire partie.

inhumation. Cette clause n'était pas rare alors dans les actes de ce genre («) ; elle exprimait un sentiment de bienveillance qui interrompait quelques instants la pénitence habituelle des religieux.

fav$ïî^e**swiS55 Abordons maintenant quelques localités poitevines dont dePoiucrs. JJQ^s avons promis de nous occuper, et qui furent con-

firmées à Tabbaye de Saint- Hilaire par la charte du 30 décembre 889. Le pauvre monastère avait grand besoin de voir ses affaires si maltraitées s'affermir un peu sous la protection de quelque fort défenseur. Mais une particularité difficile à expliquer mérite ici notre attention. Nous avons vu Ecfroi nanti, dans le cours de cette année, de Tabbatiat de Saint-Hilaire ; et, cependant, c'est à la sollicitation d'Ebles, qu'Ecfroi semblait avoir remplacé, que cette dernière charte est accordée. L'abbatiat d'Ecfroi aurait été dès lors de courte durée. Par quelle raison? C'est ce qu'il est très difficile de dire au milieu de certaines obscurités dont tant d'événements si compliqués ne pouvaient manquer de s'entourer. Au fond, ces incertitudes n'ôtent rien à la réalité matérielle des notions qui vont nous retenir quelques instants (21).

commencemeDts dé H s'agissait do Confirmer aux chanoines de la célèbre collégiale des terres assignées autrefois en partage à chacun l d'entre eux, sans doute, lorsque en deçà de vingt ans, on

1 avait séparé d'un commun accord la mense abbatiale de celle

f. de la communauté. Ces terres, dont quelques-unes appar-

tenaient aux diocèses de Toulouse, de Carcassonne et de Cahors, étaient en plus grand nombre cependant, situées dans le Poitou. C'est là ce qu'il nous importe de savoir, ' puisqu'on y aperçoit à leur origine beaucoup de nos plus

i' anciennes paroisses. Une mention de cet acte est très

remarquable en cela qu'elle constitue ce fait dont elle établit à peu près la chronologie, à savoir que déjà un certain ' nombre de maisons étaient la possession personnelle de

I ' raotonomie tempo-

( relie du Chapitre.

(a) Fisquet, Archevêché de Bordeaux ^ p. 65.

quelques chanoines, soit dans l'enceinte môme, toujours considérable du monastère, soit dans Pintérieur de la ville. Des unes et des autres, chacun avait la libre et pleine disposition, à cela près qu'il ne pouvait Palièner à une personne qui ne fût pas de la communauté. Le roi ajoutait à ces concessions d'une réelle importance, l'exemption de toute subjection à quelque autre autorité que la sienne, fût-ce celle d'un comte ou de tout autre organe de l'autorité publique. Sans cette clause, il n'était plus possible d'échapper aux exactions arbitraires d'un ambitieux sans conscience ; et ce fut là une des premières lueurs de l'autonomie du Chapitre, dont il jouit jusqu'au renversement de l'ancien régime par la révolution de 1789 (û). En effet, on voit ici les commencements de ce qu'on appela plus tard le bourg de Saint-Hilaire, qui se circonscrivit dans tout l'espace compris depuis la porte de la ville au Sud (*) jusqu'à la maison des Trois-Piliers. On comprend que le grand nombre des chanoines de Saint-Hilaire dut utiliser dans cet espace autant de maisons plus ou moins considérables avec beaucoup de serviteurs dont les familles finirent par former une certaine population. La direction et les soins de ces familles devinrent une œuvre de l'abbaye ; si bien qu'au xi® siècle il y eut là, comme nous le verrons, un gouvernement à part, des privilèges et une juridiction temporelle entièrement distincte de celle de la ville.

Quoi qu'il en soit, nous voyons quelles étaient les paroisses rurales appartenant alors à Saint-Hilaire, et dont l'acte précité du 30 décembre 889 nous a laissé la nomenclature.

Ces paroisses étaient Champagne, Rouillé, Pouant, Luzay, Frontenay, Cuhon, Vouzailles, Maulay, Benassay et Gourgé.

Champagne, surnommé Saint-Hilaire, est ce domaine '^"^iDEaJecham-

(a) Besly, Conites de Poict., p. 200 et suiv.; — D. Bouquet, IX, 450. (6) Aujourd'hui la porte de la Tranchée.

que Clovis donna à Tabbaye après la victoire de Voulon , afin de consacrer la mémoire de Papparition du globe de feu parti de Téglise abbatiale pour, venir se reposer sur la tente du roi dressée sur ce terrain. Nous avons dit (a) que ce domaine s'appelait d'abord Campaniacum, ce qui supposait une construction gallo-romaine, et que la basse latinité en avait fait la campagne de Saint-Hilaire. Ce lieu jouissait-il alors d'une église? On l'ignoré; mais on ne peut guère douter que les moines de Saint-Hilaire n'y aient envoyé, aussitôt leur mise en possession, une colonie agricole qui aura été bientôt un centre de réunions chrétiennes. L'édifice religieux fut mis sous l'invocation des saints Gervais et Protais, martyrs du temps de Néron, et dont le vocable indique ordinairement pour une église une haute antiquité. Cet établissement devint une cure qui est toujours restée du patronage de l'abbaye. Son histoire, qui a si bien commencé, reste silencieuse depuis son berceau jusqu'à nous. L'église est une reconstruction du xii« siècle; aux XV® et xvi«, elle fut remaniée après bien des accidents qui l'avaient endommagée. Au xiv®, Champagne était devenu une châtellenie, circonscrivant la plus grande partie du territoire de Romagne, sauf ce qui dépendait de la seigneurie de Millière. C'est à cette époque, d'après ses caractères architectoniques , qu'on doit faire remonter la construction du château fort, carré massif, flanqué de tourelles aux quatre angles, et s'élevant au-dessus des maisons du bourg, qu'il devait protéger.

Champagne- Saint-Hilaire fait partie aujourd'hui du canton de Gençay, où était autrefois l'archiprêtrô dont il relevait. La commune compte 1,700 habitants ; le chef-lieu est sur une colline que baigne la rive droite du Clain, avec la plupart des villages qui dépendent de lui. A deux kilomètres au Nord de Champagne, sur le sol même de la paroisse et au-delà du Clain dont elle occupait la rive gauche, était

(a) Ci-dessus; ad ann, 507

l'abbaye de Notre-Dame des Moreaux, dont les protestants du XVI® siècle n'ont laissé que des ruines. Nous en parlerons plus tard, lorsque vers 1170 nous aurons à commencer son histoire.

A cinq ou six kilomètres au Sud-Ouest de Lusignan, et DeRoniiié; dans le canton dont cette petite ville est le centre administratif, un village montre son clocher carré, s'élevant peu au-dessus d'une église romane. Dans* notre charte, ce village est dénommé Rolliacus villa; il appartient à Saint- Hilaire, dont Téglise porte le nom; il fut un des fiefs du Chapitre qui nommait à la cure. Cette petite paroisse était enclavée dans la sénéchaussée de Lusignan dont le sénéchal, très souvent assez mal disposé, tenait à exagérer ses droits de justice et se gênait peu envers les autres justiciers. Or, en 1250, Simon Claret, chevalier, qui occupait ce poste, ne craignit pas, sous prétexte de ses droits méconnus, de faire emprisonner Guillaume Bès, procureur des chanoines de Saint-Hilaire à Rouillé, puis Guillaume Pouvreau leur juge , et plusieurs autres de leurs hommes. Bès avait été arrêté pour avoir présenté à Claret des lettres de Tévêque de Poitiers Jean de Melun, lui ordonnant de mettre en liberté ces personnes dont il avait examiné la cause et reconnu le bon droit. Le chevaher ne s'en fit peine, et résista jusqu'à ce que Tévêque se vît obligé de Pexcommunier, et comme l'injuste détenteur, pour qu'on n'allât pas chercher ses prisonniers à la prison de Lusignan, les avait dispersés en divers autres lieux de la sénéchaussée, ordre fut donné par le prélat à tous les archiprêtres du diocèse de mettre en interdit les pays où étaient retenus lesdits prisonniers {ay. Il n'y avait pas d'autres moyens de mettre à la raison ces autorités despotiques, et ceux qui prétendent ces moyens spirituels abusifs, parce que on en usa souvent dans les siècles où la foi n'était pas toujours une garantie contre les passions, ont bien soin de ne pas faire comparaître au

(a) D. Fonteneau, XI, 279 ; — Cartulaire de SairU-Hilaire, I, 266.

procès les justes reprises qu'exerçait ainsi l'autorité spirituelle contre les abus, bien autrement déplorables de la violence, du vol et de la forfaiture. Claret, comme il arrivait toujours, céda enfin, et distingua ses droits de ceux des autres.

Un testament du 8 août 1461 constate que, alors, le chanoine revêtu de la dignité de chantre possédait le titre de t curé de l'église parrochiale de Rouillé • (a). Dès lors il y avait un vicaire qui remplissait habituellement les fonctions pastorales. Le curé de ce temps-là, Etienne Benés, fonda par ce même testament, dans sa maison de la Syrène (32), à Poitiers, un collège perpétuel de seize écoliers : ce collège devait s'ouvrir de préférence aux enfants qui auraient fait partie de la psalette canoniale. Le curé de Rouillé, comme ceux de Champagné-Saint-Hilaire et d'Arçay, autre dépendance du Chapitre dont nous parlions naguère (*), dans l'archiprêtré de Loudun, était tenu de tout temps depuis la fondation des paroisses, d'héberger d'un souper et du logement d'une nuit les chanoines de Saint -Hilaire, venus sur les lieux une fois par an, pour leur visite annuelle de la cure et autres affaires {c).

Il y avait à Exoudun, près la Mothe-Sainte-Héraye, un siège archipresbytéral du diocèse de Poitiers, dans la circonscription duquel se trouvait Rouillé. Le chapitre de Saint-Hilaire était haut justicier de la paroisse (23). DePouini; Pouant (24) ressort du canton de Monts-sur-Guesne, dans

l'arrondissement et l'archiprêtré de Loudun. En 920, il était de la viguerie de Braye dont le territoire était à l'extrémité Nord du Poitou, et empiétait sur cette partie de la Touraine qui resta jusqu'en 1790, du diocèse de Poitiers. Un autre acte de 957 nous prouve encore que cette viguerie exista une des dernières, car à cette époque, il n'est presque plus mention, comme nous le verront bientôt, de cette espèce

(a) Ckartrier, II, 132 et suîv.

(6) V. ci-dessus, p. 107.

(c) Chartrier, II, 136.

de juridiction administrative. On reconnaît la provenance de ce bénéjScé-cure à son vocable de Saint-Hilaire, et au droit qu'avait Tabbé d'en pourvoir. L'abbaye avait là une châtellenie dont le capitaine se reconnaissait dépendant de son autorité. Pouant dut avoir dés ses commencements une église qui fut rebâtie au xi® siècle, quand presque toutes celles construites antérieurement avaient été ruinées par le temps ou par les guerres. Sa renaissance s'opéra dans la plus simple expression du style roman, sans aucune recherche d'ornementation.

La commune de Luzay est unie de celles du canton de DeLnny; Saint-Varentjj -dans les Deux-Sèvres (25). Son nom pourrait la faire confondre avec deux ou trois autres endroits situés dans la Vienne, si les renseignements donnés par les cartulaires n'interdisaient pas toute erreur à cet- égard. Elle faisait partie du pagus de Thouars. Elle avait une église très ancienne, semble-t-il, de Saint-Cyr et Sainte- Julitte, outre celle de Saint-Hilaire qui avait été sans doute consacrée sous ce nom après avoir été donnée au Chapitre (a). Le trésorier Geoffroi que ce titre revêtait de la première dignité de sa compagnie, donna, en 1001, aux chanoines ses confrères cette église qui lui appartenait avec beaucoup de terres de son entourage, sous condition de lui payer une redevance annuelle de cinq sous. Ce trésorier, qui l'était en 997, ne paraît plus qu'en 1003 et comme il semblait faire cette donation en vue de sa mort prochaine, on peut croire qu'il ne tarda pas à succomber. Au siècle suivant, un seigneur dont le nom est assez difïîcle à deviner (26), se fit excommunier par le pape Calixte II et l'évêque de Poitiers Guillaume II, pour avoir usurpé dans les terres de Luzay, des droits qu'il fut ainsi forcé de restituer.

Dans le canton de Moncontour, en une plaine déboisée DeFnmteMy; depuis longtemps, et dont le nom latin (27) pourrait faire

(o) V. M. Beauchet-Filleau, Pouillé de PoUim, p. 300.

supposer qu'une habitation gallo-romaine en fut le berceau ^ Frontenay, était une simple villa au ix® siècle. Elle eut peut-être avant cette époque son église de Saint-Pierre, aujourd'hui succursale du doyenné de Moncontour. Cette église fut rebâtie au xi®, à en juger par son aspect général, quoique Pabside et une portion de ses voûtes semblent postérieures par leur forme ogivale. Il relevait pour le civil de la baronnie de Moncontour ; pour le spirituel, de Parchiprêtré de Mirebeau. Il était delà sénéchaussée de Saumur, de Télection de Richelieu, et de la généralité de Tours (28) ; mais le Chapitre était seigneur haut justicier de la châtellenie, car il y avait aussi un château d'où ressortissaient toutes les affaires civiles de plusieurs paroisses des environs («).

DeCnhoD. Un petit ruisseau inconnu qui naît dans la commune de

Vouzailles, traverse celle de Cuhon, et se jette dans la Dive du Nord, au-dessous de Mazeuil, a donné son nom au village de Cuhon (29), dont le Chapitre de Saint-Hilaire avait en partie la propriété seigneuriale. Avant 1790, il relevait de Parchiprêtré de Parthen'ay ; en 889, il était dans la viguerie de Thouars. L'Abbé de Saint-Hilaire nommait aussi à la cure, dont l'égUse était du même vocable. Un chantre du Chapitre avait fondé anciennement dans cette église une chapelle dont le titulaire était à la nomination de ses successeurs dans la même dignité. La paroisse est aujourd'hui du doyenné de Mirebeau.

Elle est certainement des premières qu'ait possédées le Chapitre. Le comte de Poitiers Ebles Manzer, qui en était abbé laïque. Payant mise au rang de celles qui devaient former la mense capitulaire. On la voit figurer souvent dans ses chartes depuis cette époque jusqu'en 162Ô où elle entre dans la prébende d'un chanoine pour huit à neuf cents livres.

Le nom de cette localité assez bizarre n^exprime rien de

( a) V. ci-dessus, ad ann, 876.

connu, sinon peut-être quelque tracé d'une appellation gauloise dont on n'a cependant pas de preuves. On voit Cuhon ou Cuon qui semble l'orthographe primitive, indiqué aux X® et, XI® siècles sous le nom de Curtis, c'est-à-dire d'une colonie agricole d'un certain luxe, d'une assez grande importance, et ayant ses dépendances territoriales en prés, vignes, terres labourables, et même ses colons et ses serfs, et le plus souvent son église.

Sur le territoire de Massogne,* dans le canton de J^l^^^^^"^^^^^"^^' Mirebeau, était, au xii® siècle, un prieuré de la Bourrelière (30), ancien fief de cette baronnie : ce prieuré dépendait de la mense abbatiale d'Airvault. Les religieux de cette abbaye y avaient construit pour le prieuré une chapelle à l'occasion de laquelle ils percevaient une dîme dans la paroisse de Cuhon. Le Chapitre de Saint- Hilaire trouva qu'en cela ses droits étaient lésés et les deux parties recoururent à l'arbitrage de Jean d'Abside, évêque de Périgueux, qui était Poitevin (a). Ce prélat maintint les religieux dans leur possession par un jugement de 1168.

A cinq ou six kilomètres, et au Sud-Est de Cuhon, g,;!!^'^'''^*'^*^^''' Vouzailles (31) emprunte son nom ou le donne à un ruisseau qui, en remontant vers le Nord, entoure Champigny-le-Sec et va se jeter dans la Palu, à quelque distance du Clain. Là est encore une église paroissiale du xii® siècle qui succéda à la première comme tant d'autres, et fut retouchée au xvi®. Son patron fut saint Hilaire très probablement avant 889. On y voit des restes de fortifications qui ont dû servir 'dans les luttes contre l'Angleterre. On ignore comment du Chapitre de Saint-Hilaire la propriété de l'endroit passa à l'abbaye de Bourgueil- en- Vallée (32). Nous verrons cette communauté fondée en 990 par Emma de Chartres, femme de Guillaume Fier-à-Bras, comte de Poitou et duc d'Aquitaine. S'avisa-t-elle sous quelque prétexte de dépouiller le Chapitre de la moitié de sa terre de Vouzailles pour la donner à

(o) Dupuy, Estât de l'Eglise duPérigord, p. 55; — M. Beauchet-Filleau, Pmllé, p. 30 et suiv.

rétablissement nouveau, comme il n'était pas rare alors? Rien ne semble éclaircir ce point mystérieux. Toujours est-il qu'il y avait en faveur des chanoines le diplôme du 30 décembre 889, dans lequel Vouzailles figurait cqpûme une des terres dont le roi Eudes avait confirmé la possession aux chanoines. Ceux-ci se trouvèrent donc fondés à revendiquer leur propriété ; les religieux de Bourgueil n'en tinrent compte, objectant que la duchesse d'Aquitaine ne leur avait rien donné qu'après consentement de leur partie adverse, ce que celle-ci niait énergiquement ; et comme il arrivait souvent, le procès aboutit à une paix onéreuse pour les possesseurs légitimes ; il fut décidé que la terre de Vouzailles appartiendrait par moitié, l'église comprise, au monastère, et que l'autre moitié resterait la propriété du Chapitrex^;. Voilà pourquoi la cure demeura à la nomination de l'abbé de Bourgueil. Là fut aussi une châtellenie appartenant au même dignitaire qui en était seigneur, mais qui faisait hommage à la seigneurie de Mirebeau (^).

Vouzailles a eu pour son histoire moderne un titre de chef-lieu de canton qui lui fut donné en 1790, et qu'on lui supprima en 1801 pour l'enclaver dans celui de Mirebeau.

DeMaiûay; Maulay (33) est une paroisse du canton de Thouars, à

sept kilomètres au Sud de cette ville, et dont l'église de Saint-Pierrc-és-Liens releva toujours de Saint-Hilaire. 11 ne faut donc pas la confondre avec un autre lieu de même nom dont l'église et la paroisse, du titre de Saint-Martin, ont été réunis à Claunay, au canton de Loudun. Celle-ci est de la Vienne ; l'autre, des Deux-Sèvres. Le peu d'importance de cette dernière localité, où cependant la fécondité du sol favorisait la culture de toutes les denrées, l'a privée de toutes traces historiques.

DeBejuisNi5; Benassais (c), dont saint Hilaire a toujours été le patron

(a) M. Beauchct-FiUeau, Pouillé de Poitiers^ p. 137.

(b) Redet, p. 448.

(c) BenacHum^ Bemciacunii

titulaire, devint une seigneurie qui appartint au Chapitre, et releva de la châtellenie de Montreuil-Bonnin. La paroisse, qui se rattachait autrefois à Tarchiprêtré de Sanxay, avait sa justice supérieure dans le Chapitre qui nommait à la cure. Aujourd'hui, cette paroisse est du canton de Vouillé. Une portion en a été séparée en 1868 pour former la paroisse de la Vausseau c^;, où était une ancienne commanderie de Malte dont la chapelle fut érigée en église paroissiale sous rinvocation de Saint-Remy.

L'église de Benassais, spacieuse et bien conservée, est du XII® siècle, dont elle a bien gardé les caractères architectoniques.

Enfin Gourgê (34), nommé Gurgtacum dans notre charte DeGonrgé. de 889, était passé dans le xi® siècle à l'âbbaye de Bourgueil à qui elle resta jusqu'en 1790, tout en retenant le vocable de Saint-Hilaire. Un prieuré de ce même vocable existait même dans la paroisse, sans doute cblui de la première fondation par le Chapitre'; mais il avait été donné à l'Ordre de Saint-Benoît, et c'était l'abbé de Bourgueil qui présentait àPEvéque de Poitiers. Il faut sans doute rattacher ce dernier patronage à l'époque où l'évêque Isembert II et son successeur saint Pierre II firent à ce monastère le don de plusieurs éghses qui fut confirmé par une charte du mois de mars 1102. La commune de Gourgé est du canton et à sept kilomètres au Sud de Saint-Loup, compte quinze cents habitants, et est arrosée à l'Est par le Thouet et au Sud par le Cébron, qui se jette dans ce dernier à Saint-Loup, après un petit parcours de trente kilomètres en venant des abords de Viennay. L'église était riche autrefois d'un grand nombre de chapelles et de chapellenies , attachées à ses autels, ou assises dans le bourg ou à sa proximité. On y trouvait aussi un prieuré de Saint-Côme et Saint-Damien de Vérines, du patronage de l'abbaye d'AirvauIt, et deux petites aumôneries qui, devenues inutiles par défaut de

(a) ra«cWteeni192.

ressources suffisantes, furent réunies en 1695 à Phôpital de

Parthenav (a).

Au reste, les commencements de Gourgé doivent remonter fort haut dans l'antiquité. Son nom seul indiquerait une transition de Père gauloise à celle de la conquête romaine (35). Des découvertes y ont été faites de débris romains et de médailles, une entre autres de Nerva, et par conséquent des dernières années du ii® siècle (*). Des puits funéraires très profonds y ont aussi été visités en 1862, où étaient renfermés des vases de formes romaines ou gauloises, contenant des restes de cendres et d'ossements calcinés qui ne laissent aucun doute sur la destination de ces couches souterraines où une vingtaine de morts semblaient avoir reposé (O.

L'archevêque ^e Bordeaux, Bertrand de Got, élu pape en 1305 sous le nom de Clément V, faisant la visite de sa province en 1304, séjourna au prieuré de Gourgé,, aux dépens du prieur et de ceux de la Pératte et de la Maire, qui étaient soumis à la même charge, dans ces temps où les hôtelleries étaient rares. Le prélat fit acte de juridiction sur cette partie du diocèse de Poitiers en donnant, dans l'église prieurale de Saint-Hilaire, la confirmation et la tonsure.

Château du FwMie. Le XVI® siècle nous a laissé aussi des souvenirs historiques sur cette localité. Dans la paroisse de Gourgé s'élevait le château du Fresne, encore existant, et que les huguenots pillèrent après avoir brûlé l'égiise le 20 septembre 1568. L'année suivante, le 4 octobre, le duc d'Anjou, qui fut depuis Henri IH. s'y arrêta chez François des Francs, sire de la Vergnaye, en regagnant Parthenay après la victoire de Moncontour(^).

(a) M. Beauchct-Filleau, Pouillé de Poitiers^ p. 279. (6) De Fan 96 à Tan 98.

(c) Cf. Bulletin des Antiq, de VOuest, X, 20.7 et suiv.

(d) M. Ledain, la Gâtine, p. 254.

En 1593, le seigneur du Fresne, homme de bien, disent les mémoires du temps, mourut dans son château, honoré et regretté de tous, et fut enterré dans Péglise de Gourgé. Au reste, cette seigneurie appartint successivement, depuis le XIV® siècle , à des familles des plus recommandables du pays, et encore des plus honorées de notre temps, aux d^Argenton, dont était Philippe de Commines, historien de Louis XI, aux Pidoux, aux Chabot et aux d'Orfeuille. Le fief de ces derniers était de la paroisse de Gourgé go.

Revenons aux événements qui signalèrent le cours de Tannée 889.

Le nouveau roi de France Eudes n'avait différé de s'em- uroiEMes caire parer de PAquitaine, pour y détruire l'usurpation du comte de Poitou ^Raynulfe II, que pour se ménager une alliance avec le roi de Germanie, dont il craignait que les troupes n'entrassent sur son territoire pendant sa propre campagne contre les Aquitains. Tout étant convenu entre les deux princes, Eudes songea à réaliser son plan : il entra donc sur les terres d'outre-Loire, et, afin de protester de la manière la plus frappante contre la royauté que s'était attribuée le comte de Poitiers, il poussa en diligence vers Limoges, où nous savons que les rois d'Aquitaine prenaient ordinairement la couronne du pays. Là, entouré de forces ^^ ^e faiicoaronrespectables, il se fit introniser avec le cérémonial usité en r^J^pareil cas. Raynulfe comprit que cette position faite à son antagoniste par tout un peuple qui revenait toujours aux descendants de Charlemagne, détruisait pour lui des espérances qu'il était prudent d'abandonner, car la moindre défaite après un conflit imminent pouvait le priver de ses dignités, et peut-être de la vie. Dès lors, il dut se décider Ri^nifeses0iiiicL à faire des avances en ménageant des négociations qui ne pouvaient manquer d'aboutir, le roi n'ayant pas moins d'intérêt que lui à une paix qui assurerait sa conquête. Il alla donc au-devant de celui-ci, qui le reçut comme il avait

(a) M. Ledain, la Gâtine, p. 259 et 279.

été convenu. Il s'était fait accompagner du jeune Charles, fils posthume de Louis le Bègue, dont il avait pris la tutelle, et qu'il n'osait abandonner dans la crainte qu'il n'arrivât quelque fâcheuse aventure à un enfant dont l'avenir ne lui paraissait pas douteux. Quand donc la réconciliation se fut opérée entre le roi et le comte, celui-ci prêta serment de fidélité, et garda sans conteste son double titre do comte de Poitiers et de duc d'Aquitaine («). Depuis cette époque, Raynulfe se montra fort assidu à la cour, et y fit bonne contenance, quoique, en général, on crût qu'il y avait dans cette assiduité autant de crainte que d'affection, car ses liaisons avec des grands beaucoup moins dévoués en apparence allaient même jusqu'à le faire suspecter. Nous verrons bientôt quels malheurs lui attira cette méfiance. En cela, d'ailleurs, il était payé de retour, la faveur royale et les honneurs qui lui en revenaient étant moins pour lui une preuve d'intimité cordiale que l'efTet calculé d'une politique non exempte d'inquiétudes it),

naSt wnlypî."*"' ^"^ ^®^ conséquenccs qu'Eudes donna à son couronnement en Aquitaine, se regardant dès lors comme le possesseur de la France tout entière, fut de faire battre des monnaies à son type, ce qui s'exécuta en substituant sur les coins son nom Odo à celui de Charles le Gros. Pépin II, qui avait possédé le Poitou vers 857, avait employé le même procédé en remplaçant par son nom celui de Charles le Chauve sur les monnaies frappées dans les ateliers de Melle(c). Le P. Daniel a reproduit d'autres types d'argent de ce prince sortis des ateliers d'Angers et de Toulouse. Son nom y est accompagné du titre de roi, ce qui détruit tout à fait l'opinion des historiens qui ont prétendu que Eudes ne fut jamais roi, mais le simple tuteur de Charles le Simple (^).

(a) Annal de Saint-Waast; — D. Bouquet, Script. Rer. GalL, VUI, 88. (h) Id., ibid.

(c) M. Lecoinlre-Dupont, Mém. des Antiq. de VOuest, VI, 323.

(d) Daniel, Eut. de France, II, 560 et suiv.

iLiïmuiitfii.

Nous arrivons à Pépoque où commence à se faire sentir Cf;.iion.i<svkMî,dans Fadministration de la France tout entière, et par t'fuvin<4 conséquent de l'Aquitaine et du Poitou, Pinfluence d'une institution qui, presque inaperçue jusqu'alors, y prit une extension remarquable, en proportion des besoins toujours croissants de la politique du pays. Nous voulons parler des vicomtes qui formèrent dès lors un plus ou moins grand nombre de divisions principales de chaque province. Quoique les renseignements nous manquent absolument sur l'étendue de la population de la France au ix® siècle, on peut conjecturer d'après l'établissement même des vicomtes, qu'elle devait augmenter beaucoup à cette époque, malgré les guerres incessantes, les fréquentes famines et les maladies qu'éprouvait le pays. On ne concevrait pas autrement le surcroît d'activité dans la gestion des affaires publiques. Les vicomtes n'étaient pas, il est vrai, des établissements i^\u^m iie t^uc nouveaux à tous égards. L'idée en remontait aux Romains, et Charlemagne, en réalisant ses plans sur la France et TAquitaine, avait bien songé à faire suppléer l'action des comtes par celle des lieutenants appelés vice-comités, vicomtes ou vice-gérants des comtes qui les employèrent en tout au soin de leur gouvernement , soit pendant leurs absences à la cour ou à la guerre, soit pour se soulager d'une partie de leurs obligations habituelles. Le grand monarque avait môme commencé à garnir de ce moyen de défense les frontières d'Espagne, où les irruptions fréquentes des Maures le rendaient indispensable. C'était encore partout un très bon moyen de ne pas laisser languir la justice dont les affaires furent surtout dévolues aux vicomtes, pendant que les comtes, moins lettrés, mais d'ailleurs les véritables chefs de la province, se réservaient celles de la guerre dans toute l'étendue de leur ressort {a). Mais comme les viguiers étaient préposés aux campagnes pour l'administration à la fois civile et judiciaire, les vicomtes le furent

(a) Le titre de vicomte fut, en certains endroits, comme à Chartres, équivalent à celui de vidame, vice-domim.

Poitou.

en particulier aux mêmes fonctions dans les grandes villes. C'est à ce titre qu'administrèrent les vicomtes de Rouen. Néanmoins, on les trouve aussi employés à la surveillance des Marches, où ils étaient souvent obligés de résister par la force aux invasions des provinces limitrophes.

C'est, avons-nous dit, vers l'époque où nous sommes, à la fin du IX® siècle , que ces officiers devinrent plus communs, quoique la charte d'Alaon, dont nous avons parlé, et qui remonte à une quarantaine d'années au-delà, fasse mention d'un assez grand nombre (a), de Mn^pSSÎM U"® raison qu'il ne faut méconnaître amena la création des vicomtes par l'autorité royale : c'est la prépondérance que les comtes s'étaient acquise et qui gênaient souvent les rois dans l'usage de leur pouvoir. Plus ce pouvoir est f" partagé, moins il a d'action pour le bien de la communauté,

f et le roi Eudes s'en était aperçu aussitôt que sa nouvelle

intronisation lui avait fait de plus nombreux jaloux. C'est pourquoi, à peine son couronnement fait à Limoges, il se hâta d'établir des vicomtes dans toute la contrée où les comtes n'existaient plus d'ailleurs depuis longtemps, celui de la Marche s'étant donné plus exclusivement au gouvernement du Limouzin. Le premier par exemple qui obtint cette charge en considération de sa valeur et de ses talents, fut Fouchier, Fulcherius, célèbre alors par sa supériorité à construire les machines de guerre pour les sièges («. Ce soin de distinguer de tels officiers, et en plus grand nombre que jamais, fait l'éloge de la politique du prince : c'était un moyen de partager le gouvernement à son profit avec des intéressés inférieurs mais fidèles qu'il disposa encore très habilement, nous l'avons dit, en des lieux limitrophes des provinces voisines, afin qu'ils pussent plus aisément en

(tt) La Fontanelle, Roh et Ducs d'Aquit., p. 561 ; — Marca, Hist. du Béarn: — D. Vaisselle, Histoire du Languedoc ; — V. le texte de celte charte dans Mauléon, tom. Icf, juxte finem.

(b) Art de vérifier les dates, X, 243; — Âdhémar de Ghabannais, CAromV.. in ann. 888.

défendre les Marches, tout en diminuant de tous côtés les prétentions des grands vassaux. Cette dernière pensée se fit jour très évidemment quand on vit élever à cette dignité de vicomte Turpion d'Aubusson, qui refusait de se recon* naître vassal du comte de la Marche.

Quant au Poitou, Eudes trouva une raison très puissante de le diviser en vicomtes, dans ses relations toujours équivoques avec le comte Raynulfe, en qui, nous le savons, il s'en fallait qu'il eût une entière confiance. C'était en effet établir autour de lui des surveillants naturels dont le rôle devenait aussi utile que peu suspect; car un pays fut assigné à chacun d'eux dont il eut le gouvernement sous la dépendance du comte, et ainsi celui-ci ne pouvait agir sans que ses subordonnés participassent plus ou moins à son action , où d'ailleurs il conservait toujours la position suprême dans la hiérarchie gouvernementale.

Il y eut quatre vicomtes dans le Poitou, qui toutes com- ^^^S^^J^"^'^^^^^ prirent le territoire des anciens pagus, c'est-à-diro de Châtellerault, d'Aunay, de Thouars et de Melle. Elles furent établies sur les limites de la province, autour de la capitale qu'il s'agissait surtout de protéger, et aussi sans doute, pour rendre plus faciles les relations avec les provinces voisines. La vicomte de Melle fut la quatrième du Poitou, et nous ne tarderons pas à en parler.

Rien d'obscur comme les origines de Châtellerault, ville ,„î[iu"!i'*sj?*rtl aujourd'hui considérable, et qui n'avait encore au x^ siècle n«'8»«»?»«»'s. aucunes traces que dans une seigneurie dont on ignore les commencements. Ce qui paraît certain, parce que les documents contemporains en portent la preuve, c'est qu'il y avait alors sur les bords de la Vienne, où se pose le village de Saint-Romain*, un château dans l'enceinte duquel le possesseur Contran, dont les ancêtres ne sont point godum, connus, avait édifié une église sous le vocable de saint Romain, prêtre et solitaire, honoré depuis l'an 385, et dont le culte commença à Blaye (38) aussitôt après sa mort (37). Ce Contran possédait ce fief viagèrement, aussi bien que

Ganuilfrid.

Âiraud.

Gamalfrid, qui vint après lui et exerça de son château sur la contrée les pouvoirs qu'il avait reçus du roi ,d' Aquitaine. Après avoir fondé son abbaye, il céda à un besoin do solitude et se fit moine* de Saint - Cyprien , auquel il apporta une riche dot. Néanmoins , par une exception très originale, il conserva l'administration de ses biens, et quand il avait besoin de faire quelque voyage au château, des bénédictins l'y accompagnaient et en revenaient avec lui (a). Son successeur Gamalfrid apparaît en 890, dans une charte qu'il signe le 10 octobre. On ne sait pas plus sa provenance que celle du précédent, et rien ne prouve, malgré les conjectures d'André Duchesne et du P. Anselme, qu'il appartint aux maisons de la Rochefoucauld et de Lusignan (*). Ce qui semble mieux fondé, c'est que le séjour de ce vicomte et de celui qui le remplaça fut ce palais du • Vieux-Poitiers , où nous avons vu en 744 le partage des Gaules se faire entre les deux frères Carloman et Pépin, fils do Charles Martel, On n'avait pas encore cessé de faire de cette station militaire une forteresse entre la Touraino et le Poitou, et aucun heu connu ne semble avoir mieux convenu au gouverneur de cette frontière. Il est probable cependant que la dignité vicomtale changea de siège quelques années après, car on ne voit pas qu'il soit question plus tard de la vieille mansion. Elle n'aura pas tardé à être abandonnée, lorsque vers le milieu du siècle suivant le vicomte Airaud (c) habita le château bâti par lui sur les bords de la Vienne, à trois lieues au Sud de Saint-Romain et à même distance au Nord du Vieux-Poitiers. Ce château porta son nom, et fut le berceau de la ville, devenue aujourd'hui la plus importante sous-préfecture du département (<o.

(a) D. Fonteneau, VII, 367 et sv.; — Lalanne, Hist. de ChcUellerauU, 1, 151

(b) La Fontenelle, Rois et Ducs d'AquU,, p. 396 et 564 ; — Besly, p. 211.

(c) Nommé dans les chartes Airaldus, Adraldus. {d) D. Fonteneau, ub. sup.

Le vicomte de Châtellerault était le maréchal-né du comte u vicomte de châ-

telleraQlt, maréchal du

de Poitiers; c'ést-à-dire que, par une extension du terme eomudeFomcr*.

qui exprima d'abord chez les Germains un officier préposé

à la cavalerie (a), il devenait le commandant pour le comte

dans toutes les guerres qu'il avait à soutenir entre la Loire

et la Dordogne, depuis Tours jusqu'au-delà de Périgueux.

C'est dans ces limites que les Poitevins furent assujettis

au service militaire du comte, comme beaucoup de chartes

le constatent. Nous indiquerons les événements relatifs à

Châtellerault à mesure qu'ils se développeront dans notre

A l'autre extrémité du Poitou, au Sud, une autre vicomte vjcomiéd'Amay. fut établie à Aunay, capitale du pays d'Aunis avant que ce titre appartînt à la Rochelle, qui n'était alors qu'un petit fort élevé sur les falaises de notre Océan contre les entreprises des Danois i^). Nous savons que l'Aunis était un pagus du Poitou duquel relevaient d'importantes vigueries, en assez petit nombre pourtant, et cette dépendance envers la grande province datait de la première apparition des Mérovingiens. La surface de son territoire, qui varie avec les âges, s'étendait avant 1789, à peu prés du Nord au Midi depuis la Sèvre jusqu'à la Charente, et de l'Est à l'Ouest depuis les environs d'Aunay jusqu'à l'Océan. Mais, aux temps dont nous parlons, elle allait de la Boutonne aux bords de la Sèvre jusqu'aux portes de Niort; c'était un véritable joaf/Ms (38), quoique restreint encore en quelque sorte entre deux bras de mer, car l'Océan, par suite d'un cataclysme qui avait formé, bien antérieurement, les îles de Ré et d'Aix, avait envahi au Nord et au Sud une grande partie du sol dont les points les plus élevés échappèrent seuls à l'inondation (o.

Ce pays, où la civilisation remontait jusqu'aux temps des

(a) Marchj gouverneur, schakh, cheval.

(6) Mém. des Antiq, de l'Ouest, XII, 355. {€) Id.

i' druides, qui y ont laissé des traces de leur culte, possédait

r. dés le ix® siècle des églises dont Tune était attribuée à

î- * Charlemagne, et des monastères. Une horde de Normands,

|- à peine débarquée sur ses côtes, y brûla en 844, dans Ttlc

l d'Aix, un prieuré, et dans celle de Ré, le monastère de

i Notre-Dame (a). La position d'Aunay lui ayant valu, vers 890,

*" l'honneur de devenir une vicomte, il dut en résulter pour la

petite ville, un développement qui accrut son importance. Placée sur la voie romaine de Poitiers à Saintes, elle communiquait aisément avec ces deux grandes cités, d'où elle pouvait, en cas de besoin, recevoir des secours ou s'y ménager un refuge. En tout cas, elle pouvait commander au nom du comte à tout le Sud-Est du Poitou. d'A^r'^ piivûèî ^® premier vicomte d*Aunay fut un Maingot, dont la ges de cetuî charge, pj^g ancienne mention n'apparaît que dans une charte de 903. Lui et ses successeurs virent attacher à leur titre la dignité de chambellan héréditaire du comte ; ils devinrent aussi, mais plus tard, et seulement vers le xii« siècle, chanceliers de ce prince. Ces titres leur donnaient des privilèges quelque peu lucratifs. Ainsi, quand le vicomte était à Poitiers pour y remplir ses fonctions de chambellan, il y était nourri, lui et sa suite, aux dépens du comte. Lorsque celui-ci faisait sa première entrée à Poitiers, le chambellan avait droit au lit dans lequel son suzerain avait couché la première nuit. Si la comtesse voulait avoir aussi son entrée solennelle, le chambellan conduisait son cheval par la bride, de la porte de la ville à celle du palais; il l'aidait à descendre, et le cheval et le manteau de la princesse lui revenaient de plein droit. Il gardait aussi la coupe où la princesse avait bu à son premier repas, aussi bien que le lit et les tapisseries de la chambre habitée par elle après son arrivée (*).

origin^eicérêroo- Dès cctto époque, ct depuis quelques années, s'était établi

iiftS des hommaaM. x x * m. x x /

nies des hommages. i ^ f r ~i ^ 7 I

(a) Massiou, Hist, de la Saintœige.

(b) La Fontenelle, Hist, des Rois et Ducs d'Aquit., p. 394, d'après Besly et D. Fonleneau.

MW . ^

Tusage des hommages à rendre aux suzerains par les seigneurs subalternes qui dépendaient d'eux à cause du fief qu'ils en tenaient. Il est bon d'en parler ici, puisque désormais l'histoire en mentionnera souvent. "L'hommage était donc le devoir qu'un homme rendait à un autre. De là une cérémonie par laquelle un vassal, un obligé, homme libre qui tenait d'un seigneur une terre à charge d'obligation personnelle, prêtait serment de fidélité et d'obéissance à celui dont il tenait son fief. Cet usage était déjà ancien, et Charlemagne, dans ses capitulaires, en avait, dés le commencement de son règne, réglé les détails avec beaucoup d'autres qui s'y rapportaient (a). Ceci était de 813 ; mais déjà en 734, Eudes, duc d'Aquitaine, étant mort, son fils Hunold n'obtint la jouissance de son domaine qu'à la condition d'hommage à rendre à Charles Martel et à ses Successeurs. Dés lors, il y eut un devoir pour le vassal de suivre son seigneur à la guerre, ce qui était signifié dans la cérémonie de l'hommage par l'épée, l'éperon, le gant et le casque remis au vassal par celui qui recevait sa foi.

On distinguait l'hommage simple om franc, qui consistait, pour les plus hauts dignitaires, à prêter le serment debout et la main droite sur l'Evangile ; et rhommage-%e^ qui se faisait par les vassaux moins élevés. Celui-ci consistait dans l'abandon de l'épée et autres insignes de la noblesse aux mains d'un officier royal : ce dernier les gardait pendant la cérémonie et les remettait ensuite au récipiendaire qui venait de s'en dépouiller ; c'était une sorte d'investiture dont le nom môme disait très bien le caractère (39).

La forme de l'hommage-lige a beaucoup varié dans le cours singniariiédcqwidu moyen âge , et finit par être accompagnée de certaines exigences féodales qu'on a ridiculisées à tort bien souvent, parce que on les a mal comprises, et que maintes fois elles tendaient moins à un assujettissement onéreux imposé au vassal ou aux sujets, qu'à devenir un témoignage de la

(a) Baluze, Capit., lib. 1er.

dépendance du petit à l'égard du grand. Ce fut, par exemple, au xvi® siècle, l'obligation imposée annuellement aux paysans d'un certain domaine de Normandie de conduire, à époque dite, chez le seigneur une charrette attelée d'un roitelet. Il est bien entendu que le petit oiseau était singulièrement aidé par une bonne paire de bœufs. Nous rencontrerons, et nous ne manquerons pas de signaler à l'occasion quelques-uns de ces caprices seigneuriaux reposant sur des conventions réciproques, et devenus la preuve d'un bénéfice accepté et d'une redevance qui en était l'aveu. Antres onges de Le côté sérieùx dc telles coutumes était plus apparent

kl vicomte d'Annay. r rr

lorsqu'il s'agissait d'un hommage de vassal à suzerain. Ainsi, au xv® siècle, c'est-à-dire quand la féodalité avait revêtu depuis longtemps ses formes absolues, le vicomte d'Aunay rendait son hommage au comte de Poitiers en lui présentant pendant la messe un denier d'or que celui-cî portait à l'offrande (a).

En sa qualité de chambelïan, le vicomte d'Aunay avait sous sa dépendance le bouteiller du comte, officier de bouche qui prenait soin des vins et des vases à boire. Et comme toute peine était toujours compensée par un avantage, cet officier, qui était toujours le seigneur de la Tour de Brain (40), devait, en cette qualité, à la première venue du comte à Poitiers, lui donner à laver ; goûter, s'il y avait lieu, l'eau de son bain pour s'assurer qu'elle était de bonne qualité; faire nettoyer la chapelle du palais et les chambres tenant à la bouteillerie.

Pour ce service il avait droit, chaque jour que durait son emploi, à huit pains, à un septier de vin (/^), à quatre pièces ^ de viande variée et à huit petites chandelles. Il avait enfin dans la ville certains prélèvements fixes sur le poisson, le fromage, la vaisselle; mais ces bénéfices ne lui furent guère alloués que vers le xii® ou xin® siècle.

(a) La Fontenelle, ub. sup., p. 395.

(b) A peu près quatre litres.

Au commencement du xv°, un droit bien plus singulier en apparence existait de la part du prieur d'Availles-sur- Chizé (41) à Tégard du vicomte, dont les ancêtres avaient donné au prieuré les bois voisins, encore connus sous le nom de bois d'Availles. En vertu de ce don, tout nouveau prieur, qui était à la nomination de l'abbaye de Vendôme (42), était tenu à venir à Thôtel du vicomte, monté sur une haquenée blanche (43) ayant selle et bride de couleur, pour lui faire l'hommage convenu. Un homme l'accompagnait, portant une géline blanche («), qu'il devait présenter à genoux; le seigneur la recevait, et relevait de sa main rhomme agenouillé. De là, le prieur allait célébrer la grand'messe dans l'église prieurale ; après quoi, le vicomte donnait a dîner au prieur et à son homme, et se faisait rendre compte des contestations relatives à la jouissance de la propriété et aux droits qu'il y avait gardés de pacage et d'usage, afin de faire justice s'il y avait lieu (*).

Quant aux vigueries qu'on avait créées dans le pays vigneries da pays d'Aunis, eUes ne durent pas tarder à disparaître après la création de la vicomte, qui absorba leur juridiction, surtout dans un pays de si peu d'étendue. Au reste, elles n'y furent qu'en très petit nombre, car des auteurs sérieux n'en indiquent pas d'autres que celles de Basse, de Çhâtel- AiUon et de Saint-Jean-d'Angély, dont nous avons parlé bien au long en traitant ci-dessus de l'origine de nos vigueries (c).

Revenons donc à nos vicomtes.

Une d'entre elles qui surpassa alors en importance toutes vicomtédeThoiaK. les autres, fut celle de Thouars, dont la ville déjà pourvue d'une forteresse en 762 avait été prise et incendiée par Pépin le Bref dans sa guerre contre le duc d'Aquitaine Waifre id).

(a) Céline, galHna, une poule.

(6) D. Fonteneau, ub. sup.

[c) V. lom. III, p. 427, 452 et suiv.

(d) Cf. Besly, Comtes de PoicL, p. 350 bis; — Beauchet-Filleau, Fouillé de Poitiers, p. 202.

Ce lieu commandait rentrée du Bocage poitevin limitrophe de la Vendée. Il devait donc opposer une. ferme résistance aux entreprises venues de TOuest et du Nord, soit contre les Normands qui l'avaient souvent désolé, soit contre les Bretons, dont le comte Erispoé avait retrouvé, par le bon vouloir de Charles le Chauve, une portion de son territoire. Sauf cette partie relativement restreinte, la vicomte comprit tout l'ancien comté d'Herbauge jusqu'à l'Anjou, et en plus tout le pays qui bordait les deux rives du Thouet, se rapprochant ainsi de Poitiers jusqu'à Vasles (a), aujourd'hui la dernière des communes orientales du département des Deux-Sèvres w. Son étendue surpassait donc à elle seule celle des deux autres vicomtes d'Aunay et de Châtellerault. delS^Mstoirriiïlé- Thouars était déjà une place importante avant Charle- '''*""• magne, car, si Eginhard . semble en faire peu de cas en

écrivant ses mémoires durant la vie même de ce prince, il n'en parle qu'après la destruction de la ville en 762. Il paraît qu'elle s'était relevée, ou était près de l'être, lorsque Charles le Chauve abandonnant enfin à Pépin II l'Aquitaine, théâtre depuis si longtemps d'inextinguibles querellés, mais s'y réservant une pleine suzeraineté, montra sa reconnaissance envers Ebles qui l'avait toujours soutenu dans cette guerre, en lui confiant le gouvernement du pagus de Thouars. Cet Ebles était le descendant d'un certain Raynulfe, parent de Charlemagne, qui avait occupé lui-même le gouvernement de la province. Cette charge n'était encore, on le sait, qu'un bénéfice amovible que les troubles des années Ebjes et Anumid suivautcs devaient contribuer à rendre héréditaire. Ebles eut pour fils Arnould, à qui échut en partage le domaine de Thouars, où il s'établit en 885, au milieu d'un centre dont les malheurs commençaient à se réparer (c). Il s'y agrandit, y encouragea les reconstructions de la ville à de meilleures

(a) V. ce qui regarde Yasles, ci-dessos, ad ann, 874.

(&) V. ci-dessus, ad ann. 762.

(c) Mauléon, les Carlovingiens, II, 23 ; — Martenne, An^li$s, coUect,, V, 1148 et suiv.; — Labbe, Biblioth, manusc, V, 1148 et suiv.

conditions. Mais tout en montrant des qualités qui Thonorèrent, il ne laissa pas de les ternir par des contrastes peu honorables : il employa son activité naturelle à s'arrondir au préjudice de ses voisins, à soumettre à son vasselage tous les seigneurs du pays dont la faiblesse assurait sa prédominence, et jeta ainsi le trouble autour de lui pendant de longues années ; car il mourut très vieux, et les traditions locales sont demeurées si rares par suite des guerres et des agitations de tout genre faites encore pendant plus d'un siècle à notre malheureuse contrée, que nous ne trouvons de successeur à Arnould que son petit-fils Guy P"*, qui ne deviendra vicomte qu'en 959, et dont nous parlerons à cette époque, après avoir vu d'abord se constituer dès le commencement du x® siècle la vicomte féodale qui commença à s'implanter à Thouars comme presque partout. Etablissons dès à présent que, par les femmes du moins, la maison de Thouars s'est perpétuée jusqu'à notre siècle, et que aucune famille en Europe, selon la remarque d'un historien de la ville, ne peut se glorifier d'une plus ancienne noblesse («).

Ce qui précède démontre bien que le plus ancien vicomte de Thouars n'est pas un Savary, comme on l'a écrit, faute d'avoir consulté tous les renseignements connus (*). C'était tout au plus Geoffroi I®', dont le nom figure dans une charte de 876 ; ce qui n'exclut pas la réalité des vicomtes antérieurs. Nous y reviendrons en temps et heu, aussi bien qu'à ses successeurs, car Savary ne paraîtra que de 903 à 926 (44).

Au reste, certaines obscurités existent dans la filiation et ^ Mode exeepuonnéi

^ ^ desuceessiOB dans la

la succession des plus anciens titulaires de cette vicomte. &«^edexiioiiars. Elles viennent de ce que, par un reste de coutume locale emprunté, disent quelques-uus, aux Wisigoths, et qui s'était perpétué dans la coutume du pays compris entre la Dive et la Se vre Nantaise, ce n'était pas le fils aîné du dignitaire qui

(a) Berthre de Bournizeaux, Hist* de Thouars^ P* 37 ; -^ Besly, ConUeè de Poîcf., p. 21, 222 et 224.

(6) LaFontenelle, ub. sup», p. 397 j — Recherche mr la chronique de SavU-MaiiceiU.

lui succédait mais son frère puiné , dont le frére, s'il en existait, devenait Théritier, et ainsi de suite ; de sorte que c'est seulement après avoir épuisé ainsi la série des frères de la même branche, que le fils atné du frère aîné prenait possession de la vicomte. On a conclu de cette coutume dite wisigothe, gardée ainsi dans cette contrée, mais qui, nous le verrons, venait de plus loin, que la famille des vicomtes de Thouars descendait peut-être de quelque tige du peuple expulsé en 507, et qui aurait pu demeurer dans le pays. Il n'y aurait eu à cela rien d'impossible; ce qui est certain, c'est que ce mode de succession était particulier à cette maison. Quoi qu'il en soit, c'est qu'un autre usage n'a pas peu servi à jeter de la confusion dans sa généalogie; tous les fils du vicomte prenaient le même titre que leur père, sans doute à cause de leur aptitude à le devenir; c'est pourquoi il devient difficile de distinguer dans les chartes quel était réellement le possesseur du fief. C'est ce qui fait aussi que, dès 924, nous verrons un Aimery, premier du nom, prendre le titre de vicomte, quoique son frère aîné Savary apparaisse vivant encore en 926 (a). Vicomte de Meiia. Tout cc quo la vicomté d'Aunay n'avait pas eu du pagus de Brioux dans la partie Sud-Ouest du Çoitou fut donné à la vicomté de Melle, établie dans le même temps, a-t-on cru, mais qui semble, par la raison même qu'on lui assigne, remonter à une création plus ancienne. En effet, un édit donné à Piste en 854 ordonnait à tous les vicomtes des localités où Ion battait monnaie de se rendre à Senlis le l®*" juillet suivant, afin d'y recevoir chacun cinq livres d'argent du trésor royal pour recommencer les travaux interrompus par les invasions normandes. C'était encore les vicomtes qui devaient, le samedi avant le carême suivant, reporter à ce même trésor les espèces monnayées obtenues de cet argent (t).

(a) Besly, Comtes, p. 218, 220; — La Fontenelle, p. 396 et suiv.; — Mm. des Antiq. de VOuest, XXIX, 32-2.

(h) Leblanc, Traité kistotique des Monnaies de France, p. 49.

On voit par là qu'on a été bien fondé à considérer la vicomte de Melle comme une vicomte purement monétaire dont les dignitaires, antérieurs sous ce titre dans leur juridiction spéciale à ceux qui datent de cette fin du ix* siècle, n'eurent d'autres fonctions que celle de surveiller, dans une étendue du territoire déterminée, tout ce qui se rapportait à la confection des pièces d'or et d'argent dont les mines locales fournissaient plus habituellement la matière. Ils se trouvaient en cela assimilés aux vicomtes préposés aux ateliers de Quentovic en Ponthieu (45), de Rouen, de Reims, de Sens, de Paris, d'Orléans, de Chalon-sur-Saône et de Narbonne : car c'étaient les seuls ateliers ouverts alors dans toute l'étendue de la France et de l'Aquitaine au roi et à ses grands vassaux. Ces vicomtes signaient toujours dans les chartes avec leur qualité à la suite de leur nom, comme on le voit dans beaucoup de celles reproduites par Besly {a). Nous retrouverons ce personnage parmi les vicomtes titulaires de Melle, figurant en des chartes jusqu'en 936. Mais ce titre de vicomte de Melle ne semble pas avoir été donné au-delà de 959, car il n'apparaît plus dans aucun acte après cette date (t).

En dépit de tant de causes, on voit que le pillage des ateliers de Melle par les Normands, en 848, n'y avait pas détruit sans retour l'industrie locale. L'extraction du minerai avait bientôt après ramené le travail et la prospérité dans ces lieux tranquilles, et les fortificatioris qu'on y avait relevées protégèrent la petite ville et ranimèrent l'exploitation de ses richesses naturelles.

C'est une erreur en quelques historiens d'avoir supposé PersutmcadMt!.

gQ6rifl8 ^flng 1^ vi-

que la création des vicomtes fut l'époque où les vigueries «mt^i. disparurent de la hiérarchie judiciaire. Celles-ci subsistèrent encore plus d'un siècle simultanément avec eux, et si les unes absorbèrent quelquefois les autres, ce fut rarement et

[a) Signum Attoni, vice-comtis Metulerais, etc.; — Besly^ p. ^ii.

(b) Dufour, Manusc, mM, Append., p, 47, in-4o.

en de grands centres, où Faction de ces dernières put être remplacé sans inconvénient par la nouvelle institution. On voit souvent des actes publics où les viguiers assistent comme témoins et apposent leur signature après celle des seigneurs plus élevés dont ils dépendent (a).

n!iprea^dl^SiS! ^^ ^'®^* étonué quelquefois de ne pas voir placer un siège de vicomte à Parthenay. C'est qu'on oubliait que cette ville, qui prit tant de développement au moyen âge, et dont les barons acquirent une si grande célébrité dans Thistoire féodale du pays, n'avait même plus de viguerie sous les Carlovingiens. Elle n'était pas encore, en effet, ce qu'elle devint plus tard quand elle put prenoncer, avec un certain orgueil, son nom de capitale de la Gâtine (46). Il est vrai que, dès le milieu de ce ix^ siècle, elle était le chef-lieu d'un pagus 0>) ; mais son action administrative avait été bien diminuée lors des bouleversements du pays par les hordes malfaisantes dont tout le bas Poitou avait tant souffert; et cependant il s'en fallut de beaucoup que la petite localité, pauvre, ignorée, et de peu d'attrait pour les pillards au ' miUeu de ses broussailles et de ses landes , fût aussi maltraitée que les pays voisins . Elle dut une tranquillité relative à l'ignorance de l'ennemi, qui ne se détournait, en s'acheminant vers les cités opulentes, que pour des opérations plus dignes de sa cupidité.

Ni de viguerie. Mais les hordes cruelles n'étaient pas, en 889, disparues pour toujours ; on sentait partout le besoin de leur opposer des forteresses, qui, en effet, commençaient à couronner les points culminants des campagnes ; aussi Parthenay peut-il avoir eu, vers cette époque, un château qui aura été retouché et augmenté dans les premières années du XII® siècle (c). Un fait plus singulier, et dont on ne trouve

(o) Besly, ub. sup,, p. 224.

(&) Cf. D. Fonteneau, XXr aint-Maùtent, manuscrit de

(c) a. Labbe» Nova Biblioth manmcj II> 184 et suiv<

(&) Cf. D. Fonteneau, XXXVI, 218 et sttiv., dans YHistùire de tabbayede Saint-Maùcent, manuscrit de D. Chazal.

^ére qu'une simple explication, c'est que ce grand territoire n'eût même pas à cette époque un viguier qui portât son nom : ce qui prouve que tout en possédant déjà un grand nombre de paroisses, chacune d'elles était médiocrement peuplée.

Une autre localité du Poitou, chef-lieu de pagus comme vi^uBjicdcîjaouK. Parthenay, mais bien plus recommandable encore par son ancienneté et son rang parmi les cités de l'Aquitaine, aurait pu aspirer aussi, semble-t-il, à devenir une vicomte : elle dut se contenter de rester du moins le siège d'une viguerie dont l'existence remontait à l'origine de cette magistrature. C'est Brioux dont nous avons parlé plus d'une fois, et dont l'occasion se trouve ici de compléter ce que l'histoire nous en apprend. Brioux dut à sa position sur la voie romaine de Poitiers à Saintes, l'importance qu'il acquit à titre de mansion ou gîte de légions en marche d'une ville à autre. Là des relations plus fréquentes avec des groupes plus civilisés, une situation agréable sur les deux rives de la Boutonne, les souvenirs mêmes du lieu antérieur à l'occupation romaine, et ceux de Père mérovingienne qui y possédait un atelier monétaire ,^ tout indique les causes de l'accroissement de Brioux, qui dut avoir son enceinte fortifiée afin d'y assurer les troupes contre toute attaque possible. Et cependant ce fut Aunay, fragment, pour ainsi dire, de son grand joagrws^ qui fut favorisé de la vicomte. Ce serait peut-être parce que les troupes romaines n'y stationnant plus depuis longtemps, une sorte d'inaction s'en était suivie, puis un véritable amoindrissement social ; mais Brioux, eu égard à tant de raisons, conserva sa viguerie comme nous l'avons vu. C'eût été d'ailleurs une grande affaire qu'un démembrement à cet égard, si l'on considère que le viguier étendait sa juridiction depuis Charroux, qui relevait d'elle, jusqu'à Fontenay en Vendée, qui lui appartenait en partie. On voit par là que le pagus de Brioux était le plus important de la province, ce qui l'a fait peut-être quelquefois honorer du titre de comté. Nous connaissons encore un petit nombre de localités qui lui

appartinrent, et qui, dans les transactions écrites de Tépociue sont indiquées « dans la viguerie de Brioux » <«). Au reste,

Ses dépendances: ^ne si ample étendue de territoire devait nécessairement contenir plusieurs vigueries, et Ton y trouvait en effet celles d'Exoudun, de Savigné, de Civray et d'Ensigné. Cependant cette dernière, comme nous le verrons, n'étant pas d'une notoriété incontestable, il faut encore y ajouter, pour nous conformer aux chartes des ix® etx® siècles, celles de Blanzay, •de Bouin, de Brion, de Caunay, d'Aunay, de Rom, d'Usson et de Vivonne. Il faudra nous arrêter à chacun de ces lieux pour découvrir le berceau d'un grand nombre de nos paroisses. Mais après avoir parlé de quelques-unes enclavées , dans la viguerie de Brioux, nous y reviendrons encore, selon notre habitude, vers les années où le nom de leurs vigueries se produira pour la première fois.

La première mention que nous trouvons de Brioux remonte à l'an 890. On prétend que cette année fut celle de sa création en viguerie, mais les lieux qui en relevaient ne sont datés que du siècle suivant, et leurs noms latins ont assez embarrassé les traducteurs pour que la plupart soient restés sans équivalents connus de nos jours. Ainsi l'on est

Bonin; pou d'accord sur le lieu appelé Bugnus, qui pourrait être

Bouin, village actuel des Deux-Sèvres, paroisse de deux cent cinquante habitants, du doyenné ou canton de Chef- Boutonne, et dont nous parlerons comme étant devenu en 928 un chef-lieu de viguerie. Au reste, cette petite localité de Bouin avait deux églises, l'une dédiée à saint Martin, l'autre à Notre-Dame de l'Assomption, et fut dans l'ancienne division du diocèse de Poitiers un chef-lieu d'archiprêtré. Cette particularité suppose qu'elle avait dès ce temps une certaine importance.

Caunay; Une autro villa de la viguerie de Brioux, et qu'on a

considéré à tort comme introuvable (*), est celle de Caunay,

(a) Mém. des AtUiq. de l'Ouest, Y, 386 et suiy.

(b) La Fontenclle, Vigueries.

qui n'eut de viguier qu'en 999. C'est une simple paroisse do Saint-Pierre-és-Liens, sise dans le canton de Sauzé- Vaussais, à l'extrémité Sud-Est des Deux-Sèvres. Son nom latin Colnagum l'a fait assez reconnaître. Elle a à peine aujourd'hui six cents habitants. Nous en reparlerons à sa date.

En remontant au Nord, vers la partie occidentale et sur vm^ncooii^; la limite des Deux-Sèvres et de la Vienne, on rencontre sur le plateau d'une plaine déboisée le bourg de Vaux-en- Couhé(47), qui appartient au canton de Gouhé-Vérac, et que baigne la petitQ rivière de la Bouleur, avant d'aller se jeter dans le Clain entre Anché et Voulon. C'est l'ancienne villa appelée Vasles, Elle n'avait pas alors les quinze cents âmes qu'on lui reconnaît actuellement ; mais elle possédait déjà son église de l'Assomption, refaite au xn® siècle et qui laisse encore admirer les détails curieux de ses sculptures symboliques. Cette église figurait à la fin du xi® siècle parmi celles dont notre saint évêque Pierre II confirme la possession au monastère de Saint-Cyprien de Poitiers , qui la gardait depuis 969, sous le même vocable : elle lui avait été donnée par Elbon de Château-Larcher et Ode sa femme, avec toutes ses appartenances, aussi bien qu'une chapelle nouvellement construite par eux sous les murs du château, et dédiée aussi à la Sainte-Vierge («;. Lorsque la seigneurie de Couhé eut passé vers 1075 aux Lusignan, Hugues VI de cette dernière famille délivra la chapelle de Vaux d'un droit de mêtwe^ consistant en une rente annuelle de quatre septiers de blé qu'exigeaient injustement les officiers de la châtellenie.

Des grottes à ossements s'ouvrent dans le territoire de cette commune à la curiosité des savants, qui y voient un témoignage d'une très ancienne habitation de peuplades encore peu civilisées. De telles notions nous arrivent toujours sans dates, étant des pages presque effacées des origines d'un

(a) Cartulaire de Saint-Cyprien, p. 249.

pays : on en suit mieux les phases plus rapprochées de

nous. Au reste, le moyen âge est plein du nom de cette petite

seigneurie, qui fit partie de Tancien archiprêtré de Rom, et

dont la cure était à la nomination de Tabbô de Saint-

Cyprien,

stini-Faûoi; jj y aurait eu, à en croire quelques géographes de notre

pays (fl), dans cette même viguerie, et près de Melle qui était

du pagus de Brioux, un village nommé d'abord Maceriolus,

et qui prit plus tard le titre de Saint-Faziol. Son premier

nom le reporterait à l'époque romaine, et fut le seul qui le

désigna jusqu'au moment où une église dut être fondée vers

le V® siècle, à l'occasion de quelques reliques du saint qui

y furent transportées et y commencèrent son culte. Nous

avons parlé ci-dessus, à l'année 368, de ce saint sur lequel

nous devons compléter ici des renseignements qui se

rattachent mieux à l'existence de son prieuré devenu

aujourd'hui méconnaissable. Ce paraît être réellement au

V® siècle que le culte de saint Faziol fut établi dans le

diocèse du Mans, d'où tous les hagiographes s'accordent à

le dire originaire. Il y a loin de cela aux prétentions aussi

peu fondées flue beaucoup d'autres de. tel historien qui veut,

pour le besoin de sa cause, faire de saint Faziol un disciple

de saint Hilaire ou de saint Martin dans le Poitou (*). Quoi

qu'il en soit, on s'accoîde à dire que ce saint est honoré

dans le Maine, au village de Luc ; mais comme il y a trois

paroisses de ce nom dans le diocèse du Mans, on ne voit

pas bien à laquelle on peut l'attribuer ; et, -dans aucune

d'elles, les chartes qui nous restent ne font la moindre

allusion à son existence (48). En dépit de ces obscurités,

son nom attaché à une de nos anciennes paroisses lui

donne des droits à notre intérêt. On n'a, au reste, que peu

de détails sur sa vie : on ne sait même pas certainement

(a) La Fontenelle, loc. cit., p. 387. l\ distingue Maceriolas do Macelaoris, qui n'eu est qu'une copie fautive.

(b) a Uém, des Antiq. de VOuest, XXXVUI, 349.

s'il fut solitaire ou martyr (49). Il pourrait avoir été Pun et Pautre ; c'est à titre d'anachorète qu'il aurait eu une chapelle dans le territoire de Melle, puis une église paroissiale annexée en 1664 à celle de Saint-Romain-lés-Melle par Pévêque de Poitiers , Gilbert de Clérambaud {a). Dans la dernière division du diocèse qui résulta du Concordat de 1801, le territoire de Saint-Faziol, qui avait toujours sa chapelle, fut annexé à la paroisse voisine de Pouffons. C'est peut-être après avoir exercé la vie solitaire dans les bois où cette chapelle fut élevée dans la suite près d'une fontaine, que Faziol, transporté par nous ne savons quelle cause dans le Maine, y put souffrir la persécution et en garder les honneurs. S'il en fut ainsi, son pays d'origine ne lui serait pas resté étranger après sa mort. Son souvenir aura rendu la contrée où il s'était sanctifié désireuse d'avoir au moins quelques parcelles de ses restes qui y devinrent aussitôt l'objet d'un culte public. On ne sait à quelles années attribuer le développement de cette dévotion. Ce qui est certain par un acte authentique, c'est que, en 1092, l'église appartenait à ua seigneur du lieu dont le nom, Frotier, pourrait n'être pas indifférent à l'honorable famille qui vit encore au milieu de nous (50). Ce seigneur la donna alors à Pabbaye de Saint- Cyprien de Poitiers, qui en fit un prieuré : l'Abbé en a toujours gardé le patronat. On ne sait à quel titre les moines de Saint-Maixent, Bénédictins comme ceux de Poitiers, prétendirent y avoir des droits ; mais ils furent déboutés, et ce même bienfaiteur Frotier-Belet, aussi bien

j que beaucoup de ses parents, firent à Saint-Faziol plusieurs autres dons en vignes et en terres arables. Certains amis y en ajoutèrent d'autres pour être agréables à cette famille,

* qui paraît avoir joui dans la contrée d'une grande considération (*).

Il y a aujourd'hui dans la Charente-Inférieure, au canton som^m.

(c) M. Beauchet-Filleau, Fouillé, p. 379.

(a) Cartulaire de Saint-Cyprien, p. 101 et suiv.

d'Aunay, un village de deux cent cinquante habitants qui appartenait dans le ix® siècle au diocèse de Poitiers ; c'est Saleignes, dont les vieux titres ont varié le nom comme tant d'autres (51), et qui touche vers l'Est aux limites des Deux-Sévrës. Son église, qui semble avoir été construite très anciennement, fit aussi partie des nombreux domaines de Saint-Cyprien («), à qui un vicomte d- Aunay, Cadelon III^ se montra favorable plus d'une fois, entre autres en 1004, sous l'abbatiat de Gislebert. Mais les dons qu'il ajoutait à tant d'autres envers le monastère nouveau, avaient été encouragés par le roi des Francs, Lothaire, qui régna de 954 à 987, lorsqu'en 964 (52), il fit aux moines des bords du Glain une donation pleine et entière de son alleu et de sa villa de Saleignes. Ce fonds était pourvu dès lors d'une église de Saint-Didier, ce qui la faisait remonter à une époque déjà éloignée. Il y ajoutait les droits de viguerie avec haute et basse justice. Une forêt et des terres considérables entouraient cet établissement et devenaient aussi la propriété du couvent.

u liberté. civile k Uuc clausc remarquable de cette charte indiquait parmi les intentions du royal donateur celle de faire prier, en raison des franchises et immunités ci-exprimées, « pour la rédemption de son âme, et celles de ses parents et de ses successeurs». Nous allons revenir bientôt sur quelques particularités de cette pièce; mais, tout d'abord, observons-en le protocole spécifiant le droit divin qui protégeait alors ces sortes de générosités pieuses. « La loi chrétienne, y est-il dit, d'accord avec les décisions des rois, a toujours autorisé de la part des hommes libres ou de condition les libéralités qu'ils voulaient faire à la sainte Eglise. » C'était donc là une conséquence légale de la liberté civile de pouvoir donner sans aucune entrave, d'où qu'elle vînt. Rien de plus conforme à la loi naturelle et de plus avantageux à la société qui se fondait ainsi sur des bases incontestées, et

(a) Ibid., p. 12.

celte époque.

remettait les progrès de la civilisation aux mains les plus capables d'y travailler. La justice ne s'entendait pas apparemment alors comme plus tard, quand les communautés religieuses furent dépouillées par les sectaires au profit de Tambition cupide et de l'impiété érigée en loi.

C'est tout ce que nous savons de Saleignes, sinon qu'on y voyait en ce même temps une chapelle dédiée à la Sainte- Vierge ; et nous n'en avons parlé que parce qu'elle figure dans la viguerie de Brioux avec son nom connu parmi plusieurs autres absolument ignorées aujourd'hui.

Ces notions de géographie dont l'histoire d'un pays fait ses annexes indispensables nous ont forcément détourné du récit des événements. Reprenons-le avec le même soin d'exactitude et d'impartialité qu'il réclame toujours.

lOTES DU LIVRE XXXVII

Note 1

La Brie, Bria, ancien petit comté entre l*Ile-de-France et la Champagne, distingué en Brie haute et en champenoise. Meaux était la capitale de la première, et Provins celle de la seconde. Ou distinguait encore la Brie pouilleuse, dont la ville principale était Château-Thierry. La Brie est enclavée dans les départements de TÂisne et de Seine-et-Marne.

Coutances, Constantia, est une ville de Normandie antérieure à la conquête des Gaules. Constance Chlore la fit bâtir en 295, et lui donna son nom. Son siège épiscopal, qui est encore un des suffragants de Rouen, date de l'an 430. Souvent ravagée par les guerres qui précédèrent le règne de Hugues Capet, elle devint, après bien des vicissitudes causées par sa position sur le littoral de la Manche, la capitale d'un petit pays riche et peuplé de la Normandie appelé Cotentin. Elle n'est plus qu'une sous-préfecture de la Manche, avec 8,000 habitants, arrosée par IsiSoulle, petite rivière qui se jette dans la Sienne, à 6 kilomètres au-dessous de Coutances. La cathédrale est un beau monument, bien conservé, en style ogival du xiii^ siècle, qui a donné lieu à de sérieuses discussions archéologiques entre ceux qui, d'après ses caractères incontestables, l'attribuent à la belle période où l'ogive reçut toute sa belle efflorescence, et d'autres qui, trop osés, selon nous, veulent qu'elle ait été construite au xi<> siècle, quand on était si loin d'essayer même des chefs-d'œuvre de ce mérite architectural.

Note 3

Montfaucon, chef-lieu de canton de 1,500 âmes, à 8 lieues Sud-Ouest de Montmédy. C'était alors un bourg assez considérable de l'Argonne, au Nord-Ouest du département de la Meuse.

Note 4 '

Meaux, l'ancienne laiinum que les Latins nommaient Meldœ, et les peuples furent appelés MeldU Ceux-ci habitaient le pays nommé

Brie^ et qui comprenait à peu près le territoire du diocèse de Meaux. Cette ville était dans la quatrième Lyonnaise, au nord de Lutèce. Elle est sur la Marne, et n'a que 8 ou 9,000 habitants.

NoTÇ 5

La Clouère, Cloderia, Clodera, Cloderis. Il y a peu de rivières dont le nom se soit plus souvent modifié depuis la plus ancienne charte qui nous en parle en 790.

Note 6

Vivonne, Vicoedona, Vieovedonum, chef-lieu de canton de rarrondissement de Poitiers, a 2,500 habitants.

Note 7

Vintray, village de la commune d'Aslonne, au Nord-Ouest, à quelque distance du Clain, sur la riye droite.

Note 8

La Vonne, Vedona, Vèdauna, Voonia, prend sa source dans la commune de Beauvoir, canton de Mazières (Dieux-Sèvres), et se perd dans le Clain, à Vivonne, Vicus Vedonœ. Elle a un cours de 47kiL, visitant, depuis sa naissance jusqu'à son embouchure, dansleseoi arrondissement de Poitiers, les communes de Sanxay, C'urzay, Chazeneuil, Lusignan, Cloué, Celle-rEvècault et Marigny-Chémérault. (Redet.)

Note 9

Le Palais, ruisseau dont le nom latin est inconnu, Q'ayant jamais été employé qu'en 1418, dans un acte de la cathédrale. Il sort de l'étang de Mauperthuis, commune de Coulombiers, passe au chef4iea de cette commune, traverse celle de Marçay, et donne son nom à uq faubourg de Vivonne av9,nt de s'y jeter dans le Clain. (Redet.)

Note 10

Ca^trum Achardij Castellum Achardi, puis Castel-Âchard. — V. Redôt, p, 99, et Mém. dés Antiq. de l'Ouest, XIII, 332.

Note 11

Lire sur ce point l'intéressante Histoire de Châieau^Larcher et de ses seigneurs, de M. l'abbé Drochon, dans les Mém. des Antiq. de l'Ouest, XXXIX. Une- surabondance de preuves y vient à l'appui

de cette opinion sur Voulon, que ]a Société à maintes fois adoptée comme résaltat définitif des travaux les plus sérieux, et qu'elle n'abandonnera plus sans doute.

Note 12

Et non pas Bapteresse, ce qui semblerait lui donner une origine liturgique dont on n'a aucune trace. C'est en latin Baterezia, Batreziaj Batrlzia, et enfin Batriacinsis villaj qu'il ne faut pas confondre avec la villa voisine, dite dans les actes BatriacuSj indiquée souvent comme étant dans la même viguerie de Vivonne, et dans la commune de Château-Larcher. Batresse n'a plus guère que 150 habitants. — Quant à Tétymologie du mot Batresse, elle est fort mal tirée, quoi qu'en ait voulu croire un membre de la commission de la Carte de France (Mém. des Antiq. de l'Ouest, IX, 63^, des mots Baptisare, Baptisteriam, qui n'y ont aucun rapport di^ns nos souvenirs historiques. Le mot Baiaria (la Bataille dans la basse latinité), semblerait plus admissible,, malgré l'impossibilité où l'on serait de l'expliquer par aucun fait connu. Ce qui est certain, c'est que Bapteresse, écrit avec un P, est une maladresse qui semble inventée par V Annuaire de la Vienne de 1807. Antérieurement et depuis 928, Batrezia villa a continué de * s'écrire sans P, ce qui n'autorise guère à y employer cette lettre, qui n'éclaircit rien, (V. Redety Diet. de la Vienne,) Au milieu des monuments gaulois qui l'entourent encore, cette localité semble mieux autorisée à chercher son origine dans la langue qu'on a dû y parler tout d'abord !

Note 13

L'autel est au Musée des Antiquaires de l'Ouest. (V. les Mém, de la Société, I, 228; X, 19; XXXIX, 89, 383, 501.)

Note 14

Cartulaire de Saint-Cyprien, tom. I, p, 28. — Iteuii a beaucoup varié dans les chartes, étant d'abord Ustalium, Isiaot, puis Istolium, Ituel, Ytuel, Ituilg. C'est encore évidemment un nom celtique dont on voit tant de types dans ce pays.

Boiscoursier, Boseum Corserii, ancien château de la commune de Marnay, dont la seigneurie a des titres de 1317. Ce n'est plus qu'une ferme.

Note 16

Ceux qui ont écrit de la fameuse bataille sentaient bien qu'il fallait trouver sur le théâtre de l'action de quoi expliquer le Campus

Mogotinsis d'Hiûcmar. C'est pourquoi ils conjecturèrent de le poser près du gué où il n'a jamais été. Nous avons vu plus haut qu'il était le Melgon qu'a remplacé Château-Larcher. (V. V Analyse du bon Mémoire de M»' de Beauregard, qui ne s'est trompé que sur ce point, dans le deuxième volume des ilf^motres des Antiquaires de l'Ouest, p. 113.)

Note 17

Marnay, villa de Mornaij de MereniaeOj de Mairenai, de Matriniaco. C'est un de ces noms que les copistes du moyen âge ont défiguré jusqu'à le rendre méconnaissable, et dont on ne verrait guère l'origine, si l'on ne se rappelait un nom latin de personne, Matrinus, jeté quelque part dans Cicéron. Cette étymologie éclaire singulièrement sur les commencements gallo-romains de ce lieu, qui occupe quelque place dans la société celtique. — Marnay a aujourd'hui un millier d'habitants, et se trouve au Sud-Est de Vivonne.

Note 18

Redet, M. Beauchet-Filleau,V*ilfar/ia^.— LaFontenelle, dans ses ViguerieSj n'avait su comment expliquer cette existence des deux Marnay que désigne très clairement la charte de 969, insérée au Cartulaire de Saint- Cyprien, p, 251. Nous allons voir bientôt qu'il s'agit de Marigny-Chémerault.

Chémerault n'est plus qu'une ferme de la commune de Brux, ancien fief qui fut réuni au marquisat de Couhé vers le milieu du xvii« siècle.

Note 20

Beaulieu» Bellus-Loeus, sur la Dordogae, à cinq lieues de Turenne, fondée en 855 par Raoul, archevêque de Bourges, prédécesseur de Frotier.

Note 21

Ces diflScultés viennent surtout de l'impossibilité d'une date certaine donnée à la première charte, instituant Ecfroi dans l'abbatiat sur la demande de Robert et d'Aymar. Observons d'ailleurs que peut-être Ecfroi, vu l'état des choses, n'avait pu prendre possession, et que, par cela môme, Ebles, qui n'avait pas cessé de représenter la communauté, reparait à plusieurs reprises^ et ne cède vraiment son titre à Ecfroi que par sa mort, arrivée, comme nous le verrons, en 993.

Note 22

Cette maison était ainsi nommée d'une Syrène sculptée sur la façade, et qu'on aimait beaucoup en Poitou, depuis la tradition si populaire de Mélusine. Elle était située dans le quartier des Arènes. Ces animaux se voient encore supportant des armoiries, sur le montant de la cheminée de la salle des Pas perdus, au palais de Poitiers.

Note 23

Rouillé a près de 3,000 âmes. Ses anciens noms varient beaucoup. C'est, au IX* siècle, RoUaeus; plus tard, c'est Roillac, RolhaCj Roilléj selon que l'orthographe du notaire ou les variations de la langue l'inspiraient à chaque époque. Nous avons pu remarquer ces anomalies dans beaucoup d'autres noms de lieux, et cette observation est commune à presque tous. Nous ne nous y arrêterons plus, ne donnant désormais que le véritable nom latin et le plus rationnel, celui, en un mbt, qui doit être employé maintenant par ceux qui voudraient écrire en latin.

Rouillé, tel que les actes officiels l'écrivent aujourd'hui, nous apparaît pour la première fois dans un acte des aides (employés des impôts sur les boissons) en 1596.

Note 24

Pouant, Potenturrij dans l'acte de Saint-Hilaire de 889. C'est un bourg de 600 âmes qu'il ne faut pas confondre avec un village de môme nom qui se partage entre les communes de Nueil-sur-Dive et Pouençay, et qui, appartenant en 1402 à l'évéque de Poitiers Simon de Cramaud, fut donné au Chapitre par ce prélat pour la fondation de la psalette. (V. notre Histoire de la cathédrale j II, 135, et nos Recherches sur Simon de Cramaud, in-8*, 1841, p. 4.)

Note 25

Luzay, LuciacuSj Lussaium, et Luzayum, Luzais dans les pièces officielles, est à deux lieues au Nord de Saint- Varent, et renferme 700 âmes.

Note 26

Geoflfroi, Gaufredus de Brandeio, peut-être de Branday, hameau encore existant de la commune voisine de Bouillô-Loret (Deux- Sèvres).

Note 27

Frontenay, Fronteniaeus, et plus tard Frontenayum. Cette commune a 600 âmes, et son chef-lieu n'est éloigné que de 5 kilomètres T. v 28

434 NOTES DU LIVRE XXXVlI

à rOuest de Moncontour. Il ne faut pas la confondre avec Frontenayl'Abattu, près. Niort, qui appartint à la célèbre maison de Rohan, dont elle porte aussi le nom.

L'Election était une circonscription financière, soumise à la juridiction des magistrats élus par les Etats de la nation, depuis la fameuse assemblée de 1356. — La Généralité était une chambre des trésoriers de France, qui prenaient le nom de Généraux des finances, et dont la juridiction s'étBndait sur tout un pays indiqué par une ordonnance royale.

Note 29

Cuhon, Cuionnurrij Cuion, Cuon, et Cuhon, qu'on a commencé à orthographier ainsi au xi® siècle, comme le prouve un acte de 1485. — Commune de 700 âmes, du canton et au Nord-Ejt de Mirebeau (Vienne).

Note 30

La Bourelière, Borrelia; c'est maintenant un villeige et un moulin sur la Dive, dans la commune même de Cuhon.

Note 31

Vouzailles, Vosaliœj Vosallia, a 800 habitants et est du canton de Mirebeau.

Note 32

Bourgueil, Burgolium. Saint-Pierre de Bourgueil, fondée en 990 en Touraine. Elle est aujourd'hui du diocèse de Tours , et la petite ville qui lui doit son nom est un des chefs-lieux de canton d'Indreet-Loire, à 14 kilomètres Nord-Ouest de Chinon. Nous en reparlerons.

Note 33

Maulay, Maulayum, a 3 ou 400 habitants; arrosée par le Thouet et le Thouaret qui se réunissent à l'Est, non loin du chef-lieu de la commune.

Notes 34 et 35

Gourgé, Gorgiaeum, Gorgioeum et Gurgeiunty mais dont le nom véritable et primitif doit être Gorgiaeum. Ce mot aurait signifié d'abord demeure, habitation de Gorgius, nom célèbre d'un sculpteur et de plusieurs autres connus dans Quinte-Curce et dans Cicéron.

NOtES DO LIVRE XXXVII 435

Note 36

Blaye, Blatia, dans la Notice de V Empire, et Blatutum, dans quelques exemplaires de V Itinéraire d'Antonin, C'est une souspréfecture de la Giroûde, sur cette rivière, au Nord du confluent de la Dordogne et de la Garonne. Elle a 5,000 habitants, une forte citadelle bâtie par Vauban en 1662 , pour défendre Bordeaux, appuyé sur un large rocher dominant le fleuve, et aux abords duquel les Romains avaient pratiqués une voie militaire. Le peu d*accord qu'il y a entre la Table Théodosienne et V Itinéraire, sur la distance à parcourir entre Blaye et Bordeaux, laquelle varie entre 9et 19lDornes, montre très bien comment Grégoire de Tours a pu se tromper de beaucc up moins en déterminant la distance de Poitiers à Voeladum, et qu'il ne faut pas apporter le chiffre de cet historien comme une preuve contre Voulon, où nous tenons aujourd'hui à placer le champ de bataille de 507. (V. Danville, Notice de la Gaule, p. 164 et suiv.)

Note 37

Cette église devint quelques années après une abbaye, par la faveur de ce Contran qui, l'ayant dotée de ses propres biens, y établit un monastère de chanoines réguliers sous la règle de saint Augustin. Au XI® siècle, on trouve des chartes datées de 1076 et 1088, qui mentionnent des abbés de Saint-Romain. Mais, en cette dernière année, ayant été donnée à Saint-Cyprien de Poitiers, l'abbaye ne fut plus qu'un prieuré de ce grand établissement qui florissait déjà sous les auspices des Evoques et des Comtes de Poitiers. Ce prieuré s'affaiblit aussi, et, en 1767,il fut uni au Chapitre de Notre-Dame de Châtellerault. Avant cette union, la cure était distincte du prieuré, et le titulaire y nommait aussi bien qu'à celles de Saint- Jean-Baptiste et de Notre-Dame de Châtellerault, d'Aubigné, de Pontumé, de Turgé, de Cénon et d'Avrigny. Avant la Révolution de 1789, ce prieuré appartenait au diocèse de Tours, et dépendait de l'abbaye de Sainte- Croix de Poitiers. L'église n'est devenue paroissiale que depuis le Concordat de 1802.

Saint-Romain-sur- Vienne se distingue, par ce surnom, de deux autres paroisses situées^ l'une dans le canton de Charroux, l'autre, dite Saint-Romain-des-Champs, dans celui de Melle. Celle dont nous parlons ici est du canton de Leigné-sur-Usseau. Quelques restes d'anciennes constructions trouvés dans le sol, autoriseraient à la faire remonter jusqu'à l'époque romaine. L'église primitive disparut vers la fin du xii* siècle pour faire place à celle qu'on voit encore, et dont la nef latérale Sud fut ajoutée au xv*.

Note 38

L'Aunis, dont on a élaboré péniblement les étymologies équivoques, tire plus rationnellement son nom du vieux mot galloromain Audenadacum, dont nous avons fait Âunay, la principale ville de cette petite province. II semble très bien aussi que ce soit le Dovesna que Ptolémée place à 16 lieues gauloises de Saintes, ce qui ferait de 35 à 40 de nos kilomètres. La province qui , sous le nom de pagus ALianensis, a joui d'une certaine autonomie pendant une période assez importante, ^'étendant du xii^ au xiii^ siècle, car elle renfermait le territoire de la Rochelle, Rochefort, Saint-Jeand'Angély, Saintes et plusieurs îles du littoral. L'importance successivement acquise par ces diverses localités avait singulièrement diminué celle d'Aunay qui n était plus, dans son isolement au milieu de terres peu fertiles, qu'un diminutif de son ancien état, quand la Révolution, par sa nouvelle division de la France, vint réduire l'ancienne et célèbre petite châtellenie à l'état d'une bourgade, infime chef-lieu de canton, qu'habite à peine aujourd'hui une population de 1,800 âmes.

Note 39

Huet et d'autres écrivains disent ce mot lige tiré du mot germanique leudesj vassal, que nous voyons souvent dans Grégoire de Tours, et qui commença à n'être plus en usage au x® siècle.

Note 40

La Tour de Brain, fief de la paroisse de Jaunay, près Poitiers, dans le canton de Saint-Ceorges. Ce fief releva plus tard de la Tour de Maubergeon, dans Poitiers. (V. Bulletin des Ant. de l'Ouest, XIV, 221.)

Note 41

Availles (AvailliœJ sur-Chizé, dont elle n'est éloignée au Sud que de 4 à 5 kilomètres, se distingue, par cette dénomination, de trois autres paroisses du même nom, placées aux environs de Civray : (Availles-Limouzine), de Châtellerault, canton de Youneuil-sar- Vienne, etd'Airvault ou(AvaiIle3-Thouarsaise). La commune, posée dans le canton de Brioux et à 8 kilomètres Sud-Ouest de ce cheflieu, n'a guère que 300 habitants. Son territoire est limité à l'Est par la Boutonne qui la sépare de Villers-en-Bois. Il appartient à l'archiprôtré de Melle.

Nous avons peu de renseignements sur Availles ; il semble qu'on ne sait rien de ses origines, mais on peut juger par analogie qu'elle se trouvait dans une villa qui sera devenue une paroisse à une époque

NOTES DU LIVRE XXXVIl 437

inconnue. Toujours est-il que la plus ancienne charte où il en soit question en Poitou est de 1068. Availles était alors tenu en fief par Geoffroy de Lisay, et en arrière-fief par Maingot de Melle et Aimeri de Chizé, c'est-à-dire que chacun de ces seigneurs y avait des droits qui relevaient tous de Guy-Geoff^poy, autrement dit Guillaume VIL comte de Poitou. Celui-ci, d'accord avec la comtesse Agnès, sa mère, voulut donner en cette année 1068 la terre d' Availles, qui lui appartenait, avec tous les droits qu'ils y pouvaient exercer, à Tabbaye de la Sainte-Trinité de Vendôme qu'ils affectionnaient beaucoup. 11 leur fallut donc le consentement des vassaux à qui la terre était inféodée et ils signèrent l'acte de donation qui comprenait aussi l'église du lieu, déjà anciennement construite en l'honneur de saint Eutrope et de saint Martin. Par ce double vocable, cette église, alors paroissiale, semblait bien tenir en même temps de la Saintonge et du Poitou. Depuis cette époque, cette église devint le siège d'un prieuré de l'abbaye bénédictine , et avait encore ce titre en 1782. Les abbés de Vendôme ou les seigneurs de Chizé avaient élevé sur le territoire de la paroisse une chapelle de Sainte-Marie-Madeleine, dont le prieur avait la desserte et le revenu ; puis une aumônerie pour quelques malades, laquelle fut réunie à l'hôpital de Chizé par arrêt du parlement de Paris du 9 juillet 1696.

Note 42

Vendôme, Ahhatia Vindoeinensisj fondée dans la ville de ce nom sous le vocable de la sainte Trinité, en 1032, par Geoffroi-Martel, comte d'Anjou, qui y mit des Bénédictins de Marmoutiers. Jusqu'en 1697, Vendôme appartint au diocèse de Chartres. C'est aujourd'hui i une sous-préfecture du Loir-et-Cher, sur la Loire. Elle est à dix lieues Sud-Ouest de Blois et renferme 8,000 habitants. L'abbaye était célèbre par sa relique dite de la Sainte Larme qui a fait le sujet d'un ouvrage de Mabillon.

Note 43

Haquenée, Equa, cheval de moyenne taille, à l'usage des femmes ou des cavaliers qui devaient garder un pas modéré, propre aux cérémonies solennelles.

Note 44

Ce que nous venons d'exposer suffit à établir parmi nos plus anciennes familles celle dont nous voyons ici les premières illustrations. Elle dura sous son nom de Thouars, et à travers une foule de hauts faits, jusqu'en 1372, où tenant comme nous le verrons, depuis plus de trois siècles, mais obligée enfin* de rendre son château

à Duguesclin, qui y rétablit la suzeraineté du roi de France, sa puissance disparut en réalité devant cet échec dans la personne de Louis de Thouars, qui était le vingt-deuxième vicomte depuis l'institution de cette dignité dans la famille. Ce Louis, qui gouverna la vicomte de 1332 à 1370, mourut sans enfants mâles. La terre et le titre passèrent à la maison d'Amboise par le mariage de sa seconde fille Isabeau avec Ingelger I" d'Amboise, qui resta prisonnier des Anglais à la bataille de Poitiers en 1356. Celui-ci mourut en 1373, et d'Isabeau de Thouars il eut Pierre II d'Amboise, qui succéda du chef de sa mère à la vicomte vers 1397. Cette riche succession d'Amboise et de Thouars fut portée enfin dans la maison de la Trémouille par Marguerite, fille de Louis d'Amboise, lors de son mariage, le 20 août 1446, avec Louis, premier du nom, sire de la Trémouille, et ainsi s'éteignit pour le Poitou cette illestre famille de Thouars qui se fondit en une autre famille poitevine non moins illustre, et dont nous parlerons en son lieu.

La famille deThouars portait pour armoiries, jusqu'au commencement du XIII® siècle : huit merletteSj la première couverte d'un franc-quartier. Au xiv®, on la trouve portant d'or^ semé de fleurs de lys d'azur, au franc-quartier de gueules. (Voir Dom Fonteneau, t. XXVI, 65; — Thibaudeau, Abrégé de l'histoire du Poitou, t. III, V éd.; -— Le P. Anselme, Généalogie de la maison de France; — Moreri, V* Thouars et Amboise; — MM. Beauchet-Filleau et de Chergé, Dictionnaire des familles du Poitou, I, 48; II, 710.)

Note 45

Quentovic, lieu détruit , occupant autrefois l'emplacement où est Stables- sur-Mer, à l'embouchure de la Canche; chef -lieu de canton du Pas-de-Calais.

Note 46

Gàtine, Gastine, Vastina, de Vastum, qui, dans la basse latinité, signifiait un désert, une vaste étendue de terres incultes. (Voir Ducange, au mot Vastum.) Ce nom indique très bien que ce petit pays ne fut habité et cultivé qu'assez tard. Il avait à peu près quinze lieues de long sur dix de large. Ayron était à sa limite orientale. La Sèvre Nantaise la bornait à Topposite sur les bords de l'Autise; de là sa lisière méridionale s'avançait jusqu'à Germont, remontait vers Saint-Georges de Noisné et Vautebis, et remontait à travers TAuzance et la Vendelogne jusqu'à son extrême ligne d'Ayron et de Cramard. Au Nord, elle n'allait guère au-delà d'Airvault. Dans cette circonscription se trouvaient les cantons actuels de Mazières, de Secondigny, de Champdeniers, de Thénezay et de Parthenay,

NOTES DU LIVRE XXXVII 43' f

auxquels devaient s'ajouter des portions des autres cantons dti Ménigoutte, de Coulonges-sur-rAutise, de Moncoutant et de Saint- Loup. Ce petit territoire était sorti peu à peu de sa solitude et renferma enfin des paroisses plus ou moins nombreuses qui, dang les derniers temps, s'élevèrent jusqu'à soixante.

Note 47

Vaux-en-Couhé, indiqué dans Cassini (n^ 68) sous le nom do Vaux-en-Comy, à cause de deux villages ainsi nommés, à quatre ou cinq kilomètres au Sud de Vaux, sur la môme rive droite de la Bouleur. Ces villages n'eurent jamais d'importance ni aucune juridiction sur Vaux, qu'on appelle bien mieux aujourd'hui Vauxen-Couhéj parce qu'il dépend en effet de ce chef-lieu de canton.

Note 48

Cf. Géographie du Maine, par M. Cauvin, in-4^, p. 378 et suiv, — Cet excellent travail, édité en 1845 par l'Institut des Provinces, qui a trop peu vécu, a précédé l'apparition de nos Topographies départementales, publiées depuis 1840 par le ministère de l'Instruction publique , et dont un trop grand nombre répond peu aux besoins des travailleurs de notre temps.

Note 49

Châtelain , dans son Martyrologe, indique la fête de saint Faziol au 7 septembre, avec le titre de martyr; ailleurs, on la met au 15.

Note 50

Nous parlons ici des Frotier de la Messelière, dont était l'archevêque de Bordeaux, puis deBourges, et l'évoque de Poitiers, deuxième du nom, dont nous allons bientôt parler. (V. D. Fonteneau,VII, 232.»

Note 51

Saleignes, Salemniœ, de Salemniis, Salamia, que La Fontenelle a déguisé en Solemnia, ce qui déroute entièrement le lecteur.

Note 52

Cette date est indiquée clairement dans la charte originale datée de la dixième année du régne de Loihaire, Il n'y a donc pas à hésiter entre cette année et la précédente, comme l'ont fait les rédacteurs du Cariulaire de Saint- Cyprien, p. 233.

prrF"'

Page 1