‹ Histoire générale civile, religieuse et littéraire du Poitou. 5Chapitre 5 sur 18 · AU COMTÉ DE POITOU JUSQU'A SON AVÈNEMENT AU DUCHÉ D'AQUITAINE · texte numérisé non relu

AU COMTÉ DE POITOU JUSQU'A SON AVÈNEMENT AU DUCHÉ D'AQUITAINE

(De 935 à 951)

es possessions du comte de Poitou, lorsque mourut Ebles Manzer, étaient assez considérables pour former à son fils, en y comprenant le Limouzin que nous avons vu faire | | partie de son domaine, uu territoire dont l'étendue se développait de l'Océan aux limites occidentales du Berry, et de la Charente à la Loire, La ville la plus considérable et la mieux fortifiée de cette vaste étendue, était toujours Poitiers, où se plaisaient mieux ses comtes, tant par la sûreté du lieu que pour les agréments extérieurs de ses vives et abondantes campagnes, et pour ceux de l'intérieur où un palais magnifique, de belles églises, et des monastères, plus nombreux et plus célèbres qu'en beaucoup d'autres cités, avaient fait à la leur une renommée qui vieillissait en s'élevant toujours plus. Il faut dire aussi que, grâce à un gouvernement plein de sagesse, qui sut conserver à la fois la dignité des habitudes domestiques et la paix avec tous, malgré les embarras du dehors, un état florissant s'était fait pour cette belle province, et que le jeune prince

Condition ùe* caml« de Ptfta* 1

l.iimein.

nimement reconnu.

qui la recevait de son père à l'âge de vingt ans entrait, par suite des soins et de la haute intelligence de celui-ci, dans une carrière tracée à l'avance à son brillant avenir. Gmitanmeni.nni. La législation féodale était déjà si bien établie, les domaines acquis aux seigneurs sous l'action des capitulaires de Pistes et de Quercy, en 864, étaient si généralement reconnus, que personne de bonne foi n'aurait osé revendiquer contre des titres ainsi admis et sanctionnés par la loi salique de la môme façon que l'était encore l'héridité au trône de France, autour duquel tout vivait et se développait naturellement. Il n'y eut donc aucune opposition à l'avènement de Guillaume Hugues. Le Poitou, le Limousin, les portions de l'Aunis, de la Saintonge et de l'Angoumois qui en relevaient, lui échurent sans conteste. Le souvenir de son père, et le respect dont on entourait sa tombe, devaient suffire à maintenir les droits du fils. Pourvoi ainsi C'était le premier de nos comtes qui eût porté le nom de Guillaume, mais comme il deviendra Duc d'Aquitaine et que deux de ses prédécesseurs l'avaient porté avant lui, nous rappelons ici ce que nous avons déjà exposé sur ce point, et nous lui donnerons le nom de Guillaume III, afin de déterminer nettement, en évitant toute confusion, le rang qu'il devra tenir et ses successeurs après lui, dans l'ordre des Guillaume, qui vont, deux siècles durant, continuer notre dynastie provinciale.

Poorqnoi nu Mais on lui reconnaît aussi un surnom qui ne pouvait manquer de lui échoir à une époque où le caractère français, commençant à se dessiner, aimait à désigner par une qualification distinctive les. ridicules où les avantages observés dans chaque individu. Guillaume fut donc la tête. cTétoupeSy car sa chevelure blonde et épaisse autorisait cette remarque (<o. Nous aimons mieux cette raison que celle d'un de ses contemporains qui l'avait peu connu, sans doute, car, à l'en croire, ce sobriquet n'aurait exprimé qu'une grande

(a) Art de vérifier les dates, X, 93.

légèreté d'esprit, que rien, au reste, dont la vie de ce prince ne semble avoir jamais autorisée). Ce surnom, d'ailleurs, devait lui survivre et se justifier pour lui dans le sens le plus favorable, puisqu'on le donna dans la suite à Raymond H, comte de Barcelonne en 1076, parce qu'il avait, dit-on, la chevelure fort épaisse. Disons mieux encore et croyons que le nouveau comte dont la chevelure tenait sans doute du noir d'un père mérovingien, et du blond d'une mère anglo-saxonne, aura simplement donné sujet à une observation devenue populaire. Quant au nom de Guillaume^ on le trouve aisément pour le jeune prince, dans celui de deux des aînés de son père, qui lui avaient été les plus fidèles, et dont le souvenir lui devait rester plus précieux, Guillaume de Gellone, et Guillaume le Pieux inauguraient bien une dynastie que leur nom devait honorer. Au reste, il est certain que c'est le nom Hugues qui parut dans les premiers actes souscrits par le prince, et le titre où nous le voyons d'abord indiqué par son autre nom, ne date guère que de l'année 936.

Nous savons que l'abbaye de Saint-Hilaire appartenait **#*«*&*

^ J rr honorai r« de l'ibbijo

toujours aux comtes de Poitou, qui se seraient bien gardés fcs»raMU»i«. d'en abondonner le titre assez important par le revenu qu'il leur rapportait. Les chanoines, de leur côté, s'étaient habitués à ce joug qui se rachetait par des faveurs, ne iut-ce que par le patronage ou avouerie qui les protégeait, en maintes occasions, contre les prétentions de laïques toujours dangereux. Il n'y a donc pas à douter que l'installation comme abbé aura suivi de près celle de comto. Nous avons dit ailleurs, comment cette cérémonie s'accomplissait pour les ducs d'Aquitaine dans la cathédrale de Limoges. Le même cérémonial s'observait à Saint-Hilaire quant à l'abbé laïque. La lance et l'étendard étaient les deux symboles que l'évêque de Poitiers, et plus tard avec lui, l'archevêque de

(o) V. Besly, Comt. de Poict. d'après un Historien de Notre-Dame du Puyt P. M.

Bordeaux, remettaient entre les mains de l'élu. Celui-ci jurait sur les Evangiles de défendre les droits et les privilèges du Chapitre, après quoi on l'installait à la première place du chœur (<■}. Ajoutons dès à présent qu'il en sera ainsi à tout changement de comte, que lorsque la province aura été annexée à la couronne, les rois de France, devenus abbés de Saint-Hilaire, hériteront des droits du grand feudataire, et que, jusqu'à la dernière heure de notre monarchie, le monarque ou ses représentants venant à Poitiers, étaient reçus avec les mômes honneurs par le Chapitre royal, qui trouva plus d^une fois dans son abbé séculier, un appui contre des persécutions ou des injures. On peut conclure de ces détails, qu'en réalité le seigneur abbé de Saint-Hilaire, et tous les autres qui ailleurs retenaient ce titre ecclésiastique, s'autorisaient „ sans que l'Eglise s'y opposât et avec l'agrément formel des établissements intéressés, d'une qualification d'abbé qui correspondait parfaitement à celle tf avoué des monastères : les uns avaient les fonctions et les devoirs; seulement ils en outraient beaucoup trop les avantages, oripwdwqtutrti Une autre institution en faveur de Saint-Hilaire, doit être

baron* ftodinx do . j,.. • . . , ,, nwi •*

KartcWdfptfJttrt. signajee aussi comme déjà existante en ce temps-la. 0 était la création de quatre chanoines honoraires, pris parmi les seigneurs laïques du plus haut rang, et dont le titre canonial indique une origine très voisine de la transformation qui s'était faite, au ixe siècle, de l'ordre monacal à l'état de chanoines réguliers. Cette époque, coïncidant avec les plus féroces attaques des Normands, et aussi avec les entreprises violentes de certains seigneurs contre les monastères, on avait compris le besoin de défendre l'illustre abbaye contre les deux espèces d'ennemis. De là, l'idée de confier cette charge, qui ne fut pas sans de riches compensations, à quatre seigneurs militaires, qui furent ceux de Châtellerault, de Parthenay, de Lusignan et de Couhé. Le titre de

(a) Gcïïroy du Yigeois, dans Labbe, Bibl. Ms. u, 330.

chanoines honoraires sans les obliger à aucun des devoirs de Pétat religieux, leur donnait rang au chœur après les chanoines titulaires, dont ils juraient» aussi de défendre les droits contre quiconque entreprendrait de se les attribuer.

On comprend bien que ce3 seigneurs, ainsi chargés d'un J^^SJiff% si honorable rôle, n'étaient pas encore pourvus, même à l'lbbJïe* Pépoque où nous voici arrivés, de fiefs aussi importants qu'ils le furent plus tard. Mais leurs domaines ne tardèrent pas à devenir des plus considérables de la province. Il est même probable que cette institution se développa considérablement au xie siècle. Ce dut être le temps aussi où ces mêmes seigneurs de Lusignan, de Parthenay et de Châtellerault, mais non de Couhé, qui semble n'avoir remplacé que plus tard celui de Belleville (1), devinrent les quatre barons de l'évêché de Poitiers, qui lui durent certains devoirs à cause de quelque dépendance féodale <*>. Nous savons trop que cette avouerie des plus puissants seigneurs du Poitou, n'avait pas toujours évité au monastère les ruines que les Normands leur avaient infligées. Mais au moins devaient* elles les protéger désormais contre les actions possibles des antagonistes, non moins difficiles à supporter, que l'existence féodale leur ferait rencontrer trop souvent

C'est aussi la belle époque de ses trésoriers dont nous Titaîtri m avons déjà parlé, et qui, depuis trente ans, avaient vu se sdni-mu». développer singulièrement l'importance de leur charge. C'était le comte qui les y nommait, car il disposait de la trésorerie comme des plus riches bénéfices de dépendance. Ce bénéfice fut très longtemps donné aux évêques de Limoges depuis que Guillaume III, ayant placé son frère Ebles sur ce siège, y avait ajouté les riches revenus de l'abbaye poitevine.

Guillaume III, à peine arrivé au gouvernement, ne tarda mmmmniv** point à rendre lévêque de Poitiers à celui de son diocèse, netm-otdewiit:^

! PDllifM,

(a) Cf. notre Hist. de la cathédrale de Poitiers, II, 70.

t. vi 13

Quel qu'eût été le prétexte de cette rigueur inexcusable, il était digne du nouveau souverain de réparer cette injustice. Cette réparation ne se fit pas attendre. Elle date de cette même année 935, car il est dit en un acte de donation en faveur de Saint-Cyprien que cette générosité fut faite le jour où le comte Guillaume rendit à l'évoque Frotier le gouvernement de son église (2). Cette charte a d'ailleurs cela de 'remarquable qu'en indiquant le village de Gragon, qui existe encore dans la commune de Saint-Jean-de-Sauves <*), sur le Prepson (3), elle nomme comme donateur un Isembert et son épouse Oda, à qui cette villa appartenait. Puis nous voyons comme témoins, d'abord leur fils qui est prévôt de la cathédrale ; un Maingot, viguier (sans doute de Poitiers), et un Adalhard qui doit être celui de Sauves. Or, de ces personnages il nous faut remarquer le premier Isembert, que son nom rattache à la famille des deux évoques de Poitiers, qui devaient bientôt se succéder sur le même siège. Enfin ce Pierre, le fils d'Isembert et d'Oda le deviendra bientôt avant eux, devant succéder à Alboin <*).

bayfaï^pri^' L'année suivante, 936, fut remarquable à Poitiers par l'achèvement de l'abbaye de Saint-Cyprien, dont l'évêque Frotier II avait commencé la restauration depuis plusieurs années. Ce couronnement d'une œuvre d'une si haute importance avait été précédé- de toutes les mesures qui devaient l'affermir en lui donnant un caractère de durée inattaquable. L'esprit de ce temps, solidement chrétien, tendait de plus en plus, en effet, à consolider les fondements de la société française en les appuyant sur la foi des peuples, qui y trouvaient leurs plus sûres garanties de vie morale et d'intelligente sociabilité. Les grands y voyaient en même temps comme l'église, un moyen de gouvernement dont les ressorts atteignaient toutes les parties de leur

(a) Canton de Montcontour (Vienne).

(b) V. Besly, Comtes, p. 248.

administration. Les abbayes étaient autant de foyers de lumières où les sciences recevaient de merveilleux développements. C'étaient des pépinières d'évêques et de prélats, des écoles de théologie et de législation, où s'enseignait le droit avec les principes de la justice. Les papes eux-mêmes dont le pouvoir était alors d'autant plus fort qu'on appréciait mieux son origine dans la foi commune, et son active coopération aux développements de la société chrétienne, s'étaient toujours prêtés à favoriser ces grandes institutions, à les protéger contre la violence, à assurer leur indépendance de toute tyrannie humaine, â les soustraire même fort souvent aux exc^s de la juridiction épiscopale. Le pape Jean XI n'avait pas manqué en ces conjonctures à l'esprit de ses prédécesseurs. À la demande de Frotier, il avait confirmé toutes les dispositions prises par le prélat sur son patrimoine {*). Plusieurs années durent être employées à ces préparatifs, aussi bien qu'à la construction faite dans les conditions de solidité nouvellement adoptées, et dont on ne devait plus se départir; et pourtant le digne évêque à qui Ton devait de si grandes choses n'eut pas la consolation de l'achever. Tombé malade aux approches de l'automne de 93G, il gardait le lit, quand vint le jour de la consécration de l'église. Il se fit donc suppléer pour cette dédicace qui eut lieu sous le double vocable de la sainte Vierge et de saint Martin, le 29 septembre, par Théodelon, archevêque de Tours, ami intime de Frotier, et qui Pavait pieusement secondé dans cette grande entreprise. Car Théodelon, qui fut un des zélés protecteurs de la sainte maison, ne cessa pas de lui donner jusqu'à sa mort, arrivée en 945, des marques d'un paternel intérêt. Ce sentiment s'était d'ailleurs répandu sur Frotier hi-même, dont l'archevêque avait adouci l'exil, en veillant sur son diocèse, et lui prodiguant do prés et de loin les consolations d'une sainte amitié. De son coté Frotier dota la nouvelle église de riches alleux; ainsi le village et toutes

(a) CF. Cartulaire de SaitU-Cyprien, j>. 5.

ses dépendances de Saint-Maixent-le-Petit avec PEglise et la paroisse, tels que nous les lui avons vu acquérir de sa mère Bertrade, en 914. A ce territoire était ajouté le château voisin de Luray, sur la frontière du Berry avec ses terres et sa juridiction ; puis l'église de Sainte-Fercincte avec ses dépendances, d'autres villas encore dans les vigueries de Pouligny (*) et d'Ingrandes. Enfin, on voit figurer dans ces donations l'église de Saint-Séverin de Milly, dans la viguerie de Thouars, et celle de Taise, près cette même ville (*>. En cette circonstance on vit annexer aussi au corps capitulaire de Poitiers Alboin, le premier abbé nommé depuis quelques jours, lequel reçut un personnat de la cathédrale (4), et qui dut y prendre place désormais après les dignitaires et avant les simples chanoines. Cette abbaye conserva ce privilège pour tous les successeurs d' Alboin, élus jusqu'à l'époque ou étant descendue à l'état de commende, le commendataire dut cesser de s'attribuer cette position (c). Ce prébende avait eu, comme tous les autres, ses semaines d'offices, pendant lesquelles le titulaire nommait à son tour aux bénéfices qui dépendaient de sa prébende.

Mais on ne s'en tint pas là. De nombreuses écritures de nos Chartres témoignent encore que d'autres dons considérables accompagnèrent les précédents. Guillaume III n'y resta pas étranger. Il donna des pêcheries situées en Aunis. D'autres seigneurs, trois frères de la contrée, Amelins, Reguier et Bernard, donnèrent la moitié de leur -église de Batteresse, dans le pagus de Briou. Chacun se faisait ainsi un devoir de contribuer à l'un des éléments essentiels de la vie de l'Eglise.

r.hajto a£SdnidS A- ce Pr°pos il semble opportun de nous arrêter à bien caie époque. définir pour cette époque l'état de la constitution des

chapitres cathédraux, tels que les avait faits les décrets des

(a) Canton du Blanc (Indre).

{b) V. sur Thaizé, ci-dessus, t. IV, p. 346 et 361 ; — et sur Milly, ibid., p. 235.

(c) Gall. Christ. Instram, t. Il ; Charta Frôler. Episc.

papes et des Conciles depuis l'adoption de la régie donnée par saint Chrodcgand, au vme siècle. Au Xe, c'était encore le Pre&byterium, sorte de Conseil diocésain sans lequel l'évêque, d'après le quatrième concile de Carthage tenu en 254, ne devait rien décider sous peine de nullité (*). C'était toujours la vie commune exercée dès le commencement entre l'évêque et ses prêtres. Cet état de choses néanmoins ne tarda pas à se modifier selon l'impulsion donnée par les événements contemporains. Dès que le régime féodal, en dotant les églises, leur eut donné avec les terres et les titres seigneuriaux des droits personnels nécessairement exercés par les titulaires, une grande confusion se serait mise dans les distinctions à établir entre les biens épiscopaux et ceux des chapitres; et ceux-ci, déjà arrivés à des mitigations très prononcées de la règle commune, nrayant d'ailleurs plus à observer qu'à demi le vœu de pauvreté, devenu incompatible avec les nouvelles habitudes de la vie sociale, ils durent désirer une séparation des deux menses, chacun dut vouloir une réformation dans les usages suivis jusqu'alors. De là vient la distinction entre la propriété de l'évêque et celle du chapitre, et de la part de ce dernier une absolue indépendance, qui, sans ôter rien de l'austérité de ses devoirs spirituels envers son chef, lui laissa cependant une entière disposition de ses biens propres, et amena dans le personnel une véritable hiérarchie, et toute une administration temporelle. Dans cette hiérarchie, l'évêque eut toujours certains droits d'être représenté par ses délégués qui eurent en même temps rang au Chapitre, comme leur action propre dans la gestion des affaires diocésaines. De nombreuses chartes conservées aux recueils de nos abbayes poitevines, aussi bien que dans les cartulaires de la cathédrale, attestent, au temps où nous voici, l'existence des Archidiacres, de quelques rares Choréveques, de Prévôts, de Doyens, de Trésoriers, et enfin de Personnats, comme nous

(c) Fleury, Discours sur l'Rist. Eccles. vi, p. 12, no* 42 et 50.

venons de le voir pour l'abbé de Saint-Cyprien. Nous voyons aussi la cathédrale recevoir des biens fonds, certains chanoines désignés parfois encore sous le simple nom de prêtres de SaintrPierre, donner aux moines, à leurs églises ou à d'autres communautés, des villas avec leurs églises et leurs dépendances. LTEglise-mére de Poitiers d'ailleurs, a son organisation complète, ses clercs, ses diacres et ses sous-diacres, et ses contres ou gardiens, organisés en corps, et se partageant par semaine la surveillance et les soins matériels de l'église.

C'est donc une sorte d'aménagement auquel rien ne manque, et d'après lequel on voit bien que le culte est déjà dans cette grande basilique d'une magnificence relative, qui s'accroîtra désormais en proportion de l'éclat et des richesses de ses évêques et de son personnneU*). iiort dfl mi Hum. Cependant d'autres événements se pressaient et vinrent remettre en question la paix qu'on espérait vainement depuis tant d'années, et dont la pensée avait familiarisé avec celle de la pacification des Normands. Le 14 janvier 936, le roi Raoul meurt (5), sans laisser d'enfants mâles de sa femme Emma, soeur de Hugues le Grand. Hugues le Blanc, duc de France, et Héribert, comte de Vermandois, pouvaient seuls, dans l'état actuel des choses politiques, aspirer à un héritage immédiat. Le calcul de la prudence et l'espoir d'arriver plus sûrement en temporisant, firent croire au duc de France, que tôt ou tard, comme descendant de Robert le Fort, il ne pouvait manquer d'arriver au trône: il résolut de ne pas employer trop tût des moyens encore douteux. Rendre dès lors la couronne au fils de Charles le Simple lui parut plus sage et plus honorable à la fois. Il fit donc iv iioti^iirr, députer vers le jeune Louis, qui arrivait à sa dix-huitième année et attendait en Angleterre, sous la tutelle de sa mère et la protection du roi Àdelstane, l'heure d'une fortune

(a) V. les Gartultùres lïo Sainte! N;i ire, de Saint-Cyprien, do la Cathédrale, cic.f etc.; — Puis l.i curieuse Histoire de la Réforme et de la ligue dans la ville d'Àulun, par M. llippolytc Abord» I, 49 et 50.

meilleure. On s'entendit après six mois cta pourparler. Le jeune prince passa la mer, fut reçu sur les côtes de France par le duc de Normandie, Hugues le Blanc, et Héribert, qui eurent soin de se montrer à la tête de cette affaire , et conduit aussitôt à Laon par un nombre considérable de seigneurs, il y fut sacré le 19 juin 936. Ce fut Louis IVe du nom, que son séjour de l'autre côté du détroit fit surnommer tfOutre-Mer, à une époque où les surnoms faisaient pressentir et prévoir le besoin des noms de famille.

Ici le principe de la légitimité triomphe, et c'est un 4%$M!n retour salutaire à un mode de gouvernement qui ne polUqïie" tardera pas à devenir indiscutable. Car on comprend très bien, que si jusque-là le système d'élection, si souvent invoqué depuis cinq siècles, avait plus d'une fois sauvé la France des plus tristes infortunes, il avait pourtant trop de fois aussi servi de prétexte à des ambitions coupables, et fomenté, sous des règnes de hazard, des divisions et des guerres qui mettaient l'Etat dans les plus grands périls. L'élection, qui n'attache les grandeurs qu'à une personne essentiellement changeante, à un trône mobile et à des institutions de caprice, n'est donc pas pour les peuples le moyen providentiel. L'hérédité légitime, posée comme loi de l'Etat irrévocable et fondamentale, sera toujours le système le plus favorable aux peuples, et pour les rois le plus honorable et le plus sûr.

Mais si fort que ce caractère légal de la légitimité put wJSSmXiJ^ rendre le gouvernement royal, nous devons observer que *flBil0lftlde™le partage des terres et la multiplicité des fiefs entre un grand nombre de familles, avaient enlevé à la royauté son plus puissant prestige. Louis d'Outre-Mer trouva formés autour de lui autant d'Etats séparés qu'il y avait de comtes ou de ducs. Autour de Laon, désigné pour capitale de son royaume, s'élevaient autant de petits royaumes qui égalaient le sien, s'ils ne le surpassaient en importance. Il y avait plus, les leudes de France et de Normandie, les comtes de Poitou et d'Auvergne disposaient de plus d'hommes de

guerre que le roi, et la royauté risquait d'autant plus qu'elle pouvait moins se faire craindre. Elle n'avait pour lien entre elle et ses feudataires que le principe de la vassalité, exprimé par un serment qui rendait la soumission obligatoire. Mais nous avons vu mainte fois -ce que devenait cette soumission quand un intérêt d'amour-propre froissé ou d'ambition surexcitée pouvait devenir le prétexte d'une rupture avec le souverain, ou d'une guerre de voisinage que celui-ci ne pouvait que très rarement empêcher. Et enfin au-dessus d'aussi graves inconvénients, figurait encore contre le roi cet usage même de sa puissance, que les grands faisaient servir d'appui à leurs plus énormes prétentions. Pour rester en bons termes avec eux, il lui fallait assurer leur pouvoir contre toute revendication rivale, en leur donnant une investiture de leurs propriétés qui les rendait inviolables. Ainsi Hugues le Blanc s'empara, avec l'agrément de Louis IV, de la Bourgogne, que Raoul avait donnée par moitié à ses deux frères. Mais les deux princes dépouillés ne se le tinrent pas pour dit. Une guerre s'alluma qui ensanglanta encore la province contestée, et il résulta d'un arrangement final qu'il y eut pendant quelque temps trois ducs de Bourgogne. Et ces irrégularités gouvernementales dureront en France, même aprts l'affermissement du pouvoir royal, jusqu'à ce que, grâce à des lois ultérieures, le prince aura conquis le droit de réunir à sa couronne un fief dont le possesseur se sera rendu coupable de félonie ou de trahison,

Froii«iuc réTèqllfl L'épiscopat de Frotier II avait duré plus de trente-six ans, plein de mérites, de vertus solides et de travaux utiles à son diocèse, lorsqu'il mourut peu de temps après la

Aiboin, xlvi* évô- consécration de Saint-Cyprien. La vacance du siège dura très peu, car au mois d'avril suivant, 937, Aiboin l'occupait déjà à titre de XL VIe évoque, c'était cet abbé de Saint- Cyprien qui était en charge lors du décès de Frotier II, et qui l'était aussi de Nouaillé, mais non de Charroux, quoi qu'en ait dit des autorités plus respectables que réelles (6).

que

Au reste, nous avons eu à observer plus d'une fois que les temps troublés, à la faveur desquels le désordre, la ruine, et une ignorance qui résultait forcément de la dispersion des écoles, durent forcer fréquemment à confier plusieurs abbayes à la fois à un même chef lorsqu'on trouvait à celui-ci des qualités suffisantes. L'intimité d'Alboin avec Frotier, si digne lui-même, laisse supposer que celui-ci l'avait désigné d'avance comme devant être son successeur, et ce choix confié à son zèle et à son talent de mener plusieurs gouvernements à la fois, ne pouvait être que d'un excellent augure pour le long épiscopat qui succédait à celui de son vieil ami. Alboin, par un sentiment qui fait son éloge, n'oublia jamais d'ailleurs en toute occasion sa touchante reconnaissance envers celui qu'il aima à signaler comme le bienfaiteur de Saint-Cyprien , aussi bien que de l'Eglise de Poitiers, devenue la sienne. Il lui attribua, bien plus qu'à soi-même, l'état florissant où il avait trouvé son abbaye, et les merveilleux développements qu'elle avait dû à ses bienfaits (*). De telles caractères ne sont pas à dédaigner dans l'histoire : ils y reposent de tant d'autres qui fatiguent dans les temps passés et de ceux dont les décadences modernes nous forcent encore de gémir.

A peine sur le trône épiscopal, Alboin eut. à présider NK* son premier synode général, qui se tenait déjà régulièrement chaque année quatre fois, à époques fixes, c'est-à-dire le premier jeudi de carême, le lendemain de la Saint-Pierre, le jeudi après la Saint-Luc, et le jour des Saints-Innocents. On peut croire cependant que ces quatre époques annuelles, semblent n'avoir été fixées encore à la date où nous sommes. Nous croyons qu'elles ne furent établies que plus tard, quand les paroisses se furent multipliées, quand le clergé séculier fut devenu plus nombreux, et que la vigilance épiscopale sentit un plus grand besoin de se renseigner plus activement sur le gouvernement des églises et les

(o) Gall. Christ., II, col. 160; et instrum, col. 329.

Sjnorîe gûaéral *

observances disciplinaires. Antérieurement, et au cours du Xe siècle, il n'y en eut que deux, ceux de Pâques et de Noël, au jour des Saints-Innocents. Mais comme l'Evéque et le Chapitre avaient déjà une juridiction séparée, le Doyen avait aussi ses deux synodes, qui suivaient de près rassemblée épiscopale. Pour le Chapitre, ce nombre n'augmenta point, ces réunions furent toujours tenues par lui le vendredi après le quatrième dimanche qui suivait Pâques, et le premier vendredi après le 18, octobre, fête de saint Luc. Ce dernier se tenait dans l'église Saint-Jean* Baptiste, voisine de la cathédrale» depuis que le Chapitre y avait fondé une paroisse à la collation du Doyen (7).

Après l'examen des choses de discipline, de liturgie et la publication des statuts, pour la bonne direction des paroisses et l'unité d'administration, le synode prenait souvent un caractère judiciaire, et ses décisions éclairées par la discussion, et prononcées par révoque, prenaient force de choses jugées, et obligeaient sans plus de conteste possible, sauf l'appel au pape, toujours possible mais

jument! rmjdj rarement exercé. Dans celui dont nous parlons, on vit Aymon, qui venait de succéder a Alboin dans labbatiat de Saint-Cyprien, se plaindre d'exactions exercées contre sa communauté par deux prêtres nommés Dodon et Israël, ce dernier attaché à l'église de Bethines (8), Us prétendaient s'attribuer aux dépens du monastère des dîmes appartenant à son prieuré de Saint-Maixent- le- Petit. Contre cette revendication un titre décisif fut apporté par Aymon: c'était le témoignagne en bonne forme donné avec les dîmes elles-mêmes par Pévôque Ingenald vers 8GQ,< Ses prétendants furent donc déclarés injustes détenteurs et obligés de se désister pour ne plus revenir sur le fait t<0.

Moyen* d'jppeu. Une curieuse coutume de ce temps-là, très louable dans sa simplicité, non moins favorable à une bonne justice, laissait au condamné après le jugement un long espace de

(ff) GatL Christ., H, col HtiÛ; - Cartul de Saint-Cyprien, p. 118;-

Resly, Evêque$. p. 41

deux ans pour chercher un surcroît de preuves en faveur de sa cause perdue. Si durant cet intervalle, il pouvait fournir quelque témoignagne resté d'abord inconnu, il avait le droit de le proclamer au milieu d'une foire, d'un marché, ou de toute autre réunion publicfue ; il réclamait par là une nouvelle reprise de l'affaire qui s'instruisait de nouveau par le viguier. Les mêmes juges procédaient à l'examen des motifs de cet appel, et l'arrêt qui s'en suivait était désormais sans retour possible (*). Nous n'avons pas vu que cette mesuro fût applicable aux décisions judiciaires rendues dans les synodes. Mais on a tout lieu de croire, qu'il en était ainsi, puisqu'il s'agissait de donner au bien-jugé d'un tribunal légalement institué une garantie qui fut toujours dans le droit de tous les justiciables.

C'était par son frère Guillaume III, qu'Ebles, évoque de Déteioppemcnts d« Limoges, avait été nanti de l'abbaye de Saint-Maixent. A iwxtot. peine en avait-il pris possession que, ne pouvant la gouverner lui-même, puisqu'il n'était point religieux, il en confia la direction, selon l'esprit des lois canoniques, à un abbé régulier qui fut Gerbert, lequel reçut plusieurs donations de Guillaume, et mourut en 945. Mais tout en se délivrant, par ce choix éclairé, des obligations spirituelles* de sa charge, Ebles ne prétendit pas se dispenser des autres devoirs envers ses frères et la maison qu'il aima comme la sienne. Il fit. donc restaurer l'abbaye, réduite à un piteux état par les Normands, et dépourvue des ressources qui auraient pu la relever ; il entreprit et acheva la reconstruction de l'église, il rétablit les cloîtres et les lieux réguliers. A ces premiers soins, il en ajouta d'autres non moins importants, et qui devenaient une sauvegarde pour la ville, formée alors autour du monastère, et qui déjà comprenait plus de mille maisons. Il la renferma de murs qui ne furent pas moins une défense pour les moines en cas de quelquesunes de ces guerres qui, à défaut des barbares, ne devaient

(a)D. Fonteneiw, VI, 119; - Besly, Evèq., p. 42 etsui?.

nastère*.

pas tarder à réveiller l'esprit belliqueux des seigneurs et des vassaux. Tant de travaux se substituaient à des ruines, et refaisaient la vieille cité et son abbaye, depuis longtemps si célèbre, mais qui depuis quatre ou cinq siècles avaient subi tant de vicissitudes et de réelles infortunes. Ces grandes choses accomplies, Ebles songea a une autre preuve de sa rcndSI^Mh?eiîqïJî piété. Le corps de saint Maixent et celui de saint Léger, desSitiV"-6* avaient été déplacés, pendant une des violentes secousses éprouvées par le monastère, du lieu qui leur avait servi de dépôt dans l'église abbatiale. Pour les assurer contre de redoutables avanies, il avait fallu les recueillir dans l'église voisine de Saint-Saturnin, où, entourées de fortifications préservatrices, elles avaient longtemps attendu que leur première place leur fût rendue. C'est à quoi s'appliqua le Zèle du digne évoque de Limoges («).

tem^enwrsie«eirwî Cette grande institution marchait au reste parallèlement avec les autres déjà connues, et qu'alimentait la foi généreuse de la noblesse, du clergé et de la bourgeoisie. La paix enrichissait toutes les classes par le travail et le commerce, et chacun, dans les proportions de sa fortune, savait rendre à Dieu et à la religion, par ses pieuses • offrandes, ce qu'on regardait comme autant de largesses de sa Providence. C'était le temps où Nouaillé se voyait doté par une Sénégonde, vicomtesse de Melle, d'une villa, dans la viguerie de Liniers, et d'une autre, dans celle de Thénezay. La paroisse de Bouresse, prieuré de la même abbaye, recevait quelques héritages dans la viguerie de Civaux,, à Fiée, villa alors nommée Flagiacus, et qui existe encore dans Saint-Benoît de Quinçay; un chanoine de la cathédrale prélevait sur son terrain quatre ou cinq arpents de vigne en faveur de Saint-Cyprien : car de toutes parts les mêmes preuves de bienveillance affluaient vers ce nouvel établissement. Enfin, une des plus considérables donations qui lui furent faites en ce temps, fut certainement

(a) Qall. Christ, II, col. 1267; — Instrum, col. 471.

«ISfOIRE GÉNÉRALE DO POllOt) (937) 205

celle du château et de Péglise de Colombiers, prés Châtellerault, chef-lieu de viguerie dont toutes les dépendances, les cours d'eau, les serfs et tous les avantages possibles lui furent accordées par Guillaume Tête-d'Etoupes. Le brave comte au reste étalait sans difficulté son sobriquet au milieu de vingt ou trente autres témoins des plus titrés. Et puis, prévoyant certaines chicanes de tels ou tels envahisseurs à qui la propriété pourrait convenir quelque jour, il se réservait pour lui et les siens le droit de rachat, afin d'en user aux premières velléités d'un usurpateur quelconque. C'est dans ce sens qu'il faut comprendre cette même condition qu'on s'ingénia alors d'insérer dans certains actes contre' les tendances de seigneurs moins scrupuleux qu'ils n'auraient dû l'être.

Raymond Pons, comte de Toulouse, était alors duc Raymond pom, duc

d'Aqailaine.

d'Aquitaine, et possédait personnellement avec ce beau duché, le comté d'Auvergne. Il avait succédé, en 925, à son père tué dans un combat contre les Normands. Dévoué à Raoul, il s'était séparé en cela d'Ebles Manzer et avait usé de son influence, en 932, pour se faire donner par le roi l'Auvergne et le Velay, au détriment de ce dernier. Mais cette mesure sollicitée par lui n'avait été dans ses convictions qu'un moyen politique d'affermir le pouvoir de Raoul, regardé comme le remplaçant nécessaire d'un roi incapable de suffire aux exigences de son temps. C'était donc moins un calcul d'ambition qu'une ressource de plus donnée au nouveau gouvernement, car en se mettant à la tête des deux belles provinces, il les enlevait à un prince qui n'en aurait pas disposé en faveur du même souverain. On trouve une garantie de ses sentiments, si peu désintéressés en apparence, dans la piété sincère que Raymond avait toujours professé, et qui, après lui avoir fait prendre le surnom de Pons, en souvenir d'un saint martyrisé dans les Alpes, au me siècle, le porta à bâtir, sous son invocation, le monastère et la petite ville, érigée en évêché en 1311 (9). Louis d'Outre-Mer confirma la donation en qualité de

seigneur suzerain. Ainsi l'usage était déjà établi, que l'agrément du roi était nécessaire pour accepter ou valider les largesses des vassaux et des autres fidèles t4* Dans cette charte, et dans celle du monastère de Chantauge (10), que Raymond établît sur une roche escarpée du diocèse de Saint-Flour, avec le secours des moines de Saint-Julien de Brioude, se trouvent les preuves avec dates certaines des faits susdits. Raymond y prend le titre de prince des Aquitains. Toutes les autres dignités féodales étaient donc soumises à la sienne. Cette remarque importe beaucoup pour îe temps qui s'approche, où cette dignité deviendra celle des comtes de Poitou, vielle* de eu- Nous avons parlé des vicomtes de Chàtellerault et de ce c«n«iud£ieuïiiiu:. premier seigneur qui, sous le nom de Gamalfroi, avait inauguré dans ce pays l'administration vicomtale. On ignore quel fut sa femme. C'est son fils qui figure le premier sous le nom d'Àirault, Âdraldus ou Airaîdus^ et paraît en 930 avec le titre de vicomte, parmi les signataires d'une donation faite à Saint-Gyprien par une dame Sénégonde, dont nous avons parlé <*>.

C'est certainement de lui que vint son nom à la villa assise sur les bords de la Vienne, vers les limites septentrionales du département* Chatel-Àirault se forma par les premières maisons groupées autour du château, qui date de cette année 937, C'était là, en effet, que se trouvait naturellement indiqué le point de défense contre les aggressions du dehors, et le vicomte imita tous les autres grands vassaux devenus propriétaires de leur territoire, quand il songeai s'y protéger au besoin, aussi bien que la province dont il était un des gardiens les plus avancés. Aussi devint-il , lui et ses descendants, des plus puissants seigneurs de la contrée, et ses donations considérables et réitérées

(a) Mauléon, les Carlovingiens et la France sous cette dynastie, t. III, p. 93 ;

— tialuae, litst. de in imuson d1 Auvergne, p.iJL)3.

{b) Besly, Comt. de Poîrt., p. 141

prouvèrent qu'il n'était pas des moins riches. Une longue vie semble avoir été la récompense de cette conduite charitable. Sa femme Gersinde, dont on ignore l'origine, lui donna trois fils Acfred, Boson et Hugues, qui lui succédèrent par de longs règnes jusque dans la seconde moitié du xie siècle. Airault et sa femme paraissent jusqu'en 987, en de nombreuses largesses faites à plusieurs communautés et surtout à Saint-Cyprien, que leurs enfants ne favorisèrent pas moins. Les gouvernements des trois frères se suivirent en des périodes de prospérité et de paix qu'ils surent conserver au grand avantage des peuples et à la satisfaction de leurs suzerains <*). Ils virent se fonder la monarchie de la troisième race, se prêtèrent en vassaux fidèles à ses développements et se créèrent ainsi, par leur esprit de conduite et une prudence persévérante, une position qui leur ménagea, vers le commencement du xine siècle, de belles alliances comme celle des maisons de Surgères, de La Rochefoucaud et de Lusignan <*>. Nous rencontrerons leurs noms souvent inscrits dans la suite de notre histoire.

Parmi les héritiers de l'évêque Frotier II, était un cha- ^ffi!ïAtn> noine de la cathédrale, qui portait son nom, était riche et tiODdoPoiUeïfse montra digne de son oncle, par ses généreuses tendances à soigner les âmes, et à consacrer à Dieu des lieux de piété. Il paraît aussi qu'Alboin devenu évêque, et se souvenant de la tendre et constante amitié de son prédécesseur, avait comblé de biens le neveu qui lui continuait les tendresses de l'oncle; mais, plus il était devenu riche plus il voulut enrichir l'Eglise, et il résolut de consacrer une partie de ses biens à fonder un prieuré sous le vocable de la Résurrection. La charte en fut dressée en avril 938. Elle instituait dans la même rue que la nouvelle abbaye de la

{a) D, Fonteneau, ms, II, 1S, X, 156; — Besiy, Comtes, y. 249; — Mabillon, Âtmai ord, Beneâ» IV, 188.

(b) D'Hozicr, Généalogie de la maison de Châtellerault, apud Dufour, ms,

rruKi . ]\t 45.

Trinité, non loin de celle-ci, et par conséquent en dedans de la vieille enceinte visigothe^ une petite maison de trois moines, tirés de Saint-Cyprien, laquelle, dès ce jour, appartiendrait à ce monastère, et exercerait les devoirs curiaux envers un certain nombre de fidèles, qui lui étaient soumis a titre de paroissiens* Le fondateur, pour toute récompense de son pieux intérêt, se réservait de trouver, quand il jugerait à propos, dans cette maison, un asile et une [demeure permanente jusqu'à sa mort. Des revenus fixes étaient assignés au prieuré, par le don d'un certain nombre de villas de la viguerie de Sauve, parmi lesquels, eu dehors d'un certain nombre dont les noms sont restés inconnus, on retrouve encore des hameaux, des communes comme Vendœuvre (il), et Marigny-Brizay (12), et dans le canton de Neuville, Ligny et Saint-Filbert. L'instrument notarié fait par ordre d'Alboin^ et signé de lui tout d'abord, constate^ par sa teneur même, de curieuses observations, qu'il importe de consigner ici pour l'histoire du Chapitre, et le caractère authentique dont il est définitivement revêtu. Ainsi, outre que nous y voyons toujours figurant parmi les signataires, le doyen Gauthier, le prévôt Pierre, rarchidiacre Richard; le nom de chanoine y est donné nettement, à ceux que naguère encore on nommait le presbytère de Tévêque ; on y mentionne que la donation permise au chanoine Frotier par l'êvêque, est faite avec le consentement et le concours des chanoines^). Parmi ceux-ci se trouvaient plusieurs prêtres, des diacres, un sous-chantre, enfin les deux viguiers, Moïse et Vivard, que nous avons déjà remarqués en d'autres actes comme appartenant à la viguerie de Poitiers.

Ce prieuré, il faut le dire, fut restreint à de petites dimensions, l'église, qui avait été consacrée par Alboin, le 12 novembre 937, et dont l'érection fut continuée l'année suivante, par la charte que nous suivons ici, éprouva de

(a) Cum. consensu et conniventia canonicon

nombreuses vicissitudes, ses revenus, qui ne s'étaient point augmentés, finirent par- être insuffisants à ses charges ; Pabbaye dont elle dépendait lui retira son titre de prieuré en une de ces fâcheuses circonstances où sa position hors des murs la soumettait à de graves revers. L'église, tout en restant paroissiale, appartint au monastère de la Trinité, qui présentait le curé à la nomination du doyen de la cathédrale, mais ses quatre cents communiants furent réunis à Saint-Pierre après le Concordat de 1801. Il ne resta rien de l'église, qui, en dernier lieu, n'était que fort insignifiante, par suite de nombreuses restaurations toujours faites dans les conditions les plus économiques.

Une particularité d'autant plus remarquable qu'elle est Dm emïu dfl plus rare, doit être signalée en ce temps, comme étant Jjjf1 règnefll à u devenue une source d'hésitations embarrassantes sur cette phase de notre histoire locale. On va voir combien il est bon de la signaler, pour effacer des incertitudes encore possibles à qui n'aurait pu les comprendre. Nous voulons parler d'un double règne en Poitou, qui aurait embarrassé les critiques dans la suite de nos annales de 936 à 940. Il paraît indubitable, en dépit du silence des chroniques contemporaines, qu'entre ces deux années il y eut à la fois deux comtes de Poitou, et voici comment. Nous avons vu Ebles recevoir, en 932, du roi Raoul, l'investiture de son comté, et la bonne entente régner entre eux jusqu'à ce que, quatre ans après, le roi étant mort, et Louis d*'Outre-Mer lui ayant succédé, Hugues le Grand, duc de France ou de Paris, se fit adjuger par le jeune roi le comté de Poitiers qu'il convoitait depuis longtemps ; mais le décret était plus facile à faire qu'à exécuter. Guillaume n'aura pu manquer de se mettre sur la défensive, et Hugues, préoccupé de se.3 Etats des bords de la Seine, aura senti qu'un accommodement valait mieux qu'une guerre, et se sera arrangé de manière à partager le pouvoir et le revenu tout en laissant à son compétiteur une position qui, tout bien considéré, dut paraître à celui-ci moins provisoire que l'autre ne le croyait.

t. vi u

Ces faits résultent de la charte d'Album déjà connue, et relative à la donation faite à SainUCyprien par la nobla dame Sénëgonde. Dans cette charte, en effet, on voit la

{signature de Guillaume précéder immédiatement, avec le titre de comte, celle du comte Hugues w> On n'hésite pas a reconnaître ici l'indication de ces deux comtes comme exprimant deux titulaires du même comté, et précisément de Poitiers, car il est assez ordinaire alors que le nom de Tapauage ne suive pas celui de la dignité très bien désignée d'ailleurs par l'antériorité donnée au nom propre sur tous les autres dignitaires ou témoins qui se placent à sa suite. Or, dans le cas présent, les deux comtes signent avant tous autres. C'est GuUIaume qui se nomme tout d'abord. Hugues vient après. Ce sont bien deux comtes, deux personnages égaux, et voici Implication de ce mystère. Les tendresses du duc de France et de Louis d'Outre-Mer ne durèrent pas, celui-ci s'ôtant voulu débarrasser de son ministre et partager le pouvoir avec sa mère**). De là une séparation violente, à la suite de laquelle le roi rendit à Guillaume Pautonomie de sa province, car ce. dernier n'avait pas voulu suivre son associé dans sa révolte. Bientôt il ne fut plus question pour Hugues de revendiquer en Poitou aucune autorité que Guillaume, le sachant occupé ailleurs, se serait bien gardé de lui rendre te). Et, dès ce moment, disparut chez nous cette dualité de pouvoir, qui a jeté de si épaisses ténèbres dans quelques actes de cette époque.

q™ forant alors jjnû autre obscurité sMclaircit aussi très bien, selon

b c amies du Dâlaià *

nous, par ce qui précède. Quelquefois, dans les actes de cette courte période, le nom de Guillaume III se trouve suivi dans ces mots, cames paladin. Pourquoi Comte du paiais7 et quelle peut bien être ce titre inusité? Selon nous,

(a) V. Desly. ComU de PoicL, p. 219 ; — Cari, de Saint-Cyprien, I, 3£>. (h) Art de vérifier tes dates, IX, L2t5 ; X, 95. {€) Cf. Daniel, Hiit. du France, ad arm, 930. (d) La Foirteuclle. Rois el Ducs, p. 474.

les comtes du palais ?

il se rapporte évidemment à l'état de choses que nous venons de signaler. Le comte du palais devait être, semble-t-il, celui qui l'habitait ordinairement. Hugues guerroyait en Bourgogne ou dans l'île de France ; Guillaume ne quittait pas Poitiers. Les termes en question le désignaient nettement, outre que, par une précaution assez habile, son nom paraissait toujours le premier, ce qui rend très probable que celui du princô conjoint dût figurer presque toujours sur des actes que son absence lui permettait rarement de lire et d'apprécier.

Il est vrai que sous la troisième race exista encore (jusqu'à 1191), une dignité de Comte du palais attaché à la cour des rois, où ce dignitaire avait la haute main sur tous les officiers de la maison royale. Si le comte de Poitou a pu en être revêtu comme d'une sorte de fonction plus honorifique que réelle, c'aurait été une preuve de bonne entente entre les deux princes, et une manière absolument provisoire d'attester une bienveillance mutuelle. Ce pouvait être dans le même sens qu'on avait vu un comte d'Anjou, Geoffroi Grise-Gonelle , devenir sénéchal de France en récompense du secours qu'il avait prêté au roi Robert contre les Allemands (a). On comprend que ce titre était une véritable sinécure pour ce prince comme celui de comte Palatin, qu'il avait remplacé, pour le comte de Poitiers.

Cependant les Normands, depuis plusieurs années j^HonM^cii^ n'étaient moins funestes à la France que parce qu'en Ç£.^lIlII, B°™e' Armorique, après les dernières catastrophes de ce malheureux pays , ils s'étaient fait un établissement assez solide pour s'y donner une sorte de patrie. Là, maîtres absolus, ils songeaient moins aux agitations de la guerre et du pillage qu'à s'affermir sur un sol conquis où la paix favorisait leur établissement définitif. Ils vivaient donc assez tranquilles, jouissant paisiblement de leur conquête, lorsqu'en

(a) Chronique des Comtes d'Anjou, p. 76, 78 et 323.

212 HISTOIRE GÉNÉRALE Dtf POITOU (9381

938, le jeune fils d'un prince Breton s'ingénia de délivrer sa patrie et d'y rentrer avec sa famille. C'était Alain, surnommé Barbe-Torte, qui, suivi de quelques seigneurs exilés et de forces anglo-saxonnes, débarqua sur les côtes septentrionnales de sa patrie et commença par battre les envahisseurs d'abord à Doi{13), puis â Saint-Brieuc(14). Cette nouvelle lut une commotion électrique pour le pays qu'elle souleva tout entier, amenant de graves engagements, et qui finit par une complète expulsion des barbares. Les souvenirs de cette grande victoire, qui ne fut pas sans des péripéties sanglantes, attestent encore dans la contrée la piété d'Alain qui, voyant son armée épuisé, comme lui-même, de fatigue et de soif, dans les extrêmes chaleurs du mois de juillet, implora le secours de la Sainte-Vierge, et vit soudain jaillir du sol une fontaine qui ranima les forces et le courage de tous, et les disposa à une dernière bataille qui força l'ennemi d'abandonner l1 Armorique («>.

MkliuciiÎHrta1" ^est ^ans cette fuit0 PréciP^e 9UCi les payera* comme on les appelait, saccagèrent par la hache et le feu l'abbaye

de Saim-Michel-en-FHerm, qui se trouvait sur le passage de

leurs barques, dans le marais de Luçoû^X Ce fut peu après

que Tévêque de Limoges, frère de Guillaume Tète-d*Etoupes,

upéra la restauration dont nous avons parlé comme d'une

do ses principales œuvres. Nous verrons comment il y

mourut et y lut inhumé. Quoi qu'il en soit, ces dépenses

ne furent pas les seules a supporter, car, à cette même

occasion, il fortifia sa ville du Limoges et son abbaye de

GaMiiroieîHcoa- Saiiit-HUaire de Poitiers, et le comte Guillaume III con-

LrititUi b. m restais- ,.

ration. tribua largement à tous ces frais dont le caractère d utilité

n'était point contestable co. Aussi le digne prélat, dont la sollicitude s'étendait sur ces établissements dont il a\uii la direction obligée, ne refusait pas ses secours à beaucoup

(a) Chrome. manu$c>t ad ann, 939.

(b) Adliémar de Chabaimais, Chrome ., ad h. ann.

(c) Adhêroar de Chabanuais, Chimie., ad li. ann, passim.

d'autres maisons dont sa charité soulageait la détresse. C'étaient des soins incessants dont toute sa vie fut remplie et qui l'avaient fait surnommer le bon Pasteur (*). Bientôt après Guillaume III fut appelé à rendre au duc Qoeiie part» prend

r rr à celle de l'abbaye de

de Normandie, Guillaume Longue-Epée, son beau-frère, '«*»*&«*• un de ces services qu'il devait d'autant mieux apprécier que le Poitou les avait mieux compris depuis son avènement. Dans notre province les monastères florissaient, et, déjà en grand nombre, secondaient les bienfaits de la paix par leur travail intellectuel non moins que par les laborieux efforts de leurs bras. Ces succès, qui ne manquaient pas de revenir au prince Normand, par ce qu'il en apprenait de la comtesse Adèle, l'avaient encouragé à user des mêmes moyens de civilisation qui réussissaient si complètement ailleurs. On lui devait la résurrection récente de cette malheureuse abbaye de Jumièges, que ses compatriotes avaient détruite en 851. Une fois relevée, les bâtiments devaient être repeuplés. C'est au Poitou, si riche en ressources de ce genre, que le prince civilisateur demanda le personnel de sa nouvelle maison. Sur les instances d'Adèle, notre comte s'empressa de seconder ce grand événement <*). Il y avait à Saint-Cyprien, un ancien abbé i^^ÎJ^J^i de Saint- Augustin de Limoges, Martin, qui ayant donné NorSaXf"*11' de maintes preuves de son savoir et de son expérience, avait relevé d'abord son monastère Limousin, puis celui de Saint- Jean-d'Angély, devenu florissant sous sa direction. C'était Ebles, le saint évêque qui, jaloux aussi pour Saint-Cyprien des mêmes soins et des mêmes succès, qui l'avait donné à Guillaume III, comme un gage d'heureux développement pour sa chère maison des bords du Clain. Il fut convenu que Martin irait s'emparer aussi de Jumièges. On l'y envoya en 940 accompagné de douze de ses bénédictins de Poitiers, qui y recommencèrent l'œuvre si longtemps interrompue. Ce

(a) Bcsly, Comtes, p. 256.

(b) Besly, ub sup.

ressèment decettbbé.

fut le point de départ de belles acquisitions pour cette jeune Normandie privilégiée entre tant d'autres provinces. Le monastère ne tarda pas à augmenter son personnel; ses écoles et ses prieurés se multiplièrent, des biens considérables lui arrivèrent et donnèrent à l'agriculture du pays une activité fructueuse. C'était le résultat de cette double alliance de deux magnifiques provinces, dont les princes réunis par des liens de famille, resserraient cette première union] par un mutuel témoignage de foi chrétienne et de mutuel dévouement. L'abbé Martin travailla assez activement à Jumièges, pour consolider en quatre ans son édifice spirituel, et ne le quitta qu'en y mourant, en 943 (*). sagesse et datait- Mais son court passage, si laborieux, y fut aussi d'un grand avantage au comte de Normandie, qui était devenu son ami. Depuis sa jeunesse, ce prince, aussi religieux que s'il avait appartenu à une ancienne race catholique, avait résolu d'embrasser la vie monastique. A peine eut-il pu s'édifier de la conduite fervente de sa nouvelle famille de Jumièges que ses désirs se réveillèrent, et il s'en ouvrit à Martin en lui demandant de le recevoir parmi ses moines après une formelle abdication du pouvoir. Quelque favorable que pût sembler à ses affaires un pareil projet, Martin en jugea avec autant de sagesse que de désintéressement. U supplia le prince d'y renoncer en lui objectant les suites fâcheuses que pouvait avoir son abdication en faveur d'un enfant aussi jeune que son fils Richard, alors âgé de six ans. L'avenir de ce peuple enôore en formation , celui d'un héritier incapable de se défendre contre des ambitions injustes, qui ne manqueraient pas de s'insurger en des convoitises redoutables, opposèrent à Guillaume des arguments irrésistibles, et il reprit avec zèle le cours habituel de sa vie administrative <*). On voit quels prompts et heureux

(a) Gall. Christ., Il, col. 1251 ; — Du Teras, II, 437.

(b) Longucval, Hist. de l'Eglise Gallic, VIII, 305; — Guill. de Jumièges, Hist. normann., III, c. vu; — Orderic Vital., Hist. normann., XV, c. lx; apud Guizot, Collecl., t. XXVI.

ies

changements la religion avait opérés sur un peuple qui commençait à peine à la connaître, et qui déjà avait appris à l'aimer.

Jetons maintenant un coup d'œil rapide sur les affaires de la France dans leurs rapports avec celles du Poitou.

Louis d'Outre-Mer n'avait pu prévoir, lors de son retour de^SsToS^Sêr! d'Angleterre, qu'il aurait bientôt pour antagonistes ceux mêmes qui l'avaient rappelé en favorisant sa restauration. A peine sur ce trône de Laon, où l'avait restreint une politique intéressée et jalouse, il s'aperçut que les seigneurs qu'il se croyait le plus attaché, le tenaient en tutelle, se servaient de lui pour s'en appuyer mutuellement dans leurs querelles, qui toutes aboutissaient pour chacun à la possession du pouvoir suprême. Louis commençait, après quatre ou cinq ans de règne, à se lasser de ces menées, où Hugues le Grand, Héribert de Vermondois, et même Guillaume de Normandie, entraîné par ses liens de parenté avec ces turbulents personnages, figuraient comme les plus énergiques antagonistes d'un roi de dix-neuf ans. Celui-ci voulut être le maître, sans assez s'apercevoir que chacun ne le voulait pas moins pour soi-même. Des révoltes ouvertes se manifestèrent; plus faible qu'aucun de ses adversaires, et moins expérimenté dans les choses de la guerre et du gouvernement, Louis dut abandonner sa ville et se retirer en Bourgogne, où les populations lui étaient dévouées. Guillaume de Poitiers n'avaient pas attendu que ^^mwïnule roi fût dans cette extrémité pour lui porter secours. A d'Etot^et' la première nouvelle de ces différends, il s'était hâté d'accourir jusqu'à Laon avec un contingent considérable, et vint lui offrir ses Services <*; : c'était un témoignage de fidélité et de reconnaissance qu'il n'aurait su négliger envers un roi qui lui avait été si favorable, et dont les vertus lui étaient d'ailleurs assez connues pour qu'il se sentît naturellement porté à le secourir. Mais, quand il

(a) Mauléon, les Carlovingiens, 111, 991.

arriva, tout était déjà si avancé qu'il n'eut plus qu'à escorter le malheureux prince dans ce nouvel exil. Et cette conduite généreuse ne put hélas ! balancer en faveur de l'infortuné prince la mauvaise fortune que lui valurent jusqu'à la fin l'acharnement et la déloyauté do ses ennemis. mmSSS^Ê^St C'est pendant ce séjour en Bourgogne que Guillaume demeura quelques jours au monastère de Tournus, sur la Saône, où il trouva un assez grand nombre de moines, qui y avaient apporté les reliques de saint Filbcrt, après les avoir soustraites de Noirmoutier menacé par les barbares. Les chartes données par Guillaume à cette occasion, accordèrent à l'abbaye bourguignonne d'autres privilèges. Il y est parlé de terres, qui lui appartenaient déjà en Poitou ou en Anjou, telles que Cunaud (15), sur les bords de la Loire ; Messay (16) en Loudunaîs, et Saint-Prouant (17) en Vendée. Une faveur peut-être plus considérable encore se remarque dans cette même occasion. C'était le droit de navigation, sur plusieurs rivières qui avoisinaient ces domaines et quelques autres, comme nous avons vu Louis le Débonnaire l'accorder à Charroux, en 8G8(a>. Ce droit entraînait encore, comme alors, l'exemption de tous péages, et le privilège de la pêche partout où les navires pouvaient pénétrer.

Etibuuaneiii des Mais un tait plus curieux attire ici notre attention. C'est

IcUm de change. . M , ,...,, ,

qua tous ces privilèges, un autre était joint des plus appréciables. C'était une autorisation pour les religieux, de créer des bureaux de change dans leurs diverses maisons. Ce moyen de faciliter les transactions commerciales était donc connu dès ce temps. Il ne faudrait donc pas l'attribuer, soit aux Juifs déjà dispersés depuis longtemps dans tout le monde, soit aux croisades, où eux-mêmes l'auraient employé (18). Mais le fait dont nous parlons ici prouve très bien que les moines servaient encore la fortune publique, et qu'en usant de ces opérations déjà réglementées, et

(a) V. BtiL de t'AbUye de Char„ t:, m, g i.

qui leur étaient à peu près exclusives, ils donnaient ou développaient, à l'avantage de tous, l'essor aux affaires dont ils se faisaient les actifs dispensateurs. On comprend, au reste, que ce mode de communication pécuniaire avait dû suivre de près l'établissement des foires et marchés, dont les monastères avaient établi ou reconnu l'usage.

Louis d'Outre-Mer, dépouillé en réalité par ses revers, u^ôK«S des minces Etats que lui avait tracés la politique ambitieuse uanî!bles,c d'Aqui" de ses perfides amis, en était réduit à des stations successives dans les cours où ses véritables amis le recevaient avec honneur. C'est ainsi qu'au mois de novembre 941, il fut accueilli dignement à Vienne (en Dauphiné), par le comte Charles Constantin. Guillaume de Poitiers l'accom- Iv£l SuEnlî^da pagnait, et usait de son crédit pour rétablir, ou garantir du Po,um' moins jusqu'à de meilleurs jours, les affaires de la royauté. En cela, il s'accordait parfaitement avec les autres grands vassaux de l'Aquitaine, qui profitèrent de ce séjour en Provence, pour y venir èous la conduite du duc Raymond, afin d'assurer le roi de leur fidélité. C'était, en effet, une importante affaire pour cette contrée de rester attachée à une dynastie qui tenait à plusieurs de ses comtes par des liens de parenté, comme Guillaume Manzer, par exemple, qui était l'oncle du jeune roi, et le beau-frère du duc de Normandie. Ce dernier, d'ailleurs, n'avait pas moins de simpathies pour Louis, et c'était à sa cour, que Guillaume vint, dans le courant de décembre, amener un renfort de ses troupes au roi de France. Dans ce voyage ils convinrent ensemble des moyens à prendre pour que Louis visitât bientôt le Poitou et quelques-unes des autres provinces, qui l'entouraient au Nord de l'Aquitaine. Cette apparition, en fortifiant aux yeux du pays la position de Guillaume III, ne devaient pas moins servir le parti de son neveu, que ses ennemis s'accoutumaient ainsi à ne plus voir isolé et sans espérances, mais, secondé au contraire par des amis qu'entourait la considération publique <*).

(a) Chronic. Flodoard, ad ann. 941 ; — D. Vaisselle, Hist. du Languedoc, ibid.

En janvier 942, Guillaume était de retour dans sa vieille capitale. Sa vie était pleine d'activité, de voyages incessants et de vigilance sur les choses de son gouvernement. Nous avons de lui, datées de cette époque, plusieurs preuves du soin qu'il prenait de ses affaires personnelles, et de celles ' de son [administration. En janvier, il donne à cens à un seigneur nommé Hasrenus et à sa femme Aldesinde, sur la recommandation du vicomte de Thouars Savary II, le domaine de Vâles, dans la viguerie de Thénezay, qui était du pagus de Thouars (a). En même temps il faisait commettre à Martin, cet abbé de Saint-Cyprien revenu naguère de Jumièges, la mission exprimée dans une charte royale, de rétablir au monastère de Saint-Jean-d'Angély, la régularité depuis longtemps détruite après les brigandages des Normands. Au mois de juin suivant, c'est une mainferme (19) ou bail à cens qu'il donne , comme abbé de Saint-Hilaire, à un certain Geoffroi, prêtre de cette église, sous la redevance annuelle d'un denier de cens, avec la liberté de la léguer, sous cette même condition, à quelqu'un de son choix: c'était un don presque gratuit, vu le peu d'importance de l'annuité, et qui devenait le bien d'une famille, ces sortes de donations prises sur le bien du Chapitre, dont le comte de Poitiers avaient la disposition, ne se faisaient pas sans le consentement des chanoines et des dignitaires. Aussi voyons-nous, parmi les signataires de cet acte, Ebles de Limoges, qui est là, comme trésorier et doyen, avec la'première dignité de la compagnie (*). Louis iv vient à Au commencement de 943- Louis d'Outre-Mer, selon qu'il

Poitiers. 7 7 n

en était convenu avec Guillaume, vint à Poitiers qu'il avait intérêt à connaître et où son crédit devait s'établir. C'était dans les premiers jours de janvier, car on conserve daté du 6 un acte de souveraineté, qu'il devait accorder avec quelque complaisance puisqu'il témoignait d'une certaine

(a) La Fontenellc, Viguenes, Mém. des Antiq. de l'Ouest, V, 400

(b) V. D. Fonteneau, X, 95 et 107; XV, 105.

confiance en son autorité. Il s'agit d'une confirmation demandée, selon l'usage, à tout nouveau souverain, soit à l'époque de son avènement, soit lorsqu'il visitait pour la première fois un pays de son obéissance. Ici les chanoines n y confira* iê$

r r J domaines do Stinl-

sollicitaient la même assurance pour treize églises dépen- HUaira. dantes de leur mense, et dont plusieurs sont déjà connues du lecteur: C'étaient Champagne- Saint-Hilaire , Rouillé, Pouhant, Luzay, Frontenay, Benassais, Coussay, Maulay, Cuhon, Gourgé, Vouzailles, Béruges, et Nueil-sous- Passevant. On avait eu soin aussi d'énumôrer les maisons et terres enveloppées dans la nouvelle enceinte murale, que la communauté s'était faite, et qui devint comme une portion intégrante de la ville de Poitiers, Au reste, ce vieil usage s'était perpétué pendant toute la durée de la monarchie, et fut renouvelé encore pour Saint-Hilaire vers le milieu du siècle dernier^). Il faut que nous fassions connaître celles de ces localités dont nous n'avons pas encore parlé dans cet ouvrage.

Le fief de Rouillé, possédé par le Chapitre de Saint- piroisscdeRomUé. Hilaire jusqu'en 1790 , a des souvenirs antérieurs au xne siècle, où paraît avoir été construite l'église qui existe toujours sous le même vocable. C'était en 889, Rollicus Villa, on ne sait rien de son histoire, sinon que sa proximité de Lusignan lui ménagea au xvie siècle de nombreuses avanies de la part des troupes catholiques ou calvinistes qui se jetèrent longtemps sur le pays, et l'occupèrent tour à tour. Depuis le xe siècle, son titre paroissial releva de l'archipêtrô d'Exoudun. Le Chapitre de Saint-Hilaire y nommait. C'était lui aussi qui y était seigneur haut-justicier. Ces populations avaient été presque entièrement entraînées par la noblesse dans le protestantisme, et c'est encore aujourd'hui le plus grand nombre des trois mille habitants de la commune qui restent attachés à l'hérisie. Autrefois de la châtellenie de Lusignan, dont il n'est distant -que de

(a) Mém. des Antiq. de l'Ouest, XV, 119 ; — D. Fonteneau, xu, 605.

huit ou dix kilomètres â l'Ouest, Rouillé est aujourd'hui du canton de Lusignan, et de l'arrondissement de Poitiers u). parois^ deLuwy, Luzay, Luciacus^ Lusatcus^ Lusayum, fait aujourd'hui partie du canton de Saint-Varent (Deux-Sèvres). Son église de Saint-Hilaire n'existe plus, et fut détruite à Fépoque de la Révolution, après avoir été la paroisse jusque-là. Celle de Saint- Cyr- et- Sainte- Julitte, qui est devenue alors paroissiale, exista conjointement avec elle dans ce même lieu, qui a conservé Saint-Hilaire pour patron, et n'a plus que sept cents habitants. Luzay figure avec les autres églises, dont nous parlons ici, dans un diplôme donné en 889 par le roi Eudes, pour confirmer la donation que U trésorier EblesT fit alors aux chanoines de la célèbre collégiale, ce diplôme n'était qu'une anticipation donnée z celui de Louis d'Outre-Mer (*l L'église de Saint-Cyr fui l'objet, en 1001, d'une donation faite par Geoffroi, autre trésorier qui la possédait en propre, au Chapitre qu'il gouvernait, en s'en réservant l'usufruit jusqu'à sa mortes Ces actes authentiques et notariés n'empêchèrent pas, vers 1120, ur seigneur du pays, de s'adjuger, sur la terre de Luzay, d( prétendus droits qu'il fut obligé en 1127, de restituer aprêf une excommunication de l'évêque de Poitiers, Guillaume I (Adeleîme), et du pape Honorius II<^>

L'église et le village de Frontenay sont désignés dans les mêmes documents, sous le nom latin de Fronteniacus; c'est une paroisse formée de six cents habitants, dans tt canton et à petite distance de Moncontour (Vienne). Soi église est duxie siècle, relevée sans doute après une ruine d< la précédente, ruine due aux ravages des Normands, sinon î la vieillesse de sa construction. Au xme siècle, on lui domi: une voûte ogivale, mais elle a tant souffert ot de sa longui vie et de remaniements maladroits qu'on ne peut plus qui

{a) flciiel, Divtionn. de la Vienne; — Mëm. des Ânttq. de l'Ouest, xxm. fia (b) Besly, Comtes de Poiet. p. 200; — CartuL de Suint-Hitaire, 1, 13. te} CarUthtirCj ibid^ p. 177.

(d) Carttdaîre de Saint-Cijprien, p. 127,

Parusse da Fron-

désirer de voir un autre monument surgir de ses ruines. Le Chapitre de Saint-Hilaire, seigneur haut-justicier nommait à la cure, qui était autrefois de l'archiprêtré de Mirebeau. Le lieu relevait de la baronnie de Moncontour, et, dans le dernier siècle, on trouve des titres où Frontenay est qualifié lui-même de baronnie.

En 1178, Etienne de Fourné, propriétaire dans les «ÏÏSà^ ÎS^2 environs de Frontenay et de Mazeuil, donna à Saint-Hilaire giense' tout ce qu'il y possédait en maisons et en# terres. Il y en avait pour une somme de mil sept cent sept sous d'or. C'était comme une dot consacrée d'avance, pour un fils qui n'était pas encore né, mais qu'il espérait avoir bientôt, et qu'il voulait faire admettre parmi les chanoines de* la collégiale. 11 vouait ainsi cet enfant à la vie religieuse, selon un usage déjà suivi depuis longtemps ; témoignage d'une foi vive, qui ne laissait pas douter que Dieu ne bénît une telle offrande; et ce qui prouve combien cet usage était universellement accepté, c'est qu'ici la charte en est signée de trente-trois témoins, clercs ou chanoines, outre un grand nombre de laïques, qui ne signent pas, mais qui y sont mentionnés (a). Les deux derniers noms sont Arbert et Pierre de Fourné, coustres de l'église, et parents sans doute du donateur, d'où nous pouvons conclure que ces serviteurs de l'église, quoiqu'y figurant dans les postes les plus humbles, pouvaient appartenir cependant à des familles riches autant que désintéressées.

Ce bénéfice de Frontenay ne suffisait alors qu'à un seul prêtre, qui y prenait le titre de chapelain. Il paraissait donc convenable que le revenu en fût augmenté, et cette médiocrité devint plus sensible dans la suite, puisqu'en 1423, un règlement publié en chapitre général classa Frontenay parmi celles de ses propriétés dont les revenus ne suffisaient plus à l'acquittement des obits ou anniversaires

(a) Laid etiam quant plures (Chartrier de Saint-Hilaire), IV, 188 ; — Dom Fonteneau, xi, 97.

cuisais.

funèbres, dont ils étaient chargés (a). Cependant le Chapitn

par lui-même était dans un état de prospérité remarquable

puisqu:en 1274 il put créer seize prébendes canoniales

pour autant de chanoines nouveaux, parmi lesquels nou«

voyons figurer Guillaume, ehapelain de Frontenay f*>. I

paraît, d'après le texte de cette pièce, que chacun des

chapelains, ou autres appelés â recevoir ces canonicats, ;

étaient nommés par les dignitaires du Chapitre, lesquels

ayant par l'usage le droit de nomination à leur tour

l'exercèrent ici tous à la fois selon que leur dignité ou leu

rang les y appelaient, d'après les statuts de la compagnies

PtroisM de Be- Benassais, Benacayum^ est un chef-lieu de commune d

plus de deux mille âmes, au canton de Vouillô. Son ierritoir

très anciennement habité, est traversé à l'Est par la Boivr

qui y prend sa source un peu au Sud de ses dernière

maisons. En 18G8, on en a distrait la portion où éta

Lavausseau (Vaucellas), qui est devenu une paroisse d

neuf cents âmes, dont l'église est une ancienne chapeH

des Templiers, relevant de la commanderie de Varray*

Rien ne parle, sur ce sol à la nature variée, d'aucuns vestige

archéologiques; mais le moyen âge y est représenté p£

l'église paroissiale, ayant tous les caractères de sa transitic

du xiie au xme siècle. Elle est consacrée à Saint-Hilain

dont le Chapitre nommait le curé» Ses murs sont d'u

appareil moyen d\me grande régularité, et à Tintériei

garnis, jusqu'à la naissance des voûtes, d'une suil

d'arcadeSj qui lui font une élégante ornementation. Le

baies latérales sont d'une belle coupe, d'ouverture étroil

et profonde* Ses voûtes ont souffert des violences de

calvinistes et n'ont pas été remplacées. Benassais étail i

l'archiprêtré de Sanxay, et de la châtellenie de Montreui

Bonnin, C'était encore une haute-justice du Chapitre d

Saint-Hilaire, qui en était seigneur.

(a) Cartut. de Saint-Ctjprien, Ip 216; — II, 72. ih) ïhid. p. 335, {e) llnd, p. 336.

Coussay-les-Bois, Cocayum, doit son surnom aux Parois* de con«nombreuses plantations de futaies dont il est entouré, mais en des proportions bien moindres qu'autrefois. C'est un cheflieu de commune du canton de Pleumartin (Vienne), dont la population est de quatorze à quinze cents âmeâ. Il ne faut pas confondre cette paroisse avec celle de Saint- Paul-de-Coussay, en Loudunais, succursale et commune de Monts-sur-Guesne, laquelle relevait de l'abbaye de Cormery en Touraine, et appartenait aux bénédictins, aussi bien que le prieuré dont le titulaire nommait à la cure. Ni cette église paroissiale, ni le prieuré n'avaient aucunes relations avec le Chapitre de Saint-Hilaire. Nous voyons clairement au contraire par le diplôme de Louis IV, que Coussay-les- Bois était une propriété de ce môme Chapitre, mais on peut s'étonner de ne le voir mentionné, dans tout le chartrier de cet établissement, qu'à l'occasion de deux de sps chanoines qui en portent le nom. Ce sont Jean et Pierre de Coussay : celui-ci vivait en 1240, et l'autre en 1263, où il fit son testament en des termes et avec de telles dispositions qu'il devait être fort riche. Ces deux noms apparaissent plusieurs fois dans le chartrier de l'Eglise, et toujours avec des titres ou délégations qui leur supposent un certain crédit, et une influence sur la communauté. Au contraire, on n'y trouve que très rarement le nom du lieu rattaché aux deux églises de Notre-Dame et de Saint-Martin, qu'on voyait à Coussay au xne siècle, et sans doute longtemps auparavant, et dès le xe. Il faut croire que, dans cet intervalle de deux cents ans qui s'écoulent entre le diplôme de 943 et l'année 1240, la terre de Coussay -les -Bois aurait été acquise du Chapitre à titre de fief, par une famille qui en aurait pris le nom, et que nos deux chanoines, peut-être frères, le possédèrent un peu plus tard. Une autre preuve qu'il s'agit bien ici de Coussay-les-Bois, c'est l'existence simultanée de ces deux églises de Notre-Dame et de Saint-Martin, dont il est parlé à partir de 1099. La première subsiste seule maintenant, Saint-Martin lui ayant été réunie sous le

U Vervolliùre*

Parcisw de CnhoD,

patronnage du saint évoque de Poitiers. Saint-Martin dépendait en 1099 de F abbaye et de la baronnie de Preuilly. en Touraine. En 1395, le curé de Saint-Martin était archiprêtre de Châtellerault; mais la seigneurie relevait de celh de 1& Rocheposay.

L'église Notre-Dame , romano-ogivale, est une crob latine de cinquante mètres sur dix; elle n'a qu'une seul< nef à deux travées, et a conservé sa voûte en coupole. Elit représente honorablement dans la contrée une des plu! belles phases du moyen âge. Saint-Martin, réduit à soi chœur et à son clocher, sert de chapelle à la petite com munautê des Dames de l'adoration perpétuelle, qui y vinren en 1824. Ce qui reste de ces édifices est de bon goût et fai regretter le reste*

A la Vervollière, un peu à l'Est de Coussay, était ui château dont on a conservé la chapelle ogivale de Saim Michel, décorée au xve siècle de sa voûte aux nervure prismatiques, sous lesquelles se voient encore des vestige de peintures murales, La Vervollière est un fief qualifié d châtellenie en 1738. On a des titres qui le mentionnent e 1396. La seigneurie relevait de la baronnie de Preuilly §•*

Cuhon, Cuionnum1 Cuhonmm^ village de six cents âme sur la Dive, au Sud-Ouest de Mirebeau, qui en est ] cheWieu cantonal, n'a pas cessé d'appartenir à Sain Hilaire, et sa cure de dépendre du Chapitre qui y a toujoui nommé. Au Xe siècle il appartint à la viguerie de Thouar puis il fut de la baronnie de Mirebeau, Le Chapitre fi seigneur d'une partie de la paroisse. Un ruisseau du noi de Cuhon, et qui traverse la commune qui a pris se nom, a sa source dans le territoire voisin de Vouzaille: L'église Saint-Hilaire, autrefois romane et plusieurs fo détruite, a été remaniée jusqu'à n'être plus reconnaissais Elle n^a plus qu'un bas-coté droit où les fenêtres larges i évasées, à plein-cintre, peuvent seules rappeler la bel!

(a) Chartritr de Saint-Bilairc^ Oedct, D, FonLencao.

époque du xie au xne siècle, entièrement disparue dans tout le reste.

Cuhon, comme toutes les terres érigées en fief, Renfermait où éuient alors i« en une portion plus ou moins étendue, ce qu'on appelait mSSU une censive, c'est-à-dire un espace affermé à des locataires de position inférieure, et soumis à de certaines redevances envers le propriétaire incommutable. C'est dans la censive de Cuhon, qu'un prêtre nommé Dumont, donna vers 1130 à l'église de Saint-Hilaire, des maisons, des terres, un moulin, et des serfs formant quatre familles. Un passage de cet acte prouve qu'alors on croyait encore posséder, dans la célèbre basilique, les reliques du grand docteur, qui, transportées au Puy en 863, y étaient encore, et n'étaient pas prés d'en revenir, les croyances n'ayant pu se fixer à cet égard après tant d'années, et à travers tant de bouleversements <*>. Mais nous saisissons dans cet acte u*t*ei decetemps,

, . en «rUines re«e-

des notions jeûneuses sur les usages de cette époque en ▼««• à u justice

° L seigneuriale.

certains contrats de ce genre. Ainsi, il était bien convenu qu'en vertu de cette donation, chacune de ces quatre familles devenues la propriété de Saint-Hilaire, devrait fournir au donateur Pierre de Mons, à Noël de chaque année, une redevance de quarante alouettes et deux gélines ipoules); à Pâques, douze deniers pour l'agneau pascal, à la mi-août quatre gélines. Il y a encore cette remarque à noter que l'acte ne pouvant être porté à la signature du Chapitre, parce que les chanoines manquaient de sûreté par suite de la guerre, était laissé aux mains d'Arbaud, chanoine et prévôt de Cuhon, en présence des témoins soussignés. Cette guerre était sans doute celle de notre duc d'Aquitaine, Guillaume IX, contre le roi de France Louis VI, attaquant le comte d'Auvergne, qui persécutait l'ôvêque de Clermontw. Enfin nous reconnaissons ici que ce donateur, Pierre de Mons (de Munz), est certainement un des ascendants

(a) Art. de vérifier les dates, x, 108.

(b) Dissertation de M. Nicias Gaillard, sur ce sujet, Bull, des Ahtiq. de l'Ouest, 1, p. 205 et 213 et suiv.

T. vi 15

22ti HISTOIRE GÉNÉRALE DU POITOU (942|

de notre évoque Àymeric de Mons, qui devait monter si le siège de Poitiers en 13G3. Pierre a ici un frère qui sigi sous ces deux mêmes noms, lesquels sans doute s'ëtaie perpétués dans la famille. Un autre, non moins intéressai est cet Arnaud Qui-ne-rit (Arnaldus qui non rideî archidiacre de Poitiers, qui devait, â quelques années de 1 dénoncer les erreurs de son évèque Gilbert de la Poréei On voit aussi par acte de 1143, qu'un certain Girau que le Chapitre avait proposé comme juge sur sa ter seigneuriale de Cuhon, en avait abusé pour s'altribu divers droits sur cette terre, et qu'il dut y renoncer par ui déclaration faite à cette date, en présence de rarcbevèqi de Bordeaux Geoffroy de Lorous (*). Si l'on jugeait A\ exactions commises alors par les juges d'après celli énumérées contre Giraud, on se ferait une idée peu fora dable de la justice ecclésiastique de ce temps, car le Chapifc se contenta de faire jurer au coupable et à son fils, dont avait fait son complice, qu'ils ne recommenceraient pas : ma Pacte fut signé par eux deux en présence de r archevêque, fut gardé dans les archives, où il devait servir de têmo entre les autres signataires en cas de récidive, et i'c peut croire que, pris une seconde fois, les voleurs n\ eussent pas été quittes à si bon marché. Une telle justii avait plusieurs bons côtés, et prouve peut-être que criminalité du temps admettait volontiers les circonstanci atténuantes, PirûUsdeGtmrtf. Arrosée par le Thouet et le Cébron (20) > la commune < Gourgé, est une de celles du canton de SainULoup (Deu: Sèvres), Du Chapitre de Saint-Hîlaire, auquel elle apparti comme simple villa en 889, elle passa â l'abbaye ( Bourgueil en Touraine vers la fin du xie siècle* Àntériei rement son église de Saint-IIilaire fut paroissiale; c'e probablement après la prise de possession par cette abba;

Ut) Chftrt* de Stiiut-Ililaire, I, 1 19 et suiv.

que fut entreprise la construction monumentale qui vient de s'effacer sous la nouvelle église construite vers 1873 en style ogival. L'église romanû était remarquable par son ornementation symbolique, et sa façade surtout prêtait par la suite curieuse de ses modillons â une étude importante des sujets, que les archéologiques ont désigné sous le nom d'Obscœna. Citait ce sanctuaire que les protestants de Dandelot brûlèrent le 20 septembre 1568, après avoir fait subir le môme sort a toutes les églises, à tous les châteaux des environs. En 1573, le seigneur de Gourgé était Pierre de Teil, l'un des plus honorables do la Gâtine, qui fut enterré dans l'église, À Gourgé était aussi une aumûnerie, dont les biens furent réunis en 1093 à l'hôpital de Parthcnay. Rien ne nous eût plus indiqué les origines de Gourgé, si de récentes découvertes n'avaient très positivement établi qu'il était déjà connu au ier siècle de l'ère chrétienne, puisqu'on y a trouvé en 18G1 une médaille romaine de Nerva, qui gouverna de 96 a 98. L'ôre gallo-romaine s'y est montrée aussi bien par des puits funéraires, dont les vases, ossements et autres objets usuels, dénotent autant de souvenirs du me siècle et des mœurs de cette époque dans nos campagnes, On voit que le rôle de cette paroisse, peuplée de quinze cents âmes, fut toujours fort modeste. Citons encore aux abords du bourg un reste de voie romaine traversant l'ancien pont qui existe encore sur le Thouet, et qui était la grande artère conduisant de Poitiers à Nantes. Co tronçon s'appelait naguère encore le Chemin de Saini-HUaire* sans doute parce que le Chapitre en avait plus d'une fois pris l'entretien à sa charge, pour faciliter les communications avec son bénéfice, ou peut-être mieux, parce que des environs cette traverse servait aux populations à gagner l'église paroissiale de Saint-Hihure, qu'elle conserva même après être devenue un prieuré de Bourgueil fa). Saint-Hilaire de Vouzailles, au canton de Mirebeau, est J^m d8 v*

(a) Chartner de Saitti-Eilairv, I, \d, 25; — M, Ledain, La GiUine, p. 16.

une commune baignée par une petite rivière de même nom q coule à deux kilomètres Ouest du bourg, et va se perdre dai le Palu, prés de sa jonction avec le Ciain, après être pass en vue de Champigny-le-Sec, Etablcs et Jaunay. C'est i groupe de neuf cents habitants, fort anciennement agglomé si Ton croit aux obscurités gauloises de sa dénominatio qui semble avoir été le plus anciennement Vosalia, corne l'attestent les titres et la fin du x° siècle..,. L'église, d'abo romane, fut retouchée au xvia siècle- Elle avait toujou été d'une ornementation assez simple, et semble, par d traces d'encorbellement qui lui restent du côté Nord, ave reçu autrefois des travaux de fortifie a tion. En 989 et ft l'abbaye de Bourgueil, avait déjà reçu de Guillaume Fier Bras et de la comtesse Emma la moitié de cette églis après s'être arrangés avec le Chapitre, Mais peu à peu d malentendus s'élevèrent sur la part de juridiction qi chaque partie y prétendait, et ce fut le Concile d'Issoudi qui régla le différend en 1081, Néanmoins les débats renouvelèrent et, en 1178, Alexandre III donna ordre à s légats d'en finir sur cette question dont, en effet, nous n'ente dons plus parler dans la suite. Un autre souvenir moins tris se rattache au prieuré de Vouzailles : c'est qu'en 1118> i seigneur de la Gàtine, Àimery- Léger, lui emprunta ui somme de quatre-vingts sous d'or, pour les frais de s< voyage en Palestine, pendant la première croisade, avi condition que, leur engageant comme garantie la terre q venait d'eux, il la reprendrait à son retour en leur renda l'argent emprunté m).

VouzailleSj enclavé jusqu'en 1790 dans l'archiprêlré < Parthenay, était de la baron nie de Mi rebeau. Il devint chc lieu de canton lors de la formation des départements ; ma cette juridiction lui fut enlevée en 1801, et il devint simp commune du canton de Mirebeau, et de Parrondisseme de Poitiers,

(d) Chartrier de Samt-UHaire, lt 18H; — La Gétint, p. 50 et 82.

A l'Orient, et à cinq ou six kilomètres de Poitiers. **ttim * b*e pose, aux bords de -la charmante et sinueuse rivière e la Boivre, le joli village de Béruges. Boerigia en 070, est le chef-lieu d'une commune de mille habitants, !ette paisible population y vit à l'abri des bois, en ice de grandioses débris d'aqueducs romains, et des uines six fois séculaires d'un château fort pris en 1242 ar saint Louis sur Hugues X de Lusignan. Le sol y ôvèle parfois de petits cubes arrachés à des mosaïques omaines, des monnaies gauloises et d'autres de Trajan t de Marc-Aurèle. Des vestiges encore importants ttestent l'ancienne existence de demeures opulentes, villas rimitives qui précédèrent de quinze siècles celles que œil charmé aperçoit encore dispersées pittoresque ment ur les coteaux prolongés qui verdissent au loin un ttrayant paysage. C'était une position que l'aristocratie es derniers temps carlovingiens n'avait pu négliger, et n 1124 y existait déjà le château fort démantelé plus tard ar Louis IX, L'êvêque de Poitiers, Guillaume Adélelme, vait donné l'église de Béruges à la nouvelle abbaye e Montîerneuf en 1124 (*). L'anjiée suivante, Agnès femme Wngelbcrt de Lusignan, fondait le prieuré (*>. Ce fut onc toujours depuis lors l'église prieurale de Saintervais et Saïnt-Protais, soumise à l'abbaye bénédictine, Aiinée sans doute au xme siècle dans les guerres où uecomba le château, elle ne tarda pas à se relever sur un lan rectangulaire à nef unique ; on y avait conservé de sa instruction antérieure tout ce qui pouvait encore rappeler art roman avec son ornementation lourde et sévère. Ainsi tait-elle encore jusqu^en 1873, lorsque détruite par la >udre le 21 janvier, elle fut remplacée par un édifice plus iégant, mais auquel il manque encore (1889) un achèvement ni attend des ressources indispensables. Ce nouveau

iu\ I). Foutciicau, XIX, 173.

(it)lhid. V, 17. 511, eL XIX, 181.

Nieuil-

-PflS-

CaillauTih.' T. ic*

J ■: I U - J " A Lr ^ Jt*

sanctuaire reçut le vocable du Sacré-Cœur: ce fut premier de ce nom dans le diocèse.

Béruges, dont le nom latin Boerlgia fait songer à m origine celtique et à quelque affinité avec la Boivrc appel Bevria en 1110, est aujourd'hui du canton de Vouill Autrefois c'était un fief de haute justice, relevant de châtellenio de Monfreuil-Bonnin, la paroisse était de Tard prêtre de Sanxay/La tour de Béruges est nommée parfoi dans certains actes du xvn8 siècle, la tour de Gann peut-être parce qu'elle avait relevé à une époque inconm d'une autre tour de même nom, dans la baronnie i Montoiron (aj.

Chaque année un pèlerinage à l'église du Sacré-Cœ se renouvelle de Poitiers et des campagnes environnante dans la semaine qui suit la fête de Pâques.

Dans cette partie du Poitou, qui fut adjugée en 1790 département de Maine-et-Loire, se trouvait, au bord et n loin de la source de la petite rivière du Layon, la viUa Nieuil, Niolium, dite sous Passaaantj parce qu'elle est pos à très peu de distance et nu Nord-Est de cette petite vil qui avait autrefois le titre de comté (M. C1est aussi dans voisinage de Cléré, que nous reconnaissons pour av* appartenu à saint Francairc, le père de notre saint Hilaire Là semblait devoir surtout convenir un prieuré de no grande abbaye. Mais s'il était des plus opportuns, il est au celui de tous qu'entourent le plus d'obscurités séculaire

Reprenons maintenant le récit de nos faits historiques

De Poitiers, où il s'arrêta, Louis d'Outre-Mer alla Saint-Jcan-d'Angély, où sa présence signala un fait in ressant pour l'abbaye, dont nous avons vu les comni* céments, et qui, détruite par les Normands en 867, a\ besoin, pour se rétablir, d'une forte et généreuse protectu

(u) A la RoliAiidric, cnimmiiiQ (TA vailles, cuiiHon «te Vounouil-sur-Yici ancienne Vénerie J'I n craintes.

(b) Pîgaiiiol, Pêtcrip, iopagnift. tie ta Fjrffwfj mv, È98, ic) V. ci-dessus, \t jt( Mi) cl 51 I,

)n n'avait pas oublié en Poitou que les premiers bienfaits ccordés fort anciennement aux solitaires d'Angéric, leur tait venu du Chapitre de Poitiers. Martin, l'abbé de Saintîyprien, qui avait rétabli Jumièges, était chargé aussi, par i confiance du roi, de restaurer les bâtiments, et surtout i discipline tombée en défaillance après de si violentes ecousses. Guillaume Tête-d'Etoupes entra pour beaucoup ians ce grand travail, et s'employa pour une surveillance ctive à mener à bonne fin la régénération commencée U*. Aii-même avait pris les avances de l'œuvre, en y établissant aint Martin aussitôt son retour de Normandie. Le comte loger, seigneur d'Angéric, et Ebles son fils, è*y étaient ussi employés. C'étaient eux qui, à la prière de l'abbé, vaient sollicité le diplôme royal. Guillaume ne se contenta ias d'avoir secondé cette remarquable bienveillance. Il y jouta de ses propres dons et donna à l'abbaye le bourg te Muron (21) en Aunis, avec trois serfs de la même aimlie (*)-

C'est à la fin de cette année 942 que la paix fut enfin j^S^eaT^ur établie en France , grâce a linterventMn du pape Sienne VIIL Ce pontife, en effet, jugeant d'après le droit ational qui avait rendu la couronne à Louis IV, et, redoutant entre lui les nouvelles menées qu'entretenaient tous les mvs Hugues de France et Héribert de Vermandoîs, s'était écidô a employer les moyens de rigueur après avoir ^utilement usé de douceur et de persuasion. Un légat pporta en France, aux chefs des révoltés, une injonction le renoncer â leur opposition déloyale, s'ils ne voulaient e voir frappés d^excommunication. Un auteur poitevin asinue â ce propos <o que les papes prenaient indûment iarti dans les débats politiques. Il n'était vraiment pas

l p pape Eli fane Vil î

(a) D. Fonlencau, XIII, 45.

(fr)Mabillon, Ana. OnL S. Bened., ad ann. 9i2; — GatL rhrht t. M. 11%, ad imtntm, col. iiii cl suiv. ; — Besly, Comtes de Pvttuu, \*. |S0,

\r) Rois et due* d'Aquitain*', p. 482.

dommage que cela arrivât au besoin ; s1 il n'eu eût été ainsi

la guerre se fût prolongée. Au contraire, les principaux

fauteurs de la révolte, persuadés d'ailleurs par le duc de

Normandie, écoutèrent les observations du Saint-Siège, et

tout rentra dans l'ordre depuis si longtemps troublée).

to^Stfft'ftâ Chez nous, Poitevins, il en était autrement. Nous avions

ïair«Ga!û>unu! près de nos frontières septentrionales un voisin remuant ft

jMaaupes et a o pexcés ^ et qUe ^Q récentes victoires sur les Normands

avaient remis en possession de la Bretagne, d'où il les avait

expulsés. C'était Alain 111, dît Barbe-Torte, par allusion â

l'habitude qu'il avait prise de tortiller sa barbe devenue

très longue, et de la laisser pendre ainsi par une espèce

de coquetterie qui n'était pas rare en ce temps (22). Cet

Alain, en reprenant la ville de Nantes, et y asseyant son

gouvernement sur la Bretagne, avait trouvé, parmi les

anciennes possessions de ce pays, le territoire poitevin

attenant à la rive gauche de la Loire, lequel, dès k

vne siècle, avait formé le comté d'Herbauges (23) et quek

comte Lambert, par suite de sa trahison, avait annexé è

la Bretagne en 843 m. De son côté, le comte de Poitou m

pouvait méconnaître qu'à son avènement il avait trouvé les

choses en cet état, et ne songeait nullement à revendique!

ce terrain possédé par la Bretagne depuis un siècle* Il j

avait donc accord entre lui et Alain sur ce point, et aucui

conflit n'était à craindre. Restait pourtant la question des

frontières assez mal déterminées pendant les troubles venus

soit des Normands soit des Bretons, toujours en guem

depuis 843. C'est de quoi les deux princes durent s'oceupci

à l'amiable, et non à la suite d'une guerre imaginain

qu'ont inventée des historiens peu réfléchis. Pour corn

prendre l'importance de cette circonscription, il faut nom

reporter aux limites géographiques dans lesquelles s

renfermaient alors les pays d'Herbauges, de Mauge et A

(a) Chronic, Hodoard, ad h, ami.

{h) V. ci-dessus, t. IV, [>♦ 135,

"iffauges qui, depuis 843, relevaient du comté de Nantes. Jes limites, quelles qu'elles eussent été jusque-là, partirent, iprès ce nouvel accord, du cours du Layon, petite rivière [ui, naissant aux confins du Poitou vers Montreuil-Bellay (24), réparait notre province de PAnjou et allait se perdre dans a Loire, près Chalonne (25), après s'être dirigée vers le ^ord-Ouest. C'était donc déjà une espèce de marais assez mportant sur le territoire de Guillaume. De là, on tirait ine ligne en suivant jusqu'à Pierrefitte (26), d'où elle lescendait vers Cirières (27), où sont encore plusieurs inciens tumulus, d'où elle gagnait Saint-Pierre-du- Chemin (28). Enfin, arrivée à ce point, elle se rendait par une autre ligne plus ou moins droite jusque vers Saint- Gilles-sur- Vie ou l'Ile de Riez, où commençait l'Océan. Quand on a dit que c'était là à peu près tout le pays qui forma plus tard la division ecclésiastique ou doyenné de Pareds, il fallait ajouter ceux de Montaigu et d'Aizenay qui prolongent la Vendée jusqu'à ses extrêmes limites occidentales.

Ainsi le Poitou avait perdu beaucoup, diminué, par la perfidie du comte Lambert, d'une étendue de huit à dix lieues du Nord au Sud, et de plus de vingt de l'Est à l'Ouest. C'était considérable, et il est croyable que Guillaume III ne s'en consola qu'en espérant, ne fût-ce qu'après lui, une rançon quelconque reprise sur ses voisins, laquelle ramènerait l'autonomie de ses successeurs dans une si belle portion de ses Etats. C'était là en effet que surgissaient déjà, sur une terre d'aspects délicieux et aussi variée que féconde, ces collines ombreuses dont les vallées verdoyaient ses prairies ondoyées par mille ruisseaux. Là étaient de grands bois entourés de fraîches et vastes clairières où de nombreux clochers, élevés dès longtemps, se multiplieraient chaque année par des populations toujours plus nombreuses, et ces familles formées à la foi chrétienne par leur contact habituel avec les monastères et les prieurés, n'étaient rien de moins que la tige de ces héroïques paysans qui, en 1793,

Description do pays d'Herbmget.

■vni!

abreuveraient de leur sang pour leurs saintes croyances ce noble pays du boeage que l'histoire appelle déjà la Vendée militaire.

Bon* rapport* edre C'est pendant que le comte Guillaume procédait à cette

Guillaume de PoïUert ■ * r

mm roi Louis iv, opération difficile, quoique très pacifique, et visitait avec le comte de Nantes le terrain à délimiter, que Louis d'Outre-Mer, royalement reçu à Poitiers, l'excusait d'autant plus facilement de rester éloigné de chez lui en une circonstance si solennelle. Aussi le roi s'employa avec tout le bon vouloir possible à ce qui lui fut demandé : les immunités ou confirmations étaient convenues d'avance avec Guillaume, et le meilleur accord montra les deux princes s'entendant comme ils avaient toujours fait. Il faut regretter que la même loyauté n'ait pas semblé alors de mise entre Louis IV et les seigneurs dont il était le suzerain. Le 17 décembre 943, Guillaume Longue-Epée, duc de Normandie, mourait assassiné par le comte de Flandre Àrnulfe, qui le trahissait ainsi après une conférence où il s'était agi de s'entendre à la suite d'un conflit Pûiiu^B atjTé«pLe à main armée. Le prince normand laissait ses Etats à un

de i uii et de l'iatre. r

fils de dix ans, qui devait être bientôt Richard-sans-Peur. Quel mauvais génie inspira Louis d'Outre-Mer quand il se résolut â une injustice? On le comprendrait difficilement dans un prince ordinairement si pacifique et si loyal, si l'on ne savait dans quel aveuglement peuvent jeter parfois une âme faible certaines occasions inattendues. Ce prince était réduit à une royauté sans prestige, étant plus pauvre et moins doté que tous les princes ses vassaux. Il songeai réparer sa mauvaise fortune en s'emparant de la Normandie, Mais l'amour de ce peuple déjà civilisé pour le prince défunt et pour son fils, triompha de ces intentions coupables, et, après de dramatiques péripéties, dont Louis finit par être la victime, Richard resta sur son trône, et gouverna noblement jusqu'à un âge avancé. On ne voit pas que Guillaume Tétc-d'Etoupcs, quel que fut son attachement au roi, se soit mêlé en rien à ces injustices, et ce fut une occasion de

Excellent gouvernement de Guillaume III.

L'archidiacre Ri • diard, trésorier d%

plus où il se garda, au milieu de tant d'événements difficiles, dans ses louables habitudes de pacifique prudence et d'inébranlable équité.

Ainsi voyons-nous qu'autour de lui tout respirait la paix et les œuvres qu'elle favorise. Sous ce règne l'exemple du prince porta à ces générosités qu'il exerçait si bien luimême. Comme il continuait de seconder les efforts des moines de Saint-Cyprien pour l'agriculture et les études, les riches du siècle enrichirent aussi les communautés de ces terres qui d'abord incultes, ouvraient, sous la main et la direction des bénédictins, des sillons fertiles et fondaient des villages de laboureurs autour des abbayes et des prieurés. Au nombre de ces zélés donateurs, sachant mêler des vues d'économie politique à la pratique d'une charité Ch8Pilre *• PoiUcrs éclairée, nous voyons en ce temps un certain Richard se distinguer entre tous, et se faire l'émule de Guillaume, de son frère Ebles de Limoges, et de beaucoup de seigneurs qui, par des dons entiers ou des transactions avec les monastères de Saint-Hilaire, de Saint-Cyprien, de Saint- Maixent, de Saint-Jean-d'Angély et autres, enrichissaient'le pays bien plus que les moines, en procurant à ceux-ci des travaux de culture et des constructions rurales. Ces établissements couvrant bientôt les campagnes désertes, y créaient les villages florissants, qui abritèrent plus tard des populations laborieuses, formant les deux tiers de la France. Ce Richard, dont nous parlons ici, prêtre et trésorier de la cathédrale, neveu de l'évêque Frotier II, et par conséquent d'une grande maison, et d'une des plus riches familles du Poitou et du Bordelais. Possesseurs de nombreuses terres dans la viguerie d'Ingrande, il donnait souvent et beaucoup, et on le voit surtout en 942 et 943, fonder une chapelle au village de Savîgny-sur- Vienne, dont les bénédictins de Saint-Cyprien firent bientôt un de leurs prieurés. Ces religieux étaient surtout l'objet de ses libéralités. Ils lui durent encore des terres pourvues de tout ce qui peut constituer plusieurs exploitations agricoles sur ce

même domaine de Savigny, et tout ce qifil possédait dans celui de Villiers (29), C'était dignement user des biens considérables hérités de son oncle, et continuer son œuvre sur les bords du Clain, comme il Pavait aimée lors de sa fondation, quand son nom avait figuré Tun des premiers parmi les nobles signataires du diplôme.

JaSS^Lm^1^ Une remarque à faire dans toutes ces chartes de donation, c'est que las cours d'eau, si nombreux qui rafraîchissent et fertilisent les prairies et les paysages variés de notre Poitou, sont partout utilisés pour des moulins qui s7y multiplient, et témoignent d'une industrie très en vogue, aussi bien que les pêcheries sur les rivières. Il n'y avait pas encore de moulins à vent, qui nous vinrent de* l'Orient après les croisades, comme les moulins à eau étaient venus d'Italie vers le ve siècle de notre ére&o.

taiVSïuTff-l2r.,,e Comme Louis d'Outre-Mer avait toujours à redouter contre lui une prise d'armes de la part de Hugues le Blanc, qui convoitait son comté de Bourgogne, puis d'Othon de Germanie et de Conrad, rois de Provence et de la Bourgbgne tranpjurane, il voulait s'assurer l'Aquitaine contre les velléités qu'on pouvait y garder de quelque révolte.

uSffv MiJ! Celait donc un double besoin d'y veiller et de s'assurer

rrpïl «a sm» j« le pavs en y recevant personnellement l'hommage de ses grands vassaux. L accueil qu n reçut parut aussi

ti«wïl*em*tet?*i" s*nc^re qu'empressé, Guillaume fut le premier sur les terres duquel il entra ; ce prince l'accueillit à Poitiers et l'y retint plusieurs jours en lui donnant ainsi qu'à la reine Gerberge, qui accompagnait son époux, tous les témoignages de soumission respectueuse qui rehaussaient sa propre dignité. Ils furent d'un utile exemple pour les autres seigneurs du pays. Raymond Pons, comte de Toulouse et duc d'Aquitaine, suivit cette impression aussi bien que son cousin Raymond Ier, comte de Kouergue, et qui tenait par le sang aux marquis de Gothie (fr. Ce voyage fut donc

(a) IL FonLcncau, VI, p. 151, 153 et 157. {h) Klodoard, Chronk., ad a un. ÎJ45.

HISTOIRE GÉNÉRALE DU POITOU [945t

avorable aux desseins du roi qui ne trouva dans les grands assaux d'Outre-Loire qu'une soumission condescendante ['autant moins coûteuse pour eux qu'elle ne diminuait en ien leur indépendance et qu'elle affermissait entre les pouvoirs une paix dont on sentait de plus en plus le besoin.

L'Aquitaine évita donc de retomber dans une phase îouvelle de destruction. Ailleurs il n'en fut pas ainsi. L.ouis IV, trop faible pour résister aux grands devenus nattres de son territoire, méditait toujours un très illégitime empiétement sur ses voisins et une conquête qui aurait oint leurs couronnes à la sienne. Mais là encore, il fallait lutant que possible éviter des luttes onéreuses ut dont 'issue ne fût pas assurée. Autour de lui, il n'y avait guère }ue la Normandie qu'il pût envahir, car le duc Guillaume Longue-Epée, mort assassiné en 942, n'avait laissé qu'un 51s de dix ans, que d'autres rivaux, comme Hugues de France, cherchèrent à détrôner aussi à leur profit. Loijis, soit par des conventions avec eux, soit par des ruses qui lui réservaient une action exclusive, s'était empare en effet ie Rouen, à la grande colère des Normands qui, en regrettant leur duc qu'ils avaient aimé, restaient fidèlement attachés au jeune Richard, son fils. Maïs un revers inattendu vint déjouer ces menées déloyales. Un roi de Danemarck, Harold, appelé par les Neustriens envahis, se porta tout à coup à leur secours, chassa le roi de France et ses alliés, avec lesquels il n'avait pas d^ailleurs été toujours d'accord; il rétablit le souverain t niant, si bien qu'en 945, tout finit par une bataille sanglante où Louis fut vaincu et forcé de renoncer à ses projets, ayant été fait prisonnier, ce qui donna aux Normands le loisir de remettre en bon ordre les affaires de leur jeune roi.

Pendant ces troubles, qui firent couler encore des flots de sang sur ce sol nouvellement livré à la civilisation, le r^d comte de Poitiers ne s'était mêlé à aucune des intrigues qui répugnaient à son caractère franc et pacifique. Il aimait d'ailleurs à développer chez son peuple les éléments

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d'amélioration morale, et no négligeait rien de ce qui pouvait y entretenir la vie active de la religion et du bien* être matériel. C'est dans ce sens qu'il seconda avec zcl( les soins que se donnèrent les moines de Saint-Cyprici pour recueillir, dans leur abbaye, le corps de saint Révèrent qui y fut bientôt amené avec tous les honneurs dont ut entourait alors ces solennelles cérémonies. Révérend élai un saint prêtre du diocèse de Bayçux> qui, après y avoii converti beaucoup d'Idolâtrés par ies paroles évangëliques qu'autorisaient ses nombreux miracles, s'était soustrai humblement à la réputation qu'ils lui avaient faite en venan cacher sa vie en une solitude de la Touraine, prés du bourj de Noufttre (30). Y étant mort vers la fin du ixa siècle, il fui enseveli dans l'église du lieu, où de nouveaux prodiges témoignèrent de sa sainteté. Cette église était dans l'intérieu! du Castrum ou château. Ce fort avait été élevé cammt tant d'autres contre les incursions des Normands. Quoique cette époque leurs ravages fusseut devenus moins fréquents cependant la Touraine n'en était pas délivrée, son graru fleuve était toujours un artère qui leur en facilitait li fetatâmta^ da chemïn- C'est en prévision de leurs nouvelles violence! qu'Àimon, abbé de Saint-Cyprien, appelé encore Aimervw) s'employa peut-être parce qu'il avait des relations, di famille avec les religieux de Sainte-Radégonde de Tours, s procurer â Poitiers un refuge aux saintes reliques, don le dépôt fut transporté à Sainte-Croix (3i). Toutefois il n'; demeura pas longtemps, car, peu après, Renaut, abbé d< SainWean-d'Angély , en fit une nouvelle translation dam son monastère. Il paraît, d'après la chronique de Saint Maixent, dite de Maillerais, que Guillaume Téte-d'Etoupes l'un des plus zélés bienfaiteurs de Saint-Jean-d'Angely avait beaucoup approuvé ce transport, sans que nous ci sachions bien la cause, et qu'il s'y prêta avec autant d<

(«) Chronic* S. Maxentii Pictaviensis, ad ann. 4J13; — ap. Marchegajf Chtmtiq. à*È$ Eglises d'Anjou, p. îîTU,

:èle qu'il en avait mis à ouvrir au saint dépôt les portes e la ville de Poitiers (<o.

Nous remarquons ici, d'après les mémoires du tem|is, [ue les deux abbés de Saint-Cyprien indiqués plus haut. Limon et Rainaut, l'étaient en même temps de Saint-Jean- PAngély. Qui plus est, pendant leur administration succèsive qu'avaient précédée plusieurs autres de ces doubles ibbatiats, un autre abbé Martin, qui avait le premier pris b gouvernement de la maison, lorsqu'Alboin était monté !ii 937 sur le siège épiscopal, était vraiment le titulaire le l'abbaye, mais continuellement occupé d'affermir par les soins incessants, les monastères de Jumièges en Normandie, de Saint- Augustin de Limoges, et d'Àngély ui-même. En dépit de ces fatigues, il ne restait pas itranger à ce qui se passait à Saint-Cyprien de Poitiers i*>. fous croyons, au reste, que l'abbé Aimun pourrait avoir [uelque parenté en Touraine, parce que dans le siècle mivant, on voit un seigneur de sou nom donner aussi bien [ue sa femme aux religieux de Nouatre, un jeune fils qu'ils r consacrèrent à la vie religieuses. Au reste, c'est cette nême année, que fut fondée, pour le château même de Hquâtre, une église de Saint-Révérend, comme pour la lédommager de la perte du saint corps, dont on y laissa juelques reliques. Cette fondation fut l'œuvre de ce même ibbé Aimon, que secondèrent des dons faits par de généreux bienfaiteurs.

Nous avons dit que Louis d'Outre-Mer, après sa défaite m Normandie, avait été fait prisonnier. La reine Gerberge, qui était à Laon, s'employa vivement à obtenir la liberté de son mari, d'abord en y intéressant son frère, Othon de

fct île Siîul Jcm-

H fotule te prieur* de N no Vie*

VVissiLuiks de

(o) Gallia christ., II, col. 1252; — Rcdci, Tatfk rai&ûnnêe iû l). FonLcncna, p. 16.

{b) Gallia christ., H, col. 1252; — MabiHon, OR** Bcnédk.> ad ann. 043, no 61.

(c) Cartulaire de l'abbaye de Noytrs, publié par Mr Chevalier, in-8a 1802, p. 13.

h f.-tiJ.i il.'.

Germanie, qui s'y refusa. Elle trouva meilleur accueil prû du duc de France, Hugues le Grand, qui sembla réagir pou la délivrance du roi qu'à condition de lui voir renouvelé pour la paix et l'intégrité de la Normandie, les convention! faites en 912 avec Rolion. Mais la -liberté ne fut pas pou Louis le fruit de ce traité, A peine était- il signé, que Hugue: retint encore le roi enfermé dans le château de Chartres Un an se passa dans cette état de captivité, dont il n sortît que sur les instances du roi d'Angleterre Edmond dont Louis était le cousin* Encore fut-il oblige d'achetë cette délivrance au prix de sa ville de Laon, dont Hugue fît son domaine propre, Louis n'eut d'autre ressource, priv de sa capitale, que d'aller demander, à Aix-la-Chapelle un asile de quelques jours à ce roi deGermanie qui ava refusé de l'aider dans son infortunes nT<mîeM abus ds Nous aurions passé sans nous v arrêter sur ces péripétie que nous abrégeons pourtant, s'il n'avait pas été ici d'u véritable intérêt pour l'histoire, de signaler ce rôle singuli* et définitif que la féodalité s'était déjà donné dans le affaires du royaume. Ainsi nous voyons celte institution peine éclose, prendre d'énormes développements, aux dépen de la rovauté, dont la suzeraineté semble une fiction devai les grands vassaux qui la dominent déjà. Ses seigneur sont tout, le roi n'est rien; il n^a plus de leudes qui soiet les fidèles, les hommes du roi, et voici le temps venu où c nom même va disparaître de la vie gouvernemental* comme les habitudes d'un pouvoir souverain. Tant e: ardente au cœur humain la soif de l'indépendance et d celte liberté dont le nom a caché si souvent les tendance et les excès de la révolte ! Il est vrai que de ces abu naîtra bientôt un ordre meilleur. La royauté, devenue plu forte, imposera un frein à ces tyrans des rois et des peuples elle grandira au milieu d'une législation très nette c mieux conçue, et dés lors Père féodale aura sa dignité qi

(a) Daniel, Mczcrai, d'après Flodûard ei les annales de Metz, ad an». 9ti

3lèvera le caractère monarchique dans toute l'Europe, fais pour arriver à cette période glorieuss, il nous faudra ncore quelques années de luttes intestines, et, de la part u pouvoir monarchique, des concessions qui finiront par enverser une dynastie devenue incapable à force de nblesse et d'inhabilité.

Et pendant toutes ces secousses si funestes à l'autorité GiuïiïnrnLqd* èt e Louis IV, lorsque les ducs et les comtes de la France entrale s'agitent en de continuelles séditions et dépouillent, . leur profit le souverain dont ils se reconnaissent les assaux, notre Guillaume III a soin de demeurer en dehors ieces guerres d'orgueil et de convoitise; il garde, quand il 1e peut mieux faire, une neutralité qu'il croit devoir, par une louble raison, au roi dont il est le parent et de qui il tient ss riches provinces devenues son apanage. C'est une :onduite, qui aurait pu servir de modèle à ces grands seigneurs, car leurs guerres injustes fomentaient leur astu- :ieuse ambition et les peuples gémissaient sous le poids de a discordej de la faim et des maladies pestilentielles, dont nouraient en grand nombre les animaux de labour (<o. Dans ette conduite de son prince, le Poitou, l'Auvergne et le /elay, trouvèrent un prospérité relative bien préférable à a prétendue gloire de tous les succès militaires, que notre ;omte sut bien sagement dédaigner.

Il y avait pourtant à remarquer en ce temps de déplorables ï>nwUoad«hi*fla

î rfli^uK par les ahlréfi

tbus des bénéfices ecclésiastiques , dont il profita trop, •«£** :ommc tant d'autres puissants, aux dépens des légitimes lossesseurs. Ainsi, sous prétexte de cet aébatiat de Saintlilaire, dont les comtes de Poitou s'étaient affublés, les >iens de l'abbaye étaient toujours à sa libre disposition. *laces et revenus y dépendaient de lui, il y* était le maître, X il n'hésite pas, en 956, à donner à son frère Ebles, la résorerie du monastère, moyennant huit deniers annuels,

(a) Ckroiiic. Stmcti MaxitUii, ann. 943. {b) Bealy, Comtes de Pôict.; p. 253.

et une île sur FAuzance, laquelle dépendait de son bénéfice maïs cjug personne n'avait le droit d'en distraire t#U Um autre fois, c'était l'alleu en entier de Courcôme avec soi église de Notre-Dame, don fait aussi par Sancie, femnn d'Aymar de Poitiers, à la mense abbatiale de Saint-Hilaire et que Guillaume en distrait pour l'annexer à la mensf capitulaire. Ainsi les deux frères s'enriehisseaient à la fois l'un par un ëLrange excès d'un pouvoir usurpé, l'auln s 'appuyant de cette autorité supérieure pour légitime] d'intolérables exactions, qui n'allaient à rien moins qui dépouiller le prochain â Pabri d'une position inattaquable C'était là un très mauvais exemple donné par de hauts personnages à ceux qui les suivraient dans la même carrière Pour autoriser l'injustice, on ne manque pas de s'appuyei d'un passé aussi commode qu'injuste. Les abus se perpétuel) et s'entourent des apparences du droit; on invoque bîeniô la coutume, comme si une coutume illégale, si vieille qu'ellt fût, n'était pas toujours une vieille erreur; et ainsi Tautoriti toujours si précieuse, puisqu'elle est la première sauvegarda du bien social, se déprime elle-même en altérant l'espri des meilleures institutions.

Ce ne fut pas ainsi qu'agit, en 947, notre ôvêque Alboïn feâSST uc ' " qui dans un synode tenu, est-il dit, selon la coutume de nos pères, au mois de mai, confirma â Saint-Cyprien les dons que lui avait faits son prédécesseur Frotier II. Il fit rendre justice â cette abbaye à propos d'empiétements commis sui les possessions du prieuré bénédictin de Saint-Maixent le- Petit. On voyait bien les êvêques donner souvent des terres et des églises à des établissements religieux; on le* voyait confirmer avec empressement les possessions qut ceux-ci avaient reçues antérieurement à leur épiscopat mais ce qu'ils donnaient était de leur patrimoine propre ils ne le revendiquaient jamais, et â plus forte raison ils ni dépouillaient ni leur Chapitre ni les dignitaires qui en avaien

(a) Dont nous avons parlé ci-dessus, L V, 310.

Synode* de h ca-

Caractère général de ces assemblée! .

a direction. Les canons, auxquels ils ne songeaient pas à se soustraire, dirigeaient leur conduite et leur gouvernement, st ces lois avaient, en cas de besoin, l'appui du Saint-Siège, juge en dernier ressort de tous les différends, et aux décisions duquel on ne s'exposait pas volontiers. C'est toujours là le caractère du droit canonique. Nous permettra- 1- on de supposer ici que si l'exercice du pouvoir civil avait toujours été réglé d'après une constitution aussi simple et aussi solide, le monde n'y eût rien perdu pour sa tranquillité séculaire, la bonne tenue des Etats, le bonheur des peuples et la dignité des souverains?

Ces synodes de la cathédrale de Poitiers, comme ceux de tous les autres, étaient déjà tenus selon la coutume des anciens, y dit-on, et tels qu'ils le furent ensuite jusqu'à nous, à quelques détails près qui tiennent à la diversité des temps. C'était pour cette année l'assemblée générale tenue au mois de mai, après Pâques, et où se trouvait convoqué tout le Chapitre avec ses dignitaires et ses officiers, et présidée par l'Evêque. Nous avons dit qu'au besoin ce synode prenait le caractère d'un tribunal, l'Evêque y écoutant les observations à faire sur les choses du clergé, les plaintes contre les abus, et y jugeant de tout, non pas seul, mais sur l'avis de ses assesseurs, et ne se séparant jamais, pour ses décisions, des chanoines, des prêtres et des abbés et autres gradués qui l'y assistaient (a). Nous devons conclure aussi de l'inspection des signatures apposées à la fin des actes de ce synode, et de plusieurs autres de ce temps, que, parmi les chanoines du Chapitre cathédral, tous n'étaient pas élevés à la dignité du sacerdoce, car on n'en voit qu'un petit nombre s'attribuer ce titre, ce qui n'eût pas été si tous les membres en avaient eu le droit.

Une longue période de dix ans et plus se passa encore entreten'o™ pa;miS en luttes sanglantes entre les ambitieux qui se disputaient 6ran s la France neustrienne, la Champagne, la Normandie et la

(a) Gallia christ. , t»b sup., II, col. 1160; — Instrumenta, col. 329; — Mabillon, Annal, bénédict., ad ann. 9i3; — Besly, Evêq. de Poict., p. 42.

Guerres ciriles

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2te

Et rartout par H i imu te Grand,

tas mmis salants de I'Àuma cl leurs

tuilitu du vg ftlèçle,

Bourgogne, théâtres tour à tour de contestations et d guerres que signalèrent surtout la violence et la mauvais foi. La victime la plus remarquable de ces querelles h toujours Louis d'Outre-Mer, qui n'y reconquit sa ville d Laon qu'au prix de grands sacrifices et É après plusieur combats où il perdit toujours beaucoup d'hommes e d'argent, ce qui dura de 946 jusque vers le milieu de 94È On trouve dans ces amères disputes, où la loyauté manquai toujours, un des premiers exemples de cette malheurcus ténacité â des idées fausses que montrèrent trop souven dans la suite, et en trop grand nombre, des coupable qu^aveuglent sans cesse des passions que la religion seul* pourrait guérir* Hugues le Blanc, celui des grands vassaus qui s'était montré le plus acharné contre Louis IV, iu menacé d'excommunication au concile dUngeiheim^î), tem cette année, s'il ne déposait pas les armes. Il persista dans son opposition malgré la sentence portée enfin conln lui peu de temps après par un concile de Trêves* L brutalité de ses habitudes l'emporta dans cette tête altiér< sur la crainte de Dieu et le malheur de se séparer è PEglise, Il nVn persista pas moins deux ans de plus daûi sa révolte et il fallut, en U50, que le roi de Germanie Othoi s'entremît entre les deux antagonistes pour amener la fil des hostilités^). Ce mépris de l'autorité de PEglise ne durai jamais longtemps dans ces têtes bizarres, à qui leur passions parlaient souvent plus haut que le devoir, o nous aurons plus d'une fois occasion de l'observer dans le: puissants usurpateurs des biens ecclésiastiques : mais auss l'histoire nous les montre presque toujours payant dès a monde, par quelque catastrophe suprême, la part qu'il: ont prise de ces désordres, ou persistant d'y contribuer il des rôles que la postérité ne leur pardonnera pas. Le gouvernement de Guillaume Tète-d^Etoupes vit donne

(a) Confite galiic,, i. [X, p< Gil>; - Longueval, Hùt. de t'Egtm gaïlt VU 340 et 39,

m magnifique développement aux salines de PAunis, qui rouvaient à cette industrie une grande ressource pour son !omrnerce local, et vit s'établir par lui de nombreuses 'dations avec le Poitou et quelques autres provinces plus méridionales de PÂquitaine. Des particuliers de Poitiers m des environs possédaient même jusqu'à de vastes Rendues de ces marais, et nous voyons par un acte de )49 une noble femme Milésinde et Ricburge sa fille ionner à l'abbaye de Saint-Cyprien , qui leur est chère, cent aires de ces marais dans une contrée du pays, et quarante-cinq dans une autre; ces aires se trouvaient dans les vigueries d'Âunay et de Brioux, dont nous avons parlé en temps et Heu w\ à ce don était ajouté celui de plusieurs terres aux environs. C'est probablement cette même Milésinde qui, l'année suivante, d'accord avec son mari, Sonna aux mêmes religieux d'assez riches propriétés dans les vigueries de Vivone, aux villages de Batresse et Je Baytré (33). Citait le temps, au reste, où ce genre ^industrie se développant beaucoup par le succès qu'il avait su depuis un siècle, tendait à s'élargir d'autant plus, et illait devenir l'objet de donations plus fréquentes et plus considérables. Pour les salines comme pour les propriétés orales, c'était aussi une bonne inspiration de les donner ï des moines dont le zèle laborieux, l'esprit d'ordre et 'entente des affaires rurales, assuraient la bonne tenue et es rendements plus fructueux.

L'Aquitaine perdit, en 950, son duc Raymond Pons, qui pffijffiggj Mail aussi comte de Toulouse. Selon son désir, il fut enterré * B™ b*ritag^ ïThomières, dans l'abbaye de Saint-Pons, qu'il avait fondée clans l'intention d'y reposer. Ses possessions avaient une faste" étendue, car, outre le comté de Toulouse, elles comprenaient ceux de Carcassonne et de Razès, puis en commun avec son cousin Raymond Ier, comte de Rouergue, ceux de Narbonnc, de Nîmes, de Lodôve, de Brzicrs et

{n) V. sur les Vigueries ite Brioux et d'Aunay, ci-dessus, ad ann. 81)0,

HISTOIRE GÉNÉRALE DU POITOU |950l

Expédition de Louia d'O aire-Mer eu Poi-

d'Aydé, puis la môme part dans ceux de l'Albigeois, di Quercy et du Vivarais. Il avait encore la moitié du marquise de Gothie. En plus, il possédait l'Auvergne et le Vêla depuis la mort du neveu de Guillaume le Pieux, Ainsi, so titre de duc d'Aquitaine lui avait valu de régner de 1 Loire aux Pyrénées , et du Rhône à la Méditerranée- U pareil titre équivalait certainement à une royauté* Mais c qui valait mieux pour ses peuples que cette gloire humain* c'était le zèle chrétien que Pons mit toujours à les rendr heureux, en leur conservant la paix, autant que le circonstances le lui permirent, et en leur donnant le meilleurs exemples de désintéressement, de bravoure et è religion,

Raymond avait laissé trois enfants en bas âge, doi

l'aîné, Guillaume Taillefer, devait succéder à ses nombres

et riches domaines. La plus brillante portion lui en fi

pourtant enlevée par un événement qu'il n'était pas faci

de prévoir, A peine en effet Louis d'Outre-Mer eut-il appr

que cette belle succession était ouverte, qu'aussitôt

résolut de rétablir son pouvoir en Aquitaine et d'en donn

le gouvernement â quelqu'un dont il fut sur. Quelqu

doutes qui puissent survenir à l'égard d'un projet aus

hardi et si peu approuvable en apparence, nous allons vc

que des raisons de haute politique semblaient légitim

une telle entreprise. Il se mit donc â la tête d'une arm

et se rendit dans le midi en traversant la Bourgogne. !

marche y était rapide et il trouva bientôt le comte de VienE

Charles Constantin, qui ne s'était jamais détaché de lui,

Etienne IIe du nom, qui était évoque de Clcrmont et de

maison d'Auvergne, A Maçon, il se vit également bien re

par le comte Lcotalde, Ce fut là aussi qu'accourut le cou

de Poitiers [Guillaume III, qui était toujours resté fidèle

Louis, et que pour cette raison celui-ci avait toujours ain

Ce fut Toccaslon do lui en donner une preuve. Quoique I

lois féodales déjà solidement établies assurassent à Taillei

la couronne ducale de son père, Louis, qui n'entrait p

our rien dans le pays où il se croyait autorisé par son tre de roi de France à remettre tout sous sa domination, omprit d'autant mieux que ce serait annuler ce plan que e laisser la domination du pays entre les mains d'un nfant, qui serait forcément représenté au pouvoir par uelque vassal agissant dans ses intérêts personnels et ;ardant sous sa dépendance P Aquitaine tout entière. Car a nouveau duc, en qualité de premier vassal, se serait ssuré au nom du système féodal l'obéissance de tous les assaux secondaires.

Le roi avait d'ailleurs à éviter, outre la régence, un contra- TkÂuaconuiiaLi*, licteur qui n'aurait pas manqué d'y prendre le rôle que lugues le Grand s'était fait dans la France centrale. Il se iouvint donc des services que lui avait rendus le comte de ^oitiers, il n'oublia pas qu'il était son cousin germain et ;onsidéra, comme une raison non moins décisive (et c'était a meilleure), que son prédécesseur, Charles \o Simple, avait lonné cette même couronne à Ebles Manzer, qu^en avaient seules dépouillé les révoltes des derniers temps. CTest pourvoi, rendant aussi à Guillaume Tête-d'Etoupes l'Auvergne ît le Velay, qui avaient été annexés au duché d'Aquitaine, 1 le nomma à ce duché, et l'investit ainsi de la plus vaste )uissance dans ce beau pays qui florissait de la Loire à a Méditerranée. Les motifs qui avaient déterminé Louis ï cet arrangement sont assez valables .d'eux-mêmes pour ju'on puisse croire que Guillaume eut peu besoin de solliciter de telles faveurs. Son esprit pacifique et le peu le désir qu'il avait montré jusqu'alors de s'élever et de s'agrandir ne le persuada pas moins. Ne lui était-il pas facile de comprendre aussi qu'à cette mesure, dont il bénéficiait sans l'avoir ambitionnée, était attachée la paix de cette grande région menacée de guerres civiles et d'incalculables calamités par cette régence fictive que Louis avait songé surtout à éviter. En face de ces puissantes considéra- eue pAtte* « lions rivales, rien ne s'offrait ni de plus politique ni de mieux SS. entendu que le parti inventé par le roi de France et accepté

par le comte de Poitou, Il n'y avait plus sur ces terres immenses qu'un seul pouvoir qui était encore celui du roi de France par la suzeraineté qui lui en était assurée. Quoi qu'il en fût des intérêts lésés de la famille des Raymons, on ne peut voir dans cette opération qu'un acte de sagesse conseillé pour les véritables avantages du pays, lequel d'ailleurs s'accomplissait sans manquer en rien aux règles les plus strictes des lois établies et du devoir. Ce n'est pas à dire que tout est fini avec cette question. Jusqu'à ce qu'une royauté solidement assise vienne protéger les droits de tous en s'affirmant à elle-même l'énergie qui lui avait manqué depuis Charicmagnc, il faudra encore que le droit se débatte contre l'intrigue. Les menées de cour tenteront d'ébranler entre les mains de Guillaume III le sceptre du duché d'Aquitaine, mais il saura le tenir ferme, il finira par le fixer dans 1 -héritage de ses descendants, et c'est vraiment de cette année 951 que les souverains du Poitou régiront la glorieuse contrée qu'avait possédée au même titre leur oncle saint Guillaume de Gellonne. Dès lors Poitiers devint la capitale de l'Aquitaine, ses comtes y demeurèrent comme au siège de leur gouvernement, cl c'est de là que partira, comme de son centre, le grand mouvement qui fera sans contredit de cette province, jusqu'au dernier rejeton de la famille, le plus riche et k plus beau des fiefs de la couronne de France.

Note 1

Belleville, Bûllauitla, ancienne seigneurie du doyenné de Mareuil Vendée), dont le plus ancien titre semble de 1228, où il est question l'un Maurice de Belleville, seigneur du lieu. C'était dès ce temps me paroisse de Sainte-Anne, dont il ne faut pas confondre le nom tvec celui d'une ancienne paroisse da diocèse de Saintes, aujourd'hui le celui de Poitiers, au canton de BeauvoinDeux-Sévres). Belleville l aujourd'hui 1,200 habitants; il appartient au canton du Poire-sur- . /ie. Son église est du beau style du commencement du xin* siècle* Jetait un prieuré-cure de l'abbaye deNieuil et que l'évoque de Luçon îonférait, et plus tard l'abbé d'Angles. — Blanche-Lande, qui iépendait de la paroisse, était une commanderie du Temple»

Note 2

Cet événement qui n'a pu se faire, comme le dit la charte, ]U après la mort à'EhteSt posé mortens Eboti, est donc indiqué à tort par les copistes de la charte comme étant de 932.

Note 3

Le Prepson ou Pré-Pesson, a pris ce nom de la fontaiue qui lui donne naissance dans la commune d'Àmberre, Il s'appelait alors Kadelena^ puis le Jacquelin. Il se jette dans la Dîve, à Montcontour.

On appelait personnat dans une église collégiale, un bénéfice qui donnait au titulaire Ja préséance sur les autres chanoines.

Note 5

Cette date, que quelques-uns ont reculée jusqu'au 15 juillet 936, est rectifiée d'après le chiffre que nous lui donnons ici par celle de ia charte originale de la consécration de l'église Saint- Cyprien qui dit 936, sous le règne de RaouL En juillet, on n'était plus sous ce régne qui était fini depuis sept mois. Cette erreur, qui s'est répétée saas assez de discernement, a pu venir de quelques chroniqueurs oublieux des 6 mois d'interrègne qui s'écoulèrent entre la mort de Raoui et le sacre de Louis IV.

Note 6

Cf. Archiûes historiques du PùUûu, III, xxiv, d'où résulte que l'abbé ici désigné sous le nom d'Alboin était autre que l'évèque de Poitiers. L'abbé de Gharroux, cette année, ne pouvait être Alboin, d'après les actes cités dans le même ouvrage, n° 553, p, 326, — Toute Terreur est dans ce fait, qu'il y eut deux Alboin, dont l'un était évèque de Poitiers, pendant que l'autre était abbé de Charrou*.

Note 7

V. Notre Histoire de la Cathédrale de Poitiers* t. II, p. 56 et

suiv. — Nous avons dit à tort, à l'endroit cité ici, qu'un synode de 1280 était le premier dont nos archives conservent les traces. Nous parlions ainsi, faute de renseignements que nous avons pu découvrir plus tard, et qui établissent historiquement le synode tenu par ALboin en 937.

Note 8

Béthines, de Vico Bethinas, en 938, et, en 118£, Sancti Pétri de BathiniSj ancien prieuré-cure de l'abbaye do Saint-Savin, aujourd'hui bourg de 1,300 âmes, du canton de Saînt-Savin, et dont te territoire est coupée par les vallées du Saleron. L'église paroissiale n'a plus que sa nef unique où se gardent des traces de son ancienne forme latine du xi° siècle. Le clocher a trois zones carrées terminées par une pyramide octogone en pierres, Béthines était, en 1789, de l'archiprêtré de Montmorillon et de la chàtellenie du Blanc (Indre).

Note 9

Sain t*Pons de Thaumiêres, Sanctus Pontius Thomeriarum, est devenue une simple petite ville du diocèse de Montpellier, chef-lieu d'arrondissement de l'Hérault. Sa fondation est de 93G et commence par une colonie de bénédictins venus de l'abbaye de Saint-Gértid d'Auriiïac. C'est une population qui ne dépasse pas 6 â 7,000 âmes* Thaumières était le nom de l'endroit où l'abbaye fut élevé, entre Pézenas et Carcassonne.

Note 10

Chant-auge, Cantogilum, est un bourg de 90U âmes qui était au diocèse du Puy lors de rétablissement de l'abbaye. C'est maintenant du canton de Linges, dans la Haute-Loire, l'abbaye était devenue, avant 1789, un simple prieuré conventuel dépendant de la Chaise- Dieu, en Auvergne.

Note 11

Vendœuvre, Vendobria, Vendabricum, gros bourg de 3 à 4 mille taies, dont le territoire est traversé par le Pallu, qui commence aux environs de Mirebeau et se perd dans le Clain au-dessus de Dissais, vis-à-vis de Saint-Cyr. C'est un lieu d'origine celtique où furent trouvées, vers 1822, des monnaies gauloises. La culture y est variée at fructueuse. Son église ogivale de Saint- Aven tin était de Saint- Pierre en 973; par conséquent, elle a dû être rebâtie au xin* ou vf siècle, c'est peut-être alors qu'on aura substitué, à l'occasion ies quelques reliques, au vocable de Saint-Pierre celui de Saint- A.ventin, non l'évoque de Chartres, quoiqu'il soit honoré le i février, mais le confesseur de l'église de Bourges, dont la fête se célèbre le même jour, sous un rite différent. Cette église est encore de belle apparence par sa voûte et son clocher, tour carrée surmontée d'une pyramide octogone. Cette paroisse semble avoir été de fondation êpiscopale, car, avant la Révolution, elle ne relevait d'aucun archiprêtré, d'aucun doyenné, mais de l'évoque seul, et de sa chambre selon que le Pouillé du B. Gauthier de Bruges rétablit à la fin du xiii0 siècle, comme de temps immémorial. Ceci ne contredit pas ce qu'affirme, dans son Dictionnaire de la Vienne, notre docle confrère, M. Redet, attribuant la paroisse de Vendœuvre à l'archiprêtré de Dissais. On sait que cet archiprêtré était appelé Sedi8 ou du Siège, parce qu'il relevait de l'évèque seul. Il y a, au reste, beaucoup de confusion à ce sujet dans le Pouillé que nous citons ici, mais la pratique n'en avait pas moins conservé à Vendœuvre la juridiction êpiscopale.

A cette église était attachée une commanderie dont les biens furent unis, en 1695, à ceux de l'hôpital général de Poitiers.

La châtellenie de Vendœuvre appartenait à l'évoque de Poitiers, mais en partie seulement. C'était à titre de seigneur châtelain que Claude de Husson, qui siégea de 1510 à 1521, érigea le fief de Bonivet en châtellenie en faveur de l'amiral de France Guillaume Gouffier, qui y fit construire à grands frais, avec dos merveilles do grandiose dans l'ensemble, et de délicatesse dans d'innombrables sculptures, le château dont les ruines sitôt venues étonnent encore, à une lieue au Sud-Est de Vendœuvre. Ces ruines sont dues â un Henri du Chasteigner qui, ayant reçu le château en partage, en 1788, et ne pouvant le garder, eut la malheureuse gloriole de ne pas vouloir qu'un autre le possédât après lui, et le vendit à un autre vandale, qui le démolit, et se procura quelque peu d'or avec ses débris.

NOTES DU LIVRE XLl

Bonivet est connu dans les chartes depuis 1317 où il est nommé de Boniteta. Il était déjà seigneurie en 1481.

Les Tours MUandes ont gardé leur nom d'une maison rurale située à petite distance et au Nord-Ouest de Vcndosuvre, et que signalent, épars sur le sol voisin, des restes de constructions romaines. Mais ce nom, perpétué depuis bien des siècles, indique très bien une habitation qui doit avoir quelque valeur au mojeo âge, quand elle appartenait peut-être à la seigneurie voisine de Chenecbé. ,

Un ancien fief, avec château, relevait de la châtelienie de Vendœuvre, à deux kilomètres au Sud du bourg. Le lieu se partage en deux hameaux, les grandes et les petites Roches. C'est aux premières que fut reconstruit, au xvï* siècle, le joli château de ce nom, qui domino les vallées et le coteau voisins de ses toitures aiguës et de ses tours élégantes.

Note 12

Marigny-Brizay, Marignacum en 1123. —On trouve dans Martial et dans Ammien Marcel lin, le nom d'homme, Mariams, qui pem avoir été donné durant l'époque gallo-romaine à ce Heu, il doit lui-même son surnom au château voisin de Brizay, ancien fief qui relevait de la tour do Beaumont. Marigny est un bourg de 900 âmes* aux origines celtiques, comme l'attestait encore, en 1217, la pierre soupêzeM dolmen aujourd'hui détruit. Un manoir du moyeu âge, appelé la Tourette, s'élève sur la colline septentrionale, percé encore de ses mâchicoulis pittoresques. L'église de Saint-Etienne, dans l'enceinte du château, releva jusqu'au xv* siècle, du chefeier delà cathédrale, qui passa au Chapitre lui-môme lequel en disposa après l'extinction de ce bénéfice* La chapelle du château était dédiée à saint Fabien, et à la présentation du seigneur de Brizay. C'était non loin de là, et près Bonivet, qu'étaient la seigneurie de Ligny elle prieuré de Saint-Filbert qui furent donnés à la Résurrection parle Chapitre de Saint-Pierre. Ce dernier était à la disposition de l'abbé de Saiot-Cyprien. En 987, un neveu de Pévèque Alboin, et de son nom, était devenu possesseur d'une chapelle sous le vocable de la Saint- Vierge et de saint Filbert, dans la viguerie de Colombier ei dans le village appelé Surin, la donna au même monastère.

Note 13 Dol, Data Britonwrn.^ évèché établi en 811 avec titre de métropole par le duc des Bretons Nornénoé, mais rendu â la métropole de Tours par le pape Innocent III, eu 1209. La petite ville n'est plus qu'un chef-lieu de canton d'Ile-et-Vilaine, avec une population de quatre à cinq mille âmes, non loin de la baie du mont Saint-Michel.

NOTES DU LtVRE XLI

Note 14

Saint-Brianc, Uttrgus SancU Brioeî, tire son origine d*une abbaye sndôô vers 490 en l'honneur de Saint- Etienne, par saint Brioc, mine anglo-saxon. Cet évêchê, par ce même caprice du duc foen^noé, qui avait fait de Dol une métropole, fut soumis à ce siège nKli, et revint sous la juridiction de Tours par la même raison ue Dot, en 1209. — Ce siège, aboii en 1790, fut rétabli par le Concordât de 1802; ii appartient aujourd'hui à l'archevêché de Lennes, érigé en 1359. — C'est une ville de 14,000 âmes, chef-lieu es Côtes-du-Nord,

Note 15

Cunault, Cunaldum, village de 300 habitants, canton de Gennes tiaioe-et-Loire), c'était une ancienne abbaye fondée en 632 par ^agobert, dont l'église fut reconstruite aux xia et xu* siècles et reste, près sa décadence, une des plus curieuses par la beauté de son rchitecture et les richesses symboliques de son ornementation, (V. lodiu, Recherches sur VAnjou} I, 95).

Note 16

Messay, Mesmyum* Messiacam, paroisse de Saint-Filbert, en soudanais, du canton de Moneontour, elle est réunie à celle de ainte-Glair, et n'a que 350 habitants, son église romane est un ectangle du xi* siècle, â chevet droit, dont le choeur seul est voûté n ogive d'une époque moins reculée. Elle fut tonr à tour à la ollation du prieur de Notre-Dame de Louduu, et de l'êvèque de *oitiers.

Note 17

Saint-Prudent, aujourd'hui Saint- Proliant , selon la prononciation u pays, a eu, jusqu'en 1790, son autonomie comme paroisse, et se it réunie, en 1801 , à celle de Monsireigne pour former avec elle me agglomération de dix-huit cents habitants, et une seule ommune du canton de Chantonnay, en Vendée. Ce sont, au reste, leux églises qui semblent jouer de malheur quant aux notions qui rouiraient leur donner quelque notoriété historique. Les manusirits en ont tellement défiguré les noms, qu'on s'étonne toujours, n leur en découvrant un de plus, de les trouver tous méconnaisses sous la plume d'ignonssimes copistes qui en ont tant écrit au Lasard, Croirait-on » par exemple» que Monsireigne, que le grand Gauthier traduit au commencement du xivD siècle par Mons Y renée nous croyons que cette fois il est dans le vrai), est suivi de Pouillés Uocésains qui, au xvie siècle, disent de Monte Aranco Y En 1G10,

celui d'AUiot cite conjointement au prieuré une cure de Montrann dépendant de Saint-Michel-en-riIerm. Le Livre ro«#£, Pouillè d Luçon, dit au xvtit0 siècle Prtoratas de Monte arriment dt Rodoners. A la même époque, t). Fonteneaudit encore Notre-huni de Momireigne^ et l'abbé Àillery, dans son Fouillé d'où nous tirofl tout ce qui précède (p. 97), résume îe tout en indiquant comme tîi des anciennes chartes le nom encore plus obscur de Montinim lequel ressemble autant à Monsireigne que Limonum à Pittaw Comme un historien est bien renseigné quand il n'a que des doci menta de cette espèce 1

Autre chose est- il de Saïnt-Prouant, Quelle que puisse être nuit qui enveloppe ce nom, et dont l'épaisseur s'augmente enco d'une équivoque trop souvent admise, toujours est-il qu'on peut dissiper, et en tirer la lumière la plus éclatante. Ce qui embarras donc sur Saint-Prouant* c'est qu'au Heu de son nom Jatin Prudeniiu on lui a donné sans façon celui de Prœjeetus, qui est en réali saint Projet, évêque d'itnola, que te pape saint Célestin délégua 331 pour le représenter au concile d'Ephèse, ou Nestorius futeo damné. On sait peu de chose sur le saint personnage, et rien dit quelles relations avec le bas Poitou auront pu l'y faire honor» quoiqu'il ait eu autrefois un culte fixe comme sa fôte, au 23 septemt dans une paroisse de son nom, depuis longtemps réunie à celle la chapelle bâtie près Niort. En dépit de cette constatation, rcsl très certaine, on ne conçoit peu comment la confusion a pu se faj de ce saint Projet avec saint Prudent qui a pour lui au contraire J plus sérieux témoignages, En effet, nous avons fait remarqt l'analogie frappante qui exista dans le langage vendéen enl Prudent et P rouant qui n'est qu'une manière plus alliptiquo et pi facile de prononcer ta mot, ajoutons que plusieurs des martyrolog qui produisent ce nom, ajoutent: Prudûnt ou Prudente, d'auti disent Prouent ou Proucnts. » Pourquoi ce s final sinon qi indique la latinité primitive du mot Prudeniiasf mais voici surtc ce qui nous touche le plus. Les Bolïandistes, et après eux leur d<x abréviatcur M*p Guérin, indiquent au 6 octobre un saint Prude mis à mort par les Vandales, en haine de Jésus-Christ, en 613 diocèse de Langres, Or voici que, toujours d'après les mêmes au rites, son corps, retrouvé dans sa première sépulture, fut trauspo au monastère d'Atome, appelé la Fontaine de Bêze, par Gaik èvéquc de Langres, entre SSO «t 8&S. Si nous remarquons que i évêque avait été abbé de Noirmoutier et de Tournus, ou t Poitevins étaient alors depuis longtemps implantés, comment pas trouver naturel que les moines du prieuré de Monsireigne*

étaient bénédictins, ayant obtenu de ces reliques, et qu'ils aient élevé dans leur voisinage une église où elles furent déposées, et qui fut bientôt érigée en paroisse? On peut même raisonnablement conjecturer que cette église ayant eu le double vocable de Saint-Mathurin et de Saint-Prudent, le premier était peut-être déjà en usage avant la réception des reliques, que l'église remonterait donc au-delà de Tan 880, et que c'est vers cette époque, reconnue bien authentique, que le nom de SainUPrudentius lui fut donné avec une portion de ses reliques. Enfin le 6 octobre était la fête de saint Prudent au diocèse de Luçon. On le voit mentionné à cette date dans le rituel réimprimé sous l'épiscopat de M*r Soyer. Pourquoi n'en est-il plus aucune mention ni dans le propre actuel, ni dans le missel par conséquent, ni dans aucune biographie diocésaine f nous déplorons d'autant plus ce silence, que Saint-Prouant est redevenu une église paroissiale depuis que, grâce à une bonne inspiration de M*r Delamarre et au zèle du vénérable chanoine du Tressay, alors curé de Chantonnay, celui-ci reconstitua vers 1860 la paroisse déchue, où 600 catholiques entouraient 200 protestants. Quelques-uns de ces derniers contribuèrent même avec une louable bienveillance aux frais relativement énormes que nécessita cette reconnaissance, et depuis lors la commune recouvra sa succursale et a toujours eu un curé.

Nous souhaitons que cette note, en éclairant un peu mieux que par le- passé sur ce qu'on peut savoir de saint Prouant, contribue à ranimer son culte dans une contrée où nos pères l'avaient reçu avec tant de foi, et où saint Mathurin figure encore dans YOrdo.

Complétons ce qui précède en disant que Saint-Prouant est un bourg de l'arrondissement de la Roche-sur- Yon. Le point central est établi avec une église moderne et 7 à 800 habitants, sur une hauteur, à une petite distance du Lay, qui coule dans la plaine auprès de la côte. Là, on le voit maintenant, d'anciens souvenirs méritent d'être consacrés comme ayant une page intéressante dans l'histoire du pays.

Note 18

Pour les affaires de négoce et des finances, les Juifs ont réellement inventé les Lettres de change telles quelles existent encore après avoir été réglées par des ordonnances de Philippe le Bel en 1304 et de Louis XI en 1462. (V. Ducange, V° Cambium.)

Note 19

La main-ferme était une concession à vie, faite à condition d'une redevance annuelle. Cette concession pouvait être aussi héréditaire. C'était l'opposé de la main-morte qui s'appliquait à des biens qui ne

payaient rien au censeur, parce qu'ils appartenaient à des congre* gâtions ecclésiastiques ou laïques, et qui se transmettaient sans qai le seigneur y pût prélever aucun droit; mais ce privilège étai compensé d'avance en faveur du gouvernement dont la législatior paraissait se relâcher si considérablement : car toute corporation était tenue, en acquérant un bien quelconque, de payer uni Indemnité au seigneur, et se trouvait obligé, en outre, à un droi élevé d'amortissement. Ces dispositions remontaient à Tédit de Pisti donné par Charles le Chauve, en 862, On voit ce que valaient ees criailleries, si souvent élevées par les ennemis du clergé, som prétexte de main-morte. Elles étaient poussées d'aussi mauvais» foi que tant d'autres dont on a fait autant de mensonges historiques sous les noms horribles de droits féodaux , de dimes, de servage e d'ancien régime. On dirait qu'il y a des latitudes où une partie dl'espèce humaine est tombée à l'état d'imbécillité. — Mais Tautn moitié, qu'est-elle ?

Voir, sur cette question et ce qu'il en faut penser, ce que nous ei avons dit dans V Histoire de la Cathédrale dû Poitiers, t> II, p. 200 377 et 409.

Note 20

Le Cébron, ruisseau qui part des environs de Viennay, non loir de Gourgé, et délimite ces deux paroisses au Sud de cette dernière et va se jeter à l'Est dans le Thoué, qui borne lui-même à l'Ouest et du Sud au Nord, le territoire de Gourgé*

Note 21

Muron, aujourd'hui village de 1,200 âmes, canton de Tontiay Charente, arrondissement de Rochefort {Charente-Inférieure).

Pour peu qu'on eût aimé à s'arrêter dans nos églises romane sous les modillons qui en décorent les abords ou Tinté rieur, on aurï vu de nombreuses figures parées d'une barbe ainsi apprêtée, ou û'uw chevelure dont les tresses s'épanchent sur les épaules en retombai! sur chaque côté de la poitrine. Notre magnifique cathédrale A Poitiers offre, dans le pourtour si grandiose de ses vastes nefs, d curieux spécimens de cette parure excentrique. C'était, au xu* siècle les symboles de ces nations barbares, vaincues par l'Eglise dont elle; avaient embrassé la foi. Ce pouvait être aussi la physionomie plus ou moins avenante de ces chefs Normands ou Bretons qui après s'être si longtemps débattus contre elle, lui avaient entii soumis avec eux-mêmes les hordes si longtemps rebelles oi

ennemies. C'est ainsi que l'art du moyen âge, trop méconnu de ees téméraires contemporains, parlait aux fidèles en leur montrant, dans les types de ces races barbares, les triomphes sur la terre de cette foi à qui la conquête du monde fut toujours promise, et qui a toujours inscrit sur les murs de ses temples des souvenirs destinés à instruire et à encourager.

Note 23

La Chronique de Nantes qui note ce fait de délimitation, ne parle d'aucun différend survenu à ce propos et n'eût pas manqué de le mentionner. Tout ce qu'ont voulu en dire les chroniqueurs modernes n'est donc aucunement fondé, et n'a servi qu'à embarrasser les écrivains sérieux qui, pour écrire l'histoire, cherchent avant tout des preuves historiques au lieu de se lancer dans des conjectures que rien ne justifie et que personne ne peut adopter. Ainsi donc il n'y eut pas de guerre entre Alain IV et Guillaume III; aucune défaite dont on ait la moindre trace ne fut infligée à ce dernier, et personne ne peut l'accuser ni d'avoir été vaincu, ni d'avoir fait â son vainqueur une concession peu honorable.

On a donc faussé la Chronique de Nantes en croyant y lire ce qu'elle n'a jamais dit, à savoir qu'Alain III n'avait reçu le comté d'Herbauges de Guillaume III, qui ne le lui a jamais donné qu'en usufruit, et qu'il en jouit ainsi très paisiblement jusqu'à la fin de sa vie. (La Fontenelle, Histoire des Ducs d'Aquitaine, p. 482.) On oubliait donc qu'Alain était en décembre de cette même année 943, et que la convention faite entre lui et Guillaume n'exista plus du moment où celui-ci devint duc d'Aquitaine en 951? outre cette capitale erreur de Dufour, il a enchevêtré dans un style incompréhensible, une si singulière géographie à l'égard du Layon et du Lay, qu'il nous fait suivre celui-ci jusqu'à la mer, ce qui aurait étendu la possession d'Alain jusqu'aux extrémités méridionales de la Vendée : puis il équivoque sur le fond de l'affaire en disant qu'Alain garda le pays cédé pendant toute la durée d'une vie tranquille.

Note 24

Montreuil-Bellay, chef-lieu de canton de 3,000 âmes de l'arrondissement de Saumur (Maine-et-Loire).

Note 25

Chalonne, Calona, petite ville d'Anjou (Maine-et-Loire), sur la rive gauche de la Loire, chef-lieu de canton ; 0,000 habitants. Sa position lui a rendu très cruelles les guerres de la Vendée.

258 NOTES DU LIVRE XLt

Note 26

Pierrefitte, Petra fieta ou fixa. Cette partie du Poitou qui forma le département des Deux -Sèvres, n'était pas dépourvue, pi as que h Vienue et la Vendée, de ces monuments celtiques dont beaucoup ont survécu à un plus grand nombre disparus aujourd'hui. Paroi ces derniers, il faut compter celui qui donna son nom, très anciennement, à un ruisseau répandu dans les prairies voisines et ai village de 600 âmes qui existe dans le canton de Saint-Vareut, at Sud-Est et â six kilomètres de ce dernier lieu. Pierrefitte est d» l'arrondissement de Bressuire (Deux-Sèvres), l'église romane, fcofli le vocable de saint Porchaire, relevait du Chapitre de Saint-Piem do Thouars. On n'a plus aucun souvenir de îa célèbre pierre qui dans les actes du moyen âge et dont un grand nombre d'anaïûguei sont encore mentionnés en diverses provinces. Le seul dèpartemen de la Vienne a encore trois localités ainsi dénommées dans les communes d'Antigny, le Boussay et de Saint-Gervaïs, maïs sanf aucune trace des pierres antiques complètement détruites moins pai le temps que par les hommes.

Cirières, Ciriacum^ bourg de 800 âmes du canton de Cerisaj {Deux-Sèvres). Sur le territoire de celte commune se remarquer! plusieurs éminences prises par les uns pour des mottes féodales, psi les autres pour des tumulus. Nous pencherions pour cette dernier* opinion, d'abord parce que ces mottes ne laissent aucune trace de constructions seigneuriales, et ensuite parce que le nom Cîriacm rappellerait l'époque gallo-romaioe qui suppose mieux l'existence possible de sépultures gauloises. Des fouilles seules, bien conduites pourraient résoudre la question.

Note 28

Saint-Pterre-du-Chemin, Sanctus-Petrus de CaminQj ains nommé de la voie romaine qui l'avoisine de Rom à Nantes* Ces une paroisse vendéenne de 1,800 âmes, du canton de la Châtaigneraie, à la source du petit Lay et de THières, l'un des afflueeti de la Sôvre-Naotaise. Ce lieu, d'origine celtique, abonde en dêbri romains. On y a trouvé une borne milliaire de Tétricus, ce qui li fait remonter jusqu'au ni* siècle, L'église de Saint-Pierre n'y a pa de plus anciens souvenirs que celui d'une chapelle â l'autel de Saint Nicolas mentionnée en 1625. Avant la révolution, elle était ua annexe de Notre-Dame de Fontenay, et relevait de plein droit d Tévêque de Lueon, après avoir dépendu de celui de Poitiers jusqu'à

7, On ne voit apparaître qu'au xiv* siècle le fief de la Ménardière, it relevait la plus grande partie de la paroisse ; c*est la patrie de rchorius, savant bénédictin, mort en 1362, et dont nous parlerons son lieu.

Note 29

/itliers, Villaris, Le Haut et le Bas Villiers sont deux hameaux la commune de Vouneuii-sur-Vieune*Vïlliers est indiqué au Cartu re de Saint-Ct/priên dès cette année 943, En 1030 on le trouve :ore de la viguerie d'Ingrande ; mais, en 1035, la viguerie de iiUcllera-u.lt s'est formée et il en fît partie, d'après un titre de bbaye de Nouaillé (Redot).

Note 30

Xouàtre, Nucastrum, Nugastram, Noiastrum, bourg de 300 habiats sur la Vienne, canton de Sainte-Maure, arrondissement de linon . Ce lieu était déjà assez fort, étant nommé dans les Ch roques: Novasirum castrum.

Note 31

Saint-Révérend, Révèrent iusM est encore honoré dans Je diocèse I Bayeux, dont le Propre nous fournit les détails que nous donnons t de sa vie. Il n'eut pas de culte dans le diocèse actuel de Poitiers, ais au x° siècle, il eut une église consacrée sous son nom en endée, et il Ta donné à un village de 700 âmes, situé dans le canton i Saint-Gilies-sur-Vie, où sa fôte se célèbre au 12 septembre, et mt la cure était de plein droit à la nomination de révoque.

Note 32

ïngelheim, Ingeleimum, petite ville d'Allemagne divisée en haute : basse, sur la Saltz et non loin du Rhin. C'est dans la ville haute,

13 kilomètres Ouest de Mayence, que Charlemagne avait bâti, ars 770, le palais où se tinrent plusieurs Conciles, entre autre ïlui de 918*. Le palais n'a plus que des ruines, La population des iux ïngelheim n'est guère plus que de trois à quatre mille âmes.

Note 33

Baytré, Batriacum, lieu détruit, aujourd'hui remplacé par une rairie non loin de Batresse et dont les chartes partent depuis 923 isqu'en 11S9, Il était avoisiné par la Clouère ; — V. D. Fonteneau, rI, 185, 187.

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