LIVRE XLII
epuis l'avènement de Guillaume III dît Fier-a-Bras au duché d'Aquitaine, jusqu'à la mort de ce prince
(De 951 & 963)
algré la légitimité de son titre et le retour naturel de la dignité ducale dans la famille qui en avait joui la première, il fallait s'attendre envers le nouveau dignitaire à une opposition qui devait naître de certaines ambitions froisses et des mœurs militaires d'un temps où tout s'inter- 'élait à coups d'épées. Après une soumission qui n'avait is coûté aux peuples, désireux avant tout de la paix pour le-ïïïême, et ne la troublant jamais que malgré eux, on t surgir quelques mouvements de résistance qui comencérent par les membres de la famille de Toulouse. ne année se passa tout entière sans trop d'agitation, loiqu'on pût bien comprendre, à certaines menées plus î moins apparentes, que le calme ne serait pas de longue îrée. En efîet, des ordres venus du Languedoc furent abord portés en Auvergne, où Ton savait les esprits plus tachés à la maison de Raymond-Pons, et bientôt on s'y •ononça en faveur du maintien de la province aux mains 3 son jeune fils, â l'exclusion de tout autre. Le reste de
Premières difltari»
Les de c« rèp«,
Qâgïï€nï-àî l'Aquitaine méridionale ne tarda pas à suivre ce mouvemer
DtUi et le comte de Poitiers vit se lever contre lui la plupart d
seigneurs du pays. Mais, quelque porté qu'il fût à la pa
par le fond de son caractère et sa préférence pour 1
choses du gouvernement civil, son intelligence des affair
le trouva disposé à une énergie qui lui était naturelle da
les grandes occasions, et il n'hésita pas à défendre s
droits dans une cause qui devenait aussi celle de
descendance. On n'a que peu de détail sur les hostilit
qui commencèrent alors entre lui et ses vassaux du voi
nage. Ses succès y eurent des intermittences, et ce 1
après plusieurs mois que Louis d'Outre-Mer se décida
mettre fin à une révolte qui compromettait sa prop
autorité. Guillaume, suivi d'une nombreuse armée, occup
l'Auvergne lorsque le roi s'y achemina à la tête de fore
non moins considérables. Ce secours devait terminer
guerre, car la résistance du pays n'eût pu durer devant 1
efforts combinés des deux armées. Il fallut qu'an conti
temps inattendu vint déjouer ces habiles combinaisoi
Louis tomba malade lorsqu'à peine il avait franchi
Bourgogne quelques lieues du chemin qui le conduisai
Mont-Ferrant (1), où Guillaume avait commencé ses opé:
tions. Celui-ci apprit en même temps et cette maladie et
parti que le roi avait pris de revenir sur ses pas en voyj
combien le mal avait empiré en quelques heures. Rédui
lui seul, Guillaume ne se découragea point. Il continua
campagne quelques mois encore, et comme la révolte, \
nous ne savons quelles raisons, ne prit pas en Aquita
le caractère sérieux qu'il avait d'abord redouté, il parvii
pacifier le pays, s'en retira après avoir reçu Phommï
des seigneurs de la contrée, laissant aux autres le bénél
passager d'une résistance équivoque, et rapportant
Poitiers son titre de duc d'Aquitaine, qu'aucune act
décisive n'avait pu compromettre aux yeux de personne
d'où vient son C'est vers ce temps, et en îuillet 951, que Guillai
snroom de Guillaume x ' • ' x
Fur.àrBras. Tête-d'Etoupes et son fils Guillaume Fier-à-Bras enrichir
rabbaye de Saint-Jean-d'Angély de biens territoriaux m>. Tous deux semblent se faire ainsi une agréable diversion aux occupations de la guerre, et, d'ailleurs, c'était un soin que la guerre pouvait bien inspirer, puisque les deux princes fondaient en même temps des prières pour leur propre salut et celui de leurs parents défunts. C'est la première fois que nous voyons figurer ce fils aîné de Guillaume III qui doit lui succéder, et dont l'âge nous serait absolument inconnu si nous ne savions que son père, s'étant marié en 933, ce fils devait avoir en 951 dix-huit an?. Par là on s'explique aussi que ce surnom de Fier-â-Bras, Fera-Brachia, avait pu lui venir de ce que déjà le jeune homme avait fait ses preuves de bravoure, dérouté l'ennemi, probablement dans la dernière guerre d'Auvergne où il avait suivi son père. D'autres prétendent que, pourvu naturellement d'une force extraordinaire, il en avait donné maintes fois des preuves merveilleuses dans l'exercice de la chasse où il avait multiplié ses exploits contre les sangliers du Poitou et les ours des Pyrénées qu'il ne craignait pas d'attaquer corps à corps.
En octobre suivant, deux nobles personnages, Godemer ^SSfmtim^ et Ermangarde, sa femme, reçoivent de l'évêque de Limoges Ebles, toujours abbé de Saint-Maixent, un comptant de vignes, à condition que dans cinq ans, le plant qu'auront fait les donataires sera partagé entre eux et le donateur- Ces sortes de transactions ne sont pas à négliger dans l'histoire du temps, parce qu'elles nous donnent une idée exacte des habitudes de la culture et des occupations des champs. Au reste, une autre remarque ressort de ce fait en faveur d'Ebles, qui agit ici en véritable abbé ecclésiastique, traitant en conscience les intérêts de sa communauté, ce qui n'arrivait pas toujours aux abbés laïques. En effet, on a vu en 937, ce même Guillaume donner à un de ses amis des terres et des moulins appartenant à la trésorerie
(a) D. Fonteneau, t. X1U, jv. 47; — Besly, Comtes, p. 250.
v.n.'UMrjniLaLiuù
«■IxcDt ci île saint Ufcftl
-^fitc aWmialc île
de Saint- H il aire, lesquels, en réalité, appartenaient à so( frère, et dont il n'avait pas le droit de disposer M,
Cette même abbaye de Saint-Maixent avait alors poui prieur Odon, qui la gouvernait en l'absence de Tabhé L'histoire lui attribue une nouvelle translation dans sot église des reliques de sain*, Maixent et de saint Léger c'est-à-dire sans doute que leurs reliques placées depun plusieurs années dans l'église de Saint-Saturnin, en furen transportées dans l'abbatiale qu'Ebles venait de finir. Çk ne voit pas que révoque de Limoges ait assisté à eetto cérémonie, qui ne se faisait jamais sans une grand* solennité, et qui aurait dû l'attirer au monastère, d'autan plus que Louis d' Outre-Mer devait s*y trouver alors, g l'on en croit la Chronique de Maillerais (c'est-à-dire ék Saint- Maixent) y et D, Fonténeau, cité par l'auteur ai V Histoire des H ois et des Ducs d'Aquitaine <*>. Le prince en effet, devenu malade en Bourgogne, s'était fait porter t 'Saint-Maixent, où il pouvait compter sur une hospitalité amicale, et ignorant que sa présence y coïnciderait avec h grande fête dont il devait prendre sa part. C'est là sanf doute que, voyant son mal empirer si rapidement, et er redoutant les suites, il renonça à la campagne d'Aquitain» et se Ht conduire a Laon, ou il aimait mieux mourir che; lui, s'il le fallait.
Ces reliques, dont l'installation se fit alors dans ïi nouvelle église commencée à Saint-Maixent par l'abb* Ebles de Limoges, étaient celles qu'on avait rapportée; en 937 de l'exil imposé par les Normands. Une crypte leui avait été préparée où les deux patrons du monastère purçn reposer l'un auprès de l'autre dans Tespérance de tï] être plus troublées par les mêmes ennemis qui enfin 81 faisaient à des mœurs moins redoutables sous Pinspîratiot des idées chrétiennes- Mais il s'en fallait que ces pieuse!
(r/j D. Fonlcneau, \. \*. 115 et fft,
ib) Chrotiic. Santtî-MflZtnttf, m afin* 651 ; - La FoiUcueUe. \k WS-
possessions des moines fussent encore ce qu'elles avaient
été. Partout on s'était épris pour les restes des saints d'une
tendre vénération. Les communautés, les églises, érigées diJfffaof2d«iïS
bailleurs en plus grand nombre, s'étaient montrées dési- paruelifi*'
reuses d'en posséder, et des altérations plus ou moins
considérables en avaient été faites pour satisfaire à la
iévotion publique; si bien qu'après les stations diverses
en Auvergne, en Limousin, il ne restait plus au monastère
de Saint-Maixent que neuf onces des reliques de saint
Léger, comme l'attestait au Xe siècle l'inscription romane
dont on avait orné son tombeau (<o (2).
Saint-Maixent se trouva à cette époque relié à la ville de JE** * mii Melle par des relations inattendues qu'y créèrent deux nobles époux dont nous avons déjà parlé, Godemer et Ermangarde. C'est en cette ville, sur la Bôronne, et près du château construit par les Vicomtes pour servir de défense contre les Normands, qu'ils possédaient le terrain donné à complant au monastère pour en faire une rïgne. L'importance de la petite ville s'était accrue du produit de ses mines dont on avait repris le travail. Déjà aile avait ses deux églises de Saint-Hilaire et de Saint- Savinien, situées dans deux de ses faubourgs. A l'intérieur fut érigé, encore par les religieux, un oratoire de Saint- Pierre qui ne tarda pas à devenir une église à laquelle on joignit un prieuré sous le patronage de l'abbé de Saint- Maixent. Ce fut Ebles qui se chargea de cette fondation et s'y fit généreusement aider par le comte son frère. Celui-ci donna plus tard au monastère, en faisant de cette modeste chapelle une vaste église, une autre église à Pamproux (3), avec des moulins qui existent encore sur le ruisseau de ce aom, avec des terres voisines. Ces deux églises existent encore à Melle. Saint-Hilaire est devenu le siège du doyenné ou cure de canton ; Saint-Pierre en est la succursale et
(a) Babinet, Notice sur Saint-Maixent, p. 23, in-8°, 1832 ; — Cardinal Pitra, Hist. de Saint-Léger, p. 127.
HISTOIRE GÉNÉRALE DU POITOU (952l
Los Nivtïh »mh chas- *m défini liraient de la BreLtpn*!,
r^urrljrfKulings.
avait autrefois sur son territoire le prieuré de Saint-Thibaud, dont nous parlerons en son temps* Saint-Savinien n'a plu* que de belles et regrettables ruines dont la Révolution fit, en 1793, une prison qui n'a pas cessé de l'être (4).
En 952 arriva la mort de ce comte de Nantes, Alain Barbe-Torte, que nous avons vu délimiter, en 943, avec Guillaume Tête-d'Etoupes, les deux territoires de la Bretagne et du Poitou. De grands événements suivirent cette mort qui mirent en question la succession au trône de PArmorique, attirèrent les Normands vers Nantes, qu'ils assiégèrent et d'où il furent chassés, si bien qu'on ne les revit plus de ce côté de la Loire, où leur présence ne sera plus signalée que par quelques apparitions , aussi courtes qu'infructueuses. C'est une des phases de leur existence qui précéda de très près leur affiliation définitive à la grande famille française.
Mais un intéressant épisode, vint aussi dans le même temps signaler une heureuse résurrection de la vie humaine pour les confins de l'Anjou, limitrophes à notre province. Mabillon nous l'a raconté dans ses Annales Bénédictines, avec un charme que nous voudrions lui emprunter en ne négligeant aucuns détails de son récit to,
Donc, en cette année 952, le siège de Nantes, dont nous parlions plus haut, était commando par un chef Normand nommé Hastings, qui s'était fait dans le pays une réputation de bravoure et d'habileté déjà ancienne, et commençait alors à comprendre enfin quelques habitudes de la civilisation européenne. 11 était de ceux qui, las de tant de guerres, embarrassés d'avoir à traîner à leur suite, dans d'incessantes incursions, une foule de femmes et d'enfants qui s'augmentait toujours, réclamant une vie plus tranquille et une demeure stable, tendaient à se fixer sur quelques plages, dont la conquête lui assurât un établissement permanent et définitif (5).
(a) Annales Ord. bénédictines, ad ann. 952,
HISTOIRE GÉNÉRALE DU POITOU (952) S'w
Hastings était donc devant Nantes, où il devait bientôt se faire rembarquer pour n'y plus reparaître, lorsqu'on introduisit dans sa tente un religieux bénédictin, qui demandait à lui parler. C'était Gualon, un de ceux qui, chassés de Montglonne par la catastrophe de l'an 906, vivaient à Saint* Florent de Saumur, mieux abrités que jamais sous les remparts d'une ville fortifiée. Près de quarante ans s'étaient écoulés depuis leur fuite suivie de la ruine de leur monastère, et ils sentirent se réveiller en eux l'amour de leur berceau quand ils entendirent parler de la paix, dont jouissait depuis plusieurs années la solitude qu'ils regrettaient toujours. Gualon, qui appartenait à une famille considérable du pays, et dont l'intelligence semblait à ses frères une garantie de réussite, fut chargé d'aller reconnaître les lieux et de voir si l'on pouvait espérer d'y retourner. Le religieux n'avait pas hésité devant cette œuvre importante- Il s'y était acheminé, mais il n'y trouva que des ruines désertes, où un seul vieux moine, revenu après la dernière dispersion, avait repris possession d'un coin de cette demeure démantelée, et y vivait à peine de la chair de quelques bâtes fauves et de légumes cultivés de ses mains. Autour de lui, des pierres accumulées, encore noires des flammes de l'incendie; des arbustes épais qui semblaient s'y être glissés furtivement, et y croître à regret; des ronces couvrant les anciens , jardins de la riche abbaye, où les oiseaux ne venaient môme plus égayer quelques heures de Punique solitaire qui s'y était perdu.
Tel fut le spectacle qui s'offrit d'abord aux regards de m(Jj2SJr 3?gtou Gualon, lorsqu'il découvrit le cénobite, qui le reçut avec FlweDt dfl *"***• joie, et s'associa à ses efforts ; car Gualon, s'entourant d'ouvriers toujours prêts à de telles œuvres, n'hésita point à déblayer le terrain, et, quant il l'eut disposé â recevoir de nouvelles constructions, il prit la résolution d'invoquer, pour la reconstruction du monastère, l'appui de ceux-m£mes qui l'avaient détruit, et ne craignit pas d'aborder dans ce but le général Normand qui alors menaçait d'un nouveau pillage
la malheureuse capitale de l'Armorique* Ce trait seul peut faire juger que l'illustre chef ne combattait plus autant pour tuer et incendier, que pour s'asseoir solidement en quelque lieu où, comme Rollon, il trouvât le siège d'une riche principauté. Aussi Gualon, qui du reste s'était muni de présents, fut écouté et encouragé. Il reçut de Hastings la promesse qu'aucun obstacle ne serait apporté à son entreprise, et, pour l'assurer contre toute avanie venue de ses gens, Hastings lui donna un cornet d'ivoire^ dont il se servait, et auquel on reconnaîtrait qu'il fallait le respecter comme le chef lui-môme. L'heureux négociateur n'eut donc plus qu'à prévenir ses frères de Saumur.
Ce premier succès en présageait d'autres. On s'appliqua à relever les murs détruits, les populations revinrent se fixer autour de l'abbaye reconstruite, le culte de Dieu reprit de nouveau, et aux larmes et aux angoisses de sa dernière destruction, Saint-Florent de Montglonne vit encore succéder le silence religieux, l'harmonie des cloches, le travail des mains et de l'esprit, les saintes cérémonies et les louanges de Dieu.
jcprleîS*111141^1 Ma^s cette restauration de Montglonne ne rendit pas au nouvel établissement son ancien éclat. Il n'eut désormais qu'une importance secondaire, n'étant plus qu'un prieuré de Saumur, car les reliques de saint Florent ne lui furent rendues que plus de vingt ans après, et pour ne pas séparer ce fait intéressant de notre présent récit auquel il se rattache naturellement, nous allons anticiper sur l'année 973 où il devrait se terminer, et raconter par quelles singularités émouvantes elles revinrent en Anjou pour y être une autre cause de prospérité. Dans ce ^>ut, il nous faut remonter vers les premiers souvenirs de ce siècle } et revenir sur de curieux événements (6).
coamnnt i«s rdi- On se rappelle comment les religieux de Montglonne,
nues de Miet Flo-
r^inmnrtnnnma- fuyant avec ceux de Saint-Filbert de Déas, devant une
ru lui e do Saumon "
nouvelle invasion de l'Anjou et du pays d'Herbauges, s'étaient réfugiés ensemble à Tournus avec les restes de
saint Filbert et de saint Florent. On sait aussi que lorsque la colonie angevine avait cru devoir profiter d'une paix apparente pour regagner son pays, les moines de Tournus leur avaient refusé leur chère relique, et que ceux de Montglonne renonçant, bien malgré eux, à ce précieux dépôt, n'étaient revenus sur les rives de la Loire que pour chercher, dans la fondation d'une autre abbaye, un asile plus sûr en cas de nouvelles attaques. C'était le château de Saumur qu'ils avaient choisi, dans l'enceinte duquel un vaste terrain leur fut donné, et où bientôt le retour des reliques de saint Florent devait amener une prospérité qui fut l'origine de la ville même (<o.
Or, ce retour fut ménagé d'une façon assez singulière pour que l'histoire tienne à ne pas le laisser oublier. Le récit que nous en ont laissé les mémoires du temps nous offrent d'ailleurs des traits caractéristiques de l'esprit de foi qui vivait alors si profond dans toutes les âmes. Il faut donc nous reporter à l'an 923, quand les Hongrois apparurent en Aquitaine et que leur expulsion fut suivi d'un nouvel envahissement des environs par les Normands.
Il y avait alors à Montglonne un jeune novice qui avait ègffg^^ obtenu d'aller passer quelques jours dans sa famille résidant ^^ au Mans. Absalon était son nom. Doué d'autant d'intelligence que de piété, d'activité que d'esprit, il se disposait à rentrer dans la sainte maison, lorsqu'il apprit que ses frères venaient de l'abandonner, emportant le corps de leur saint patron. Il se décida alors à rester au Mans qui, jusque-là d'ailleurs, avait échappé aux ravages de l'ennemi. Il y était encore, lorsqu'un jour il fut instruit que les religieux de Montglonne s'étaient établis à Saumur, mais sans y rapporter le plus précieux de leurs trésors. Il en conçut un vif chagrin, et plein de sa douleur que le temps augmentait toujours, il résolut de rendre à son monastère le saint protecteur dont il lui semblait qu'une injustice l'avait privé,
(a) Historia sancti Florentis Salmulriani ; — Marchegay, Chronic. des Eglises £ Anjou, p. 231.
Aussitôt il se composa un rôle de ruse, de patience et de hardiesse dont le résultat devait prouver tôt ou tard à quoi peuvent conduire dans un cœur énergique, ia persévérance d'une-inflexible volonté.
Un jour donc il quitte le Mans et se dirige vers la Bourgogne revêtu de son costume religieux. A quelque distance de Tournus, il commence à réaliser le plan qu'il s'est fait. A le voir, c'est un infirme; il boîte, son corps est plié, ses mains sont contractées. Il vient sous ces fausses apparences frapper à la porte du monastère, Admis sur sa demande devant l'abbé qui l'interroge sur son nom, sa patrie et ce qu'il désire, le voyageur satisfait d'un air aisé à ces questions, n'évitant que de parler de son pays, et sollicitant la faveur d'être reçu à la vie commune du monastère pour s'y sanctifier et partager, selon ses forces, le travail de tous en s'instruisant de leurs vertus. L'abbé trouve là une aumône à faire, il l'accepte; l'étranger fait déjà partie de la famille, et les frères ne tardent pas à s'édifier de sa ferveur, de son humilité douce et serviable et de son assiduité a tous les exercices. Si on le plaint de ses infirmités, on ne l'en aime pas moins, et chacun prie pour sa guérison. Ces bonnes dispositions de la part de ses frères les portent quelquefois à lui demander comment ces infirmités lui sont venues. Il répond en toute sincérité qu'il n'est pas né ainsi, que cette maladie est toute accidentelle et qu'elle ne date que de son adolescence.
Son esprit, sa bonne humeur habituelle, l'intelligence qu'il montre des choses littéraires, portent les supérieurs à lui confier le soin des enfants et le gouvernement des écoles du monastère. Cet office, comme tous les autres qui lui furent donnés tour à tour, fut accepté sans observations, sans répugnance apparente, sans manifester aucune préfet rence pour quelque autre fonction que ce fût* Il était toujours prêt à tout, d'une humeur égale quelque service qu'on lui demandât. C'est ainsi qu'il fut successivement
irecteur du chant, bibliothécaire: it arriva enfin jusqu'à împloi de sacristain, et dans cette charge dont les soins ;aient si variés, mais qui le conduisait plus directement à m but, sa régularité ne fut pas moins exemplaire. Il n'y vait pas d'heure de nuit qui le trouvât jamais en retard, joutons que tant d'excellentes qualités ne pouvaient le isputer en lui qu'au zèle empressé qu'il ne cessait de lettre à se rendre agréable à toute la communauté.
Cette vie d'abnégation, d'attention à tous ses devoirs se éalisait autour d'une préoccupation unique, et durait depuis ingt-cinq ans, lorsqu'un jour il va trouver l'abbé et lui acônte que la nuit dernière il a rèvô que ses infirmités isparaîtraient s'il pouvait voir et toucher les corps saints ;ardés dans l'église, s'il s'en rapprochait souvent pour txsister auprès d'eux par ses prières. L'abbé se rend à ette pieuse pensée. Les châsses sont descendues de l'abri [u'elles occupaient au-dessus de l'autel. Âbsalon les conemple, les touche, chacun s'unit à ses prières, et aucun airacle ne se produit, et cependant l'ingénieux sacristain xaminait tout avec soin et déjà combinait ses mesures >our accomplir ses desseins. Mais, que de difficultés pour r parvenir! Lâchasse, selon l'usage, était entourée d'une chaîne de fer qui en défendait l'ouverture: il travailla dès ors à préparer des scies qui en pussent délier les anneaux * eut soin de n'y travailler de nuit qu'en dissimulant le >ruit par l'emploi d'un peu d'huile ou de suif. Ce travail ichevé, il s'était déjà assuré, par des intelligences avec le lehors, de cheveux factices, pour cacher sa tonsure, d'un rêtement laïque et d'un bâton de voyage.
Une grande fête de l'Ordre approchait: les offices y tirent plus longs et plus fatigants ; le repas du soir plus ïopieux et plus succulant que de coutume; circonstances jui devaient procurer au personnel de la maison un sommeil )lus profond et un meilleur repos. Ce fut cette nuit ju' Absalon avait résolu d'utiliser : il se lève à la dérobée, se rend à l'église dont il referme solidement toutes les
portes sur lui. Bientôt il est près de la châsse dont il détache la chaîne; il Pouvre, s'empare du coffre intérieur
qui contenait les reliques; il prend celles-ci avec respect el les enveloppe dans une peau de cerf. Heureux mais prudent, il sort avec précaution , chargé du fardeau qui lui avait coûté tant de longanimité, de patience et d'innocentes dissimulations. En un instant, il a changé d'habits, enjambé son cheval et le saint voleur dévore l'espace, fuyant à toute vitesse jusqu'au point du jour. Alors il abandonne son cheval et continue à pied une course pour laquelle il ne fallait plus être boîteux.
Laissons les moines de Tournus se lamenter à la découverte de la châsse restée vide et exprimer leur douleur par des larmes et des cris ; comprenons Pamère déconvenue du peuple de Tournus, quand il apprit cette nouvelle qui attira un concours immense au monastère. En vain on dépêcha de toutes parts à la recherche du fugitif.,. Après deux jours de marche, on le rencontra, on le vit, on ne le reconnut point, grâce, une fois, au soin qu'il prit de cacher ses reliques et de reprendre ses apparences d'estropié: car ceux qui le poursuivaient ne Pavaient jamais vu, n'appartenant pas à la communauté* Délivré de ce péril, Absalonqui a longtemps marché, arrive à travers la Touraine, aux bords de la Loire vers Saumur, ignorant ce qui s'y était passé, et ne sachant plus rien du couvent qu'il avait quitté depuis si longtemps. Là il choisit au milieu d'un épais massif de vieux arbres et sur un coteau qui dominait la rivière une grotte profonde, où il déposa sa relique à Pabri d'un silence et d'une obscurité qu'il cherchait pour lui-môme, résolu d'attendre pour en sortir un moment et des circonstances qu'il espérait de la bonté de Dieu. Il vivait ainsi solitaire, dans la méditation, la prière et la vénération du Bienheureux protecteur, lorsqu'un jour il apprit de quelques navigateurs de la Loire, que non loin de là, un certain nombre d'anciens habitants de la contrée^ avaient échappé aux Normands en se réfugiant dans les cavernes creusées à Doué même, et
HISTOIRE GÉNÉRALE DU POITOU i952) 273
iux environs, lorsqu'ils y demeuraient encore. Il y va, s'abouche avec ces bonnes gens, et apprend d*eux quo lans le pays vivaient trois personnages de marque, riches ît vertueux, qui apprendraient avec joie le stfjour si près l'eux du solitaire et de ses reliques. On se rencontre, on s'entretient du fait ; la foi de son auditoire enchante Absalon lui trouve ces trois seigneurs disposés à élever une église pour donner un plus digne asile aux restes du saint si longtemps aimé sur ces bords où Dieu permet qu'il revienne. Cependant, ce territoire appartient au comte de BJois, rhibaud-le-Tricheur, dont il fallait avoir l'agrément. On se rend près de lui, Absalon raconte son histoire dont le comte s'assure par des renseignements qu'il prend aussitôt à Tournus môme par un envoyé qui, sans trahir en rien le secret d'Absalon, y apprend que la fuite du moine et la disparition du saint corps ne sont que trop vrais. Thibaud se prête dès lors généreusement à la construction d'un monastère, en fait les frais et lui donne tout L'espace nécessaire à de vastes constructions dans son château de Saumur. Il y a plus : les trois seigneurs, Albert de Fourneaux, Renaud de Retz et Hélie de Lignac, prennent l'habit dans la nouvelle maison et lui apportent leur fortune* Cet Hélie, dont le nom n'est pas encore éteint en Touraine, en fut le premier abbé. Pour Absalon, qu'on désirait honorer de cette dignité, il ne voulut accepter que l'emploi de sacristain qui devait lui rappeler toute sa vie l'héroïsme de son long et si méritoire dévouement (7).
Ainsi fut reconstituée en 948, la centième année après sa fondation à Montglonne, cette abbaye de Saint-Florent que nous avons vu commencer au ive siècle par un simple ermitage du disciple de saint Martin, et qui, sous le même nom, après d'autres ruines et d'autres rétablissements, devait se perpétuer jusqu'à la fin du xvme siècle, où les puissances de l'enfer prévalurent pour un temps sur l'Eglise de France. Nous avons dû, pour raconter ces curieux détails de notre histoire, revenir quelque peu sur t. vi 18
le chemin que nous avions parcouru. Reprenons maintenant la série des événements qui intéressent le Poitou*
Mort de u*ji iv Rien ne s'y était passé de remarquable pendant un assez long espace de dix-huit mois, les troubles de la Bretagne et ceux de la France centrale nous ayant laissés dans un calme d'autant plus complet que le comte Guillaume prenait une moindre part à ce qui se passait hors de chez lui. Un fait historique le tira forcément de cette quiétude administrative quand il apprit la mort accidentelle du roi Louis d'Outre-Mer qui succomba le 10 septembre 954 à une chiite de cheval. Il n'avait que trente-quatre ans, dont dix-neui s'étaient passés dans les continuelles traverses d'un règne orageux, Ses infortunes avaient tenu bien plus à l'esprit de son temps, qui faisait des vassaux de la couronne autant d'antagonistes insolents et ambitieux, qu'à une incapacité dont on Ta calomnieusement accusé, car il était brave, intelligent, actif, et il eût surmonté les difficultés de son époque, s'il n'eût eu en tête, dans les plus puissants de ses sujets, des1 rivaux acharnés, des serviteurs hypocrites et des alliances sans loyauté. Ses fautes tinrent beaucoup de sa position toujours fausse, des déceptions qu'elle lui ménagea, et du mauvais calcul qui lui persuada, à l'égard de la Normandie par exemple, que puisque chacun cherchait à l'amoindrir* il ne devait pas lui répugner de sVgrandir aux dépens d'un voisin qui ne pouvait se défendre.
Son foi uihairt Le plus puissant de ses rivaux avait été le comte de Paris, cet Hugues-le-Grand que ses vertus rendaient moins digne de ce surnom que sa taille élancée qui le lui avait fait donner. Maître de la situation, et pouvant s'adjuger la couronne de France que Robert son grand-père avait portée, d'ardents amis l'y encourageaient ; mais avec ce froid raisonnement, préférable dans les grandes affaires à une passion irréfléchie, il jugea que le moment n'était pas venu de s'emparer d'une royauté qui lui eût sans doute été contestée par Othon de Germanie, beau-père de Louis IV.
11«*tiicréARrifn«T
y eût-il pas eu d'ailleurs quelque chose de trop odieux dépouiller à son profit des neveux qui devaient naturelment compter sur sa protection? Ajoutons, comme un npêchement de plus à toute entreprise de ce genre contre jeune prince, que Louis son père, prévoyant des obtacles sa succession, Pavait associé à son autorité royale en ►1 (a). Grâce donc à l'influence du duc, personne ne songea une opposition sérieuse envers le jeune Lothaire, fils de ouis IV. Celui-ci, né en 941, avait donc de treize à îatorze ans. Il fut bientôt après sacré à Reims, le J novembre, en présence du clergé et de toute la noblesse ^courus de la Bourgogne, de l'Aquitaine, de tous les ocèses du nord et du midi de la France, aussi bien que n roi Othon de Germanie, oncle du jeune roi par sa mère erberge qui était sa sœur w.
Soit que Guillaume de Poitiers prévît que le nouveau duc am^m n*ypa~ e France deviendrait un de ses antagonistes, soit qu'il crût tile de rester chez lui, quand il avait peut-être à craindre our son Duché, il ne se rendit pas au sacre du roi fe}« Son bsence y fut remarquée, et put servir kde prétexte au peu e sympathie qu'on lui témoigna dans la nouvelle cour.
Tout paraissait donc marcher selon les vœux de la Guillaume d«Poiimille royale. Les seigneurs voisins de Laon* qui était ** ?™ d'A^u^
* ° 7 * [tir Le nomeau roi-
)ujours la ville royale et du pays Rémois, qui en dépendait ussi, se réjouissaient de voir un roi qui ne songerait pas e sitôt à s'agrandir à leurs dépens, comme Hugues eût u le faire. Ce dernier pourtant ne perdait pas de vue ses itérêts et convoitait un don de joyeux avènement, qu'il ne raignit pas de demander. Fidèle à une vieille habitude qu'il 'était faite, et par cela même que Lothaire devenait souveain nominal de toutes les terres, dont les comtes et ducs l'étaient que les feudataires ; il commença par se faire
(a) Flodoard, Chronic, sub ann. 954.
(b) Chifflet, Hist. de V Abbaye de Tournus, p. 187.
(c) Besly, Comtes de Poict., p. 43.
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donner le duché de Bourgogne et celui d^Àquitaine, dépouillant par conséquent de cette dernière le comte de Poitou! qu'en avait légitimement nanti, et par une concession irrévocable, le roi père de celui qui l'en dépouillait.
Ainsi le duc de France s'établissait nettement le personnage le plus élevé et le plus puissant après le roi; c'était, comme le dit fort justement un de nos grands historiens, un lieutenant-général du royaume (4«
Guillaume Tête-d'Etoupes, demeuré chez lui pendant le sacre, ne tarda pas à savoir, par quelques seigneurs qui eu étaient revenus, la générosité royale faite à Hugues, et supporta difficilement une injustice qu'auraient dû lui épargner sa fidélité au dernier roi et les preuves de dévouement qu'il lui avaient données. Il dissimula avec sa prudence ordinaire, et résolut d'attendre quelques effets de cette petite révolution. Mais il ne négligea rien pour s'y opposer, s'il le fallait, par une ferme résistance. De toutes façons, il était dans son droit et il voulait en user.
Il serait curieux de savoir comment Guillaume se conduisit pendant une année presque entière qui s'écoula entre sa spoliation et les hostilités qui s'en suivirent, et quels rapports il conserva avec la cour. Quoique aucune charte parmi celles qui nous restent de ce temps, ne puisse nous dire s'il continua de prendre dans les actes publics le titre de duc d'Aquitaine, tout nous fait coire qu'il eu dut être ainsi, puisque dans sa pensée, ce titre devenu légitimement le sien, devait lui paraître inadmissible et incontestable devant ceux-là même qui s'en emparaient injustement, n défend ses droita. Quoi qu'il en fût, le moment arriva où il fallut sVxpliquer. Hugues voulait prendre possession de son duché d'Outre- Loire, et l'on apprit à Poitiers qu'il devait s'y présenter bientôt. En apparence, il s'agissait de faire connaître au roi et à la reine-mère qui devait Py accompagner, cette magnifique portion des pays de leur suzeraineté; en réalité,
{a) Daniel, Hist. de France t 11, p. 705.
'était pour le duc de France une occasion d'y recevoir, omme grand vassal, l'hommage et le serment des comtes t surtout de celui de Poitiers. Il croyait pouvoir y compter, 'autant plus qu'il n'ignorait pas l'opposition que la maison 'Auvergne avait soulevée contre Guillaume à l'occasion u duché en question. Guillaume, qui avait prudemment împorisé depuis' cette révolte, n'hésita plus alors à xécuter le plan qu'il avait conçu. Après avoir entouré 'oitiers de moyens de défense, il y laissa une forte arnison avec ordre de maintenir la ville dans son béissance contre toute attaque de l'extérieur. Puis il en ortit à la tête d'une nombreuse escorte, en grossissant ses angs de recrues considérables, prévenues d'avance et aqui ) rejoignirent aussitôt. Il était résolu de tenir la campagne t d'y harceler par des marches et contre-marches rennemi u'il redoutait, et auquel il comptait ainsi ne laisser aucune spérance de sa soumission. Pour un homme d'un naturel acifique et que la guerre n'avait jamais occupé longtemps, e plan était bien conçu et devait avoir le résultat qu'il en ttendait.
Hugues, de son coté, avait assez à faire de se garder en J E^pn» d« d* ehors d'une ville fermée, dans les conditions forcées d'une *•* rmée mal pourvue de vivres que l'ennemi lui coupait, et 'objets de campagne dont il avait cru inutile de se pourvoir, .e cas lui paraissait embarrassant dans un pays qu-il ne onnaissait pas, dont les Aquitains, au contraire, savaient 3s moindres détours, mettaient entre eux et lui rivières et trécipices, et apparaissaient à l'improviste pour frapper les •artis isolés, lancés partout à la recherche des subsistances a# levenues plus rares, parce que les paysans, ayant fui les * ermes, se réfugiaient autant que possible avec leurs denrées lans le camp du duc qui les accueillait comme autant de oldats. Hugues, à qui cette petite guerre n'apportait que des ja<tei de ti <kevers, voulut en finir et se décida à donner l'assaut â Poiiers, espérant trouver ainsi dans une vengeance éclatante ine compensation à ses pertes et un encouragement pour ses
fajse.
soldats. La ville fut donc resserrée dans le courant du mois d'août 955. Avec le peu d'engins dont pouvaient disposer les Francs, qui n'avaient . point prévu cette énergique résistance, on devait songer d'abord à la bloquer afin de la prendre par la famine. Cette mesure semblait devoir suffire, mais elle échoua devant les précautions qu'avait prises Guillaume, dont les magasins étaient abondamment pourvus.
deEF™Mœ!8 du doc ^u reste, les nombreux assauts soutenus par Poitiers depuis le milieu du IXe siècle, et les échecs qu'il avait éprouvés, avaient fait sentir le besoin d'en augmenter les fortifications, et d'opposer aux entreprises à venir des murs solides et des remparts inexpugnables. Et puis, deux rivières et des marécages la protégeaient de deux côtés. D'autre part, les deux communautés si renommées de Sainte-Radégonde et de Saint-Hilaire s'étaient entourées de murailles épaisses et de circonvallations derrière lesquelles on se croyait sûr d'un long repos. L'église Sainte-Radégonde était ceinte des mêmes précautions qui gardaient la basilique hilarienne reconstruite, et formaient avant-corps aux défenses non moins respectables de Sainte-Croix. En présence de ii usiège Poitiers, tenes difficultés, le siège traînait en longueur. Cependant les assiégeants, voulant se donner au moins le mérite de faire quelque œuvre qui préparât le reste, tournèrent leurs efforts contre le faubourg et le fort avancé de Sainte- Radégonde, qu'ils parvinrent à incendier. Un nouvel assaut devait suivre cet exploit contre la ville qui tenait toujours, lorsque la main de Dieu vint décidément à son secours.
fauYbou€?d3°5magc lM depuis que Poitiers s'était vu menacé, les habitants n'avaient
cessé d'invoquer saint Hilaire, qu'ils regardaient comme
leur protecteur naturel. Ils redoublèrent d'instances quand
ils virent le fort de Sainte-Radégonde emporté et détruit.
Et se retire sans C'était le moment que Dieu avait choisi pour exaucer tant
avoir pu prendre la,„ . . . ~ . , . . ,
viuc. de ferventes supplications. Quand on s y attendait le moins,
un vent violent s'éleva sur le camp des Français, mêlé de tonnerre et de pluies furieuses. La foudre tomba sur la
snte du général ; elle fut fendue dans toute sa hauteur, suleversée avec tout ce qu'elle contenait, si bien que [ugues et ses officiers, pris d'une terreur panique, s'éloiaèrent à la hâte, et le camp tout entier les suivit en ésordre. Hugues, peu contrarié d'avoir ce prétexte de Sb étirer, ne revint à lui que pour rallier son monde et lever > siège sans plus tarder (8).
Guillaume, dont la tactique avait évité avec soin les ™u. rands engagements, et qui n'était pas éloigné de Poitiers, vait su très promptement cette retraite que le roi d'ailleurs l'avait pas attendue pour retourner à Laon avec sa mère. Jette circonstance laissait plus de liberté au comte; il crut levoir poursuivre les fuyards, qup l'assurance de leur chef te protégeait plus. Au lieu de rentrer à Poitiers pour s'y éjouir en commun du salut de la ville, et y goûter le repos iprès le triomphe dû à son habileté, il céda à sa première nspiration en marchant sur les traces de l'armée disparue. )ans sa pensée, ces gens découragés, abattus par les >rivations de deux mois, épuisés par la faim et la maladie, îe seraient pas en force pour résister à une attaque nattendue. Il s'aventura donc à leur poursuite, comptant eur faire payer cher l'invasion et les souffrances de son )ays. Mais Hugues, prévenu de ce mouvement, ne l'attendit )as, il rebroussa chemin ; lorsqu'il avait déjà repassé la Loire, et arrivé prés de Bourgueil (9), en rase campagne où J pouvait développer ses forces bien supérieures à celles Je son adversaire, il accepta le combat que celui-ci avait 'imprudence de lui offrir. En général, les Aquitains brilaient peu dans les batailles rangées, leurs fastes militaires ne mentionnent aucune affaire importante où ils l'eussent 3mporté. Une fois de plus, et il faut le dire, en des conditions issez défavorables, ils trompèrent les espérances de leur général. L'affaire fut longue et sanglante. Les nôtres furent Et essaie ™e ta
,. i n . ^ , . hite ca Taotiiiie,
complètement défaits. Beaucoup de seigneurs aquitains y trouvèrent la mort, un grand nombre resta prisonnier. Ce ne fut qu'avec une très petite escorte que Guillaume
rentra dans sa ville aussi attristée de cet échec qu'elle avait été heureuse de sa délivrance H.
ii s'affermit cepen- Quel que fût celui des deux princes qui resta duc
daat en Aquitaine. ^ r u
d'Aquitaine après le conflit, il est certain que Guillaume, demeuré sur les lieux, en conserva aux yeux de son pays le titre et Pautorité. Quant au duc de France, il ne dut pas regarder ce qui s'était passé comme une confirmation de son titre, et d'ailleurs il n'en eut pas joui longtemps, étant mort le 16 juin de Tannée suivante 956, à Dourdan, ville de sa domination (10). Cette mort délivra la reine-mére et le jeune roi d'un tuteur embarrassant qui tenait à régner en dehors du trône, à s'agrandir aux dépens des domaines les plus enviables, comme il avait voulu faire de l'Aquitaine. Guillaume lui-même, vis-à-vis de ce compétiteur, ne se sentait plus sûr de sa couronne ducale. Déjà il s'était rapproché des Auvergnats dans les courses qui avaient suivi sa sortie de Poitiers et les avait disposés sans beaucoup d'efforts à une paix dont la première condition était de le reconnaître. Après la petite guerre qui venait de finir si malheureusement pour lui, il se hâta de retourner à Auriliac et à ClermonUfr). Il y trouva l'esprit public d'autant plus affermi dans un retour sincère et décide, qu'une sorte de patriotisme, toujours vivant chez les grands du pays, les éloignait de toute suzeraineté carlovingicnne. Le comte de Poitiers l'emporta donc cette fois presque sans efforts. Dès lors, il conserva tous ses droits et put se tenir certain que désormais personne ne tenterait de lui enlever une position dans laquelle on devrait voir à Paris qu'il était appuyé par un grand peuple <<?>. premier* appari- Tout n'était pas fini cependant, Hugues-lc-Grand avait -soûSST' laissé un fils aîné âgé de seize ans, confié par lui, eu mourant, au duc de Normandie Richard Ier, et qui héritait
fa) Cf. fMBtfcVilA-Jfof. vormamh, HbYIl; — Ibid, lib. ï; Cotkctm Guizot, L XXV, p, 158, t. XXVII, p. 128 et suïv. (b) D. Bouquin, HisL gall. et franc ,, ad ann., 055t {c) Flodoard, ami, D5G*
des domaines de son père, possesseur à la fois du duché
de France, du comté d'Orléans et de trois ou quatre riches abbayes. Cette position était relevée de grands avantages physiques et d'un caractère égal, franc et ouvert qui devait le faire aimer autant que son père avait été craint. La cour de Lothaire trouva en lui des dispositions natives qui lui valurent d'abord les égards de tous. Le rcii lui-même et sa mère sentirent que, se trouvant débarrassés des bizarreries impérieuses que Hugues-le-Grand leur avait imposées, Hugues-Capet, ainsi surnommé de sa forte tête (capetuê ou capito) (ti), se ferait des titres à des ménagements et à des faveurs. De son coté, le jeune duc comprenait déjà très bien qu'on lui multiplierait au besoin toutes les condescendances ; mais, en réalité, il sut les mériter par son zèle pour le bien et son affabilité qui lui gagnèrent de nombreux et dévoués partisans. Lothaire lui accorda une si grande confiance que, nonobstant sa jeunesse, il en fit comme son premier ministre. Hugues donc, mais appuyé sans doute de quelque conseiller resté inconnu, conduisait les affaires avec une grande aptitude; il fut honoré d'autant plus par les courtisans eux-mêmes, qu'il se les attachait par la douceur de ses relations et la modestie qu'il observait à leur égard. Enfin, si nous ajoutons que par son père, sa mère et les alliances secondaires nées de cette parenté, il tenait par le sang à la race des rois carlovïngiens, remontant par une filiation suivie jusqu'à Charles- Martel G*;, on sera peu étonné que tout semblât lui sourire, que son importance dépassât beaucoup celle même de la famille royale, dont tout le prestige venait de lui, et qu'ainsi, après quelques années, se préparassent pour lui et pour sa maison les grandes et glorieuses destinées auxquelles nous les verrons arriver ift.
(a) Cf. Daniel, III, 5 et $\ — Mézcrai, 11, 32 — Art de vérifier k& ÙQtn, V, 512, où se trouve le tableau généalogique dressé par D, Merle, béuèditiiiu historiographe 'le la Bourgogne.
(h\ Art de vérifier ie$ Dates, V, -U>2; IX, aie.
ti se fait donner le Avec de telles qualités, et entouré de telles circonstances, ucbédAqmuine. ^n prince ne peut manquer d'écouter des pensées d'ambition, et accoutumé à entendre dire autour de lui dès son enfance que son père était duc d'Aquitaine, il ne put manquer de croire à la légitimité de ce titre pour lui-même, et, afin d'en être plus sûr, il demanda à Lothaire de la confirmer. Celui-ci, plein encore des angoisses que le duc Guillaume lui avait causées devant Poitiers, et mécontent de le voir garder une qualification que le roi lui refusait, n'hésita pas à donner à son favori cette satisfaction. u MaUA'cn a que ie Hugues reçut donc l'investiture de l'Aquitaine. Mais cet avantage n'offusqua pas beaucoup le comte de Poitiers, qui pouvait défendre ses droits contre un jeune homme à peine capable de les lui contester par les armes, et qui savait bien que Lothaire avait autre chose à faire que de rapporter la guerre en Poitou. Le Poitou et l'Aquitaine tout entière furent donc sous le sceptre de Guillaume III, comme si rien n'eût jamais troublé sa légitime possession. Bws*JiuTeeAFdaede Nous avons vu Guillaume épouser en 933 une sœur du Normandie. ^uc ^Q Normandie Guillaume Longue-Epée. De ce mariage
était né un fils dont nous avons déjà parlé ; autre Guillaume, doué paraît-il d'une force physique très remarquable, qui lui avait fait donner le surnom de Fier-à-Bras. Ce dernier, dit-on, avait atteint en 957 sa 24e année, et son père ne trouva pas d'alliance plus convenable à lui donner que celle de cette famille déjà puissamment établie de Thibaut Ier, comte • de Blois et de Chartres, dont les domaines avoisinaient presque le Poitou, n'en étant séparés que par la Touraine. Un mariage fut donc célébré en 957, entre le jeune héritier du Poitou et Emme de Blois, fille de Thibaut. C'était un lien de plus entre les maisons de Blois et de Normandie. Les fêtes données à cette occasion attirèrent à Poitiers une grande partie de la noblesse des provinces adjacentes. On ne dit pas que le duc de Franco y ait paru (a). Ce qui est
(a) Besly, I. p. 84.
certain, c'est que personne de ceux qui y vinrent, ne parut reconnaître d'autre duc d'Aquitaine que celui qui comptait bien l'être toujours.
Quelques actes de cette année 957 mentionnent certaines , ucam&daPoium
* dont Guillaume 111
localités, dont il faut parler pour compléter autant que JaEw de^stiStSu possible la nomenclature géographique à laquelle nous Uire* devons nous intéresser, autant que ces lieux peuvent être reconnus aujourd'hui. Il s'agit surtout de vigueries jusqu'à présent rarement indiquées dans cette histoire, et que nous ne voulons pas négliger quand l'occasion se présente de les tirer de l'oubli. Parmi ces vigueries est celle de Braie (a), que nous savons située à l'extrémité nord du Poitou et près de Richelieu qui en était alors. Dans cette circonscription se trouve une villa de Brigueil, Brigolii. Elle dépendait de la seigneurie de Pouant en Loudunais, dans laquelle Guillaume III donne à un prêtre [de Saint-Hilaire, nommé Girorgius, un quarteron (12) de terre avec une maison et ses dépendances, moyennant une redevance de dix sous annuels <*). Une autre fois, c'est un autre bail à cinq sous de cens, donnant à Vebert et à ses successeurs quelques terres et moulins attachés à la trésorerie de Saint-Hilaire, et situés au' village de Gier (Gyppiaco), aujourd'hui dans la commune de Marigny-Chemeraud<c). C'était là une double opération que le comte -abbé n'hésitait pas à se permettre, mais qui n'en appauvrissait pas moins, avec beaucoup d'autres, la trésorerie du monastère, laquelle, en fait, appartenait à son frère, légitimement nanti d'un bénéfice ecclésiastique, par un droit régulier que Guillaume ne pouvait avoir. — Un autre acte enfin constatait en 958, une nouvelle donation faite à Saint-Cyprien, dans un lieu nommé Armenteria, qu'on ne connaît plus, mais qui était alors
(a) V. sur cetlo vigacrie, ci-dessus, t. V, p. 9, 224, 227 et suiv. ; 329.
(b) Besly, Comtes, p. 253.
(c) D. Fonteneau, X, 121, 124; — Chartrier de Saint-Hilaire, 1, 31 et 75; — sur Marigny-Chemeraud, voir ci-dessus, I. V, p. 388 et 422.
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contigû au village de Souvolcl dans la viguerie de Vivonne et de la communs actuelle de Marçay (13), de la châtellenie duquel il relevait <<u.
i/ne de iiameiiis Un endroit bien plus important par son histoire est Pile
à cette époque. r r r
de Maillezais, qui nous apparaît à cette date sortant d^un silence et d'une obscurité qui nous l'avaient fait oublier depuis le 'naufrage de saint Pientc*). Les comtes de Poitiers ne l'avaient pas négligée depuis 881, année fatale où les brigands du nord y avaient massacré la paisible population de ses colliberts. Un fort y avait été élevé peu après avec une enceinte de murs capable de recevoir et de couvrir les habitants en cas de nouvelles attaques M , et le double attrait de la pèche et de la chasse, joint à une plus grande sécurité, en avait fait pour les souverains de la province un lieu de plaisir où ils amenaient souvent leurs amis à des fêtes enviées. Ce fut là que Guillaume Fier-à-Bras voulut chercher avec sa jeune femme, peu après son mariage, une solitude qui fit une paisible diversion au bruit et aux émotions de la cour de Poitiers ; car, sans se priver des fortifications devenues la sauvegarde de l'île, les maîtres du lieu avaient su l'embellir de tous les agréments d'une maison de plaisances. Ainsi s'était animée la vaste foret qui couvrait une grande partie du paysT et qu'entrecoupaient des marais que la mer entretenait encore, et dont le sel et les pèches abondantes étaient pour leurs propriétaires une source de riche exploitation, Mais le principal avantage fut dans un oratoire somptueux que Guillaume III éleva au voisinage du palais. La piété de ces temps de foi faisait apprécier à leur véritable valeur les choses du culte. On aimait surtout le Sacrifice journalier de la Victime
(«) CartttL dt Saint-Cyprien, I, 256.
{b) V. ci-dessus, t. I, p. 476.
{*) Pclrus, De antiquitate et commututione Imulœ Mallette , a[iud Lahbc, Biblivtheca nov. H$.t II, 223.
(d) 1/abbé Lacune, Hht. de Maillezaà, p. ï.
Eucharistique, et Ton ne se passait pas volontiers d'y assister. Aussi voyait -on toujours dans les maisons princières quelques évêques et un certain nombre de religieux qui suivaient le prince dans ses voyages et y entretenaient le service divin. Ainsi Maillezais commença dès l'origine de la dynastie de nos comtes à les voir entourés des solennités religieuses, et l'oratoire, consacré à Saint-Nicolas par notre premier duc d'Aquitaine, devait arriver bientôt aux superbes conditions d'une splendide abbaye.
Fier-à-Bras se reposait un jour d'une partie de chasse à ro^ew^iW Maillezais, dans le palais de son père, lorsqu'on vint lui miûn* apprendre qu'un parti de Normands venait de débarquer sur la pointe orientiale de l'île. Il ne fallait pas songer à leur résister, étant sans troupes et ayant là une jeune femme plus embarrassante qu'utile en pareille circonstance. On se hâta donc de retourner à Poitiers. Il semble d'après ce fait que les barbares qu'on ne revoyait plus depuis quelques années dans nos pays, mais qui connaissaient bien Maillezais pour y avoir déjà fait beaucoup de mal, tentaient alors de s'y établir comme ils le faisaient ailleurs pour s'y créer un lieu de repos. Il est vrai, qu'ils auraient eu peu à prendre sur un littoral que les colliberis habitaient encore avec leur pauvreté proverbiale. Ils avaient peut-être aussi très peu soupçonné que l'île eût reçu un système de défense que la vue de ses fortifications leur fit juger assez respectable pour désespérer de s'y maintenir, et ils disparurent bientôt sans laisser plus de traces de cette expédition sur le terrain que dans l'histoire.
C'est vers ce temps, sans qu'on en sache Tannée précise, u mer « nains dtf mais certainement sous le règne de Tête-d'Etoupes, que cette même île de Maillezais éprouva dans sa constitution territoriale une révolution mémorable qui en changea à la fois la forme et la nature. Les marais du bas Poitou furent tout à coup desséchés par un retrait de la mer tel qu'on l'avait pu observer à Niort vers le milieu du vne siècle* Quelle que
fût la cause de ce phénomène, dû peut-être à une éruption volcanique souterraine, les eaux de la mer, en disparaissant, créèrent un nouveau continent auquel Plie se trouva unie de toutes parts, excepté du côté où un bras de PAutise continua de l'en séparer (*).
Entrons maintenant dans quelques particularités qui méritent notre attention comme détails du grand tableau de Phistoire.
co^c&Ma^t! Un certain Bégon, dont on ne sait ni Porigine ni la fin, GÏiiu^m!ccomle mais un de ceux qu'on appelait alors les fidèles du prince, profitait en ce temps-là de Pamitié tant soit peu aveugle du comte de Poitiers, dont il recevait beaucoup, et à qui il hésitait d'autant moins à demander davantage. Il avait reçu entre autres preuves de sa munificence un bois de Saint- Germier, depuis longtemps disparu aujourd'hui, et une église de ce vocable (14). Or, cette église et ce bois avaient été soustraits par le donateur à Pabbaye qui s'était laissé dépouiller sans mot dire, mais qui enfin crut devoir réclamer, quand on s'y aperçut qu'il fallait, outre la perte de la propriété, souffrir beaucoup trop des caprices du nouveau propriétaire. Celui-ci, en effet, se comportait moins en maître qu'en adversaire. Entouré de toutes parts des vastes forêts de l'abbaye, il agissait comme si elles lui eussent appartenu ; sous prétexte de les inspecter, il y • maltraitait durement les hommes du monastère, laissait tomber en ruines l'église qu'il s'était chargé d'entretenir, sans négliger toutefois d'y toucher les dîmes et autres revenus du bénéfice. Ces exactions étaient depuis longtemps l'objet de plaintes sérieuses de la part de Pévêque de Limoges qui, en qualité d'Abbé, avait le devoir de s'y opposer. Après un dernier entretien avec Bégon, il fut convenu que le prince serait pris pour arbitre , lequel, reconnaissant avec eux que le meilleur moyen serait de remettre les choses dans leur premier état, décida que les
(a) Pctrus Malleac, ub sup. p. 225.
domaines rentreraient dans la possession des moines qui, en retour, s'obligeaient de payer à Bégon et aux siens une somme annuelle de cinq sous. De plus, la négligence à payer cette somme devait obliger à la payer double après la première infraction (a). Il résultait d'un tel accord que les moines n'y gagnaient rien, sinon d'avoir chez eux un tyran de moins à subir et à payer pour rentrer dans la libre possession d'un bien qu'on leur avait ravi d'abord très injustement. C'est le commencement d'un système dont nous reverrons souvent la mise en jeu. La féodalité peuple déjà la France, qui va prendre une nouvelle forme, de multiples seigneurs qui mettront volontiers la main sur les terres des communautés, et finiront toujours, après des procès interminables dont les moines paieront les frais énormes, par rester maîtres de rapines justement condamnées, ou ne restitueront qu'en grevant leurs victimes de redevances onéreuses. Et encore faudra-t-il qu'elles ajoutent au perdu les revenus dont elles étaient privées depuis si longtemps.
Plusieurs remarques naissent pour nous du texte de cet &«ninp« mr u
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