acte, que les parties avaient également désiré de voir jjggfaftpfAgfr
confirmer par la signature du comte de Poitou. D'abord,
ce dernier y prend en protocole le titre de duc tf Aquitaine
par la clémence divine. Ces termes sont très significatifs :
ils nous montrent la parfaite indépendance où vit Guillaume *
de toute autorité supérieure à la sienne. Il s'est donc
arrangé d'une façon ou de l'autre avec Lothaire qui a
renoncé à ses prétentions sur le Poitou, et lui Guillaume
se montre aussi bon vassal que possible, car sa signature
et les dix-sept autres qui corroborent celle de Bégon, sont
suivies de la mention habituelle du roi régnant, laquelle
n'y peut figurer qu'avec l'agrément du comte : « Donné au
mois de juin, la cinquième année du règne de Lothaire,
heureusement régnant au nom de Dieu ». Ces deux lignes
(a) V. le texte de cette charte dans Besly, Comtes de Poitiers, p. 254 ; et Cartulaire de Saint-Maixent, 1, 32.
nous valent doux pages dVistoire que les chroniqueurs n'ont pas pria la peine do nous donner. u ransiuotion du Le grand nombre de signataires que nous trouvons ici
comte de PoUoo 1 ° .
Mitonne. Gt qU; se multiplieront moins dans les actes ordinaires,
semble prouver que le comte avait voulu juger ce différend ou plutôt cet accord, en lui donnant une certaine solennité. Nous y voyons assister, outre PévÊque Ebles, et Bégon lui-même, les deux viguiers de Poitiers, Raynaud et Emenon, un Isembert, sans doute de la famille de Châtel- AiHon, dont un parent occupera vers le milieu du xie siècle le siège épiscopal de Poitiers. Enfin les quatre vicomtes du Poitou, c'est-à-dire de Melle, d'Aunay, de Châtellerauft eî de Thouars, dont nous avons maintenant à dire quelques mots dans Tordre que nous leur assignons ici et qui est celui de leurs signatures, viwmtf de Mdie. Nous avons dit en 906 l'origine des vicomtes de Melle, et depuis lors ces seigneurs peu connus, n'ont guère apparu de temps à autre, que par leurs seings dans quelques actes authentiques des comtes de Poitiers, où ils figuraient comme assesseurs ou témoins. Au reste, cette vicomte a cela de particulier que, par une raison peu connue, elle a disparu la première dans notre pays. Il est probable que cette vicomte, dont le titre s'efface à partir de cette année 939, dut son extinction à l'extension donnée alors à celle d'Aunay, dont la proximité supposait une action plus facile et plus prompte sur cette partie du bas- Poitou.
Les vicomtes de Melle, quand les Maingot et autres avaient a peu près disparu, apparaissent encore parfois sans autres mentions de leur personnalité que leur simple nom, apposé très rarement au bas de quelques actes de vente. Le dernier fut un Guillaume, qui possédait son litre en 959, et dont la vie n'est pas plus connue que l'époque de sa mort. Après lui, on ne parle plus d'aucun de ses successeurs, ce qui donne à croire que cette dignité fut abolie vers ce temps. Il est vrai que Dufour et La Fontenelle»
qui n'a fait que le copier, prétendirent tirer une preuve que les <<o vicomtes de Melle existaient toujours, au xine siècle, d'une statue équestre du xne, encore remarquée de leur temps sur le tympan de la porte principale de Péglisc Saint-Hilaire de cette ville. Cette statue, disent-ils, était une représentation du vicomte fondateur du monument. Il est dommage, que cette thèso très mal à propos adoptée par d'autres archéologues, soit une erreur aujourd'hui abandonnée, et que le cavalier en question ait été regardé depuis longtemps comme un symbole de l'église triomphante, renversant à ses pieds l'hérésie vaincue et désarmée <*). Il est donc certain que, à partir de cette date de 959, les Maingot ne sont plus cités comme vicomtes de Melle. On ne trouve plus à la suite de leur nom que le titre d'homme très illustre, vir ittustrissimus, qui ne s'appliquait en ce temps qu'aux gens d'une haute noblesse, et qui n'avaient point de titre baronial.
Nous voyons encore en ce même temps, un prêtre Jean, habitant de Melle, ou de Saint-Jean-d'Angély, donner à l'abbaye de cette dernière ville quelques héritages qu'il possédait dans le faubourg du château. Ce faubourg suppose encore une ville, et le château laisse croire à une situation qui ne manquait pas d'un certain prestige. Cet acte est de 9G0.
On pourrait supposer aussi que si l'administration vicomtale parut cesser vers cette époque à Melle, les vicomtes et leur famille continuèrent d'y habiter, et sans doute avaient pour palais le château dont nous venons de parler. Car, en cette même année 960, une dame riche de la petite ville fit a l'abbaye de Saint-Maixent une grosse générosité qui semble princière. Elle se nommait Eldis , ce qui ne la fait reconnaître ni pour l'épouse ni pour la veuve d'aucun personnage connu de nous. On juge néanmoins de sa richesso, aussi
(a) La Fontcnelle, Rois et Ducs d'Aquitaine, p. 506; — Dufour, Ms., mihi,
(b) Voir à la fia de ce volume la Dissertation sur ce sujet.
bien que des objets les plus appréciés de ce temps, en lui voyant énumérer les soixante-quatre livres (15) de marais salants, les onze chevaux avec deux poulains, et enfin les soixante- trois porcs qu'elle abandonne à la communauté. Ajoutons-y les droits ou redevances sur le pain et le vin, qui lui appartenaient dans la ville de Melle, et nous avons aussi bien une idée de l'élevage des bestiaux à cette époque et de la manière dont on se pourvoyait alors des aliments essentiels, lesquels semblent s'être vendus chaque jour en public et avoir été soumis à une espèce de taxe.
On ne dit pas quelle influence cette décroissance de juridiction eut pour les institutions de la petite ville de Melle. Nous ne savons ce que devint son atelier monétaire, les produits de ce temps en étant fort rares , sinon entièrement inconnus. Nous avons vu que l'édit de Piste, donné par Charles le Chauve en 840, l'avait un peu relevée du dommage que venaient de lui causer les Normands ; mais les mines ne tardèrent pas à s*épuiser, et les monnayeurs en disparurent entièrement au xie siècle, au profit de l'atelier de Niort. C'est vers le rrfême temps que les rois de France s'adjugèrent la petite cité pour en faire un de leurs fiefs particuliers dont les destinées ultérieures n'eurent plus de valeur historique qu'à l'époque où le protestantisme acheva sa ruine avec celle de ses vieilles traditions, vtatë d'ÀMay. Nous savons, d'après ce qui précède, qu'Aunay n'eut de vicomtes qu'à partir du commencement de ce xe siècle, où un Maingot initie leur série, aussi obscure qu'incomplète. A celui-ci avait succédé, vers 919, son fils Cadelon, et on le trouve encore en 936 (<*). En 959, au plus tard, on voit Cadelon, deuxième du nom, nommé comme successeur de son père. Celui-ci vécut très longtemps, car il est mentionné en des diplômes de 990, et jusqu'en 1004 (*). Ces dates sont celles de quelques donations faites par eux et leurs femmes,
{a) Besly, Comtes de Poict., p. 221, 222; — Gallia christ., Il, col. 1247. (b) Besly, Comtes de Poiet., p. 279 et 354.
d'origines inconnues , à Saint-Cyprien et à Saint-Maixent. Cette filiation se continue par des Cadelon et des Guillaume, dont le nom devient plus fréquent que jamais depuis l'avènement de nos comtes jusqu'en 1193, longtemps, par conséquent, après la réunion du Poitou à la couronne. Mais jusque-là leur action sera peu apparente dans l'histoire, parce que leur vicomte s'effacera à mesure que les villes voisines de la Rochelle et de Rochefort agrandiront leur commerce et leur action maritime.
Le vicomte de Châtellerault, dont le nom figure au bas J^,é 4e m* de la charte de 959, signe Adraldi, synonime d'Airaldi, Airault. C'est le premier de ceux qui ont porté ce nom et qui gouvernait déjà en 936. C'est lui qui fit construire, au bord de la Vienne, le château auquel il joignit un pont qui réunit les deux portions de la ville, autour duquel elle s* est formée, et qui fut remplacé de 1565 à 1609 par celui dont la ville jouit encore (a). Les limites de ce château s'étendaient fort loin, puisque c'est dans son enceinte que ce même Airault construisit l'église aujourd'hui paroissiale de Saint- Romain, xlont nous avons déjà parlé (*). Nous avons vu aussi qu'il posséda le premier la seigneurie à titre hérédiditaire. Ses successeurs firent, à son exemple, beaucoup de bien aux églises et aux communautés, soit de Poitiers, soit de leur propre territoire <o. C'était un moysn d^ faire fleurir les travaux utiles, de civiliser les campagnes et d'entretenir des écoles à des distances rapprochées. Nous retrouverons sur la route des siècles ces vicomtes à qui la position de leur domaine, leurs alliances et leurs fréquentes relations avec les comtes de Poitiers donnèrent un rôle considérable. Mais leur généalogie, tout en se perpétuant jusqu'à la fin du xme siècle, à travers des obscurités quelquefois fort épaisses, s'est brisée et interrompue
(a) D. Fonteneau, XI], 645.
(bi Ci-dessus, ad ann. 889, t. IV, p. 409, 435.
(c) Lalanne, Histoire de Châtellerault, 1, 153 et suiv.
depuis cette époque, autant par la faute des généalogistes que par suite des troubles qui avaient déjà depuis longtemps dispersé les archives de notre pays.
Etu de ta Tiamu* A Thouars la vicomte était en 959, aux mains d^er-
épogroT1" ' bertlajp : on ignore les liens do parenté avec Arnould, dont nous avons parlé en 890. Avant lui, quatre vicomtes s'étaient suivis sur la liste de ces dignitaires, et à leur suite, commence la série des Savary et autres noms propres à la famille, les Hugues, les Geoffroi, les Aimery et les Guillaume* Mais la disette des titres, et peut-être aussi les ténébreuses dissertations des généalogistes, ont semé ces commencements de tant d'incertitudes, que nous ne pouvons savoir nettement si des liens de parenté existèrent entre Savary I*r et ses prédécesseurs (16). Après lui, il en est autrement. On peut reconnaître la succession très directe des vicomtes, dans plusieurs chartes où ils acquièrent, vendent ou donnent, selon les usages du temps, soit à des particuliers, soit à des établissements religieux. Ainsi Aimery 1er, vers 933(17), d'accord avec sa femmû Aremburge, donne à Saint-Cyprien des vignes et autres terres situées à une quinte do Poitiers, au village de Chavigné (18). Puis viennent un Savary I*r et un Savary II son fils, et un Aimery II, auquel succéda son fils Herbert Ier qui vécut au plus jusqu'en 978, car en janvier de cette année, sa veuve Aldéàrde d^Àunay fait une fondation pour le repos de Pûme de son mari. Nous aurons à revenir sur l'histoire de ces deux époux. Fuffitopiiiiwd* C'est vers Tannée 960, où nous voici arrivés, que corn-
iffioSt *" mence à se répandre la fausse opinion de la fin du monde, à laquelle beaucoup ne pensaient déjà qu'avec terreur, dans la persuasion qu'elle devait arriver Tan 1000 de Père chrétienne. Cette idée bizarre avait son origine dans celle des millénaires qui, se fondant, dès les premières années du christianisme, sur une interprétation erronée des prophètes, et prenant à la lettre des détails de leurs prédictions qui n'avaient qu'un sens figuré, avaient cru qu'après avoir
régné sur la terre un espace de mille ans, le Sauveur disparaîtrait de ce monde pour en créer un autre, et y régner de nouveau avec ses élus. Cette erreur venait surtout de quelques juifs convertis qui déjà préludaient sans s'en douter, aux rêveries du Talmud ou de leurs congénères des siècles suivants, entassant les plus ridicules prétextes pour rester dans l'espérance illusoire d'un Messie vainement attendu. Combattue dès sa naissance, cette erreur n'existait déjà plus au temps de Saint-Jérôme et do Saint- Augustin (a). Mais quelle fausseté depuis longtemps oubliée n'est pas revenue plus tard à l'esprit humain? Vers 955 Bernard, ermite de Thuringe, prétendit avoir eu une révélation que le monde allait bientôt finir, et qu'il fallait redouter une des années prochaines, où la fête de l'Annonciation de la Sainte-Vierge, qui est toujours le 25 mars, coïnciderait avec la fête de Pâques. Il ne fallait point de meilleur argument contre l'inanité de la nouvelle prophétie; car la grande solennité chrétienne, qui tombe fort rarement à cette date, n'y était pas échue depuis l'année 927, et ne devait revenir dans ces conditions qu'en 1095, c'est-à-dire près de cent ans après l'époque fatale si prochainement annoncée. Mais qui pouvait alors faire ces calculs contradictoires? Il s'en fallait de beaucoup que le comput ecclésiastique fût quelque peu familier aux foules qui entendaient de trop crédules prédicateurs énoncer avec l'autorité de leur caractère des faits redoutables dont les imaginations avaient peine â se garder. Nous savons comment le merveilleux, lorsqu'il n'est pas éclairé par la science des choses théologiques, est capable de soulever les esprits. L'enseignement de Bernard de Thuringe séduisit d'abord quelques prêtres peu instruits, et passa dans le peuple qui s'en laissa persuader. Comme il ne soutenait rien de contraire à la foi, et que sa conséquence naturelle était de porter à la pénitence, au repentir des
(a) V. S. Epiphane, Hœres. 80 ; — Théodoret, Hist. ecclésiast., lib. IV, c. xi ; — Tillemont, Mém. ecclésiast., liv. II, art. millénaires, p. 300, 1re édition.
péchés et à une réforme de la vie morale, on ne s'y opposa pas comme à une hérésie. Le pieux évêque Vicfroi de Verdun, qui fut élu en 962, demandait dans une de ses lettres à un abbé de ses amis s'il ne croyait pas que les Hongrois et les Normands, venus du nord étaient ces peuples . dévastateurs dont parle Isaïe<*), qui devaient sortir de l'Aquilon, et dont l'apparition annonçait la fin du monde? Le pieux et savant abbé n'eut pas de peine à réfuter ces idées <*>.
Les entretiens de tels personnages sur un tel sujet semblent bien prouver que l'opinion publique s'en préoccupait, et il est certain que l'erreur avait pris une certaine consistance, puisqu'on se décida à en arrêter le progrès. Abbon, une des lumières du temps, qui devient ensuite abbé de Fleury-sur-Loire, était alors simple moine dans ce monastère. A la demande de Gerberge, femme du roi Louis d'Outre-Mer, il se chargea de combattre l'erreur et y réussit d'autant mieux qu'après lui, et à son exemple, d'autres écrivirent et parlèrent de façon à rectifier les idées et à se faire comprendre au moins des gens instruits, qui, ne se préoccupant plus de la chose, en effacèrent l'impression dans ceux qui subissaient leur influence. Bientôt le peuple n'y pensa presque plus <c).
progrè» de» œuvre» Il n'en est pas moins accrédité en beaucoup de livres tSnps!^"1 ver* * superficiels et dans un trop grand nombre $ Histoires de France, que l'idée de la fin du monde avait troublé toutes les têtes dans la seconde moitié du xe siècle, et l'on argumente de ce fait controuvé pour établir avec une impertinente intrépidité que ce moyen âge ne se nourrissait que de ridicules superstitions. Et à bien prendre, aucune de ces inculpations n'est admissible. Tout nous a montré
{a) Isaïc, XL1II, C>.
(b) Cf. Dachcry, Spicileg., XII, 349; — Longucval, Hist. de l'Eglise Gallic, VIU, 375.
(c) D. Rivet, Hist. littér. de la France, IX.
jusqu'à présent dans ce peuple d'une période historique malicieusement calomniée, une foi vive et pure, une pratique simple et constante de la religion qu'aucune hérésie ne troubla, et dont les grands et les petits se font un devoir, même au milieu des plus grands égarements. Quant à ce profond effroi dont on accuse à plaisir les cœurs et les consciences attendant dans une cruelle anxiété la fin du monde avec Tan 1000, qui les menaçait, un mot suffit pour les rejeter à ceux qui s'en amusent à nos dépens : c'est que dans cette seconde période du xe siècle, le zèle ne fit qu'augmenter des fondations pieuses et des établissements ecclésiastiques. Partout, et plus que jamais, on bâtit des églises, on dote des abbayes ; rien ne changea dans l'expression des mœurs chrétiennes, et en Poitou seulement, dont nous voulons parler exclusivement ici, nos plus belles institutions s'épanouissent, et les grands seigneurs ouvrent à. la piété monastique des maisons de prières et de bonnes œuvres plus remarquables que celles qui les avaient précédée^.
Enfin on a vainement objecté, pour prouver les frayeurs JSBwWttS? prétendues d'un prochain écroulement du monde, ces protocoles écrits en tête de beaucoup de chartes du temps sur l'imminence du danger redouté, inspirant le détachement des richesses et les générosités religieuses qui détachaient d'elles. Ce n'était là qu'une formule, et beaucoup d'autres très variées portent un caractère dont on ne se doute pas et qu'il importe de signaler. C'est qu'on ne commençait plus le libellé de ces diplômes que par quelques-unes de ces phrases très philosophiques. On découvre que les notaires ou greffiers qui ont dressé de tels actes, se dégagent déjà de cette foule d'écrivains de hasard, qui jusque là avait rédigé cette sorte de parchemins. Là se fit remarquer un meilleur style, une certaine élégance de diction, une pensée plus élevée, se rattachant à la morale chrétiennne du désintéressement charitable, de l'esprit de sacrifice, de l'estime mieux sentie et plus souvent exprimée
de la vie monastique et de ceux qui s'y livrent au service de Dieu et au culte de ses saints. Ainsi, à mesure que la paix se faisait dans les pieuses solitudes, grâce au repos que l'interruption des brigandages normands leur laissait goûter, on voyait les lettres reprendre et augmenter l'éclat de leur marche paisible. Ce même caractère se fait remarquer bien plus encore dans les écrivains des chroniques et des histoires contemporaines. Il y a donc ignorance ou injustice à répéter que ce siècle fut un temps de grossièreté littéraire: on est juste et on raisonne mieux en distinguant les unes des autres certaines périodes fatalement différentes. Il en est où le savoir et le goût ne manquent à la plume de nos ancêtres que par une pression brutale des malheurs publics; d'autres phases sont plus heureuses, car la sérénité des temps ramène celle des esprits et les dispose à mieux penser, à mieux écrire, à contribuer enfin au développement de la prospérité générale en lui apportant sans obstacle le tribut de son intelligence et de ses patriotiques efforts. MieàîîÏB-rHenl!rt" Cette époque nous ramène à parler de Saint-Michel-en- PHerm, dont Ebles était toujours abbé, et pour lequel sa prédilection augmentait sans cesse. Définitivement ce prieuré (il n'avaitvplus été que cela après la fuite à Tournus des moines de Marmoutiers et de Déas), s'était déclaré indépendant de la nouvelle abbaye-mère avec laquelle toute communication était devenue impossible, et dont on ne pouvait prévoir les destinées dans l'avenir. Luçon avait cru devoir par les mêmes raisons suivre cet exemple, qu'autorisait d'ailleurs le besoin d'unité dans l'administration. Chaque maison s'était donc donné un abbé, et l'on se rappelle comment le frère du comte de Poitiers l'était devenu de Saint-Michel, lors de l'avènement de son frère au trône de la province. C'était donc après tant d'infortunes, un grand bonheur pour cette maison d'être tombée aux mains d'un évêque, lorsque tant d'autres gémissaient sous l'autorité tyrannique de princes laïques, dont la cupidité était pour elles un fléau permanent. Ebles s'était toujours laissé guider par des sentiments plus
élevés. D'autant plus attaché à sa modeste famille des marais vendéens, qu'elle était plus appauvrie par les malheurs du temps, il cherchait toutes les occasions de la soulager, et en trouva une cette année 961 qu'il n'eût garde de négliger. Un seigneur chevalier (ce terme était déjà en usage) Hugues de Tézac (19), possédait aux environs de Saint-Michel, des terres dont les religieux se seraient fort arrangés. Ebles s'employa près du comte son frère, pour obtenir que le chevalier les leur abondonnât moyennant une compensation qui ne fut rien de moins que la viguerie de Saintes. Cet office devait être considérable, et convenait d'autant mieux à Constantin qu'il y était dans son propre pays. C'est que d'ailleurs cette viguerie de Saintonge était un fief de grande valeur ayant des dépendances considérables qu'énumère la charte de commutation. Il fallut y ajouter encore (car notre chevalier semblait peu accommodant), les droits d? ancrage et de lestage (20), dans tous les ports de la Saintonge et de l'Aunis, depuis Blaye jusqu'à la Rochelle. On voit que Guillaume y mettait plus de générosité, puisque après avoir si bien doté le chevalier et sa chère maison de la Vendée, il ne s'y réservait que l'hommage-lige, pour lui et ses successeurs, de la part de l'abbé ; et comme la chasse entrait toujours pour beaucoup dans ces existences passionnées pour les exercices du corps, il stipulait aussi que lorsqu'il viendrait poursuivre dans les forêts de Saint- Michel, les bêtes fauves des bois et des marais environnants, il y trouverait pour ses meutes le couvert, la nourriture et les soins nécessaires (a). Mais les soins plus sérieux n'étaient pas oubliés et rentraient en faveur du comte et de sa famille dans les conditions établies en 935, quand Ebles, premier bienfaiteur du nouveau monastère, avait voulu aussi que les mêmes devoirs de reconnaissance fussent rendus par les moines à lui et aux siens. L'évèque offrait à Dieu cette bonne œuvre pour le remercier des grands
(a) D. Fonteneau, X, 133;— Besly, Comtes de Poict. p. 35 ; — Gallia Christ . Il, coll. 408; — Gall. Christ., instrum. eccles. Lurion.
notre histoire.
biens qu'il devait à sa Providence. Il s'engageait dans ce nouvel acte à continuer ces preuves de gratitude envers son frère et toute sa famille, dont il était le premier représentant.
d^ftSuSTSuÊ ^ans cette charte, n°us apparaît pour la première fois, le nom de la ville de la Rochelle, non loin de laquelle s'avançaient les dépendances de la vigucrie de Saintes. Mais ce n'était encore qu'un village sans intérêt, posé au bord de la mer sur une couche de rochers, demeure isolée de quelques pêcheurs assez pauvres pour n'avoir jamais mérité l'attention des Normands. Après cette découverte, révélée par un diplôme authentique, il ne sera plus question de la Rochelle qu'en 1139, quand la reine Eléonore y fera don aux Templiers de quelques moulins, ce qui suppose, qu'il n'y avait pas alors beaucoup plus à donner. La ville (ou le bourg) s'était -elle en ce temps-là quelque peu épanouie et sa croissance activée de plus en plus? On l'ignore. Mais ce qui n'est pas douteux, c'est que treize ans après, une seconde paroisse sous le vocable de Saint- Barthélémy, y était créée par l'évêque de Saintes Bernard (21). C'étaient Ebles de Mauléon et Geoffroi de Rochefort (22), seigneurs du lieu, qui avaient demandé cette seconde église , en faveur d'un assez grand nombre d'étrangers fixés depuis peu dans le pays, et à qui la première ne pouvait suffire <<o.
Les comtes de Poitou, dès qu'ils virent les développements que prenaient la petite localité de la Rochelle, comprirent ce qu'ils en pourraient faire, et comment il importait que, seigneurs de l'Aunis, il n'y vissent pas aborder quiconque voudrait s'y faire un asile ou un lieu de débarquement. Le bourg était entouré de la mer presque entièrement et s'en faisait comme un rempart naturel. Ils y firent donc une porte du côté de la terre, et non loin du cimetière de Saint-Barthélémy. On croit que cette porte fut l'œuvre de
(a) Arcère, Hist. de la Rochelle, I, 95 et suiv.
Guillaume Tête-d'Etoupes, car on Pappela Porte-du-Petit- Comte, et Ton croit qu'il s'agit en cela du jeune fils né en 959, à Guillaume Fier-à-Bras.
Ici nous apparaissent les commencements de l'abbaye de c™m«n«ed*^ Saint-Liguaire(23). Nous ne pouvons nous arrêter à ce qu'on up™. p^ «fort a dit, assez gratuitement peut-être (*;, que, antérieurement à sa fondation comme abbaye, elle avait existé à Tétat de simple prieuré de Saint-Maixent, sous l'invocation de saint Léger, avec des dépendances et des terres qui excitèrent la convoitise d'Héribert Ier, vicomte de Thouars. Après s'en être emparé, il les garda quelques années ; mais en datant son origine connue de cette année 961. En 971, et peu de temps après sa mort, sa veuve Aldéarde d'Aunay et ses enfants restituèrent à Saint-Maixent le prieuré réclamé de leur conscience par Bernard qui, en 988, devint abbé régulier sous l'abbatiat d'Ebles, évêque de Limoges. On voit que sur cet établissement les documents sont très rares et fort obscurs ; à part cela même des commencements, dont les dates sont assez mal indiquées. Il nous paraît donc très probable que c'est de cette année 961 que doivent germer ses premiers souvenirs, sans nous laisser remonter à rien d'antérieur. Ce qui paraît certain d'après Mabillon gfc c'est que la première fondation du prieuré de Saint-Liguaire venait des vicomtes de Thouars, prédécesseurs d'Héribert Ier, et que celui-ci ne l'avait repris, sans aucun titre, qu'après la mort du vicomte Aimery IL
Ce que nous venons de dire prouve que la petite maison établie au voisinage de Niort ne fut réellement d'abord qu'un prieuré de Saint-Maixent, et non une abbaye propre, pourvue de son autonomie et de son existence indépendante, car elle ne devait pas avoir d'abbé particulier, mais dépendre de la maison-mère. C'est de l'avis de l'abbé et des moines de celle-ci que devait être établi le chef de ces nouveaux
(a) La Fontenelle, Hist. des Rois et Ducs d'Aquitaine, qui cite 1). Fonicncau, p. 510, sans indiquer la source précise.
(b) Ann. Bénédict., t. IV, liv. I, p. 89.
bénédictins, Il arriva même, surtout dans les premières années, que pour mieux établir, sans doute, l'autorité delà maison-mére, Pabbé de Saint-Lîguaire fut celui de Saiot- Maixent qui la gouverna pendant deux ans, étant mort en 963. — Ce système durera jusqu'en 1068 } car alors on vit Aymeric , abbé de Saint-Maixent , la donner à son neveu qui posséda Saint-Liguaire en propre et la transmit à des successeurs qui ne dépendirent plus que d'eux-mêmes.
En dehors de notre province, de grands événements se passèrent en cette année 963, qui ne nous touchent past mais auxquels il est bon de nous arrêter un peu pour bien faire connaître le caractère d'illustres contemporains auxquels nous ne manquerons pas de nous trouver mêlés en temps et lieu. Ces événements nous dévoilent d'ailleurs comment se manifestent ouvertement les inconvénients du système féodal.
iimfr«1tRiS»dra Nous avons fait connaissance avec le comte de Blois roftiief* d° Nor" Thibaut que son surnom de Tricheur qualifia toujours paraît-il, selon la meilleure des qualités qu'on lui attribue. Aussi actif que fourbe et indélicat, il s'attribuait volontiers tous les rôles et changeait de scènes selon qu'il y trouvait ses intérêts» Il avait conspiré avec Hugues le Blanc contre Louis d'Outre-Mer pour piller ses états et le dépouiller, s'il Pavait pu, do la couronne. Il s'entendit très intimement avec son lils Lothaire, devenu roi, pour déposséder Richard Sans-Peur de la Normandie ; il sut persuader au roi qu'une expédition ménagée avec adresse et vigueur ne pourrait manquer de réussir. Tous les moyens qu'inventent ordinairement la déloyauté et l'astuce pour trahir un ennemi par le mensonge poussé jusqu'à la perfidie, furent employés pour attirer Richard en des pièges où sa confiance devait le fa*ire périr. Mais la fermeté et la prudence du duc déjouèrent le péril et forcèrent les indignes provocateurs de renoncer à leurs plans. Alors, levant le masque, Lothaire déclara la guerre et entra sur les terres nor-
r jm«iu-i'i i i -
mandes accompagné de troupes considérables auxquelles Thibaut avait joint les siennes. Plusieurs villes furent emportées, et les deux vainqueurs allèrent s'établir au centre de la province envahie, lorsqu'ils se virent tout à coup en face des Danois, que Richard, à l'exemple de son père Guillaume Longue-Epée, avait appelés à son secours des rives de la Baltique. Ces fidèles compatriotes, toujours prêts aux combats, qui étaient l'élément de leur vie aventureuse, étaient accourus et se disposaient à tenir tête aux confédérés. Une bataille s'engagea à Emanville (24), où les troupes normandes et hongroises taillèrent en pièces les deux princes français. Ceux-ci y perdirent beaucoup des leurs, parmi lesquels un jeune fils du comte de Blois qui resta sur le champ de bataille. Toutefois, cette défaite ne suffisait pas à Richard. Il voulut apprendre aux vaincus à n'y pas revenir, et se jetant à leur suite, il ravagea la Beauce, le Blaisois, et jusqu'à la partie septentrionale de la Touraine, et ne revint chez lui qu'après avoir montré partout sur les terres ennemies ce que pourraient attendre des agresseurs comme ceux qu'il venait de punira).
Mais qu'allait-il survenir de telles entreprises, et comment ^ÇSSjJ^ «^ les vassaux du roi, tous plus puissants que lui, encore réduit à un si modique territoire, pouvaient-ils redouter de semblables attaques et se voir obligés d'improviser en de pareilles circonstances une défense énergique contre un roi jaloux de leur éclat et mécontent de sa position inférieure? C'était, il est vrai, une singulière anomalie que la couronne royale brillât moins que celle de ses barons. Mais cette singularité venait des rois eux-mêmes : en grandissant des sujets, ils s'étaient amoindris, et ce caractère d'infériorité devenait plus redoutable lorsqu'ils étaient mis par un duc ou un comte dans la dure nécessité d'une résipiscence publique. C'était ce qui arrivait à Lothaire. Informé que de toutes parts on prenait mal, et que beaucoup redoutaient
(a) Mauléon, Carlov., 111, 43, qui reporte à tort ces événements à 969.
Utions.
pour leurs fiefs ce qui venait de se passer en Normandie, Lothaire s'empressa de se réconcilier avec Richard, désavoua sa propre conduite, dont il accusa le Tricheur, et demanda la paix qui lui fut accordée. Les Danois , qui s'étaient venu mêler à ces bruyantes affaires, y gagnèrent plus que personne. Beaucoup d'entre eux acceptèrent de rester dans le pays , où Richard leur accorda des terres pour s'établir, et, comme ce ne pouvait être qu'à condition d'une sincère conversion au christianisme, ce fut pour le peuple une grande joie, et pour les fougueux étrangers une grâce qu'ils avaient moins recherchée et qui les fit entrer par les voies de la vérité et dans celles du salut éternel <*>.
coudait* prudente On ne voit pas que Guillaume de Poitiers ait pris aucune milieu de cïïfwnte" part à ces différends. Peu guerrier par nature, mais politique adroit, il aimait mieux veiller sur son propre territoire, à maintenir son titre de duc d'Aquitaine, que d'aller s'entremettre aux affaires d'autrui en des cours où il savait que ce titre lui était contesté. Cette conduite lui fut utile. Partout, depuis ses contestations avec Lothaire, on le voit signer avec mention de son duché. Lothaire, de son côté, ne pouvait se détourner de ses affaires du royaume, où il avait à se garder contre des antagonistes sérieux. Au reste, dès le le mois de juin 955, les seigneurs auvergnats, nous l'avons vu, s'étaient soumis après de longues résistances à son autorité hiérarchique (*), et cette soumission ne fut en rien ébranlée par ce voyage de 961, où le roi était venu recevoir dans le pays d'Outre-Loire, l'hommage des seigneurs de la contrée. Cet hommage se fit alors au roi de France, successeur, dans la ligne Carlovingienne, de Charlemagne, de Louis le Débonnaire, et de Charles le Chauve, et dont l'autorité n'était pas immédiate. Autre chose était d'avoir pour duc d'Aquitaine le prince descendu de Guillaume le Pieux,
(a) Flodoard, Chroniq. ad h. ann.
(b) Mauléon, les Carlov., III, 131.
indépendant de la'couronne à laquelle il ne devait que des devoirs réglés par les lois féodales déjà reconnues partout, et qui, en cas de besoin, avait le droit immédiat de se faire suivre à la guerre par des vassaux puissants et toujours attachés à l'autonomie de leur pays.
C'est vers cette année 962 ou mieux 963 (i>, que le roi ||^gg^»^ Lothaire donna un premier diplôme confirmatif de Pabbaye PoiliWi' de la Trinité de Poitiers. Par des raisons qui nous sont inconnues, on voit que cet établissement était resté prés de trente ans en construction, et qu'alors étant achevé, il s'était agi de consolider sa fondation, .en reconnaissant l'authenticité des actes de la comtesse Adèle, morte avant l'année 950 (25): ce qui n'avait peut-être pas peu influé sur ce long retard, aussi bien que l'insuffisance de son douaire. Quoi qu'il en soit, on mit dans cette dernière approbation, mention de plusieurs domaines donnés à la communauté, principalement celui de Flaix-sur-le-Clain (26), avec l'église de Saint-Julien-l'Ars (*), et une autre de Saint- Gervais, dont on ne dit pas la situation, puis l'importante villa de Secondignô (27), avec son église de Saint-Pierre, dans le pagus de Melle, dont dépendaient deux alleux. La charte de Lothaire nous apprend, outre ces détails auxquels s'intéresse notre géographie départementale, que surtout depuis l'achèvement du monastère, les religieuses suivaient dans une grande ferveur la règle de Saint-Benoît, et que les treize chanoines de Saint-Pierre-le-Puellier furent mis définitivement sous la dépendance de PAbbesse, car ils étaient destinés par leur institution même, à donner à la communauté des sœurs, tant pour les offices que pour l'administration des sacrements, tous les secours du saint ministère, par eux-mêmes et par les clers attachés au service de leur église (c). Quoiqu'il soit bien certain que la
(o) Anselme, Hist. de la maison de France, II, 513; — Besly, Comtitj p. 221, 259 et 260.
(6) Chef-lieu de canton entre Poitiers et Chauvigny. V. ci-dessus, tom. 1. p. 78. (c) Cf. D. Bouquet, Rer. G allie, script., IX, 626, numéro U.
HISTOIRE GÉNÉRALE DU POITOU i'
WûU J'Aiboin. i.'v.\ ijtm do PoiUeri.
pieuse fondatrice y ait pris le voila dès 936, c'est-à-di avec les premières religieuses qui Py accompagnèrent, i ne s'accorde pas soi* ce point qu'elle en eût été la premiè abbesse. Tout est devenu si nuageux sur ces premie temps de la famille trinitaire que la suite de ses premier supérieures se pose très imparfaitement dans les papie qui nous en sont restés. On manque de détails pour liste de quarante ou cinquante titulaires qui se succédère et non sans lacunes, depuis le berceau de l'Institut jusqu son extinction. Parmi ces noms furent ceux des famill les plus illustres de notre pays c*>.
L'évêque de Poitiers Àlboin était resté aussi toujours < dehors des choses tumultueuses de son temps. Il para chaque fois que son nom revient en notre Histoire, appliqi aux soins d'une administration aussi pieuse pour lui qi pleine do sollicitude pour le bien des autres. C'est po soustraire les moines de Saint-Cyprien aux chances malhe reuses çles guerres d'invasion, qu'il avait enrichi de s< patrimoine l'église et le monastère de la Résurrecti* fondé à Poitiers par le chanoine Frotier. Il n'avait p manqué de tenir ses synodes annuels, non pour la fonn mais pour le règlement sérieux des affaires diocésaines en faveur de la justice à rendre parmi ses clercs ; et ! dernière année fut encore marquée par une nouvelle gén rosîtô envers cette même abbaye de Saint-Cyprien qu'il I semblait ne pouvoir trop favoriser. Il venait d'acheter da la viguerie de Civaux (28) et au village de Bonneuil, \ alleu avec d'importantes dépendances. Il le donna â s chers religieux, en y ajoutant un de ses serviteurs qu aimait, et qui passa au service du monastère avec femme, ses enfants et un certain nombre de serfs d deux sexes. Ce fut sa dernière œuvre de piété. Il mour bientôt après le 1er mars 903 (th On peut supposer qu
(a) Gallia Christ. D, coL. 1315 ; - Du Tems, If, 481, \b) Ch rouir. Mon., Sanctî Mmventii, apttd Mardic^ay, p. 380 ; — G<Ui Christ., 11, col lifiO; — D. Kanlcneau, VI, 114.
laissa un neveu de son nom dans le Chapitre de Poitiers, lequel s'en dit chanoine lorsque, en 973, il fait une donation à Saint-Cyprien (l'une terre considérable dans la viguerio de Coulombier (29), où était une chapelle de la sainte Vierge et de saint Philibert. Cet amour si désintéressé pour la grande abbaye poitevine était, paraît-il, contagieux dans la famille d'Alboin (30).
Il n'est pas douteux que Guillaume III se fût entièrement JmttmtiSih
, .,.. T ., • -i * i ., /5 ment iwmcllJés,
réconcilié avec Lothaire, qui le regardait enfin comme d'autant plus affermi dans la possession de ses titres si longtemps contestés. Pour le roi, il s'agissait surtout d'avoir la paix avec ses grands vassaux ; d'autre pari, ceux-ci se regardaient comme mutuellement solidaires, et eussent trouvé, en cas de difficultés, autant de soutiens que de voisins décidés à les défendre. Sans donc que nous puissions savoir quelle date certaine il faut donner à cette réconciliation, on peut la reconnaître clairement en 962, car le 14 octobre de cette année fut signé par Loti î aire un diplôme en faveur d'Adèle d'Angleterre, veuve d'Ebles et mère de Guillaume III. Cette charte était la confirmation d'une donation faite à cette princesse par un Robert, fils d'un comte Maingot, peu connu de nous, mais qui était sans doute de la famille des vicomtes de Melle<*>. Cette terre, appelée Faga ou Fagia, était située sur le territoire de Saint- Julien-l'Arsw, d'où elle a disparu. Il y avait là deux chapelles, qui firent partie de la donation, l'une de Saint-Julien, qu'un incendie fit surnommer PArs (arsi) avant 1119, et l'autre de Saint-Gervais, à Nicuil-PEspoir (31), qui est aujourd'hui une commune dépendante du canton de la Villedieu (32). Ce fut aussi cette même année, que le même prince confirma la fondation de l'abbaye fondée à Poitiers <o, comme on l'a vu, « au nom de la Très Sainte
(a) D. Fonteneau, XXVII, 28.
{b) Sur Saint- Julien-l'Ars, voir ci-dessus, 1, 48 et 78.
(c) D. Fonteneau, XXVII. — Besly, Comtes, 250.
t. vi ÎG
et indivisible Trinité », Ce qu'il faut surtout remarquer da cette pièce, ce sont tes termes dans lesquels elle est coin; et 011 tout respire le bon accord et les meilleures dispfl tions entre les deux souverains. Nous parlions naguère beau style qu'affectaient alors ces sortes àUnstrunw publies, comme on disait. Celui-ci, outre un beau religieux protocole, où est invoqué, i au nom de la Ti Sainte et indivisible Trinité », lo devoir de protéger développements de l'Eglise catholique, rachetée par le Sa de Jésus -Christ dont nous sommes les enfants adopti Ebles, le père de Guillaume, y est traité de duc très puissa ce qui suppose que son fils ne Test pas moins. On y rappe les lîeus de parenté qui avaient uni au roi des Français 1 deux princes de l'Aquitaine; on y fait l'éloge da ce illustre mère de Guillaume de Poitiers qui, abdiquant toi grandeur, avait refusé la dignité d'abbesse dans ce nouvelle maison, et y suivait saintement, en humble rt gieuse, la règle de saint Benoît. * C'est pourquoi, ajoi l'auguste signataire, n'ayant rien à refuser ni au prince c est notre frère et notre fidèle, ni à sa mère, nous avo résolu d'accueillir leur demande ». Enfin, si quelqu' osait attenter à ces dispositions, il le condamne à u amende de cent livres d'or, dont la moitié reviendrait l'abbaye et l'autre moitié au trésor royal Cet acte, signé à Laon, la capitale du royaume, par
* très excellent roi i Lothaire, ne pouvait avoir été rédi que sous ses yeux ; il était contresigné par son nota Arnufe, et revu et approuvé pour la rédaction par Adalbér< archevêque do Reims.
Nl- ré suite- t-il pas de tant de détails que la paix et faite et aussi bien cimentée que possible entra le roi c Français et le duc d'Aquitaine, qui jouit enfin paisibleim
• le ce domaine magnifique et de cette toute^puiêsance, qi ne craindra plus de voir soustraire à sa postérité, et qi affirmera dans le protocole de ses diplômes?
^^rfA»bJÎÏÏ Cependant, il ne devait pas jouir longtemps de ce bonhc
latif. A peine âgé de cinquante ans, sa santé, qui pour- i* ^ ra^ieuM. d'*-
nt, n'avait jamais eu à soutenir de grandes fatigues, pou i si-nii«ia.
affaiblissait assez pour lui faire désirer un repos qu'on ne
ouve pas sur le trône. Ses pensées, d'ailleurs, le portaient
lus que jamais vers les choses de Dieu et de l'éternité,
s seules qui ne sont pas fragiles, et il songea à se retirer
ans une solitude religieuse, pour y consacrer à Dieu le
îste de ses jours d'ici-bas. Il s'agissait donc avant tout
'une abdication, et il faut reconnaître que tout, dans ses
ffaires, semblait favoriser ce projet. Son fils, Fier-à-Bras,
îi succéderait dans la maturité de l'âge, touchant à sa
rentième année et ayant pris l'habitude du gouvernement;
1 était en paix avec ses voisins ; il nlavait plus rien à
edouter ni d'une suzeraineté fâcheuse ni de vassaux mal
lisposés. L'ordre était solidement fondé autour do lui.
tétait donc le meilleur moment pour déposer le sceptre,
ievenu trop lour.d, de ses beaux et vastes Etats.
Une telle détermination depuis longtemps méditée, et pour 'accomplissement de laquelle il semblait n'avoir attendu }ue le concours de tant de circonstances favorables, fut snfin divulguée au commencement de 963. A Poitiers même un monastère s'ouvrait à lui, qui paraissait attirer ses préférences. Saint-Cyprien y avait été l'objet de beaucoup do ses complaisances. L'abbaye, magnifique de toutes les faveurs reçues, brillait au loin par sa réputation et devait lui ouvrir des portes et des cloîtres qui lui devaient leur splendeur. C'est donc là que Guillaume avait choisi le lieu de son repos. *
L'abbé était alors Frotier, un digne religieux, portant un . ÎWBa *** de beau nom connu dans le diocèse, et n'était rien de moins par ce nom et sa parenté que le neveu do ces deux Frotier qui l'avaient administré, l'un à la fin du IXe siècle et l'autre de 905 à 937. Ce fut donc dans sa chère abbaye que le duc alla se confiner vers le milieu de l'année 963. Mais là il no trouva pas la paix entière qu'il avait désirée. Nous ne savons plus quelle chronique attribue le dégoût qu'il aurait
SaiDl'Cj-pricn.
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eu bientôt de cette communauté à des divergences d'id et de conduite survenues entre lui et l'abbé. On k
entendre que l'accord devint impossible entre eux suite de Pabsolutismc du supérieur et le peu de docilité novice : ridicule idée qui ne va pas mieux au carael doux et commode de Frotier, qu'à celui de Guillaume, d les habitudes et la maturité supposent peu quTil au apporté quelque prétention à la moindre autonomie, là il n'était venu que pour prier et obéir. Ce ne sont là I de veines conjectures dues à l'imagination d'histori modernes peu au fait des choses de ce genres), il ne f pas, au reste, se faire une fausse idée de cette vie religie embrassée en pareil cas, â cet âge surtout, par ceux secouaient le lourd fardeau du monde et tendaient à rapprocher de Dieu et à se prémunir dans le recueillera contre les redoutables conséquences de la mort. Ils faisaient vœu ni d'une pauvreté parfaite, ni d'une obi! sance absolue. Ils demeuraient maîtres en partie de I< liberté, suivaient la régie autant qu'il le fallait pour l'ôd cation commune, et enfin restaient continuellement revê de l'habit monastique, s'assimilant par là à tous les frè et donnant l'exemple des mêmes vertus qui se pratiquai autour d'eux. C'était donc plutôt prendre l'habit de la relig qu'en embrasser une rigide observance; de sorte que a qui se vouaient ainsi à une vie plus parfaite, l'accommodai aisément à leurs forces physiques et au degré de I< propre ferveur. En un mot, c'étaient de véritables tertiaii comme il s'en trouve encore dans tous les Ordres. R donc ne devait étonner dans un changement de lieu ou conditions du climat, de la température et de la sa pouvaient entrer pour beaucoup. C'était un air très vif q celui de la vallée du Clain où Saint-Cypricn était assis ; pouvait très peu convenir à un tempérament fatigué ; ce de la nouvelle retraite que le prince allait choisir était
(a) La Fonleftèlle ri Dufour, Ui$l. de* Rm d-Aqtàt., an 903.
Mort de G&iihuim:
contraire, sinon plus pur, au moins plus paisible, plus épais et plus convenable au rétablissement possible d'une santé fatiguée par les épreuves d'une voie laborieuse. Voilà , selon nous, à quoi attribuer ce brusque départ, qui eut lieU dés le commencement de Tannée suivante 964. Ajoutons-y Pimportunité des relations mondaines que lui firent subir, dès son entrée en religion, les grands qu'il venait de quitter, et qui pouvaient trop facilement revenir vers lui. C'en était assez pour le déterminer à changer d'asile. Il se réfugia donc à Saint-Maixent. Odon en était abbé et l'accueillit non seulement comme un frère, mais comme un prince qui s'était montré plus d'une fois l'ami et le protecteur de la maison. Le prince y vécut donc plus à l'aise, si tant est qu'on le soit entièrement quand des jours de solitude aimée et les intimes consolations de la piété chrétienne sont traversés par des iniirmités anticipées ; car on vit tout à coup la santé du nouveau religieux décliner si rapidement qu'il mourut le 3 avril 964, à peine âgé de cinquante-cinq ans. Sa dépouille mortelle fut transportée à Poitiers et inhumée dans l'église abbatiale de Saint-Cyprien : ce qui suffirait à prouver qu'il n'avait pas fui le monastère pour aucune cause d'incompatibilité avec l'abbé Frotier, qui y gouvernait encore <*).
A quelle époque mourut Adèle d'Angleterre, veuve d'Eblcs J[ Manzer et mère de Guillaume III, fondatrice de la Trinité? GttilUuncl] On l'ignore absolument. Le nécrologe de celle maison indiquait le jour de son décès au 5 des calendes de de novembre, c'est-à-dire le 28 octobre, sans indiquer l'année, parce que ces sortes de calendriers notaient pas faits en vue de la chronologie et de l'histoire, mais uniquement pour indiquer le retour anniversaire des prières et services à l'intention des personnes désignées. Quoi qu'il en soit, elle demeura humblement, à partir de son veuvage, dans une vie obscure et laborieuse et s'y acquit les
(a) V. Chronique de Saint-Maixent, p. 249 et suiv.
MorL.]?A<].le,r.V gît* , main Je
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mérites des saints, Après elle, de larges aumônes se ra chère nt à sa mémoire. Le jour de sa mort, une distribu de vingt septiers de froment fut faite aux pauvres en aui de pains qu'ils en avaient pu produire, avec une vache entière, cuite pour ôtro distribuée en même temps. E l'anniversaire de ce môme jour, cette aumône devaîl réitérer à perpétuité, Parmi les objets laissés par la pie femme, se trouvait son psautier, conservé avec un i plein de respect, et qu'un diacre portait en cérémonie processions solennelles. Qu'est devenu ce précieux li pillé sans doute avec tant d'inappréciables manuscrits \i<<ux monastère ? Mais aussi, ou sont ces patrimoi laissés aux pauvres et annulés au profit des gouvernent révolutionnaires ? Et que de trésors ainsi disparus sua coupe de nos modernes fondateurs d'hôpitaux où, tanl malades vont mourir aujourd'hui, privés à la fois, Yassistance publique, des remèdes de l'Ame et du corps
On ne sait pas non plus quand disparut cette autre A de Normandie, fille de Ro]lou> nommée Gerloc par historiens, que Guillaume Téte-d'Etoupes avait épouséi 933, et qui devait lui survivre après une union dans laqt l'histoire n'a pu découvrir aucun nuage. Elle avait de â son mari deux enfants, dont l'un, Guillaume IV, Fier-iï-Bras, que nous connaissons déjât fut appelé à succéder lors de son entrée en religion ; l'autre, Adéla devait devenir reine de France en épousant quelques uni après cet Hugues Capet, dont le régne s'approchait et devait être le chef de la troisième race et le fondateur d1 maison souveraine qu'aucune autre n'égalerait dam monde par la noblesse de son origine et la grandeur ses royales traditions.
Maintenant, le règne de Guillaume III, en Poitou, c examiner. Il a besoin d'être justifié contre certaines altein car Thistoire n*est jamais autorisée ni â se trou tromper ceux qui devraient pouvoir en tout sTen rappu rï elle.
monveféodalilé.
ractère.
Ce qu'on a vu de ce prince ne ressemble, il est vrai, ni Premiers
^ r 1 ' ments délai
à ce qu'aurait fait un conquérant, ni à ce qu'eût entrepris un législateur. Les lois anciennes, partout acceptées et suivies, ne supposaient en rien le besoin d'une législation nouvelle. Une loi, la plus impérieuse à son «époque, y venait de naître et avait déjà eu des développements qui changeaient la face du monde politique ; c'était ce système gouvernemental, qui donnait à chaque seigneur une large part du gouvernement de l'Etat, en partageant le territoire entre les leudes , rendus par là même indépendants de la couronne, diminuant l'éclat de celle-ci, l'appauvrissant même, sans contredit; mais, préparant la grandeur de la France pour de prochains hauts faits, dont l'histoire est aussi glorieuse qu'étonnante. Guillaume* III, en recevant de son père l'héritage du Poitou avec celui de l'Aquitaine, entra dans cette remarquable période plus avant que son père ne l'avait pu vouloir. Harcelé par des pouvoirs incons- sa fermeté de « tants, qui donnaient et reprenaient à courte durée' des titres et des honneurs ambitionnés par des rivaux sans loyauté, le nouveau duc ne l'était devenu que pour se voir disputer, soit par les rois, soit par des favoris intrigants, la haute dignité qu'il devait à sa fidélité héréditaire aux descendants de Charlemagne. Il ne tint pas aux ducs de France qu'il ne la perdît à leur avantage ; sa noble et loyale . résistance les força de reconnaître ses droits. S'il ne fut pas homme de guerre, ses peuples ne s'en plaignirent pas ; il ne s'en donna que mieux aux affaires publiques, à la justice, à la religion, aux vertus pratiques de l'administration et de la paix. Ce ne fut pas d'ailleurs HibnetédeBatacsans faire preuve d'une haute intelligence des choses de la guerre, qu'abandonnant sa capitale assiégée par surprise, à l'énergique résistance d'une garnison fidèle et dévouée, il se porta avec quelques troupes vers l'Auvergne, où il recruta des secours, et tenant ensuite la campagne autour de Poitiers, parvint, au moyen de ses attaques fréquentes, à distraire l'ennemi du siège et à l'en dégoûter. Une faute
tique militaire.
Saisie ûc son
Sa piclé éclaira.
I! inau^art! le* liberté* de i'Hù d'O- Ititfiu
commise à la suite de ce grand succès ne montre pas rinhabiletô du général que l'ardente bravoure d'un st giste qui veut profiter de sa victoire ; d'autres y avaieiî trompés avant lui.
Quant au reproche qu'on lui a fait de n'avoir pas rt les désastres des Normands dont les ravages av cessé, on ne voit guère pourquoi Guillaume l'avait ra< ni quel fait particulier peut y autoriser un historien, plus apparentes dévastations dues aux Barbares, rc burent toujours sur les églises et les monastères ; ■ furent ceux que Guillaume négligea de restaurer o relever de leurs ruines? C'est sous son règne, pai soins et par ses libéralités que nous voyons fleurir S Cypricn, Saint-Marxent, Saint-Mieliel-en-rHerm, la T de Poitiers , et par là su refaire aussi le bien-être laboureurs, des marchands, des simples hommes peuple pour qui la prospérité des abbayes redevenai garantie de sécurité et de travail. N'est-ce pas encoi mérite pour ce comte de Poitiers que devoir su gai son nom des taches que tant d'autres ne surent pas éi Sincèrement religieux, sa piété fut en lui la gardienin bonnes mœurs; elle seconda Téclosion des œuvres charité; elle maintint avec ses voisins une paix cons ment soutenue par sa modération et sa droiture, faut- il de plus dans un prince pour se recommander yeux de l'histoire , pour mériter de son siècle t l'avenir (33)?
Mais au moins nous pouvons établir en sa faveur une Iradiction flagrante du docte correspondant de Flnstïti Il reconnaît que Guillaume III ne refusa à ses pS aucune des libertés compatibles avec celles de son te L'île d'Olêron lui appartenait, et jusqu'à lui on y ava privé du droit de tester, de se transmettre des prupi entre vifs, d'y créer des marais salants, les seigi
{a) Iliti. des Rois d'Aq&iU ma 961.
s'étant réservé tous ces droits et d'autres encore dont la législation privait les particuliers. C'est à Guillaume que les insulaires durent de voir ces privilèges faire place au droit commun. Ses successeurs les confirmèrent à leur tour dans ce bien-être qui fut pour tant de familles une vie nouvelle.
Au reste, cette île d'Oléron dont nous parlons ici, a son mût* dc o*u histoire intéressante, et mérite notre attention. C'est une grande langue de terre de 25 à 30 kilomètres de longueur du Nord au Sud, et de 10 à 12 dans sa plus grande largeur de l'Est à l'Ouest. Située à quelques kilomètres au-dessous de l'île de Ré. dont elle est séparée au milieu de l'Océan par le pertuis d'Antioche, elle a au levant l'île d'Aix et l'embouchure de la Charente. Cette position en face de la Saintonge, la douceur de son climat, la beauté de ses sites mêlés de bois et de terres cultivables et fertiles la firent habiter très anciennement et avant toute trace de l'histoire moderne. Elle vit les Celtes y élever des monuments de leur culte et de leur civilisation. Il paraîtrait que les Àlains, peuples venus du Caucase, l'avaient aussi habitée au ive siècle, et qu'ils y avaient laissé des dépouilles qu'on jugea être les leurs, en découvrant dans File, vers 1740, des squelettes d'une conformation gigantesque (*>.
Les Romains n'avaient pu l'oublier dès leur apparition dans la Gaule. Leurs cartes la nomment Uliarus, qui devint Oléron dans une charte de Jean Sans Terre de 1147, et que Sidoine Apollinaire avait appelé à la fin du ve siècle Olarium.
D'après le témoignage du même poète, écrivant à un de $** «<*«■ <**
r oo ri difciues contre 1rs
ses riches amis de l'île d'Oléron, il paraît que de son temps «!*»■*«***les races du Nord fréquentaient déjà ces parages, et qu'elles préludaient sous le nom de Saxons, aux entreprises des Normands du temps de Louis le Débonnaire ; mais que dès lors on les éloignait des côtes par une marine
(a) Ammien Marccllin, Hist.y l. XXXI ; Arccre, Hist. de fa tbchtQê3 1, 30,
Sri vicIttllflijM
Combien elli? ihjt aux wmtts «le l'oilou.
S*î églises cl
insulaire qui les en repoussait vigoureusement^;. Il donc fallu dés ce temps avoir dans Pile des matelots e troupes qui en défendissent les abords. Les habitant pouvaient manquer ainsi de se garder contre L'ennemi s'adonner à des pêches fructueuses.
II y avait dés le xie siècle à Oléron, un chateai commandait la côte du Nord-Est, et attenant au b de Notre-Dame. À cette époque, Guy Geoflroi, 0 de Poitou, avait donné le quart de l'île à l'ahbay Montierneuf qu'il venait de fonder; mais en excepte château et une tour située non loin de là, qu'il se résc pour la défense de l'île t*>. Ces moyens ne devaient toujours suffire cependant. Les Anglais la posséda avec le reste du Poitou à partir de 1152 - mais lors* 1372, ils eurent été défaits dans le combat naval c Rochelle, Charles V annexa Plie d'Oléron à la couron y fit de nouvelles fortifications. Elle nous fut re pourtant, puis reconquise sous Charles VII \ et Louis XIV la fit fortifier de manière à la mettre à Tab toutes les entreprises- Elle renferme aujourd'hui dix mille âmes et forme deux cantons de Tarrondisseme la Rochelle,
On voit donc que nos comtes suivirent la ligne ti par Guillaume 111 et augmentèrent successivemeu libertés do Tïle et le bien-être de ses habitants, soit favorisant l'agriculture et le commerce d'exportation la Bretagne, avec Bordeaux et les autres villes plu moins considérables du littoral, soit en les exempta: droits qt d'impôts, soit enfin en les munissant de rem et de fortifications qui en firent un port difficile à aiU et d'autant plus facile à défendre,
La religion qui tenait, et à juste titre, une si g! place dans la vie de eus époques si intéressantes, <
{a) Sidoine Apollinaire, M. Je Sirniond, Epi&L 6, lib, VHL th) fWy, Comtes t p. 368 et 413; André du Ghesno, Recueil de* Mis de Frntire. IV\ 5 Ifc
ptiuaiii.
chait dans cette population laborieuse et paisible ses inspirations et ses secours. Elle eut de nombreuses églises ou chapelles, dont la plus ancienne semble avoir été Notre- Dame, qui devint église paroissiale à une époque très reculée. Il y avait dans le château un prieuré de Saint- Jacques, et un autre de Saint-Denys, vers la pointe Nord du territoire, au lieu appelé le Chapeyron. Enfin on découvre dans un acte du xme siècle, cité par Rymer<a), la signature d'un archiprêtre, qui était en même temps prieur de Saint- Jacques,
C'est aussi à un de nos comtes, à Othon, qui régna vers lfî7™J™ISi le milieu du xie siècle, que Pîle d'Oléron dut rétablissement de sa commune, et par conséquent de ces libertés qui allaient changer la face du monde féodal, et qui, en se répandant bientôt, témoignèrent éloquemment du bon esprit des seigneurs de ce temps envers leurs vassaux dont ils connaissaient mieux, par une plus grande habitude de l'administration, les besoins locaux et les trop lourdes charges. Eléonore d'Aquitaine fit mieux encore. Ces premiers linéaments, pour ainsi dire, de l'état communal n'étaient qu'ébauchés et n'avaient encore que des garanties incertaines, qu'un nouveau seigneur pouvait contester. L'illustre femme, qui avait le sentiment des bonnes choses pour ses peuples, perfectionna l'institution en faveur des Oléronais. Elle confirma la charte d'Othon et en amplifia la teneur. Par elle, les habitants eurent la garde et la tutelle de leurs enfants mineurs ; ils purent se marier indépendemment de la permission de leurs seigneurs ; vendre et transporter sans empêchement les produits de leurs marais salants qui occupaient une grande partie du littoral, aussi bien que leurs vins et leurs fourrages. On conçoit de quel joug ces peuples durent se sentir délivrés quand de tels privilèges leur eurent créé une condition si différente de l'ancienne.
(a) Rymer, Fœdera, I, 412.
tt*r.
us iwies d'oiéron. Disons maintenant un mot des Rôles ou Jugements d'Oléron (34), si connus dans notre histoire comme une des sources les plus célèbres du droit maritime et des coutumes de la mer. Ce fut encore Eléonore qui, se trouvant à Oléron, y publia le Code, qu'elle appela du nom de Pîle, afin de régler, en leur donnant force de loi, les usages consacrés jusqu'alors, et dont la première rédaction remontait, dit-on, jusqu'aux Wisigoths. Nous y reviendrons pour en mieux faire connaître l'origine et la teneur. Disons seulement ici que l'excellence de ces lois se montre assez de ce qu'elles furent adoptées et longtemps suivies en France, en Angleterre et en Espagne, où beaucoup de leurs dispositions ont passé dans les Codes maritimes et sont encore observées.
seigoenTi d* ce Un ne connaît aucuns seigneurs de cette île avant les ducs d'Aquitaine de la race de Guillaume le Pieux. La propriété en passa au xm6 siècle, par un mariage, à la famille de Lusignan^ puis aux seigneurs de Pons en Saintonge, qui la possédèrent jusque la fin de l'ancien régime. Mais cette possession fut longtemps disputée par la couronne à qui plusieurs arrêts du parlement de Paris Pavaient fait revenir, sans que les de Pons renonçassent aux appels. De ces conflits, contrairement à ce qui arrive trop souvent, l'île ne dut pas souffrir, puisque dans les intervalles de la discussion, où elle fut remise sous la main des rois de France, elle en reçut des faveurs qui l'empêchèrent souvent de regretter ses anciens maîtres (35).
pierre i". xLvi- La mort de Pévêque Alboin étant survenue le 1er mars ^9depaïto. ggg . g semble qu'il dût s'écouler peu de temps entre cette date et l'élection de Pierre Ier, son successeur ; c'està-dire qu'on ne retarda que le moins possible de pourvoir au siège vacant et qu'on se conforma à toutes les formalités observées des les premières années de l'Eglise, lesquelles le lurent jusque vues le milieu du xne siècle. Le nouvel élu était un personnage de distinction, appartenant à la famille puissante alors de Châtelaillon', qu'il nous faut ici faire connaître avant tout,
Châtelaillon <*) était la première capitale de l'Aunis, riche Chiwiiii<m« tn
$c\ttîitfïts,
et florissante, disent les premiers historiens, mais réduite aujourd'hui, et depuis longtemps, à n'être plus qu'un hameau d'une des plus petites communes de l'arrondissement de la Rochelle. Cette décadence est due aux empiétements de la mer qui envahit entièrement le sol que couvraient les fortifications, les églises et autres monuments de la cité maritime, qui ne laissa son nom, à quelque distance du rivage, qu'à un petit amas de maisons n'attirant plus l'attention de personne. En 1709, il ne restait plus au milieu des sables de la plage que de tristes débris de ses anciennes tours, lorsque les violentes tempêtes de l'hiver renversèrent ces derniers vestiges et jusqu'au rocher sur lequel ils étaient assise*). Au reste, cette première ruine date du xne siècle, quand la Rochelle commença à prendre une extension d'autant plus grande que la cité voisine, déjà amoindrie, vit son effacement achevé par les catastrophes de son rivage.
C'est vers le milieu du Xe siècle que commencent à paraître dans notre histoire les seigneurs de Châtelaillon, Le plus ancien que l'on connaisse comme chef de la famille est Isembert Ier, dont le nom reviendra souvent, surtout pour deux évoques qui occupèrent le siège de Poitiers jusque vers le commencement du xne siècle. C'est de cet Isembert que naquit, avant la fin du ixe, le Pierre qui fut le premier de ce nom parmi nos prélats. Ode, épouse d'Isembert, avait eu de lui deux enfants dont le puîné Robert eut pour fils un autre évêque de Poitiers, Gilbert, qui succédera en 975 à son oncle Pierre Ier. Il est reconnu aussi par des actes du temps que la maison de Châtelaillon était alliée aux ducs d'Aquitaine, au moins par les femmes (c).
(a) Châtel-Aillon, Castellum ou Castrum Allions. V. ci-dessus, l. LU» la note 14 de la page 452.
(b) Arcère, loc. cit., p. 95.
(c) Mém. des Antiq. de l'Ouest, X1I1, 405.
Cette famille ne régna pas sur le pays d'Aunis sans contestations avec ses voisins. On cite particulièrement un Ebles et un Isembert, le dernier du nom, qui s'ingérèrent en de nombreuses injustices contre les moines de Vendôme, de SainKJcan-d'Àngély et de Saïnt-Maixent. Ebles se fit excommunier quatre fois en quatre conciles successifs; Isembert, â qui une charte de 1151 ne semble faire qu'un compliment de politesse ironique en l'appelant homme pacifique <*>, ne se montra pas meilleur envers ses voisins. Il soutint ses nombreuses injustices par des guerres déraisonnables qui finirent par le ruiner et le condamnèrent â une telle déchéance que ses domaines se réduisirent â l'île de Ré, où il vécut jusqu'à une extrême vieillesse et sans laisser de postérité. Comme toujours en ces âges de foi, il revint après ses derniers revers à de meilleurs sentiments, il dédommagea les abbayes qu'il avait pillées ; tombé dans l'impuissance de mal faire, le repentir Féelaira et le convertit sincèrement.
En lui finit, en 1130, la famille de Chàtelaillon, dont la succession fut envahie par Ebles de Mauléon et Geoffroy de Roehefortj dont nous avons déjà parlé, et qui étaient ses proches parents.
Ces préliminaires étaient indispensables à la mise en scène de l'évoque Pierre Ier } qui occupa le siège épiscopal de Poitiers et fut son quarante-sixième évèque immédiatement après la mort d'Alboin (36).
jmmmvm Ce Pierre était donc fils aîné d'Iscmbert le% et d'Ode, dont on ne nous dit pas l'origine. 11 appartenait, dès avant 932, au Chapitre de Saint-Pierre dont révoque Frotier II l'avait fait prévôt, étant déjà archidiacre du diocèse. C'était un homme de grande piété, de mœurs douces, charitable, et usant d'une grande fortune en faveur des pauvres et des bonnes œuvres- Après Alboin, on ne trouva personne plus digne pour le remplacer. Vers ce temps, Isembert son
(a) Uh <w/j., p. il7; Arcùre, tac, vit.
père était mort. Pierre, déjà évêque, souscrivit une charte par laquelle sa mère donnait à Saint-Cyprien la villa de Gragon, dans la viguerie de Sauves, dont les moines firent bientôt un prieuré sous le vocable de Saint- Sauveur (37).
Il y eut en même temps un certain Benoît dont la per- Jj* ******** sonnalité paraît en une donation d'une villa située dans la châtellenie et viguerie de Thouars <«>, et qui signe Benedictus Episcopus, Benoît Evoque. De là beaucoup de conjectures faites à perte de* vue sur Pexistence et !a dignité du personnage dont on s'embarrassait fort en faisant un évoque de Poitiers : et le gouvernement d'un tel évêque aurait chez nous une chronologie impossible. Tel a été pendant longtemps l'oubli fait des chorévêques dans l'histoire, qu'on s'arrêtait devant cette difficulté qui paraissait insoluble. Or, ce dignitaire était un chorévêque de Limoges, ami et collaborateur de son évêque Ebles, bien connu de nous comme frère du comte Guillaume III (38), Il aura de grands malheurs que nous raconterons en leur temps.
Déjà très âgé lorsqu'il prit la direction du diocèse de Poitiers, Pierre conserva sur le siège où il était élevé les habitudes de sa vie antérieure. Nous le verrons les garder douze ans, et ne mourir que dans une extrême vieillesse. « Les cheveux blancs, disent nos Saintes Ecritures, sont la plus belle couronne de la vertu. »
(a) In condita Thoarchitise, videlicet in ipsa Vicaria.
Ur^.
Note 1
Mont-Ferrant, qu'il ne faut pas confondre avec Clermont-Ferrand, était alors un lieu fortifié ayant son château et son enceinte. La petite ville est si proche de Clermont (Puy-de-Dôme), qu'elle en est devenue comme un faubourg et n'a plus qu'une môme administration avec lui. Sa population rentre donc dans les 40,000 âmes de la capitale du Puy-de-Dôme.
Note 2
Une particularité qu'il ne faut pas négliger ici parce qu'elle tendrait, faute d'explication,. à obscurcir la liste des abbés de Saint- Maixent, c'est que, pendant l'abbatiat de l'évoque de Limoges Ebles, frère du comte Guillaume IU, les longues et fréquentes absences de ce prélat le forcèrent de donner ses pouvoirs à des prieurs claustraux qui le remplaçaient, et que certains historiens ont mat pris pour des abbés titulaires. Ainsi était prieur, lorsque le roi Louis d'Outre- Mer s'arrêta à Saint-Maixent, cet Odon, que nous avons cité tout récemment, et qui s'y comporta en véritable chef de la maison, puisqu'il y présida à une des plus grandes solennités de la liturgie catholique. Ce môme Odon, que nous verrons bientôt abbé de Saint-Liguaire, près Niort, ne le sera en réalité de Saint-Maixent, qu'après la mort ou l'abdication d'Ebles, qui paraît avoir renoncé à l'abbaye avant 966, et à l'évêché de Limoges en 96i, pour se retirer à Saint-Mîchelen-1'Herm, où il ne mourut qu'en 971. (Archives historiques du Poitou, XVI, p. 47.) C'est ainsi qu'il faut considérer comme prieurs claustraux les quatre religieux placés à la suite d'Ebles par Du Temset le Gallia Christiana. Ces prieurs gouvernèrent jusqu'en 9GS, et le troisième est encore ce même Odon qui y figure jusqu'à deux fois en 947 et 963. Or, cette dernière année, Ebles est encore abbé de Saint-Maixent, ce qui exclut nécessairement l'abbatiat. réel de tout autre que lui, mais n'empêcha pas de croire qu'il ne leur ait laissé le titre d'abbés secondaires, comme nous le verrons à la fin de son épiscopat.
Note 3
Pamproux, Pamperosium, Pamprosium, Pamprum, aujourd'hui bourg de 2,300 âmes, du canton de la Mothe-Sainte-Hêraye, à trois
T. VI il
lieues à l'Est de Saint-Maixent. C'était une des paroisses de l'archi prêtre d'Exoudun. Les bénédictins de Saint-Maixent en avaient fait un prieuré dont le revenu était de 1,500 livres, lorsqu'il fut donné, au xvn° siècle, au collège des Jésuites de Poitiers. Six chapellenies avaient été créées dans l'église de la paroisse par divers seigneurs des environs. — Une autre église de Saint-Martin existait à Pamproux, dont le titre paroissial dépendant de l'évoque fut réuni à celui de l'église prieuriale. Son vocable était celui de F Abbayemère, La raison de cette union fut que les protestants ayant fait beaucoup de ravages dans ce pays; il n'y avait plus à Saint-Martin que 300 habitants, tous religionnaires. C'est à Pamproux que se donna, en 1 569, un combat où les protestants, commandés par le prince de Condé, furent battus par le duc d'Anjou. L'église Saint- Maixent de Pamproux est un monument du xne siècle, remarquable surtout par son clocher et des restes de sculptures qui ont beaucoup souffert des hommes et du temps.
Note 4
La charte, si favorable à la fois à la ville de Melle et à Fabbaye de Saint-Maixent, porte, après la* signature de Guillaume Tèted'Etoupes, le titre de Comte de Poitiers et d'Auvergne, auquel il ajouto celui de « Comte du palais ». (Besly, Hist. des Comtes, p. 251; Cartutaire de Saint-Maixent, I, p. 15.) Quelle est la signification de ces derniers mots? On les a diversement interprétés, et toujours d'une façon qui laisse à désirer , car on ne s'appuie en cela que sur des probabilités et des équivoques. (Pour nous, toutes les explications trouvées à ce sujet nous semblent trop vagues, et on peut donner, nous semble-t-il, une application plus simple et plus historique. Le Comte palatin était, sous les deux premières races, un des grands officiers de la Couronne, ayant la haute main sur tous les autres officiers du palais, et par cela môme avait la première dignité dans la maison du roi. Cette dignité ne fut abolie par Philippe-Auguste qu'en 1192, et, par conséquent, elle durait encore en 951 et jouissait toujours d'une haute importance. Ce sera donc à titre purement honoraire, comme il arrivait à d'autres seigneurs, que Louis d'Outre-Mer l'aura donné au Comte de Poitiers en signe d'une parfaite réconcilia tion. C'était donc à peu près ce que la cour romaine désigne encore pour de certains évêques, assistant au trône pontifical.) (V '. Chéruel, Dictionnaire de la France, I, 191 ; Archives historiques du Poitou, XVI, p. 47.)
Note 5
Cet Hastings était depuis longtemps la terreur de la Bretagne, de
l'Anjou et du Maine, où il s'était surtout distingué par sa férocité 'devenue légendaire. Né dans un village de la Champagne, d'une famille de paysans, il Vêtait enfui de bonne heure chez les Normands, dont il était devenu le chef par sa hardiesse et sa capacité. Charles le Chauve avait acheté de lui une neutralité passagère en lui cédant la ville de Chartres, après bien des brigandages qui le firent souverainement redouter en France et jusqu'en Italie. 11 est beaucoup parlé de lui dans les Annales de Saint-Berlin, la Chronique de Raoul Glabert et dans celle de V Abbaye de Jumièges, qu'on trouve aux t. IV, VI et XXIX de la collection de Guizot,
Note 6 #
La Fontenelle, Rois et Dues d'Aquitaine, p. 491, a mal placé cet événement en 948, sans égard à cette différence de vingt-cinq ans qu'il fallait remarquer entre l'époque où commence le rôle d'Absalon, et celle où il finit par le succès de ses efforts.
Note 7
Cf. Marchegay, ub sup., p. 224-231. — Nous avons traduit exactement le texte vraiment bien écrit en latin du moine qui composa au xm° siècle YHistoire de Saint-Florent de Saumur* Nous n'avons pas cru que ce récit serait trop long, tant le charme nous en a paru attachant, et représente avec une spirituelle naïveté le fait en lui-môme et les scènes émouvantes qui s'y enchaînent si agréablement. En invoquant ce texte comme garantie de notre fidélité, nous nous sommes étonné, il est vrai, des inexactitudes commises en plusieurs endroits par certains traducteurs qui ont à peine entendu le côté religieux du récit, et n'y ont vu qu'une de ces anecdotes à rire, et dont, après tout, s'il en était ainsi, l'histoire pourrait fort bien se passer. C'est de la sorte que La Fontenelle (Rois et Dues d'Aquitaine, p. 491 et suiv.), montre trop qu'il n'a pas compris l'esprit de ce siècle, non plus que les habitudes des couvents, et fait retomber cette ignorance à la charge des moines de Tournus. Si c'était une excuse pour un écrivain qui devrait être sérieux, on pourrait lui accorder de s'être laissé inspirer par Bodin, qui se respecte moins encore, et se plaît à montrer dans les religieux de Tournas des routiniers qui se dédommageaient volontiers d'une austérité forcée par des orgies qu'ils ne se refusaient pas à l'occasion. Et cela est d'autant plus mal que le récit du xin° siècle a été reproduit dans toute sa simplicité par les savants bénédictins, Mabillon (AnnaL ord. S. Bened.)j Martenne (Ampliss. colleet., V, 1010) et Lobineau (Hist. de Bretagne, II, 91), lesquels sont autant de copies très
exactes du Livre rouge de Saint-Florent de Saumur (Marchegay, toc. cit., Introduction, p. 23). Or, ce récit original ne prête en rien â ces suppositions indécentes, qu'ont p& seuls inventer des écrivains qui altèrent ou dénaturent toujours nos sources sacrées parce qu'ils n'ont pas étudié assez ni le langage propre, ni les usages particuliers de Ja vie religieuse au moyen âge. Il faut donc se méfier surtout de Bodin (Recherches historiques sur V Anjou, I, 154 et suïv.), qui n'a négligé aucune occasion de donner aux faits religieux la teinte rouge de sa philosophie personnelle ; et cela pour le simple plaisir de faire rire sa galerie aux dépens du catholicisme qu'il nTaime point. Si encore ces messieurs, quand ils traduisent, voulaient bien nous donner le texte* en regard...
Note 8
Ces faits surprenants que le catholicisme a traduits par le mot miracle^ lequel rend fort bien ridée d'un événement digne d'admiration, ces faits sourient toujours très peu aux écrivains irréfléchis qui tiennent surtout à n'y rien voir de ce surnaturel qui les offusque et Jes importune. C'est ainsi que cette tempête, qui vient si opportunément dérouter les plans et les entreprises du duc de France, est racontée avec le sourire du dédain par les deux historiens modernes que nous citions dans la note précédente. En vain, quatre ou cinq de leurs devanciers du x° siècle, contemporains des événements, ïes racontent dans le même sentiment de foi qui nous en fait adopter h surnaturel. Mézerai(II, 14), Mary Lafon, lui-môme, qui n'est pas suspect (Hist. du Midi de la France, II, 100), Besly (Comte de Poict., p. 43), n'y font pas d'opposition et acceptent le récit des premiers chroniqueurs. Nos deux philosophes n'en parlent pas moins en incrédules, et s'inscrivent contre le miracle qu'ils renvoient net ci bien aux bonnes femmes et aux idiots. Le bon sens tout seul leur dirait que l'humanité a toujours cru aux miracles chez tous les peuples du monde, qu'un sentiment universellement reçu est regardé comme une des lois morales de l'univers; que la vie historique de l'Eglise n'est qu'un long miracle, absolument indéniable, que des faits surnaturels, vainement niés de nos jours même, oui des milliers de témoins qui en déposent... — Tout cela ne vaut pas la science des libres penseurs (!!!), qui répondent hardiment à toutes ces preuves évidentes par le stupide argument de J.-J. Rousseau : a Sl tout Paris, disait le Genevois, m'assurait de visu, la résurrection d'un mort, je n'y croirais pasl ». Or, que ceci soit dit pour toutes les circonstances analogues et donne une idée de la force de nos logiciens : c'est ridée-mère de nos écoles sans Dieu.
NOTES DU LIVRE XLIf 325
Au reste, il est à remarquer que nos historiens, à l'égard de ce fait, quand ils ont pas été hostiles à Pidée du miracle, l'ont toujours rapporté comme un fait ordinaire, en dépit des sources primitives d'où ils tenaient leurs renseignements. Ainsi ont fait Vély (Hist. de France, II, 270), qui ne s'est trompé que de 35 fins sur la date de l'événement placé par lui sous Hugues Capetet Guillaume IV; puis Thibaudeau (Hist. abrégée du Poitou, I, 192). Ces écrivains n'avaient cependant pour premiers témoins que ceux du xe siècle, les mômes que nous avons interrogés; ils auraient pu y joindre Hugues de Fleury, Richard de Poitiers, Sigebert de Gembloux, Guillaume de Nangis, la Chronique de Tours, celles de Maillczais, de Sens et l'histoire d'Aimoin; tous cités par Besly (Preuves de ïHist. des Comtes du Poict.y p. 251). Mais de telles gens étaient aussi arriérés que Flodoard et Orderic Vital, assez simples pour croire aux miracles et qui n'avaient pas pu se former sur l'esprit de Voltaire.
Bourgueil-en-Vallée, Burgolium, chef-lieu de canton d'Indre-et- Loire, à 14 kilomètres de Chinon, où une abbaye de bénédictins fut construite en 990, sur un territoire qui était alors du diocèse d'Angers. Nous en parlerons sous le gouvernement de notre comte de Poitiers Guillaume IV, dit Fier-à-Bras.
Note 10
Dourdan-sur-Orge, Dordincum, petite ville de l'Ile-de-France, chef-lieu de canton de Seine-et-Oise, dans une vallée que dominait le vieux château, devenu une maison de détention. Dourdan est à 10 kilomètres Sud de Versailles. Il a de 3 à 4,000 habitants.
Note 11
Cette étymologie du surnom donné à Hugues serait toute latine, et viendrait, dit-on, de Capito, mot employé dans Cicéron pour exprimer un homme ayant une grosse tête. Plaute, le prenant dans le sens figuré, nomme ainsi un homme têtu, entêté, tenace dans ses idées, et ce serait peut-être dans ce sens qu'on l'aurait pu entendre du Duc, qui probablement était connu sous cette dénomination dès qu'il avait pu la mériter. Il était en effet très résolu et d'un caractère fort énergique, selon que tous ses actes l'ont prouvé. Mais quelque chose de mieux nous est révélé par Ducange, qui dit au mot Capetus : « Ce surnom donné au roi qui fut le premier de la 3Û raceT vient de ce que, étant jeune, il avait toujours soin, lorsqu'il voulait jouer, de se découvrir la tête ». « Hugo Capet, sive capucuy sie
dictas quiat dam juoenis esset, eapueia solebet au/erre per ludum t. (Glos$art mihif col. 791.) Il tire ce texte d'un manuscrit sur Charles V qu'il emprunte à là bibliothèque de de Thou, n° 179. Or, si vous recourez un peu plus loin à ce môme volume de Ducange (col. 827), le mot captieiam exprime un couvre-chef, capitis tegumenturn, qui fut d'abord attaché au manteau, à la ehappe, et il cite une multitude d'exemples. Tel serait donc le sens le plus ordinaire et le plus acceptable du mot Capet. Et cependant nous croyons qu'il faut chercher plus loin, et en considérant que le jeune prince se découvrait la tête pour s'ébattre plus commodément, on se persuade'sans peine qu'il ne s'agissait pas tant d'un eapuehonj lequel ne se portait point par tout le monde, ni continuellement, que d'un chapeau mobile, d'un couvre-chef quelconque, séparé, distinct du vêtement, qu'on pouvait mettre et 6ter à volonté, comme déjà on avait commencé à le faire. En effet, c'est avec le temps de Hugues que coïncide l'adoption du chapeau ou de la toque, qui remplaça alors l'usage du capuee, attaché au manteau qui recouvrait le corps, capuee qui servait à se garantir du froid ou delà pluie. Ce genre de couvre- chef-là avait toujours été en usage à la campagne pour les hommes des champs; vers la fin du x° siècle les gentilshommes commencèrent à s'en servir comme plus conforme à leurs habitudes et à leur dignité. Hugues fut peut-être un des premiers à qui l'on remarqua cette coiffure qui semblait ajouter quelque chose à la distinction qu'on lui reconnaissait, et le sobriquet qui lui en resta vint peut-être beaucoup plus, à notre avis, de ce qu'il le portait habituellement parmi ceux qui no le portaient pas encore, que de ce qu'il s'en débarrassait pour être plus libre dans les exercices du corps. — Qui eût dit que les Capétiens se couvaient là-dessous ?
Note 12
Hippeaur Glossaire français du moyen âge, p. 90, dit que le quarteron était une terre dont on ne récoltait que le quart des fruits, les trois autres quarts restant au propriétaire du fond.
Note 13
Marçay, Marciacus, est aujourd'hui une des plus intéressantes communes du canton de Vivonne, cachée dans une sorte de bocage frais et solitaire, qu'arrosent du Nord au Sud les deux ruisseaux du Thouet et du Palais, à travers deux vallées dans lesquelles plusieurs sources s'échappent pour la grande fertilité du sol. Le chef-lieu, qui agglomère avec les deux villages de la Loge et du Fouilloux une population d'un millier d'habitants paisibles et laborieux, est à
8 ou 10 kilomètres de Vivonne au Nord-Ouest et à 5 ou 6 au Sud de l'ancienne abbaye de Bonnevaux. Celle-ci est habitée aujourd'hui, après de nombreux changements de maîtres, par l'honorable famille de Montjou. Les premières chartes qui nous parlent de Marçay remontent à 1073, mais d'autres, titres nous apparaissent ici comme preuve qu'on en parlait déjà en 957, et qu'alors elle était proba^ blement une seigneurie de quelque importance. Son église romane est déjà mentionnée en 1119 sous le vocable de Saint-Médard qui en est encore le patron. Cent ans après, elle est devenue un prieurécure de l'abbaye de Nouaillô qui y nomma. Ce lieu eut plus tard une châtellenie qui relevait de celle d'Etables; mais, avant 1790, elle était de celle de Lusignan aussi bien que de son archiprôtré ot de son ressort royal pour les affaires de justice. — L'église Saint- Médard, qui est depuis assez longtemps en d'assez bonnes mains pour ne pas se ressentir trop de sa vieillesse, a tout son caractère du roman primitif, et commence à se resserrer trop dans sa nef unique et les deux bras de sa croix transversale pour une population qui s'est augmentée et y conserve les habitudes chrétiennes de ses pères. Heureusement, une ressource lui sera bientôt offerte, M. Tabbé Joanneau, curé de Marçay depuis 1856, ayant rapporté de Rome en 1878 une portion du cœur de saint Benoît Joseph Labre, institua dans son église paroissiale un pèlerinage par lequel la dévotion nu saint pauvre s'est fortifiée et y appelle chaque année de lointaines contrées des foules qui s'y réjouissent déjà des nombreuses grâces reçues; si bien qu'il a fallu songer à donner à la précieuse relique un asile plus vaste qui s'élève dan$ le voisinage de Saint-Médard et qui donnera au diocèse de Pokiers une magnifique église digne do rivaliser avec les plus belles par l'intelligence de son plan et l'élégance de son ornementation artistique. Cette œuvre a eu pour duubJe mobile le zèle pieux du vénérable prêtre qui l'a créée et la générosité charitable du diocèse et de la France entière qui s'y sont montrés dignes de ses saints et de sa foi. Espérons que la belle nef qui reste seule aujourd'hui à construire, mettra bientôt un couronnement mémorable à uno entreprise que Dieu daignera protéger jusqu'à la fin.
Marçay a encore cela de remarquable entre les communes d'une si petite population. C'est que non loin de l'église, à l'ombre dTun groupe d'arbres épais, se cache un atelier modeste mais -déjà partout connu, d'horlogerie excellente fondé vers 1870, et conduit encore par MM. Lusseau frères. L'habileté et les prétentions économiques de ces intelligents artistes nous représentent très bien ces anciennes corporations où le travail sans vanité arrivait à des résultats
irréprochables, parce qu'il était le fruit d'une application inspirée par la foi et l'honnêteté .
Saint Germier futévéque d'Angoulème en 511, et vivait encore eu 560. Il était venu se réfugier à Angouléme avec deux disciples, après que les Wisigoths en eurent été chassés par Clovis en 507. — On conçoit comment son culte avait pu s'établir dans le Poitou» et que les moines de Saint-Maixent aient pu lui élever uoe église dans l'enceinte de leur domaine* La fête de saint Germier est indiquée au 16 mai.
Note 15
Le mot Uvreâ employé ici pour exprimer une mesure agraire» est expliqué par Ducange (V. Libra}3 du vingtième de la valeur totale de la terre; c'était donc le vingtième de l'étendue que cette terre pouvait avoir.
Note 16
Dufourj dans ses manuscrits» s'est élevé en une longue dissertation (mihij Appendice au livre 111 du t, II» p, 6), accusant le moine de Saint-Maixent» auteur du manuscrit intitulé : Fragmenium Chronicorum. Comitum. PietauLênaiumj d'avoir fait , dans sa généalogie de la maison de Thouars, une œuvre de complaisance, d'où est résulté une 'suite assez considérable d'erreurs sur ce point important de notre histoire provinciale* Les erreurs, moins nombreuses qu'il ue pense, seraient survenues surtout de ce que les sources manquaient à un pareil travail, faute de pouvoir recourir aux archives de l'illustre famille. M. Imbert,de la Société des Antiquaires de l'Ouest, et habitant de Thouars > où il a pu disposer longtemps des richesses manuscrites conservées dans la famille de la Trémouille , a pu étudier cette question avec le zèle patriotique do savant» et a donné, dans le XIX0 volume des Mémoires susdits» une Notice sur tes vicomtes de ThouarSj qui remet chacun d'eux â sa place, jusqu'Â la prise de possession de la maison d'Amboise en 1397. Désormais, après ces travaux partiels, il oc faudra pas négliger de recourir aux nouvelles sources ouvertes par M. Imbert aux amateurs des études historiques*
Digne de ses aïeux t et estimant que la gloire des grands noms n'est point une chose vaine quand on la comprend comme lui, le noble duc a confié à des mains habiles le soin de dépouiller les archives du vieux château, où sa famille avait pris la place des seconds propriétaires, et a élevé ainsi, â ces illustres souvenirs, un monument bibliographique d'une valeur inestimable, autant par ses
documents originaux que par le luxe princier d'un in-folio incomparable.
Note 17
Nous disons vers 933, parce qu'en 936 Amaury était mort, sans qu'on sache bien le jour ni Tannée, car son successeur, Savary II, souscrivit, en 936, une donation à la môme abbaye de l'église de Saint-Séverin deMilly, faite par notre évoque Frotier IL (V. CariuL de Saint-Cyprien, p. 207; Dictionnaire de Redet> V° Chavigné et Imbert, Mémoires des Antiquaires de l'Ouest, XXIX, p. 328.)
Note 18
Chavigné, Caoaniacum cilla, n'est plus qu'un bois, dans la commune de Smarve, près d'Asnières, dans le canton de la Villedieu. Il appartint jusqu'en 1792 à Saint-Cyprien, et comptait alors soixantehuit arpents. On voit qu'à cette époque Smarve était dans la quinte de Poitiers.
Note 19
De Tézac ou de Thézac. C'est le nom d'une commune de l'arrondissement de Saintes, canton de Saujon. Thézac a de six à sept cents âmes.
Note 20
Le droit d'ancrage se percevait dans les ports sur tous les navires qui prétendaient y mouiller, et ce droit était proportionné an nombre de jours qu'on devait y passer. Le droit de lestage était payé par quiconque prenait du lest ou des exportations dans un port où un impôt était payé pour ce fait à l'administration maritime. Le droit d'ancrage s'appelle aujourd'hui le droit de mouillage, celui de lestage
n'a pas changé de nom.
Note 21
Ce Bernard figure honorablement dans le dyptîque des évoques de Saintes, (Gallia Christ., II, col. 1070 et suiv.); Bernard, premier du nom, aurait siégé, dit M. Rainguet (Biographie saintongeot3e)7 vers 1145 jusqu'en 1167, année de sa mort, d'après Fabbé Briand (Histoire de l'Eglise santonne, I, 304).
Note 22 Rochefort n'apparaît guère dans l'histoire qu'en même temps que la Rochelle, et les deux villes marchent à peu près parallèlement quant à leur origine et à leurs progrès. Rochefort t cependant, ne date réellement que de l'époque où Louis XIV fonda lo port, devenu une de nos préfectures maritimes. La première fondation fut monumentée par une médaille à l'effigie du grand roi, frappée en HjGG, Rochefort a 23,000 habitants. Il est arrosé par la Charente, qui
a son embouchure dans l'Océan, non loin du port, et la ville est une des plus jolies du littoral par la régularité de son plan.
Note 23 Saint-Liguaire, Sanctus Leodegarius, est aujourd'hui un petit bourg de 1,000 âmes, du canton et à 5 kilomètres de Niort, dont le territoire forme une presqu'île entourée par la Sèvre-Niortaise , et composée en plus grande partie de champs fertiles, de prairies et de marais.
Note 2i
Emanville, et non Emandreoille, comme on Ta imprimé quelquefois, est un chef-lieu de commune de 400 âmes, du canton de Pavilly, département de la Seine-Inférieure, au Nord-Ouest de Rouen.
Note 25
Quelques auteurs qui rangent Adèle parmi les abbesses, lui assignent la première place et la font mourir cette année» 952. Ce serait donc douze ans après sa mort que son œuvre se serait vue achevée. L'abbesse qui la suit est de Tannée 950. — Ce serait au moins une preuve, si l'abbatiat était certain. D'autre part, comment s'arranger avec une note manuscrite que je crois de Dufour, et le résultat de recherches faites par Besly (Comtes, p. 248», d'où suit que cette Adèle vivait encore en 902. De plus, elle ajoute à sa signature Alaïnœ, nom qu'on ne lui connaissait pas encore, ces mots: Comitissœ quœ FUIT monacka, « Comtesse qui fut religieuse >.
Elle ne l'aurait donc plus été alors ? Ajoutons que cet acte est daté dans Besly de la première année de Louis V qui venait de succéder à Lothaire. Ludovieo rege, anno I, ce qui attesterait encore que la Comtesse , ancienne religieuse, n'était pas morte en 987 ou 988. Qu'on juge par cet imbroglio, à quoi est maintes fois réduit le pauvre historien obligé de se livrer à de si récréatives discussions.
Note 26 Fiais, que sa position sur le Clain distingue de trois ou quatre autres aussi peu importants dans l'appréciation des géographes, est le Flaïaeus de 924, le Flagicus de 936 et de 962. Aujourd'hui, c'est le village de Fleix, commune de Saint-Benoît-de-Quinçay. Il n'a que 50 habitants, et fut distrait en 1832 de la commune de Poitiers où il avait été compris dans la paroisse de Sainte-Radégonde. Il avait dépendu jusqu'en 1790 du monastère de la Trinité et du Chapitre de Saint-Pierre-le-Puellier, qui le possédait déjà en propre en 1196.
Note 27 Secondigné ne doit pas être confondu avec Secondigny-cn-Gàtine,
chef-lieu de canton de l'arrondissement de Parthenay (Deux-Sèvres). Notre Secondigné, Seewdiniaeum, comme son homonyme, est une très ancienne localité du l'ancien payas de Brioux. C'est aujourd'hui un chef-lieu de commune du canton de ce m£me Brioux, ayant une population de 1,100 âmes. Des prairies, la Belle et la Boutonne qui les arrosent, la forêt de/Chizê qui l'avoîsine, la dédommagent autant que possible des gloires historiques dont elle est ]>ri\ée. Le moyen âge avec son église romane de Hamt-PitTre-és-Liens, avec son château oublié, nYn garde pas moins quelques vagues souvenirs du patronage de la Trinité et de la chatellenie de Chizé.
Civaux. On ne comprend guère comment les Bénédictins du GalUa Christiana, et avec eux Besly et La Fontcnclle, ont écrit dans leur copie de cette charte Vicaria Sieutcnsis, quoique le véritable texte de la charte d'Àlboin porte Stccalensis ; ce serait à faire croire à deux vigueriea dilTûrenlcs dont la seconde n'ajamais existén La viguerie de Civaux, dont nous avons parlé d'ailleurs ci-dessus (t. III, p. 58, 82 et 142; — V, 170, 171 et 181), doit donc toujours être Vicaria S icvalensLs.
Note 29
Coulombier, Vicaria Colombaru, aux environs de Chaniemerlû. Cette viguerie avait été détachée de la viguerie de Sauves. Nous en parlerons plus tard.
Notr 30
Alboin avait un sceau fort curieux au point de vue archéologique, trouvé en 18G3 par M. Fil- Ion, de Fontenay, le même qui avait rencontré en même temps l'anneau de sainte Radégonde dont nous avons parlé ci-dessus (Appendice du t. III).
Ce sceau était .en cuivre, de forme quasi ovale , et se circonscrivait par
Sçta
uu bord continu de petits points ronds (ûu pertes}, très ré* gulicrumeuî liés : il décrivait un cercle de 0,01 de haut sur 0,03 ûq large. Au rentre, une main élevée en pat tient de ses quatre doigts le tau ou petit bâton pastoral, très semblable par sa forme h ce lui qu'avait dans son tombeau l'ÔYÔque de Limoges fii rard, mort en 10224
à Charroux, où son corps entier fut reconnu en 1850, et repose aujourd'hui dans Péglise paroissiale de Saînt-Sulpiee. La légende circulaire porte les deux mots : ALBOINI EPISCGPI, en majuscules romaines, revêtues toutefois de cette lourde épaisseur que l 'école romane laisse toujours à son épigraphie comme à ses constructions.
a Ce sceau, nous écrivait M. Fillon, est le plus ancien monument de ce genre qu'on connaisse pour l'épiscopat européen; i mats il s'y trouve une difficulté d'interprétation quant à un des détails de l'image. Au-dessus du poignet, et inhérent à la manche dont il semblerait un appendice, est un objet qu'on prendrait tout d'abord pour un écu armoriai t si Ton pouvait en attribuer l'usage au \c siècle. N'en fût -il qu'un rudiment informe, encore serait -iï difficile à décrire, car le champ coupé à quatre pans serait partagé par deux faÊcêSj et ce serait tout, a moins que l'on ne prenne encore pour deux besans deux espèces de boutons placés en chef, entre le bord supérieur du cadre et la première fasce. Bien entendu, on ne trouverait dans ces armoiries imaginaires, disons môme impossibles, ni émaux, ni aucun des autres détails de Técusson blasonné. Nous aimerions mieux regarder l'objet en question comme une espèce de boude appliquée à la manche; les prétendus hesans seraient alors des boutons de celle-ci, et si bizarre que fût un monument de ce genre, il n'aurait d'autre importance que celle d'un non sens archéologique dont il n'y a plus à s'occuper sous peine de perdre son temps.
Ce que nous venons de dire sur le sceau en lui-même, nous avait été révélé par M. Fillon qui nous l'écrivit en date du 4 février 1866. Mais il n'entrait dans aucun des détails qui précèdent ; il ne parlait nullement de l'origine du sceau dont il nous envoyait l'empreinte telle que nous la reproduisons ici avec toute la fidélité possible; mats il ne laissait en rien paraître qu'il en soupçonnât l'authenticité.
Cependant il faut dire ici que ce dernier caractère a paru quelque peu suspect à des savants très adonnés à ce genre d'études, fort écoutés à l'Institut et à l'école des Chartes, tels que MM, Léopold Dclisle, Anatole de Barthélémy, Anatole de Montaiglon et Charles Tranchant. Ils ont contre le sceau, outre leurs préventions consciencieuses, une objection qui semblerait d'abord de grande valeur : Où est la charte originale? Ne pourrait-on pas, en la comparant au sceau, y découvrir quelques-unes de ces incompatibilités qui la ferait repousser? Pour nous, en nous inclinant devant des maîtres expérimentés, et auquel nous nous confions pleinement, nous sera-t-il permis de faire observer que le sceau en cire apposé à une charte quelconque, ne prouverait rien contre la matrice dont oq l'aurait tiré, que la forme de notre cuivre, les lettres et Ja légende.
le dessin de l'ensemble, le nom même du possesseur Alboin, très répandu dans la charte du x° siècle, semblent autant de témoignages en faveur de l'authenticité recherchée? Quant à l'appendice très controversé, et qui le sera toujours, croyons-nous, tant il ressemble peu à quelque chose de reconnaissable, sa présence quelque mystérieuse qu'elle soit, ne pourrait ni infirmer la valeur historique de l'ensemble, ni son authenticité qui semble encore ressortir de la présence dans la légende de l'S renversé faisant partie du mot EPISCOPI.
Note 31
Nieuil-Ï Espoir, commune de 800 âmes, arrosée parle Miosson, a toujours sa paroisse de Saint-Gervais et de Saint-Protais, qui dépendait de la Trinité de Poitiers. Cette église de Nieuil avait pour annexe celle des Roches-Prémary du vocable de Saint-Nicolas, et qui appartient aujourd'hui à la paroisse d'Andillé. Nieuil était avant 1790 de la chàtellenie de Poitiers et de l'archiprêtré de Gençay. Simple villa en 1098, on la voit en 1119, décorée de sa première église, la môme qu'aujourd'hui.
Une curieuse observation se rattache au surnom de Y Espoir donné à Nieuil, tel que nous l'écrivons aujourd'hui, dès 1477. On en chercherait encore la signification si, en 1775, les Affiches du Poitou de Jouyneau des Loges, page 22, n'avaient établi nettement, et sans doute d'après quelque document très bien fondé, qu'on trouvait daas le mot Espoir une traduction du mot latin Spadarum (Nioliam Spedarixm), le Nieuil-des-Epées ; car la tradition, dit l'auteur anonyme de l'article, maintenait en ce lieu le souvenir d'une fabrique d'armes blanches dont les ouvriers étaient nommés spatarii^ ensium fabri..., dit Ducange. Ceci parait d'autant plus fondé que Poitiers était renommé pour sa fabrication des armes de combat et des armures dont où s'y couvrait: cottes de mailles, boucliers, casques, etc., et nous ne serions pas éloigné de penser que cet atelier aurait été établi à Nieuil par quelques-uns de nos comtes qui en firent une succursale de ceux de Poitiers. Cet établissement se serait fait au x° ou xie siècle, lorsque les guerres furent très vives entre eux et les comtes d'Anjou ou d'Angoulème. De là le surnom donné à Nieuil et qu'on lit dans les chartes du xive siècle sous des formes qui varièrent beaucoup dans la suite, mais dont la filiation a conduit évidemment à celle que nous avons aujourd'hui, l' Espoir T employé déjà en 1432, après avoir passé par toutes les variantes d'un français qui s'établissait au milieu de ses hésitations ordinaires : Le&paer en 1310; YEspayer en 1315; Lespayer en 1328, et ainsi avec des variantes qui persistent selon la prononciation parlée ou écrite
jusqu'en 1510, où l'on trouve encore Lespayer dans un acte de l'abbaye de la Trinité. C'est sans contredit une de nos étymologies géographiques les plus singulières, et dont on se serait moins douté. (V* Redet, Dictionnaire de la Vienne et Bulletin des Antiquaires de l'Ouest, XIV, 2<J2.)
La Villedieu, Villa Dei en 1072, chef-lieu du canton de l'arrondissement dû Poitiers, a 500 habitants. On l'appelle souvent, dans les titres officiels la Ville- Dieu du Clain, quoiqu'elle soit, à 3 ou 1 kilomètres de cette rivière qui coule vers l'Orient. C'était une ancienne Commanderie du Temple qui passa à l'Ordre de Malte, dont le titulaire conférait la cure. Le lieu était de l'archiprêtré de Gençay et de la châtellenie de Poitiers. La commanderie était toute voisine de l'église qui peut-être lui devait son nom de Saint-Jean.
Non loin de là existait déjà, en 1251, un château dont les restes sont actuellement sur la commune d'Alonnes et qu'habitait le commandeur. Il existait encore en 1615, et n'est plus qu'une ferme. On voit mentionné à la Ville-Dieu, en 1360, et sans doute bien avant, un hôpital fondé par la Commanderie. L'église de Saint-Jean, dont l'origine est romane, a été souvent remaniée, et ses remaniements gardent encore des portions de ses médaillons symbolisant surtout les vanités si variées de l'existence mondaine. En un mot, l'ensemble des sculptures de cet édifice, heureusement conservées en grande partie, offre une attachante étude comparative de ces ressources de Tart chrétien, qui a chez nous une expression toute locale, et une philosophie ijui autorise singulièrement les intéressantes données de la science symbolistique.
A ces notes, ajoutons quelques mots des Roches Prémary, sur lesquelles il est bon de nous arrêter quelque peu.
Les Roches Prémary sont un village de la commune d'Andillé, ancien chef-lieu d'une commune qui y fut réunie en 1819. Au Levant et au Couchant de ce village de 250 habitants, restent encore plusieurs rîolpneus, plus nombreux autrefois, et à quelque distance du bourg se voit toujours l'ancien château du lieu qui fut, au xv* siècle, uneconstruction de l'abbaye de Montierneuf. Cette abbaye l'avait reçu en 1QG9, lors de sa fondation par Guy Geoffroi, duc d'Aquitaine. C'était une terre considérable et de grand rapport, nommée Pratum maladîctum, Pré-Maudit, en souvenir sans doute de quelque malheur dont elle avait été le théâtre, et par une de ces audaces de traduction ou d orthographe dont nous avons vu de nombreux exemples, le même lieu s'était nommé tour à tour Pré-Maly, Prémrie, que l'ignorance officielle a reproduit et changé en en faisant Prémary.
Quelle que fut la cause de cette antique malédiction, la terre avait prospéré sous la bêche des Cisterciens; mais au xv° siècle, elle ne fut pas plus assurée que bien d'autres contre les entreprises de la Praguerie, émeute de paysans qui troubla la France en 1 I 10, sous Charles VII, et fut encouragée par le Dauphin, depuis Louis XL C'était l'époque où les Hussites, disciples do l'hérétique Jean Huss, ensanglantaient la Bohême, dont Prague était la capitale aussi bien que le berceau de la révolte. Les religieux obtinrent en 1-143 du roi Charles VII la permission de s'y fortifier par un château entouré do murs, de fossés et autres moyens de défense. Aux Roches, les moines de Poitiers avaient fait un prieuré qui, en dernier lieu, appartint à l'abbaye de la Trinité. (V. Pouîllé de Poitiers de 1782; celui de M. Bauchet-Filleaii, p. 370; — P, Fonteneau, XII, 521 ; — Mémoires des Antiq. de L'Ouest, XI, 362; XIU, 332; — Bulletins, IX, 247; — Redet, Dictionnaire topograpkiquû de la Vienne.)
Note 33
Nous réfutons ici une boutade peu réfléchie de La Fontenelle, trouvant dans son Histoire des Rois d'Aquitaine et des Comtes de Poitou, p. 517, que, dans Guillaume III, on ne reconnaît ^as un grand prince, sans dire le moins du monde ce qu'il faut avoir fait pour l'être, et sans doute parce qu'on ne Test pas quand on n'a pas opprimé le monde et fait sa fortune à ses dépens. Ce sont de ces fausses idées qu'une histoire sérieuse ne doit pas professer, et nous devions rétablir ici une juste appréciation d'un prince qui devrait nous être cher, car c'est par lui que les ducs d'Aquitaine devinrent en môme temps les comtes de Poitou, et qu'on doit à son énergie, bien préférable à celle des conquêtes, le solide établissement d'un gouvernement autonome qui brilla entre tous dans la France du moyen âge. Les idées fixes ou incomplètes daus l'associé de Dufour, vont jusqu'à tempérer l'éloge qu'il fait, un peu malgré lui, de l'attachement de Guillaume à la dynastie carlovingienne, en lui reprochant d'avoir eu une fille « qui devait perpétuer la race appelée à la spolier » : le critique oublie donc que la fille n'épousa Hugues Capot qu'après la mort de son père? Mais qu'y a-t-il de pire que cette accusation d'avoir « abandonné sa capitale sans la défendre », quand cet abandon prétendu n'est qu'un habile moyen de forcer l'ennemi à lever le siège, comme il arriva? De là notre critique, qui n'a rien compris à ce qu'il appelle « cette position de choses », conclut, aussi bien que de beaucoup d'allégations de même force, qu'on avait bien fait de surnommer Guillaume Tête~d'Etoupe$j étant un homme « de peu de sens, de peu de bruit, sans vertus et sans vices »; et enfin il
33G NOTES DU LIVRE XLIl
découvre que ce Bégon, à qui le prince fait rendre gorge pour ses exactions envers Je monastère de Saint-Maixent, était un favori * qui le mît en tutelle et dirigea toutes ses actions durant cette période ». Quelle période? notre auteur oublie de la désigner... Mais il conclut qu'il faut * le livrer à une sorte d'oubli ». Jamais jugement porté sur un souverain ne fut plus injuste ni moins motivé. Et voilà comment on écrit l'histoire 1 Voilà surtout comment notre prédécesseur avait digéré un travail où les recherches ne manquent point, il est vrai, mais où abondent d'énormes négligences, un désordre désolant pour qui l'étudié, et une foule d'appréciations qui prouvent l'ignorance de beaucoup des choses dont il parle, et une remarquable insuffisance d'écrivain.
Note 34
Les Rôles sont la traduction du latin rotuli, rouleaux, parce que, à cette époque, les chartes, traités, diplômes et autres pièces importantes se roulaient et formaient dans les archives des séries auxquelles pendaient les sceaux qui les faisaient facilement distinguer. Le mot est resté dans notre langue pour exprimer les registres des contributions ou impôts.
Note 35
Nous avons tiré presque tout ce qui regarde ici l'île d'Oléron de l'Histoire de la Rochelle du père Arcère, ouvrage remarquable par beaucoup de qualités, mais où nous avons dû modifier certains faits de chronologie et d'histoire dont les preuves manquent, et qui reposent quelquefois sur des appréciations trop personnelles du savant auteur. (V. Hist. de la Rochelle, in-4°, 1756, I, 76, passim.)
Note 36
Notre excellent et toujours regretté ami, M. Léon Faye, publia en 1816, dans les Mémoires des Antiq. de l'Ouest, XIII, p* 383, une dissertation sur la famille de Châtelaillon. Dans ce travail, il s'est proposé d'établir contre Arcère et d'autres historiens modernes, que nos évèques de Poitiers, Pierre Ier, Gilbert, les deux Isambert, et enfin saint Pierre II, qu'on avait toujours regardés comme des membres de cette famille, ne lui tenaient en rien. Nous avouons n'avoir pas été convaincu par les preuves que l'auteur a prétendu donner à cette thèse. A notre avis, Arcère n'est pas autant à dédaigner qu'il le dît. Sa seconde partie surtout, du travail de M. Faye, où il développe ses raisons, nous semble manquer de clarté et se contredire avec la première où il établit la généalogie en question
avec les mômes éléments qui ont guidé nos devanciers, C'est pourquoi nous bous sommes bien gardé ici de contester avec le docte critique les anciennes données émises par Arcère, le Gallia Christiana, Besly, Dutems, Dreux du Radier et d'autres encore. Nous avons préféré le Mémoire écrit par M. l'abbé Cochet en réfutation du système de M. Faye, et dans lequel la question nous parait traitée de la seule façon acceptable. (V. Mémoires cités plus haut des Antiq. de l'Ouest , XX.) Les raisonnements de ce dernier sont d'une solidUriégoureuse,
Note 37
Cette villa était située au lieu appelé aujourd'hui Gragon, dans la commune de Saint -Jean -de-Sauves. Elle n'est plus qu'un hameau de 12 habitants groupés autour d'un moulin, sur la Chenelle, petite rivière qui n'est autre que le Prepson qui prend le nom de Chenelle, Kardelena, près de Messay, autre commune du canton de Moncontour, à 3 ou 4 kilomètres au N.-Q. de Saint- Jeande-Sauves. Ce Gragon est mal écrit dans la charte de 932, in Vicaria Gregorius ; il faut lire : in Villa ; et l'on voit en une autre copie, citée par M. Redet, que ce même lieu a pour nom Villa Gragoni, dont la traduction vit encore. Le prieuré a été souvent nommé par les habitants des environs l'abbaye de Gragon, qu'il portait encore dans un acte de 1672. Tout a disparu depuis longtemps, les habitations, la villa et la petite église de Saint-Sauveur; il ne reste que le moulin, qui représente toujours le x° siècle sur la Chenelle, aux regards de quelques paysans qui ne s'en doutent guère,
Note 38
Besly, qui ne comprenait pas non plus qu'il pût y avoir deux évoques en môme temps dans la môme église, supposait comme dernière ressource que ce mot Episeopus aurait été un nom propre plutôt que l'expression d'un titre et d'une dignité; comme si, à une époque où tout ce qui était ecclésiastique était entouré de taot de respect, un particulier aurait pu s'affubler d'un nom emprunté à un caprice qui aurait eu toutes les apparences d'un sobriquet, au bas d'une charte où figuraient les noms des dignitaires les plus respectés de la province.