‹ Histoire générale civile, religieuse et littéraire du Poitou. 5Chapitre 8 sur 18 · LIVRE XLIH · texte numérisé non relu

LIVRE XLIH

Depuis l'avènement de Guillaume IV, comte de Poitou

et duc d'Aquitaine,

jusqu'à la fondation de l'abbaye d'Airvault ;

et renseignements sur

plusieurs seigneuries du bas poitou

(De 963 à 976)

ous avons traversé jusqu'ici des temps difficiles où l'historien ne marche qu'avec peine en des sentiers toujours étroits ou rocailleux. La multiplicité des mêmes noms, les enchevêtrements des lignes généalogiques, les obscurités des chroniqueurs peu expérimentés encore des choses et des personnes sur lesquelles ils s'exercent à des récits incomplets, sont autant de motifs d'indulgence pour ceux qui ne peuvent les suivre qu'avec beaucoup de réflexion et de labeur, et à qui de certaines inadvertances peuvent échapper sans conséquences bien graves pour l'agencement de certains faits secondaires. En abordant les règnes mieux connus de nos comtes devenus les maîtres de l'Aquitaine, et plus en vue à ceux qui recherchent leurs moindres gestes, nous marcherons donc plus au large, et nos récits s'éclaireront de traits plus distincts et plus lumineux. Forcément mêlés aussi à l'histoire générale de la France

Mirtliede l'histoire mieux éclairée à partir delà iccim-k moitié du X' siéue.

qui va s'agrandir en affirmissant l'autorité do ses rois, nous aurons cependant à nous en détourner pour nous replier sur nous-mômes, grâce à l'indépendance conquise par nos souverains,

iinuîïI!SerivmcJlUe Quand parut Guillaume IV, en effet, beaucoup de difficultés s'étaient aplanies, do celles qui avaient coûté tant d'efforts à ses devanciers. Les titres assurés aux officiers principaux des provinces, la possession des terres, l'administration de la justice, le droit de paix et de guerre, tous ces privilèges de la royauté qu'elle avait imprudemment cédés étaient passés aux seigneurs. Un nouvel ordre de choses était fondé et commentait pour la France un régime que des lois irrévocables allaient répandre dans toute F Europe, en créant pour chaque nation chrétienne un

d»<F . -liants pnur h code partout respecté et suivi. Et si la- couronne royale

««ire. brillait sur toutes les autres, celle des ducs, des comtes et

des barons n'en jetteraient pas moins leur éclat sur les possesseurs des grands fiefe et leurs nobles subordonnés. Jusqu'au xne siècle et au delà, on voit dans les manuscrits des bibliothèques monastiques, notre duc d'Aquitaine Guillaume le Pieux et Guillaume le Conquérant tenant le sceptre fleurdelysé, comme ailleurs Hugues Capet et saint Louis (a);

^uUdeV,uïuim£ À son avènement, le (ils de Guillaume III reçut, avec la succession de son pore et le nom qui revenait pour la quatrième fois aux ducs d'Aquitaine, les riches domaines formant les territoires du Poitou, de la Saintonge et du Limousin. Il faudrait y ajouter l'Auvergne et le Velay, au dire de Besly<*>v si ces deux pays, longtemps unis sous un mémo gouvernement, n'étaient tombés aussitôt après la mort de Tôte-d'Etoupes, aux mains du comte de Périgord, Guillaume IV, dit Taillefery qui s'en était emparé par

fa) Vie de saint Hugues^ abbé de Cluny, par [>, Lliuiilier, abbé de Solesmo, in-80, 1849.

(fr) Comte* de Poirt., p. 40, réfuté en cela par l'Art de vérifier InDatet,

\, m et vn.

D'où fui Tenait c*

violence et les donna, à titre de vicomte, à un de ses parents, tout en s'en réservant la suzeraineté. Taillefer, par cette reprise, ne faisait, il est vrai, que revendiquer un droit à lui conféré en 951, lorsque Louis d'Outre-Mer l'en avait nanti, en même temps que du duché d'Aquitaine, au préjudice du fils de Raymond Pons. Quoi qu'il en fût, c'était un bel héritage que recueillait le duc d'Aquitaine, et dont l'éclat s'augmentait encore d'une inamovibilité désormais incontestable.

Le surnom de Fier-à-Bras donné à ce nouveau comte par tous les historiens, lui venait de sa force extraordinaire qu'on avait remarquée en lui dès sa jeunesse (1). Les premières années de son règne furent assez tranquilles ; *ne succédant à son père qu'à l'âge de vingt-neuf ans, et ne paraissant mêlé jusqu'alors à aucune des affaires politiques qui, d'ailleurs, avaient laissé le règne précédent en des conditions paisibles. Telles furent également les premières années du régne de Guillaume IV. Nous l'avons vu épouser en 951, lorsque à peine il avait dix-neuf ans, Emma, fille du comte de Blois Thibaut le Tricheur, dont le caractère brouillon et peu loyal avait pu exercer sur le sien de mauvaises influences. Quoi qu'il en soit, on ne trouve rien de saillant dans la' première année de son gouvernement, et nous allons profiter du silence de l'histoire à son égard pour nous occuper des Ordres religieux de cette époque et de quelques notions géographique qui s'y rapportent.

La Chronique de Maillerais, plus justement appelée de ,i4iï,ia*w'l'ew Saint-Maixent w, comme nous l'avons dit, mentionne, après bien des incertitudes sur les années précédentes ? un acte de mai 964, où Kadelon, vicomte d'Aunay et sa femme Sénégonde donnent au monastère de Saint-Maixent un alleu appelé Vinax (2).

A cette même époque, Foulques était abbé de Nouaillé depuis 961, lorsqu'avait disparu Frotier, neveu d'un do nos

(a) 1). Bouquet, Script, Gall. t. X, p. 214.

évêques de ce nom r^). Il était encore en charge, lorsque, en 991, sa maison reçut de deux époux qui l'aimaient, Airaud et Isemberge, une vigne située au champ-ctos* dans un faubourg de Niort, et par ce champ-clos, il faut entendre sans doute celui où avaient lieu les duels judiciaires, dont la coutume dura jusqu'à l'ordonnance de Philippe le Bel, qui l'abollit en 1312, au moins en matière civile <*>.

Saint-Cyprien continuait aussi de recueillir de grandes faveurs de la part des fidèles. En 965, il y avait dans la viguerie de Thouars une villa de Campaniacum, qu'il est difficile de distinguer de bien d'autres répandues dans le même pays, mais qui pourrait bien être, en considérant sa position, le hameau de Champin, encastré de nos jours dans la commune de Fennery, canton de Parthenay. Cette villa appartenait a une dame Alaïde qui la donna tout entière à son couvent de prédilection. Un Guillaume, qui n'est pas le comte, lui abondonna aussi plusieurs héritages dans les pagus et viguerie de Thouars, dans celles de Thénezay et d'Àrdin, et dans celle de la Cbapelle-Thireuil (3), où figurent, parmi les terrains donnés, le village d'Oulmes (4), sur la marche des deux départements des Deux-Sèvres et de la Vendée.

Ma!1 trtMlcll*ï" L'histoire en transmettant ces opérations notariées, qui ne s'étaient jamais plus multipliées qu'à cette époque, et qui le deviendront bien plus encore dans les trois siècles suivants, ne peut avoir pour but d'énumérer une longue et fastidieuse suite de ces générosités princières qui, aux yeux de nos sceptiques contemporains, passent pour des profusions inutiles et un regrettable gaspillage de terres et d'argent. Elle se propose au contraire de nous faire connaître avec l'esprit des siècles passés, certains usages peu connus et qui doivent toujours compléter la connaisfa) Chrmiir, MatL. ob supr, p. 203; - GnU. Christ., Il, col* Hfrt. (b) Art. de vérifier tes Date$, VI, p. ilJ.

sance de ces périodes reculées. Après la géographie locale, c'est certainement le meilleur fruit qu'on en puisse retirer. Les termes mêmes, usités alors dans ces actes, doivent être relevés au profit du lecteur, pour la science du droit, de la jurisprudence, du commerce et des diverses industries. Les variations amenées dans les noms de personne apparaissent aussi à diverses époques dans ces nombreuses signatures qui confirment les transactions écrites. C'est par tous ces motifs que l'historien doit recueillir les moindres circonstances qui y impriment un reflet des mœurs ou des opinions, et très souvent même y font découvrir les origines des familles avec leurs développements, leurs progrès ou leur décadence, ce dernier mot de toutes les choses humaines.

Nous avons même à y obsorver certaines clauses, qui ne se< ternes ùn;-*^. sont pas encore trop mal vues aujourd'hui, et méritent l'attention des légistes de notre temps qui s'en sont parfois trop distraits. Ainsi, il n'est pas rare de rencontrer, en des conventions de ventes ou d'échanges, ces conditions de réméré, qui ne cédaient une propriété à un tiers que sous la clause expresse qu'après avoir appartenu à une ou deux générations dans la famille du preneur, le fond vendu ou donné à cens, reviendrait à celle du bailleur, ce qui était un moyen à celui-ci de se procurer de l'argent pour un besoin momeirtané, ou un fond ]de terre dont on désirait avoir l'usage sans fruster les héritiers légitimes d'un patrimoine qu'ils eussent aimé à garder <<o. Notre époque n'avait pas ignoré ce qu'on pouvait retirer en droit commun d'un tel moyen, lorsque, en 1826, le projet de loi présenté à la chambre des députés sur le retour du droit d'aînesse, permettait au père qui donnait à un autre qu'à son fils aîné la quotité disponible, d'ordonner qu'à la mort du donataire, elle fît retour à ses enfants ou petits-enfants (*).

(a) D. Fontcneau, XV, 141, et bien ailleurs.

(b) Cf. Védrenne, Vie de Charles X, II, 173.

Emà ceiie èma* Nous voyons donc vers le temps que nous parcourons,

da monaïlôre et de lâ * ri r 7

bufLiqua da saîot- dans une charte de mai 965, que notre église Saint-Hilaire si différente aujourdMmi, était accostée, entre les bâtiments qui l'entouraient dans son faubourg, d'un château-fort, récemment élevé pour l'abriter contre les attaques par trop re itérées des Normands. Cette construction dominait la vallée où les marais formaient alors une défense pour la ville, et, au lieu de ces maisons resserrées les unes contre les autres, c'étaient d'immenses dépendances de cet énorme établissement, dont l'enceinte était assez considérable pour contenir des terres labourables, des vignes et des vergers, objets de contrats de vente, de baux à ferme, mais seulement entre les chanoines et les clercs, et jamais à d'autres, l'intérieur de cet immense local comprenant des logements et des moyens de résistance qu'il n'était pas bon de laisser hanter par qui n'était pas de la famille. On voit aussi que l'cglise de Sainte-Triaize, déjà ancienne dans ce quartier, avait dans son voisinage des terres à complant qu'un diacre du Chapitre lui cédait pour une redevance de trois deniers de cens (5),

3i£S(iïïï*ïe Jfl ^ Saint-Maixcnt, l'abbé Rainulfe, qui gouverna de 963 à 993, et que le digne évoque de Limoges Ebles avait beaucoup servi de ses largesses, donnait en juin 966, à . Jammon, â Ermengarde sa femme, et à un de leurs parents, Après leur mort, moyennant seize deniers de rente annuelle, un moulin situé sur la Belle (6), des terres, prairies et cours d'eaux, dans la viguerie de Melle, sur le territoire d'un village nommé alors Védrina, et que nous appelons encore Verrines (7).

Gaiïii^Tv.6* Le duc Guillaume IV ne restait pas étranger à ces

générosités empressées. Nous voyons son zèle se manifester surtout en 908 envers Saint-Cyprien, la grande célébrité du temps, et Saint- Jcan-d'Angély que les princes poitevins avaient toujours favorisé. On voit cependant en 969 et 970, qu'il ne néglige pas Saint-Hilaire, où son frère le trésorier lui inspire des arrangements en faveur de la communauté

ou de particuliers qui l'y intéressent. C'est à lui surtout qu'elle doit en cette dernière année la restitution de la terre de Courcosmes et de ses villages enlevés au monastère en des circonstances qui ne permettaient pas au prince d'en conserver la possession (*).

Nous devons noter comme arrivée en 966 et le 2s mars, la mort de Flovoard ou Flodoard, ancien chanoine de Reims, qui avait écrit une Histoire de cette Eglise Jusque Tannée même de sa mort. Nous en parlons ici parce que nous Pavons cité maintes fois comme une source aussi exacte qu'intéressante, d'où jaillissent les principaux événements de son époque. Flodoard était abbé de Saint- Remy de Reims, selon la plus commune opinion, lorsqu'il mourut au milieu de ses travaux à quatre-vingt-treize ans, savant vénéré de tous, et ce qui vaut toujours mieux, enrichi de vertus qui le faisaient regarder comme un saint (h.

Une œuvre importante et qui devait laisser de longs souvenirs dans notre histoire, fut entreprise durant tannée 969. C'est la fondation du célèbre monastère de Maille/ai*, dont les détails rapportés par les historiens du tem[>s, s'entourent d'un certain coloris qu'il est bon de lui laisser avec sa naïveté pittoresque.

Un jour donc le duc Fier-à-Bras se livrait au plaisir de la chasse dans l'île qu'il aimait toujours et <lmil il s'était fait une agréable villégiature. Ses chiens avaient lancé un sanglier qui s'était jeté dans un épais fourré de ronces. En l'y poursuivant, on le trouva blotti au fond d'une ancienne église ruinée, dont la crypte recelait encore trois autels. Cette découverte fut bientôt connue d'Emma, épouse de Guillaume, que nous avons vue déjà visiter l'île avec lui aux premiers jours de leur mariage. En pareil cas, Pesprit de foi ne laissait pas indifférent à une pensée de pitié, et la princesse se crut appelée à rendre la vie au saint l'un

(a) D. Fontcneau, X, 157 et 175.

(b) Mabilion, Annal. Bènèd., 1. 47, n° 1 . France, VI, 316.

MeHiîeFkHtoiiH,

rrnmM'fû Mutation it îUUIcoia.

Rivet, Histoire littétairr tt< tu

mille.

oublié depuis si longtemps. Elle obtint du prince ce local pour y bâtir un monastère. Aussitôt on mit la main à l'œuvre, el Tannée suivante les murs d'enceinte étaient déjà assez élevés quand un grave événement de famille vint imposer un retard à leur continuation (*). Dissenuoni de fc- Les seigneurs de ces temps où se formait une civilisation difficile à concilier avec leurs passions irréfléchies et les lois parfois très austères du christianisme, n'abdiquaient pas toujours assez complètement les mœurs faciles dont ils avaient autour d'eux tant d'exemples. Ils trouvaient d'ailleurs dans leur rang même, dans de séduisantes richesses et le luxe des habitudes mondaines, de dangereux prétextes de mollesse et de relâchement. Nous aurons trop à justifier ces observations dans quelques successeurs de Guillaume, IV. Jusqu'à quel point mérita-t-il lui-même ces reproches d'une conduite injurieuse à son épouse? Nous devons en signaler le motif sans nous arrêter à des détails dont la Biographie serait plus avide que l'Histoire, et nous constaterons seulement que des deux côtés il y eut de ces torts d'autant plus regrettables qu'ils deviennent une source féconde de dissensions intestines et de scandales publics.

Donc, en WO, un an après la fondation de la nouvelle abbaye, Guillaume était allé en Bretagne s'entendpe avec le comte Houl IV sur des intérêts de bon voisinage, et au retour il s^arrèta à Thouars, y demeura quelques jours, et de mauvaises langues rapportèrent bientôt après à la duchesse d'Aquitaine que tout ne s'y était point passé entre son mari et Tune des filles du vicomte Arbert Ier dans les termes d'une édifiante retenue. Cette vicomtesse, ainsi titrée parce qu'elle était la fille d'un vicomte, a été confondue par certains chroniqueurs avec sa mère Aldégarde d'Aunay, qui s'occupait alors de l'érection du monastère d'Airvaultw.

Les historiens du temps ne semblent pas avoir signalé

fa] Pàtha Mallcnc, apud Labbc, Bibliot. nov. manusc.}4l, 2*21. (b) Art. de vérifier les dates, X, 95; -~ Imbert, Mém. des ant. de l'Ouest, XXIX, 330.

rr*

dans la conduite habituelle de celle-ci rien qui autorise une telle accusation. Il résulterait au contraire de ce que les faits suivants ont mis à la charge d'Emma qu'elle était violente par caractère, hautaine, et plus facile à exaspérer qu'à retenir. Emma donc, poussée par une jalousie ardente, avait tout cru, et jura de se venger. L'occasion ne tarda pas à se présenter. Un jour, accompagnée d'une suite nombreuse et de ses gardes ordinaires, elle chevauchait dans la plaine de Talmont. Elle y rencontra sa prétendue rivale, et ne modérant en rien sa haine, elle s'élança sur elle de toute la force de son cheval, la renversa sous les pieds du sien, et l'abandonnant aux outrages de sa troupe, la fit laisser pieds et mains liés sur le théâtre de ces grossières humiliations (8). Le comte apprit bientôt cette aventure et s'en montra fort irrité. Une explication suivit de près, et à la suite d'un violent orage on parut se rapprocher et revenir à de meilleurs sentiments. Cet orage de courte durée n'interrompit point les travaux du monastère déjà entrepris. Emma, secondé d'ailleurs par son mari, ne les continua qu'avec plus de zèle. La promptitude de l'exécution indique nj"828&i assez le mode de bâtisse adopté. C'était toujours celle pratiquée jusqu'alors, et que ne remplaçait pas encore entièrement les constructions en pierres de taille ou d'épaisses murailles en moellons. Quand tout fut prêt, on s'occupa d'y introduire des religieux. Emma avait à Tours un parent nomme Gausbert, abbé de Saint- Julien, à qui elle avait fait du bien. Elle lui demanda treize moines, dont un pût être mis â la tête de la nouvelle maison. La colonie arriva et fut installée. Emma lui donna entre autres terres qui avaient composé sa dot dans le Poitou, celle de Puy-Letard avec des serfs qu'elle y avait amenés de son pays (9). Mais quand tout semblait aller à souhait, de nouvelles dissensions, nées sans doute des premiers mécontentements mal éteints, suspendirent les destinées du saint édifice. Une rupture éclatante eut lieu entre les deux époux, et la princesse, résolue de ne plus revenir à Poitiers, se retira au château de Chinon

ÎDSUUlUOll itO

qui lui appartenait, et s'y maintint plusieurs années, ayant presque toujours auprès d'elle son fils Guillaume qui devait

qoï en mm éioi- succéder à son père sous le nom de Guillaume V. Fier-â- Bras déconcerté par cette séparation que de trop fréquentes colères auraient dû lui faire craindre, devint injuste à son tour et prétendit se venger sur les moines de celle qui les avait établis sur ses terres. Il rétracta toutes les dispositions qu'ils avaient prises d'un commun accord. Il exila de Maillezais les religieux tourangeaux et fit don des bâtiments au monastère de Saint-Cyprien (a). Avant de voir l'abbaye reprendre sa prospérité, il nous faut suivre d'autres événements auxquels il est temps de revenir.

r,M0ïoi i-'.Mte Et d'abord plaçons ici un de ces faits qui sans être fort

•l'Angers, yfiM0 àt r * t.

SiiDtfr^reï*. remarquable en lui-même, affirme encore les mœurs du

temps et reste digne de notre attention. L'Anjou appartenait alors depuis deux ans à Geoffroi Grisegonelle. Comme nous aurons à le retrouver en des rapports belliqueux avec le Poitou, il n'est pas hors de propos de le faire connaître dès à présent. Son surnom lui venait, disent les historiens (W, de ce que, un jour, pour surprendre et approcher un Normand qui s'était avancé seul sur le bord de la Seine où il se trouvait, le prince avait revêtu la easaque grise d'un meunier, et s'approchant de l'ennemi sans méfiance, il l'avait tué dans un combat seul à seul, aux grands applaudissements des spectateurs de cette scène. En 970, il pouvait avoir vingt-cinq ans, et ne s'était signalé encore par aucun fait de guerre, mais il avait fait en 962 le voyage de Rome et fondé à son retour la collégiale de Loches (10) en Touraînc, ville que sa mère, fille d'un seigneur de ce pays, avait apportée en mariage à son père Foulques Le Roux (il). Il s'était occupé aussi, en 966, de substituer aux chanoines de Saint-Aubin d'Angers, des bénédictins qui y ramenèrent la régularité et la ferveur. C'était à lui

trt) 1). Bouquet, XT 179 et suiv. ; — Pétri Malleac. relût., lib. 1, § 1, v. (6) Chrome, de Gestis consulum andegavonm, apud Marchegay, p. 83.

aussi qu'on devait la vie florissante de ses Etats, entretenue par la paix qu'il y avait fait régner sans interruption depuis son avènement. Cette activité et ce zèle pour les grandes constructions religieuses lui attirèrent, autant que l'entrain de son caractère et ses sentiments chevaleresque, la confiance de notre abbaye de Sainte-Croix, et les religieuses en assemblée générale, le choisirent pour avoué. On ^ait ce qu'était ce titre pris par un seigneur puissant à regard d'un monastère, et toutes les obligations mutuelles contractées par l'avoué pour un patronage vigilant et dévoué, toutes celles des religieuses abandonnant, en compensation do ce secours promis par serment, des revenus assez considérables sur leurs propriétés foncières aux environs dé l'Anjou, tout cela fut consigné dans une charte longtemps conservée au trésor de Sainte-Croix «*j. C'était une & curîté donnée à la sainte maison, moins contre les Norman! Is qui ne venaient plus guère en Poitou, que contre les brigandages de quelques seigneurs, Normands du lieu, qui continuaient à abuser de leurs forces et s'emparaient volontiers des biens ecclésiastiques dès lors que personne ne pouvait les leur disputer.

C'est quelques années plus tard, et en 976, que 1< pape Jwcmf^o^ Benoît VII, à la prière de l'abbé Adalbaud, renouvela la ^^^tûù bulle donnée en 879, par Jean VIII qui avait mis l'afcbaj e de Charroux sous la protection directe du Saint-Siège. Çotta mesure dont l'efficacité s'affaiblissait à la longue, éUtil de nouveau motivée par les abus dont les religieux s'étaient plaints énergiquement. Tous les grands personnages de la contrée, évoques et laïques, prenaient assez habituellement le monastère pour une maison de campagne à leur usage. Il paraît même que les évoques diocésains avaient pris l'habitude de requérir l'église abbatiale pour les cérémonies dont leurs visites étaient l'occasion, et que le service divin et les devoirs réguliers en souffraient beaucoup. Ce n'est

(a) D. Fonteneau, V, 543.

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établie, et il est remarquable que la position qu'on lui donna en dehors des murs de la ville fortifiée, atteste qu'on était assez délivré des Normands, pour que leurs visites no fussent plus à redouter. C'est cette année, en effet, que Geoffroy Ier, comte d'Anjou, qui possédait de vastes propriétés en Poitou, et du consentement de Guillaume IV son suzerain, disposa en faveur des religieuses de Bonneval, des fonds de terre et de tous leurs attenants, qui comprenaient la villa considérable de Faye «*), avec une chapelle de Saint-Hilaire et une autre de Saint-Pierre, dans la villa de Messay <*). Puis dans le pagus de Niort, une troisième chapelle de Saint-Saturnin dans la villa de Chavanes (12). Le roi Lothaire se trouvant à Poitiers, on eut soin de lui faire sanctionner cette ^donation. C'est tout ce que nous savons sur l'origine de ce monastère, dont Tabbesse Aremburge, première du nom, ouvrait alors la liste de ces dignitaires. Les registres perdus de la nouvelle maison ne nous laissent pendant plus de trois siècles que les noms de celles qui la gouvernèrent. On voit par ces noms mômes qu'elles appartenaient, en grand nombre, aux grandes familles du pays (o. La prétendue réforme du xvie siècle, qui ne réformait qu'en déformant le christianisme, apporta ses désordres avec l'apostasie dans ce troupeau, jusque là exemplaire et jaloux de ses premières traditions. Une abbesse s'enfuit à Genève avec huit religieuses pour avoir la liberté de s'y marier. Et pendant que la lâcheté des gQUvernants souffrait que l'indigne transfuge conservât les revenus de sa charge abdiquée, une seule religieuse demeurée dans le cloître, obtenait de Charles IX, à force de courage et de générosité, qu'il nommât abbesse Gasparine de Clermont, qui rétablit l'ordre et enleva aux seigneurs de Thouars la proie qu'ils convoitaient à la suite de leur

(a) Sur Faye-1' Abbesse, V. ci-dessus, torac 1, p. 247.

{b) Messay. Messeium, Messayum. V. ci-dessus, t. V, p. 9

(c) Gallia Christ., II, col. 1333.

propre apostasie w. Depuis lors, la maison se reconstitua peu à peu, fut gouvernée sous la règle bénédictine par des femmes dont les noms illustres secondaient le mérite, et la plus édifiante régularité y était encore observée, lorsque le nouveau régime de 89 vint y effacer, comme partout ailleurs, les dernières traces des vertus austères et des plus saintes traditions pu, triL******** Saint-Benoit-du-Sault, qui était alors du Poitou et du diocèse de Poitiers, nous apparaît en 974, par une de ces rares anecdotes qui le font revivre un instant en lui restituant dans le monde des choses saintes une place qu'il semblait avoir perdue. Le fait est d'ailleurs curieux comme preuve du désordre que l'esprit d'indépendance, dont les seigneurs donnaient l'exemple, pénétrait dans les rangs inférieurs de la société.

L'abbaye de Saint-Benoît M avait alors pour avoué Giraud, seigneur d'Àrgenton en Berry (13), qui, plus attentif à ses intérêts qu'à ceux des moines, restait fort indifférent à sa charge, dont il touebait très indûment les revenus. Des paysans des environs, enhardis par cette incurie devenue trop notoire, entreprirent, au nombre de cent quarante, une chevauchée dans les campagnes autour de la petite ville, et après les avoir rançonnées, enlevèrent jusqu'aux troupeaux. Les Àrgentonnais se lassèrent de ces déprédations que personne ne réprimait, et se décidèrent à repousser eux-mêmes les maraudeurs. Ils sortirent donc de leurs murs au nombre de quarante bien armés, mais s'aperce vant bientôt de l'infériorité de leurs forces, ils craignirent de se mesurer avec l'ennemi, et songèrent à se retirer, quand l'un d'eux, mieux inspiré, proposa à ses camarades de mériter le secours du ciel, en s'opposant à ta déprédation du monastère de Saiut-Benott, dont les terres allaient être

{a) Gnil. Christ., ub, suj>,

(b) V. de lïaunier. Bénéfices Royaux^ \, 181

(c) V* sur la fondalion de celle abbaye ci-dessus, t. Il], p. 15,

ruinés. Il proposa aussi d'envoyer quelques-uns d'entre eux vers le prieuré pour obtenir la bannière du saint dont ils espéraient le secours dès qu'ils se seraient rangés sous ses plis. On approuva la proposition; le religieux y accéda et envoya la bannière. Alors, sans plus regarder au nombre, nos quarante braves, jeunes et ardents, sortent de la ville, cherchent l'ennemi qui n'était pas loin, fondent sur lui en invoquant à grands cris saint Benoît. Le conflit dura peu ; les brigands, saisis d'épouvante, se battent à peine et se laissent faire prisonniers. Les vainqueurs reprirent le butin enlevé, ne gardèrent que les plus marquants des captifs, puis ils se dirigèrent sur Saint-Benoît, et offrirent au prieur, en lui remettant sa bannière, de choisir ce qui, lui conviendrait mieux pour le soulagement de ses pauvres parmi les dépouilles conquises. Celui-ci ne retint que les objets qui lui avaient été dérobés, et les héros de la journée rentrèrent à Argenton à la grande joie des citadins, qui les reçurent en triomphe («>.

L'esprit du temps est tout entier dans ce fait : l'égoïsme du seigneur d'Argenton avait trop d'imitateurs ; la spontanéité des paysans nous dit la foi populaire et ce qu'elle leur donnait de force dans les combats. Le désintéressement du prieur, et le zèle à le défendre, montrent la vie religieuse dans ses habitudes et ses rapports journaliers avec le peuple, toujours prêt à lui rendre en dévouement les nombreux services qu'il en recevait. Mais cette prise d'armes par des manants qui abdiquent toute honnêteté publique et se constituent, sans résistance d'aucune autorité, en bandes de pillards impunis, ne montre-t-elle pas aussi combien étaient encore fragiles les bases de cette société si difficile à asseoir?

Pierre Ier, notre quarante-sixième évêque, avait mené ,e^j|^dxLviV' •une vie assez retirée et relativement obscure, ce qui n'est évêqae de poiliersjamais nuisible à un évêque, lorsqu'il en profite pour

(a) Mabilion, AnnaL Bened., ann. 974.

t. vi 23

s'acquitter mieux de ses graves devoirs. Aussi les chroniqueurs de ces temps nous renseignent très peu sur son épiscopat, qui ne prit que douze ans de sa vie, déjà avancée lors de son ordination. Il était donc très vieux lorsqu'il mourut en 975, époque indiquée par la Chronique de Maillerais <*), qu'il faut préférer à celle de 976, donnée par le Gallia christiana. Lui et sa famille avaient été prodigues de bienfaits envers Saint-Cyprien. C'est là aussi qu'il avait choisi sa sépulture ; il y reposa longtemps près de la porte de l'église qui communiquait au cloître.

Gislebert ou Gilbert, premier du nom, lui succéda bientôt en cette même année 975. Il fut pris du clergé de la cathédrale, où il était archidiacre depuis 967. Fils puîné de Robert de Châtelaillon, qui vivait encore en 971, il se trouvait par là neveu de son prédécesseur (*) , et il sembla à ceux qui l'appelaient à cet héritage qu'on ne pouvait mieux faire que de remplacer le prélat mort en odeur de sainteté par un du ses parents qui avait toujours marché sur ses traces. Outre son archidiaconat de Saint - Pierre , il possédait aussi un canonicat à Saint-Hilaire, dont il garda la prébende pondant tout son épiscopat, comme le prouve la part qu'il prit souvent aux actes de la collégiale w . Au reste, son épiscopat sera nourri de faits intéressants que nous raconterons dans leur ordre. Faisons observer encore êici Ïdï5w5£; que la cérémonie de l'intronisation de l'évêque était la même usitée pour les papes, et dura chez nous jusqu'en 1612 <<*)♦ C'était le cortège splendide du clergé et des seigneurs, la sedia gestatoria portée par les premiers grands vassaux du diocèse, le serment de l'évêque de conserver les droits et privilèges du Chapitre, et autres formalités

(a) D, Bouquet, Rerum Gall. Script., VII, 20. — Besly, Evesq., p. 48. — Galt, christ., t. II, col. 1231.

(b) Besly, Evesq., p. 50. — Mém. des Antiq. de l'Ouest, XX, 114, et la Généalogie de ta maison de Châtelaillon, pi. X. — Ibid., XII, 389.

(c) CL Cartul. de Saint-Cyprien, table du tome 11. \° Gilbertus, p. 401. Id) ïïolrc Iliti. de la cathédrale de Poitiers, II, 354 et 356.

CrrtuionlES iLSUétt

gny.

nécessairement empreintes de Pesprit féodal et des coutumes seigneuriales d'alors. Nos comtes aussi continuaient à se faire couronner à Limoges, et nous avons donné les détails de cette imposante cérémonies).

Il est donc bien entendu que Gislebert n'était pas de la Maison de cimmfamille de Chauvigny comme on Ta prétendu à tort, et si nous touchons à Pépoque où les évoques de Poitiers deviendront maîtres de cette illustre seigneurie, nous verrons bientôt que ce fut pour eux une acquisition et non un domaine qu'ils tinssent de leur patrimoine.

C'est pourtant à cette époque, sans qu'on la puisse préciser néanmoins, que commence à paraître cette grande famille de Chauvigny qui devait jeter bientôt un si vif éclat sur notre contrée. On ne sait rien de certain sur son origine qui se perd dans les obscurités de ce Xe siècle, où déjà elle habitait certainement le château seigneurial dont la petite ville garde encore les restes majestueux. C'est tout au plus qu'on peut attribuer sa première demeure à un modeste manoir qu'on voyait sur l'Anglin, à peu de distance de Chaillac (Indre), et qui retient encore le nom de la Mothe de Chauvigny. Ce lieu dit doit être fort ancien, et de l'époque où les châteaux s'élevaient comme celui-ci sur des éminences factices quand on n'en avait pas de naturelles. Celle-ci qui pourrait être du ixe ou Xe siècle, a-t-elle donné son nom à Chauvigny, ou Pa-t-elle reçu d'eux? Il semble plus raisonnable d'accepter cette dernière conjecture, car le manoir aurait pu être construit par un membre de la maison déjà existante, ce qui constaterait d'autant plus son antiquité (*;. Quoi qu'il en soit, nous suivrons les belles destinées de cette grande famille à mesure qu'elles se présenteront dans nos annales avec le caractère héroïque qu'elle y prendra.

Deux faits importants pour notre histoire se passent

(a) V. ci-dessus, t. IV, p. U.

(b) Cf. Bulletin des Antiq. de l'Ouest, IX, 175 etsuiv.

35T* HISTOIRE GÉNÉRALE DU POITOU \97d}

en 975 et 976, dont l'un fut la triste conséquence de l'autre.

[lenaît, métom Ebles, évêque de Limoges, et que ses fonctions de trésomo^jneu rîer do Saint-Hilaire attirait très souvent à Poitiers, avait

pour Chorévêque dans sa ville épiscopale un ami dévoué, Benoît dont les longs services Pavaient singulièrement aidé dans sa charge, et qu'il s'était donné comme coadjuteur, avec future succession de son siège. Ce fait est très remarquable ici où nous le trouvons chez nous pour la première fois. Il prouve que les ch or évoques disparaissaient sans retour. On avait compris que leur adjonction à la personnalité épiscopale supposait une complète unité de vues par une stricte subordination à une volonté supérieure qui, pour être partagée, ne devait pas cesser de gouverner souve-

o^iMidesco*)- rainement. Au reste, celte institution des coadjuteurs n'était pas nouvelle. L usage en remontait jusqu à PEglise primitive, et au milieu du second siècle, lorsque saint Alexandre, évoque de Jérusalem y fut donné à saint Narcisse, évêque titulaire que son âge de cent seize ans rendait incapable de ses plus pénibles fonctions (4. A Limoges, le digne coadjuteur répondait â la confiance de son ami par une sincère affection ; il n'y avait guère de chartes souscrites par Ebles, où l'on ne vit figurer son nom de Benoit , toujours suivi de son titre d'éveqttû, et cette qualification, dont ie siège n'était pas connu, a parfois, nous Pavons vu, embarrassé les historiens sur cette idendité qu'ils ne devinaient pas, Déjà vieux en 075, il se désintéressait des propriétés, qu'il possédait au loin. Il avait vendu cette même année aux religieux de Saiut-Cyprien, moyennant une somme de cent sous, un alleu qu'il avait dans la viguerie de Thouars, au village de Monpulin, qui n'est plus qu'un hameau de la commune de Tlrëzôro.

[ta Cf. Eusôbc, Ht&L et<d.3 lil> VI. c xx et xïx. — Dom Ceitlicr, lîtst. fa auUitrt vedmastiqneSj 11, 123.

[t) D. Foutcnciiu, VI, 33 L

La charité de ce prélat s'exerça surtout dans le diocèse. Mwt ilotes <j* Il y était fort aimé pour ses bonnes œuvres, son zèle et sa douceur. Connu de tous autant qu'Ebles lui- même , il s'était attiré la haine de Hélie Ier, comte de Périgord, qui le voyait avec peine lié d'une intimité fraternelle avec révoque de Périgueux, Frotier, de la môme famille que les nôtres. La conduite violente d'Hélie envers ses sujets, le faisait détester de tous, non moins que d'autres vices qu'il est facile de contracter quand on cède habituellement à la fougue d'un caractère emporté (<o. Il détestait surtout la régularité do Benoît qui vivait depuis longtemps dans la pratique intime de toutes les vertus du sacerdoce, et comme il redoutait d'avoir pour censeur un témoin de sa conduite, sur laquelle l'évêque de Limoges avait dû s'exprimer plusieurs fois, il résolut de l'empêcher d'arriver au Siôge épiscopal, et pour y réussir, il n'hésita pas à lui faire crever les yeux par des gens apostés à cette fin. Le malheureux prélat en mourut bientôt, laissant autant de regrets contre cet horrible attentat, que d'indignation contre celui qui l'avait commis. Mais le plus frappé par cette mort ^ctoum** -l cruelle, ce fut Ebles qui perdait un ami aussi cher que dévoué, et l'espérance de se voir remplacé par un successeur capable de continuer dignement son œuvre. Le saint homme ne résista pas à ce chagrin, et mourut l'année suivante 976, le 26 février.

Cette perte elle- même était grande pour le diocèse de Li- sm^* cartel moges. Depuis quelques années, Ebles n'avait plus conservé que le soin de cette Eglise, à l'exclusion de ses abbayes de S'-Maixent et de S'-Michel-en-l'Herm. Il avait quitté la première, au bien de laquelle il avait beaucoup travaillé, vers l'année 962 , aucune charte n'y mentionnant cette qualité d'abbé ultérieurement à cette époque. C'était une longue administration de vingt-neuf ans, pendant laquelle on voit clairement par la liste des abbés du monastère que, occupé

(a) Art de vérifier les dates, X, 20t.

de tant do soins divers et en divers lieux, il avait dû constituer à sa place des abbés qui s'y succédèrent au nombre de cinq ou six, sans qu'il abandonnât le titre que son zèle et son crédit rendirent toujours très utile à la communauté (a). Il résigna aussi son évêché, on ne sait plus en quelle année, mais peu de temps sans doute avant sa mort ; l'avènement de son successeur Adalgaire, de la maison des vicomtes de Limoges, n'ayant aucune date marquée par les historiens. Il ne se réserva en définitive, que la trésorerie de Saint-Hilaire, car en 975, on trouve encore dans les archives de la Collégiale un acte de donation faite par lui • apcien évoque de Limoges et trésorier du Chapitre », de quelques immeubles qu'il possédait dans l'enceinte du monastère. Puis, au mois de mars suivant, il affranchissait dans l'église même de l'abbaye, un serf de ses domaines, en se conformant au cérémonial très simple usité en pareil cas. C'était la lecture à haute voix faite par lui-même de l'acte de libération en présence de tout le Chapitre et de tous les fidèles du dehors qui y voulaient assister (14).

Ebles avait choisi sa sépulture à Saint-Michel-en-1'Herm qui lui devait beaucoup, en faveur duquel il avait profité du titre abbatial qu'il avait reçu de son frère Guillaume II, puis l'avait relevé de ses ruines ; il le visitait souvent pour y surveiller le maintien de la discipline sous le prieur qui l'y. remplaçait. C'était là, au reste, son dernier asile, où il se tenait dans les derniers mois de sa vie entre son abdication et sa mort, quand il n'était pas à Poitiers, où ses liens de parenté devaient aussi le retenir. Son dernier vœu fut donc accompli, et la solitude qu'il avait aimée reçut ses restes dans la nef même de l'église abbatiale, cbftumfnt d'Héiie Le meurtre de Benoît par Hélie de Périgord est un de ces actes de violence cruelle d'où ressort trop clairement de quels excès pouvaient se rendre coupables ces seigneurs féodaux qui s'imaginaient facilement que, après avoir

fa) Gallia christ., II, col. 117-2. — Archives de l'hist. du Poitou, XVI, 66 cl suiv. — Cartulaire de Saint-Hilaire, I, 51 et 5:2.

Affranchissement des serf*.

de Périgord.

promis foi et hommage à un suzerain quelconque, ils pouvaient tout plier à leurs mauvaises passions. Mais hâtonsnous de dire que si les abus de pouvoir n'étaient pas rares de la part de ces tyrans en certaines contrées, ils allaient rarement jusqu'à de telles barbaries, surtout envers les gens d'Eglise. L'horreur qu'inspira le crime d'Hélie souleva contre lui l'esprit public, et il eut bientôt à se repentir do sa cruauté.

Il y avait, en effet, à Limoges, un vicomte qui avait beaucoup aimé la malheureuse victime, et qui, saisi à la fois de douleur et d'indignation, jura de ne pas laisser impuni un attentat d'un si redoutable exemple. C'était Girard qui, sous la mouvance ou dépendance du comte de Poitiers, avait probablement recueilli de son suzerain, le duc d'Aquitaine, des impressions semblables aux siennes et quelque encouragement à des mesures sévères. Girard déclara donc la guerre à son voisin, décidé à lui faire subir la peine du talion (15), qui consistait à faire subir au coupable le. même genre de supplice qu'il avait imposé injustement.

Hélie n'apprit pas cette nouvelle sans se mettre en état J^^fS^m de résister. Il possédait, non loin du Blanc (16), vers les confins du Berry et du Poitou, le château de Brosse (17)^ forteresse de nouvelle construction, aussi vaste que formidable, et dont les ruines disent encore, sur leur* rocher nu et escarpé, quels forts retranchements il pouvait lui offrir. Hélie se hâta d'aller s'y renfermer et y attendit une prochaine attaque. Elle ne tarda pas. Girard, qui avait commencé par s'emparer de Périgueux, marcha contre l'asile du vicomte, entoura la forteresse et en fit le siège après avoir détruit tout d'abord les ouvrages de défense. Une sortie* eut lieu, commandée par Guy, fils du comte, qui l'avait suivi dans son expédition. Lors de cette première tentative, une bataille s'engagea, que les assiégeants perdirent ; mais loin de se décourager, ils se représentèrent quelques jours après, attirèrent l'ennemi hors des murs, et cette fois, ils

lui imposèrent une défaite si sérieuse, que Hélie fut fait prisonnier ainsi que son frère Aide, qui était venu avec des

Eai Mtn a pru. troupes le rejoindre et le seconder dans sa défense, Hélie fut envoyé au château de Montignac (18), qui lui appartenait, et où il dut attendre d'être jugé par ses pairs, selon l'usage déjà établi. Son procès fut bientôt fait. Une assemblée des comtes et vicomtes voisins, s'inspirant de la loi en vigueur, le priva de son comté, de ses terres, de ses titres, et le condamna à perdre les yeux. Ces sentences n'étaient jamais exécutoires sans quelque délai, que les temps de foi laissaient au coupable pour su préparer à la mort. Hélie en profita pour s'échapper, grâce à la négligence de ses gardes ou à leur complicité, petit-être à l'indulgence

s» mon. des Ju8es eux-mêmes. Il parvint à se cacher quelque temps,

et partit enfin pour Rome, sous un déguisement emprunté. Y allait-il appelé par le Pape à comparaître pour répondre de nouveau sur un crime qui comportait la double note de l'homicide et du sacrilège? Y était-il conduit de lui-même par un repentir que de graves réflexions avaient fait naître? Toujours est-il qu'il n'y put arriver, étant mort pendant le voyage.

cJLt wn frère Son *™re Aldebcrt, gardé prisonnier au château de Limoges, y resta plusieurs années et n'en sortit qu'après la mort d'Ebles, ee qui suppose que sa prison dura jusque vers 980. Il n'en fut pas ainsi de son autre frère Gosbert, qui avait secondé Hélie dans son attentat. Après la prise du château de Brosse, il s'était sauvé et demeura caché dans un manoir voisin, d'où il ne se hasarda à sortir que pour être pris par des gens envoyés â sa piste. Comme cette prise intéressait Arnaud Manzer, comte d'Angoulème, qui l'était devenu aussi du Périgord, en 865 W ; après avoir mis le captif en lieu de sûreté, on écrivit au comte pour qu'il décidât de son sort. Celui-ci répondit qu'on suivît la loi, et le prince fut privé de la vue. Ainsi se terminale dernier

Ut\ V, ci-dessus, L V, g?» Ml,

acte de cette tragédie, dont les phases déplorables empoisonnèrent la vie de toute une famille, victime des impardonnables entêtements et de la haine irréfléchie de son chef (*).

Pendant que se passaient les événements que nous tifflRjl^ venons de raconter, un autre, de nature bien différente, s'effectuait dans le Bas-Poitou, sous les paisibles auspices d'une vicomtesse de Thouars. Aldéarde Tétait alors* Fille de Cadelon, vicomte d'Aunay, et veuve depuis peu d'Herbert Ier de Thouars, elle possédait, à quelque distance du manoir seigneurial, sur la rive droite du Thouet, et aux deux penchants d'une colline, une petite villa, que rendaient plaisante bien moins la richesse de son terroir que Pagréable fraîcheur de sa situation et le repos de ses solitudes. Sa fertilité lui avait fait donner aussi le joli nom du Val-d'Or, qu'on a traduit plus tard par Or-vau puis Airvault. La noble femme, par ce sentiment de la piété chrétienne si actif de son temps avait compris que là serait bien un lieu de prière, et mit tout son zèle à y établir une collégiale. Dans ses entretiens avec l'évêque Gisîebert, il fut convenu qu'elle ouvrirait cette maison à des chanoines régulions, dont nous avons vu la règle adoptée par quelques communautés vers le milieu du ixe siècle**). En 971, les bâtiments avaient été commencés, et la charte constitutive était signée. Ils furent terminés en 975 et inaugurés avec le nouvel épiscopat <o. Alors quatre chanoines y vinrent commencer l'œuvre. L'église fut consacrée sous le nom do Saint- Pierre. Aldégarde lui avait donné en dot, avec sa terre d'Iray (19), voisine d'Airvault, quatre familles des Colliberts de ce bourg, qu'elle exempta en même temps de la milice, de l'armée, des tributs et de toute charge pour ne servir que l'église qu'elle venait de fonder. Disons dès

(a) Bcsly, Comtes de Poict., p. 46 et suiv. — Art de vérifier les dates, X, 18 et 200. — Adhémar de Chabanais, ad ann. 975.

(b) Mocquer, Chronologie de l'histoire ecclés., ad ann. 81 fi.

(c) V. Dom Fonteneau, XXVI, p. 113.

à présent qu'en 1094, ces chanoines, dont le nombre s'était accru, furent remplacés par des chanoines réguliers de Saint- Augustin, dont la nouvelle église fut consacrée le 30 octobre (*). C'est la belle basilique que l'on admire encore, et où l'on observe des traits si remarquables ,u ???? de ré* d'affinité avec la cathédrale de Poitiers. La façade, mutilée

ghse abbatiale. Y '

dans ses sculptures du xne siècle, copserve encore des restes curieux d'une statue équestre, dont le cheval porte un cavalier richement revêtu d'une longue robe comme les personnes de distinction les portaient alors, ce qui lui a donné les fausses apparences d'une femme. Le cheval est au repos et lève son pied droit sur la tête d'un petit homme renversé. Au dire de quelques archéologues primitifs, la prétendue femme serait la fondatrice elle-même, cette vicomtesse Aldéarde, qui se serait fait représenter ainsi par un droit de. suzeraineté qui n'a jamais existé sous cette forme ; le petit homme abattu serait, pour quelques-uns, Héliodore(l) désarçonné par l'ange du IIe Livre des Macchabées. Rien n'a jamais été plus faux que toutes ces interprétations hasardées avec beaucoup d'autres par des savants, pour qui le symbolisme était encore lettre morte. Nous le prouverons dans une dissertation spéciale sur ce sujet, que nous renvoyons à la fin de ce volume. N'oublions pas d'ailleurs que cette Sculpture très mutilée et presque méconnaissable est du même ciseau et du même âge qui se remarquent sur tout le reste de la façade, des murs latéraux et de l'intérieur, comme autant de caractères qui appartiennent exclusivement au xne siècle et à ses approches. C'est, qu'en effet, la fameuse collégiale fut reconstruite à la fin du xie avec plus de splendeur et de solidité que d'abord. Il faut reporter la seconde consécration, qui fut comme une renaissance de l'abbaye au 30 octobre 1100: alors Aldéarde n'existait plus depuis un siècle, et l'art chrétien avait fait des progrès, dont elle ne fut jamais témoin.

(a) Chronic. malleac. ad ann. 1100.

C'est aussi vers ce temps, sans qu'on n'en puisse bien pjgas de Niort. préciser l'année, qu'on trouve dans nos chartriers une certaine extension du territoire de Niort. On lui donne alors la dénomination de pagus, qu'on n'avait attribué jusque-là qu'aux territoires de Poitiers, de Brioux, de Thouars et d'Herbauges. Une certaine étendue du sol, formant le pays de la Chapelle-Thireuil ( Tiriacensis), fut donné à Niort qui eut alors son territoire propre, mais non . encore son pagus qu'on ne lui voit, non plus que sa viguerie, que vers la fin du xie siècle. Quand viendra sa viguerie dont on a des traces en 1074, elle absorbera celle de Basse (vicaria Bassiacensis), dont nous avons parié comme ayant eu son siège à Bassai, non loin de Frontenay- Rohan-Rohan, et dont le nem n'est plus porté que par un simple village où se trouve encore le moulin de Bassiau <*>. Ainsi Basse s'était effacé devant l'extension donnée à Niort, dont le prieuré de Charroux avait commencé la fortune au viue siècle. Son château, dû à la nécessité de résister aux Normands, avait autour de lui des dépendances considérables qui firent bientôt du village, où venaient s'abriter les étrangers, une ville qui absorba bientôt la double autonomie de Melle et d'Aunay qui, dès lors, cessèrent d'être des pagus ou chefs-lieux de pays.

Un autre remaniement de ces circonscriptions se fit p&gMdfiUmdm.. donc, et dés 975, il est fait mention (» d'un nouveau pagus de Loudun, démembré de Poitiers dont l'étendue avait besoin de cette subdivision. Loudun étant d'ailleurs une . viguerie depuis au moins 849 (<o, et un village de Chavagne (Cavancella) y est indiqué dans une charte de donation à Saint-Cyprien par une famille qui lui abandonna en grande partie ce qu'elle y possédait <<o.

(a) M. Favrc, Hist. de Niort, p. 25.

(b) D. Fonteneau, VI, 3-27.

(c) Redet, Dict., S° Loudun.

{d) Cavancella est encore le village de Chavagnes, dans la commune de Cea canton de Loudun.

Et as Mervônt,

Une autre subdivision du Bas Poitou s'offre on même temps, et fait de Mervent, partie jusqu^lors du pagus d'Hcrbaugcs, un pagus particulier qui devint par cela même un chef-lieu do viguerie. Cette importance relative s'est de beaucoup réduite plus tard ; Mer vent n'est plus qu'une agglomération de quatorze cents âmes, dans le canton de Saint-Hilaire-des-Loges, entourée des ruines à peine reconnaissables de son ancien château, assiégé par Jean Sans Terre et saint Louis, posé sur des rochers pittoresques, ot qu'entoure une vaste forêt qui est presque Tunique horizon du village. La Mare* principal affluent de la Vendée, qui coule a peu de distance, baigne le pied de la colline où tout est frais, solitaire et paisible uj.

La viguerie de Mervent (20) s'étendait jusqu'à Coulonges (21), dans les Deux-Sévres, et y avoisinait celle d'Ârdin et le territoire de Niort, Son château a des charte? do 1074. Il fut rasé par ordre de Louis XI en 1471, et demeura en ruines après cette catastrophe. Ce ne fut qu'en 1544, qu'un d'Estissac le fit reconstruire, et c'est de cette dernière construction qu'on voit encore des débris à Tetat de démolition au milieu des buissons et des ronces. vivrai. H faut regarder comme inséparable de Mervent, le

village voisin de Vouvent (32), qui fut aussi de sa viguerie, et dont la cure de Notre-Dame était, avec son prieuré, dépendant de Pôvôchô de Maillezais, et fut avec lui réuni à celui de la Rochelle. C'est aujourd'hui une paroisse rurale» mais plus considérable que Mervent qui lui a donné tout ce qu'il a perdu. La cure et le prieuré furent donnés en 1(150 par Archambaud, archevêque de Bordeaux, pour remplacer une autre église de Sainte-Radégonde que le peuple ne fréquentait plus â cause de sa vétusté <*>. La charte accordée à cette occasion par ce prélat, qui était aussi abbé de Saint-Maixent, et signée par Guillaume VT comte ïfc

(a) Comte de Mon (bail, Zfota W Cwtjms de ta Vendre, p. 53 ; — J/i:tH, Al Antiq. dïVGttest, X, vm, lâîfx, lin, 116; — \hdieixm, III, & (h) D. Konieneau, XV, #J5.

Poitiers, atteste que le nom de Vouvent était donné à cet endroit par suite de l'impétuosité d'un courant qui en faisait une presqu'île (<o. Le prieuré fut nommé « de Saint- Maixent dans la forêt ». C'était Guillaume IV, fondateur de Maillezais, qui avait bâti le château de Vouvent pour servir de ressource aux environs contre les apparitions des Normands encore redoutés. Théodelin était alors second abbé de Maillezais et obtint le terrain nécessaire pour la construction d'une église dans la presqu'île ; mais cette église, en bois sans doute, fut bientôt remplacée par celle qui existe encore aujourd'hui sous le nom de Notre-Dame, et dont les sculptures symboliques, examinées par les archéologues de 1842, prouvent encore par les explications singulières qu'on en a données, qu'à cette dernière époque on avait très peu étudié le symbolisme. — Peu de temps après ces constructions, fut établie à Vouvent une aumônerïe, c'est-à-dire un hôpital qui ne manquait jamais au soin des malades et des pauvres de la contrée. Cet établissement fut réuni en 1695 à l'Hôtel- Dieu de Fontenay,

Mervent et Vouvent furent longtemps possédés par la famille de Chabot, et arrivèrent par un mariage à celle de Lusignan et de Parthenay-l'Archevêque, puis successivement aux maisons de Bretagne et de Longueville, et enfin ils furent réunis à la couronne en 1694.

Il y a dans la forêt et près de Mervent, une grotte u RroUe ân Bi célèbre dite du Père Mont fort, parce que le saint mission- p*"dcMùnlfOTU naire s'y retirait souvent pour prier. C'est ce vénérable prêtre dont les missions furent si fructueuses dans les diocèses de Poitiers et de Luçon. Il fonda pour l'instruction des enfants et le soin des pauvres malades la Congrégation des Filles de la Sagesse, dont le chef-lieu est à Saiut- Laurent-sur-Sèvre. Léon XIII lui a donné les honneurs de la béatification au commencement de l'année 1888.

L'incertitude qui règne sur les vrais délimitations de la LeviuiagedcPii-

(a) Volventus propter influenlem aquam; Aillcry, Pouillé de Luçon, p. 486-

plupart des vigueries, et de celle de Mervent en particulier, ne nous éclaire pas assez sur ce qu'il faut penser de l'attribution à celle-ci du petit village de Pissotte, placé avec ses huit cents âmes à une très petite distance au Nord de Fontenay, sur la route qui relie cette ville à Saumur. Comme ce lieu n'est indiqué dans aucune charte de l'époque, on trouve difficilement un renseignement relatif à la question. Si l'on veut qu'il ait été renfermé dans la viguerie de Mervent, parce, qu'il était de son pagus(d)T on demandera au moins où cette dernière assertion a sa preuve, quand, au contraire, le rapprochement de Pissotte et de Fontenay, qui était aussi un chef-lieu de viguerïe, devait plus naturellement assujettir à ce dernier ces très modestes dépendances.

Quoi qui! en soit, Pissotte fut tout d'abord le Podium Saltùs, le Puy ou le Peuh (la hauteur, l'élévation) du bois, que sa position confirme encore, et dont cette étymologie aussi certaine que naturelle a été aussi maltraitée que possible à une époque où le latin se transformait en toutes sortes de traductions arbitraires. Car le Podium Saltus qui était Pixotc en 976, s'écrivait au xne siècle Puy-Sault, plus tard de Pisottelis, puis Pissot, et enfin comme aujourd'hui Pissotte, qui ne vaut pas mieux. Les origines de cette petite paroisse, restée toujours fort obscure, ne sont pas plus sûres que son nom. Si loin qu'on se reporte dans ses annales, on trouve la petite église de Saint-Remy relevant d'abord du prieuré de Fors (23), près Niort, qui dépendait de Nouaillé, et à qui le nom de son patron a fait donner celui de Saint-Remy- en-Plaine.

vïêmtïc ^ cbim- Puisque nous sommes sur son terrain, parlons aussi de la viguerie de Chantonnay, CantoanenstSj Cantoartncum. Il est généralement reconnu que le lieu ainsi latinisé est* réellement le Chantonnay que nous signalons ici et dont La Fontenelle fait le chef-lieu de cette juridiction. Près

(n) Lu FonteDelle, Vigueries: Mem. des Antiq. de l'Ouest, V, 421.

de là est la réunion des deux branches du Lay qui vont ensemble se perdre dans l'Océan occcidental, et dont nous avons parlé ci-dessus (a). On n'a aucune charte ancienne où soit mentionnée cette localité, sinon celle où il est parlé en 975 ou en 97G d'une villa Tenaciacum, représentée aujourd'hui par le village de Tenies, peu éloigné du bourg, et qui fut donné alors à Saint-Cyprien de Poitiers par un Herbert, vicomte de Thouarsc*). On a défiguré Chantonnay jusqu'à en faire des noms impossibles (o, à l'époque même de sa plus grande prospérité. Mais on en peut conclure au moins qu'à côté de l'église qui existe encore, on voyait un château qui n'est plus rien, non plus que les prieurés et les chapelles de Saint-Michel-en-1'Herm et de Nieuil-sur-1'Autise, relevant soit de l'évêque de Luçon, soit de divers fondateurs nobles de la paroisses. Parmi les seigneurs qui y avaient un droit de patronage, nous distinguons un Jean des Noues, seigneur de la Tabarière, dont nous aurons occasion de parler.

A cette môme époque, mais à une année indéterminée, il J$£jjffî£^ faut attribuer la fondation du petit monastère de Saint-Laon d*Tlum"fe de Thouars, établi pour quatre chanoines réguliers, par un chevalier du nom d'Achard et Roscia son épouse. On sait peu de chose de cette origine ; on ignorerait même d'où vient le nom du saint qui fut tout d'abord le patron de cet établissement, si en dissipant les ténèbres qu'on a faites autour de lui on ne trouvait en deux actes très certains, une lumière qui nous semble les éclaircir aussi nettement que possible. Il importe donc d'établir ce point historique sur lequel désormais on sera complètement édifié.

Saint-Laon, Sanctus Lannus, est le même que le saint Lôj s«afcrt*t«BDtSi évêque de Coutances (24), mort sur ce siège, de 565 à 568.

(a) Tome IV, p. 238.

(6) Tome IV, p. 422.

(c) De cantu Agnetis; Castellum Oniacum.

(d) L'abbé Aillery, Pouillé du diocèse de Luçon, p. 89.

Il est le patron d'une petite ville de son nom (25) sur la Vire, entre Coutances et Bayeux (26). La vie de saint Lô, comme celle de tous les évêques de ce temps, fut très mouvementée par* les voyages que leur nécessitaient les nombreux conciles d'où sortirent la civilisation de l'Europe. Il visita souvent dans ce but les provinces de l'Anjou, de la Bretagne et du Poitou. C'est le souvenir qui, sans doute, fit apporter son corps â Thouars dans le milieu du ixe siècle, lorsque les Normands dévastant la Neustrie, les habitants de Saint-Lû vinrent chercher dans la forteresse inexpugnable un refuge pour les reliques de leur saint (*).

Achard les reçut dans sa villa de Curçay (27;, à trois lieues de Thouars, sur la rive droite de la Dive. C'est de là qu'au commencement du xie siècle, il fit transporter le saint corps en une chapelle de Notre-Dame qui lui appartenait dans l'enceinte même de la ville, mais qu'il fallut bientôt agrandir pour satisfaire aux nombreux pèlerins qui s'y rendaient. Telle fut la naissance de la petite abbaye de Saint-Laon, qui ne tarda pas à prospérer par la bienveillance des vicomtes de Thouars, jusque-là qu'en peu d'années ses quatre chanoines arrivèrent au nombre de douze, et purent voir s'élever, non loin de cette même villa où avait été reçu le corps du saint, un prieuré de son nom.

Son institution dut se faire par Achard, dans le dernier quart du xe siècle, -sous le règne et avec l'agrément du vicomte Herbert Ier, oii de quelqu'un de ses successeurs immédiats (*). Mais pour parcourir ici d'un seul coup-d'œil l'historique de cet établissement, dont l'existence ne se ré vêler a dans l'avenir par rien de remarquable, nous dirons dès à présent que la première ferveur ne se soutint pas longtemps dans la nouvelle famille religieuse. Il semble que la règle des chanoines réguliers, sous laquelle ceux de Saint-Laon furent institués, n'était pas aussi favorable aux

(a) CL Bollaitdistes, 6 janvier et 21 septembre ; — M^ Guérin Vies des Saints IX, 450- {b) Mhtu des Ant* de l'Ouest, xxix, 229.

besoins du cœur humain que celle de saint Benoît, dont EtMivkimiaat nous savons la suave énergie et l'onctueuse fermeté. Trop de liberté facilite les divagations de l'esprit, et tend toujours à diminuer l'aptitude à la vie intérieure. C'est pourquoi les religieux de Thouars, malgré l'intérêt que leur témoignèrent, pendant une' grande partie du xie siècle, nos deux évoques de Poitiers du nom d'Isembert, n'avaient pas tardé à s'affaiblir, et, avant que finît le premier siècle de leur existence, le relâchement s'y était introduit et y persistait. Il faut rendre cette justice aux chanoines qu'ils furent les premiers à s'en lasser. Lorsque le saint évoque Pierre II, monta sur le siège de Poitiers, ils obtinrent de lui une réforme qui les releva. Ils prirent alors sous son autorité la règle des chanoines réguliers de Saint- Augustin. Ils adoptèrent surtout, comme étant l'un des principaux appuis de la vie religieuse, la pauvreté évangéliquc dont ils firent le vœu, et recommencèrent à vivre selon l'esprit de leur état (a). A partir de cette époque, on vit une sorte de renaissance poindre pour la petite communauté. Dûs lors, l'intérêt public qui se trompe rarement sur la valour morale du bien et du mal, revint singulièrement à ces hommes de Dieu dont le retour avait touché les grands et les petits. L'influence du saint évêque dont nous avons parlé contribua beaucoup à rétablir leurs affaires w, et les vicomtes de Thouars n'oublièrent pas que la Providence les avait naturellement placés sous leur protection. En 1117, Aimery V confirma par des actes authentiques des libéralisés faites à l'abbaye par des seigneurs du voisinage. Ce furent Geoffroy de Mauléon et Châlon son neveu, Papot de Mouchamps, Guillaume de Mareuil. Régnaud d'Orbrie, Aimery d'Oiron, Isnard de Mirebeau, et d'autres personnages avec lesquels

(a) Eté m. des Antiq, de V Ouest, ub sup. p. 360. — Berthre tic IJaurnitfaa, Hist. de Thouars, p. 66 et suiv., où l'auteur s'est beaucoup Irompo en maintes choses.

(b) Cf. Archives historiques du Poitou, II, 54.

t. vi Si

370 HISTOIRE GÉNÉRALE DU POITOU (97G'l

nous ne manquerons pas de nous retrouver. En cette occasion, Aimery et sa femme Agnes donnèrent aussi de leurs biens- C'est probablement à cette affection des seigneurs locaux que nos moines durent plus tard d'être favorisés par Henri II, roi d'Angleterre, quand le Poitou devint son domaine et que Marguerite d'Ecosse, femme de Louis XI, voulut ctre enterrée dans l'église abbatiale, ce qui arriva en 1445. Si toteno! sous Ainsi cette seconde fondation faite au xne siècle de Tabiitaïret. baye de Saint-Laon y ramena une vie si régulière et une

si étroite observance de la ferveur religieuse, que ta maison semble Savoir commencé qu'à cette époque et fait partir de là ses traditions. On n'a, en effet, retrouvé ni la charte ni aucuns détails historiques sur sa première installation. La liste de ses abbés ne part même que do la moitié du xn° siècle et ne parle que de la mort du premier, arrivée en 1146. Nicolas Le Coq, qui avait , présidé en 1445 à Pensevelissement de Marguerite d'Ecosse, fut le dernier abbé régulier- L'abbaye était tombée en commande en 14tfl, et avait été donnée a Pierre d'Amboise, évêque de Poitiers, â qui succédèrent Louis Chambon de la Tour, sous-doyen de la cathédrale; Claude de Tonnerre, autre évêque do Poitiers, -puis l'académicien Régnier des Marais et quelques autres dont l'administration plus ou moins compétente amenait la ruine infaillible de l'abbaye, quand la Révolution vint la ravir à l'abbé de Bussy, vicaire général de Poitiers, qui l'avait reçue de Louis XV es 1753 <*).

Cette abbaye eut un bénéiiee curiaî qui est devenu une paroisse de la ville, et qui célèbre sa fête patronale le 21 novembre, quoique dans tous les martyrologues elle soit fixée au 21 ou 22 septembre. Elle possédait autrefois huit chapellenics dont quatre étaient à la présentation de l'abbé. Une maison plus importante avait été fondée par

fa) Gatiia Chtï&t.< II, roi, iUï et suïv\ ; - Du Tems, II, ittf.

les religieux après leur seconde fondation. C'était le prieuré-cure de Saint-Laon, distant de quatre à cinq kilomètres à l'Est de Thouars, et peu éloigné de la rive droite de la Dive. Un ou deux religieux en avaient la desserte pour une population fort restreinte, et son peu d'importance le fit réunir en 1637 au Chapitre de Saint- Maurice d'Oiron. En 1803, l'ancienne paroisse fut unie aussi à celle d'Arçay (28). Après avoir été un fief relevant de la baronnie de Berrie, ce n*est plus qu'un mince village dont une famille du pays porte encore le nom. L'ancienne église a le caractère du xie siècle dans son plan, ses détails et son ornementation. Le prieuré n'est plus qu'une sorte de ruine composée d'une ou deux tours assez modernes, et qui pourraient bien avoir été élevées comme défense pendant les troubles du temps de Coligny et de ses adeptes (a).

Enfin ne finissons pas ce qui regarde cette histoire qui m*m ** >^t avait besoin de retrouver ici toute sa vie passée, sans mentionner la relique insigne de saint Laon, dont s'honore encore l'église paroissiale de Thouars qui porte son nom. Cette relique est la main droite tout entière, parfaitement conservée par la momification. La tradition du pays constate que cette main fut envoyée de Rouen aux religieux, lorsque, au xie siècle, n'ayant plus rien à soustraire aux Normands, on avait songé à ramener dans sa patrie le saint dont on y gardait encore le souvenir <*).

A juger de ces temps par les générosités princières des Trï*u «m d™ poï-

JO r r ° r 4L<MJ& Mite tyOjfSt

illustres maisons qui édifièrent ainsi de nouveaux asiles aux âmes religieuses, on croirait, mais non sans se tromper, que le monde monastique était en prospérité toujours croissante. Cependant il s'en fallait de beaucoup que l'histoire n'eût pas encore là de ces contrastes qui signalent

(a) Redet, Dictionn.; — M. Beauchet-Filleau, P ouille ; — Mém. des Antiq. de l'Ouest, XIII, 192.

(6) Lettre de M. l'abbé Pcschcr, curé de Saint-Laon de Thouars, a l'auteur, du 9 mars 1888.

partout et toujours la marche du monde. Les troubles s'y

multipliaient sous toutes les formes et s'imposaient â toutes

les âmes par des fléaux redoutables dont l'Aquitaine eut

m&ux et phè*H sa trop grande part. C'est ainsi que cette année 976, une

mène* de celle annue. *-.»,,,,. ~ .,

tamme horrible désola la France, et coïncida, pour augmenter le mal, avec les terreurs de deux phénomènes auxquels la superstition populaire attachait toujours une grande importance. L'un fut une comète qui dura presque tout le mois de juillet, et que le moine de la Chronique de Saint- Maiœent déclare admirable; l'autre, une éclipse de soleil, qui fut observée le 27 novembre. La famine s'expliquait par les guerres continuelles qui détruisaient les récoltes et les ressources aussi bien dans les populations rurales que dans les monastères dont les réserves ne suffisaient plus à les nourrir. Cette détresse explique fort bien comment ces asiles de l'aumône et de la prière tombaient en si grand nombre dans une pauvreté qui allait jusqu'à la misère* Au témoignage du chroniqueur que nous citons, il y avait alors beaucoup de monastères incapables, faute de ressources, de se relever de leurs ruines. Les moines y habitaient à peine logés, éprouvés par les maladies et même par le défaut de nourriture, et dès loçs manquant de force pour travailler. Les persécutions nées des guerres, avaient ainsi renversé Saint-Martin de Vertou, Saint-Martin de Tours, Saint-Hilaire et Sainte-Croix de Poitiers, Saint- Benoît de Quinçay et beaucoup d'autres encore, au milieu desquels Saint-Savin seul, nous l'avons dit, avait échappé â cette dévastation, grâce à la force de son enceinte qui avait pu résister à tous les assauts et se conserver quelques ressources pour lutter contre la faim, en partageant son pain avec lus populations de la ville démolie et des campagnes dévastées (*).

finira et eu Nous avons vu dan s cette famille de Thouars, dont on a les origines, ce singulier usage de la succession princière

(a) Chronic. mneti Maxentii; apud Labbe, Nov. Bibl. manusc, in-fol., 11. ILli).

par les frères et non par les Ifils aînés, et nous en avons indiqué les causes plus que probables. Il n'est pas facile d'expliquer par quelle exception à cette règle suivie dans l'immense pagus, qui dépendait de cette famille, la maison de Bressuire, dont nous avons à parler maintenant, semble d'après ce que nous avons pu recueillir, avoir suivi à cet égard le droit commun. Quelques notions sur les seigneurs vont nous amener à une démonstration de ce fait-

Et d'abord, Bressuire a dans son nom latin Berchorium^ mt^aL aussi bien que dans les trois ou quatre variantes qui l'ont modifié dans le cours des siècles, une attestation scientifique de ses premiers temps. Il dut être là à l'état de peuplade plus ou moins développée, bien antérieurement à l'occupation des légions de César, et les débris celtiques recueillis de son sol témoignent irrécusablement par quelle race il a d'abord été occupé. On a pensé, et avec raison, croyonsnous, que c'était là une portion du territoire des Ambiliates des deux ou trois premiers siècles, posés entre la Loire et le Poitou, dans lequel elle se perdit bientôt en proportion du développement que prit ce dernier vers le fleuve dont il atteignit plus tard le rivage (<*). Quelque érudition qu'aient émise les maîtres de notre géographie gauloise à identifier l'antique ville de Bressuire avec le Sêgora placé par Peutinger sur la voie romaine de Poitiers à Nantes, nos érudits modernes, fouilleurs du pays comme des chartes, sont tombés d'accord que cette idendité n'était pas possible, le sol de Bressuire n'ayant rien révélé qui puisse y faire songer à une occupation par les Romains. On n'y trouve en effet rien de ce qui ordinairement atteste celte Haute antiquité, ni briques, ni poteries, ni médailles, ni débris architectoniques quelconques (*). La meilleure preuve de cette position infime, ressort particulièrement de la nullité

(a) La Fontenelle, Mém. des Antiq. de l'Ouest V, 265; — M, Lcdnîn, Hist. de la ville de Bressuire, p. 33; — Bulletin des Antiq. de l'Ouest, H, Ifi9 ci suiv. ; — Mém. des Antiq. de l'Ouest, I, 80 ; V, 440.

(b) Mém. des Antiq. de l'Ouest, XXX, 217.

de l'endroit au commencement du Xe siècle. La domination des seigneurs de Thouars s'étendait sur tout le pays d'Herbauges, et vers l'Orient jusqu'au-delà de Bressuire, où Pierrefîttc, Glenay (29) et Faye-PAbbcsse ta) dépendaient de ce territoire que nous avons vu céder temporairement au comte de Bretagne Alain III, par le comte de Poitou Guillaume III. Or, sur ce territoire, était aussi un fief de Nueil-Sous-les- Aubiers (*), lequel appartenait à un Raoul, troisième fils du vicomte de Thouars Herbert Ier. Ce Raoul, possesseur du fief de Nueil, vint construire vers 980, un château sur la colline arrosée par le Thouet, là où Brossuire vint aussi se former au moyen d'habitations qui se rapprochaient toujours des demeures féodales. Do là cette dépendance où le fief, annobli par ce nouvel aménagement, resta toujours de la vicomte. La ville ne tarda pas à prendre de réels développements, toujours sous les auspices de la famille et des enfants de son fondateur. La suite de ceux-ci est difficile à établir solidement au milieu des contradictions éparses en des chartes jugées diversement par les écrivains. Toujours est-il que deux ou trois des seigneurs de Bressuire se succèdent sous les noms de Foulques, de Guillaume et de Thibaut, de 937 à 1039, et toujours de père en fils, et non de frère à frère, comme on faisait dans la maison de Thouars. On pourrait conclure de ce fait que la nouvelle maison avait trouvé dans son nouveau domaine la coutume suivie plus généralement et l'avait adaptée comme plus facile d'ailleurs à une famille qui devait se perpétuer par la descendance directe, n'ayant encore aucune branche collatérale qui pût taire valoir des aspirations rivales.

Ce que nous pouvons donc recueillir après Foulques, propriétaire de Bressuire, c'est que, sans que rien nous soit révélé de ce qui se passe sous lui autour du château

(a) Sur FnytM'Abbessc, V. ci-dessus, I, 207, 247.

{h) NiiciJ-sous-les-Aubiers, canton de Châtillon-sur-Sèvre (Deux-Sèvres), a aujourd'hui 2,000 habitants.

et de la ville, apparaît son fils et successeur Guillaume, parent du vicomte dé Thouars dont il relève. Il est père d'un Thibaut qui souscrit quelques chartes de Guillaume Fier-à-Bràs. Mais cette descendance n'est historiquement confirmée par Pexistence d'aucune femme dont le nom soit parvenu jusqu'à nous.

Nous sommes plus heureux dans le dépouillement des ,sdpbnrîd*ii«iiarchives de Mauléon. Nous avons dit ci-dessus comment cette maison, originaire du pays de Soûle, entre la Navarre et le Béarn, s'était implantée dans notre pays on. C'est aussi de 900 à 936, qu'un troisième fils d'Arnoul, vicomte d'Herbauges, et de même nom que son père, bâtit la ville et le château de Mauléon, devenue plus tard Châtillon-sur- Sèvre. Il épousa Humberge, fille de Raoul, seigneur de Mortagne (30). Mauléon passa, après lui, à son fils Ebles, premier du nom, et de celui-ci à un autre Raoul. C'est ce Raoul II qui commença la construction dans Châtillon même de l'église de Saint-Pierre, sur un terrain faisant partie de la dot de sa femme. La charte de fondation fut signée de Robert, seigneur de Sanxay (31) et de Roi ou Rulle, seigneur d'Argenton-le-Château (32). C'est dans cette église qu'il fut enterré. Sa veuve Hilarie, sœur de Renaud de Mallièvre (33), confirma les dons faits à l'église do Saint-Pierre, mais elle mourut avant de la voir achevée. Ce soin devait incomber à Ebles II, son fils, successeur immédiat de Raoul. Ebles épousa Alix, fille de Hugues du Puy-du-Fou et de Pétronille d'Angoulême, qui lui donna deux fils, savoir : Raoul, l'aîné, qui mourut jeune et sans postérité, et Savary, qui continua un peu plus tard la lignée directe des Mauléon. Toutes les donations de dîmes et de terres qui se rapportent à l'église de Saint^Pierrc furent signées après Ebles II, par les seigneurs de Mallièvre, de Talmont, de Châteaumur, du Puy-du-Fou, de Mortagne, de Sanxay et d'Argenton-Château , tous

(a) Tom. Y, passim..., et surtout ad ann. 943.

fiefs du voisinage, dont les seigneurs se qualifient de chevaliers, et qui attestent pour la postérité que déjà la contrée tout entière était sous le régime de la féodalité solidement et légalement établie.

On voit que l'existence et la suite de ces seigneurs de Mauléon ne nous présente aucune date que nous puissions leur attribue!1 sûrement. C'est pourquoi nous en resterons là avec eux, jusqu'à ce que nous voyions, un siècle plus tard, le Savary qui succéda à Ebles II, figurer dans le parti do Jean Sans-Terre et de ses Anglais. Nous éviterons ainsi d'ailleurs des difficultés inextricables faites par les généalogistes anciens sur la suite des membres de cette famille. Là, en effet, il faudrait craindre de s'engager dans un dédale avec cet anonyme dont les assertions manquent tout a fait d'authenticité dans une ancienne Chronique de Saint-Maixent; où s'accumulent des dates qu'il nous a été impossible de retrouver (34).

Sf|gmsoridflPmi- uae autrc branche de la famille de Thouars avait formé celle de Pouzauges, petite ville de trois mille âmes, aujourd'hui chef-lieu de canton de la sous-préiecture de Fontenay (Vendée). Là encore, restent à contempler de belles ruines qu'on remarque sur la montagne où s'asseoit le bourg: ce sont celles du premier château, souvent reconstruit ou réparé, que fonda en s'y établissant vers la fin duxe siècle un Guillaume, premier du nom, et surnommé Taillefer, peut-être par suite de quelque parenté avec les Taillefer d'Angoulème chez lesquels ce surnom dû à un exploit guerrier était devenu héréditaire. Ce Guillaume donc était le fils afné de Trulle, quatrième vicomte "d'Herbauges et de Thouars. Ainsi le fief qu'il acquit en 970 dépendit de la vicomte. Guillaume IeF augmenta beaucoup son domaine en épousant Mathilde, fille de Renaut, seigneur de Mortagne. En effet, cette dot consistait en toute la vaste surface limitrophe du fief de Mortagne, et s'étendait à l'Ouest jusqu'à la petite Sévre, au-delà de laquelle commençaient les dépendances de Saint-Laurent (35), et vers le Sud, touchait aux confins

jauges.

de Mauléon, de Châteaumur et de Pouzauges et aux terres de l'église de Saint-Paul-en-Pareds (36). On voit que de tels ntfriages grossissaient singulièrement l'importance des fiefs et de leurs seigneurs. Guillaume eut donc le temps jusqu'à sa mort, qui n'arriva que sous le régne de Robert et sous l'êpiscopat de Gislebert, de poser solidement sa famille sur le magnifique site où il Pavait amenée. Il eut deux fils, Trulle et Renaud. Nous verrons ce dernier possédant bientôt le fief de la Flocellière. Trulle, qui était l'afné, hérita de Pouzauges, se prêta à la fondation de Péglise de Saint-Pierre de Mauléon, qui fut dotée aussi par sa femme Hilarie. L'abbaye, alors récente, de Montierneuf do Poitiers reçut aussi des preuves de sa munificence.

Le fils aîné de Trulle fut encore un Guillaume IVe du nom. On le remarque parmi les souscripteurs du testament du duc d'Aquitaine Guillaume X, fait en 1137. On dit qu'il fut sénéchal du Poitou, sous la domination du roi d'Angleterre Henri II et de sa femme Eléonore de Guyenne, Guillaume II avait épousé Adélie, fille de Hugues, vicomte de Châtellerault, laquelle n'eut qu'une fille du même nom, mariée, non à Guy II, onzième vicomte d'Herbauges, comme l'a dit Dufour, mais à Guy, seigneur d'Oiron H, fils d'Aimery V, vicomte de Thouars (37). Au reste, la nuit se fait ici sur les destinées de cette seigneurie de Pouzauges dont les titulaires disparaissent sans laisser de traces. Il faut attribuer probablement cette disparition au retour qui se sera fait, on ne sait quand, de cette seigneurie à la vicomte par l'extinction d'une branche collatérale, extinction qui aura fait rentrer l'héritier direct dans la possession de la suzeraineté, en y absorbant la propriété secondaire. Quoi qu'il en soit, c'est aux seigneurs de Tiffauges qu'il, nous faut passer pour reconnaître la quatrième branche issue de la principale baronnie du Poitou.

(a) Oiron, commune de 900 habitants, canton de Thouars (Deux-Sèvres,). Nous en reparlerons.

3?8 HISTOIRE GÉNÉRALE DU POfTOU l976l

^eïpearia lie tu- Tiffauges est cette petite ville assise aux bords de la fjusc,i Sèvre-Nantaisc, réduite aujourd'hui à une population de

douze cents âmes, n'ayant plus que le simple titre de commune du canton de Mortagne, et que nous avons vue dès le ve siècle , au nombre des cantonnements assignés aux Tcïfales, qui lui laissèrent leur nom. En 843, elle éprouva les cruautés des Normands qui la ruinèrent, et fut, cent ans après, un des points du Poitou aliénés eu faveur de !a Bretagne par le traité conclu entre Guillaume Tète-d'Etoupes et le duc des Bretons Alain III.

Un château considérable s'est bâti dès le Xe siècle sur ces beaux rochers ; il fut retouché après le retour des Croisades dans le style étudié avec amour en Orient L'ancien donjon s7éleve encore au-dessus do ruines imposantes, et domine les vertes et profondes vallées de la Sùvrc et les vigoureuses végétations de ses arbres séculaires. C'est ce puissant manoir que Gilles de Retz, connu du peuple sous le nom terrible de Barbe^Bleuej habita longtemps et rendit témoin de ses crimes devenus historiques.

Le premier seigneur de Tiffauges que nous rencontrons serait un Aimery, second fils d'Eudes de Thouars et d'Alix, tille de Guillaume Taillefer II, comte d'Angouléme :38.l C'était donc vers le milieu du x6 siècle, ce qui prouve qu'après avoir été seigneur de Tiffauges, il ne serait redevenu le chef de la famille qu'en vertu de Tordre habituel de succession collatérale, laquelle ayant manque par défaut d'un dernier frère, serait revenue à un fils d'an certain Savary que nous voyons entre Aimery Ier et Aimery IL d'après la liste de M* Imhert t<o. Par suite de ce changement, le fief do Tiffauges passa â Renaud frère d'Aïmery IL Mais que voir do suffisamment clair dans ces combinaisons toutes conjecturales qui rendent la généalogie de cettu branche aussi incomplète qu'elle est obscure en de pareils

(a) Mem. des Antiq. de l'Ouest, XXXI, p, ii5.

éléments ? C'est tout au plus si nous pouvons dire en hasardant les noms des donateurs, que, à peine intronisés , snit dans la vicomte même de Thouars, soit dans les riches seigneuries qui en dépendirent, des dons considérables furent faits ou légués par ces généreux chevaliers aux églises, prieurés et monastères voisins de la Chaize-le-Vicomte, de Saint-Maixent, de Saint-Florent de Saumur et de la Gréiretière, dont nous verrons plus tard Papparition sur le sol poitevin.

Il paraîtrait que les chartes les; plus anciennes des seigneurs de Tiffauges, qui y est diversement nommé Tifaugiœ, Thifaugium, Theofalgiœ ou Theophalgiœ^ ne remontent pas au-delà de 1098 <*). C'est l'époque de l'église romane de Saint-Nicolas, dont les voûtes, les pillîers et les modillons sculptés indiquent bien l'origine, malheureusement déparée par des remaniements maladroits et d'horribles peintures que signalait en 1843, l'indignation artistique de M. de Montbail (*). L'église de Saint-Nicolas relevait de Saint-Jouin de Marnes. La même abbaye y eut aussi un prieuré de Notre-Dame dont l'église fut pourvue d'un certain nombre d'autels ou de chapellenies, presque toutes de patronages laïques, la plupart ayant été fondés par les seigneurs du pays.

Nous avons dit que saint Sénoch, né -à Tiffauges, avait &>iatsèi(*i< fc été l'apôtre des Teïfales au vie siècle, et s'était ensuite confiné, aux environs de Loches, dans une solitude d'uù il avait évangélisé cette partie de la Touraine. Ajoutons, comme d'intéressants renseignements pour l'histoire, que près de Pouzauges, mais sur le sol de Maine-et-Loire, s'éleva la colonne de Torfou, placée sur un champ de cotonneacTwAn. bataille illustré le 19 septembre 1793 par l'héroïque courage des Vendéens; puis la montagne des Allouettes, la plus haute de la Vendée, dont le plateau est occupé par la

(«) L'abbé Aillcry, Pouillé de Luçon, p. 196.

{b) Notes et Croquis sur la Vendée, in-4°, p. 100.

ci-ipeiid m àî~ première chapelle construite en France dans le style ogival en 1828, La Révolution de 1830, dont le chef avait de sérieuses raisons pour étouffer les souvenirs de la Vendée, empêcha do l'achever, et la conservation de ce précieux spécimen du retour a l'architecture religieuse du moyen âge, est dû à la Société des Antiquaires de l'Ouest qui la protégea contre le vandalisme d'une autre révolution, pr^Sfttfic dAa~ Caché dans une vallée hémisphérique, au pied d'un coteau qui l'abrite contre les vents de l'Ouest, du Sud et du Nord, Aspremont, sanctus Martinus de aspero monte, offre encore aux regards un beau château de la renaissance, ruiné en partie, et auquel restent deux magnifiques tours, œuvre délabrée, comme tant d'autres aujourd'hui, de l'amiral Chabot, Vers le commencement du xvi6 siècle, la petite ville était fortifiée; elle n'est plus qu'une bourgade d'à peine quinze cents urnes. Mais elle intéresse encore par sa position pittoresque sur un âpre rocher, par l'épaisseur de ses murs qu'on n'aborde plus qu'au moyen d'un escalier pratiqué dans le roc, et surtout par ses souvenirs auxquels se mêlent les noms illustres des la Trémouille, dos Lézardiêre et des Thouars (*), C'est encore un fief appartenant à cette dernière maison dont nous croyons que fut nanti, de 1127 à 113U, un Guillaume, lils.d'Aimery V et sa femme Mathilde, fille du duc d'Aquitaine Guillaume IX: ce fils d'Aimery succéda à son pore dans la vicomte, Ce n'est pas sans peine qu'on parvient a lui constituer cet état civil à travers toutes les incertitudes de généalogies aussi embarrassées que contradictoires. Mais on est bien moins renseigné encore sur sa descendance qu'on suit très mal jusque 119G, où le dernier connu, Pierre d'Aspremont, seigneur des Essarts et son frère Guillaume, s'arrangent avec Jean Ief, abbé de la Grénetiérc, laissant à lui et à ses religieux divers héritages et franchises, moyennant un

(a) M, de JHontbaii, ah st/ji-, p. 144 ci suiv.

droit qu'ils se réservaient d'être enterrés dans leur église ; ceux-ci s'engageant à y célébrer pour eux chaque année un service anniversaire <*>.

Des chartes de 1099 nous parlent d'un Guillaume de Wpmtoiàm*

tadnmr.

Châteaumur appartenant à la famille de Thouars. Mais il résulte d'actes bien plus anciens, car ils remontent jusqu'au milieu du xe siècle, que les barons de cette lignée princiére possédaient vers 950 le fief de Châteaumur <*>. Cette petite ville est sise en Vendée au pied des coteaux qui séparent ce département de celui des Deux-Sèvres, non loin des Châtelliers (39) , auxquels elle a été réunie pour fermer une population de huit cents âmes <o. Son premier baron connu aurait été Arnoul, second fils de cet Anioul de Mauléon et de cette Humberge de Mortagne, qui eurent les premiers Châteaumur en apanage, et ne laissèrent d'eux* mêmes aucun autre souvenir.

Arnoul aurait eu pour hériter son fils, deuxième du l»* tanu*. nom, qui fit du bien à Montierneuf, et souscrivit comme témoin à la donation faite à l'église Saint-Pierre de Mauléon par Hilarie, femme de Raoul, qui en était le fondateur. On ignore dans quelle tamille Arnoul avait pris sa femme Adalmodie, qui lui donna Raymond, dont nous ne savons rien, sinon qu'il succéda à son père dans le manoir et la seigneurie de Châteaumur. Deux Guillaume le suivent, d'après une autre notice faite avec soino. L'un contribue en 1098 à la fondation de l'église de la Chaize-le-Vicomle ; l'autre dote Saint-Joùin de Marnes d'une chapelle près le cimetière d'Argenton-le-Château (o. C'est en 1178 qu'apparaît un Geoffroi, suivi d'un Maurice en 1277. Mais là s'arrête encore la suite de cette famille qui semble s'être

(a) D. Fonteneau, IX, 131.

{b) Castrum mûri, de Castello muro, en 1099.

(c) V. D. Fonteneau, XIII, 30; — D. Martène, amplissima coilediû, V, col. J147.

{d) Annuaire de la Société d'Emulation de la Vendée, 1857, p. 257. (e) D. Fonteneau, XIV, 30.

perdue vers le commencement du xne siècle, dans les événements de Pépoque où beaucoup de petites fortunes militaires ne purent résister aux frais énormes des voyages d'outre-mer. C'est au commencement du xiv6 siècle que la terre de Châteaumur passa, par arrangement de succession, aux Bclleville. Elle arriva plus tard, vers le milieu du xvie aux Echalard de la Boulaye, puis aux Ménard de Touchepré, qui la gardèrent jusqu'à la Révolution.

Et maintenant plus rien que des murs ruinés et noircis, des décombres et une carrière (40).

ei rciie «ta Heu*. Sur un haut mamelon, non loin du château, les deux immenses tombelles, dont nous parlions plus haut, témoignent de la présence dans le pays de seigneurs beaucoup plus anciens que ceux de Thouars, de Mauléon et de Châteaumur ; mais ces titres archéologiques qui ne préoccupaient guère probablement les barons du moyen âge, ne les empêchèrent pas d'élever ces autres monuments entourés souvent d'illustrations légendaires et dont le but était conforme aux idées de la civilisation nouvelle. Châteaumur trouve done dans son château même, son nom et la mémoire de ses origines féodales. Son mur énorme et de si vaste étendue lui formait une longue et formidable ceinture de défense, et atteste que déjà, si Ton craignait moins les barbares du Nord, on sentait qu'il était bon de prévoir des attaques de Penvie et de Pambition. Il est vrai quo rien ne garantissait ces constructions splendides contre les assauts du temps qui, aidé de la main des hommes, est parvenu à faire de Châteaumur comme de tant d'autres, un amas de décombres auxquelles les tombelles druidiques ont survécu. Quoi qu'il en soit, le Christianisme avait marché là comme partout ailleurs, à côté du pouvoir civil. Le forteresse s'était adjointe, outre Notre-Dame des Chàtcllicrs, une église de Sainte-Madeleine, devenue un prieuré-cure de l'abbaye de Mauléon, à qui le fondateur Pavait donnée. En 1533, elle avait encore quatre religieux Augustin s ; mais dans les derniers temps, tout était ruiné.

Depuis les dévastations du xvie siècle, le prieuré avait disparu avec ses prêtres ; le manoir n'avait pas résiste à la pauvreté, et Châteaumur n'est plus qu'une annexe, sans personnalité propre, de la petite paroisse vendéenne dos Châtelliers, au canton de Pouzauges, et qu'il faut distinguer de l'abbaye de même nom , que nous verrons s'élever aux environs de Saint-Maixent.

Nous avons parlé de la seigneurie de Talmont, comme m!***^* appartenant à la famille de Thouars (41). Elle était possédée vers 1130, par Guillaume, second fils de Raoul de Mauléon et d'Hilarie. Ce seigneur figure au nombre des témoins qui souscrivirent le testament du duc d'Aquitaine Guillaume IX, qui n'est pas si faux, comme nous le verrons, que Dufour l'a prétendu. Mais là encore les mêmes obscurités dominent toutes les données historiques. Néanmoins tous les vieux parchemins ne se sont pas tu, et ils s'accordent avec l'aspect des lieux en nous persuadant que Talmont, fortifié sans doute dès le ixe siècle pour garantir la cote des pirates saxons, s'éleva à cette époque beaucoup plus près de la mer qu'il ne l'est aujourd'hui, après divers cataclysmes qui l'en ont éloigné. C'est aussi dès ce temps, paraît-il, que cette terre eut le titre de principauté, et on peut lui croire dés lors, en effet, une importance remarquable, si l'on considère la force extraordinaire des constructions primitives du château où plusieurs styles se superposent depuis les souterrains jusqu'aux crénaux supérieurs, où conduisaient de lourds escaliers que personne ne fréquente plus. Voilà donc de sûrs matériaux qui ont survécu longtemps à la filiation effacée de leurs maîtres. De ceux-ci, c'est à peine si l'on retrouve quelques noms sauvés de l'oubli à la faveur de certains événements. On ne voit pas bien quand les seigneurs de Thouars vinrent se poser sur cette plage éloignée de plus de quarante lieues de leur berceau. Mais l'espace des âges semble les avoir bien plus séparés les uns des autres. Le plus ancien, qui est encore un Guillaume, doit la notoriété qui lui est restée

jusqu'à nous, â la fondation de l'abbaye des Bénédictins qui reçut de lui le vocable de Sainte-Croix en 1040 (*). Ce fut Vital, abbé de Saint-Gildas de Ruys, qui en prit d'abord la conduite en 1042 et laissa après lui une suite de trentesix abbés, parmi lesquels se trouvent les noms des de Brosse, du Puy-du-FoU, du Luc (42), de la Rochefoucaud (43), de la Trémouîlle. Au xine siècle, retentissent les exploits dans les guêtres anglo-françaises d'autres Guillaumes, de Raoul et de Savary. Ce dernier tient un rang distingué en Aunis où il possédait de grands domaines et faisait battre monnaie [t>K Mais depuis 1572, la triste maison n'était plus qu'une ruine, grâce aux brigandages d'un abbé commendataire, François Bautaud qui, se réservant les revenus, laissa tomber en décombre les lieux réguliers et l'église Blême, si bien que cent ans après, vers la fin du xvne siècle, on n'en apercevait plus les moindres traces. C'était un des mille bienfaits du concordat entre Léon X et François Ier. Talmont appartenait encore aux Maulôon pendant une grande partie du xine siècle. Les membres de cette famille favorisèrent très généreusement les abbayes de la contrée, entre autres celle des Fontenelles, près la Roche-sur-Yon, dont ils furent fondateurs. Nous les verrons dans la personne de Savary, l'un des plus illustres, se faire un grand rôle dans les guerres anglo-françaises de cette époque héroïque. C'est vers 1250 que la terre de Talmont revint à la maison de Thouars, par une transaction entre un Raoul de Mauléon et Aimery IX de Thouars, qui recouvrait, après deux cents ans la principauté sortie de sa famille, moyennant la somme énorme de quatre cent mille livres tournois. Nous retrouverons souvent cette double principauté de Thouars et de Talmont dans les pages historiques sur lesquelles nous ne devons pas anticiper (c).

(a) lîesly. Comte Pictav., p. 320; — Gallia Christ., II, p. U23; — Instrum, Vlli et IX, et suïv*. coi, 415; - et ci-après à cette date de 1040. (&) Cf. Arcfcre, Hist. de la Rochelle, I, 203. (a) V. lîc Monlbail, ub sup., p. U8 et suiv.

La petite ville de Talmont, que venaient encore baigner LnNM<iï<im<m<. en 1239 les flots de POcéan, et dont le port était très fréquenté, en est aujourd'hui éloigné de huit kilomètres. Elle est devenue un simple chef-lieu de canton de l'arrondissement des Sables-d'Olonne. On discute sur l'origine de son nom (44), on n'y trouve plus que les débris de ses monuments attristés, avec une église de Sainl-Pierre, mentionnée dès 1046, et dont les ôvêques de Poitiers et de Luçon ont successivement donné le bénéfice, sur la présentation de Pabbé de Sainte-Croix. Cet édifice se ressent, comme le château, des retouches nombreuses qu'il a subies.

On trouve parmi les signataires de la charte de fondation de Saint -Pierre de Mauléon, un Raoul qui était le second fils de Guillaume Taillefer, seigneur de Pouzauges, et de Mathilde de Mortagne. C'est â lui qu'échut, dans le premier quart du Xe siècle, la terre du Puy-du-Fou, qui avait fait partie de la dot de sa mère. Nous avons dit que JjSJ11 f,u pu'* cette terre s'étendait des confins de la seigneurie de Mortagne jusqu'à la Sévre et aux propriétés de l'église de Sjnnt-Laurent que cette rivière arrosait de son cours. Dans les derniers temps, après avoir changé plusieurs fois de maîtres, cette étendue a beaucoup diminué. Elle n'en appartenait pas moins, avec toutes ses richesses, à ce premier possesseur Renault, qui devait l'avoir vers Tan VRKL Ce Renault fut chambrier ou trésorier de Henri Ier et le prédécéda, ce qui le ferait mourir avant 10G0. Son fils Hugues eut la même dignité, une des premières de la cour, sous Louis le Gros (*). Nous observons qu'à cette époque de nombreuses alliances se font entre tous ces membres de la famille de Thouars et les familles seigneuriales du pays; de sorte qu'après deux ou trois générations les degrés se sont tellement effacés entre elles, qu'on voit des héritières de Thouars trouver des époux dans les branches collatérales, comme il arriva vers 111)0 â Àdéle,

(a) Qui régna de 1108 à 1137.

t. vi 25

Srtfi HISTOIRE GÉNÉRALE DU POITOU (976|

fille du vicomte Aimery VII, laquelle fut mariée â uu Thibaud de Beaumont, de la famille de Bressuïre oo. Ainsi voyons-nous entrer par ces mariages dans la lignée du Puy-du-Fou celles de Bressuîre, de Parthenay, de Surgères, de Mortagne, de Pouzauges et autres qui formatent la société féodale du bas Poitou, Tous ces grands seigneurs alliaient pour eux aux prérogatives de la féodalité celles de la guerre qui s'allumait aisément entre gens encore tout pétris par leur caractère natif des dispositions belliqueuses et remuantes de la terre franque. Il ne fallait pas leur parler d'autres industries, d'aucun commerce , ni de Fagrieulture, ni encore moins des arts, et comme cependant ils arrivaient facilement à comprendre que le soin des champs était moins à dédaigner que les autres, ils s'en reposaient des travaux agricoles sur les moines à qui leurs donations n'étaient ni si désintéressées qu'on veut bien le croire, ni si aveugles qu'on persiste à le soutenir, ******** Nous voyons ainsi cette famille du Puy-du-Fou, comme toutes les autres, signaler son passage à travers le siècle de sa lloraison par de nombreuses largesses aux églises ou abbayes de Mauléon, de Saint-Michel-en-rHerm, de Saint-Jean-d'Angély, de Saint-Maixent, et plus tard de Montierneuf et des Jacobins de Poitiers. Mais les camps voyaient plus souvent cette noblesse sous les gonfanons de leurs tentes, que dans les villages formés autour de châteaux. Les Puy-du-Fou ne se signalèrent donc pas moins au service des rois, devenus les suzerains des plus hauts feudntaires, que tant d'autres noms illustres qui leur tenaient de si près par les alliances de parenté dont témoignent encore les nombreux écussons sculptés sur les murailles dénudées de leur ancienne demeure. Puis à cotte terre considérable qui avait jusqu'à quatre-vingt-dix-neuf riches métairies, ne pouvant en avoir plus (41) 3 on vit

fa) Jûuiueau des Loges, Affiches du Poitou. 1781. p. 53; Dufûur,

JfejWg&j in-t* p. 23; — Imbcrt, Notices sur Thvuars, p* 410

s'acharner peu à peu les événements destructeurs qui en divisèrent la propriété, et en morcelèrent les murs et les défenses. C'est au retour des guerres d'Italie auxquelles nos braves seigneurs prirent une part honorable avec Louis XII et François Ier, que fut reconstruit le vieux manoir avec les caractères qu'on voit encore à ses dernières ruines. Parmi ces débris que se voient les souvenirs des Montmorency et autres célébrités de notre histoire, dont l'union à la famille du Puy-du-Fou a précédé de peu l'obscurité dans laquelle elle s'est éteinte.

Hélas ! hommes célèbres , monuments splendides ont disparu presque à la fois. Le Puy-du-Fou n'est plus dans le canton des Herbiers qu'un hameau d'une dizaine de feux, dont la grosse commune des Epesses (46) ne songe même pas à se prévaloir. En réalité d'ailleurs, ce n^cst plus qu'un appel vers les ancêtres dans ce lieu que personne n'interroge plus que par son vieux nom inusité de Podium Fagi, la montagne, la Colline du Hêtre, dont les dernières racines se chercheraient en vain.

Le joli nom de la Flocelliére est le dernier dont nous uFiwemère, devions parler comme d'jtin apanage dans le bas Poilou de cette maison de Thouars qui, nous le savons maintenant, y avait établi sa suprématie par tant de maisons secondaires dont elle avait la suzeraineté. La Flocelliére est un riant village entouré de plaines, de bocage et de ruisseaux où la verdure semble éternelle avec la fraîcheur qui la couronne : le printemps semble là plus beau qu'ailleurs. Ce fut autrefois une petite ville ayant ses murs, sa forteresse dont une tour à pans coupés résiste encore tout entière avec ses échauguettes et ses plates-iormes crénelées, aux intempéries de la guerre et des âges. Cette enceinte renfermait, outre la demeure féodale et ses larges dépendances, une église de Notre-Dame, cédée en 1090, par un seigneur de la Flocelliére aux Augustins de Maùléon. C'est alors un prieuré-cure nommé Flocellaria, dont les seigneurs sont entièrement oubliés; leurs listes n'existent

JE

388 HISTOIRE GÉNÉRALE DU POITOU (97fil

plus et se rattachent à peine dans les écrits encore connus â des personnages peu faciles à grouper méthodiquemenU *rj y voit dès le xnia siècle cette maison alliée à celle de Surgeres (47) et entre elles deux de sanglants démêlés d'orgueil et de jalousie auxquels les comtes de Poitou et les rois de France furent plus d'une fois obligés d\>pposer leur énergique volonté. Au milieu de ces conflits, la famille de la Flocelliùre s'amoindrit. Les guerres civiles du xvie siècle, et la prise du château en 1597, aussi bien que la ruine de la ville pillée par les ligueurs avec sa garnison protestante. Enfin, de simple châtellenie, elle fut en 1010 érigée en marquisat pour un Jacques de Maillé-Brézé qui l'avait acquise. Après quoi, elle passa â la maison de Morais qui la garda jusqu'à la Révolution (a).

Par toutes ces branches répandues avec tant de fécondité sur le sol du bas Poitou, qu'elles s'étaient partagé, on peut juger combien était puissante cette maison de Thouars quïT sous divers noms, quand elle se fut après de longues années, alliée â des familles qui absorbèrent le sien, se distingua jusqu'à la dernière heure dans la France féodale par son influence, sa haute position dans les charges publiques et sa fortune princière. Quelle aberration dut frapper la pauvre administration thounn;aise, quand elle se refusa naguère à ramener les derniers restes de son ancienne gloire dans ce milieu qui devenait pour elle une source de fortune ! à une telle gloire ces pauvres intelligences préférèrent un des cloaques appelés de nos jours maisons centrales, ot qui, en réalité, ne sont que des centres d'ignominie et d'abjection.

Nous venons do dire â quelles personnalités plus ou moins illustres était soumise cette terre du bas Poitou, sous la haute dépendance de la maison principale dont mouvaient tant d1 arrière-fiefs (*). Tout le pays d'Her bauges

(a) MonLuail, p. 71.

(i) La mouvance était la dépendance d'un inférieur â l'égard du fief doiijjnanl dont U relevai* (Cbérudj.

était là, retrouvant, pour ainsi dire, toute son ancienne prépondérance sociale dont l'origine s'était perdue dans l'impénétrable nuit des temps primitifs. En débrouillant autant qu'il nous a été possible, les fils plus ou moins cachés que reliaient l'existence de ces neuf familles à celle de leur souche commune, nous avons dû négliger pour y revenir enfin le point dominant de la vie sociale à laquelle elles présidaient. Nous allons donc pour chacune d'elles et grâce à des travaux solides qui ont précédé les nôtres, revenir rapidement à ce qui regarde pour ces maîtres du petit royaume de Thouars, la façon dont s'y administra la justice.

En effet, il importe souverainement à l'histoire de faire oiB»to*i.m m ri connaître en quoi consista sous le régime de la féodalité Cî^imf qui s'imposait à l'Europe civilisée, le pouvoir de juger, qui sauvegarde les droits de chacun et constitue l'existence des sociétés dans ses éléments primordiaux. Achevons donc notre exposé par quelques détails" qui en sont le complément obligé.

Quiconque est prince, sous quelque nom et à quelque titre que ce soit, a pour premier devoir d'exercer la justice sur ceux dont il a ta conduite, et dont il doit avant tout élaborer le bien-être. Ce devoir est inséparable d'un droit inné avec lui dans toute autorité appelée à gouverner les masses. Quel peuple barbare envahissant l'Italie et les Gaules, n'y apporte pas avec lui ses coutumes judiciaires et ses traditions écrites, codes suprêmes, protégeant la vie, la propriété et la liberté des individus? A l'époque de transformation qu'ouvre devant nous le xe siècle, ces traditions existaient encore ; mais un nouvel ordre de choses* doit leur donner de nouvelles formes, car il est clair qu'avec ces juridictions qui vont se partager la France, un changement arrivera dans les usages légaux, et surtout dans l'application de la jurisprudence aux besoins communs. C'est cette transformation qu'il nous faut étudier maintenant, puisqu'elle dominera jusqu'à la fin

du moyen âge, et au-delà même, les décisions des juristes et la science du droit.

Jusqu'à présent, nous avons vu les comtes rendre les arrêts judiciaires, d'abord au nom du roi qui les avait nommés dépositaires de son autorité souveraine ; puis à mesure que leur pouvoir s'est agrandi, et que celui du prince s'est rapetissé d'autant plus, ils se sont faits dans l'étendue de leur juridiction, l'expression supérieure du droit, n'y apportant d'autres modifications que celles voulues par le nouvel état de choses, se posant en gardiens des coutumes traditionnelles, y ajoutant au besoin des règles commandées par la nécessité des temps et des lieux, comme nous avons vu les rôles d'Oléron, et conservant à peu près intact lg code pénal observé de temps immémorial quant à la répression des crimes et des délits. Eutdesvigueries. Les viguiers entrèrent d'abord pour beaucoup dans l'administration de la justice, sauf pour les causes capitales, toujours réservées au roi ou au comte. Cependant lorsque l'autorité royale se fut affaiblie sur la fin des Carlovingiens, les comtes en profitèrent pour étendre aussi leur pouvoir et s'emparer en quelques contrées du droit de haute justice aussi bien ^}ue de l'hérédité de leur charge dont nous avons pu citer quelques exemples. Ceci se rapporte surtout à l'époque où nous sommes.

u« trois degrés • C'est donc ici qu'il faut parler des trois degrés de juri-

de juridiction judi- i r o 4

ciaire- diction, qui distinguaient les seigneurs en bas, moyens et

H<ute justice. hauts justiciers. Ces derniers possédaient les trois degrés à la fois, et connaissaient dans leurs terres, par eux ou leurs officiers, des plus minces délits comme des plus grands crimes. Ayant le droit de glaive, ou de mort, ils pouvaient élever des piloris, des fourches patibulaires, et connaître de tous les manquements aux lois commis dans l'étendue de leur autorité. Mais, en outre il y avait des cas toujours réservés au pouvoir royal, comme ceux de félonie et de. haute trahison et quelques autres dits les cas royaux, et dont le roi décidait seul, entouré de sa propre cour

judiciaire. Les juges hauts justiciers pouvaient prononcer la peine du fouet, de la marque au fer chaud, outre celles des amendes et du carcan. Les épaves non réclamées dans les quarante jours , les biens vacants par déshérence ^ les successions des bâtards pour lesquels la loi était plus sévère que l'opinion publique, étaient adjugés au seigneur haut justicier après décision de ses tribunaux où toute plaidoirie était d'ailleurs admise, comme partout et toujours pour la défense des accusés ou des contendants '(<*).

La moyenne justice connaissait de toutes les obligations **&*&&*> féodales des vassaux. Elle jugeait aussi toutes les infractions qui ne pouvaient encourir au-delà de soixante-quinze sous d'amende. Il appartenait au moyen-justicier de nommer aux mineurs des tuteurs, d'ordonner la pose des scellés. De lui relevaient toutes contestations sur les bornes et limites des propriétés, la police des chemins. Les appels de son tribunal, composé d'un juge, d'un procureur seigneurial, d'un greffier et d'un huissier ou sergent qui étaient portés devant la juridiction supérieure du haut justicier (*).

La basse justice enfin s'exerçait par un seigneur moindre m*«4»stj«, en dépendances territoriales et en droits féodaux. C'était la juridiction actuelle de simple police, et les soins faciles des mille détails de la vie civile entre vassaux, bourgeois ou villains (habitants du village, de la campagne). Le basjusticier jugeait toutes les causes qui avaient pour sanction une somme de soixante sous. Les sous-viguiers, là où il en existait, outre qu'ils assistaient le seigneur dans ses jugements avec les assesseurs, les centeniers ou les doyens civils, sorte de surveillants habituels de l'ordre et de la bonne tenue des choses et des personnes, complétaient

(a) Loiseau, des Justices seigneuriales, inter opp. in-f°, Lyon, 1701, p. 613 \— Lange, Nouveau praticien français, in-4°, première partie, p. 25, 29 eL 30 ; — De Ferricre, Dict. de Droit et de Pratique, in-i<-, V<\ Haut Justicier et Justice seigneuriale, passim.

(b) De Ferrière, ub sub.

pouf les trois degrés dont nous venons de parler l'ensemble de l'administration judiciaire (*;.

n*rï»rts cuire m Nous savons que nos dix-sept paqi, principales divisions

juridiction el tes » r r & * i r

ngieui&nertw. des territoires poitevins, renfermaient encore soixante-trois vigueries dont le pagus de Poitiers, d'une si vaste étendue, avait à lui seul vingt-deux. Les autres étaient distribués très inégalement entre les autres pays dont plusieurs n'en avaient qu'une, Thouars n'en avait qu'une à l'époque dont nous parlons, et cette rareté dans un pagus si étendu s'explique très bien par les nombreuses • attributions qui s'étaient faites en ce temps, de fiefs tombés par les conditions succès soriales à de nouvelles familles qui n'avaient pas manqué de se constituer avec leurs juridictions secondaires, et plusieurs même durent tenir fort peu à se donner un ou plusieurs viguiers, quand déjà la position de ceux-ci, par suite de partage du pouvoir, commençait à perdre beaucoup de son importance et de ses profits, frithiititin dn p«r- Les justiciers . à quelque titre qu'ils le fussent, tenaient

^mid juii triai re. * i i i i

beaucoup tï ce nouveau droit que leur avait fait le régime des fiefs héréditaires. Mais cet honneur était tout à leur charge et ils devaient entretenir et payer un nombreux personnel. Aussi devaient-ils se faire des ressources considérables qui sous divers noms grossissaient leurs revenus, et n'étaient après tout, qu'une compensation nécessaire, à tant de soins de surveillance et d'administration auxquels toute société est tenue de contribuer dans son propre intérêt (*;.

Les monastères, leà Eglises cathédrales, les Chapitres, par là même que leur avaient été donnés des fiefs, en avaient les privilèges comme les charges, et les évêques, abbés, ahbessosj doyens séculiers en devenaient les seigneurs par l'acquisition des fonds territoriaux ou des manoirs. Ils jouissaient alors de tous les privilèges des seigneurs et

ta) Ile Femore, lot: cit.

{b) Cf. t'n intéressant travail de M. Bardy, sur la justice rendue au moyen âge dans la circonscription des châteaux, Bull, des Antiq. de l'Ouest, VIII, 118 et suit.

bitte* dM mûûïS-

ICfCSp

Elilcscl.Mfnirs,

avaient sur les terres et châtellenies de leur rcssot-t les mêmes droits de justice ou d'administration qui appartenaient à tous les seigneurs.

Il y avait aussi les Châtellenies, les Sénéchaussées et les Baillages, dont les titulaires jugeaient en dernier ressort des appels formés contre les juridictions seigneuriales; mais ce ne fut guère que dans le courant des xie et xne siècles que ces juridictions furent créées. Nous avons soin d'indiquer la naissance ou l'exercice de ces titres à mesure que nous les verrons adjuger à un lieu ou à un personnage historiques, car ces sortes d'offices ne paraissent guère qu'avec les développements et l'affermissement de la vie féodale qui va prendre décidément son inamovibilité.

On voit que ces notions dans lesquelles il était bon d'entrer sérieusement, sont indispensables à la connaissance des temps que nous allons parcourir. Nous sommes sur le théâtre des événements et nous en pouvons comprendre tous les aspects et toutes les perspectives. Continuons donc à suivre la vie où vont se développer les périodes variées de l'attachante histoire de nos grands feudataires, et reprenons les faits et gestes de notre Guillaume IV dont nous ont forcément détourné les fondations et les nouvelles institutions du commencement de son règne.

Mais n'omettons pas, avant d'aller plus loin, un fait des *'plus remarquables de cette période historique. C'est sous le règne de Guillaume Tete-d'Etoupes que les Aquitains ont commencé d'employer l'ère de l'Incarnation dans les actes publics. Jusque-là on avait daté de PIndiction (48) , ou encore de l'année du couronnement du roi régnant. A l'époque où nous sommes, on continua cette méthode, mais on observa aussi très communément sous la troisième race, dont l'origine coïncide chez nous avec le règne de notre Guillaume, de commencer l'année, selon les lieux, tantôt à Noël, comme en Italie, tantôt comme en France, à Pâques, après la bénédiction du cierge pascal qui se faisait la nuit du samedi au dimanche. Cet usage venait de ce qu'on

(liljp do ihU]r »iv

tommciiCfOMii M

l'jMlL'C CJI A'IllUJKiC,

394 HISTOIRE GÉNÉRALE DU POITOU (97Gl

attachait anciennement, et encore alors, au cierge pascal Tlndiction et les autres notes chronologiques qui convenaient à l'année courante(a). Il dura jusqu'à l'année 1569 où, par une ordonnance de Charles XI, donnée au mois de janvier, le premier de ce mois devint pour l'avenir le jour initial de Tannée, C'était revenir à l'observance suivie sous les Romains, et eu général on établissait ainsi l'unité que la civilisation commune à toute l'Europe allait rendre nécessaire,

1 mmwxwui de Une observation très importante résulte ici de cette

différence entre les dates du 25 mars et du 1er janvier, c'est que, pour bien comprendre le cours d'une année antérieure à 1563, il faut observer que, si Tannée à commencé au 25 mars, elle est plus courte que notre année actuelle de deux mois et 25 jours. Nous ne sommes donc autorisés à compter, par exemple, Tannée 1561, qu'a partir du 24 mars 1560; si au contraire, nous commençons Tannée â Noël, le 25 décembre, nous anticipons sept jourè sur notre année actuelle. De là, l'habitude qu'on a prise pour plus grande exactitude possible dans les calculs de ce genre d'indiquer, après les dates qu'on tient a éclaireir, si l'année en question est de l'ancien ou du nouveau style, ce qu'on exprime par les lettres À, S. ou N. S. Nous emploierons désormais ce moyen de convention, toutes les fois qu'il sera utile à la clarté du récit.

{a) Miibillon, Diplomat., lib. II, c. \\m, uu N,

*3Wk

Note 1

Pierre de Maillezais et Besly ne donnent ce surnom qu'à Guillaume V, fils de celui-ci, peut-être à cause de ses guerres incessantes , mais il importe d'éviter cette confusion que n'ont admise aucun de nos anciens chroniqueurs. Celui de Saint- Maixent, ad ann. %2, celui des Comtes d'Anjou (Marchegay, t. I, p. 120), et les autres en plus grand nombre ont donné le nom de Fier-à-Bras à Guillaume IV et celui de Grand à Guillaume V. Ce qui est certain, c'est que 'ce dernier n'était pas connu autrement dans l'histoire.

VinaXj aujourd'hui Vinast, petite commune de la Charente- Inférieure. Elle était, en 964, du pagus de Brioux, et figura jusqu'en 1790 parmi les paroisses du diocèse de Poitiers, lequel se prolongeait alors jusque dans l'Aunis et le diocèse plus récent de la Rochelle» Notre-Dame de Vinast, comme on l'appelait, était au xiv* siècle,' d'après le Pouillé de Gauthier de Bruges, une église principale, ayant pour annexe les cures d' Aubigné et de Fleury, très rapprochées l'une de l'autre; elle relevait de Montierneuf. En 1782, on ne Ja trouve plus que comme une annexe d'Aubigné dont elle est maintenant complètement séparée. C'est en 1081, qu'un autre Kadelon, vicomte d'Aunay, avait donné Aubigné au Nouveau Monastère de Poitiers.

Note 3 ,

La Chapelle-Thireuil, Capella-Tirolii, appelée sans doute ainsi du lieu où elle fut construite par un fondateur inconnu, a été mal placée par D. Fonteneau. Saint-Pierre de Thiré, près Sainte- Hermine en Vendée, ancien bénéfice du Chapitre de Luçon, dont on n'a d'ailleurs aucun acte du moyen âge, d'après le Pouillé de l'abbé Aillery (p. 62). Notre Chapelle-Thireuil eut dès sa fondation le vocable de Saint-Etienne; elle était devenue église paroissiale au xiv° siècle, et relevait de l'abbaye de Nieul-sur-1'Autise, ce qui n'empêche pas que sans savoir comment elle lui échut, elle avait tout d'abord appartenu, dès 9G5, à Saint-Cyprien qui en avait fait un de ses prieurés. On n'a, au reste, quant à son titre de viguerie, que

3lX> NOTES DU LIVRE XLIir

très peu do renseignements, ce qui fait regarder cette viguorie comme douteuse, si bien que M. Redet, si exact et si scrupuleux, ne l'a pas mentionnée dans son excellent Dictionnaire de la Vienne, Quelque peu d'étendue qu'on ait donné à ce pays de Thireuil, appelé dans quelques chartes Pagus Tiriacensis, on ne lui donna qu'une seule viguerie, et c'est elle que nous trouvons désignée dans la charte de 965, sons le nom de villa d'Oui mes, villa Ulmus. Cette charte suffit pour qu'on ne puisse révoquer en doute l'existence d'une viguerie de Thtrcuil, mais c'est tout ce que nous en avons pu savoir.

Ouïmes, Ulmus, de Ulmis, devint un prieuré de Notre-Dame qu'on nommait encore, en 1648, le prieuré des Ormeaux. Besly Ta enregistré (Comtes, p. 356), sous Je nom de Ulmada* La cure demeura toujours sous le patronage et à la nomination de l'abbé de Saint-Cyprien. C'est maintenant un asse2 fort village de 8 à 900 âmes, à mi-chemin, à peu près» entre Niort et Fonte nay- le - Comte» Il est du canton de Saint-lIilairo-dos-Lo^cs et de l'arrondissement de Fontenay (Vendée).

Note 5

D, Fonteneau, X, 151. Le cens était un droit perçu annuellement à la suite d'une vente ou cession quelconque sur laquelle il n'y avait jamais à revenir; la possession ainsi acquise et le prix qui en revenait, étant de leur nature imprescriptibles et invariables, (V. Chêruel, Dictionnaire des Institutions de ta France.)

Note 6

La Belle, Belena, est une petite rivière qui nait à l'extrémité septentrionale des collines qui se prolongent de Vitré, canton de Celles iDeux-Sèvres), jusqu'aux limites de la Charente-Inférieure. Elle arrose Celles, Verrières, Montigny, Périgné, Secondigny, et descend jusqu'à la Boutonne où elle se perd à un kilomètre à l'Est de Chizé.

Note 7

Verrines, Vedrinœ, Verlnumt Vetrinœ, est à quatre kilomètres Sud de Celles, dont elle est une des cinq succursales. Elle devint un prieuré de Saint-Maixent, puis une paroisse, et conserve encore d'intéressantes sculptures du xiif siècle, auquel appartient son église. C'est un centre de 1,300 âmes qui avait été réuni à Rom, mais dont le titre paroissial fut rétabli vers 1855, Los deux tiers des

habitants y sont protestants. L'église paroissiale a toujours été sous le vocable de saint Maixent.

Note 8

Nous devons dire ici, pour demeurer plus historien que romancier, que les détails de cette lutte entre ces deux femmes qu'elle devait malheureusement illustrer, ont paru exagérés à plus d'un historien jugeant froidement d'un récit qui semble s'être embelli depuis son origine, en passant sous la plume émerveillée des faiseurs de contes. M. Imbert, dans ses Vicomtes de ThouarSj ouvrage sérieux et savamment élaboré, n'y croit pas plus que Guérinière, bien plus habitué à écrire des anecdotes que de l'histoire. Ce qui est trop vrai, c'est que, en quelques limites qu'il faille rester sur les circonstances graveleuses qui amenèrent une dissension irrémédiable entre les deux époux, nous avons à apprécier dans l'un et dans l'autre un caractère également répréhensible ou des excès de colère qui doivent être jugés sévèrement. Les femmes devraient bien comprendre que lorsqu'elles doivent figurer dans les annales d'un gouvernement, il n'est pas indifférent de choisir la porte par laquelle elles y entreront.

Note 9

Puy-Letard, Podium Letardi, n'est plus qu'un village de la commune de Nieuil-sur-1'Autise, situé sur la rive droite de cette rivière vis-à-vis de Nieuil qui occupe la rive opposée. Avant sou nom moderne, elle avait porté celui de Cuiron.

Note 10

Cette belle église de Notre-Dame de Loches, une des plus curieuses de la France, fut terminée par Foulques Néra, le fils et successeur de Geoffroi, qui, n'étant mort qu'en 1040, avait eu le temps d'y favoriser le travail de sculpture qui la rend si intéressante, et qui avait trouvé, après un voyage en Palestine, des souvenirs de ce pays qui firent éclore les remarquables coupoles dont le bel édifice se glorifie à si juste titre. Loches n'est pas moins riche par ses autres monuments du moyen âge et de la Renaissance. Les magnifiques ruines de son château-fort, devenu prison d'Etat sous Louis XI, égalent par leur importance ce qui reste encore de sa vaste enceinte. Ce sont aussi de charmants aspects que ceux des prairies arrosées par l'Indre, au levant de l'amphithéâtre où la ville est assise. Loches est une sous-préfecture d'Indre-et-Loire, elle a 5,000 habitants, et garde, par ses constructions encore nombreuses, toute l'apparence d'une ville du xve ou xvi° siècle.

Note 11

Art de vérifier les Dates, XIII, 43 et suiv. — Ici les savants auteurs ont nettement contrevenu à leur tâche, non seulement en ne vérifiant pas les années qui pourraient faire juger au moins approximativement de l'âge de ces princes lors de leur mariage et de leur mort, mais en omettant complètement toute notion de ce genre. C'est donc avec ces chartes seules que nous pouvons suppléer â ce silence toujours fâcheux dans un ouvrage où rien de chronologique ne devrait avoir échappé à l'attention de ses auteurs.

Note 12

Chavagné, village actuellement de 1,100 âmes, canton de Saint- Mai xent (Deux-Sèvres), nommé aussi dans les titres Chavegnies et Cha vigne, Chavania, sur un terrain nommé d'abord Lapheriacus. L'église était en effet de Saint-Saturnin, et relevait de l'abbaye de Saint-Liguaite. L'abbé disposait en môme temps du prieuré de Saint- Martin de Ruffigny, situé dans la paroisse de Chavagné, qui eut aussi son château et sa seigneurie. Ruffigny est arrosé par la Sèvre et le Lambon. Ce dernier est un ruisseau qui se perd non loin de Niort dans la Sèvre, après être sorti des collines de Beaussay, non loin des sources mômes de cette dernière rivière.

Note 13

Àrgenton, aujourd'hui Argenton-sur-Creuse, Argentomagum, ville de 5,000 âmes, chef-lieu de canton de l'Indre, au Sud-Ouest de Chàteauroax, •

Note 14 Cartulaire de Saint - Hilaire , I, 51 et 52. — Cet acte, anssi bien que la donation des immeubles, daté par le cartulaire vers 97G, doit être réellement de 971, car ils ont dû précéder de peu de temps la mort du prélat, que le nécrologe de Saint- MieheJ-en-THerm indique au 26 février 975. Or, l'affranchissement dont nous parlons ici étant du mois de mars, ne peut être que de Tannée suivante 976. Donc, cette année, Ebles vivait encore, et ne cessa qu a sa mort d'être trésorier de Saint-Hilaire. Ces contradictions apparentes viennent des différentes manières dont on commençait Tannée, soit à Noël, soit à Pâques, de façon que le centésime variait d'un chiffre selon qu'on datait de Tune ou de l'autre des deux époques.

Note 15

Le Blanc, Oblineum, sous-préfecture de 6,000 âmes du département de TIndre, sur la Creuse, au Sud-Ouest de Châteauroux.

Note 16

Brosse, Bruxia, Broeia. Ce lieu avait déjà sa célébrité, et devint plus tard une vicomte dont les seigneurs furent les plus injustement hostiles aux moines de Saint-Benoît-du-Sault. Plus tard encore, la maison de Brosse, devenue illustre par sa haute position, s'allia aux Çhauvigny, dans lesquels elle se fondit si bien, que ses armes (d'azur à trois brosses, c'est-à-dire trois gerbes de blé dyor liées de gueules) ont été remplacées dès le xin8 siècle à la façade du château par celle des Chauvigny-Brosse : Sept fusées posées sur unefasce, surmontées d'un lambel à six pendants. (V. Bulletin des Ant. de l'Ouest, IX, 172.)

Note 17

Cette loi du talion, comme l'indique ce mot talis pœna, talia supplicia, remonte au temps de Moïse, et lui est peut-être antérieure, rien ne semblant plus juste, ni plus propre à détourner du crime que la pensée d'être traité soi-même comme on n'aurait pas craint de traiter l'un de ses frères : Oculum pro oculo, dentem pro dente. {Léoitiq., XXII, 20; Deuter., XIX, 21.) Elle explique très bien le droit que les sociétés humaines ont toujours eu d'imposer les répressions pénales et même la peine de mort, dont nos prétendues philosophes poursuivent l'abolition à une époque où la libre-pensée respecte plus la vie des assassin.8 que celle de leurs victimes. Cette peine, dont le nom explique bien la proportion voulue entre les crimes et l'expiation, fut conservée dans le code de toutes les nations primitives, passa de celui des Bourguignons dans ceux des nations conquérantes de la Gaule; le moyen âge l'appliqua souvent sous diverses formes, et les Ordonnances des Rois de France (t. Ior, p. 46 et 86), l'imposèrent plus d'une fois. Nous ne prétendons pas dire ici que le principe du Talion soit admissible partout et toujours ; mais on doit remarquer aussi que, arrivés à une sorte de civilisation comme celle des nations modernes, on tombe dans l'excès contraire en donnant au ressort des lois pénales un tel relâchement qu'elles ne suffisent plus à contenir les désordres les plus réprouvables et les plus détestables violences contre les personnes. Cet affaissement allant jusqu'au mépris des exigences de la justice, est un des caractères les plus évidents de la décadence d'un peuple.

Montignac-le-Comte, aujourd'hui petite ville du Périgord, cheflieu de canton de la Dordogne, sur la Vézère. Elle a 400 habitants. Arrondissement et à cinq lieues de Sarlat.

Note 19

Iray est maintenant un bourg de 400 âmes, à huit kilomètres au Sud d'Àirvault. La cure relevait de cette abbaye , et l'église paroissiale est sous le vocable de saint Paul.

Note 20

Vlcarla Metraventi, et beaucoup d'autres variantes de 975 à 1262. (V, Aillery, Pouitlé de Luçon, p. 181.)

Note 21

Coulonges, Colonia, Ecolonia, qu'il ne faut pas confondre avec Coulongcs-les-IIérolles, dans le canton de la Trémouille (Vienne), est un chef- lieu de canton de 2,000 âmes de l'arrondissement et à trois lieues Nord-Ouest de Niort (Deux-Sèvres). C'^st Coulonges-sur- TÀutise, étant baignée par cette petite rivière, ou Coulonges-les- Royaux; par une raison que nous exposerons ailleurs (?)

Cou longes avait une fort belle forteresse dont les restes, qu'on voit encorer sont devenus un emplacement pour une école communale et une caserne de gendarmerie. (V. ci-dessus, t. III, p. 100.)

Ajoutons que dos anciennes ruines de ses châteaux, M. Octave de Rochebrune, le grand artiste de Fontenay-le-Comte, a su enrichir avec beaucoup d'art sa belle demeure de Terre-Neuve, où le génie des arts s'est montré digne de succéder à celui de la belle littérature. On peut dire que tout ce que le magnifique château de Coulonges avait de restes précieux, de délicates sculptures, des détails ingénieux dûs à d1 habiles artistes venus en grand nombre d'Italie ; tout ce que Ton avait admiré^aux voûtes, aux plafonds, aux frontons, aux colonnes et aux cheminées monumentales se détachent successivement du magnifique château des d'Estissac, saccagé par la Révolution de 89. M, de Rochebrune a recueilli à grands frais ces nobles restes pour an embellir le délicieux manoir que Rapin avait su se faire sur les bords de la Vendée: il leur a ainsi assuré une ornementation qui semble avoir été faite pour lui. C'est Coulonges transportée à Fontenay par uoe main habile, qui traite les arts avec autant d'intelligence éclairée que d'amour savant et réfléchi.

Note 22

Vouvenl, Volventurrij Volventis, Voloens, bourg de 2,000 âmes, du canton de la Châtaigneraie.

Note 23 Fors, Fortium, paroisse de Notre-Dame, à six kilomètres et au

Sud-Quest de Prahech, chef-lieu de canton des Deux-Sèvres. Elle avait un prieuré de bénédictins relevant de Nouai lié, puis passé plus tard à l'abbaye du Bourg-Dieu ou Déols en Berry. Fors eut aussi un château bâti par François Ier, lequel a été, à la fin du siècle dernier, relevé de ses ruines, et attire seul maintenant l'attention sur cette mince localité. La commune renferme à peine 600 âmes. Ce fut un marquisat érigé au xv° siècle, et ses plaines virent souvent au xvic les bataillons des guerres civiles y camper tour à tour ou simultanément. Dans ces déplorables conflits, V église fut ruinée et ne se releva pas, parce qu'il y avait là une ancienne aumônerie dont la chapelle a suffi dès lors au culte qui s'y célèbre encore.

Note 24

Coutances, Constantia, est une ville antérieure à la conquête des Gaules. Constance Chlore la fit fortifier en 295 et lui donna son nom. Son Siège épiscopai qui est encore un suffragant de Rouen, date de l'an 430. Souvent ravagée par les guerres qui précédèrent le règne de Hugues Capet, elle devint après bien des vicissitudes la capitale d'un petit pays de la Normandie, riche et peuplé qu'on appelait le Cotentin; elle n'est plus qu'une sous-préfecture de la Manche de 3,000 habitants, arrosée par la Soûle, petite rivière qui se perd dans la Sienne, à 6 kilomètre^ au-dessous de Coutances. La cathédrale est un beau monument, bien conservé, en style ogival du xiue siècle, et a donné lieu à de sérieuses discussions archéologiques entre ceux qui, d'après ses caractères incontestables, l'attribuent à J'époque où l'ogive reçut toute sa belle efflorescence, et d'autres qui, trop osés selon nous, veulent qu'elle ait été construite au x° siècle, lequel n'avait que le style roman, c'est-à-dire en plein ceintre, lourd, massif, et où la légèreté et la délicatesse si remarquables à Coutances, étaient certainement impossibles.

Note 25

Saint-Lô avant de prendre le nom du saint qui y fut enseveli, s'appelait Briovera, qui était alors la ville principale du Cotentin. Cette ville, aujourd'hui chef-lieu du département de la Manche, n'a que 8 ou 9,000 habitants.

Note 26

Bayeux, Aragenus, Bajoce, BajoeenseSj dont le plus ancien nom est Augustodururrij ville de 10,000 âmes, sur l'Eure, sous-préfecture du Calvados, et ancienne capitale du pays Bessin. C'est un ancien évêché maintenu dans la nouvelle division ecclésiastique de la

t. vi 26

France, et établi vers 3V)U. On a trouvé, égarés dans les débris de la cathédrale, des fragments de riches sculptures gallo-romaines ; la ville a encore des restes reconnaissantes de son enceinte des premiers temps, en petit appareil, avec chaînes de briques. Son moyen àgo se recommande par sa magnifique basilique épiscopale dont Ja crypte remonte au xiû siècle, Puis, après l'art roman, on y reconnaît les xin° et xivy. C'est à la bibliothèque communale de Bayeux que se conserve ia tapisserie faite par Mathilde, femme de Guillaume le Conquérant, représentant, brodée à l'aiguille, la conquête de l'Angleterre. Les Druides eurent à Bayeux une école célèbre.

Note 27

Curçay, Cureayum, est une paroisse de Saint-Pierre, du canton des Trois-Moutiers (Vienne) , et de 700 âmes. Cette église, romane par son abside, eut sa nef rebâtie au xv siècle, qui est aussi l'époque d'un manoir construit sans doute pour remplacer après les guerres anglaises le château dont on voit encore les ruines et le donjon démantelé. L'antiquité de ce lieu est attestée par un triens mérovingien avec l'inscription Curciaco vico, ce qui suppose déjà au vu6 ou vin" siècle un poste fortifia. Cette terre avait été donnée à fabbave de, Saint-Martin de Tours qui la possédait en 314 et en 9ôtL Savary I*r, vicomte de Thouars f rendait aux députés de ce chapUre tout ce que lui avaient en lové injustement dans cette partie du pays thouarçais, des seigneurs qui s'étaient jusque-là refusés à le restituer. (Mêm* des Antiq. de l'Ouest, XXIX, 120.) Une autre église de Saint- Ger vais est mentionnée à Curyay en 13S3, laquelle tombant en ruines, fut interdite tm 1751, par M- de Caussade, évéque de Poitiers, et réunie à Saint-Pierre. Elle était aussi du patronage de Saint-Martin de Tours.

On voit par ce qui précède, que Cureay, après avoir été en 9J6, du payas de Thouars, était passé plus tard au territoire de Loudun, auquel il resta avec ses deux paroisses réduites aujourd'hui a une seule. Celle-ci eut aussi une aitmûneriet déjà mentionnée en Va 16, et qui, en 1G98, fut réunie à l'hôpital de Montreuil-Bellay (Maineet-Loire). Enfin, une maladreric, formée au temps où la lèpre était encore un Héau redoutable, fut donnée à l'hôpital de Louduu lorsque cette maladie eut disparu» — On trouve les noms propres des seigneurs do Curçay dès le commencement du xnQ siècle, La terre est qualifiée baronnie en 138S, elle relevait des lors du château de Loudun, et s'étendait autour du donjon seigneurial sur les deux paroisses de Saint-Pierre et de Saïnt-Gervais* C'est dans ce donjon qu'en 1228, saint Louis, encore enfant, fut reçu avec sa more la

reine Blanche, qu'accompagnaient les comtes de Bretagne et de la Marche. (Beauchet-Filleau et Redet.)

Note 28

Arçay, Arciacus oilla en 950, est aujourd'hui un bourg de 500 habitants, au Sud-Ouest et dans le canton de Loudun, Son église de Saint-Paul est un mélange de plein ceintre et d'ogive qui accuse de nombreux remaniements et en demande d'autres. Le prieuré et la cure dépendaient de l'abbaye de Cormery en Touraine. Toutes les autres juridictions civiles ou ecclésiastiques y relevaient de Loudun.

Note 29

Glenay, Saint-Martinus de Glenayo, cure dépendante du Chapitre de Saint-Pierre de Thouars, au canton de Saint-Vareut (Deux- Sèvres), ayant aujourd'hui 700 âmes. Le Thouaret arrosa sou territoire. A peu de distance du bourg est le château ruiné du môme nom, habité avant 1789 par une famille alliée aux Richelieu. Après avoir soutenu maintes attaques des Anglais pendant les guerres du xiv° siècle, cette forteresse fut brûlée en 93 par des républicains. Elle dut cette dernière infortune à sa position sur la route de Thouars à Châtillon.

Note 30 s

Quand on vient des Herbiers en suivant le cours de la Sèvre, vers le Nord-Ouest, on parcourt une route accidentée des hauteurs de laquelle on aperçoit avec la sinueuse rivière, une petite ville dont elle baigne les abords. C'est Mortagne, la jolie Mauritania du moyen âge. Ce qui y frappe le plus les regards du voyageur atteste l'ancienne importance d'un lieu que défendait un château formidable dont les débris dominent encore les humbles demeures d'une population de 1,800 âmes, dont le nom, disent les étymologistes, rend bien les terres marécageuses qui durent l'environner autrefois (Bull, des Antiq. de l'Ouest, XI, 537), et y précédèrent de longtemps les ronces, la mousse et le lierre qui tapissent aujourd'hui ses ruines à grand effet.

Nous voulons bien avec M. de Montbail (Croquis sur la Vendée, p. 87), que cette localité soit devenue, peu après sa fondation par les Romains, un grand centre de commerce que rend suj^osable l'élève de nombreux troupeaux favorisé par les riches pâturages de ses prairies étendues. La prospérité de la petite ville s'est maintenue sous ce rapport et nous parle toujours de ses succès antérieurs. Mais tout prouve aujourd'hui qu'elle ne peut avoir été l'antique

404 NOTES DU LIVRE XLIIt

Segoraj qu'on a voulu aussi trouver dans Bressuire (Mém. des Antiq* de L'Ouest, XXX, 217 et ci-dessus, page 373.) Quoi qu'il en soit, Mortagne avait déjà son rôle au xi° siècle. Appartenait-elle en 1082 k Robert de Normandie, frère de Guillaume le Conquérant, comme le dit encore M. de Montbail? Nous craignons bien que l'intéressant écrivain (ub sup.), n'ait pris pour notre Mortagne du Poitou celle qui figure aujourd'hui parmi les sous- préfectures de rOrue, sur les limites du Perche et de la Normandie, laquelle était certainement de cette province. Ce qui est plus sûr, c'est qu'en 1110, un seigneur du lieu nommé Anstronius, avait pour fils un certain Pierre qui était seigneur de Treize- Vents (D. Fonteneau, XVII, 407).

I! y a aussi vers la même époque un jugement de notre évéque saint Pierre II, adjugeant à l'àbbaye de Marmoutier une chapelle située à Mail lèvre, et dont les chanoines de Mauléon revendiquaient à tort la propriété. — En 1125, une dame de Mortagne, Eustachie, favorise de divers dons l'abbaye de la Grenetière qui venait d'être fondée, et en 1149, de quelques terres aussi à la chapelle, et non au prieuré de Saint-Jacques de Mortagne, fondé naguère par Guy de Thouars, devenu comte de Bretagne et seigneur de Chemillé. Il ne faut donc pas confondre cette chapelle avec un prieuré mentionné à sa place par M. de Montbail (loc. cit., p. 86), car il n'y a jamais eu a Mortagne que deux prieurés, celui de Saint-Pierre et un autre de Saint- Lazare, tous deux fondés vers le x° siècle : celui-ci dépendait de Mauléon et l'autre de Marmoutier. (Pouillé d'Aillery, p. 194.) L'église paroissiale, plus ancieurie, était aussi de Saint-Pierre et relevait de Saint-Michel-en-l'Herm. On y découvre encore des traces qui en font remonter l'origine à celle du premier château où se remarquent des ogives du xi° siècle.

Cette terres très considérable par elle-même, finit cependant par se diviser entre de multiples héritiers de la maison de Thouars, réunis entre eux par des alliances qui leur donnèrent des parts divurses dans la propriété. On en trouve la preuve dans un acte de 142U, où Jean Foucher, chevalier, qui avait fait construire aux Herbiers uo château fort, malgré les seigneurs de Mortagne, consent a ce qu'il soit rasé après sa mort et celle de sa femme. Les parties acceptantes étaient Jean de la Haye, seigneur de Chemillé et de Passavant \ Charles de Bretagne, seigneur d'Avaugour, et Pierre de Brézè qui signent tous seigneurs de Mortagne. (D. Fonteneau, Vlll, 81.)

La maison de Bourbon, qui posséda la Roche-sur- Yon, eut aussi au xvi* siècle la seigneurie de Mortagne qui devint au xvn° une baronme. Mais cette suzeraineté ne fut établie qu'après beaucoup

d'événements auxquels la petite ville et la forteresse eurent leur part mouvementée dans les guerres entre l'Angleterre et la France. C'est vers la fin du xviu* siècle que la baronnie appartînt au duc de Villeroi, petit-fils de l'honorable ministre d'Henri IV et de Louis XIII. Il la vendit en 1770 à la famille de la Tremblaye, qui l'avait encore en 1789.

Mortagne-sur-Sèvre n'est plus qu'un chef-lieu de canton de 2,000 habitants., dans l'arrondissement de la Roche-sur - Yon (Vendée). Son dernier souvenir historique date du sanglant combat de 1793, entre l'armée royale et les troupes républicaines.

Note 31

Sanxay, Sanxaium, est un bourg de 1,700 âmes du canton de Lusignan, assez important autrefois pour avoir été dans le diocèse de Poitiers, un chef-lieu d'archiprôtré, dont relevaient vingtquatre paroisses. Les débris romains qu'on y connaissait disaient assez jusqu'où il fallait faire remonter les origines de ce village, lorsque, en 1882, le Père de la Croix, de la Compagnie de Jésus, découvrit à quelques pas, vers le Nord-Ouest du chef-lieu de la commune, et sur le plateau d'Herbord, un sol qui recouvrait les curieux débris d'une villa considérable, ayant son temple, ses thermes, un théâtre, des hôtelleries, des puits et une foule d'objets usuels qui tous attestent l'action des h6 et m0 siècles. Cette découverte a donné lieu à beaucoup de dissertations très érudites, dont on ne peut conclure que des idées générales depuis longtemps acquises à la science, mais sur lesquelles on n'aura jamais que de doctes conjectures; les inscriptions, par une inexplicable fatalité, manquent absolument parmi un si grand nombre de débris des plus intéressants. Déjà, au lieu dit la Crèche, non loin d'Herbord, s'étaietit trouvée, sur les bords de la Vonne qui entoure Sanxay de trois côtés, une excavation remplie de tuiles et de débris galloromains, tels que des colonnes canelées et des chapiteaux à feuilles d'acanthe. Il n!est pas difficile de reconnaître aujourd'hui dans ces objets des portions de toutes les richesses, bien autrement précieuses, qu'ont révélées les fouilles d'Herbord. De grandes dépenses ont été faites par le savant inventeur, pour amener sa découverte au résultat qu'elle devait avoir de vulgariser cette éloquente expression de l'archéologie nationale. Ses écrits n'y ont pas manqué non plus. Pour nous, qui ne sommes pas entré dans la discussion, mais qui avons pu juger sur les lieux et dans les nombreuses brochures écloses à cette occasion, l'état de la question scientifique, nous

croyons qu'on eût pu la résourdre en moins de mots si Ton se fût contenté de voir dans ces monuments épars d'éloquents débris d'une riche villa comme les Gallo- Romains s'en étaient faites bien ailleurs et où d'illustres visiteurs, et en grand nombre, étaient conviés à venir passer en luxueuses villégiatures des jours de loisirs où la chasse, la poche, les cavalcades par les villes voisines se succédaient pour diverses catégories d'invités, comme le pratiquent encore nos familles princiôres ou seigneuriales. De là un théâtre, un temple, des thermes, sans compter les jardins qu'on ne voit plus, et les statues qui les ornaient, dont les débris se supposent très bien dans les rares fragments de robes drapées, des jambes et des bras mutilés relevés des terres nouvellement remuées. L'absence d'inscriptions s'explique par cette destination restreinte. Une ville n'aurait eu garde de s'en passer, parce que les monuments qui s'en parent d'ordinaire y sont plus nombreux et plus divers. Mais ici môme ils se bornent au strict nécessaire pour le but que le riche propriétaire s'était proposé. Après tout on n'a pas tout fait à Sanxay; d'autres mouvements du sol restent encore à essayer et pourront donner lieu à d'autres intéressantes exhumations. A quand ces nouvelles révélations archéologiques V Dieu le sait, car, jusqu'à nouvel ordre, des obstacles s'y opposent ; en vain tous les savants de la France et de l'étranger se sont émus de ces infortunes de la science. Il n'y a eu que le ministère des Beaux- Arts qui, ne pouvant pas, en conscience, entretenir un religieux dans l'estime publique, a refusé de rien ajouter aux modiques secours accordés d'abord, et a forcé de recouvrir les débris architectoniques, qu'il faudra débarrasser, en des temps plus heureux?... des terres qui doivent les conserver. Rare exemple d'un abandon inqualifiable, qui ne s'expliquera que par les caractères de la période où nous vivons. (V. Bulletin des Antiq. de l'Ouest, t. XVI et XVII.)

Le moyen âge a laissé à Sanxay des vestiges remarquables de ses époques les plus élégantes. De3 maisons y conservent des fenêtres sculptées, où se montrent les xve et xvi° siècles. Si l'on regrette quelques détails du vieux château de Marconnay, cependant il a gardé, à peu de distance au Nord du village, tout ce qu'offrirent de plus attachant en fait d'architecture militaire, une enceinte défendue^ par des tours à mâchicoulis et un donjon garni des mômes ressources contre les assiégeants. C'est un des restes les plus imposants et encore les mieux conservés de l'architecture militaire du pays. Mais il a aussi des souvenirs historiques. En 1569 et 1587, il fut pris et repris par les catholiques et les protestants. L'église, sous le patronage de saint Pierre, indique

bien son xie siècle par son architecture souvent retouchée, et a souffert surtout des violences des huguenots.

Nous ne devons pas taire, en parlant de Sanxay, une particularité de rhistoire de ses seigneurs. On les suit mal dans celle de notre pays, et le peu de vestiges qu'ils y ont laissés en dehors de quelques noms épars dans les annales poitevines, où ils paraissent dans tes derniers siècles, doit être attribué à ce que leur généalogie s'est ressentie depuis le xvi° d'une tentative de faux faite par Jean de la Haye, sénéchal de Poitiers, qui tenta, ou «par lui ou par quelque maladroit écrivain à ses gages, d'établir que, dès le vme siècle, les Sanxay furent de la môme famille que les comtes de Poitou, ce qui les ferait remonter jusqu'à Charlemagne. Quelle qu'ait été la raison de ce mensonge, Besly en a fort bien prouvé l'existence et l'inanité dans un opuscule spécial inséré à la fin de son Histoire des Comtes de Poictou, p. 171 et suiv. On peut voir aussi comme il s'en indigne dans ses lettres à Dupuy (Arckioes historiques du Poitou, IX, p. 80 et 146), où il raconte que, ayant à faire en 1807, au château de Sanxay où il était resté trois semaines, ayant le loisir par conséquent d'y observer tout avec maturité, il y avait mis la main sur trois exemplaires manuscrits de Y Histoire aquitanique, tous trois de la main du feu comte de Sanxay, chargés de ratures ou corrections à l'endroit où il est mention de sa famille, et que, ayant comparé ces copies avec l'imprimé qu'il possédait, lui Besly, y avait découvert un faux de la plus audacieuse hardiesse. On voulait donc ainsi refaire, à l'aide de mensonges historiques, une généalogie équivoque, et lui donner, pour l'avenir de la famille, une autorité qu'elle ne pouvait pas avoir. (V. aussi Piganiol, Description de ta France, X, p. 16 et suiv.j

Il ne faut pas confondre Sanxay avec Saint- Vincent-de-Sansais^ bénéfice paroissial, dans le doyenné de Frontenay-Rohan-Rohan (Deux-Sèvres), dont l'église était présentée par le prieur de Doil, dans le diocèse de Saintes.

Nous avons parlé d'Argenton - Château ci -dessus (p. 138 et 290). Ajoutons ici que c'est Y Argentomagus Pictonum de l'ère galloromaine ; puis au moyen âge, on l'appelle Argenterium, Argentorium, Argentoniunij et môme Argentum, selon que le caprice de la copie, de la prononciation ou de l'analogie l'inspirait aux écrivains des chartes. Le château dont elle a pris son surnom était construit dès le x° siècle, peu avant celui deMauléon. A l'abri de cette sauvegarde, fortifiée peu à peu de tout ce que les habitudes guerrière du temps appor-

tèront de perfectionnement et de génie à l'art de la défense, Argenton devint une ville enceinte de fossés, de murs et de tours, que compléta avec tous ses formidables engins le donjon féodal, dernier et souvent insurmontable rempart de la famille et de ses meilleures troupes de résistance. C'est là qu'habita depuis 1473 et mourut en 1509, Thistorien Philippe de Commines qui avait acquis ce lieu par son mariage avec une héritière de la famille, Hélène de Chambes, d'une maison de l'Anjou. Il avait fait rebâtir magnifiquement le château, aidé des bienfaits de Louis XL C'est aux guerres de la Vendée que le noble manoir dut sa ruine par un incendie qui suivit les assauts et les sièges où il fut pris et repris jusqu'à trois fois. Sa chapelle était une remarquable construction romane, qui sert maintenant de grange et dont la voûte gardait encore en 1842 une belle peinture du xi iû siècle, très semblable pour l'ordonnance générale à celle qu'on admire encore au sanctuaire de Sainte-Radégonde de Poitiers. C'est dans le môme goût qu'avait été bâtie et ornementée l'église paroissiale de Saint-Gilles, fondée en môme temps que le château, mais presque entièrement modernisée par des retouches de chaque siècle. Elle n'en attire pas moins l'attention du symboliste par les restes remarquables de ces sculptures du xue siècle, l'époque esthétique par excellence. Cette cure et le prieuré adjacent relevaient de Saint-Jouin de Marnes. (Affiches du Poitou, 1781, p. 128; — Arnaud , Monum. des Deux-Sèvres, p. 101 et suiv.)

Note 33

Malltèvre, Sanctus Stephanus de Malolepore. On trouve ce village* de 300 habitants sur la Sèvre-Nan taise qu'on y passe sur un pont de pierre très remarquable. Cette ancienne seigneurie est bien déchue de ses premiers avantages, n'ayant plus que sa solitude, ses aspects pittoresques, les ruines de son vieux château du xn° siècle, et ses récents souvenirs comme théâtre des combats héroïques des troupes vendéennes qui y repassèrent plusieurs fois pour prendre et reprendre non loin de là Chàtillon, dont l'armée royale avait fait son quartier général. Ce qui nous reste de son histoire, nous apprend à peine que, en 1123, Geoffroi II, seigneur de Tiffauges, prit le château dans une de ces guerres qu'allumaient si souvent les rivalités seigneuriales. Mais Guy de Mallièvre, le seigneur ainsi attaqué, appela à son secours le comte d'Anjou Foulques V, son suzerain, lequel vint mettre bon ordre aux affaires en reprenant le château qu'il lui rendit. (Bodin, Recherches sur l'Anjou, I, 258 ; — de Montbail, p. 79). — Un fragment de l'histoire d'Anjou par Foulques Réchin, édité par M. Marcheguay (Chroniques

d'Anjou I, 377), semble avoir laissé croire au savant éditeur que ce château de Mallièvre aurait été le même que celui de Maulévrier, qui en diffère pourtant, et cette fausse idée se confirme par la table alphabétique, où Malum leporarium est indiqué parmi les châteaux bâtis par Foulques II, dont le règne avait commencé en 938.

Note 34

Ce sont ces obscurités primitives qui, sans doute, ont si mal inspiré le généalogiste Saint-Allais dans une suite des Mauléon qu'il a mal connue, et ne nous donnant qu'à peu près toute la branche qui vint se fixer en Poitou.

Observons aussi qu'on abuse un peu trop de ce prétexte d'inauthenticité pour infirmer la bonne foi historique d'un grand nombre de chartes ou de chroniques dont les dates ne s'accordent pas avec les moyens de les vérifier. Ce défaut, il est vrai, est capital en des écrits historiques, mais il ne prouve pas nécessairement la mauvaise foi de l'auteur qui a travaillé sans doute d'après des matériaux informes et incomplets, ou plutôt n'a pas travaillé du tout, sinon à les copier trop exactement. Toujours est-il qu'avec de patientes recherches, on vient souvent à bout de dégager la vérité de ces ténèbres. Ainsi l'auteur du Fragment des Chroniques de Saint- Maixentj pour avoir écrit quelques anachronismes, n'est pas en complet désaccord avec la généalogie des vicomtes de Thouars: ses ignorances, qui portent à s'en méfier, viennent de ce que la succession deveuue collatérale, a éloigné de la tige certaines branches qu'il a été souvent très difficile d'y raccorder.

Note 35

Saint-Laurent, Sanctus Laurentius ad Separim, bourg de trois mille âmes du canton de Mortagne (Vendée), n'était qu'un village beaucoup moins peuplé, lorsque, en 1774, le Bienheureux Père de Montfort, missionnaire, établit la congrégation des Filles de la Sagesse et celle des Missionnaires du Saint-Esprit qui ont rendu cette contrée pleine de mouvement et de vie. Là est une église paroissiale qui remontait aux premiers jours de l'époque çomane. Notre évoque Isembert II la donnait en 1081 à Saint-Cyprien (V. D. Fontencau, VII, 45), depuis longtemps elle tombe de vétusté, grâce au gouvernement qui s'oppose à l'emploi des fonds destinés à la reconstruire. Cependant la communauté des Filles de la Sagesse a pu se bâtir une magnifique église dans sa propre maison, où la dévotion publique ramène chaque année des pèlerinages et des retraites. Autour de la sainte demeure, tout se ressent de son

influence. Un calvaire monumental domine les ravissantes campagnes que fertilise l'esprit de Dieu autant que les travaux des hommos. C'est une gloire que la localité doit à sa destination providentielle, et qui lui est venue sans précédents humains, puisque son histoire est muette dans le passé jusqu'à ne faire mention de son existence par aucune charte connue. Cependant Saint-Laurent fut un doyenné de l'évêché naissant de Maillezais, en 1317. Sa cure était un prieuré à la pleine disposition de l'évoque. Il avait une maladrerio ou hôpital dépendant de la grande aumônerie. — Aujourd'hui une nouvelle gloire est assurée à Saint-Laurent depuis la béatification du vénérable Père de Monifort dont nous avons parlé ci-dessus. Elle est en même temps la glorification d'un héros du christianisme et une des plus touchantes consolations que l'Eglise peut aceorder à cette paroisse si religieuse.

Note 36 Saint - Paul-en - Pareds , Sanctus-Paulus-in-Paredo , bourg de 8 à 9QQ habitants, dans le canton et à 8 kilomètres Sud -Est des Herbiers (Vendée), sur l'Arcanson, dont le cours de 10 à 12 kilomètres commence aux environs de Thouars, et retnonte vers l'Ouest jusqu'à Pareds qu'il arrose avant de se perdre dans le grand Lay. Ce surnom donné à Saint-Paul lui vient de ce que, à la formation en 1317, du diocèse de Luçon, cette paroisse s'était trouvée enclavée dans le doyenné de Pareds, Paredum, petit pays ainsi nommé de sa plus importante localité qui en fut le chef-lieu et qui se nommait alors ALparitim. Ce pays attenait à l'Est, par le doyenné de Bressuire, au diocèse de Poitiers. Il limitait à l'Ouest celui de Fontenay ; il s'étendait au Midi jusqu'à celui de Mareuil, et au Nord-Ouest il s'arrêtait devant celui de Montaigu. Asperium, qu'on a rendu par Àupareds, devenu ensuite Pareds, par une contraction très ordinaire au langage poitevin, a disparu depuis longtemps, aussi bien que Paillers qui l'avoisinait, et qui n'a plus laissé que son nom comme Pareds lui -môme, à certains lieux qui se trouvaient placés dans leurs limites» On a donc Saint-Paul-en-Pareds, Bazôges-en-Pareds, comme on dit encore Bazôges-en-Paillers, Chavagnes-en-Paillers, d'après le nom d'une autre petite commune voisine, devenue aussi mystérieuse que la première, et comme elle ancien chef-lieu d'un doyenné. Quoi qu'il en soit, Saint-Paul-en-Pareds ne semble avoir eu aucune autre importance au moyen âge que son double titre de euro et de prieuré, relevant, avec deux églises distinctes, de l'abbaye de Saînt-Jouin de Marnes. Ce prieuré avait encore dix prêtres au milieu du xïv° siècle, avant les troubles du calvinisme qui commencèrent sa décadence.

Note 37

Nous ne savons ou Dufour qui attaque trop décidément le Frafjmentum Chronicorum de Saint- Maixent, auquel pourtant il s'en rapporte pour beaucoup de ses assertions, s'est imaginé do faim da ce Guy un onzième vicomte d'Herbauges et de Thouars (Mu in-t% p. 20), lorsque, en réalité, le onzième de ceux-ci est Aimery IV, qui régna de 1058 à 1093, et que le premier Guy qui y parait, ne vient que de 1224 à 1242. ( v\ Imbert, p. 417, 418 et 420.)

Note 38

C'est Dufour, (Ms in-i°; — - mihi, p. 25., et Y Art de oéri/icr les dates, X. 185), qui disent cela; mais nous craignons aÇa de ces deux auteurs, le premier n'ait été égaré par l'autre, et que tous doux n'aient pris cet Eudes pour un vicomte ayant le fief de Thouars, lorsque en réalité il n'était que le fils d'Aimery Ior, qui gouverna de 926 à 936. Le titre de vicomte lui serait donné dès lors à tort, parce que selon la coutume, il n'en prit le titre que d'après l'usage qui l'attribuait à tous les enfants d'un vicomte régnant. Et comme ou dit que cet Aimery devint plus tard vicomte titulaire, ce serait celui qui le fut sous le nom d'Aimery II, de 913 à 956.

Note 39

Les Châtelliers furent d'abord des défenses élevées sur fies collines primitivement consacrées à des sépultures gauloises. Des ôbofr lements ont rendu ces anciennes redoutes méconnaissables; le nom seul de l'endroit rappelle cette seconde époque de son histoire. Les splendeurs du moyen âge vinrent remplacer ces rigoureux aspects* Au xnc siècle s'éleva l'église de Notre-Dame qu'ont retouchée les xv°, xvii0 et xix° siècles, et ce dernier, bien plus maladroitement que les autres. La porte d'entrée seule a gardé assez bien les caractères sculptés de son origine au goût sévère, et encore inexpérimenté des grâces de l'ornementation.

Au reste, le village actuel des Châtelliers, qu'il faut distinguer de l'ancienne abbaye de ce nom, située près de Saint-Maixeot, consiste tout uniment dans l'agglomération de l'église, d'un presbytère et d'un cabaret.

Châteaumur n'est pas loin;* c'est un composé de ruines, d'arbres séculaires et de végétations que la serpe n'a jamais attaqués. On étudie encore avec une légitime curiosité les deux enceintes qui protégeaient le donjon, siège renversé pour toujours d'une dos vingt anciennes baronnies qui relevaient do la vicomte de Thouars.

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Note 40

Les Fragments de la Chronique de Saint-Maixent, qu'on trouve dans le Recueil de D. Bouquet (I), t. V, p. 1147, et que semblaient avoir trop facilement suivi en cela les savants auteurs, sont cependant défendus par eux avec une suite de très appréciables raisonnements, La Fontenelle (Recherches sur la Chron. de Saint- Maixent , dans le Bull, de la Société académique de Poitiers, VI, p. 244) n'en a pas moins combattu leur système, sous prétexte qu'on est dépourvu de chartes qui, à cette époque, nous parlent de cette famille. Le premier possesseur de Chàteaumur aurait été Arnould Ier, deuxième fils de cet Arnould de Mauléon et d'Humberge de Mortagne à qui- cette terre serait venue en apanage. Un grand nombre de critiques et des mieux fondés, ont, il est vrai, combattu cet avis ; mais il a pour lui des chartes de 1098, postérieures, c'est certain, aux Arnould dont nous parlons ci-dessus, et qui supposent nécessairement des prédécesseurs à deux Guillaume, lesquels viennent ensuite et qui se suivent d'assez loin dans la postérité des Arnould pour laisser croire que l'imperfection môme de cette liste en suppose aussi dans les listes précédentes. (La Fontenelle, Revue anglo- française, t. V, 232.) C'est pourquoi sans prétendre ici raviver ces cendres et rendre à ces illustres squelettes la place historique occupée par eux dans le cimetière de leur époque, nous attachons moins d'importance à leur généalogie qu'à leurs personnalités, et nous admettons leur existence historique parce que nous la croyons inséparable des lieux où leur souvenir s'est conservé.

Note 41

La Fontenelle (Société académique de Poitiers, VI, 243), affirme que la maison de Talmont ne descendait pas de celle de Thouars, mais avait au contraire appartenu à celle-ci seulement après la mort de Savary de Mauléon, c'est-à-dire vers 1235. — En admettant cette observation, le Guillaume, par lequel nous commençons ici notre fort incomplète généalogie, aurait été le premier des Talmont alliés à ceux de Thouars.

Note 42

Le Luc, de Luco, est un très ancien bourg qui parait en 1092, sous le nom de Luci castrum, le château du bois. C'est aujourd'hui les Lues, commune divisée en grand et en petit Luc, réunissant 2,600 habitants, dans le canton du Poiré-sous-la-Roche-sur-Yon. L'église du petit Luc a le vocable de Notre-Dame qui a disparu, et celle du grand Luc a celui de Saint-Pierre. Cette dernière était un

prieuré de Talmont, où étaient douze religieux prêtres. Il y avait très anciennement aux Lues, une chapelle de pèlerinage, dédiée à la sainte Vierge, brûlée en 1794, par les républicains, après le massacre des nombreux fidèles qui s'y étaient réfugiés. Elle fut relevée en 1867 par M*r Colet, évoque de Luçon, qui devint peu après archevêque de Tours.

La Rochefoucauld, Râpes Fucaldi, chef-lieu de canton de !a Charente, est une petite ville de 3,000 âmes, sur la Tardouère, qui naît à Chalus en Limousin et se jette dans la Charente à Mausle. Un château remarquable y remplaça, sous François Ier, la vieille forteresse antérieure au x* siècle, et fut illustré par la famille célèbre qui figura sous ce nom, et dont était Fauteur des Maximes.

Note 44

Talmont , de Talamundo , Talamundum en 1206 , et autres variantes peu faites pour détruire l'ancienne donnée qui faisait croire sur ce point du littoral à une extrémité du monde, talus mundi, ce qui, après tout, ne serait pas plus surprenant que d'avoir nommé Orbestier, Orbisterii, à quelque distance de là, un village situé également un peu au-dessous de Talmont, sur la rive occidentale de la Vendée, et qui fut nommé aussi bien Orbis terminus* (V, GalL Christ., II, col. 1426.)

Note 45

C'est une vieille tradition du pays que les paysans racontent avec une naïve conviction, que le roi seul pouvait avoir cent métairies, et qu'il avait le droit de confisquer la centième sur tout autre propriétaire que lui. (V. M. de Montbail, Notes et Croquis sur ta Vendée, p. 112.) C'est peut-être ici le lieu de dire que le noble et intéressant auteur de ce beau livre eut de très anciennes alliances avec les Puy-du-Fou.

Note 46

Les Epesses, bourg de 1,900 âmes", du canton des Herbiers (Vendée), n'a laissé que très peu de titrçs, si bien que son nom dans les manuscrits latins se trouve résumé dans fe seul que lui ait donné le Fouillé de Gautier de Bruges, Espisses, dont on se garde bien de chercher l'étymologie, que nous croyons toutefois trouver dans spinetum, nom donné par Virgile à des lieux couverts de ronces, d] } épines , et qui durent être essartés lorsqu'on y voulut établir des

habitations. — Spiniensis était aussi une divinité invoquée pour protéger les champs contre l'envahissement des épines, des chardons et des mauvaises herbes. (Michaud, Diet. mythologique, de la Biogr. Univers.) En dépit de ce silence du vieux temps, on sait qu'une église de Notre-Dame y fut fondée vers 884, ei dépendit en 1103 de l'abbaye de Vézelay, au diocèse d'Auxerre. Elle est alors appelée de Spicia dans la bulle de Pascal II, qui la confirme à ce monastère. (Aillery, Pouillé de Luçon, p. 93 et 192.) On ne la voit jamais dans les actes qu'à l'état de simple cure donnée par l'évèque de Poitiers ou de Luçon. Une chapelle de la Violette y était une fondation des seigneurs du Puy-du-Fou, qui y avaient attaché un

revenu de 200 livres.

Note 47

Gallia Christ., II, col. 88. — Cette maison de Surgères eut une grande puissance au moyen âge. Son manoir occupait une vaste étendue et possédait de riches terres assises en partie sur l'Aunis et le Poitou. Les seigneurs, tant qu'ils en furent les maîtres absolus, lui donnèrent une certaine célébrité ; mais la petite ville fortifiée n'est plus qu'un chef-lieu de canton de 4,000 âmes, touchant presque à Rochefort (Charente-Inférieure). On trouve le nom des seigneurs de Surgères en des chartes de 1076. — L'un d'eux, Hugues, fut vicomte de Chàtellerault, où il fonda, eu 1196, le chapitre de Notre- Dame. (D. Fonteneau, VII, 607.)

Note 48 L'Indiction est une période de quinze années dont la première fut prise de Tannée 313, sous le règne de Constantin. C'était le commencement de la liberté chrétienne. On commence toujours l'Indiction par l'unité qu'on reprend lorsque la quinzième année est écoulée. Les indictions se sont donc succédé depuis leur origine en se renouvelant avec chacune des périodes de quinze ans qui ont suivi l'année 313 de l'ère chrétienne. Ainsi 1887 ayant vu finir la quinzième année de l'indiction précédente, nous recommençons la première année de la suivante qui est 1888, cette indiction finira en 1902. Ce surcroit de date n'était pas inutile et a toujours été gardé par l'Eglise, qui s'en sert encore dans les actes du Saint-Siège. Elle contrôle, en effet, la première de ces dates, qui est celle de l'Incarnation, par la seconde, dont l'exactitude est une des garanties de son authenticité. Les chartes y trouvaient ce grand avantage, et furent souvent contredites et taxées de fausseté, parce que l'indiction ne s'y accordait pas avec l'année de l'Incarnation ou celle du prince régnant.

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