LIVRE XLIV
Depuis les premiers développements de la féodalité
jusqu'à la mort
de Guillaume IV, dit Fier-a-Bras
(De 979 à 994)
es commencements du règne de Guillaume IV , Reprit et cn»:
° lira gdûver^emeiiLil
ne se font remarquer par aucune action d* cet,B wutimportante. Seulement nous avons vu émerger à Poitiers ou ailleurs un certain nombre de communautés qui auront leur vie plus ou moins active dans le long cours de notre histoire. C'était l'élan nouveau donné avec les pressentiments d'une ère nouvelle qui allait s'ouvrir pour la Monarchie dans son changement de race royale, et pour la féodalité dans l'affermissement de ses droits acquis après les imprudentes concessions du pouvoir central. Au reste, on peut observer ici comme un caractère de l'époque, et une constatation de l'esprit qui s'y manifestait, que les feudataires qui venaient de se faire des seigneuries héréditaires des droits inamovibles et des charges en rapport avec les richesses de leur position, copièrent très exactement dans leur existence princière les allures, les usages et les moyens de gouvernement usités dans la cour qu'ils venaient de quitter pour former la leur. Comme le roi, ils avaient d'opulents domaines souvent même plus considérables que
les siens; comme lui ils comprirent qu'ayant de vastes, terres incultes, des forêts impénétrables et séculaires, il leur eût fallu d'énormes dépenses impossibles à leur action relativement bornée et à leur fortune qui en dépendait. première action de Ces nouveaux maîtres songèrent donc à se mettre au-
la féodalité. °
dessus de si impérieux besoins. Ils s'attachèrent des populations éparses en les groupant autour d'établissements religieux solidement appuyés sur des richesses personnelles et sur une influence que ne manquaient jamais d'acquérir les familles religieuses, seules capables de verser partout, au profit du monde matériel et moral, les flots fécondants de la sociabilité chrétienne. Telles furent les vues de ces grands ou petits vassaux, devenus possesseurs du sol. second c pour la Tels furent ainsi les principes du bonheur social qui
civilisatiou par les la- *• * *
mines monastiques, allait en s'améliorant pour les classes inférieures des campagnes, à mesure que s'augmentait sous leurs yeux le nombre des abbayes, et par elles celui des prieurés et des paroisses, foyers de lumière et de bien-être pour les moindres hameaux comme pour les châtellenies et les cités. Ce sentiment, né de l'idée chrétienne, était celui de tous ; les grands l'écoutaient pour agir, les petits l'acceptaient comme un bienfait dont ils sentirent qu'il fallait vivre. Désormais, et pour longtemps, ce serait lui qui tiendrait la tête de toute science politique. Les malheurs publics s'étaient singulièrement amoindris depuis que le Danois respirait plus tranquille à l'abri de ses conquêtes ; il ne semblait plus devoir mettre en question la vie paisible des paysans, car la face des campagnes était changée. En Poitou, comme partout ailleurs, les compétitions, les disputes belliqueuses étaient devenues fréquentes entre les wS!S^mSi& seîgneurs> 1QS ravages de la guerre se renouvelaient par eux sans assez de mesure et de discernement pour se borner à la prise des châteaux, d'où trop souvent s'apercevaient, dans les plaines environnantes, les massacres, .les incendies et les dilapidations. Mais, comme en pareil | ' cas on respectait les monastères d'ailleurs fortifiés dans
un intérêt commun, au moins en cas d'invasions ou d'attaques, les pauvres peuplades incapables de se défendre se réfugiaient avec leurs troupeaux et leurs meubles derrière les solides murailles que leur ouvraient leurs suzerains respectifs, toujours prêts et intéressés d'ailleurs à les protéger et à les nourrir.
Et partout, au reste, ce besoin était celui de la France. rè^Sutbafcire.sîe Les guerres apaisées chez nous depuis plusieurs années laissaient l'Aquitaine, et le Poitou surtout, s'adonner aux travaux réparateurs de la paix. Mais la France centrale n'était pas en d'aussi bonnes conditions. Lothaire continuait d'y avoir des guerres qui ne cessaient d'un côté que pour recommencer de l'autre. Et, en effet, il ne se contentait pas de se défendre, ce qui est toujours le devoir d'un roi : il se jetait aussi dans l'attaque sans assez considérer si sa politique personnelle pouvait autoriser des ambitions dont il n'aurait pas dû donner l'exemple. Ainsi, en 979, l'idée ^ ^rÂ^SuSi lui prend de reconstituer un royaume d'Aquitaine en faveur ^fluïauine de son fils Louis qu'il venait de marier à une princesse provençale <*), et c'était une fortune qui lui • semblait toute trouvée que cette couronne à faire entrer dans sa famille par un fils qu'il se disposait d'ailleurs à s'associer pour le royaume de France. Comme il faut toujours un prétexte à une usurpation, Lothaire en trouvait un dans cette considération tirée de la narration de Raoul Glaber (1) que l'Aquitaine ayant autrefois appartenu au royaume de France, c'était une raison pour la revendiquer au besoin. On comptait donc pour rien les traités qui avaient changé cet état de choses, les nouvelles lois féodales et les droits acquis ainsi par une hérédité continuée depuis saint Guillaume de Gellone <*;. Une telle politique, on le sent, eût été obsucics à ce« peu approuvée. Personne n'eût pu se dissimuler qu'une semblable entreprise devenait une usurpation véritable ;
(a) Mézerai, il, 25.
(ô)Radulf Giab., Chron., lib. t, c. ni; — Guizot, Collection des Mémoires relatifs à l'histoire de France, VI, 180.
t. vi 27
Je régime féodal partout établi, l'hérédité des fiefs légalement prononcée et la propriété acquise de leur territoire établissaient des droits devenus imprescriptibles. Comment douter que des prétentions si opposées suscitassent dans la noblesse féodale une résistance armée que Lothaire n'eût pas vaincue facilement? Inutilement on loua ce prince d'avoir compris que le royaume incessamment morcelé devait revenir à une réelle anarchie, et qu'il fallait fonder la paix des provinces sur l'unité du pouvoir. Quelque vraie que soit cette théorie, qui entrera bientôt dans le plan d'Hugues Capet, il s'en fallait qu'il fût temps de l'appliquer, et en de telles aventures des brusqueries qui étonnent d'abord, ne
DeiapirtdeGnii- tardent pas à succomber bientôt. D'un autre côté, Guillaume Pier-à-Bras. }aume j y quoique peu guerrier, ce dont nous ne le blâmons pas autant que d'autres historiens, n'aurait certainement répondu aux desseins du roi que les armes à la main. Il se serait senti appuyé par tous les comtes ses vassaux. Le Poitou fut assez heureux pour qu'une main plus forte que celle des hommes dérangent à peine formés les projets dont l'accomplissement pouvait être terrible. Toutes ces considérations se méditaient lentement et les tâtonnements sur une chose si importante durèrent quatre ou cinq ans, pendant lesquels Guillaume veillait sans trop s'émouvoir des plans ennemis qu'il n'ignorait pas. Au reste, le Languedoc et la Provence faisaient alors partie de l'Aquitaine i<o.
dîv«i mojeas pour \\ se pourrait bien, d'après le silence que gardent en général les auteurs du temps sur l'expédition méditée par Lothaire, qu'elle se fut bornée à ces deux provinces, quoiqu'il paraisse également peu croyable qu'il se fût contenté de si peu. C'est au milieu de ces doutes que de singulières particularités vinrent opposer leur digue, très fragile en apparence, à cette tempête prête à éclater. Dans l'espérance d'en mieux venir à son but, le roi avait ménagé, nous l'avons dit, pour son frère à peiné âgé de vingt ans un
(a) Bcsly, Comtes, p. 54.
mariage avec une jeune fille qu'on soupçonne de la famille des comtes d'Arles, quoique son nom de Blanche ne paraisse pas la rattacher à aucune des lignées connues de cette maison <<o : cette union se fit donc. Mais on ne tarda Et leur renverse-
. ment soudain.
pas a la trouver peu d accord avec les vues du roi et du jeune prince, qui ne put voir dans sa femme qu'un esprit sans portée et sans dignité, et à laquelle toutes les intrigues pouvaient sembler légitimes, pourvu qu'elles la conduisissent à ses fins. Lors donc que les nouveaux époux se furent acheminés vers la Provence, Blanche ménagea à son mari une surprise digne d'elle. Sous prétexte qu'elle ne pouvait pas vivre avec un prince qui n'avait pour elle ni assez d'esprit ni ce qu'il lui aurait fallu de savoir vivre, elle le laissa là, s'esquivant jusqu'à la cour de son frère, qui, s'il avait été dans le complot, dût se réjouir d'avoir évité une surprise qu'il avait autant et plus à redouter que le duc d'Aquitaine lui-même (*). Il n'y eut donc aucun trouble dans ce grand pays, et le temps ne laissa pas à Lothaire les moyens de revenir à son grand projet d'usurpation, d'autres événements étant venus aussitôt en détourner l'attention.
Cependant tout se passait alors en Poitou dans une Rapprochement en-
. tre le comte et la
grande paix, en dépit des querelles de ménagp élevées comtesse de Poitiers.
naguère entre Guillaume IV et son irascible épouse. De
grands torts avaient eu lieu des deux côtés, et de part et
d'autre soit inspirés par les ennuis d'une séparation dont
tous deux devaient souffrir, soit conseillés sagement par
des amis communs, les deux époux s'étaient rapprochés
et la vie conjugale, avec son honneur et ses prestiges, les
avaient ramenés ensemble dans leur palais de Poitiers.
Mais en certains caractères il y a des souvenirs qui ne
s'affaiblissent jamais assez pour laisser revenir la sérénité
qu'ils offensent ; il y a des taches qui ne s'y effacent pas
{a) Mézerai, ub sup., Art de vérifier les dates, X, £90. (b) Chronic. S. Medardi, Suesson, ap. P. Bouquet, Scriptor. rer Gallic, IX, 56.
et qui servent, après des rapprochements émanés de la politique plus que du cœur, à rouvrir des plaies et ranimer
N»i™m ironie* de secrets ressentiments. C'est ce qui arriva entre le duc d'Aquitaine et son épouse. Les indispositions mutuelles se manifestaient par de fréquents nuages qui amenaient la froideur, puis des mécontentements et des colères qui, parait-ilj allaient dans la duchesse jusqu'à de malheureux emportements et d'injurieux reproches. Tant d'orages ravivèrent les anciennes blessures et bientôt ne permirent plus â la raison d'imposer un frein à de trop visibles
< i iud^serc- rancunes- De là une nouvelle rupture devait naître. Elle
tut .iCWnou. *
vint de la femme, comme presque toujours. A la suite d'une scène véhémente, Emma quitta la demeure commune ei se retira au château de Chinon, résolue de n'en plus partir, de s'y faire une cour, et d'y attendre ou sa mort ou celle de son mari. Ce beau château de Chinon, la ville et les vastes domaines qui l'environnaient dans cette belle parlïe de la Touraine où la Vienne s'épanche, large et féconde, à travers de splendides campagnes, avait été donnés en douaire à Emma; celle-ci avait, par une clause du contrat, gardé la possession en propre et le gouvernement de ce riche patrimoine, et déjà elle s'y était retirée après ses repréhensibles aventures de Talmont. Le comte ne s'opposa donc pas à cette fuite ; sans doute il aima mieux loin de lui que plus près un séjour qu'il ne devait pas aborder, et il dut se résigner aisément à un veuvage qui du moins ne troublerait ni sa paix ni sa dignité, sou ai* flnubume Emma lui avait donné deux fils, dont l'un, Ebles, ne vécut
l'y accwnpagnti. . , .
que cinq ou six ans ; l'autre qui était Faîne, portait le nom de son pure, auquel il devait succéder en devenant ainsi Guillaume V. Il allait atteindre sa vingt-cinquième année, car on se rappelle que le mariage de ses père et mère remontait à 957. Il était au reste doué d'un bon naturel, intelligent, ayant en haute estime sa dignité surtout. Il* aimait beaucoup sa mère, et trouvait dans ce sentiment de quoi l'excuser et. la plaindre; c'est pourquoi il se décida à
quitter son père, pour aller vivre avec elle en des habitudes plus douces que les vivacités du palais, et que sans doute aussi d'amères récriminations paternelles lui faisaient désirer. Il ne pouvait se dissimuler non plus que la comtesse, en dépit de ses défauts personnels trop connus de tous, était cependant généralement aimée de ses sujets, à qui elle s'était toujours montrée charitable et compatissante. Ces pensées consolaient le fils et la mère dans leur retraite en leur persuadant qu'un avenir peu éloigné pouvait amener un changement dans une position aussi équivoque (2).
Nous ne savons, qu'assez mal à quel propos Guillaume lanmTîv dL GBrl- IV avait eu à revoir en 984 le traité passé en 943 entre son Ugne# prédécesseur Tête-d'Etoupes et Alain III, comte de Nantes, sur les limites réciproques de la Bretagne et du Poitou.
Dans ce laps de quarante années, quelques révisions avaient pu devenir nécessaires sur ce point: les deux souverains n'étaient plus les mêmes, les conditions avaient sans doute besoin d'être débattues ou réformées. Toujours est-il que Guillaume fit le voyage de Nantes, et s'entendit de nouveau avec Guérech, fils d'Alain, lequel fils, d'abord évêque de Nantes, s'était senti alléché par la couronne ducale à la mort de son plus jeune frère, et avait quitté le bâton pastoral pour prendre sa place, faisant en cela, dit un érudit : « autant iï honneur aux armes qu'il en avait fait à l'Etat ecclésiastique » <«>. Au reste, cette convention fut toute pacifique entre les deux princes.
Il en fut autrement du différend qui s'éleva en 985 entre Fier-à-Bras et son voisin de l'Anjou, le comte Geoffroy Ier, dit Grisegonelle.
Les Marches de la Touraine et de l'Anjou, c'est-à-dire wmTTk^IIIJî. un assez vaste territoire formé au Nord de notre province roy * ' par les environs de Richelieu (3), de Loudun et de Montreuil- Bellay (4), avaient appartenu au comte de Blois, Robert le
(a) Art. de vérifier les dates, XIII, 197; — Chronic. Namnet, apud, D. Bouquet, VIII, 278.
Fort, ce second Machabée, tué en 866 dans un dernier combat entre les Normands. Grisegonelle, sans que nous voyions bien précisément sur quels parchemins il se fondait, réclamait ce territoire comme successeur, disait-il, des comtes de Blois qu'il prétendait représenter. Ce qui est certain, c'est que jusque-là et depuis qu'en 850 Charles le Chauve ayant donné ces Marches à Robert pour les détendre contre les invasions danoises, son fils Eudes, qui devint en même temps par sa mort comte ou marquis d'Anjou. et duc de France, posséda par lui et ses enfants ce territoire enclavé dans le Poitou (a). Mais cette persistance même de ce petit pays dans le nôtre, durait encore quand le droit féodal était venu régler et déterminer pour l'avenir l'état des lieux et la suzeraineté des ducs d'Aquitaine comtes de Poitiers. L'hommage en était dû à ces derniers, et, en qualité de mauvaise tête, Grisegonelle crut devoir refuser à Guillaume cette preuve jusqu'alors incontestée de loyale vassalité.
&£?** dc * Ce Geoffroy était devenu comte d'Anjou en 958 après la mort de son père Foulques le Pieux. Elevé pour la guerre, il avait beaucoup des qualités d'un brave soldat et s'était attiré par sa bravoure de fréquentes et hautes distinctions de la main des rois de France avec lesquels il avait combattu plus d'une fois contre les Normands, les Allemands et les Saxons (*o. Toutefois ces bons côtés contrastaient dans l'homme de fer avec l'effervescence du caractère et l'aveuglement du pouvoir qui se trompe si souvent sur les limites qu'il faudrait toujours lui donner. Il ne lui fut donc pas difficile de se persuader que le Loudunais et tout ce beau pays dont il était fier n'appartenait qu'à lui et qu'il n'en devait le devoir à personne, juste opposition de Ce ne fut pas ainsi que Guillaume devait l'entendre, ne voulant laisser aucune prise au moindre empiètela) Art. de vérifier les dates, XI, 348; Xlll, 41.
(b) Chronic. de Gestis consul Andegav, apud d'Achery, in-4°, X, 441 ; — Marchegay, Chronic. d'Anjou, I, 75.
Guillaume,
ruiifjïluub.
ment sur ses droits et ceux de sa dynastie. Aussi les revendiqua-t-il en homme qui n'aime pas à attaquer mais veut toujours se défendre. Donc, autant par tempérament que par raison, en vertu des lois féodales qui autorisaient la saisie d'un fief dont l'hommage était refusé par le vassal, il se décida à porter la guerre dans le pays en litige, et s'achemina, quand fut venu le printemps de 985, vers le Loudunais. Il avait fait à peine cinq ou six lieues lorsqu'il trouva Geoffroy déjà logé dans un château de son domaine, et se dirigeant vers Poitiers qu'il n'hésitait pas à venir attaquer. Ce château était celui des Roches, simple village aujourd'hui au Nord et dans le voisinage de l'antique paroisse de Coussay (5). L'en faire onivimubrttdf sortir ne fut pas difficile, car le rebelle comptait bien ne pas s'y attarder. Une mêlée s'engagea donc bientôt dans laquelle on vit le comte de Poitiers, moins accompagné que son ennemi dont l'ardeur et la science militaire dépassaient d'ailleurs de beaucoup la sienne, faiblir et obligé de se replier jusqu'à Mirebeau, où il chercha à se retrancher. Cette petite localité était déjà une seigneurie du pagus de Poitiers mais trop peu forte pour résister à une attaque en règle. Elle était d'ailleurs demeurée jusque-là aux comtes de Poitiers qui n'avaient pas songé à s'en faire un lieu de défense, ne supposant pas que les Angevins pussent penser à venir l'attaquer si près de sa capitale. Mirebeau n'en était pas moins convoité. Nous ne savons pas bien les détails de cette guerre qui fut longue cependant et semble s'être prolongée jusque vers le milieu de 986. Cette durée des hostilités vint-elle d'une résistance acharnée des deux côtés ou des lenteurs que népessitèrent des négociations difficiles ? toujours est-il que Fier-à-Bras obligea PAngevin de se soumettre au joug qu'il avait voulu secouer. Les territoires de Loudun et de Mirebeau ne lui furent laissés qu'à condition pour lui d'en faire hommages). Cette condition
(a) Dumoustier, Essai sur l'Hist. de la ville de Loudun, p. 7 ; — Labbe, nov. Biblioth. manusc, II, 173; — Bodin, Recherches sur V Anjou, I, 177.
s'exigea dans la suite comme conséquence de cette dernière convention, car en 987, Foulques Nerra, petit-fils de Grisegonelle, la renouvela, en vertu du même droit, aux mains de Guillaume V, successeur de son père. Et si nous insistons sur cette particularité, c'est qu'elle regarde un point très important qu'un historien du Poitou doit tenir à élucider devant certaines prétentions opposées.
Erreurs des histo- ^ . . . . ^ . , ,
ri™* angevins nr Qui croirait en effet que les chroniqueurs angevins en petit nombre il est vrai, mais très explicites, ont osé raconter cette guerre en dépit de toute vérité historique, et affirmer que leur Geoffroy y avait eu tous les avantages contre son suzerain, de sorte que ce dernier se serait vu privé par le sort des armes de sa suzeraineté sur les territoires contestés jusqu'à n'y conserver plus le moindre droit de Et comment est juridiction féodale ? Le contraire découle évidemment de ce
prouvée la dépendance *
L^dM^Telliire^ °ïu* se Passa dans ^a su^te quand ces comtes d'Anjou, tout poSot? l'6*ard du en fcûsant l'impossible pour s'y soustraire à force de mauvaise foi , continuèrent néanmoins à s'y soumettre , comme nous venons de le voir pour Foulques Nerra et ses successeurs <<o. Mais c'est d'un témoignage quelque peu suspect d'un de ces peu traitables seigneurs qu'à jailli la source de ces faux renseignements. Nous lisons dans le recueil de d'Achery (t>) un fragment de l'histoire de ces Comtes écrit par l'un d'eux, Foulques Réchin, arrière-petit-fils de Grisegonelle, que celui-ci gagna la bataille des Roches et poursuivit son adversaire jusqu'à Mirebeau. — C'est tout, mais c'était bien assez pour faire croire à une victoire que rien n'établissait solidement (6). Or, nos historiens qui ne peuvent être unanimes que sur la vérité, disent tout le contraire, et d'autres qui ne sont pas de ceux-ci, attestent que ce faux récit des auteurs angevins ne vient que de leur jalousie bien connue et dont Labbe n'a pas hésité à les accuser (<o. Ce put être un acte de générosité de notre
(a) Arnaud Poirier, Documents sur les Loudunais, n° XL, § 2.
(b) Nova Biblioth., in-4<>, X, 392 et suiv. ; — Marchegay, loc. cit. ï, 376.
(c) Nova Biblioth. ub sup.
comte, et une preuve de son esprit pacifique, de ne pas s'emparer des terres sur lesquelles il avait le droit de confiscation, et de se contenter qu'on lui .en gardât Phommage : ce ne fut pas une défaite attribuable à son inhabilité dans la guerre, non plus qu'à un défaut de zèle pour les intérêts de son gouvernement, car il ne se contenta point de ces concessions. Il accorda de plus à Foulques le bénéfice ou l'usufruit de la Saintonge qui fut l'objet d'un hommage de plus, et, en effet, on vit dès lors le comte d'Anjou s'attacher au duc d'Aquitaine, habiter sa cour à des intervalles assez fréquents, et le reconnaître en propres termes comme son maîtres .Guillaume avait donc usé d'une bonne politique en intéressant son vassal à une position qu'il ne dédaigna pas. Nous verrons ailleurs que les Angevins purent oublier cette dépendance légale, jusqu'à en méconnaître les bases et contester aux princes poitevins leur droit de suzeraineté. C'était sinon leur droit, au moins leur habitude, et leur rapport avec le Poitou fut toujours empreint de mauvaise foi.
Cependant de graves événements se préparaient et allaient VJ^ ûa ** Lo" donner de nouveaux soucis au duc d'Aquitaine.
Le roi Lothaire, dont presque tout le règne s'était passé à férailler soit avec les Allemands soit avec des seigneurs français, n'avait pas réussi à étendre sur la France son empire trop restreint à son gré : au contraire, il avait fait l'indépendance, devenue absolue, de tous ses vassaux. Et il s'en fallait bien que son but fût atteint, lorsqu'il mourut le 2 mars 986 après un règne de trente-deux ans fort agité, mais aussi peu fructueux pour lui que pour sa famille. S'il mourut empoisonné par sa femme, dont la réputation n'était jamais restée au niveau de son râng, il eut le chagrin aussi d'avoir peu à compter sur un fils de petite valeur qui devait lui succéder, et qu'il recommanda à Hugues Capet. Celuici était alors duc de France, comte de Paris et d'Orlûans
(a) Chronic. d'Adhémar de Chabanais; ap. Labbe, Nova Biblioth. Il, 167 et 179; — Besly, Comtes, p. 69; — Script, rerum Gallic, X, 158.
Le jeune roi n'avait que vingt ans ; ce fut sous ses aupisces que Louis V fut reconnu par les seigneurs. Un mauvais wgne écourté de génie présida à l'inauguration de ce nouveau règne. Louis avait repris sa femme Blanche de Provence que nous avons vue se séparer de lui, et qui s'en était rapprochée à l'éclat d'une couronne dont l'appât la séduisait plus que les vertus de son sexe. Entre deux époux dont l'un était porté à tout ce qui pouvait honorer son titre, et l'autre n'avait jamais su qu'oublier le sien, de fortes tempêtes s'élevèrent, qui se terminèrent par un empoisonnement du malheureux prince (7). Il en mourut, le 21 mai 987 après un règne de quatorze mois (*). A ces malheurs il faut ajouter pour lui celui d'avoir subi les injustices de l'histoire. On l'a surnommé le Fainéant: jamais prince n'avait moins autorisé ce déshonneur imprimé à sa mémoire ; jamais aucun autre peut-être n'eût mieux mérité l'honneur d'une valeureuse réputation. Brave, impétueux au besoin, le calme habituel de son humeur n'étant pas cette insuffisance, qu'une femme légère n'avait supposée en lui que parce qu'elle ne lui trouvait aucun de ses propres défauts. Déjà il avait fait ses preuves au siège de Reims, soutenu par son père contre les Allemands ; les Sarrasins du Midi s'étaient étonnés de sa v"~~^ valeur, et sa vie de vingt ans avait été sérieuse et active.
Mais avec lui finissait [la ligne directe des Carlovingiens, car il mourut sans enfants, et c'est ici que l'histoire de la France va se compliquer en présence des factions, et prendre une forme imprévue qui vaudra mieux que toutes celles de son passé, obstacles à u Après Louis V, le trône appartenait à son oncle Charles, cSutei feumSu! duc de la Basse-Lorraine, mais le prince était odieux aux Français qui désapprouvaient par patriotisme la préférence qu'il avait montrée contre eux à leur empereur Othon II, roi de Germanie (t). Son duché relevait immédiatement de l'empire, et le rendait non seulement étranger à la France,
(a) Dom Bouquet, Vill, 230.
(b) Art de vérifier les dates, V, 490.
mais hostile même, car il devrait arriver qu'en vertu de ses obligations de feudataire il serait appelé à porter les armes contre sa famille et ses compatriotes. Dans ces dispositions qui seraient encore les nôtres, on tourna les yeux vers le duc de France, Hugues Capet, dont nous avons déjà parlé, mais qu'il importe beaucoup, en le considérant comme chef d'une nouvelle dynastie, de faire connaître comme n'ayant aucunement trempé dans ce qu'on a trop souvent qualifié d'usurpation.
Ce prince, le plus puissant qui fut alors dans le royaume, était de la race de Charlemagne, non directement, mais en ligne collatérale par Charles-Martel dont le frère Childcbrand formait la branche principale vers le milieu du vu0 siècle. Fils de Hugues le Grand, il avait hérité de lui du duché «le France qui avait pris entre ses mains d'illustres et légitimes développements. Trois des membres de sa maison avaient naguère porté la couronne, Eudes, fils de Robert le Fort ; le frère de celui-ci Robert, tué en combattant pour Charles le Simple, et Raoul qui, mort sans postérité, semblait ne laisser directement le pouvoir qu'à Hugues Capet, héritier de tous en ligne directe. On a pu remarquer dans le cours fifl:ûj™^umi^ï de cette histoire que sans méconnaître jamais le principe ^j^coS^Ï'' fondamental de la monarchie héréditaire et légitime, nous * avons reconnu portant qu'en certaines circonstances impérieuses il eût été d'une mauvaise politique et contre le bien public qui, en bonne politique, devient souvent une loi souveraine, de s'en faire une doctrine absolue au grand péril des intérêts de l'Etat. Jusqu'à présent d'ailleurs l'élection, coutume primitive des peuples conquérants, paraissait non moins autorisée au besoin que le droit plus souvent reconnu de la succession naturelle. Nous pouvons donc établir ^ilL Ï55 Ï! ici, à l'honneur du duc de France, quelle avait toujours rS" j« wi^cw? été sa modération à ce sujet. Lothaire en mourant lui ' recommande son fils et le charge de soutenir la couronne échue à son jeune front. Hugues ne se montre pas moins digne de cette mission qu'il ne l'avait été envers Louis
d'Outre-Mer dont les droits furent respectés par lui à l'égal de ceux de son père. Jusque-là on s'accorde assez à ne lui prêter aucune convoitise du trône. En avait-il pourtant quelque secrète pensée en voyant â quelle décadence certaine arrivait la race royale dont il soutenait les. derniers efforts? Songeait-il à reprendre sur un trône qui échappait aux Carlovingiens une place que sa propre famille n'avait pas occupée sans éclat? Rien ne s'oppose à ce qu'on le croie, et étant données les circonstances qui l'y autorisaient, une telle ambition n'eût pas été de celles que l'on condamne. Toujours est -il qu'une fois admise aux yeux de tous l'incapacité notoire que s'était faite Charles de Lorraine, on ne pouvait confier le pouvoir déchu qu'à celui des princes français que tout son passé en rendait le plus digne. Aux yeux des seigneurs qui l'élurent, personne ne remontait aussi haut par ses aïeux, nul ne s'était montré plus brave dans les combats , plus habile dans le gouvernement, plus serviable à ses amis, plus noble de sentiments, plus français en un mot, ayant toujours improuvé et combattu par les armes l'apostasie politique dont un prince de la famille royale s'était souillé en devenant le vassal d'un souverain étranger : vassal d'ailleurs qui plus d'une fois avait conspiré pour s'emparer du trône de France et le livrer par là même â un prince allemand. du?c°ia îé u1Syté°dê L'histoire qui s'est trop souvent égarée sur ce point ne Hu^es capet. peut donc reprocher à Hugues une usurpation criminelle. Si l'on considère aussi que par la loi salique la félonie d'un prince du sang (on l'a trop oublié en France!...) le rendait indigne de succéder à un roi qu'il avait trahi (8), on reconnaîtra qu'en présence d'un tel prétendant, la vacance du trône était devenue un fait légal, que l'élection qui se fit de lui fut des plus légitimes, et que dans cette intronisation du mois de mai 987, dans ce sacre à Reims du 3 juillet suivant,' il n'y eut rien qui offensât la loi fondamentale, l'honneur des grands vassaux, ni celui du prince appelé par eux à fonder la plus glorieuse des dynasties qui dût
jamais régner sur la plus belle contrée de l'univers.
Cependant cette .élection qui était le fait d'un nombre con- opposition dêsseisidérable de seigneurs les plus rapprochés de Paris, tous 5K5Lflllcai,ieel,e partisans du nouveau roi, n'avait pu être soumise à l'assentiment des autres feudataires de toute la France, en bien plus grand nombre encore. Aussi elle trouva une vive opposition de la part de plusieurs des grands vassaux de la couronne, dont un des plus remarquables fut notre Guillaume Fier-à-Bras (<o. Le duc de Gascogne Bernard, Guillaume, celui de Septimanie, Guillaume Taillefer III d'Angoulôme, suivirent son exemple, et ainsi se manifesta dans le Midi comme dans la Neustrie même, une résistance à laquelle, d'ailleurs, il fallait s'attendre. Si l'on observait, en cela, à l'égard de Hugues une politique en réalité plus prudente et mieux assise contre les révolutions que celle des rois dont la faiblesse avait perdu la race à laquelle il succédait, la . Politique pnideute
* x ' du nouveau roi.
première loi pour ce dernier était pourtant de ne pas laisser prendre à la féodalité plus d'expansion qu'elle n'en avait, et même de restreindre en de plus étroites limites ces petites royautés qui devenaient autant de rivales de sa royauté personnelle. C'était inaugurer cette unité de gouvernement sans laquelle on ne crée qu'un pouvoir fragile destiné à s'écrouler bientôt Pour y parvenir, il fallait rattacher au point central les pouvoirs secondaires qui dépendaient d'autant plus du sien, et s'il n'était plus possible d'opérer une réunion des terres et des fiefs au domaine royal qui s'en était privé, au moins fallait-il que leur dépendance de la couronne mît celle-ci au-dessus de toutes les autres, et acquît sur elles une évidente supériorité.
Hugues éleva donc de beaucoup sa position de roi, en n abandonna %*$
. . , , . . , , propres domaines à
renonçant à ses propres domaines, pour les réunir a la ueouronne. couronne : il en abandonna ainsi la propriété personnelle, et en même temps qu'il se dépouillait comme tous ses successeurs l'ont fait d'après lui, il assurait l'avenir de sa
(a) Besly, Comtes, p. -18.
royauté , il consolidait aussi celle de son fils Robert quHl s'était associé, enfin il évitait après lui toute secousse politique, et assurait à sa famille le sceptre que la France venait de lui donner.
Gouunme iv re- Mais ces plans étaient connus ou soupçonnés au moins
fuse de la reconnaître. r r T
par d'autres esprits capables de les comprendre, et pendant que Hugues s'appliquait déjà à des conquêtes sur la Flandre, qui devait augmenter son patrimoine aux dépens de la Germanie et de la Lorraine ; quand il se voyait aidé à cette entreprise par le comte de Flandre Arnoul, et par celui de Champagne Hébert, le propre beau -père de Charles de Lorraine, Guillaume d'Aquitaine refusait de reconnaître cette puissance qu'il traitait d'usurpée, et déclarait qu'il n'avait à céder en rien son autonomie princière à un parvenu qu'il n'avait jamais aimé. C'était en effet le ressentiment d'une vieille rancune. Guillaume IV se souvenait qu'en 955 un autre duc de France, avait cherché à dépouiller son père du duché d'Aquitaine, avait assiégé sa capitale, et l'avait même battu sur les bords de la Loire. Rien ne s'était opposé depuis lors à la paix qui avait régné entre eux. Fier-à-Bras avait hérité sans conteste de la souveraineté paternelle ; les ducs de France avaient renoncé à leurs prétentions. Mais dans le comte de Poitiers, comme dans les autres seigneurs de l'Aquitaine méridionale, de sérieuses inquiétudes s'étaient réveillées aux bruits venus jusqu'à eux des intentions peu pacifiques d'un prince valeureux, entreprenant, et qui songeait à dominer les positions inférieures. Hugues, il est vrai, était beau-frère de Guillaume IV, ayant épousé sa sœur Adélaïde, fille comme lui de Guillaume Tête-d'Etoupes, mais ce lien d'une parenté si étroite n'empêchait pas Fierà-Bras de se déclarer contre le roi. Il fit plus : espérant que le succès de celui qu'il regardait comme un ravisseur du trône céderait tôt ou tard à des chances meilleures, il recueillit à sa cour deux enfants, que Charles laissait en bas âge, afin de les produire à l'occasion, comme légitimes
HISTOIRE GÉNÉRALE DUx POITOU (988) 431
héritiers de leur père. Ces enfants disparurent sans qu'on sache comment, probablement par une mort prématurée. et tout porte à croire que cette mort n'aura pas été pour rien dans la paix conclue bientôt après entre les deux contendants.
Quoi qu'il en soit, le roi qui savait peu hésiter devant un ranùiim d* «? grand parti à prendre, mais qui réfléchissait toujours avant c-^, d'agir, songea à soutenir ses droits par la force, mais chercha d'abord à détacher le duc du parti de Charles qu'il soutenait, en encourageant sa résistance : le duc savait bien, en effet, que le roi ne se déciderait pas â passer la Loire-, tant qu'il aurait en tête un autre ennemi qui menaçait et agitait ses provinces du Nord. Au reste, ce refus de soumission envers le roi avait pour ce dernier une conséquence de haut intérêt dans cette occasion : elle soustrayait le vassal à l'obligation du service militaire, des troupes qu'il était obligé de fournir au suzerain dès qu'il avait une guerre à soutenir, et dès lors il en était ainsi des arrières-fiefs dépendant de Guillaume, tels que l'Auvergne, le Berry, le Limousin, l'Angoumois, l'Albigeois et d'autres encore des duchés de Toulouse et de Septimanie: c'était l'Aquitaine entière, c'est-à-dire la moitié de la France, qui manquait aux armées royales.
Mais ici, et quand le roi devait se décider à porter la En*ar m nut».
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guerre en Poitou, quelle mystérieuse raison lui fit a ban- p*W» donner tout projet d'attaque et renoncer à conquérir par les armes une autorité qu'on lui refusait aussi absolument? C'est de quoi il faut nous expliquer plus nettement qu'on n'a fait jusqu'ici; les mémoires du temps s'étant mal exprimé sur cet épisode et les historiens modernes les ayant suivi sans s'apercevoir qu'ils redisaient de bonne foi en 988 ce qu'ils avaient raconté dans les mêmes détails en 955 M),
(a) Cf Méserai, II. 14 et 35 ; — Daniel, II, 705 ; III, 15.
La Chronique de Saint-Maixent place le fait en 989; — Marchegay, Eglises d'Anjou, p. 383 ; — Y Art de vérifier Us dates a donné lui même pleinement dans ce remarquable mécompte, séduit par la plupart de ses devanciers.
En effet, à les entendre, Hugues serait venu serrer Poitiers par un siège en forme ; une sortie aurait mis les Français en fuite. Mais poursuivi à son tour par un retour subit de ceux-ci, Guillaume aurait été battu nettement et forcé de rentrer à la hâte dans sa capitale. Or, rien de tout cela n'est arrivé. Les lecteurs attentifs retrouvent ici une histoire déjà vieille et que les historiens plus' récents se seraient bien gardés d'accepter si Terreur d'un premier notait pas trop ordinairement suivie par des imitateurs, lesquels aiment mieux copier un livre mal fait que d'en examiner les sources avec le soin que supposent nécessairement le titre et la tâche d'un historien.
La méprise a pu venir, et très naturellement, de ce que les deux antagonistes portaient à une distance de trentequatre ans les mômes noms, l'un étant Hugues, l'autre Guillaume ; celui-ci étant comme son père duc d'Aquitaine, l'autre duc de France dont son père lui avait légué le titre ; enfin ces deux derniers disputaient aux comtes de Poitiers leur titre ducal énergiquement défendu. Il y a certes là matière à confusion. Il y a pourtant entre les deux récits certaines différences à noter : c'est que dans ce prétendu siège de 988, il ne pouvait y avoir à Poitiers ni incendie des faubourgs de Sainte-Radégonde, ni le merveilleux orage qui vint providentiellement forcer les assiégeants de se retirer. Enfin, considérons aussi que ce n'était pas, nous l'avons dit, le moment pour Hugues Capet de songer encore à réduire l'Aquitaine : tâche difficile d'ailleurs, et dans laquelle il eût trouvé contre lui d'immenses populations, toujours décidées à suivre leurs princes et à combattre pour leurs libertés dont le sentiment n'était pas encore éteint. MniiiiiiM embarras H faut donc qu'une autre raison, une seule, mais toute puissante, ait déterminé Hugues à ne pas tourner ses yeux vers le Poitou. C'était sans aucun doute les guerres multiplet qu-il avait à soutenir dès son avènement, car il avait en même temps sur les bras Charles de Lorraine, qui s'était jeté sur ses terres dans l'espérance d'y ressaisir le pouvoir,
■ tu t-..-i île l:f,lli':.
les sièges difficiles de Reims et de Soissons ; puis les affaires de sa politique et de nombreuses négociations a traiter à la fois, et enfin le soin qu'il dut prendre très prudemment d'associer son fils à son autorité ; no sont-cc pas là de puissantes raisons d'éloigner toute pensée de porter la guerre dans les provinces d'outre -Loir e, le plus important n'étant certainement pas alors d'aller envahir un pays lointain, quand la guerre était de toutes parts autour de lui ?
Nous aimons mieux croiïe, que pendant les trois ou quatre ans que le roi dut soutenir les durs travaux de la pwh*mrai ovrc i»
1 ^ «unie Ûe PuLtou.
guerre civile, il laissa en paix et Guillaume IV et ceux qui dans le midi créèrent une force de résistance, dont il était l'avant-garde et le chef. Quand tout fut fini, et quand Hugues débarrassé des guerres intestines, se fut affermi sur le trône, et n'eut plus autour de lui que des courtisans intéressés à le maintenir, il y aurait eu de la part de Guillaume IV mauvaise grâce, et peu de prufil à s'éloigner seul du souverain, que tout le monde avait enfin reconnu. Ce fut en 992 que s'opéra, entre les deux princes, un rapprochement que rien ne devait plus troubler, et qui. allait bien d'ailleurs aux besoins de son âge et de sa santé.
Revenons donc un peu sur nos pas, afin du rentrer dans l'ordre chronologique d'où nous ont tiré momentanément les événements que nous venons de raconter.
Il faut d'abord nous arrêter devant un de ces malheurs trop communs alors, et qui, en un clin d'œil, efïaeait du sol les monuments les plus remarquables et les plus utiles au bien public. En 988, le feu consuma la magnifique abbaye de Charroux où vivait toujours actit le souvenir de Charlemagne, du comte Roger et de tous les souverains qui l'avaient aimée et embellie. On ne sait quelle cause donner à l'incendie : mais tout fut consumé |*>; Outre la
(a) V. Chronic. Malleac, ad h. ann. ; — Labbe, hiblîuth. uud^ Mst II, 204; — Adhéraar de Ghabannais, ibid, p. 180.
t. vi 28
ΣLe«udlcrlL<l'*Lilu$û de Gbarroiut,
sïlOt,
bibliothèque donnée par le royal protecteur et augmentée par les abbés, on y perdit les archives accumulées depuis plus d'un siècle, les chartes vidimées et confirmées par les rois et les seigneurs, par les comtes, les évêques et les souverains pontifes. A peine quelques débris de parchemins échappe rent-ils au désastre qui interrompait ainsi la chaîne des enseignements historiques pour la suite des abbés, et une foule de faits intéressant la maison et la contrée. On trouve donc trente-six années de silence durant lesquelles pas un de ces fonctionnaires ne révèle son nom, au grand détriment des annales de la maison. Et qui dira tant d'autres pertes éprouvées dans la destruction de ces étoffes précieuses, de ces pièces d'orfèvrerie, chefs-d'œuvre que la postérité eût contemplés avec tant de respect! neconitmit* m- Toutefois le découragement ne s'emparait pas des hommes de Dieu. C'étaient des âmes que la Providence pouvait éprouver, mais qu'Elle ne voyait jamais faiblir sous le fardeau. La pauvreté môme ne les effrayait pas ; car si les dons que recevait la communauté suffisaient à leur subsistance et à y entretenir l'habitude du travail, ils n'égalaient pas des frais de reconstructions considérables comme ceux de ces vastes bâtiments devenus en quelques heures la proie des flammes. Alors, en dépit de ces édifices majestueux, œuvres des grands qui excitaient une générosité proportionnée à leur fortune, on voyait les moines ruinés dans la destruction de leurs saintes demeures, se reprendre sans hésitation à les relever. Ce n'était pas encore avec ces belles pierres de taille qui ne convenaient ni à leur pauvreté, ni à un empressement si motivé. Car rien n'était plus urgent pour eux que de n'interrompre que le moins longtemps possible, les exercices de la vie monastupie, les travaux des champs, l'action des écoles et celle de leurs hôpitaux. Les mains laborieuses se mirent donc à l'œuvre, et tout était rebâti deux ans après, de façon à recevoir dans l'église et dans les vastes salles reconstruites le Concile qui y siégea en 990.
Guillaume IV, toujours séparé de sa femme, avait pu se Rapprochement eadistraire quelque peu de ce veuvage par les préoccupations ^LcT^m^ que lui avaient causées et ses démêlés avec l'Anjou, et ses difficultés avec Hugues Capet. La paix qui s'en suivit lui laissa plus de loisir pour se trouver à plaindre do son isoloment. S'il avait eu' des torts envers une épouse exaspérée, s'il avait porté jusqu'à des excès blâmables sa propre colère, et poussé à bout celle dont les fautes n'étaient après tout, en beaucoup de choses, qu'une conséquence des siennes, ne devait-il pas s'employer à ramener vers lui cette femme que le peuple avait aimée et qu'il regrettait encore? Il essaya donc de faire comprendre à la châtelaine de Chinon qu'elle pourrait redevenir celle de Poitiers, et les négociations réussirent. La duchesse d'Aquitaine réintégra dméum mu j le manoir matrimonial, l'harmonie se rétablit, et Fou on vit un témoignage authentique dés le mois de janvier 989 dans la donation que le duc fit à Nouaillé, conjointement avec sa femme et son fils, d'une église de Saint-Sauveur située en Aunis avec des terres qui en dépendaient (9), et d'une autre dédiée à la sainte Vierge, dans un village adjacent. Ainsi F Aunis dépendait encore de Poitiers, et ce Nouaillé ne doit pas être confondu avec le nôtre, dont le nom latin est tout différent. On voit, au reste, dans un acte de HOU relatif à cette localité, que le seigneur de Nouaillé et ses deux frères donnèrent alors à l'abbaye de Saint-Maixcnt des marais salants ; cette translation de propriété se lit par la tradition à l'acquéreur d'une corde à trois n couda, Un mmnàmÊmm* autre symbole s'employait aussi comme moyen de garantie ajoutée au contrat. Le signataire principal passait trois poils de sa barbe dans la cire qui formait le sceau de la charte (*).
Une œuvre d'importance suivit cette réconciliation des deux époux. Guillaume rendit à sa femme tous les biens qu'il lui avait confisqués. Il fit plus, il ajouta à son douaire
(a) Arccre, loc. cit.
des terres nombreuses, des églises avec les villages qui les possédaient, ces églises étant alors, nous Pavons va maintes fois, des propriétés particulières. Tous ces domaines étaient situés dans le pays de Poitiers et augmentaient de beaucoup la fortune déjà considérable de la princesse. Tels furent les villages encore connus sous les noms de Chasseignes (40}| Vouzailles (11), Jazeneuil (12), Sigon-sur-l'Auzancew, Vorre-sur-Clain (13), Migné (14), Valençais (15), Marsais (16), Saint-Clément près Niort (17), Coulon-sur-Sèvre (18), l'Ormed'Oirê (19), Saint-Gaudent de Nanteuil (20), Airvault (*), Breloux (21). Puis six domaines qui se touchaient autour de Fontenay ': La Traye (22), Puy-Letard <o , Santon (23), Chasscnon (24), Saint-Etienne-des-Loges (25), enfin Montreuil-Bonnin (26) et Scieq (27). Il y avait certes en de telles prodigalités de quoi prouver le sincère retour du donateur. Mais la charte a immortalisé avec elle les termes d'une tendresse expansive par laquelle on voyait évidemment que l'époux repentant s'employait de toute son éloquence à réparer des torts qu'il ne croyait peut-être pas suffisamment oubliés.
0d «prend ti «m* De son coté, l'épouse qui n'avait pas un moindre besoin ' de réhabilitation, profita de ces heureuses circonstances pour reprendre sa fondation de Maillezais. Ainsi, une édifiante émulation se manifesta des deux côtés à la fois, et pendant que Guillaume comblait de ses générosités Saint- Hilairo à Saint-Jean-d'Angély, et coopérait à l'abbaye de Bourgueil (*>. Emma rappelait au pied des murs, verdis et presque démantelés par une si longue interruption des travaux, les ouvriers qui devaient reprendre et terminer son œuvre. Il n'avait pas été difficile au comte d'obtenir des moines de Saint-Cyprien le retour entre ses mains du terrain et des bâtiments dont la construction avait été
[u) V. ci-dessus, 11, 28.
(b) Sur Airvault, V. ci-dessus, p. 361.
{c} Sur Puy-Letard, V. ci-dessus, p. 397.
((/) D. FonLcneau, XXI, 305; 225, 227 ; XUI, 95.
suspendue. Tout recommença donc et le monastère s'éleva de façon à en faire espérer le prompt achèvement.
Mais le prétexte habituel des mauvais ménages ne tarda Nmwiie upintion , pas à susciter de nouvelles divisions. Emma et Guillaume trouvèrent que décidément il y avait entre eux cette incompatibilité de caractère d'où le protestantisme a tiré sa doctrine impie du divorce moderne, et un jour Emma s'en alla avec son fils reprendre à Chinon les habitudes princières do son élégante forteresse et de ses magnifiques jardins. CTest là qu'elle se dédommagea de l'abandon de Maillezais, retombé en détresse, par la fondation de l'abbaye de BourgueiL
Dans une charmante vallée de la Touraine, qui avoisine FwiitiûPfîeBoar l'Anjou et qu'arrosent les sinueuses eaux de l'Authion, un des E affluents de la Loire, était alors une solitaire villa nommée Bursiotium, Bourgueil, en Anjou, mais aujourd'hui chef-lieu de canton du département d'Indre-et-Loire. C'était une des propriétés de la comtesse, dont le père, comte de Tours en même temps que de Blois, lui avait donné en dot de riches domaines dont elle s'était réservé l'administration. Elle voulut donc y établir une abbaye de Bénédictins ; c'est en 989, qu'elle en confia l'établissement et la conduite à Thiodelin son parent, qui vint de Saint-Junien de Tours avec un certain nombre de religieux. Ce digne abbé, s'était fait une réputation de sainteté, d'homme de mérite, et d'une grande habileté dans le commerce des hommes. Ce fut pour ce lieu ignoré, la cause d'un important accroissement, si bien qu'après avoir vu la ruine de son précieux établissement, il a gardé encore une population de quatre mille âmes (a). Si les restes du monastère le rendent méconnaissable, son église de Saint-Pierre, qui avait été rebâtie au xne siècle dans ces belles conditions données alors au roman fleuri, atteste toujours par la fermeté et l'élégance de son style, ce que l'art chrétien pouvait à cette époque de sa plus belle efflorescence (28).
(a) Dom Baunier, Bénéfices royaux, II, 926; — Gallia Christ, II, col.
s« développant Cette abbaye fut remarquable bientôt, par ges développements, et dut ensuite aux largesses de nos comtes de grandes richesses, dont elle usa pour épancher autour d'elle les bienfaits de l'agriculture et de l'enseignement chrétien. Nous la verrons posséder entre autre, à titre de prieuré, l'église Saint- Porchaire de Poitiers, qui lui dut vers le dernier quart du xi° siècle, sa reconstruction dans le style remarquable de la première renaissance. Mais cette bizarre tête que n'avait pu ramener plus longtemps à lui cet époux si généreux et si sincère, ne prétendit pas jouir seule des immenses richesses qu'il venait d'ajouter û sa grosse fortune. Bourgueil à peine achevé y trouva doux ou trois prieurés de plus : Saint-Cyprien, Saint- Maixent, Bonneval-lez-Thouars eurent aussi leur part de ce beau fleuron. Singulier contraste de la charité et de l'orgueil dans une femme en qui la piété chrétienne ne faisait qu'une portion de son œuvre !
Il n'en put être ainsi de Maillezais. Une fois de plus on vit revenir dans ces murs inachevés les tristesses de la solitude, auxquelles ne pouvaient plus se mêler aucune espérance do jours meilleurs, mais là aussi devait apparaître la main de cette Providence qui mène l'homme, pendant qu'il croit s'agiter tout seul en des sentiers qui le poussent à des fins supérieures; et le jour ne tardera pas où reprendront leur élan vers le ciel ces admirables murailles, dont les voûtes et les sculptures ne commandent pas moins, de nos jours encore, notre admiration que nos regrets, r-ondiîîonci'nfiiiô. Et pendant que la duchesse d'Aquitaine travaillait si
RrGmiiaiwwtv. ardemment dans un coin de l'Anjou au bien-être des peuples et aux besoins de l'Eglise, le duc, de son côté, n'entrait pas avec moins d'ardeur dans ce courant des pensées chrétiennes de son époque. En 985 il avait donné moyennant une faible redevance à un clerc de Saint-Hilaire des terres de diverses natures situées dans la viguerie de Brioux, entre le village bien connu encore de Quinçay et
celui de Possiniacumw. En janvier 989, il fonda un hôpital près de l'église collégiale <*) et le dota des terres de Cbilvert (29), de Vouneuil-sous-Biard (30) et de Cissé (31) Il y a cela de remarquable dans cette charte, qu'elle est signée de la comtesse Emma et de son fils Guillaume, quoique la mère et le fils habitassent ensemble à Chinon. îl faut sans doute en conclure que cette séparation s'était faite d'un commun accord et sans une rupture complète qui eût mis fin entre les deux époux à toute relation ; ou bien comme il s'agit ici d'une œuvre pie contre laquelle il importait de ne laisser pour plus tard aucun recours possible A ses héritiers directs, le comte aura sollicité ces deux signatures comme une double garantie de la stabilité à venir de sa fondation, à laquelle on aura compris qu'il était de toute convenance de ne pas se refuser. Cette conjecture, si c'en est une, se fortifierait d'ailleurs par ce fait que la même année une autre charte (c) donnée par Guillaume! n'est plus signée par sa femme, mais par son fils, qui, devant hériter du trône ducal, alternait sans doute son séjour à Poitiers et à Chinon, de façon à ménager autant ses intérêts d'un côté que sei affections de l'autre.
Saint-Hilaire dut encore une nouvelle grâce it ce prince, &*$? S^Lr'-1 quand il en reçut en février de cette même année, sa terre de l'île de Ré et une autre dans le pagus de Merventci). On ferait un gros volume des faveurs ainsi accordées à ces communautés qui tendaient alors à une extension qui s'augmenta merveilleusement avec les deux siècles suivants. Il est vrai que ces progrès semblaient sortir de la lutte aidions <k u même que leur suscitait la tyrannie toujours plus ardente de certains seigneurs- enrichis récemment des concessions qu'ils s'étaient fait faire par les- grands vassaux. Il y avait
(a) Chartrier de Saint-Hilaire, I, 55.
(b) lbid.t p. 55.
(c) Cf. Cartul. de Saint-Hilaire, I, 57 ; - Charte n» XLV1I.
(d) Ibid, p. 50.
aobktfc.
Imkqli U, comte de
peu de tenanciers, si peu considérables qu'ils fussent encore , à qui le goût ne vint pas de la propriété voisine, quand elle appartenait à des moines incapables de résister, et dont les avoués n'avaient souvent ni assez de force, ni suffisamment de bon vouloir pour les défendre. C'est à ce il6au surtout que l'Eglise crut devoir opposer, en 990, un concile provincial qui se tint dans l'abbaye de Charroux. ^iSSo!'1* Ce doit être vers cette année 989 que Guillaume Fier-à-
Bras confirma, comme suzerain sans doute, à Boson II, comte de la Marche, la possession de ce petit territoire, à charge de foi et hommage. Ce jeune prince, comme nous le verrons bientôt, se conduisit fort mal envers son bienfaiteur, puisqu'il profita des derniers jours de celui-ci pour entrer à main armée dans le Poitou, et y causer de grands dommages. Ce fait est resté très obscur ; les auteurs contemporains semblent l'avoir traité comme trop secondaire à leurs yeux. Mais comme il nous révèle dans le seul écrivain qui en parle, l'origine d'une guerre dont nous aurons à parler bientôt, nous n'hésitons pas à le placer ici, d'après la date qui nous semble la plus convenable u).
C'est le 1er juin 990 et non pas le 22 mai (32) comme l'ont dit quelques-uns, que s'ouvrit le concile de Charroux. Il se forma de six évêques et de plusieurs abbés, au nombre desquels celui du lieu resté ipeonnu, pourrait bien avoir été Adalard (»). Gimbaud, archevêque de Bordeaux, y présida entouré de Gïslebert Ier de Poitiers, d'Hildegarde de Limoges, de Frotaire de Périgueux, d'Albon de Saintes, et Hugues d'Angoulême, ces prélats figurent seuls dans la souscription : c'est donc à tort qu'on redit plusieurs fois qu'ils y avaient été au on l«s e*«t*nfi nombre de onze (o. Il fut question dans cette assemblée de
sont t&cjtn&uu ici* . . . , , .
remédier à ces injustices des grands qui abusaient de leur force et de leur indépendance, et de tout pouvoir supérieur
(a) V. Pétri Malleacensis de Cœnobi malleacensis, . ; apud. Labbc, Aror« Btbiiotk., II, 227.
(b) V. notre Histoire de Charroux, p. 466 et suiv. (t) V. Labbe, Nova Biblioth., II, 764.
Concile d« Cbir-
contre les pauvres, les paysans et les clercs qu'ils vexaient à merci. On fit donc trois canons pour anathématiser ceux qui se rendaient coupables de ces méfaits fa); et comme ce mal ne s'étendait pas seulement en Poitou, les provinces voisines eurent aussi leurs réunions canoniques au Puy en Velay. à Bourges et à Vienne. Ces armes de l'Eglise, les plus légitimes qu'elle peut employer contre de telles persécutions, étaient autant redoutées en ces temps de foi qu'elles devaient l'être, et arrêtèrent d'abord les désordres qu'elles frappaient: mais on était à une de ces époques de transition où l'esprit d'ambition se grossissait de cette fièvre d'insoumission qui s'élevait contre le pouvoir royal. Accoutumée à résister au roi, la noblesse émancipée croyait pouvoir aussi se dégager de l'Eglise ; elle voyait en Elle une victime facile qui ne se défendrait point par les armes, et sûre de l'impunité, elle l'attaquait dans ce qu'Elle avait de plus précieux aux yeux des exacteurs : ses possessions territoriales dont ils s'emparaient et ses immunités les- plus sacrées qu'ils méprisaient. Malheureusement, cet esprit de rébellion passa bientôt des laïques dans le clergé; de là, en plusieurs endroits des troubles et des dissentions qui donnèrent lieu souvent à de regrettables scandales.
Au concile de Charroux, nous voyons l'usage suivi tm*\hw* depuis longtemps déjà, de transporter au sein de ces augustes assemblées, les plus célèbres reliques honorées dans les églises des environs. On y posséda cette fois, pendant l'unique session qui y fut tenue, celles de saint Junien, l'ancien abbé de Maire, que les moines de Nouaillé avaient conservées chez eux, à force de précautions filiales, en dépit des si fréquentes invasions des barbares w« Cet usage était un acte de confiance, et comme une preuve que
(a) Labbe, Concile, IX, 733 et 745; — Gerbcrt, arebiep., £>&*.., XL1I ; apud Ducbesne, H, 841.
(6) V. nos Vies des Saints de l'Eglise de Poitiers, p. 263; — ISailleL au 13 août, V, 204.
lîquet aux ui utile-.
les pères du concile, ne prononceraient que selon leur conscience, et une invocation aux bienheureux qui semblaient présider l'assemblée.
La bonne inteiii- Enfin n'omettons pas de remarquer ici. comme très
gmee ont jurement ré- . #
Lawie «ire t* roi importante pour l'histoire, la date certaine de Tannée 989,
définitif et h Jnc l [ ' 7
.rA^uioe. à partir de laquelle on ne trouve plus la moindre trace de
dissentiment entre Guillaume et Hugues Capet. Ce dernier, trop occupé sans doute à contenir des vassaux remuants ou à reculer ses frontières, renonça tacitement à aucune prétention sur l'Aquitaine ; l'autre finit par ne plus se prononcer contre la royauté contestée jusque là. Tout s'était donc arrangé, comme le prouve une charte datée de cette année d'après laquelle le règne de Hugues était reconnu en Poitou.
t)i&Jhn«^SE Ici se dérouleraient des événements de haute importance que des érudits datent de cette année 990, et qu'ils ont omis pourtant de signaler sous le régne de Fier-à-Bras, où d'ailleurs nous ne voyons guère commerit les placer. Il s'agissait d'une guerre portée en Poitou par Aldebert Ier, comte de Périgord, qui, brouillé avec Guillaume, serait venu camper avec son armée à deux lieues de Poitiers, attendant pour l'assiéger Foulques Nerra, comte d'Anjou, son allié. Or, rien de tout cela ne peut s'attribuer au règne de Guillaume IV, Il faut, pensons-nous, regarder ce qu'en ont dit Dom Clément et ses confrères, comme une confusion avec ce qui ne se passera que sous Guillaume V, lequel aura précisément de graves démêlés avec cet ancien Foulques mais seulement en 994 et après la mort de Fier-â-Bras (33).
r-D^u^ïv du duc Guillaume Fier-à-Bras était né en 934.. En 990 il n'avait encore que cinquante-six ans, mais sa santé avait souffert de la goutte, et ses souffrances souvent réitérées l'avaient vieilli au-delà de cet âge. Ennuyé de son isolement, fatigué par ses querelles domestiques, sentant d'ailleurs que la vie s'écoulait plus rapidement au milieu de ces maladies où rien ne le consolait de ses amertumes, il se rappela l'exemple de son père et songea aussi à se retirer du monde pour
mourir dans la pénitence sous l'habit vénéré des Bénédictins. Toutefois, il n'abandonna pas complètement le gouvernement de son duché.
Déjà en 989 il avait résigné son titre d'abbé de Saint- Gammbkm* Hilaire entre les mains de son fils. Tout fait croire que le jeune homme n'habitait que passagèrement alors avec sa mère, si tant est qu'il l'eût suivie dans sa seconde retraite, ce qui n'est pas supposable, le duc n'ayant pu abdiquer qu'en sa faveur. C'est vers la fin de 990 qu'il faut attribuer cette détermination, et la preuve que cette nouvelle vie ne fut pas pour lui non plus qu'elle ne l'avait été pour Tête-d'Etoupes, une profession solennelle de la règle bénédictine, c'est qu'il n'en continua pas moins d'user librement de ses biens, comme on le voit par des chartes datées de 991, 992 et 993, c'est-à-dire jusqu'à la dernière de sa vie: et là, il ne s'agit pas seulement d'importantes largesses faites aux abbayes de Saint-Jean-d'Angély, de Nouaillé, et de Saint-Maixent, et à Saint-Florent de Saumur, mais même de décisions administratives, concernant le temporel de Nouaillé et le droit d'élire ses abbés, qu'avaient eu jusque là les chanoines de Saint - Hilaire <*h Dans ces actes, au reste, il se qualifie toujours de duc d'Aquitaine par la grâce du Très-Haut <*>, et cette existence plus tranquille quoique mêlée, on le voit, à des soins dont il ne se dégageait pas volontiers, dura ainsi pendant ses trois ou quatre dernières années.
Mais c'est peut-être de ces soucis mêmes que lui vinrent certains désagréments qu'il ne sut pas supporter et le décidèrent en 993 à une détermination qui peut-être avança son dernier jour.
C'est à Saint-Cyprien qu'il s'était retiré. De là son n pr«ad nuim
.. .. - . i i i -. i n m iWMMhtM à S-iml-
aetlVlté gouvernementale semblait plus facile a exercer, Cïpnende pouieu.
Mais peut-être aussi, par la multiplicité même de ses
(a) Cf. Dom Fonteneau, t. X, 241 ; XIII, 11! ; XV, 195; XVIII, 25, {b) Cartui de Saint -Hilaire, I, 62.
relations avec le dehors, un hôte si distingué devint-il à charge A ce monastère dont le silence et la paix solitaire pouvaient souffrir d'un certain changement d'habitudes et de ces rapports forcés avec le monde. De là sans doute, ces malentendus avec l'abbé qui devait être alors Géraud, onzième du nom, dont on ne sait rien autre chose. Ces difficultés amenèrent une séparation qui fut comprise de part et d'autre comme indispensable, et le comte se retira à Saint-Maixent, où les mêmes raisons de dissentiments ne pouvaient pas exister, et dont il avait des souvenirs consolants : son père y était mort, et tous deux s'étant dévoués longtemps au bien-être de cette maison, l'une des plus célèbres entre les monastères du Poitou. Il était temps qu'il abordât ce dernier asile. A peine y était-il, qu'une attaque de goutte le surprit et le jeta dans une longue suite de douleurs. Ce fut l'occasion de la dernière épreuve réservée à ses derniers moments, car une guerre aussi violente que déloyale envahissait ses frontières méridionales du Poitou.
Disons d'abord d'où venait cette agression.
Invasion de Bomhj, ^ j . t . ,. t^ ., ,, •> • • , i
a-mie -te in Maîrï*, Cette partie extrême du bas Poitou était avoisinée par la
dans le Poitou-
Marche, petite contrée divisée en Haute-Marche, dont Guéret était la capitale, et Basse-Marche, dont la principale localité élait alors la petite ville de Charroux, devenue importante par ses fortifications autant que par celles de sa riche et magnifique abbaye. Cette dernière partie située à l'Orient du Poitou, prenait alors et garda souvent dans la suite, le nom de Marche-Limousine, parce qu'au milieu du xfl siècle elle occupait une portion du Limousin. diT^tanlktoml! N°us avons connu un Roger qui était ami de Charlemagne et que ce monarque avait fait comte de la Marche peu de temps avant la fondation de l'abbaye. C'était un de ses petits- fiis, Boson II, qui occupait la Basse-Marche en 993, l'ayant reçue en héritage de son père, Boson Ier, dit le Vieux ^ et la gouvernant depuis 968. Il s'en fallait que ce fût un voisin commode. Ambitieux, querelleur et remuant,
il avait observé les dernières années de Guillaume de Poitiers , l'avait vu se retirer de la vie active, et croyant que le temps était venu, lorsque le duc s'était confiné à Saint-Maixent, de tenter quelques surprises sur ses Etats, il se jeta sur les confins de notre province et attaqua le château de Gençay. Cette forteresse, élevée sur un rocher sous lequel coulent les deux petites rivières de la Clouéro et de la Belle (34), était destinée à défendre les abords du Poitou contre les attaques des seigneurs limitrophes qui depuis le milieu de ce siècle s'étaient montrés par trop accapareurs. Il n'était donc pas étonnant qu'il excitât la mauvaise humeur de Boson. Celui-ci, aidé de son frère Aldebert, qui ne valait pas mieux que lui, résolut de profiter pour s'en emparer de la vieillesse impuissante de Guillaume et de la jeunesse de son fils. Les deux frères se mirent donc à la tête d'une expédition, violèrent le territoire poitevin, prirent le château, et après l'avoir démentelé, se retirèrent, sûrs que par une prochaine invasion, qui ne pouvait tarder, ils ne trouveraient aucun obstacle qui s'opposât à une seconde entreprise sur le pays. Mais de grands événements se préparaient, qui allaient déjouer ces projets perfides et punir la déloyauté du félon &h
Guillaume IV vivait tranquille à Saint-Maixent, mais non JBftit?" W exempt des inconvénients de la position exceptionnelle qu'il s'était faite. Il s'était promis de ne pas quitter le saint asile. Il n'avait que soixante ans, étant né en 934, mais aux douleurs du corps s'ajoutaient celles de l'âme et du cœur. Quand Boson était venu insolemment désoler ses frontières et ruiner ses domaines, il lui avait fallu supporter cette injure sans y résister ; une nouvelle attaque do goutte avait suivi de près cette humiliation, et le mal le jeta en une telle extrémité, qu'il songea sérieusement à la mort et à ses conséquences pour son salut.... Il craignit surtout que cette épouse, dont il était séparé depuis quatre ans et dont
(o) Art de vérifier les dates, X, 2-25 ; — Bull, des Antiq. de l'Ouest, II, U2.
les sévérités n'avaient peut-être été motivées que par sa propre conduite, ne l'accusât devant le tribunal de Dieu. Une dernière réconciliation lui paraissait donc urgente. Il chargea quelques amis les plus dignes de sa confiance d'aller trouver la duchesse et de lui demander une entrevue. La dame ne fut pas facile à persuader. Il fallut des instances allant jusqu'aux larmes, auxquelles elle céda enfin. Elle se rendit à Saint-Maixent, emmenant avec elle son jeune fils et accompagnée d'un certain nombre de seigneurs. Guillaume à ce spectacle sentit se ranimer ses anciennes impressions d'époux et de père. Saisi par le sentiment de dignité dont s'entourait cette femme qu'il avait aimée, admirant ce qu'avait déjà de noble et de séduisant ce jeune homme qui était son fils, il se prit à les aimer encore. Tout lui disait qu'il retrouverait avec un successeur digne de le remplacer, une compagne capable de le guider, et ces pensées lui procurèrent comme subitement un bien-être inespéré. Alors remerciant Dieu avec ferveur de cette grâce, et obéissant à une toute-puissante disposition de son cœur et à la grande satisfaction des nombreux témoins de cette scène attendrissante, il confia à la mère et au fils le gouvernement de ses Etats, en leur prescrivant les moyens de prudence qui devaient en assurer le bonheur. Et là, revenant sur une de ses dernières amertumes, et persuadé avec raison qu'un souverain doit s'opposer de tout son pouvoir à des envahissements où la paix et l'indépendance de ses sujets sont compromises, il exigea du jeune Guillaume et de tous les grands qui l'entouraient en ce moment, qu'ils vengeassent sur Boson la déloyauté de ses criminelles attaques. Il rappela que la conduite de ce vassal était d'autant plus indigne qu'il avait profité des circonstances pénibles où son suzerain ne pouvait même essayer de se défendre, pour envahir ses terres et ses villes, gagnant pour cette mauvaise action, par ses promesses et ses présents, des nobles de son obéissance, et que sans une protection divine toute particulière, il se serait emparé de Poitiers
même, en des attaques nocturnes qui avaient porté dans les campagnes voisines le trouble et la terreur (35).
Cela dit, le pieux souverain supplia qu'on voulût bien lui accorder les derniers sacrements qu'il reçut en présence de ses leudes et de sa famille. Après quoi il ne tarda pas à succomber. Cet événement arriva le 3 février 904 (36). Trois jours après il trouvait après de magnifiques obsèques sa dernière demeure au côté gauche de Pau tel dans l' église abbatiale (a).
Cette mort mit fin à un gouvernement où les choses de Retape «m r^ca, la politique s'effacèrent presque sous celles de la famille, et ces dernières ne furent pas toujours d'une haute moralité. ce régne de trente ans se passa exempt de guerres, si Ton en excepte celle que lui fit injustement Geoffroy d'Anjou; et après l'avoir mis à la raison, Guillaume demeura en paix avec ses voisins, ce qui doit se remarquer d'autant plus, que son époque soulevée par les prétentions ambitieuses de presque tous les possesseurs de fiefs importants commença cette longue série de guerres particulières que la fermeté des rois ne put abolir qu'avec beaucoup d'efforts et de temps. Ses affaires avec les rois Lothaire et Hugues Capet ne sont pas d'un homme dépourvu de prudence. Il sut résister à leurs exigences avec une énergie calme et persévérante qui, secondée par les troubles où ces princes se trouvèrent jetés, le laissa jouir sans trop d'obstacles d'une paix qu'il estimait plus que la gloire militaire. Ses peuples recueillirent le ïruit de cette modération, et tout fait croire dans sa conduite habituelle que, s'il eut des torts graves envers celle qui aurait dû être l'unique compagne de sa vie, son plus grand malheur, après des fautes qu'il avait eu à cœur de réparer, était venu de l'acariâtre animosité d'une femme dont le cœur et le caractère ne comprirent pas plus les devoirs d'épouse que le bonheur de pardonner. Pendant que ces entêtements de Pamour-
(a) Pétri maleacensis de Antiquitate... malleac insulœ, ad h. aun.
propre Péloignaient de la vie de famille, le prince, dont les dernières années n'étaient plus tissues que de chagrins, ne trouva d'autres consolations que celles de la foi chrétienne. Ce besoin, joint à de salutaires pensées de pénitence, déterminèrent sans doute sa retraite,- et sa dernière démarche envers sa femme témoigne que la noblesse de son âme Pavait également disposé à pardonner et à se repentir. Il n'est aucune faiblesse qu'on n'expie quand on sait les réparer ainsi.
iïwta«n?v!"wt< dt A part un assez grand nombre de ces actes notariés qui, en consacrant des fondations religieuses, faisaient surgir alors un monde nouveau d'une généreuse participation des grands aux progrès de la société chrétienne, nous n'avons aucun acte administratif dont le souvenir se rattache à Guillaume Fier-à-Bras. La première a été du règne suivant, au contraire, produisant un fait qui fait l'éloge de sa sollicitude pour la classe inférieure de ses sujets. C'est une ordonnance de 993, l'année même de son avènement (a), curieuse autant par les formules qu'on y emploie que' par le fond du sujet. Le comte avait vu avec peine que dans les dernières années de la vie de son père, un impôt avait été levé sur les ânes des fermes ou des particuliers dans un certain rayon autour de Poitiers, où se trouvèrent surtout MazGuiH*) et la Regnaudière (37). Le comte entend que cette nouveauté soit absolument abolie et réprouvée pour toujours de la plénitude de son autorité. Le protocole de cette ordonnance portait : « Au nom du duc souverain, Guillaume duc d'Aquitaine, par l'autorité du Dieu tout puissant, et de tous les saints, à tous les fidèles de tout sexe de la sainte Eglise de Dieu ». Cette formule qui varia selon l'inspiration de chaque notaire, mais dont les termes exprimaient toujours le même respect pour la Source Eternelle de toute Justice, allait bien surtout en tête d'un acte ou le pauvre était dégrevé.
{ai Cet acte nous semble mieux daté de 998 dans D. Fonteneau. {h) Miizeuil, V. ci-dessus, t. V, p. 285 et suiv.
Nous n'omettrons pas de consigner ici un fait notable canoniuuoa des
niais réservée aux
de l'histoire ecclésiastique, dont la date intéresse tout Pipe*. lecteur intelligent. Le 31 janvier 993 eut lieu par le pape Jean XV, la canonisation de saint Uldaric, évêquc d'Ambourg, qui était mort sur son siège vingt ans auparavant. Ce fut le premier exemple de cette solennité faite par le Saint-Siège, se réservant d'y pourvoir seul â l'avenir. Jusque-là c'était l'évoque qui, dans son diocèse, attestait de la sainteté de la vie et du culte des personnages que la vénération publique, et des vertus toujours appuyées par des miracles avaient désignés comme dignes de ce suprême honneur. Mais il sembla qu'une affirmation si imposante exigeait une garantie irrécusable à une époque où les choses du monde se mêlaient trop aux habitudes de certains évêques, et il fallait que l'Eglise, seule juge de ces causes si éminentes, prît un moyen de les soustraire â toute critique passionnée. Le meilleur était bien d'agir comme* le Pape le fit en cette occasion au milieu d'un Concile, en donnant une bulle authentique signée après lui de cinq évêques, de neuf prêtres cardinaux et de trois diacres o*). Ce n'est pas tout à fait dans ce sens que l'a raconté le président Hénault (*). S'il est trop incomplet sur la matière qui laisse beaucoup à redire sous sa plume, encore témoigne-t-il dans sa raideur moins do mauvais vouloir que d'incompétence.
A cette époque, toute de foi, où personne, quoi qu'en peu- Jf™** "n" ''*■ sent les fauteurs de la sagesse moderne, ne croyait qu'il y eût d'autre vérité que le christianisme, on acceptait sans la moindre hésitation les décisions de l'Eglise. Mais si les doctrines restaient intactes dans les cœurs, les mœurs subissaient aussi des entraînements déplorables. C'étaient encore ces grossiers instincts que les Barbares avaient apportés des régions sauvages de la Germanie et de la Saxe.
(a) Labbc, Concile ad h. ann. ; — Mocqncr? I, 366 ; — Itobrbacbcr, Hist. ecclés., ad b. ann.
{a) Abrégé chronologique de l'Histoire de France, I, 131.
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