T. IV II
siècle en siècle que cette demeure toujours connue sous le nom significatif d''évêchéj avait vu mourir saint Pient, tombé malade à Melle. Plus tard, Pendroit prit le nom de Metallum : ce fut le temps de la plus grande activité industrielle, et le nom de Melle lui en est venu. Cette industrie se développant, elle donna une plus grande importance à Tendroit, qui s'augmenta et gagna les abords du château, ^ jusqu'à s'identifier avec lui. Tout porte à croire que dés lors INIelle devint le siège d'une vicomte, son territoire étant désigné comme un pagus; et en ce temps-là même, une de ces vicomtes qui n'étaient pas créées partout, était érigée à Narbonne en faveur du comt3 Cixilane, qui avait pris jusque-là le titre de Vidame, {vice-Domùius)j assez généralement porté par les officiers préposés à l'administration des pagus (a). La viguerie de Melle fut donc instituée, et dès ce temps, on trouve dans les chartes relatives à cette petite ville la mention de cette magistrature (t). Il faut observer d'ailleurs que la plus vieiUe charte, où soit indiquée une viguerie poitevine, étant de 755 (o, celle de Melle serait une des plus anciennes (18). Il est bon de rappeler ici avec une grande netteté ce que l'histoire nous apprend des vigueries, cette institution devant avoir jusqu'aux premières années du xii^ siècle dans notre pays un rôle qui dès à présent la rattachera à presque toutes nos paroisses, pour lesquelles chaque viguerie fut le centre commun de leur juridiction civile. Et celles du Poitou Nous avous VU que Ics viguicrs furent établis par
en général. a o i
Charlemagne comme d.es auxiliaires des comtes pour seconder leur administration judiciaire dans les grandes villes et dans les campagnes . que leur charge était à peu près celle de nos juges de paix actuels, et qu'ils furent répandus dans le Poitou beaucoup plus que dans les contrées adjacentes do l'Aquitaine. L'Anjou, la Touraine et la
(a) Ilénault, Ilist. de France^ I, 72.
(b) Vicaria Metullensis.
(c) V. ci-dessus, ad. ann. 779 : Viguerie de Lusignan.
Bretagne en eurent beaucoup moins, peut-être parce que ces deux pays furent plus exposés aux guerres du dehors qui bouleversaient les institutions locales. Le Poitou se trouva assez habituellement dans une condition opposée, n"'ayant eu que des troubles de peu de durée, quoique assez ■ fréquents, et les souverains qui le possédèrent successivement n'y ayant point opéré de changements radicaux quant à l'administration de la justice qui respectait les coutumes locales, et tenait encore beaucoup à celles que les lois wisigothes lui avaient faites.
Revenons à notre viguerie de Melle. Elle y précéda même l'apparition de la vicomte locale qui ne vint guère que vers les premières années du x*^ siècle, et qui n'eut lieu assez généralement que vers la fin du règne de Louis le Débonnaire (.a).
Cette année fut encore signalée par une autre révolte des Nouvelle révolte des
o i Gascons aussitôt com-
Gascons, chez lesquels des chefs nouveaux s'efforçaient i''™'^'^toujours de venger leurs prédécesseurs. Mais Pépin n'hésita pas à se porter contre eux en personne, et encore une fois ils furent réduits à une paix qui s'affermit bientôt jusqu'à effacer toutes les traces et toutes les vehéités de révolte ultérieure (b).
On a vu combien de désordres s'étaient mis dans l'admi- Reconstitution des
Misst doininici.
nistration des comtes, dont les exactions vexaient le clergé en s'enrichissant par des vols audacieux sur les domaines des évêchés et des monastères, ou par des malversations contre le peuple qu'ils surchargeaient d'impôts où leur caisse personnehe trouvait bien plus son profit que celle du roi. A ce propos, l'empereur, qui n'avait pas abdiqué ses droits de suzeraineté sur toute la France, voulut y remettre en honneur l'institution des Envoyés royaux ou Misst dominici, dont l'autorité, affaiblie par des connivences ou des faiblesses, était devenue insuffisante contre les
(a) Chéruel, Didlonn. hist. des institutions de la France, V. Vicomte {b) EginharcI, Annal. ^ ad ami. 818.
Détails de leur mission.
prévaricateurs de haut rang. Il régla donc que ses Etats, quant à cette action judiciaire, se partageraient en deux grandes provinces : la France proprement dite et l'Aquitaine.
On vit donc venir chez nous, au printemps de 818, une commission de plusieurs envoyés composée de quatre seigneurs, dont un évêque, un abbé et deux autres membres laïques de l'ordre de la noblesse. C'était le résultat de la dernière assemblée générale que Louis avait tenue pendant l'hiver, selon la coutume. Ils s'informaient de l'exécution des édits ; ils reçurent les plaintes contre les injustices des comtes et autres officiers, firent dresser la liste des domaines royaux de la contrée, assurèrent le paiement des impôts, et firent un recensement de la population pour le service dû aux armées, au fisc et aux charges publiques. Ils s'occupèrent aussi de savoir jusqu'où allait l'exactitude du service des églises, si elles étaient bien entretenues, si personne ne violait ou n'attaquait leurs privilèges. C'est ainsi qu'aucune branche de l'administration n'était oubliée et qu'on attaquait à la fois tous les abus. Un tel gouvernement n'était-il pas inspiré par un profond sentiment des devoirs du prince, et quel autre esprit que celui du christianisme aurait pu faire comprendre ainsi le bonheur des peuples et le progrès d'institutions faites pour lui?
On pense bien que parmi tant d'évêques dont, un trop grand nombre se ressentait si profondément de l'esprit du monde, il s'en trouvait auxquels les commissaires devaient rappeler leurs devoirs en les ramenant parfois à une régularité plus conforme aux canons' de la discipline. Ce besoin devait se faire sentir particulièrement envers ceux qui étaient plus souvent à la cour que dans leurs diocèses, et nous n'avons pas de raisons de croire que Bertrand P'', qui avait tenu depuis trente ans le siège de Poitiers, (19) fût de ces derniers, car son nom se fût rencontré sigebrand.xL Eve- plus souvcut dans les auualcs contcmporaines. Il dut mourir cette année ou peu avant, car son successeur Sigebrand
Mort de Bertrand I" Evêque de Poitiers.
que, lui succède.
nous apparaît en 818, et c''est à la date de cette année qu'on retrouvait autrefois dans les archives de la cathédrale un précieux manuscrit contenant le texte des Evangiles qu'il manuscrit"'"""^"^^ avait fait copier pour son Eglise. Une courte note, qui indiquait cette date avec ceUe des calendes d'avril, constatait à la fin du manuscrit que « Tévêque Sigebrand, « qui était luimême un don de Dieu », Favait inaugurée le 28 mars, jour de Pâques, après l'avoir fait écrire à ses frais » (20). Ce que nous ont dit les savants cjui avaient pu contempler et toucher un tel livre, en fait regretter la perte («). Il parait que vers le milieu du xviii® siècle il était encore conservé dans les archives de Saint-Pierre de Poitiers ; il en était alors le plus beau et le plus rare (*), et n'a pu disparaître que lors du pillage qu'en fit la Nation, en 1792.
Les troubles d'Italie à peine pacifiés avaient été suivis de Révolte des Bretons, mouvements semblables en Bretagne. Cette province, appelée longtemps Armorique, et confinant au Poitou et à la Touraine par ses marches et ses côtes océaniques, était peuplée d'habitants de la Grande-Bretagne qui, chassés de leur ce qu-éiaii ce petit pays en 449 par les Anglo-Saxons, s'étaient réfugiés sur ''""'''''■ cette pointe de terre, peu occupée alors, que l'Océan bornait de trois côtés et reliait à la Neustrie par ses limites orientales. Elle avait depuis plusieurs siècles des ducs particuliers devenus tributaires des rois de France, et qui, maintes fois, avaient cherché à secouer un joug difficile à supporter pour une peuplade accoutumée à ne jamais céder à personne que par la force. En 818, leur duc Morvan, voyant Louis le Débonnaire occupé à contenir les Italiens, crut le moment favorable, prit la qualité de roi, et leva l'étendard de l'indépendance. Mais il n'avait pas songé aux troupes réunies par l'empereur contre l'Italie et qui furent aussitôt dirigées vers lui. Tout fut incendié dans ce malheureux pays, et la ville de Rennes détruite. Les Bretons, irrités, se
(a) Martenne, Voyage de deux Bénédictins, p. 8 et 9. {h) Dreux du Radier, Bibliothèque du Poitou, I, 156.
révoltèrent contre Morvan, dont ils accusèrent Pambition d'avoir causé tous leurs maux ; il fut tué par un de ses officiers dans son camp même, et le vainqueur donna son titre de duc à Noménoé, seigneur d'un grand mérite qui lui était resté toujours fidèle, et qui lui prouvera plus tard combien cette fidélité était fragile (^). Mort de rimpéra- C'cst en suite de cette expédition que Louis, qui s'y était
trice Ermengarde. •*■ -■■ 7 i j
rendu d'Angers, où il revenait de temps à autre, cette ville étant dans le voisinage de Doué, trouva prés de mourir l'impératrice Ermengarde, qu'il avait laissée malade. Il eut la douleur d'y recevoir son dernier soupir deux jours après, le 3 octobre. Cet événement devait avoir de fatales conséquences. Fille d'Ingéramne, duc d'Aquitaine, la noble femme disparaissait après une union de vingt années passées sans nuages, et laiss-tnt autant de regrets à ses peuples qui l'aimaient pour ses bonnes qualités, qu'à son époux dont le chagrin sembla d'abord inconsolable. A ce propos, les historiens avancent que peut-être Louis se serait porté vers la vie religieuse, si ses courtisans ne l'en avaient détourné. Nous ne tarderons pas à voir que, quoi qu'il en fût, d'autres conseils amenèrent de grands malheurs pour le monarque et pour l'empire.
Fondation de Saint- Le souvcnlr d'uu dcs gloricux saiuts du Poitou se rattache, sous les murs même d'Angers, à la mémoire d'Ermengarde. Les médecins ne pouvant la guérir de la fièvre qui la consumait, elle tourna ses espérances vers saint Martin, l'apôtre des Gaules et surtout des deux provinces les plus voisines de la Loire et de la Arienne. Un oratoire dédié à ce saint s'élevait hors des murs d'Angers, et souvent l'impératrice y avait été en pèlerinage. Or, cette petite chapelle tombait en ruines, et la pieuse princesse fit vœu de construire à sa place, si le grand tliaumaturge obtenait de Dieu sa guérison, une église dont la beauté serait le témoignage de sa reconnaissance. Toutefois, elle anticipa,
(a) Vita Ludov. PU, ad h. aiin.
Martin d'Angers.
pleine de confiance, sur sa guérison, et ordonna aussitôt la construction de cette église, en posa la première pierre, assigna des fonds pour son achèvement, et en donna d'autres pour l'entretien d'un Chapitre qui devait la desservir. Mais Dieu avait d'autres desseins ; en agréant l'œuvre méritoire de la sainte femme, il l'appela à la récompense des âmes chrétiennes, et avant que l'église fût achevée, elle était enterrée dans la cathédrale d'Angers (21). L'empereur se trouvait encore en Anjou lorsque les commencement des
^ , , '' ^ levées de ta Loire.
habitants de la rive droite de la Loire vinrent lui représenter que leurs campagnes étaient inondées chaque hiver par les eaux débordées du fleuve. Ce fléau était depuis longtemps le sujet des mêmes plaintes, et Charlemagne s'y était intéressé dans les dernières années de son règne, jusqu'à concevoir un plan de constructions à lui opposer ; mais d'insurmontables empêchements s'étaient alors levés contre l'exécution de 'ces projets. Louis comprit la nécessité de les reprendre ; et au lieu de ces petites chaussées, que chaque propriétaire relevait presque chaque année pour garantir ses récoltes, et que les eaux respectaient rarement, on résolut d'étabhr des digues et d'assujettir des levées qui surexhausseraient les rives du fleuve en lui opposant un obstacle définitif. Les fondements de ce grand travail furent posés dès lors avec résolution, l'œuvre fut maintenue et continuée , et quoique ce côté de la Loire n'appartînt pas à l'Aquitaine, dont il était redevenu la limite naturelle. Pépin fut chargé d'en surveiller l'exécution et l'avancement. Il faUait du temps pour les réaliser, de nombreuses interruptions s'étant faites à diverses époques. Dès ce moment, néanmoins, on parvint à retenir les eaux, qui n'envahirent plus le sol adjacent, et les années ayant apporté quelques détériorations aux terrassements, on dut les reprendre et les amôhorer encore. Henri II, roi d'Angleterre, qui possédait le Poitou et l'Anjou au xii® siècle, s'en occupa avec zèle, et, sous Louis XII, la dernière main y fut mise. On sait combien ces admirables travaux furent utiles et quels
avantages en retire encore une des plus riantes contrées do la France. Le Poitou n'y est pas étranger, puisque ses communications en furent facilitées avec la Touraine et rOrléanais.
Création de la ville Lcs orii^incs d\uie villc devenue florissante, et qui eut
eSaumur. "^ •ni
bientôt un rang de quelque importance parmi celles de l'Anjou, doivent ici nous arrêter un instant. Il s'agit de Saumur, qui, en 757, bâti sur un terrain appartenant alors à l'Aquitaine, touche à nos frontières, sera plus tard l'objet de différends mémorables entre nos comtes et ceux de l'Anjou, et qu'il est bon de connaître dès à présent, puisque tout d'abord notre Pépin dut s'y intéresser.
C'était en revenant d'une de ses expéditions contre Waifre,
vers le milieu du siècle précédent, que Pépin le Bref
avait remarqué à la gauche de la Loire une position très
pittoresque, se dessinant à mi-côte et le long d'une roche
taillée à pic, connue dans le vulgaire sous le nom de mur.
On y voyait quelques rares habitations exposées, sur la rive
du fleuve, aux rayons du soleil qui se mirait dans ses eaux.
Epris de ce beau site, et déjà peut-être songeant au parti
qu'il pourrait en tirer, le roi voulut qu'on y bâtît une éghse
sous le vocable de saint Jean-Baptiste, dont on y plaça des
reliques, ce qui ne manqua pas d'augmenter la population.
Cette église, toutefois, resta longtemps inachevée, quoique
fréquentée pour le culte. Un autre Pépin, à qui le voisinage
de Doué révéla plus tard tout l'avantage de cette position,
en fit un avant-poste de son palais, ordonna de terminer
l'église, la flanqua d'an château, et enfin entoura le tout
d'une forte muraille, et la petite viUe s'appela alors Saint-
Jean-de-Mur (22). Peu après, ehe devint plus considérable
dans une enceinte qui en augmenta l'étendue. Un autre
château plus vaste y fut construit, le mur encore fortifié,
et c'est de cette force nouvelle que serait venu, à cette
seconde création, le nom de Saumur (23).
Il y eut primitivement à Saumur deux paroisses : l'une de Notre-Dame, plus ancienne, paraît-il, que celle de Saint-
Jean, et celle-ci qui fut donnée un peu plus tard au monastère voisin de Saint-Florent de Montglone, dont nous avons vu la fondation vers 360.
Comme les Bretons avaient profité des mouvements du Nouvelle défaite de
^ Cenlule et des Gas-
Nord-Est de la France pour oublier encore leurs promesses '^^^• de fidélité, les Gascons, qui ne pouvaient demeurer longtemps en repos sans s'attirer bientôt après des leçons sanglantes, avaient voulu aussi profiter de Foccasion contre la suzeraineté de FAquitaine. L'empereur, qui y veillait autant que sur la France elle-même, dépêcha contre eux Pépin, secondé des comtes d'Auvergne et de Toulouse, à la tête des milices de leurs comtés. C'était encore Loup- Centule, fils d'Adalric, toujours en état de conspirateur depuis sa défaite de 816, qui s'était mis à la tête de ses compatriotes. Il fut assez imprudent pour se promettre un éclatant succès contre des troupes bien plus considérables que les siennes, et il fut battu de nouveau, puni par l'exil, et privé de sa position princière. Il paraît qu'il se réfugia en Espagne, espérant toujours se venger tôt ou tard de cette race carlovingienne qui lui semblait l'injuste héritière d'un trône qu'il regrettait toujours (^).
Les moines de Noirmoutier qui, depuis plus d'un siècle, Embarras de l'ab-
' baye de Noirmoutier.
habitaient leur monastère au milieu des tempêtes et d'une solitude où ils étaient obligés de tout transporter avec beaucoup de frais et de fatigues, supportaient difficilement surtout que chaque hiver les soulèvements presque continuels de la mer, resserrée entre deux rivages, rendissent leur île à peu près inabordable. Ils sentaient donc le besoin d'avoir une maison sur le continent qui leur servît de refuge et leur fût, durant la mauvaise saison, un abri contre les périls de la traversée. Il y avait d'ailleurs chez eux une sorte de pressentiment que là ne pouvait plus être le lieu de leur repos depuis que de vagues rumeurs avaient porté jusqu'à eux la crainte d'y être attaqués. Il paraît même certain,
(a) Mauléon, II, 173. — Thegan et autres. — Charte (VAlaon.
170 HISTOIRE généralf: du POiToa (819)
d'après les termes de la charte dont nous allons parler, que le couvent, situé tout au bord de Tîle, aurait eu à souffrir déjà des tentatives de ces barbares visiteurs qui en avaient ravagé au moins les environs, et n'excitaient que mieux de sérieuses appréhensions pour peu qu'ils montrassent au loin leurs barques vagabondes, d'où ils semblaient épier le pays.
Fondation de Saint- L'abbé Amould obtiut donc de Louis le Débonnaire Oî) un
Filibert de Grand- ...
Lieu, ouDéas. ]iq^ ^qq, euvirons dc Nantes, nommé Déas, et qui n était
qu'un très pauvre amas de quelques habitations posées à la pointe méridionale du lac de Grand-Lieu, dont les eaux étaient traversées par la Boulogne (.t) qui s'y mêlait avant d'aller se perdre dans la Loire, à quelques heues et à l'orient de Rezé. Cette partie extrême de la Vendée était à cette époque presque déserte. C'était faire une œuvre avantageuse à ces landes infertiles que d'y attirer une population autour d'un monastère qui lui fournirait du travail et des moyens d'existence. Le pieux donateur fit donc là encore un acte de bonne administration. Grâce à lui un terrain de nulle valeur appartient aux moines de la mer, qui ne tardèrent pas à en faire un rendez-vous et un refuge de plus aux pauvres de la civilisation nouvelle.
La Boulogne dé- Amould, uous l'avous dit, était en même temps abbé de Saint-Michel et de Luçon. C'était donc autant pour ces deux abbayes que pour lui-même qu'il avait songé à trouver un abri à Déas. Les religieux des trois communautés se mirent en même temps à l'œuvre, et le monastère s'éleva aux bords de ce lac qui avait enseveli autrefois Herbauge et ses iniques habitants. A cette première faveur de l'autorité, il fallut bientôt en ajouter une autre : les eaux du lac étaient malsaines, et la communauté manquait de sources naturelles pour y suppléer. La Boulogne (O coulait aux abords
(a) Diploma Ludov. Pii, ap. Migiie, Patrol. lut., CIV, col. 1089.
(b) V. notre Hist. de saint Martin de Vertou, in-18, p. 48 et suiv., et ci-dessus, t. I, p. 442.
(c) Ex fluvio que dicilur Bedonia.
tournée de son cours.
de la maison, et Arnould obtint de Louis le Débonnaire, par une charte du 16 mars 819, qu'il en détournât le cours jusque dans l'intérieur de ses terres ('î). Pour cette opération, il fallait, en effet, couper une voie publique afin de donner une nouvelle direction à la rivière. C'est pourquoi Pabbé proposait de ne laisser aucun obstacle au parcours de cette voie en construisant sur ce nouveau bras de la rivière un 'pont qui continuât aux voyageurs le passage d'une rive à l'autre; car cette route, très fréquentée, n'était autre que la voie romaine de Poitiers à Nantes qui, passant par Durinum, aujourd'hui Saint-Georges-de-Montaigu, se dirigeait deDéas à Rezé, alors le Ratiatum dont nous avons parlé (24), et mettait ainsi en communication le nouveau monastère avec la Loire et l'Océan. L'empressement qu'on mit à ce travail permit bientôt d'envoyer à Déas une partie de la commu- Uciuté. L'église et la maison reçurent le vocable de saint Filibert. Mais ce gîte sur lequel on avait pu compter quelque temps ne fut pas , nous le verrons, d'un grand secours à ses fondateurs. Il a passé, après quelque éclat de ses premiers jours, de cette gloire éphémère à un oubli aussi complet que possible. Saint-Filibert était devenu depuis longtemps un simple prieuré du diocèse de Nantes, qu'il ne faut confondre ni avec la paroisse de Saint-Filibert de Bouaine, ni avec celle de Saint-Filibert de Pont-Charrault, toutes deux du diocèse de Luçon. L'antique Déas n'est plus aujourd'hui qu'un obscur chef-lieu de canton de la Loire- Inférieure, peuplé de trois à quatre mihe âmes, dont le lac n'est qu'un pauvre étang, et que les registres du cadastre nomment encore Saint-Filbert de Grand-Lieu w.
Arnould continua de fréquenter pendant la belle saison ^ Travaux de rabbé de chaque année son monastère de Noirmoutier, qui n'était pas encore abandonné, mais qui désormais pouvait l'être à la moindre apparence de danger. Ces travaux, au reste, ne
(a) Bulletin des Antiquaires de l'Ouest, III, 155.
ib) B..., Notice sur le département de la Loire-Inférieure, p. 216. —Nantes,
Arnould.
déconcertaient ni la fermeté de son administration, ni sa capacité intellectuelle que rehaussait encore une grande vertu. Sa seule vue imposait à tout le monde le respect et la confiance. C'est à ce double sentiment surtout qu'il devait la faveur des deux monarques. Ils lui en avaient donné une autre preuve en l'adjoignant à saint Benoît d'Aniane, qui continuait sa mission pour la réforme des monastères. Il s'y donna si complètement qu'il se crut obligé d'abdiquer en 825 la conduite de ses monastères, dans laquelle Hilbode lui succéda. Il vivait encore en 829, car la chronique d'Angoulême parle de lui cette année comme toujours aussi saint que laborieux (a).
Louis le Pieux Cependant ni les fatigues de tant de guerres, ni les soins
épouse Judit de Ba- . . ... . . n
vière. d'une si vaste admmistration ne laissaient guère a lempereur
le loisir de penser à un autre mariage, et il s'en serait peutêtre abstenu, s'il n'avait trouvé au nombre de ses courtisans des partisans trop intéressés à cette seconde union. Quelquesuns surtout considéraient que le prince, qui avait eu autrefois des velléités de vie monastique, pourrait bien avec sa piété toujours soutenue et sa vie morale si recommandable, pencher encore vers ce parti et garder son veuvage avec la secrète espérance d'y arriver enfin. De là le zèle de plusieurs à lui conseiller une détermination plus conforme à leurs projets. Tout en avouant que les auteurs s'accordent peu sur le procédé qu'on employa pour le séduire, nous ne croyons pas qu'il faille adopter cette mise en scène de quelques-uns affirmant que Louis, imitant l'Assuérus des Livres Saints, aurait voulu choisir une épouse parmi les plus belles personnes convoquées de toutes parts dans son palais (25). Nous aimons mieux croire, avec les plus graves historiens, que les seigneurs de la cour, jaloux d'avoir un gendre de cette qualité, n'auront pas manqué d'y produire leurs filles : c'est ainsi que le prince aura pu admirer celle de Welph, duc de Bavière, qui l'emportait sur ses rivales
(a) Mabillon, Annal. Bénéd., W, 383 et suiv.
par la beauté et les grâces, et non moins, ajoute-t-on, par l'esprit et par son talent à le faire valoir. Judith de Bavière devint donc impératrice, et quelques jours après, à Ingelheim, unit son sort à celui du plus grand prince de PEurope (26). Nous ne tarderons pas à voir quelle faute fut commise dans cette malheureuse alliance. C'était mettre à côté des grandes vertus qu'on ne pouvait refuser à l'époux une femme qui, sans avoir peut-être toutes celles de son sexe, devait, et plus ou moins parla faute de celui-ci, devenir la cause prochaine de trop funestes commotions.
On était encore à Ingelheim lorsqu'un autre événement, . cause de l'appari-
*-^ . -^ ' tion des Normands
dont on ne pouvait guère prévoir les conséquences, vint y sur les côtes du Poiménager aux fougueux aventuriers redoutés depuis longtemps un chemin vers ces contrées qu'ils enviaient : les Normands allaient préluder sur nos côtes poitevines à ces grands ravages auxquels on ne peut comparer les trop mémorables invasions des Sarrasins du siècle précédent.
Il y avait en Pannonie, ancien pays des Huns, anéantis par Charlemagne, un duc nommé Liutwit, qui descendait de ces races barbares, et qui, assujetti à la France par une redevance annuelle et une ï'econnaissance de vassalité, crut pouvoir profiter dans son pays d'un changement de règne pour se déclarer dégagé de ses obhgations. Il souleva les peuples riverains du Danube, et, s'avançant à leur tête jusque dans la Carinthie, il y mit tout à feu et à sang. Après une suite de revers et de succès, ces derniers étant dus beaucoup plus à son habile obstination qu'à son crédit et à ses forces, l'hiver de 819 à 820 arrêta un peu le cours de la guerre : il en profita pour nouer des intrigues et avertir le roi de Danemarck que les Danois pourraient faire sur les côtes de France des courses utiles dont le moment semblait venu.
En effet, ils ne tardèrent pas y apparaître. Mais ils firent Précsuiions prises
"^ '- '- pour leur dissimuler
d'abord éprouver leur rage aux côtes de la Flandre (27), où les choses sacrées, une flotte de treize de leurs navires fut repoussée d'abord, mais non sans certains avantages pris par les pirates sur quelques
petits ports où ils donnèrent une triste idée de ce qu'on devrait attendre d"'eux. De là, ils se rendirent vers Pembouchure de la Seine, où ils éprouvèrent un nouvel échec. Mais partout où ils apparaissaient, leurs habitudes sauvages, leur audacieuse intrépidité, jetaient Fépouvante et l'horreur. Bientôt le bruit de leurs cruautés, les récits des fuyards chassés par eux de leurs demeures et forcés de chercher un asile dans les terres, répandirent la terreur au sein des populations. Alors commencèrent ces précautions si touchantes qui furent prises de toutes parts et que nous verrons se renouveler Et surtout les re- daus un aveuir prochain. Les éerlises cachèrent leurs trésors,
liques. ■'■ ° , '
les vases sacrés, les meubles précieux, mais surtout leurs châsses où étaient les reliques des saints, qu'on appelait alors les Vertus ^ à cause des miracles qu'elles avaient produits et qui les rendaient si chères au clergé et au peuple. Ce dernier soin surtout inspira mihe artifices ingénieux par lesquels on s'efforçait de soustraire les restes des saints aux recherches d'un ennemi jaloux de les détruire aussi bien que les églises qu'il détestait (a). On dépavait les cloîtres et les églises, on démantelait les murailles pour y pratiquer des cachettes où reposeraient les corps saints ou les membres qui en avaient été séparés, et si longtemps offerts à la vénération des fidèles. Quelquetois on démolissait les marches des autels ; on plaçait des coffres pleins de reliques soigneusement étiquetées dans les vides pratiqués « au-dessous des pieds du prêtre quand il dit la messe»; puis on prenait note de ces lieux multiples, soigneusement décrits, afin de retrouver les pieuses richesses quand le calme serait revenu : ainsi l'on put en soustraire un grand nombre aux insultes et aux déprédations des profanateurs (b). Mais des découvertes se firent parfois de ces catacombes improvisées, et trahirent les précautions des communautés et des églises ; c'est pourquoi on finit
(a) Peigné de la Court, Les Normands dans le Noyonnah, in-8, Noyon, 1868, passim.
(b) Peigné de la Court, ub. sup.
par recourir à des voyages lointains, en des lieux où Ton espérait échapper à la poursuite de l"'ennemi. Que devinrent pourtant ces moyens extrêmes, quand il n'y eut plus en France une seule localité, si forte fût-elle, qui pût échapper aux assauts et aux diaboliques perquisitions de ces suppôts de Penfer ? C'est ce que nous serons condamnés à raconter jusqu'à la fin de ce siècle et durant une partie du siècle suivant. Nous sentirons à la tristesse qu'inspirent de telles pages combien furent à plaindre ces malheureuses populations de notre vieille France, et combien regrettable l'insuffisance des pouvoirs dont la mollesse prolongée ne contraste qu'avec un si petit nombre d'héroïques souvenirs.
Mais avant d'aborder ces grands événements, nous devons raconter un fait que la marche des choses nous a forcé de reculer de quelques mois, pour ne pas interrompre les récits qui précèdent et qui étaient forcément liés entre eux.
On a vu que le comte Béra, après une conduite valeureuse contre les Sarrasins d'Espagne, avait mérité d'être préposé, en 802, à la Marche de ce pays et au comté de Barcelone. Un chef goth de son voisinage, nommé Sénila, le dénonça à Pépin comme ayant conspiré avec Aizon, autre seigneur wisigoth, pour trahir les Français dans la dernière guerre de la Vasconie, et se procurer à eux-mêmes une complète indépendance. Depuis ce temps, c'est-à-dire depuis le milieu de 819, Aizon était demeuré prisonnier à Aix-la-Chapelle, où l'empereur avait passé l'hiver. Le printemps de 820 étant arrivé, ce prince songea à réunir la diète annuelle, et Béra y comparut, accusé de félonie par Sénila. Les témoins manquaient pourtant, soit que l'accusateur n'eût pu en fournir à l'appui de ce #iu'il avait su par lui-même, soit que personne n'eût osé se produire contre un homme respecté jusque-là, et dont la culpabilité était encore diversement appréciée. Entre les affirmations de l'un et les énergiques dénégations de l'autre, il parut que c'était le cas de recourir à un moyen judiciare qu'avaient
Le comte Béra est
accusé de trahisoa.
dignités
Il est vaincu dans maintenu chez les Francs les codes toujours suivis des
un duel judiciaire, . .
Ripuaires (28). Le duel devenait donc urgent, et quoique ce fût un procédé évidemment barbare, aussi capable de décider maintes fois en faveur de la force physique plutôt qu'à l'avantage de l'innocence et du droit, le sentiment chrétien était venu se jeter à travers de si légitimes objections, et l'on ne pouvait se persuader que Dieu ne se tournât pas du côté de la bonne cause. Ce qui est certain, c'est que cette opinion fut encore justifiée alors une fois de plus. Le duel offert par Sénila fut accepté. Le combat eut lieu à cheval, en présence du prince et de toute l'assemblée. Béra fut vaincu, dés lors jugé coupable, et dépouillé de ses deux
Et dépouillé de ses gouvcrnemcnts. Il aurait pu, selon la teneur des lois, être condamné à mort. Louis commua cette peine en celle de l'exil, et il fut confiné à Rouen. Son comté de Barcelone fut alors donné à Bernard, fils de saint Guillaume de Gellone, que nous avons vu revêtu en 806, par Charlemagne, du marquisat de Septimanie.
Caractère des épreu- L'éprcuvc du duel dout uous vcuous dc parler nous
ves judiciaires; ^ '■
amène à dire ce qu'étaient les autres genres d'épreuves ou Ordalies ei), auxquels on recourait, et qui ont été l'objet de tant de témérités en certains auteurs plus prompts à blâmer qu'à réfléchir. Outre cette épreuve du duel, il y avait encore celle de la croix, de Veau froide, de Veau bouillante et an fer chaud.
Celle de la croix. ^g^ croix cousistait à étendre les bras horizontalement, et à les tenir dans cette position plus longtemps que son adversaire : celui des deux qui cessait le premier était regardé comme coupable.
Celle de l'eau froide; Ccux à qui l'ou imposait Veuu froide étaient jetés publiquement soit dans une rivière, soit dans une grande cuve, la main droite liée avec le pied gauche ; s'ils allaient au fond, comme c'était naturel, ils étaient réputés innocents ; si, au contraire, ils restaient ou revenaient sur l'eau, ils
{a) Du mot allemand Urtheil, jugement.
étaient censés rejetés par Félément et convaincus du crime qu'ils niaient.
'L''eau chaude remplissait un vase dans lequel elle ne ceiiedei'e?.u chaude; cessait de bouillir. L'accusé devait y plonger le bras nu dans toute sa longueur pour en retirer une bague ou tout autre objet placé au fond du vase. Après l'épreuve, on enveloppait le bras ou la main, qui restait ainsi pendant trois jours ; et, après ce terme, selon qu'on trouvait ou non à la main ou au bras quelque marque de brûlure, l'accusé était condamné ou absous.
Quant au fer chaude c'était une barre rougie au feu qu'on du fer chaud; devait prendre avec la main, ou sur laquelle il fallait marcher pieds nus.
Enfin, il y avait l'épreuve du. feu. On élevait parallèlement du feu. deux bûchers dont les flammes devaient se réunir : l'accusé, une hostie consacrée à la main, devait traverser les flammes, et il était déclaré innocent si elles ne l'atteignaient pas pendant le trajet.
Mais, au préalable, ces scènes toujours émouvantes comment l'Egiise
. ' ■ ^ ' j • ' 1 T ni les avait réglées.
étaient précédées de prières publiques auxquelles se mêlait toute l'assistance. On récitait des psaumes, on chantait solennellement la messe, on y ajoutait des oraisons par lesquelles on demandait à Dieu et à ses saints de faire triompher l'innocence. L'esprit de foi qui animait ces générations si naïves dans leurs croyances persuadait si bien l'intervention divine dans ces importantes affaires, que les intelligences les plus droites n'hésitaient pas à invoquer ce moyen dont personne alors ne doutait. On voit Charlemagne ordonner dans son Testament d'avoir recours au jugement de la croix pour terminer tout différend qui pourrait naître après lui du partage qu'il avait fait de ses Etats entre les princes ses fils (a). La part qu'y prenait l'Eghse faisait de chacune de ces ordalies un acte religieux, et plus d'une fois on voyait les coupables reculer devant ce
(a) Eginhard, Vita Carol. Magni.
moyen qu'ils avaient vu souvent servir à justifier rinnocence, et dont ils n''attendaient qu'un mécompte mérité. Le tait de Béra, qui avait réellement conspiré contre ses seigneurs suzerains, serait une preuve entre mille autres.
Au reste, ces assises solennelles des épreuves se faisaient dans les églises, sauf celle du feu, bien entendu. L'église était désignée par l'évoque, et nous trouvons en 912 celle de Notre-Dame indiquée pour les jugements qui devaient se faire à Poitiers ur). Mais les Eglises ou monastères qui avaient leur juridiction propre, comme Saint-Hilaire, tenaient dans leurs propres églises les assemblées de ce genre, où tout so passait d'ailleurs avec une grande convenance de tenue et une sincère modestie.
On ne saurait préciser à quelle époque l'Eglise crut devoir s'emparer de ce moyen pour en prévenir l'abus et en régler l'usage ; mais tout fait croire qu'afin d'en paralyser les suites fâcheuses, elle aura fait des épreuves judiciaires ce qu'elle avait fait, dès le commencement, de beaucoup d'habitudes païennes, comme de l'eau lustrale et des processions. Elle conserva ces usages barbares en entravant le cours des vengeances particulières, en arrêtant les excès où seraient tombés les forts contre les faibles, et en se donnant le droit de surveillance et d'appréciation sur les motifs plus ou moins fondés qui pouvaient faire réclamer cette sorte d'action judiciaire. Dès lors qu'elle s'en mêlait, qu'elle la consacrait par sa liturgie, l'arbitraire était exclus, et ce n'était point une superstition de croire que, ne pouvant modifier autrement des mœurs féroces, on pouvait au contraire espérer que Dieu, invoqué sincèrement, sauverait la vertu calomniée de l'injustice et de la persécution (29).
(a) D. Foiiteiieau ; — manuscrits de Mg'" de Beauregard, évêque d'Orléans ; — ceux du clianoine de Saint-Hilaire, Rapaillon, tous cités par La Fontenelle, Rois et Ducs d'AquUainej p. i'24.
Note 1
Pierre de Beaumesnil était un pauvre gentilhomme sans fortune, originaire, croit-on, du Berry, et probablement frère de l'actrice du même nom qui occupa de 1766 à 1781 la scène de l'Opéra, à Paris, dans le même temps où Pierre jouait la comédie en province. Celuici n'avait, dit-on, embrassé ce genre de vie que pour mieux satisfaire en des voyages fréquents son goût pour les recherches archéologiques. Il dessinait donc à la plume des monuments du Limousin, du Berry, de l'Agenais, de l'Angoumois et du Poitou. La Bibliothèque de Poitiers en conserve plusieurs cahiers dont l'état suffit à prouver que le dessinateur n'avait pas eu la prétention d'y mettre plus d'ordre que de netteté. C'est là, aussi bien qu'en d'autres recueils semblables gardés à la Bibliothèque Mazarine et ailleurs, que le dessinateur est accusé d'avoir inventé des monuments uniquement dessinés d'après son imagination, et nous le trouvons ici en flagrant délit d'anachronisme volontaire.
Note 2
Riez, Regiunij charmante petite ville de Provence (Basses-Alpes), n'est plus qu'un chef-lieu de canton de 2,500 habitants. Elle était plus considérable lorsqu'en 400 on lui donna un évêché. Norbert en occupa le siège dès 813, et sa place, indiquée ici dans tous les dyptiques, prouve bien que Besly a raison de reprocher à quelques historiens de s'être laissé tromper par le nom latin du lieu, quand ils ont écrit que Norbert était évêque de Reggio en Calabre.
Note 3
Chei;bourg. Cette ville, aujourd'hui chef-lieu d'une préfecture maritime de 15,000 habitants et sous-préfecture de la Manche, se nommait alors Corm^^um, et avait un territoire appelé Coriavallensis Pagus. (V. les Recherches sur les voies romaines du Cotentirij par M. de Gerville, cité par La Fontenelle, loc. cit.)
Note 4
Charlemagne n'a été accusé légèrement d'incontinence que par des écrivains qui ne savaient pas assez juger des choses d'après les
mœurs du temps et les besoins de ces tempéraments septentrionaux qui avaient apporté avec eux chez les nations occidentales des lois et des habitudes toutes différentes. Il y avait toujours eu pour Charlemagne, mais jamais à la fois, et toujours successivement, des reines de second ordre, remplaçant les reines défuntes du premier ordre, c'està-dire reconnues des peuples et des grands, et partageant le trône avec leur mari. De ces diverses femmes que Charlemagne épousa en 770, 771, 783, 794 et 800, il eut dix-sept enfants, dont huit filles. De ces enfants, on s'est accoutumé à indiquer comme naturels ceux qui étaient nés des épouses de second ordre, mais Hénault, Hist. de France, I, 59 et 61, — Daniel, II, 170 — et notre Hist. de Charroux, G. I, note 20, et m, note 8, où l'affirmation d'Eginhard est décisive, prouvent très positivement que tout s'était passé pour le grand homme d'après les règles les plus austères de la loi et du devoir.
Note 5
Les moeurs légères trouvent toujours trop de protecteurs en des historiens qui manquent ainsi à tous les principes de la conscience et du devoir ; et ceux qui, de nos jours, ont traité de ce fait, n'ont cherché à excuser cette indigne conduite des sœurs de Louis que par le mépris des principes chrétiens qu'ils savaient bien la condamner absolument.
Note 6
V. Mauléon, Les Carlovingiens, II, 155. — On peut s'étonner de voir cet écrivain anonyme, et qui aurait pu se nommer avec honneur, abandonner ici sa perspicacité ordinaire et la sagesse habituelle de ses jugements. A l'entendre, Théodulphe aurait agi en cela comme un mauvais génie de Louis, conseillé par quelque rancune secrète qu'on ne motive même pas; et saint Benoit d'Aniane se serait montré aussi imprudent en approuvant la conduite de l'empereur. Mais notre La Fontenelle les surpasse tous deux par ses fausses appréciations, et ne voit pas que plus il s'appuie sur les désordres des princesses, plus il devrait approuver les moyens extrêmes, mais rendus nécessaires, qui avaient dû y mettre fin.
Note 7
C'est le seul moyen de concilier le titre de comte porté également par ces deux personnes, et dont se sont bien mal à propos embarrassés VArt de vérifier les dates, X, 88, et La Fontenelle, Hist. des Rois et Ducs d'Aquitaine, p. 116.
Note 8
Le mot missus ne peut pas s'entendre autrement. Cela donnerait même à penser que cet usage pouvait être suivi en d'autres cas, et lorsque le juge primitif le jugeait convenable.
Mabillon, Annal. Bénéd., s'est trompé sur le sens de la charte relative à ce fait, et conservée par Besl^^ Comtes de Poiet., p. 176. Le savant Bénédictin, analysant cette pièce, en conclut tout le contraire de ce qu'elle dit, car, d'après lui, ce serait un homme libre qui se serait donné en servage à l'abbaye de Maire. De tels actes se faisaient, il est vrai, quelquefois, et Marculfe en a des formules. Mais ici le cas est tout l'opposé. (V. La Fontenelle, Rois et Dues d'Aquitainej, p. 116.)
Note 10
Tercé a aujourd'hui une population de 4 à 500 habitants, au canton de Saint-Julien-l'Àrs (Vienne). — Ce texte donné par Besly, uh. sup ., p. 176, a été dénaturé, et par cela même assez mal compris ; il nous a fallu beaucoup le rectifier pour nous en servir ; mais cette erreur ne repose en rien sur la traduction du mot Taeiaeo, que Dufour, à qui mon exemplaire avait appartenu, a traduit en marge par le mot Tereé ; il l'indique aussi comme étant dans le canton de Saint-Julien-l'Ars. Nous ne croyons pas que ce puisse être autre chose.
Note 11
Cf. Art de vérifier les dateSj, III, 39, Coneilium Chelichitense. — Cet usage avait été suivi, mais non généralement, depuis 527, où il fut indiqué comme plus convenable par Denys le Petit, un Scythe qui, fixé à Rome, persuada qu'il était bon à des chrétiens de rapporter leurs dates à celle de l'Incarnation. On adopta cette idée, qui ne fut vulgarisée qu'au commencement du viii<= siècle, sous Charles- Martel. (Voir encore Art de vérifier les dates, ibid., I, 10 et suiv.) — Toujours est-il que ce système valait infiniment mieux par sa simplicité, et quand le monde tendait à adopter partout le christianisme, que toutes les dates arbitraires dont la méthode était soumise à toutes les variantes de chaque chroniqueur, datant, les uns, par les indictions, les autres, par l'année du règne de leur souverain particulier, d'autres encore par une foule de souvenirs historiques plus ou moins connus. Toutes ces manières si diverses jettent pour nous aujourd'hui de nombreuses confusions dans la suite des événements de toutes les époques antérieures à l'adoption de l'ère chré-
tienne. C'est donc même un grand service rendu à la science historique pour l'Eglise d'avoir fait prévaloir sur ce point un calcul qui vous évite toujours l'embarras inutile, autant qu'ennuyeux, de recherches souvent discutées d'ailleurs, et dont les incertitudes restent, par cela même, inextricables.
Note 12
C'est Mauléon, qui juge mieux ordinairement, mais qui, dans cette occasion et dans quelques autres, représente un peu trop l'esprit libérâtre de l'époque de la Restauration.
Note 13
On disait comme à Saintes V Ahhaye-aux- Dames j et ailleurs le Chemin, le MouLin-aux-Dames j pour exprimer qu'ils appartenaient à une abbaye de religieuses.
Note 14
Ozanam, La civilisation chrétienne chez les Francs, p. 297, a très bien fait ressortir le véritable esprit de cette législation en démontrant combien elle était conforme aux véritables libertés de la nation, prises dans le sens raisonnable de ce mot.
Note 15
Saint Agobard est honoré le 6 juin dans le diocèse de Lyon. C'est une preuve de la pureté de sa vie qu'il ne faut pas perdre de vue pour juger à l'avenir de sa conduite dans les affaires politiques de la France.
Note 16
Cf. Agohardi opp., tome CIV de la Patrologie de Migne, une lettre où il déplore les suites de ce partage de l'empire, malgré les précautions prises pour en assurer de meilleurs résultats.
Note 17
La Béronne. Cette petite rivière a sa source à 6 kilomètres au Nord de Melle, et va se perdre au Sud-Ouest dans la Boutonne, près du village de Séligué.
V. La Fontenelle, Mémoires des Antiquaires de l'Ouest, V, 354. — Ducange, au mot vicarius, parle d'une viguerie datée de 764 ; mais Mabillon prouve qu'elle était postérieure d'un siècle.
Note 19
Ce long épiscopat était déjà commencé, nous l'avons vu, lorsqu'on 769 Charlemagne fonda l'abbaye de Charroux, dont ce prélat signa la charte. Il assista à la consécration de l'église abbatiale trente ans après, en 799, par le pape Léon III. Il gouverna donc le diocèse de Poitiers pendant plus de trente ans.
Note 20
Anno DCCCXVIII ab Inearnatione Domini Nostri Jesu Christij V cal. april.j Pascha^ SigibranduSj Donum Deij Episcopus fieri jussit. En effet, le jour de Pâques, cette année, était bien le 28 mars, qui équivaut au 5 des calendes d'avril.
Note 21
V. Bodin, Recherches sur l'Anjou^ cité par La Fontenelle, p. 132. — L'église Saint-Martin d'Angers, comme on l'appelait à Tours, fut ouverte au culte jusqu'en 1791. EUe existe encore tout entière, et se range avec un véritable intérêt au nombre des monuments carlovingiens, qui deviennent de plus en plus rares. Ses murs sont un mélange de pierres et de briques. Elle fut agrandie et reconstruite à diverses fois par les comtes d'Anjou, qui en avaient fait leur sainte chapelle. Une partie de la tour carrée de son clocher est du temps de la première fondation par Ermengarde. — V. Bodin, uh. sup. Cet auteur attribue cette église à l'année 819. Les recherches les plus récentes tiennent pour 818, que nous préférons nous-même.
Note 22
Il ne faut pas confondre cette localité avec celle de même nom située en Bretagne, près de Loudéac (Côtes-du-Nord), et à laquelle on trouve en quelques chartes du temps le nom de Joannis Villa.
Salvus Murus, mur inattaquable. — Voir Adrien de Valois, Notitia Galliarum; — Ménage, Histoire de Sablé; — Piganiol, Description de la France^, XIV, 206. — D'autres veulent qu'on ait dit d'abord Soumur^ venant de Sous-le-Mur, Sub Muro. Cela nous paraît plus admissible, et d'une étymologie moins forcée; c'est Bodin qui veut cela, et ce n'est pas improbable. Selon lui encore, la fondation de Saumur ne serait que de 978, et due à Odon P"", comte de Blois, à qui ce pays appartint alors. (Recherches sur Saumur.) C'est un peu loin de Ménage, qui la reporte jusqu'à l'an 100. Nous
croyons que l'un et l'autre se trompent. (V. ci-dessus, ad h. ann.) — Saumur est aujourd'hui une belle ville de 8 à 9,000 âmes, souspréfecture de Maine-et-Loire, avec une belle école de cavalerie.
Note 24
V. ci-dessus, ad ann. 508, 1. 1, p. 354. — Dufour croit avec raison que Rezé était alors le Portus Namnetunij où Nantes avait son principal point d'embarquement sur l'Océan, un peu au-dessous de l'embouchure de la Loire. {De l'ancien Poitou^ p. 91.)
Note 25
Aimoin, qui écrivait deux cents ans après cette aventure, l'a admise comme une vérité, sans la discuter ni la contredire.
Note 26
Cf. Eginhard, Thegan et autres. Puis, parmi les modernes, Daniel, II, 193. — Mauléon, Carlov., II, 194, qui arrange un peu les choses à sa manière. — Mézerai, selon sa coutume, fait en quatre lignes un roman de fantaisie, I, 498.
Note 27
La Flandre comprenait alors les petits peuples bornés par la mer du Nord depuis la Meuse jusqu'à la Somme, et que côtoyait ce que nous appelons aujourd'hui le Pas-de-Calais.
Les Ripuaires étaient, avant l'entrée des Francs dans la Gaule, les peuples qui habitaient les bords du Rhin. Leurs lois avaient été rédigées par Théodoric, fils de Clovis. Ces lois sont presque en entier des lois pénales. Parmi elles se trouvait le duel judiciaire. (V. Chéruel, Diction, des Institutions de France j \° Ripuaires.) — La loi wisigothe, à laquelle Sénila et Béra étaient soumis par leur nationalité, ordonnait aussi le duel en pareil cas.
Note 29
On a voulu ridiculiser ces épreuves en les attribuant au défaut de lumières d'une époque dont quelques libres-penseurs ne négligent jamais d'attaquer la valeur morale : comme si le bon sens n'était pas detous les siècles ; comme si les moyens allégués de pallier les brûlures du fer chaud, attribués à la science moderne sans qu'on
voie jamais de jougleurs assez osés pour s'y fier, avaient pu s'appliquer aux autres épreuves par le feu. De quelle façon s'y serait-on pris, par exemple, pour passer impunément entre deux brasiers rapprochés, ou dans une cuve d'eau bouillante? Admettant qu'une barre rougie au feu puisse diminuer de son activité incandescente en y jetant de l'eau bien froide dont les bulles en se réunissant peuvent diminuer beaucoup les degrés de chaleur, peut-on croire que cette expérience eût pu s'employer assez secrètement pour échapper à l'attention des milliers de spectateurs? et s'il en eût pu être ainsi, ne resterait-il pas à expliquer l'innocuité de l'eau bouillante dans un vase de métal chauffé jusqu'à l'ébullition devant tous? Les éprouvés eussent dû être bien habiles, les juges autant de complices des crimes en question, et les spectateurs des imbéciles. Et l'on n'aurait eu aucune déception de cette nature racontée dans l'histoire; et les populations n'en auraient pas été bien vite détrompées après une seule découverte de ce genre? Voilà des réflexions qu'on peut soumettre aux amateurs des déclamations passionnées, à nos incrédules qui ne s'arrêtent devant aucune sottise quand il s'agit pour eux d'en faire une arme contre la religion.