‹ Histoire générale, civile, religieuse et littéraire du Poitou (volume 2)Chapitre 5 sur 24 · LIVRE XXV · texte numérisé non relu

LIVRE XXV

Depuis la première invasion des Normands en Poitou jusqu'aux premiers troubles de la famille royale

(De 820 à 829)

NE rivalité portée iusqu'à une sorte de haine Apparition des Nor-

^ o j. mands sur les côtes

nationale existait entre les Danois et les du Poitou. Francs , depuis que ceux-ci , convertis au christianisme, s'étaient plies à de nouvelles habitudes en acceptant la nouvelle foi. Descendus de la même race primitive, ils ne se souvenaient plus de cette communauté d'origine, et quoique ayant encore une langue à peu prés la même, ils n'épargnaient dans leurs agressions hostiles ni les Gaules, ni la Germanie. Hommes du Nord, ils n'aimaient pas plus les peuples septentrionaux voisins de leurs terres, que les latins répandus sur les fertiles sillons de l'Occident. Insatiables de richesses conquises, indomptables par leur caractère, ils recherchaient surtout dans leurs courses aventureuses les églises pour les piller, les prêtres chrétiens pour les massacrer, et, dans leurs chansons, on les entendait se réjouir, après une dévastation, « d'avoir chanté aux chrétiens la messe des lances qui avait duré jusqu'à la nuit » [a). Ils avaient commencé par ravager les côtes de l'Angle-

(a) Script. Rerum Gallic, IV, 26. — Augustin Thierry, ub. siip.

sur l'Ouest

terre, et avaient bientôt pénétré au centre du pays, quelques forces qu'on leur eût courageusement opposées. Enfin ils se tournèrent vers cette belle France, longtemps convoitée, et où ils savaient que des éléments de discorde secondaient à leur avantage des guerres que leurs entreprises pouvaient malheureusement compliquer. Prise et pillage des Lcur but était d'abord d'arriver jusqu'à l'embouchure de

Iles Douin et autres "^ '■

i« côtes de jg^ Scinc , ct dc la remonter pour atteindre Rouen dont ils savaient déjà les richesses, et d'où ils espéraient naviguer jusqu'à Paris. Mais on les y reçut assez mal pour qu'ils cherchassent ailleurs, et ne pouvant encore assez compter sur les grandes villes, ils cinglèrent vers le Poitou, dont les îles, incapables de résistance, devaient être plus faciles à prendre et à garder. CeUe de Bouin (1) se présentait la première à leurs regards, étant sur les marches de la Bretagne et du Poitou, entre le continent et l'île de Noirmoutier. Entourée de marais et de levées en terre pratiquées pour obvier à la submersion du sol, assise au-dessus du niveau de la mer, elle en fut mal défendue, ct l'ennemi la trouvant sans plus de remparts que n'en ont d'ordinaire les bourgs de peu d'importance, s'en empara sans peine, y pilla tout, y mit le feu, et la détruisit de fond en comble. Puis il embarqua au plus vite, avec le fruit de ses rapines, ceux des habitants qui n'avaient pas été tués et qui devinrent des esclaves utiles. Enfin, abandonnant le reste, ils repartirent incontinent pour leur pays afin d'y décharger leurs vaisseaux (a).

Mais cette guerre sauvage causa de vives émotions dans le pays, et l'on s'inquiéta partout de telles attaques dont le retour pouvait menacer sérieusement d'autres points du même littoral. Il n'était pas facile, en effet, de garder cette multitude de petites îles qui bordent ces côtes et qui ne pouvaient se défendre seules. C'est pourquoi, sans se laisser détourner par d'autres événements de cette vigilance

(a) Annuaire de la Vendée, 1859,

devenue indispensable, Pépin prit immédiatement des mesures pour protéger à la fois les îles . menacées et le continent qui les avoisinait.

Le parti qu^on crut le meilleur fut d'établir une autorité .,;?''t''"™ ''" '^^^^

i^ 1 dHerbauge.

militaire spécialement chargée de surveiller cette extrémité du terriroire où les Barbares avaient fait leur première station. Là s'étendait, des bords de la Vendée (2) aux rives de la Loire, c'est-à-dire sur un plan de 25 à 30 lieues carrées, le pagus d'Herbauge, qui avait conservé son nom malgré la disparition de la ville. La station la plus favorable à établir comme siège de cette nouvelle administration était bien l'antique Ratiatum, aujourd'hui Rézé, posé au bord de l'Océan, et qui déjà, selon toute apparence, avait une viguerie exerçant sa juridiction sur tous le pagus (3). Le territoire de Poitiers fut donc divisé, et celui de Ratiatum devint un comté, où un pouvoir supérieur s'entoura de tout le personnel nécessaire à l'exercice de son commandement («). Ses limites durent éprouver quelques restrictions sesiimites. qu'on ne peut plus établir certainement, mais il est à croire qu'elles furent indiquées au Nord par la Loire, à l'Est par la Sèvre-Nantaise (4), au Midi par le Grand-Lay (5), et à l'Ouest par l'Océan. Au reste, deux autres pagus moindres se trouvaient renfermés dans ces limites, Mauge et Tiffauge, avec beaucoup d'autres lieux considérables. C'était à peu prds la moitié de ce que nous avons nommé de nos jours la Vendée militaire, que la Sèvre-Nantaise diviserait en deux parties presque égales w. Ne nous étonnons pas cependant de cette vaste étendue. Le comté, d'après son titre même, devant agir par ses propres forces et se suffire autant que possible, il fallait bien que son territoire fût assez grand pour fournir au besoin des troupes suffisantes à une défense qui pouvait être improvisée.

(a) La Foiiteiielle, Recherches sur les vigueries. — Mémoires des Antiquaires de l'Ouest, V, p. 406 et 430.

(b) La Fontenelle, Rois et Ducs d'Aquitaine, p. 140.

aire

Son premier titu- Le premier comte d"'Herbauge fut Raynaud, que d'autres nomment Raynold, et qui était neveu de saint Guillaume de Gellone, par conséquent allié à la famille impériale de France. Les événements qui se préparent lui donnèrent un rôle important pendant la première moitié de ce siècle. Fondation du prieuré Nous trouvous à ccttc époquc la foudatiou d\m monastère

le la Fougereuse,

de femmes, ce qui ne se faisait alors que près des monastères d'hommes dont elles recevaient les soins spirituels. Elle fut faite par un seigneur du village de la Fougereuse, nommé Guy, et qui ajoute à ce nom celui du village même, ce qui se rencontre ici, croyons-nous, pour la première fois dans notre histoire, et laissait déjà pressentir les temps féodaux, où le nom de la propriété s'ajouterait à celui du propriétaire. Le prieuré fut placé sous le patronage de sainte Madeleine, pour dix-huit rehgieuses, et six sœurs converses, c'est-à-dire destinées aux soins domestiques du monastère. Les pieux sentiments du fondateur ressortent de la charte d'institution par laquelle il établit sa fille unique, Avoie, prieure de la maison, « comme Abraham, disait-il, avait consacré à Dieu son fils Isaac » . Ce prieuré, qui releva dès lors de l'abbaye de Saint-Sulpice de Rennes, s'élevait au milieu de forêts très étendues qu'entouraient des prairies Et de la paroisse de et des plaiucs qui ne tardèrent pas à se fertiliser. La com-

St-Maurice au même ,, • • ., ^ ^■ lii-.». • ii

lieu. munaute, amsi établie, dota bientôt ses environs dune

église paroissiale, construite sous le vocable de saint Maurice, à moins d'une lieue au Sud et aux bords de l'Ouère (6), petite rivière qui va se jeter dans l'Argenton, à son passage dans la petite ville de ce nom (7), Cette paroisse est connue aujourd'hui sous le nom de Saint-Maurice de la Fougereuse. Ce dernier nom se rattache encore au village primitif, qui a perdu son ancienne importance.

Le prieuré de la Fougereuse nommait dès le principe à la cure, et avait sur la paroisse depuis fort longtemps le droit de haute, basse et moyenne justice, lequel lui ayant été contesté par un seigneur du lieu, lui fut maintenu par un arrêt du parlement de Paris du 26 mars 1619.

Nous avons parlé successivement de plusieurs diètes ou Nouvelles formes des

1 , , , , 1 , 1 • T 1 11 . T> - plaids ou assemblées

assemblées générales, et en dernier heu de celle ou Bera de la nation, fut condamné. Il est temps de remarquer que des modifications s'étaient faites dans la composition de ces sortes de parlements, car, en s'éloignant de leurs premières formes assez élémentaires, Charlemagne et Louis le Débonnaire en avaient augmenté Timportance par les nouveaux éléments qu'ils leur avaient adjoints. A l'époque où nous sommes, ces réunions, connues sous le nom de placitunij ne se composaient pas ^seulement des évêques et des seigneurs, mais des députés des villes et des comtés. Les affaires du pays tout entier pouvaient donc y être traitées avec maturité; elles étaient même quelquefois renvoyées à une prochaine assemblée s'il était besoin. Les députés étaient les bourgeois et hommes libres qui vivaient de la vie personnelle dans les cités ou les campagnes, et dont la liberté était garantie par les lois. On voit que cette liberté allait jusqu'à leur ménager une sorte de représentation légale dans les comices annuels de la nation. C'était un commencement d'émancipation sociale qui menait sans efforts au berceau de la féodalité et des communes.

Le passage de cette année à la suivante, 821, fut signalé Hiver rigoureux. par un hiver rigoureux. Eginhard rapporte («) que tous les grands fleuves de la Germanie furent couverts d'une glace si épaisse que les chariots les plus lourdement chargés les traversaient librement. La France souffrit aussi de cette même température, surtout quand le dégel, survenant après plus d'un mois, les glaces, entrahiées par la rapidité des courants, firent éprouver de cruelles pertes auxviUes situées sur leurs rivages. La Loire eut ses désastres ; les petites rivières du Poitou furent moins maltraitées, n'ayant ni les avantages chèrement achetés des grands fleuves, ni beaucoup à redouter des inondations de la Vienne et du Clain, de la Charente et de la Creuse.

(a) yUa Ludov. PU, ad h. ann.

Mort de saint Be- Le mois de février fut remarquable par la fin de saint

noît d'Aniane.

Benoît d'Aniane, qui mourut le 11. Il était tombé malade le 7, à Aix-la-Chapelle, en sortant du cabinet de l'empereur qui l'entretenait toujours de ses affaires et prenait ses conseils (8). Les premières atteintes du mal le déterminèrent à rester d'abord à son logis qu'il avait dans la ville, et, après avoir reçu de nombreuses visites d'évêques et de seigneurs inquiets de son état, craignant de trop retarder son retour au monastère d'Inde, il obtint de Louis qu'il l'y fît transporter. Il y arriva le 9 au matin, y passa les deux jours suivants dans une grande union à Dieu par le recueillement, ayant aimé plus d'une fois à rester seul pour s'y mieux livrer pendant plusieurs heures de suite. Le dimanche, il écrivit quelques lettres pleines d'édification, recommanda à ses frères convoqués prés de lui la pratique de la charité mutuelle et l'amour de la règle, principe des vertus dans un bon religieux, et jusqu'au dernier jour ne se dispensa pas de réciter l'office divin. Il venait de s'en acquitter et voulut y ajouter quelques versets de l'Ecriture conformes à sa position, lorsque, en disant : « Seigneur, faites miséricorde à votre serviteur », il rendit le dernier soupir dans la soixante-dixième année de son âge et la quarantehuitième depuis son entrée en religion au monastère de Saint-Seine.

Services qu'il a Beuoît cst uu dcs hommcs Qui ont le plus illustré les

rendus à son époque. '■ '■

deux règnes de Charlemagne et de Louis le Débonnaire. Son zèle pour la réforme des monastères, son amour de la discipline qu'il y entretint, et des lettres qui lui durent de nombreuses écoles , sagement conduites ; le soin qu'il prit d'attacher ses moines à la copie des livres dont il enrichissait les bibhothèques monastiques et celle du palais d'Aix-la-Chapelle ; la sûreté de sa théologie qu'il montra en plusieurs écrits pour la défense de l'Eglise contre les hérétiques ; enfin ses vertus qui imposaient à tous par le bien qu'il opérait et les merveilleux exemples de sa vie régulière, tout a contribué à cette juste réputation que la

postérité lui a faite, cVaprés ses contemporains, de savoir, ses belles qualités.

(inactivité énergique et de sainteté. Ce n'était pas peu de

cliose alors de se dépenser tout entier pour de telles œuvres,

de fonder la France au milieu et en dépit des obstacles du

cœur humain : car, dans ces Germains et dans ces Francs

qu'il fallait dompter et diriger, rien ne semblait propre qu'aux

mauvaises passions et aux égarements de l'esprit. C'est à

quoi Benoît travailla sans relâche avec Théodulphe d'Orléans,

Leydrade de Lyon, Néfride de Narbonne, Alcuin, Eginhard

et tant d'autres, qui se rapprochèrent d'autant plus de lui

qu'ils aimaient plus ses qualités aimables, sa prudence

consommée, son empressement à seconder leurs propres

travaux. Il fut Fami de deux rois les plus sincèrement pieux

qui eussent encore géré les affaires de la France, quoique

d'un mérite bien différent. Leur confiance l'appela à présider

des assemblées où son expérience inspira d'utiles mesures, et

lui ménagea la docilité plus facile des couvents à réformer,

et l'adoption des règles nouvelles qui -durent rétablir la

discipline perdue («). Des esprits superficiels n'allant jamais

Injustice de ses cri*

au fond des choses qu'ils osent juger ont pu lui reprocher tiques. d'avoir possédé à la fois douze abbayes, ce qui eût été absolument contraire aux règlements canoniques (b). Le fait est que tout en usant du titre d'abbé pour ce même nombre de maisons rangées sous sa discipline, et qui s'y soumettaient dans un esprit tout religieux, il n'avait accepté ainsi qu'un moyen d'abriter de son autorité personnelle celle des abbés placés par lui dans chacune de ces maisons ; car ils y vivaient sous sa dépendance *et avaient en lui un surveillant naturel, revenant souvent en des visites inattendues s'assurer de tous les détails dont l'abbé local gardait toujours le mérite et la responsabilité. D'autres Font accusé, sans en donner aucunes preuves que des conjectures malveillantes, d'avoir trop participé aux fautes de Louis le Débonnaire,

(a) D. Rivet, Hist. littér., IV, 448.

(6) Mabillon, Ad. Bénéd., V, p. 210 et suiv.

On a supposé qu'il avait contribué beaucoup à cette piété, pourtant sincère et jamais démentie, qui lui valut le surnom de Pieux ; c''était, au jugement de ces critiques infaillibles, mêler trop aux habitudes royales des pratiques réservées aux cloîtres : comme si saint Louis et tous les rois que l'Eglise a canonisés s'étaient contentés de pratiques pieuses sans s'occuper du bien de lem's sujets. Pour quiconque estime les choses chrétiennes, la gloire de Benoît d'Aniane sera toujours d'avoir été l'un des ouvriers les plus actifs de l'Eglise de son temps. Théodulphe d'Orléans, qui l'admirait dans une amitié également fidèle des deux côtés, le loua justement d'avoir reproduit pour la France le beau modèle religieux que lui avait laissé en sa personne le saint Benoît du Mont-Cassin (9).

Sa vie écrite par Les moiues d'Indc envovêrent une relation de la mort de

Smaragde.

saint Benoît à Ardon, un de leurs frères d'Aniane, qui avait été son disciple, le priant d'écrire sa vie d'après ce qu'il en avait appris par lui-même et par des témoins oculaires. Ce moine était un prêtre qui mourut en odeur de sainteté en 843, et qui est honoré comme saint en Languedoc, le 7 mars, jour de sa mort. La beauté de son esprit, la vivacité de son génie littéraire Favaient fait surnommer Smaragdus, l'émeraude ; il ne demandait pas mieux d'ailleurs que de recommander à la mémoire des gens de bien son ancien maître et son plus cher ami. Il composa donc ce livre qu'on trouve dans les BoUandistes [a) et où les })lus sévères critiques s'accordent à trouver autant de candeur que de bonne foi, d'exactitude que d'érudition, avec un jugement et une onction qui en rendent la lecture attachante w.

Son ciiiie à Aniane Lc cultc de Beuoît uc tarda pas à s'établir après sa mort,

etenPoilou. . i - . a • i -i

près de ses reliques placées a Aniane dans un cercueil donné par Louis le Débonnaire. Nous ne trouvons dans

(a) Bolland., 12 feb., p. 616, 621.

[h) D. Rivet, V, 33.

ses hagiographes aucune mention de miracles faits à son tombeau, peut-être parce que sa vie, écrite par Ardon, fut composée très promptement après sa mort, et ne put signaler ceux qui durent la suivre. Mais on s'accorde à raconter que pendant sa vie il aurait subitement arrêté par ses prières, une fois un incendie qui menaçait d'être considérable, une autre fois le cours d'un torrent débordé qui allait engloutir une maison. Par un bonheur que peu de corps saints ont éprouvé, celui de notre saint fut conservé jusqu'au xvii^ siècle dans l'église abbatiale. Nous devons signaler une singularité fort rare alors et ii.«t le mme que

^ ~ Eulicius.

qui étonna moins nos savants du xvi^ siècle, pour lesquels ce devint une mode fort suivie de changer leur nom en un autre nom latin ou grec équivalant. Ainsi on trouve dans les hagiographes du ix^ siècle un saint Euticius, à qui l'on attribue un recueil de Coutumes monastiques, et pour lequel l'empereur aurait fait bâtir un monastère non loin de son palais. Or, nous savons déjà que ces deux traits conviennent parfaitement à saint Benoît, et les Coutumes monastiques ne sont autres ici que le livre de la Concorde des Règles, dont nous avons parlé f«). La raison de cette variante serait, disent les uns, que Euticius signifie en g'rec la même chose que Benedictus en latin (*). D'autres prétendent que Euticius serait le même que Witiza latinisé, ce dernier nom étant celui que Benoît tenait de sa famille wisigothe, avant son entrée en religion (10).

Quoi qu'il en soit, et malgré ses voyages continuels, ses Sesouvra-es. occupations incessantes et ses distractions forcées au milieu des affaires extérieures, Benoît trouva encore le temps d'écrire des choses utiles et qui devaient laisser après lui, avec un nom recommandable, un esprit de foi et de ferveur aux communautés religieuses. Outre sa Concorde des Règles, qui est un commentaire de la Règle de saint Benoît

(a) Cf. ci-dessus à l'année 797, {h) D. Rivet, IV, 448.

écrits,

du Mont-Cassin, il donna aussi un Code des Règles^ qui est une collection de toutes celles suivies par les moines de son temps. Plus tard il avait réunie dans le même but, et pour être lue aux assemblées du soir dans les monastères, une suite d'exhortations tirées des Pères de l'Eglise sur rObservance régulière. On s'accorde aussi à lui attribuer plusieurs autres recueils d'HoméUes ou d'opuscules patristiques, mais surtout des écrits contre Félix d'Urgel, dont riiérésie principale tendait à ne faire regarder Jésus-Christ que comme fils adoptif de Dieu, ce qui détruisait sa divinité. On sait qu'il s'engagea par ordre de Charlemagne dans cette polémique qu'il soutint vigoureusement, et où il fit preuve d'une grande connaissance de la théologie puisée dans ses véritables sources : l'Ecriture et la Tradition.

caracière de ses Eu général, il témoigue dans ces écrits de bon goût, de justesse d'esprit, d'érudition et d'un grand amour de la discipline monastique. On y voit une grande clarté dépensée, une sincère humilité et un zèle qui fut de toute sa vie aussi bien dans sa conduite que dans ses écrits oo.

Son culte en Poitou. H fut liouoré surtout, et tout d'abord, à Saint-Savin, où sa mort laissa de longs regrets, et dans tout le diocèse de Poitiers, où son office se célèbre le 12 février, qui fut le jour de son inhumation. Son corps resta cependant à Inde jusqu'à la révolution de 1791, qui, en fermant les églises, ajoutait toujours à cette joie digne d'elle celle d'en profaner les plus précieux trésors. En 82G, Durand, abbé de Saint- Laurent de Vernazoubre, au diocèse de Toulouse (11), obtint de Louis le Débonnaire un fonds de terre pour y élever un monastère du nom de Saint-Benoît d'Aniane. L'édifice fut bientôt achevé. Durand la confia à la direction d'un abbé nommé Woïca. Mais les deux monastères finirent par s'unir sous la conduite de l'abbé d'Aniane, dont Saint-Laurent devint un prieuré (O.

(a) Cf. Hist. littér. de la France, IV, 450 et suiv. {h) D. Bouquet, Hist. Franc, VI, 409.

Saint Benoît avait donné pour abbé à Saint-Savin, quand Podon lui succède

• 1111- -T-vi it ^ Saint-Saviii,

il avait cessé d y habiter, le moine Dodon, son élevé et son ami, dont il savait rintelligence et la régularité. La vie de ce dignitaire, qui fut longue, se signala par toutes sortes de soins importants, par des fondations et des réformes, par la direction qu'il donna à plusieurs autres monastères, et surtout par Pexcellente administration de sa maison principale dont il fut la seconde providence, augmentant ses bâtiments et ses revenus. Nous le verrons ainsi se mêler jusqu'à sa mort, en 853, à ces grandes choses qui ne semblèrent pas fatiguer sa vieillesse avancée. Gellone était resté sous la dépendance d'Aniane. Il fallait „ ^t iructesinde à

^ Gelione.

donc un nouvel abbé quand Benoît s'en fut séparé par la mort. Les deux communautés s'assemblèrent. Alors, en présence des archevêques Nébridius de Narbonne et Agobard de Lyon, elles élurent pour leur chef commun Tructesinde, moine d'Aniane, dont Pélection fut transmise à l'empereur pour qu'il l'approuvât. Cette approbation était L-empereur seconde

. . ces uominations.

bien moins un signe de prépondérance qu'un gage de pi'otection et de faveur dont les monastères avaient alors grand besoin contre les irrégularités possibles du dedans et les entreprises trop habituelles du dehors. Comment ne pas admirer la piété et le zèle de ce prince écrivant à Tructesinde, le nouvel élu, pour lui recommander autant la charité et la discrétion dans le gouvernement de ses frères, qu'à ceux-ci l'humilité d'une soumission exemplaire ? Il veut que les usages établis par le saint fondateur soient strictement conservés, autorisant les moines aune juste résistance si l'abbé y contrevenait, et, dans ce cas, il s'engageait à les soutenir. Cette conduite prouve bien que l'on regardait alors l'assistance du roi comme une condition essentielle de bon gouvernement, et répond assez aux injustes censeurs de ce prince en qui était vraiment le désir du bien de ses peuples, qu'on n'avait jamais cherché d'une manière plus noble et plus glorieuse (^j.

(a) Longueval, Hist. de l'Eglise gallic, VI, 502.

Nouvelle répresjion C'est daiis CG Sentiment qu'eau commencement de 822 il fit réprimer par Bernard de Septimanie, fils de saint Guillaume de Gellone, et qui administrait toujours les Marches d'Espagne, les nouvelles tentatives que les Maures de Cordoue essayaient contre les Basques ou Gascons, en profitant de l'extinction d'une trêve. Bernard leur ôta l'envie de remuer, en entrant sur leur territoire, où il ne laissa que des ruines(«). Cette sorte de leçon, toujours regrettable, n'*en était pas moins nécessaire contre des révoltés incorrigibles.

Organisation des En cc même temps, il remania l'institution des Missi

Missaticum. ^ '

domùiicij ou envoyés royaux, dont Timpulsion avait inspiré quelques améliorations possibles. Elle devint l'objet de capitulaires qui divisèrent la France en neuf grands gouvernements, soumis chacun à un certain nombre de Missi. On désigna chacune de ces divisions sous le nom de Missaticum. C'était une forme anticipée de ce qu'on nomma plus tard les Intendances et les Généralités : ainsi on avait groupé dans un môme ressort la Touraine, l'Anjou et le Maine. Au Poitou étaient liés l'Angoumois, la Saintonge, le Limousin et le Périgord (*). Il est curieux de connaître comment se faisaient quatre fois par an, dans leur ressort, les visites de ces hauts magistrats, qui allaient toujours au moins deux ensemble, et dont l'un était ecclésiastique et l'autre laïque. Dans la hiérarchie des fonctionnaires publics, ils avaient rang au-dessus des comtes et des évoques. Un capitulaire réglait à quelles provisions ils avaient droit pour eux et leur suite. Quarante pains, deux jeunes porcs, un agneau, quatre poulets, vingt œufs, neuf setiers de vin, deux muids de blé. Ils avaient aussi droit de gîte comme tous les officiers royaux : c'est-à-dire qu'ils étaient hébergés avec leur suite, ce qui prouve que les provisions alimentaires ci-dessus énumérées ne se consommaient pas dans le voyage, mais

(a) L'Astronome, ad ann. 822.

(b) Chalniel, Tablettes de ïhistoire de Touraine, p. 44.

leur tenaient lieu d'honoraires, l'argent étant fort rare, comme monnaie de détail, et ne servant guère que pour raccjuit des impôts et des amendes judiciaires.

A peine arrivés au lieu de leurs assises, les Alissi convoquaient une assemblée de tous les Francs ou hommes libres qui habitaient le comté dont ils commençaient Pinspection. Et comme ils ne pouvaient pas inspecter par eux-mêmes toutes les localités de leur ressort, ils choisissaient parmi les habitants du comté les hommes les plus dignes de leur confiance, et les chargeaient des enquêtes préalables à leurs jugements. La justice, Padministration générale et la perception des impôts faisaient le triple objet de cet examen. Si quelque seigneur laïque ou clerc refusait d'obéir aux juges, ceux-ci pouvaient s'établir avec toute leur suite sur ses domaines jusqu'à ce qu'ils l'y eussent contraint. Quand les rebelles plus forts qu'eux s'obstinaient dans leur résistance, un rapport au roi en faisait justice, et celui-ci se chargeait de faire respecter la loi.

On voit combien ces mesures étaient sao-es, et qu'elles Lem décadence et

^ ' ^ leur lin.

devaient réparer et même éviter beaucoup de désordres ; et pourtant, comme les meilleures institutions résistent peu à certaines commotions sociales, elles furent de celles qui, après avoir rendu d'importants services sous Charlemagne et dans les premières années de son fils, s'affaiblirent peu à peu, tombèrent en désuétude vers le milieu du ix^ siècle, et ne purent continuer la mission qu'une sage prévoyance leur avait faite. C'est qu'alors les institutions seront déjà singulièrement modifiées. La féodalité aura resserré entre les mains des grands feudataires le sol et l'administration des provinces où le roi n'avait plus rien à voir, sinon en quelques cas fort rares où il conserva certains droits de suzeraineté. Nous n'aurons donc plus à parler du Missaticum , aboli vers cette époque par le fait même de l'indépendance des comtes et autres seigneurs territoriaux qui se réservèrent tous les droits de justice et de juridiction administrative.

capituiaire ponr le A CGS règlements, qu'inspirait le zèle de la justice, Louis

lonastère de Sainle- • , ii , • , ^ • -i

roix de Poitiers, Cil ajouta d autres qui prouvent encore combien peu il abandonnait à son fils les soins de la partie morale de son gouvernement. Le monastère de Sainte-Croix de Poitiers était toujours en grande réputation de sainteté, et gardait toujours pour les peuples le souvenir précieux de sainte Radégonde. Mais là aussi, l'influence de quelques grands seigneurs imposait à la communauté des charges qui lui devenaient doublement pesantes, et qui nécessitèrent de la part de Tabbesse, qui était toujours Gerberge, des plaintes à Tempereur. Ainsi n'était-ce pas un abus déplorable c[ue de voir les gens puissants exiger que leurs filles entrassent dans le monastère sans autre vocation Cjue celle d'y être entretenues gratuitement, et d'y porter des atteintes continuelles à la règle, au bon exemple de l'obéissance et de la ferveur? De leur côté, les clercs chargés du service de l'église collégiale fondée par sainte Radégonde et de donner leurs soins spirituels aux religieuses, se multipliaient à leur volonté et outre la mesure des besoins auxquels ne correspondaient plus les revenus de leurs domaines. Ils allaient même jusqu'à se regarder indépendants de l'abbesse, qui, représentant leur fondatrice, devait exiger que ces clercs, qui tendaient à se faire chanoines, au heu de religieux qu'ils étaient encore , ne pussent au moins mitiger leur règle jusqu'à se séparer en quelque manière du couvent Et pour les clercs auqucl ils devaient les secours spirituels. Louis écouta a tgon e. ^^^-^^ jgg plaiutes dc l'abbesse et rappela à l'ordre voulu ceux qui le compromettaient de plus en plus. Les articles 6 et 7 du capituiaire donné à cette occasion rétablirent l'esprit de la règle quant aux religieuses à admettre au noviciat, et, pour établir cette décision sur un chiffre qui forçât de la respecter, il voulut que le nombre ne dépassât point celui de cent ; si bien qu'il fallait attendre qu'une place fût vacante pour la remplir. Plus tard les chanoines furent aussi ramenés à l'esprit de leur institution primitive. Ils ne durent être désormais plus de trente, et restèrent soumis à

Tautorité de Pabbesse. D'après une clause ajoutée à cette décision, il paraîtrait que dans un intérêt quelconque, et peut-être afin que les chanoines, étant plus nombreux, se dispensassent plus facilement d'une partie de leur charge individuelle, ils avaient reçu parmi eux des serfs et des colons qui faisaient nombre dans la communauté. Il est bien entendu que les clercs ainsi pourvus d'un office monastique seront renvoyés s'ils sont de condition libre, et rendus à l'agriculture et au service de la maison s'ils étaient sortis de la servitude (12).

On voit une fois de plus ici que si les rois n'avaient pas considéré les institutions monastiques comme une partie essentielle et fondamentale de leur gouvernement, ils n'eussent pas tant tenu à ne point les laisser vicier par les injustices ou les négligences de leurs sujets.

Nous venons de parler de capitulaires, et il est bon de Notions sur les ca-

' pitulaires.

savoir ici ce qu'on entend par ce mot si usité dans l'histoire des deux premières races de nos rois. Baluze, le savant bibhothécaire de Colbert, a réuni la collection de toutes les ordonnances royales émises depuis Childebert, fils de Clovis P'', jusqu'à Charles le Chauve (a). Ces ordonnances forment un code très étendu de toutes les lois édictées depuis le milieu du vi^ siècle jusque vers la fin du ix^. Elles étaient apportées d'abord en projet par les seigneurs et les évêques dans les diètes ou assemblées, soumises à une discussion et sanctionnées par le roi, qui en faisait la base de ses ordonnances. Charlemagne, avec son génie d'organisation, a eu la plus grande part à ces décisions, appelées capitulaires parce que chaque grande division du code qui en résultait se composait d'autant de petits chapitres (capitula) qu'il y avait de sujets particuliers à ordonnancer.

Les capitulaires avaient partout force de loi et fixèrent comment disparaît

ce moyen de législa-

longtemps la jurisprudence, jusqu'à ce que un nouvel état ''"q- (a) Deux vol. ia-fo, édités à Paris, par M. de Cliiniac, en 1780.

de choses survenant avec la féodalité, chaque province ou pays eut ses lois seigneuriales et ses coutumes particulières qui prirent le dessus et firent oubher les anciennes régies si sages en général, mais dont Papplication n'était plus à faire. Il n'y eut que l'Eglise qui maintint plus strictement dans son gouvernement personnel les lois qu'elle avait proposées et acceptées dans les assemblées royales, parce que ces lois y étaient de véritables canons très conformes à son esprit et aux notions pratiques de sa théologie. Nous avons vu plus d'une fois que par leurs décisions en matières civiles et ecclésiastiques, ces diètes avaient le caractère de conciles ; nos lois actuelles, fondées en grande partie sur ces données primitives, en témoignent encore ; beaucoup de leurs dispositions, dans l'œuvre de Charlemagne surtout, étaient autant de principes de haute sagesse et d'habile législation (13).

Mariage de Pépin. Vcrs la fiu dc Septembre 821 , Louis avait convoqué à

ûi d'Aquitaine. . .,, , , ., . . ,

Thionville une assemblée générale ou il avait traité du mariage de ses enfants. Les préparatifs durèrent quelque temps, à la suite des conventions dont les détails se prolongèrent jusqu'au-delà de plusieurs mois, et ce ne fut que vers la fin d'avril 822 que l'ahié des princes, Lothaire, épousa Ermengarde, princesse alsacienne. Quant à Pépin, qui nous intéresse davantage, il fut marié à Ingeltrude, sœur de Théodebert, comte de Madrie. Ce comté est placé par les capitulaires de Charlemagne entre Rouen et Evreux, et se prolongeait jusqu'à Vernon (14) et la Seine, entre les petites rivières d'Eure (15), d'Aure (16) et d'Iton (17). Le titulaire de cette seigneurie, devenu le beau-frère du roi d'Aquitaine, était un des plus puissants leudes du pays, quoiqu'il n'eût qu'un territoire restreint, et il comptait parmi les premiers officiers du palais impérial. On a été jusqu'à nier qu'il ait été le père de Robert le Fort, tige des rois de France de la race capétienne. Mais rien n'est plus vrai cependant, si l'on consulte attentivement les tableaux généalogiques de cette race donnés par les auteurs les

plus compétents (18). On voit que la jeune princesse, issue comme son frère de Childebrancl, frère de Charles-Martel, et proche parente d'Eudes, comte d'Orléans, n'était pas une alliance au-dessous de la famille qui l'adoptait. Elle avait dix-neuf ans ; Pépin avait atteint sa vingtième année. C'est une autre faute de quelques écrivains d'avoir prétendu que ce mariage ne s'était fait que malgré le chef de la famille impériale. Le contraire se prouvait évidemment par les circonstances que nous en savons. Peu après son mariage, Ingeltrude suivit en Aquitaine son mari, qui se hâta d'y revenir. Cette alliance , nous le verrons , devait avoir bientôt des résultats désastreux.

A l'occasion de ces noces, Louis prononça la grâce des a cette occasion,

... Il- • l'empereur rend à la

seigneurs nu il avait éloignés de lui pour avoir trempé plus l'bené ses îmciens

^ i c i 11 amis Adalhard, Wala

OU moins dans la conspiration de Bernard d'Italie. On vit ei TWoduipiie.

Adalhard tiré du monastère de Noirmoutier et rendu à

celui de Corbie, où il retrouva son titre abbatial (a). Il y reprit

aussi l'habitude des saints exercices, s'y appliqua à la

sanctification des moines et à la sienne propre, si bien

que peu d'années après, sa mort étant survenue, des

miracles suivirent, et lui firent donner le thre de saint.

Sa fête se célébra depuis ce temps le 2 janvier, à Corbie

et dans le diocèse d'Amiens (*). Wala reprit son rang à la

cour, où il ne tarda pas à devenir le principal ministre de

Lothaira, lorsque celui-ci alla prendre le gouvernement de

l'Italie. Théodulphe d'Orléans fut aussi autorisé à quitter le MortdeThéoduiphe.

monastère de Saint-Serge d'Angers, et à remonter sur

son siège, où personne ne l'avait remplacé. Mais ce prélat

qui, moins résigné, et contrairement aux autres grands

personnages condamnés avec lui, avait toujours persisté à

nier la part que la calomnie lui avait reprochée dans la

conspiration, et contre lequel, en effet, on n'avait allégué

aucun témoignage spécieux, n'eut pas le bonheur de profiter

(a) Cf. Bolland. et les autres hagiograplies, au 2 janvier. (6) Mabillon. Annal. Bened., 1. XXIX^ 11° li.

de cette heureuse circonstance. Il était à peine sorti d'Angers pour retourner à Orléans, qu'il mourut subitement, ayant été empoisonné, dit-on, par un seigneur qui avait usurpé les biens de son Eglise, et croyait par ce crime réussir à les garder (^). Il fut donc ramené à Angers et inhumé dans Téglise de cette même abbaye qu"'il avait eue pour prison. C'est pendant cet exil qu'il avait composé la belle hymne latine qui se chante encore à la procession du dimanche des Rameaux (19).

Théodulphe fut un exemple de ces subites infortunes qui frappent souvent les grands arrivés au faîte des honneurs et de la gloire mondaine. Heureusement pour sa mémoire, ses contemporains l'ont complètement justifié dans leurs annales et chroniques. Letalde, moine de INIicy (20), donne de grands éloges à la pureté de ses mœurs et à la beauté de son esprit. Hincmar loue particulièrement son talent poétique, et il a toujours passé pour le poète de son siècle qui a le mieux manié le vers latin. En ce genre, il passa à son imagination de charmantes fantaisies qui devaient le délasser de sa continuelle application aux affaires de son diocèse. Nous avons parlé de son Exhortation aux juges, où la régularité du style n'exclut ni le piquant de certains avis, ni la suavité de quelques descriptions fort agréables de son voyage dans les deux Narbonnaises. — On a de lui six livres de poésies diverses, parmi lesquels des éloges des saints, des épigrammes, des chants de triomphe où il célèbre les succès de la France sur les Barbares, enfin des consolations religieuses, et entre autres un poème où il exalte les vertus et les grandes œuvres de saint Benoît d'Aniane, qui, de son côté, ne fut pas moins son admirateur que son ami.

Mais où se retrouve l'évêque surtout, c'est en deux capitulaires adressés par lui à tous les prêtres du diocèse

(a) Cf. Fabricius, Bihl. mediœ et inpmœ latinitœlis. — Migne, Patrolog., t. CV, p. 187. — Tresvaux, Hist. de l'Eglise d'Angers, I, 81, qui dénature couiplètement le récit des autres liistoriens.

d'Orléans, qu'il appelle ses frères dans le sacerdoce. Le premier renferme deux exhortations à prendre soin de leurs peuples, des règlements pour leur propre conduite, le culte de Dieu et l'administration des sacrements. Ce capitulaire a quarante-six articles, dont les dix-neuvième et vingtième traitent des écoles du diocèse et sont fort remarquables. Dans le second, nous lisons des détails qui nous donnent d'utiles notions sur la discipline de ce temps. Les prêtres ne doivent baptiser qu'à Pâques et à la Pentecôte les enfants dont la santé ne donne aucune crainte ; les dîmes et les offrandes des fidèles sont le patrimoine des pauvres et des pèlerins. — Ils ne peuvent avoir chez eux aucune femme, pas même leur mère. Leur service pouvait sans doute se faire par des colons attachés aux biens fonds de leur bénéfice. — Il est remarquable qu'il entre sur la confession des péchés en des détails que les traditions théologiques ont conservés jusqu'à nous, ce qui prouve très bien qu'ils sont dans la nature du sacrement. Celui qui se confesse doit être agenouihés près du prêtre ; si le pénitent a de la peine à se souvenir de ses péchés, le prêtre doit l'interroger pour lui faciliter ce devoir, mais avec discrétion, pour ne rien lui apprendre qu'il ne sache ; et si le confesseur s'aperçoit que la honte empêche le pénitent de découvrir ses péchés, il doit lui représenter qu'on ne peut être sauvé si on ne les confesse tous avec repentir {a).

Deux observations résultent de ce que nous avons dit de Théodulphe. D'abord, que la pratique de la poésie, surtout traitée chrétiennement, comme Théodulphe le fit toujours, ne nuit pas dans un esprit élevé à la sainteté de l'âme, ni dans un. évêque aux religieuses sollicitudes que méritent de sa part les âmes dont il répondra ; puis , ces actes épiscopaux dont nous venons de parler indiquent bien l'homme de Dieu; ils étaient le prélude aux mandements doctrinaux et aux constitutions synodales qui, plus tard,

(a) D. Rivet, Uist. littér. de la France, IV, 461 et suiv. — Longueval, Eist. de l'Eglise gallic, VI, 491 et suiv.

SOUS im autre nom, mais dans la même forme, devaient être si utiles à son clergé.

Tel fat le sage et savant prélat à qui l'histoire n'a pas toujours rendu assez de justice. Si on l'étudié de près dans les sources originales et au flambeau d'une critique désintéressée, on voit en lui et dans ses écrits un évêque dont rien n'a déparé la plume épiscopale ; on le voit frappé par la calomnie, occupant sa captivité d'études dignes de lui-même, mourant victime de la dernière iniquité qu'un homme puisse subir, et laissant à la postérité une réputation sans tache, en dépit des noirceurs dont chargèrent sa vie des faiseurs de conjectures ou des jaloux intéressés.

Théodulphe appartenait au Poitou par ses amitiés, par quelques-unes de ses habitudes, qui l'y avaient ramené, de temps à autre, vers les chers moines de Charroux, ou à la cour de Louis d'Aquitaine. Nous lui devions ces souvenirs d'une vie qui forme un des plus attachants épisodes de nos annales poitevines.

La délivrance et la mort de ce grand homme s'étaient passées en 821, nous l'avons dit, et nous n'en avons retardé un peu le récit que pour le donner sans interruption. Revenons maintenant à l'année 822.

Diètes deThionviiie Ou Sait quc Ics Tois dc Fraucc tenaient deux fois par an leurs assemblées générales. En avril avait eu lieu celle de Thionville. Au mois d'août, une autre fut convoquée à Attigny-sur-Aisne ; elle avait eu de longs préliminaires dont il faut parler avant tout.

Louis s'y déclare L'empcreur Louis, que nous avons toujours trouvé dans

repentant de sa sévérité coatre sod ueveu toQt son gouvernement, soit en Aquitaine, soit en France,

Bernard. . .

un modèle de piété active et de bonté qui ne se démentait pas, sem.blait avoir changé de caractère en changeant de ■ position. Les souvenirs de certaines sévérités dont l'histoire l'a certainement absous, attristaient sa vie ; il regrettait surtout la mort de son neveu Bernard, coupable pourtant d'une trahison impardonnable et que d'autres juges avaient condamnés avec lui. Il résolut donc d'expier ce prétendu

crime. Il témoigna publiquement de son repentir devant l'assemblée d'Attigny et Tintention d'en faire pénitence publique. Observons ici, pour expliquer ce qui va suivre, que la .conditions de la

' J- ^ ^ -^ ' ■• peniieiice publique a

pénitence publique, dont Torigine remontait aux premières '^^'•^^ '^f'°i"«années du christianisme, et dont nous voyons les premières traces dans la première Epître aux Corinthiens w, existait encore, complète et vivace dans FEglise, avec ses caractères et sa solennité des premiers jours. Il avait fallu d'ailleurs que les évoques, dont un grand nombre avaient pu désapprouver les rigueurs judiciaires de la diète de 818, eussent, consenti à y voir un sujet de pénitence canonique ; ils étaient en cela dans l'esprit de l'Eglise et s'accordaient parfaitement avec Louis lui-môme, qui n'avait pu manquer de les consulter, non plus que les deux légats du Saint- Siège qui résidaient constamment à la cour.

Quoi qu'il en fût des raisons plus ou moins graves qui le déterminèrent, Louis parut à l'assemblée d'Attigny. On y fit venir Hugues, Drogon et Thierry, ses frères nés d'une femme de second ordre de Charlemagne, lesquels, élevés à la cour jusqu'au moment de la révolte, avaient été relégués en des monastères pour ôter à quelques partisans encore inconnus la pensée d'en faire jamais des prétendants. Louis commença par déclarer qu'il se réconciliait sincèrement avec eux. Après cjuoi il fit une confession publique des péchés qu'il pouvait avoir commis dans l'affaire de Bernard, se soumit à la satisfaction qu'on lui imposa, et s'efforça, par de grandes aumônes, par les prières des serviteurs de Dieu et par ses propres pénitences, d'expier les fautes que lui ou son père pouvaient avoir commises en ce genre « comme s'il avait accédé par une cruelle vengeance, dit Fauteur de sa vie, à ce qu'il avait fait selon la justice et les lois » (*).

C'est faire peu de cas de l'esprit d'une époque et de ce FauxjuErfmentspor-

, , . . T . , 1 - . tés sur cet acte d'hu-

qu on en doit penser justement que de prétendre que Louis milite chrétienne.

(a) Cor. V, 1 et suiv.

{b) Eginhard, in. annalib. ad h. ann.

avait oublié en cette circonstance son devoir de roi et excité contre lui Tesprit public. On va même jusqu'à dire qu'il amoindrit dès lors la royauté (t) : ce sont autant d'erreurs de jugement que l'histoire doit énergi:juement repousser. Nous verrons que la décadence de la monarchie carlovingienne, dont les commencements datent de cette époque, naquit bien moins de ces actes chrétiens d'une royauté jusque-là si féconde, que des menées politiques d'ambitieux sans religion et sans dignité.

Les élections ren- A ccttc môiTie diète d'x\ttigny, le fait principal n'empêcha

dues au clergé. <-j ./ ; i i i

pas des accessoires de haute importance. L'empereur ne se contenta point d'avoir mis sa conscience en paix avec ses convictions religieuses : il voulut encore rendre à l'Eglise une de ses immunités les plus indispensables. Des usurpations successives pratiquées depuis Charles-Martel comme un droit que s'étaient attribués les rois et les plus puissants seigneurs, avaient fait disposer, par l'autorité laïque, des évêchés, des abbayes et des autres riches bénéfices qui devenaient ainsi des faveurs mondaines accordées à des complaisances coupables. La simonie s'y était mêlée ; les diocèses, les paroisses, les monastères en avaient souffert en des proportions diverses, et c'est surtout par ce détestable abus de la violation des sanctuaires que tant d'irrégularités s'étaient introduites dans le clergé séculier et régulier. Un règlement fut rendu pour remédier à beaucoup de désordres opposés à la marche canonique de l'Eglise. Le second fut sans contredit le plus important. Il lui rendait le droit d'élection pour les prélatures, lesquelles devaient désormais être accordées par le suffrage du clergé, des grands et du peuple ; les évoques de la même province devaient nommer aussi leur métropolitain, d'où leur vint le nom d'évêques suffragants ou ayant droit de suffrage. C'est le cas de faire remarquer une fois de plus que ces libertés, que l'Eglise avait pratiquées dès le commencement,

(o) La Fontenelle, tib. sup.

étaient toutes dans l'intérêt des masses populaires, à qui elles garantissaient des pasteurs qui leur étaient connus d'avance, et dont le ministère devenait d'autant plus facile et respecté. C'était le suffrage universel appliqué sérieusement par des gens de foi, que plus tard notre exécrable constitution de 1791 a voulu singer par des prétentions sacrilèges, et qui, devenu un moyen de charlatanisme politique, n'a servi qu'à enchaîner la France au profit des plus ignobles passions qu'elle ne saura plus réprimer.

L'année suivante, 823, n'eut rien de remarquable pour NMssance de Charles notre contrée, sinon la naissance d'un prince qui devait être bientôt une cause involontaire de graves dissensions dans le sein de la famille impériale et dans les affaires de l'Aquitaine et du Poitou. L'empereur eut de l'impératrice Judith, la seconde année de son mariage, un fils né le 3 juin qui reçut le nom de Charles, et qui fut connu plus tard sous le surnom de Chauve que lui valut de bonne heure une particularité personnelle. Quelques années se passeront sans que la paix en fût troublée ; mais elles coïncideront bientôt nécessairement avec la première idée d'un apanage

à donner au jeune prince. Cependant, comme on voyait cette , . .

j i^ I- ' -j Intrigues quelle sus-

naissance entourée de germes de dissensions que des "'^•

mécontentements encore sourds, mais réels, ne pouvaient tarder à faire éclore, on ne manqua pas de s'exprimer librement sur le véritable auteur de ce nouveau prince. A entendre certains courtisans, peut-être déjà encouragés à des propos de ce genre, il fallait en accuser le duc d'Aquitaine, Bernard, fils de saint Guillaume de Gellone, que nous avons vu recevoir, en 806, le marquisat de Septimanie, et succéder en 820 au comté de Barcelone qui venait d'être ôté à Béra. On prétendait que ce seigneur était trop bien avec l'impératrice, et que ce grand événement en était la preuve. Si la réputation de légèreté faite à cette princesse était fondée ; si les rapports fréc|uents que les charges de Bernard à la cour lui donnaient forcément avec elle, et même certaines habitudes de celle-ci, purent servir

d'aliment à la calomnie, on s'en autorisa dés ce moment pour répandre des bruits injurieux à l'empereur, et c'était déjà semer des ferments de discorde, d'où allaient surgir de déplorables malheurs. Disons tout d'abord qu'au milieu des tristes intrigues qui conspirèrent à l'envi contre Louis et Judith, nous trouverons des faiblesses regrettables de la part des deux époux diversement calomniés avec une criante injustice, .des embarras de gouvernement et de conduite personnelle que l'inhabileté de l'un et l'inexpérience de l'autre feront naître chaque jour; mais tant de malheurs viendront surtout d'une irréparable faute du prince et d'une tendresse égoïste qu'une mère ne se permet jamais sur le trône sans de profondes secousses pour l'Etat. Troubles réprimés II y cut ccttc auuéc dc uouveaux troublcs en Bretagne, où

en Bretagne. , i tvt t -r-k c . i

les comtes de Nantes et de Rennes refusèrent encore les témoignages annuels de soumission promis au roi de France. Celui-ci se porta chez eux, menant à sa suite trois corps d'armée, dont ses fils Pépin et Louis conduisaient les deux principaux. Les hostilités furent bientôt terminées par la défaite et enfin par la mort de Wismarck, comte de Cornouailles (21), principal instigateur de la révolte. Le jugement de la Lcs épisodes dc l'histoirc sout toujours à remarquer

croix est aLoli, o a

lorsqu'ils se rattachent à quelque changement dans les mœurs ou dans les habitudes d'un peuple : c'est pourquoi nous indiquons ici un règlement fait au commencement de 823 à Francfort, où l'empereur avait passé l'hiver. On y arrêta que l'on n'aurait plus désormais recours au jugement de la croix. Peut-être quelque fait décisif avait-il fait ouvrir les yeux sur une épreuve qui, après tout, dépendait beaucoup de la force physique de chacun des contendants ; peutêtre aussi des abus et des déceptions sur le résultat de ces jugements avaient-ils déterminé à s'y confier moins, et le temps venait où Agobard de Lyon, l'une des lumières de ce siècle, allait s'élever, dans un traité venu jusqu'à nous ('J^,

(a) Mabillon, Analectaj t. 1, p. 47,

contre le duel judiciaire. Peu d'années après, un concile, Et celui de i-eau tenu à Worms, défendait de recourir à Teau froide (a). C'était un commencement de décadence pour ces usages ; on vit bientôt Louis le Débonnaire les traduire aux jugements ecclésiastiques, et Lothaire les abolir dans tous les cas définitivement. Mais ces lois n'étaient pas observées partout, n'obligeant que dans les Etats des princes qui les avaient portées : ce qui fit que ces sortes d'ordalies durèrent encore çà et là jusqu'au xiii^ siècle ; et encore le duel persista-t-il jusqu'au xvi^.

Charlema2fne avait favorisé, en 808, l'abbaye de Saint- Resinurationdest-

~ 7 7.; Florent de Montglonne

Florent-le-Vieux (ou de Montglonne) de décorations qui supposaient dès ce temps l'état florissant de la communauté. Il y avait ajouté le don d'importants domaines. D'où vient qu'en 824 elle était en si mauvais état qu'une restauration lui était devenue urgente, et que le lieu était presque abondonné w? Il ne semble pas qu'on doive attribuer cette dégradation aux ravages des Normands, qui, prétend-on fc), auraient dû passer par là dans leur première incursion en 820. Il est vrai que les annales interrompues de cette maison, n'ayant pu se renouer de longtemps par suite de nouvelles catastrophes, ont laissé la postérité sans connaissance exacte des événements de cette époque ; mais on en aurait des traces dans les annales qui s'écrivaient ailleurs, et, cette année, il n'est parlé dans nos histoires que des ruines faites dans les îles océaniques des côtes de la Saintonge et du Poitou. En effet, les sauvages envahisseurs ne pouvaient pas encore songer à s'aventurer sur la terre ferme, surtout jusqu'à une distance de plusieurs lieues entre le rivage et l'Anjou. Selon nous, il faut attribuer cette morne tristesse et cette solitude faite à certains couvents au milieu de leurs propres ruines, à des invasions d'un autre genre, à celles

(a) Labbe, Concil. Wormens., vu, 1669.

(b) Mabillon, Annal. Bénéd., ad h. ann.

(c) V. l.a Fontenelle, Rois et Ducs, p. 148.

des seigneurs peu scrupuleux qui se rendaient maîtres des abbayes, confisquaient les revenus à leur profit, en dispersaient les moines par la famine, et restaient pendant plusieurs années les propriétaires et les abbés laïques de ces lieux désolés. De là une interruption dans les paisibles habitudes du monastère; plus de prière publique, plus d'observances régulières, plus de moines écrivant Thistoire, transcrivant les chartes, visitant les malades et les pauvres. C'était la suspension de tous les éléments civilisateurs répandus dans la contrée. Et comme cet abus était fort répandu, et que tant de guerres se renouvelant sans cesse de tous côtés entravaient surtout les travaux agricoles et les développements de l'industrie et du commerce, il venait toujours un temps où, jouissant enfin de quelque repos, les rois songeaient à fermer ces plaies en rétablissant l'ordre par un des plus considérables moj'ens de l'entretenir. C'est ainsi sans doute que cette année, l'empereur, à qui l'on voit toujours, même dans notre Aquitaine, la plus grande part de l'action gouvernementale, songea à reprendre la restauration de Saint-Florent. Il fit revenir d'Italie Frolbert et ses moines qu'il y avait envoyés se réformer sous les habitudes du !Mont-Cassin, exigea leur promesse de suivre toujours la règle de saint Benoît, la seule qu'on voulût admettre désormais, et leur assura, après la mort de leur abbé, le droit d'élire son successeur. Ainsi on commençait à reconnaître qu'une condition nécessaire aux progrés des communautés religieuses était -de leur rendre une autonomie qu'on n'avait pu leur enlever sans injustice. Une autre particularité n'est pas moins remarquable. Le diplôme impépérial daté de Compiègne, nomma le monastère « Saint- Florent de Glone, » et dit que « le corps du bienheureux confesseur y repose encore » (22). Ces termes indiqueraient bien que le saint corps y serait demeuré, ou caché par les moines qui avaient dû l'abandonner, ou gardé par ceux qui, en petit nombre, s'y étaient maintenus après le départ de l'ennemi si redouté aux environs. Le même texte explique

Hostilités de Gardas Ximenès.

encore qu'alors le Poitou et son territoire se prolongeaient jusqu'à la Loire, dont les eaux baignaient Tabbaye sous le coteau qui l'abritait au Midi.

Il faut encore nous tourner du côté de la Gascogne, où Nouvelles révoltes

en Espagne.

le roi Pépin et Bernard de Septimanie eurent un rôle que les historiens définissent mal. Une alliance mal inspirée avait ménagé depuis quatre ans une sorte de cohabitation entre les Maures et les seigneurs chrétiens, qui, attaqués subitement par eux, réclamèrent la prompte intervention des Aquitains. Le roi leur envoya aussitôt les comtes Aznar et Ebles, qui commandaient dans la Gascogne orientale. Ceuxci, prenant pour objectifs la Navarre et l'Aragon, traversèrent les Pyrénées, arrivèrent à Pampelune, rétablirent la supériorité des chrétiens, et leur laissèrent une partie de leurs troupes pour se fortifier contre le retour possible de leurs voisins. Les seigneurs qui occupaient les Marches, le Bigorre et les Pyrénées étaient toujours restés fidèles aux rois d'Aquitaine ; ils n'avaient embarrassé en rien l'action militaire de Louis ; mais un autre, Garcias Ximénès (23), qui occupait les gorges des montagnes, quoique de même sang que ces seigneurs, ne pouvait oublier ses anciens ressentiments et détestait la race carlovingienne jusqu'à s'entendre contre elle avec les Maures de Saragosse et de Cordoue. De sorte que quand Ebles et Aznar ramenèrent dans leurs gouvernements les troupes qui devaient, sous leur conduite, traverser les étroites vallées que surveillait Ximénès, et ces vallées étaient encore les fatales gorges de Roncevaux, celui-ci les attaqua, tailla en pièces leurs bataillons surpris, et fit prisonniers les deux chefs. Ebles fut envoyé à Cordoue; Aznar fut mieux traité et recouvra bientôt sa liberté, parce qu'il était parent des princes gascons c^), mais surtout allié à Tancienne maison mérovingienne. De ce jour surtout parut en lui un réel attachement aux idées de cette maison,. car il ne pouvait guère reconnaître autrement la couronne

(o) Mauléon, Les CarlovingienSj II, 186.

comtale que. lui offrirent les habitants de la Vasconie

citérieure (a). Nous le verrons se maintenir dans ce poste contre Pépin.

Le royaume de Na- A Cette occasiou naciuit le rovaumo de Navarre, qui,

varre définitivement

fondé. jusqu'alors, n'avait été, aussi bien que TAragon, qu'une

province gouvernée par des comtes français. La Navarre, située entre les Pyrénées et l'Ebre, était une des provinces dont se formait la Gascogne. Après la défaite d'Ebles et d'Aznar, les chrétiens de ce pays étaient d'autant plus découragés qu'ils semblaient remarquer dans l'administration de Louis le Pieux une certaine faiblesse qui leur faisait craindre de n'être plus aussi efficacement protégés par lui. ximénès devient son Ils jetèrent douc Ics ycux sur Garcias Ximénés, renommé

premier roi. ^^^ ^^^^ valcur éprouvéo et qui possédait la plus grande

partie des chames montagneuses qui séparent l'Aragon et la Navarre de la France. Il était d'ailleurs allié, comme descendant des Mérovingiens à Loup-Donat, . comte de Bigorre, âLoup-Centule, comte de Béarn, età Wandrégisile, comte des Marches de Gascogne. Le placer dans ce milieu, c'était lui assurer au besoin un secours prompt et puissant. Ils profitèrent donc d'une assemblée de dévotion qui amenait les foules au monastère de Saint-Jean de la Penna, près Pampelune, et, d'une voix unanime, Ximénès fut élu roi (24). Sa maison, qui était celle de Bigorre, y régna près de cinq cents ans, jusqu'à Philippe le Bel, qui joignit le titre de roi de Navarre à celui de roi de France par son mariage, en 1224, avec Jeanne, fille de Henri P'' (b). Commencements de Lc couronnemeut dc Garcias se fit dans la cathédrale de

l'abbaye de Saint-

cyprien de Poitiers. Pampclunc, qui, dès lors, fut attribuée pour ses successeurs à cette imposante cérémonie.

Il faut dater de cette année les commencements réels de l'abbaye de Saint-Cyprien, dont les fondements furent jetés par Pépin P'" sur les bords du Clain, et dont nous Terrons

(a) Vita Ludov. Pu, C, 36.

(6) Art de vérifier les dates, VI, 488 et 499.

bientô-t certains développements annoncer la prospérité future. Ce ne fut alors qu'un simple oratoire dédié à la Sainte-' Vierge pour satisfaire la dévotion du prince, qui habitait Poitiers et s'y rendait souvent dans un but de prière w. C'est bien là une réelle origine de la célèbre abbaye, qu'on a trop généralement reportée à 828, en suivant les données incomplètes d'Adhémar de Chabanais et de la Chronique de MaiUe::ais. C'est pourquoi nous indiquons ici son berceau. Elle aura de remarquables vicissitudes que nous suivrons jusqu'à la dernière qui viendra, sous les étreintes de la Révolution, détruire jusqu'aux dernières traces de ses magnifiques bâtiments.

Pendant que tant d'événements se passaient en dehors L'abbaye de saint-

. . Maixent récupère

du Poitou, que devenaient ses propres affaires? C'est à d'importants domai-

travers bien des nuages historiques assez épais qu'il faut

les chercher, et, faute de chroniques particulières, on les

perçoit au milieu des troubles qui agitent de toutes parts

cette belle et vaste province. Le comte de Poitou était encore

Bernard, premier du nom, qui, ayant reçu ce gouvernement

en 815, avait épousé ensuite Bihchilde, fiUe du second lit

de Roricon P^", comte de Mons (25). Depuis son avènement,

dix ans s'étaient écoulés, non sans doute dans un complet

repos, car il avait dû prendre une part active aux guerres

de Bretagne et de Vasconie ; mais il s'était montré aussi,

semble-t-ii, par trop expert à faire valoir ses droits d'abbé

laïque, on ne sait comment acquis, contre les religieux de Saint-

Maixent. L'abbaye, les propriétés territoriales, les domaines Remard, comie de

ruraux, les droits qui en ressortaient pour les légitimes p<"'o"' ^'^'^'^ '^'qu^-

propriétaires, étaient passés aux mains des comtes, soit à

titre de bénéfices concédés par les rois précédents, soit par

suite d'usurpations seigneuriales auxquelles les moines ne

pouvaient rien opposer, puisque d'un côté ils avaient contre

eux une sorte de couleur légale, et de l'autre, la raison du

plus fort, qui, pour n'être pas la meilleure, condamne

(o) Bulletin de la Soc. académ. de Poitiers, 111, 36.

cependant le plus faible à se taire et à céder. Mais parfois survenaient quelques occasions de plaider une si juste cause, et nous pouvons croire que le mariage de Pépin n'entra pas pour rien dans le retour de prospérité qui vint consoler Tannée suivante^ le pauvre monastère. C'était sous Tabbatiat de Renaud, nouveau successeur de Telbert que nous avons vu assister aux restaurations de 812. Des revers de ce genre, succédant de si prés à un acte de la protection royale , disent assez combien les rois étaient mal secondés ou obligés souvent de fermer les yeux. Toujours est-il que Bernard, moins de dix ans après ces faveurs, avait trouvé moyen de s'emparer d'une villa, dite de Thérec, appartenant aux moines, et de dépendances considérables qui s'y rattachaient (26). C'était peu en comparaison du reste, car il paraît que le même comte s'était pourvu du monastère luimême. On juge de la régularité qui devait être observée sous les influences plus ou moins religieuses de pareils abbés. Pépin commença par faire rendre la villa, qui revint immédiatement aux mains de ses légitimes possesseurs (^). Deux ans après, le 3 décembre 827, il exigea par un autre diplôme la restitution de beaucoup d'autres domaines sur lesquels il avait dû attendre une enquête motivée par les contestations de Bernard. Il assigna ainsi aux religieux la plus grande partie des biens qu'ils avaient anciennement possédés. Quant à ceux qui avaient été aliénés à titre de bénéfice, il promit de les rendre aussitôt l'époque venue où le pouvoir qui les avait ainsi concédés pourrait s'y prêter. C'était avouer la faute de ses prédécesseurs et peut-être les siennes propres. Une preuve anticipée de bon vouloir fut donnée en ce même acte. Il y fut stipulé qu'en attendant que le moment vînt des restitutions annoncées, ceux des biens de l'abbaye possédés par des étrangers à titre de bénéfices payeront annuellement aux moines le neuvième des produits ib). De son côté,

(a) D. Douquct, Hist. Franc, VI, 604, acte daté du 2 déc. 825. (&) Mabillon, Annal. Bénédict., II, 512.

Renaud fut constitué dans son titre abbatial sous la condition de la règle de saint Benoît. Cette condition, qui accompagnait toujours Tobtention de toute faveur de ce genre, prouve bien quelle confiance on y mettait, et comme les monastères qui Pavaient embrassée étaient et plus facilement et plus parfaitement gouvernés. On trouve le nom de Renaud jusqu"'en 828 ; il semble qu'il ait été remplacé alors par Abbon, selon le droit que la même charte avait donné aux religieux d'élire désormais leur chef, en les exemptant, pour amener le monastère à une complète efflorescence, de toutes charges, obligations et redevances envers les caisses du fisc (a).

Le 1^^' avril suivant, Pépin I^'", dans un acte daté de son Première mention

■.■T-ifATuiTT, -, ^* Conhé en faveur de

palais de la loret de Molière, donna encore une autre samte-croix de Poitiers.

marque de sa protection a Sainte-Croix de Poitiers. Gerberte en était encore abbesse. Le roi lui confirma le droit, possédé par elle anciennement, de faire tenir des marchés dans deux chefs-lieux de ses domaines, l'un nommé dans la charte Caïoca^ et l'autre Fulchroduin. Le premier de ces noms est représenté aujourd'hui par Couhé^ chef-lieu de canton occupant au Sud-Ouest du département de la Vienne le point central entre Lusignan et Civray, sur la route de Poitiers à Bordeaux. Couhé a prés de deux mille habitants.

Histoire de cette

Les marchés en sont encore renommés. C'était anciennement petite viue. une des quatre grandes baronnies du Poitou. Pendant les guerres de religion, la petite viUe, pourvue d'un château, entourée de solides fortifications, tint pour le catholicisme, et, en 1569, ayant été prise par Vérac, un des capitaines de CoUgny, ses habitants l'incendièrent eux-mêmes pour ne pas se rendre. Les vainqueurs détruisirent aussi alors l'abbaye voisine de Valence, qu'avait fondée en 1230 Hugues de Lusignan, baron de Couhé. Vérac, s'étant établi sur les lieux devenus sa conquête, donna son nom à la seigneurie acquise par ses armes, et depuis lors ce fut celle de Couhé-

(a) Dufour, Mcmusc.^ iii4o, p. 35.

Vérac, érigée en marquisat en 1652. C'est la première fois que nous rencontrons dans notre histoire cette localité. Traversée du Sud au Nord par les vallées sinueuses et encaissées de la Dive et de la Douleur, et par la voie romaine de Poitiers à Angoulême, son territoire dut être évangélisé par saint Martin, au iv^ siècle ; son église paroissiale est sous ce vocable. On ne sait pas positivement à quelle époque le lieu désigné sous le nom de Coïaco appartint à Sainte-Croix ; il pourrait être un des domaines que Clotaire donna dès le commencement à sainte Radégonde, ce qui n'empêcha pas la famihe féodale de Couhé de

Origine des couhé- s'y établir plus tard, d'y bâtir un château, et d'en prendre le e-LuMgnan. i^om, saus préjudice des droits de la communauté sur ses

propres possessions, droits qui s'y maintinrent (27). Il y eut même dans la suite parmi les religieuses de cette maison des dames de la famille de Couhé qui y furent religieuses ou prieures. Deux d'entre elles occupèrent même le siège abbatial de 1456 à 1511. D'autres enfin y furent pourvues des prieurés de Sainte-Radégonde-des-Pommiers (28), et de Jard; et plusieurs autres de ce même nom furent inhumées à Poitiers dans l'église abbatiale (a).

Fouqueureen An- Nous crovous Quc Ic FulcJirodo mentionné dans le même

goumois, bénéfice de "^

Sainte-Croix de poi- .^q[q ggt Fouqucure, bourgadc du canton d'Aigre, peuplée aujourd'hui d'un millier d'habitants, et qui appartenait dès lors à l'Angoumois, comme la charte l'indique w. Si les avantages étaient les mêmes pour les deux localités, il ne semble pas qu'elles aient eu la même importance, quoicjue, au ix^ siècle, Fouqueure dût avoir, comme Couhé, des réunions de commerce que ne dédaignaient pas leurs possesseurs. Nous n'avons du reste aucun renseignement sur ce bourg pendant le cours du moyen âge. On n'y mentionne même aujourd'hui aucuns souvenirs historiques, aucunes ruines de monuments qui attestent quelques traces

(a) Bauchet-Filleau et de Chergé, Bict. des familles de Poitou, II, 337. (fc) A une lieue au Sud-Est d'Aigre (Charente-Inférieure).

de féodalité. La seule particularité à observer ici, c^est que l'acte royal ne parle que de Pabbesse, alors gouvernant l'abbaye de Sainte-Croix, et que l'instrument est cité dans nos historiens comme tiré des archives de Sainte- Radégonde ; d'où l'on doit conclure que le religieux ayant été dépositaire de cette pièce, obtenue pour lui au nom de l'abbesse, celle-ci continuait de réglementer toutes choses pour les deux établissements (a).

Cette facilité de Pépin à procurer des restitutions aux ^ Arnouw. abbé de

'■ '■ Noirmoutier et de

maisons ecclésiastiques avait un précieux complément dans ^éas. le soin qu'il prenait de maintenir, quant au bon ordre des monastères, les traditions qu'il tenait de son père et de son aïeul. C'est sous ses auspices qu'Arnould, abbé de Noirmoutier, que nous avons vu bâtir le monastère de Déas, poursuivait sa tâche, et continuait dans toute la région la réforme qu'il s'était imposée avec l'abbé d'Aniane et qu'il poursuivait avec ferveur. Ses apparitions en Poitou, après chacun de ses voyages lointains, étaient un motif de régularité pour les maisons qu'il y gouvernait, et les autres, dont il n'avait fait que l'inspection passagère, ne s'efforçaient pas moins de la pratiquer, car la pensée des faveurs du roi, à qui Arnould recommandait leurs besoins, étaient pour toutes un stimulant aussi puissant que légitime. Un événement qui eut un côté célèbre malgré son impor- Madame de Bernard.

'■ . comte de Poitou.

tance restreinte, se passa à la cour d'Aix-la-Chapelle, dans les premiers jours de juiUet 825. Bernard de Septimanie, que l'empereur aimait toujours pour sa bravoure et sa fidélité, s'y trouvait depuis quelque temps. On croit qu'il s'y était prolongé, retenu par la bienveillance du prince, depuis la fin de l'expédition de Bretagne à laquelle il avait pris part. Un autre motif aui:ait bien pu expliquer aussi cette longue station. On vovait alors à la cour une jeune parente de Beau caractère de

" i» X Dodane, son épouse.

1 empereur, dont les qualités du cœur ne le cédaient pas à celles de l'esprit. C'était Dodane, chez qui l'éducation avait

(o) Besly, Preuves de l'histoire des roys de Guyenne, p. 21 .

secondé les dons naturels, et qui, pieuse, instruite, irréprochable dans ses habitudes que protégeait une modestie respectée de tous, ne se montrait jamais au milieu de cette cour mondaine qu*'avec la dignité de son rang et la douce gravité de la pudeur chrétienne. Bernard dut-il à Louis de la désirer pour épouse, ou bien y fut-il porté par Pattrait naturel qu'inspire une femme vertueuse à un cœur élevé? Les détails manquent dans les historiens, mais nous ne pouvons douter de la part que Louis prit à cette alliance, car le mariage se fit dans le palais impérial d'Aix-la-Chapelle, et Dodane y devint duchesse de Septimanie et comtesse de Poitou. Bernard remmena peu après dans son gouvernement du Midi, et elle habita avec lui à Uzés (29), donnant par sa vie modeste et charitable l'exemple des premières vertus que les grands doivent pratiquer. Laissée souvent à elle-même par suite des absences forcées de son mari, et devenue mère de deux fils dont l'ainé, Guillaume, devait être plus tard duc d'Aquitaine, Dodane méritait à ce titre une place dans notre histoire; mais elle s'en rendit bien plus digne encore par le zèle pieux qu'elle mit à sanctifier sa maternité. Elle ne se l'éducation. regarda qu'à moitié mère si elle ne guidait pas dans la vertu

les enfants que le ciel lui avait donnés ; et comme leur condition les obligeait à s'éloigner d'elle afin de mériter uri rang convenable à leur naissance, elle suppléa par écrit aux instructions qu'elle ne pouvait leur donner de vive voix, en leur adressant un Manuel^, composé en 841 et 842, pour les former à une conduite qui ne démentît ni le passé de leur famille, ni l'avenir qui leur semblait réservé. Rien n'est plus touchant que ce style maternel où se lit la tendresse d'une femme pénétrée de la mission qu'elle a reçue de Dieu. Ce livre est aussi une sorte de testament où les leçons de vertu s'embellissent des sentiments de la foi qu'elle exprime pour elle-même, chargeant ses deux fils de prier pour elle aprvls sa mort, de veiller à ce que ses moindres dettes soient payées, et de faire graver sur son tombeau Tépitaphe qu'elle s'était composée. Cette pièce est presque une prière conti-

Idée de son Manuel

imelle où elle implore la miséricorde divine. On y voit les traces de la langue grecque, qu'elle savait sans doute, et la preuve de son amour des lettres se trouve d''ailleurs dans le conseil qu'elle donne à ses fils de se faire une bibliothèque de livres propres à leur instruction. Et comme le plus jeune, né en 841, ne pouvait encore apprécier ses avis, elle charge son frère aîné, déjà âgé de seize ans, et attaché à la cour impériale, de veiller sur lui pour la remplacer dans l'œuvre importante de son éducation et de son avancement. A ce propos, ehe parle de sa mort qui n'est pas éloignée et que lui font prévoir des infirmités prolongées et de profondes afflictions, venues sans doute des dangers où son époux s'était mis par suite des troubles politiques que nous verrons, et auxquels il avait pris une trop grande part. Dodane, en effet, ne survécut pas longtemps à l'envoi de son Afanuelj que son fils dut recevoir en 842. Ce livre, qui ne nous est point parvenu en entier, nous a laissé cependant, par la table complète de ses soixante-treize chapitres, une iàée de son ensemble. Nous devons aux savants du xvii^ siècle la publication de ce qui nous en reste, tirée particulièrement ' .

d'un manuscrit de l'abbaye de Grasse (30). On y voit que rien n'était oublié de ce qui devait régler la conduite d'un jeune seigneur, et donne une haute idée du caractère de la noble femme («).

Nous avons raconté en son temps la vie et la mort sainte Translation des re-

. . liques de saint Hubert.

d'un descendant de nos premiers souverains de l'Aquitauie qui avait occupé les sièges épiscopaux de Liège et de Maëstricht. C'était saint Hubert, dont le corps, enterré à Liège dans une chapelle de Saint-Albin, avait été retrouvé seize ans après, et à la suite de miracles qui y reportèrent l'attention publique, aussi entier que le jour de sa sépulture, et sans qu'il parût que les habits sacrés dont on l'avait revêtu eussent été endommagés. On vit alors par la translation ou levée du corps qui en fut faite pour lui donner

(fl) Cf. Mabillon, Act. hened., t. V, p. 750. — Baluze, Marca hispanica, lib. IV, p. 777 et suiv. — D. Rivet, V, 17 et suiv. .

HISTOIRE GENERALE DU POITOU (82o)

dans l'église une place plus honorable, et par le concours considérable des grands et du peuple, combien déjà son culte était répandu. Au siècle suivant, et à Tannée où nous sommes, les moines d'Andin, dans la forêt des Ardennes, qui venaient de remplacer un collège de chanoines par les soins de Pévêque de Liège Walcand, prièrent ce prélat de leur donner le corps de saint Hubert pour inaugurer plus dignement la réforme de leur monastère. Mais c'était là une question que Walcand n'osa pas prendre sur lui de résoudre sans l'agrément de l'empereur Louis. Celui-ci, de son côté, proposa l'affaire aux évoques assemblés alors dans son palais d'Aix-la-Chapelle pour y traiter du culte des images. Le concile ne trouva pas d'inconvénients à accorder cette grâce aux moines d'Andin. On transféra donc le saint dépôt dans leur église abbatiale le 30 septembre 825. Ce même corps, trouvé quatre-vingt-deux ans auparavant intact et sans corruption, était resté le même ; de nouveaux miracles signalèrent cette cérémonie et continuèrent de se multiplier à ce nouveau sépulcre, si bien que l'abbaye en Abbaye de son nom pj^t ^^^ j^^g Jq i^q^i do Saint-Hubcrt. Ccs miracles furent

dans les Ardennes. i-

recueillis en ce temps même par Jonas, évoque d'Orléans, qui était présent à cette translation. Quelques années après, des pluies continuelles faisant craindre une grande disette, les prêtres des lieux circonvoisins allèrent nu-pieds avec leurs peuples en procession à l'abbaye, et au même instant qu'ils faisaient leurs prières, on vit la pluie cesser, ce qui redoubla la dévotion populaire envers le saint (a).

Il y a lieu de s'étonner que ce vocable soit absolument étranger dans notre province à une seule église paroissiale. Une simple chapelle du bas Poitou en était décorée autrefois à Nieuil-sous-Passavant (31), fondée par un seigneur de la Roche-Boisseau. Le Nord de la France est resté plus fidèle à ce souvenir. Il n'y a que les chasseurs qui, en tous pays, aient conservé un culte annuel au saint patron des

(a) D. Rivet, V, 31 et suiv. — Mabillon, Ad. Sanct., in h. aiin. — Baillet, 3 nov. — Longueval, Hist. de l'Eglise gallic.j VI, 50).

Ardennes ; mais de telles cérémonies ne sont pas celles où il est le plus invoqué. Ne quittons donc pas ce sujet sans mentionner un des titres que notre saint compatriote s"'est acquis très légitimement à la confiance des personnes atteintes de l'horrible maladie de la ra£-e. Les documents comment ii est in-

^ voqué contre la ma»

les plus dignes de foi attestent que, dés Pan 879, on recourait •''^'e de la rage. déjà à un moyen qui s'est prolongé jusqu'à notre époque pour délivrer de ce mal cruel regardé comme inguérissable par la science médicale ; car on voit guérir toutes les personnes qui y recouraient en se soumettant aux faciles pratiques d'une neuvaine dont la forme est toujours restée la même depuis dix siècles. Ce moyen consiste à insérer dans une petite incision faite au front du malade un fil tiré d'une étole qui avait appartenu au saint évoque. Cette opération s'appelle la Taille. Les esprits forts qui ne manqueront pas de rire de telles cures devront, avant de se prononcer, aller eux-mêmes à Liège et à Saint-Hubert, où ils verront une centaine de guérisons opérées chaque année, personne dans ce pays ne négligeant d'y recourir (32).

Le 2 juin 826 mourut dans son abbaye de Corbie, dont il haîKbK?co^bî avait repris et gardé la direction depuis cinq ans, le célèbre Adalhard, que nous avons vu enveloppé avec Théodulphe et son frère Wala dans la malheureuse catastrophe de Bernard d'Italie. Mais ce revers n'avait rien ôté à ses vertus pratiques, ni à sa réputation de sainteté qui lui survécut, et l'a fait honorer à ce titre dans le catalogue des saints. Sa vie avait été pleine de travaux utiles. Dans l'espérance de jeter au milieu des Saxons, dont la conversion récente avait besoin d'être stimulée, des semences fertiles de religion par la civilisation chrétienne, il avait fondé, en Saxe, sur le Wéser, un monastère qu'il nomma la Nouvelle-Corbie, où les moines, tant qu'il vécut, ne voulurent pas d'autre abbé que lui. Ayant pratiqué la cour et possédé la confiance des rois , il en avait attaqué les désordres et signalé les abus dans un livre qui, malheureusement, s'est perdu, et qui nous aurait donné à ce sujet

?on livre de l'État d'intéressants détails sur la tenue de la cour de Charlemagne, de Pépin et de Louis le Pieux. Ce livre avait pour titre : Traité sur l' état du Palais et l' ordre dans la Monarchie française. Le savant archevêque de Reims, Hincmar, qui avait vu ce livre dans sa jeunesse, en fait Téloge, et rappelle que Targument fondamental de cet ouvrage tendait à prouver que Tordre dans le palais était la garantie de l'ordre dans les affaires publiques (32). Au reste, Adalhard avait le droit de parler ainsi. Rien de plus réglé, de plus doux et de plus simple que sa conduite. Aussi indulgent pour les autres que dur pour lui-même, il possédait ainsi des qualités et des vertus qui brillent peu dans les conspirateurs, et qui vengent sa mémoire depuis plus de mille ans des calomnies qui réprouvèrent quelques années, pendant lesquelles sa constance ne s'affaiblit ni à Corbie, ni à Noirmoutier (33).

Nouveaux troubles Dc nouvcllcs lutrigucs Signalèrent encore au-delà des

en Espagne et eaBre- o,rw/^ • i •

tagne. Pyrcuécs le commencement de cette année 826, aussi bien

que d'autres mouvements qui troublèrent de nouveau la paix de la Bretagne. Nous ne nous y arrêterons pas, parce que nous ne voyons pas que l'Aquitaine et le Poitou y aient pris aucune part. Disons seulement, comme pouvant se rallier plus tard à notre récit, que Wismarck, que nous avons vu devenir chef des Bretons , ayant été tué par Lambert, comte des Marches armoricaines pour la France, Noménoé fut élu roi de toute la nation, et que ce choix fut approuvé pleinement par l'empereur dont il avait la confiance (34).

L'abbaye de Noir- A la fin de janvier mourut aussi un autre abbé de Noirmou-

moutier fortifiée coa-

tre les Normands. ticr, Amould, dont uous savous les travaux, et qui gouvernait en même temps les abbayes de Luçon et de Saint-Michelen-l'Herm. Son gouvernement passa à Hilbod, qu'il avait formé dans l'île même à la direction des affaires, et le nouveau dignitaire, qui voyait poindre de prochains dangers pour les maisons dont il venait de prendre la charge, comprit qu'il devait user de son crédit auprès de la cour pour augmenter leur prospérité et les assurer par tous les

manue.

moyens possibles contre un ennemi dont il devait se méfier. Assez souvent on apercevait les barques normandes rôder au loin et s'approcher même des îles de notre Océan jusqu'à laisser supposer des intentions redoutables. Il fallait donc songer à la fois, et à multiplier les movens de EUe augmente sa

o j 1 t manne.

s'approvisionner en cas d'attaque, et de se défendre sous des remparts qui garantissent la sécurité des insulaires. Hilbold obtient donc un diplôme du 18 mai suivant, dans lequel Louis et Pépin lui accordaient de concert le droit d'avoir six navires pour vendre, acheter, transporter et conduire sur toutes les rivières du royaume tout ce qu'il jugerait à propos pour le bien et l'utilité de ses deux monastères de Noirmoutier et de Déas, avec exemption de tous impôts, péages et autres droits à l'entrée ou à la sortie de tous les ports des deux royaumes (a). Mais il s'agissait de bien plus que cela, et quoique l'ouvrage ne dût se terminer que quatre ans après, l'habile administrateur songea dès lors à s'abriter dans son île contre les incursions du terrible ennemi qu'il redoutait. C'est que, en effet, il lui souriait peu d'abandonner ce terrain où l'Océan lui faisait une ceinture, où la paix régnait d'autant plus, et où les facilités de la pêche et son nouveau droit de circumnavigation lui procuraient des ressources très appréciables au double point de vue de l'industrie et du commerce de son île. Rien n'était donc plus opportun que de s'y renforcer par des moyens de défense extraordinaires. Ils consistèrent à former autour de l'abbaye, et s'avançant assez près du rivage, une muraille de circonvallation pour laquelle Louis le Pieux et son fils Lothaire accordèrent de leur propre trésor des fonds considérables ; les fidèles de l'île furent employés à cette construction, qui était autant dans leur intérêt que dans celui des religieux ; ils s'y prêtèrent avec empressement. Par ordre des princes, les hommes libres et les serfs du monastère devaient, au besoin,

(a) Juénin, Nouvelle histoire de Tourmis, ad ann. 626. — M. l'abbé du Tressay, Hist. des Moines et des Evêques de Liiçon, I, 117.

défendre les remparts. Enfin les deux rois, en octroyant tout ce que nécessitait cette défense militaire, prirent Tîle ainsi transformée sous leur patronage et celui de leurs successeurs par une charte datée du 3 août 830, c*'est-à-dire quand déjà tous les travaux étaient achevés. Nous verrons bientôt que tout d'abord ils ne furent pas inutiles. Bernard, duc de Bernard, duc de Septimanie, était toujours comte de

Septimanie et comte ' i 7 o

de Poitou. Poitou depuis qu''il avait reçu le gouvernement de cette

province en 816. L'urgence des affaires le retenait plus souvent au-delà des Cévennes qu'aux bords du Clain , où il est évident qu'il devait être suppléé par des officiers inférieurs. Mais ce que nous avons vu de lui dans ses affaires avec l'abbaye de Saint-Maixent prouve moins de sa part des exactions coupables que des concessions dont il jouissait volontiers, parce qu'alors un usage déjà invétéré semblait avoir conservé de telles possessions dans les familles qui en avaient joui depuis plus ou moins de temps, mais toujours par suite de privilèges que les rois s'étaient Ses revenus et ceux faits , saus clamcurs Dossiblcs uï rcvcndications utiles. On

des comles en gênerai ' ^

eœiésiasti ùes '^''^"^ ^ °^^ P^^' plusieurs dlplômcs dc Pépin {a) que nos comtes n'avaient guère d'autres revenus attachés à leur dignité que les bénéfices qu'ils obtenaient des rois d'Aquitaine, et partout ailleurs il en était ainsi. Nous avons vu cependant que les impôts, sujet de vives et fréquentes réclamations de la part des peuples, n'entraient pas tous dans le trésor royal, et qu'ils étaient souvent grossis par des exactions criminelles. C'était de quoi les Missi avaient eu surtout à informer. L'abus n'en subsistait pas moins des confiscations ecclésiastiques au profit des leudes, et rien de ces convenances dites politiques ne pouvait, pas plus alors que jamais , faire une possession légitime de ce qui n'était réellement qu'une usurpation et un vol. Aussi nous voyons comme les religieux ne manquaient jamais une occasion de faire valoir leurs droits méconnus, et dès que les rois

(a) D. Bouiiiict, t. VI.

paraissaient se mêler de leurs affaires, ils s'empressaient de revendiquer des biens qui leur avaient été donnés presque tous à charge de prières, et pour Tentretien de leur maison, qui ne pouvait se relever sans ce retour. De là les restitutions que nous avons vues, et la preuve par un des actes royaux qui les consacrent, que le Bernard de Septimanie était bien le même que le comte de Poitou de ce nom, fils d'Adelelme, personnage assez inconnu, quoique le quatrième fils de saint Guillaume ; d''0Li résulte bien que ledit Bernard était le petit-fils et non le neveu, comme on Ta dit, de cet illustre ami de Charlemagne.

L'empereur, après avoir passé Thiver de 825 à 82G à Assemblée d'in- Aix-la-Chapelle, alla tenir à Ingelheim une assemblée générale. Les députés des provinces les plus éloignées y arrivèrent et y déployèrent toute la magnificence à laquelle avait accoutumé la cour de Charlemagne. On y vit dos envoyés du pape Pascal P'", du patriarche de Jérusalem, des princes du Nord, et en particulier les fils de Godefroy, prince de Dancmarck, que la fermeté de Louis avait ramené au devoir et maintenait encore dans une soumission relative. Louis les reçut tous avec honneur et les renvoya comblés de présents. Pendant qu'on s'abandonnait à la joie de ces grandes assises auxquelles Pépin était venu assister, on apprit avec plus d'ennui que de surprise que de nouveaux mouvements se préparaient en Catalogne, et l'on se tint sur ses gardes pour les réprimer au besoin. La prudence devait conseiller une répression prompte et active. Néanmoins on temporisa, dans l'espérance sans doute que ces premiers bruits n'avaient encore rien de bien menaçant. Ce ne fut qu'en octobre suivant, lorsque Louis s'en était allô présider à Seltz (36) une autre assemblée des Francs d'outre-Rhin, qu'on reçut la nouvelle définitive d'une révolte déclarée où figuraient des personnages que nous connaissons déjà et dont il faut ici nous entretenir.

Nous avons vu qu'en 820 Béra, comte de Barcelone, Révolte d'Aïm en avait été privé de son gouvernement pour avoir conspiré

avec les Sarrasins d'Espagne, dans le but de se rendre indépendant. Il avait eu pour complice dans ce projet, Aïzon, autre comte de nationalité wisigothe, à qui ne suffisait pas non plus son apanage, et qui, pendant que Béra résidait forcément à Rouen, où on ne le perdait pas de vue, était détenu lui-même à la cour d'Aix-la-Chapelle, où il semblait moins être prisonnier que pourvu de quelque grand office qui ne lui permettait pas de disparaître un seul jour. Mais, de là, il s'était ménagé des intelligences avec ses compatriotes ; si bien qu'aussitôt instruit de leurs desseins, qui commençaient à percer, il s'échappa au milieu des préparatifs faits à Aix pour la diôte de Seltz, arriva en Septimanie, et se trouva bientôt au-delà des Pyrénées, où il fut accueilli comme un libérateur propre à relever l'ancienne gloire de sa nation. De là, il se hâta de conclure une alliance avec Abd-el-Rhaman II, calife de Cordoue. Il ne s'agissait de rien moins que de reprendre sur les Francs tout ce qu'ils occupaient déjà jusqu'à l'Ebre et au-delà de la Sègre (37), c'est-à-dire depuis Pampelune jusqu'à Barcelone et à Tortose, deux places importantes, puisqu'elles mettaient l'Aquitaine en rapport avec la Méditerranée.

Louis et Pépin se Aux nouvellcs rccucs à Seltz de cette c^uerre imminente,

préparent à la corn- ' '-' '

P"'"'^''- Louis revint à Aix-la-Chapelle, où se tint une nouvelle

assemblée convoquée afin d'y prendre les moyens de couper court aux soulèvements qui se préparaient. Pépin, qui s'y était rendu avec un grand nombre de leudes de sa cour, parmi lesquels Bernard, marquis de Septimanie et comte de Poitou, reçut là de l'empereur un plan de campagne dont il s'empressa d'aller préparer l'exécution. Néanmoins on avait résolu de tenter avant tout les voies d'accommodement ; c'est par quoi on devrait toujours essayer de prévenir toutes les guerres. Des négociations eurent lieu, pendant lesquelles on disposa néanmoins du côté de Toulouse tous les moyens d'entrée en campagne ; ce qui n'empêcha pas l'ennemi lui-même de continuer ses préparatifs. Ces tempo-

risations, qu'on aurait dû éviter en France et en Aquitaine, firent gagner la fin de l'année.

Ce fut alors que Bernard, ayant armé tout ce qu'il pouvait Bernard se distin-

*" ""uc dans cette "'ucrrôi

dans ses gouvernements, se couvrit de gloire en opposant une barrière insurmontable aux Sarrasins, qui s'étaient avancés, sur les dépêches reçues d'Aïzon, jusqu'à l'entrée du Roussillon en escaladant la partie orientale des Pyrénées qui confine à la mer. Mais le succès qui devait suivre de cette résistance s'évanouit à peine conçu, les comtes Hugues et Mainfroi, chargés de se réunir à lui pour seconder ses efforts, l'ayant trahi par des retards combinés. Mainfroi était comte d'Orléans, Hugues était devenu naguère le beau-père de Lothaire, le fils de l'empereur associé à l'empire. Jaloux tous deux du mérite de Bernard et de la confiance qu'il lui deu-xeénéfau'.?' """^ méritait à la cour, ils retardèrent à dessein la marche de l'armée qu'ils devaient lui conduire ; de sorte que tout en retenant les troupes maures au pied des Pyrénées, qu'elles venaient de franchir, il ne put empêcher le pillage de la contrée envahie, après quoi, lorsque l'armée de secours arriva enfin, les vainqueurs avaient déjà opéré leur retraite au-delà de l'Ebre et de la Sègre w. Cette perfidie dénoncée par la voix publique, et que Bernard signala avec une juste amertume, fit traduire en février de l'année suivante les deux coupables à une diète d'Aix-la-Chapelle, où ils furent dépouillés de leurs emplois et de leurs titres (*). C'était trop peu pour un tel crime. Ce fut beaucoup pour les résultats, puisque la haine s'empara du cœur des deux coupables, et qu'ils trouvèrent à s'en venger bientôt en se faisant les instigateurs des plus regrettables désordres. De si graves préoccupations n'empêchaient pas Tempe- commencements de

, . , . . . l'abbsye de Paint-Cy-

reur de poursuivre, en admmistrateur mtéressé aux progrés pneu de rouiers. de son pays, les œuvres de civilisation qu'il y croyait nécessaires. Quoique Pépin fût le plus souvent en Aquitaine,

{a) Mauléon, Les Carlovingiens, II, 194. — La Fontenelle, Rois et Ducs d'Aquitaine, p. 160 et suiv. — Eginhard, ad ann. 827. {b) Eginhard, ad ann. 828.

OÙ il habitait tour à tour Toulouse et Poitiers, Louis y prenait volontiers Pinitiative des grandes entreprises, et c'est à cette activité laborieuse que Poitiers dut cette année une fondation qui apportait un nouvel éclat à la cité, déjà fiére de ses monastères de Saint-Hilaire et de Sainte- Croix. En 824, il avait commencé un nouvel établissement de ce genre hors les murs de la ville et sur les bords du Clain, qui Tarrose au levant dans toute son étendue. C'était une abbaye d'hommes dont il avait posé ainsi les premières pierres, et qui ne consista d'abord qu'en une modeste église dédiée à Notre-Dame et à saint Martin, avec un petit nombre de chapelains pour la desservir. Elle était, au-delà de la rivière, une ressource à ceux qui se trouvaient par là dispensés de la franchir pour assister au service divin que d'autres trouvaient plus facilement sur la rive opposée, dans les églises de Saint-Simplicien et de Sainte-Radégonde. Déjà donc, en 827, le centre de cette nouvelle maison était constitué, les bâtiments s'y élevaient et s'achevaient assez promptement, mais ils ne furent prêts que l'année suivante pour y recevoir une plus nombreuse famille monastique (a). Avant de nous y arrêter, nous avons à parler d'une autre maison déjà célèbre, et dont il y a ici à signaler un important accroissement de prospérité.

Privilèges de Saint- C'cst dc Saint-Maixcut qu'il s'agit encore. Pépin, dont

Maixent accrus par i i • -n

Pépin. nous avons vu il y a deux ans la bienveillance envers cette

abbaye, continua de la lui témoigner en augmentant ses privilèges pour la navigation des fleuves, qui doublait sa vie et accroissait ses richesses. En cette même occasion, il favorisa des mêmes grâces la maison de Déas et le Portus Vitj^a7Hœ(3S). Ce dernier lieu était une terre que Charlemagne avait accordée autrefois aux moines de Mici, et dont ils s'étaient fait un prieuré. Sa position sur le Tenu (39), entre le Port-Saint-Père et la pointe orientale du lac de Grand-Lieu, ouvrait un débouché commercial aux sels, aux vins et aux

(a) V. nos Vies des Saints de l'Eglise de Poitiers, p. 241 et suiv.

céréales qu'on y venait chercher de POrléanais par la Loire, le Cher, la Sarthe, la Vienne et le Maine (40). Comme le monastère de Saint-Maximin de Mici était le point de départ de ces voyages maritimes, il eut part aussi aux bienfaits du roi, qui augmenta ses privilèges en permettant à ses barques de franchir sans aucuns droits de péage les cours d'eau qui reliaient les deux établissements. C'étaient d'ailleurs autant de moyens de prospérité pour les lieux placés sur ces rivages, où les populations profitaient à l'envi des haltes que pouvaient faire chez elles ces nombreux navires qui y revenaient souvent. Pour ces surcroîts de bienveillance, Louis s'était joint à son fils et n'avait fait que renouveler par un diplôme les intentions exprimées par Charlemagne.

Mais il restait encore à faire, pour que Saint-Maixent Diplôme rour la

' '■ ^ restitution de quel-

recouvrât tout ce que la charte de 825 lui avait fait espérer, ques-uns de ces tiens. En ëtïet, sur les terres mêmes déjà restituées, existaient certaines autres de moindre étendue, mais très gênantes pour les principaux propriétaires, car elles constituaient sur leur sol des enclaves sujettes à discussions, et dont la dîme ne leur était pas donnée, quoique les tenanciers y eussent été obligés par ordonnance royale. C'est de quoi les religieux se plaignaient, demandant au roi d'intervenir contre ces inconvénients. Le prince le leur octroya, et quelques lignes de son diplôme nous révèlent une particularité qu'il importe de noter ici : c'est que pour établir combien est fondé son empressement à servir l'abbaye, il rappelle qu'elle reste encore dépositaire du corps de saint Léger, qui ne cessait pas d'y être honoré par un culte public auquel on voyait se mêler souvent des pèlerinages venus de loin w. Hélas ! cette paix des saints n'habitera pas toujours leurs demeures, et des jours vont venir où plus d'un exil la troublera.

Nous devons signaler pour mémoire, et comme intéressant (a) Cf. Dom Bouquet, Hist. Galliar., lY, 550. — Migne, Patrol, CIV, col. 1 160.

Rédaction des ca- noti'e littérature nationale, la collection faite vers cette année

pitulaires par Andé- i/-n-,i- ■ •, ■ , • l ■ -• i-i

gise. des Capitulaires, qui n avaient ete conserves jusque-ia dans

les archives impériales qu'à Tétat de feuilles volantes, contre lesquelles aurait fini par prévaloir tôt ou tard un désordre inséparable des troubles publics. Andégise, abbé de Fontanelle (41), s'occupa de cet important travail, qu'il divisa en quatre livres. Ils contenaient ceux de Charlemagne, auquel il ajouta quelques-uns de Louis le Débonnaire. On sait par ce qui précède que ces règlements, qui eurent bientôt force de loi par suite des décrets dont fut accompagnée ou suivie leur publication authentique, s'occupaient également du gouvernement civil et de la discipline ecclésiastique. Depuis cette première apparition d'un recueil qui fut longtemps la base du droit français, et dans lequel se conservèrent beaucoup de ses traces inaperçues, de nombreuses copies, et ensuite des éditions imprimées parurent à diverses époques, jusqu'à ce qu'enfin le docte Baluze, dont notre Aquitaine peut se glorifierez), en donnât une autre plus entière et plus complète, avec une savante préface où il fait une intéressante histoire de ces curieuses sources de notre légistation (b).

Autonomie donnée Cette aunéc cncore, et le 27 juin, Pépin confirma un

à labbaye de NouaiUe. ' ■j i \.

accord passé antérieurement entre Foulques, abbé de Saint-Hilaire de Poitiers, et les moines de Nouaillé, qui, jusque-là, avaient été assujettis à la célèbre abbaye. Foulques les avait affranchis de cette dépendance en se réservant une seule redevance annuelle de vingt sous pour lui et son monastère, et le droit exprès de confirmer l'élection des abbés de Nouaillé. Cette double réserve fut observée bien longtemps après (o.

Extension de l'ab- Pépiu , à Cette époQuc, habitait Poitiers, qu'il préférait à

baye de >amt-Cypriea >■ ' 117 1 i i

beaucoup d'autres résidences, grâce à son palais de Chas-

(a) 11 était né à Tulle en Limousin.

(&) Cf. Dom Rivet, Hist. litlér., IV, 390 et suiv. — Mauléon, Les Carlov., II, 196.

(c) D. Fonteneau, Nouaillé, t. II, ad h. ann.

de Poitiers.

seneuil (42), dont il aimait la solitude et la fraîcheur. C'est de là qu'il data en 828 Pacte d'érection définitive du monastère de Saint-Cyprien, commencé en réalité depuis quatre ans par son ermitage de Notre-Dame. L'occasion lui en vint des miracles éclatants que les reliques du saint martyr ne cessaient d'opérer à Saint-Savin, où elles avaient été religieusement gardées jusque-là, prés de celles de son illustre frère. Ce n'est pas que ces précieux restes s'y fussent conservés en entier ; de nombreuses portions en avaient été distribuées, par une exception aux régies observées alors, à des populations jalouses de les posséder; mais il fallut accorder à la piété du prince, autant qu'à la reconnaissance qu'on lui devait, tout ce que possédait encore la basilique de Charlemagne. La translation s'en fit solennellement avec le concours d'un peuple nombreux qui alla chercher les précieux restes à Saint-Savin même, et les rapporta dans leur nouvel asile. Déjà l'église 's'y était agrandie ; on en avait amplifié les bâtiments, et l'on ajouta au vocable de la Sainte-Vierge celui de saint Cyprien, qui devint le titre distinctif du monastère (43).

C'est peu de temps après cette fondation qu'une dévotion de''s"SL''dM"iéclairée fit comprendre qu'il ne fallait pas séparer à Poitiers, ''®"* non plus qu'à Saint-Savin même, les deux frères, qui, ayant souffert ensemble, semblaient devoir profiter aussi en même temps, pour leur gloire si bien méritée, des honneurs du même culte. On voulut donc dédier à l'amé des deux, non loin du nouveau monastère, un monument qui unît sa mémoire à celle du compagnon de son martyre. Une église paroissiale fut érigée sous son nom, à peu de distance de la cathédrale, dans la rue qui porte encore le nom de Saint-Savin (44). Il paraîtrait que cette fondation serait due au doyen du Chapitre cathédral, dont le nom ne nous a pas été transmis, car, jusqu'en 1791, et tant que le titre de paroisse demeura à cette église, elle vit toujours ses curés nommés par le doyen de Saint-Pierre, sur la présentation alternative des abbés de Saint-Cyprien

et de Saint-Maixent. Des fouillés récentes pratiquées dans le sous-sol de cette église, vendue par la Révolution à des particuliers, ont fait constater des reconstructions successives, dont la plus ancienne portait dans ses murs les caractères architectoniques du ix'' siècle. D^autres travaux repris à différentes époques semblent y coïncider avec les catastroplies que la guerre apporta trop souvent au sein de la cité. C'est tout ce qui nous reste de son histoire, qui a fini comme tant d'autres, hélas ! sous le marteau des voltairiens. Au reste, ceux-ci devaient avoir eu des précurseurs. Nous verrons bientôt que ces pieuses entreprises, poursuivies avec tant de zèle et de patriotisme, furent violemment arrêtées dans leur floraison par les malheurs qui allaient fondre sur la France avec les hordes sauvages qui approchaient. C'est à ces bouleversements, et à la perte des archives qui y furent brûlées, qu'il faut attribuer la complète ignorantîe où l'on est resté des plus intéressants détails de ces fondations. On ne connaît pas même le premier abbé de Saint-Cyprien , la liste de ces dignitaires n'ayant été reprise qu'au commencement du siècle suivant, lorsque Frotfade parut en 904, sans laisser autre chose que son nom (a). On ignore avec combien de moines commença rétablissement dû à Pépin P'', et d'où vint à Poitiers cette colonie. En un mot la plus obstinée obscurité régnera sur le malheureux monastère jusqu'à sa restauration, en 936, par l'évêque de Poitiers Frotier II (f).

Commencements de Le même sort attendait vers le même temps un autre

l'abbaye de Saint- . . -in

séverin en Poitou. Celle, qui, aprcs avoir succombé aussi à de cruelles attaques, devait renaître de ses cendres sous les auspices d'un de nos plus glorieux Guillaumes de Pohou. Mais déjà, au commencement du ix^ siècle, existait jorès d'Angély un prieuré de Saint-Surin de Bordeaux, nommé, en Saintonge

{a) Archives histor. du Poitou, III, xxix.

(b) Gallia Christ., II, du ïems, II, 436 et suiv. — Longucval, VI, 572 — Arck. hist. du Poitou, III, avaiil-propos. — Dufour, Manuscrits, p. 30

et en Poitou, Saint-Séverin, où se gardaient dévotement des reliques du grand évêque du v^ siècle (45) .L'emplacement en était choisi dans un lieu, sinon pittoresque, au moins agréable, sur la rive droite de la Boutonne, ayant, à une courte distance au Nord, la forêt de Chizé, et à distance à peu prés égale au Sud, le petit village de Dampierre (46). Il est probable que celui de Saint-Séverin (a) sera venu se poser dès cette première époque autour des solitaires, comme faisaient ordinairement les colons qui recherchaient volontiers un abri dans ce voisinage, où la charité chrétienne les soignait dans leurs maladies aussi bien que dans leurs besoins du corps et de Tàme. Mais cette fondation modeste n'était pas la seule que possédât, sous le double vocable de sainte Ursule et de saint Séverin, le diocèse si vaste de Poitiers. Une autre existait aussi, et peut-être antérieurement, sur les bords du Thouet, dans la villa d'Adilly (47), à deux kilomètres Sud-Est de Parthenay, et dans la viguerie de Thouais, Tune des plus anciennes et des plus étendues de la contrée. Nous verrons cette paisible retraite troublée, comme tant d'autres, par le fléau des guerres d'invasion, et renaître de ses cendres sous la protection de ce même Pépin.

Après ces soins donnés aux choses de l'Eglise, le prince Pépin favorise rabse rendit à Limoges, où il s'établit pour quelque temps dans l'abbaye de Saint-Martial : il y avait un logement somptueux selon l'usage des souverains (*). C'est là qu'à la demande de l'abbé de Montolieu, qui l'y était venu trouver, il renouvela, par une charte, les privilèges de ce monastère, bâti vers 800, dans le Languedoc, au diocèse de Carcassonne (48).

Nous touchons à de grands événements qui vont changer la face des affaires publiques, jusqu'ici florissantes dans une paix due à la sagesse et aux remarquables qualités de

(a) Saint-Séverin n'est plus aujourd'hui qu'une commune de 600 âmes, du canton de Loulay (Charente-Inférieure).

(6) Baluze, Capitul., t. II, ad h. ann.

baye de Montolieu.

Louis le Pieux. Ils ont trop de rapport avec quelques personnages importants de notre province pour être omis dans une histoire où les souvenirs de l'Aquitaine vont se mêler plus que jamais à ceux du Poitou.

Note 1

Besly, Comtes de Poiet., p. 8. — Annuaire de la Vendée, 1859, p. 198. — La Fontenelle, p. 140. — Le nom latin de l'ile de Bouin était Bundiurrij d'après Eginhard. En diverses chartes, on trouve Bonno, BononensiSj Bouing, Bocinum; Mézerai en fait l'ile d^Amboain, et Daniel croit que c'est le Saint-Paul de Born en Gascogne. Est-ce le cas de dire qu'il vaut mieux voir ainsi que pas du tout? — L'ile avait, quand cette première infortune lui arriva, une église paroissiale dédiée à Notre-Dame. Elle a traversé tout le moyen âge, appartenant longtemps par indivis aux comles de Bretagne et à ceux de Poitou ; aujourd'hui elle forme un bourg de deux à trois cents âmes du canton de Beauvoir-sur-Mer. Plusieurs auteurs, comme Mauléon et La Fontenelle, racontent que simultanément à l'île de Bouin eut lieu le pillage et la destruction de Noirmoutier et de Rhé ; mais ils ne citent pas de sources de cette affirmation, et les chroniques ne parlent de l'île de Rhé que plus de dix ans après. Nous avons donc cru devoir abandonner les récits qui manquent de preuves, et qui ne paraissent se rapporter qu'à une époque ultérieure où les Normands recommencèrent à revenir dans ces parages.

Note 2

Cette rivière (Vendée), qui a donné son nom a l'un des trois départements de l'ancien Poitou, sort de l'étang de la Sauvagère, dans la forêt de Chantemerle, canton de Moncoutant (Deux-Sèvres), et se jette dans la Sèvre, à une lieue Sud-Ouest de Marans, après avoir touché à Vouvent, à Fontenay-le-Comte, qu'elle traverse, et à Velluire.

Note 3

Cette viguerie de Rezé n'a pas de plus ancien titre qu'une charte de l'an 839. Mais son importance, aussi bien que son éloignement de la capitale de la province, devait lui avoir fait donner un viguier dès la création de cet office.

Note 4

La Sèvre-Nantaise est ainsi nommée de ce qu'elle va rejoindre la Loire près Nantes, après avoir pris sa source à 5 kilomètres Est de Secondigny, chef-lieu de canton des Deux-Sèvres, dans l'arrondissement de Parthenay. Elle remonte jusqu'à cette embouchure vers le Nord, par la Pommeraie, Mauléon (ou Chàtillon-sur-Sèvre), Saint- Laurent, Mortagne, Tiffauges et Vertou.

Note 5

Deux rivières de ce nom, le Grand et le Petit Lay , naissent et meurent toutes les deux dans le département de la Vendée. Le Grand Lay commence au Vieux-Pouzauges et se perd dans l'Océan vis-àvis de l'Aiguillon. Il a visité ainsi Pouzauges, la Meilleraie, Bazogesen-Pareds, Saint-Philbert, Saint-Vincent-du-Fort-du-Lay, Mareuil et Saint-Benoit-sur-Mer. — Le Petit Lay vient de Saint-Paul-en-Pareds, et coule jusqu'au Fort-du-Lay, où il se jette dans le Grand par Rochetrejoux et Sainte-Cécile.

Note 6

VOuère. Les cartes, qui ne sont jamais très scrupuleuses, écrivent diversement cette petite rivière, qui, à proprement parlir, n'est qu'un ruisseau de peu de valeur. C'est tantôt la Douère, et tantôt la Doire ou le Doir, et tantôt enfin l'Ouère, que nous employons ici comme donné par les cartes les plus récentes. Saint-Maurice est aujourd'hui une commune de 1,200 habitants, dans le canton d'Argenton- Chàteau (Deux-Sèvres).

Argenton-le-Chastel, dit aujourd'hui, Argenton-Château, est une ancienne baronie, devenue chef-lieu de canton des Deux -Sèvres de 6 à 700 habitants, dans l'arrondissement de Bressuire. La rivière qui la traverse prend naissance un peu au Sud de Bressuire et se jette dans le Thouet, près de Montreuil-Bellay (Maine-et-Loire), en passant par Voutegon, Saint-Clémentin, Argenton, Messays, Argenton-l'Eglise, le Cbambon et Bouillé-Lorest.

Note 8

Il est probable que c'était des choses de son monastère que le saint venait d'entretenir le monarque, car s'il est vrai que ce fut trois jours avant sa mort que Benoit avait obtenu pour son abbaye un diplôme d'immunités où il s'agissait surtout de la navigation de plu-

sieurs barques sur les rivières du pays, on ne peut que remarquer la coïncidence qui se fit entre cette visite du 7 février et sa mort arrivée le 11. (Diplom. Ludov. PU, ap. Migne, t. CIV, col. 1105.)

Note 9

Quod fuit Ausoniis Benedictus rector in arvis,

Hoc modo tu in nostris es, Bénédicte, locis.

(Theod, Carm., lib. II, n» 6.)

Note 10

Longueval, VI, 499. — Cette étymologie serait tirée d'un peu loin. Nous préférons le sens de Witiza, qui, régulièrement, aurait donné en latin Oatieius, un peu adouci en changeant l'O initial en E. — Cf. Dom Rivet, IV, 448.

Note 11

Saint-Laurent de Vernazoubre. Les historiens de ce temps nomment ce monastère Sanetus Laurentius in Olibegio in Septimania, sur la Vernazoubre (Vernodubrus), et en dernier lieu du diocèse de Saint-Pons-de-Thomieres (Sanetus Pontius T ho me ri arum), petit évêché créé en 1317, et qui, suffragant de Narbonne, fut détruit en 1791.

Note 12

Mabillon, Annal. Bened., in h. ann. — A ce propos, certain auteur qui est souvent surpris à entendre mal les textes, s'api»itoie sur le sort de ces prêtres obligés « de reprendre la condition des esclaves ». Il se demande môme si, à cette époque, « le caractère sacerdotal était bien considéré comme indélébile ». Il ignorait, en même temps, que tous les membres d'une maison monastique n'étaient pas prêtres, et que c'est précisément parce que le sacerdoce porte caractère, qu'il est indélébile, ce qui a été de tout temps, comme pour le baptême et la confirmation.

Note 13

Montesquieu, dans son Esprit des Lois, où d'excellentes vues sont m.êlées de trop des préventions de la philosophie de son temps (Voir 1. XXVIII, c. xi), accuse le clergé d'avoir abandonné les capitulaires dans ce qu'ils avaient de trop assujettissant pour son indépendance. Il est pourtant vrai de dire que la législation féodale devint obligatoire pour le clergé comme pour la noblesse et la bourgeoisie ; que les clercs n'y furent pas moins obligés que les deux autres corps de

la nation ; qu'il est ridicule de lui attribuer l'abandon qui se fit généralement au ix° siècle de la législation établie par les capitulaires, et que la meilleure raison de cet oubli vint très certainement de ce qu'alors les développements rapides du système féodal firent revenir au droit romain, que les incursions des Barbares y avaient aboli depuis le v° siècle. — Cf. Baluze, Préface des Capitalaires ; Doujat, Hist. du droit canon. ; Dupin, Bibliothèque des auteurs ecclésiastiques j xviii' siècle; Fleury, Hist. du droit français.

Note 14

Vernon, Verno, petite ville de 6,000 âmes, cbef-lieu de canton de l'Eure, sur la Seine, à 30 kilomètres Nord -Est d'Evreux.

Note 15

L'Eure, Autura, prend sa source à 20 kilomètres Est deMortagne (Orne), baigne Charton et Louviers, et se perd dans la Seine, à 4 kilomètres au-dessus de Pont-de-l'Arche (Seine-Inférieure).

Note 16

L'Aure, Aura, petite rivière de Normandie, et qui la sépare du Perche. Elle naît à 8 kilomètres Est de Mortagne, passe à Verneuil, Tilliers, Nonancourt, et se jette dans l'Eure, à 4 kilomètres Nord de Dreux.

Note 17

L'Iton ou Yton, Ito, naît dans l'Orne, près de Mortagne, arrose les départements de l'Orne et de l'Eure, et s'embouche dans l'Eure à 0 kilomètres au-dessus de Louviers.

Note 18

V. AH de vérifier les dates, IX, 209. — Mauléon, Les Carlovingiens, II, 269. On voit combien La Fontenelle affirmait légèrement {Rois et Dues d'Aquitaine, p. 146 et 541) que D. Mabillon et D. Vaissette s'étaient trompé en adoptant l'opinion contraire.

Note 19

Il n'est pas inutile de remarquer ici combien est peu fondée l'histoire qu'on a raconté de cette hymne : elle avait été, disait-on, la cause de la délivrance de Théodulphe, qui l'aurait chantée à travers les barreaux de sa prison, lors d'une entrée solennelle de l'empereur à Angers. Ce prince, ajoute-t-on, en aurait été si content, qu'il lui aurait rendu aussitôt la liberté. Outre le contexte historique exposé

ici, lequel est celui de tous les historiens anciens qui ont parlé du prélat, il est certain, d'après Tresvaux lui-même, que Louis n'était pas venu à Angers pendant que l'évèque y fut retenu, et même depuis la mort de la reine Ermengarde, qui y était inhumée. — Voir encore D. Rivet, IV, 467.

Note 20

Micy, Miciacunij premier nom du monastère de Saint-Maximin ou Saint-Mesmin, fondé vers 498 au diocèse d'Orléans, sur le Loiret. Théodulphe lui avait donné la réforme avec la règle de saint Benoît. C'est une paroisse de 1,500 habitants.

Note 21

Cornouailles, Cornu Galliœ, langue de terre comprise dans la partie du département actuel du Finistère et qui s'avançait dans l'Océan vers l'Ouest. Elle avait donné son nom à ce comté, nommé dans nos vieux historiens Corisapitum. Quimper-Corentin en était la capitale, aujourd'hui chef-lieu du département du Finistère. Elle a 10,000 âmes, et était avant 1789 un évêché dont saint Corentin fut le premier titulaire au v^ siècle.

Note 22

« Glonna sive Sanctus Florentins j ubi idem beatus Confessor Christi corporequiescit. » (Dom Bouquet, VI, 537.) — V. sur ce fait Bodin, Recherches sur l'Anjou, I, 105 et suiv.

Note 23

Ce Garcias était le même que nous avons vu nommé en d'autres circonstances Garsimin , probablement par une mauvaise copie de son nom.

Note 24

Une chronologie erronée a porté cette élection à l'an 857, et il est certain que Garcias était mort dès 842. — Nous suivons ici avec plus de confiance les données d'un homme grave qui avait bien étudié cette histoire. (V. Mauléon, Les CarlovingienSj II, 189 et 499.)

Note 25

Manuscrit de Dufour, mihi, p. 2 et 3, in-4'^. — Mons est devenue la capitale du Hainaut, en Belgique. C'est une ville fortifiée de 24,000 habitants, sur la Trouille, et qui eut un rôle considérable pendant tout le moyen âge par son commerôe et ses succès scientifiques.

Thézec. On ne peut facilement déterminer la position de ce domaine, que le texte de la charte ne distingue pas assez clairement de quelques autres du même nom, encore connus dans les environs de Chauvigny, de Loudun et de Ruffec. Nous croyons pourtant qu'il s'agit ici de Taizé, village de 5 à 600 âmes du canton deThouars (Deux-Sèvres), et à 10 kilomètres Sud-Est de cette ville. L'église paroissiale, du vocable de Notre-Dame, relevait du prieuré de Notre-Dame de Loudun, qui présentait le curé à l'évêque de Poitiers. On voit que cette paroisse date au moins du vm*^ siècle. Son chef-lieu est baigné par le Thouet.

Note 27

Les Couhé étaient une branche cadette de la maison de Lusignan^ qu'on verra alliée dans notre histoire aux familles les plus illustres du Poitou d'abord, mais aussi de la France et de l'Angleterre. Un Jean de Lusignan était baron de Couhé en 1078. Le fils de celui-ci prit une part active, en 1151, avec Hugues VIII de Lusignan, chef alors du nom et des armes, contre Henri II (Plantagenet), qui avait épousé Eléonore d'Aquitaine.

A la suiie d'un grand nombre de ses membres des plus honorablement connus par leurs hautes charges et les actions de guerre qui les ont distingués de tout temps, cette branche des Couhé- Lusignan se subdivisa, en 1427, en deux rameaux qui subsistent encore. La cour de nos rois, l'ordre de Malte, celui de Saint-Louis, y furent représentés; nos champs de batailles y virent mutiler ou tuer des chevaliers qui n'épargnaient pas plus leur vie que leur sang au service de nos rois et de la religion de leurs aïeux. A Blois et à Poitiers vivent encore les derniers rejetons du premier des deux rameaux. Celui qui est resté à Poitiers, le comte Paul, quitta le service et ses épaulettes d'officier en 1830. Son neveu , comte Adhémar de Lusignan , était entré à dix-huit ans dans les zouaves pontificaux, combattit à Mentana, et fut un des officiers du général Charette dans la campagne de France contre les Allemands en 1870 et 1871. Il a épousé une demoiselle Thérèse de Saint-Exupéri, d'une des meilleures familles du Périgord.

Les Couhé de Lusignan portent : Eeartelé d'or et d'azur, à quatre merlettes de l'un en l'autre. — (La Chesnaye des Bois, Dictionnaire de la Noblesse; — Sainte-Marthe, Généalogie de la Maison de la Trimouille ; — Chalmel, Histoire de Tour aine ; — Beauchet et de Chergé, Dictionnaire des Familles du Poitou; — Saint-Allais, Nobiliaire de la France.)

Note 28

Sainte-Radégonde-des-Pommiers, bourg de 500 habitants, à quatre kilomètres Nord-Ouest de Thouars (Deux-Sèvres).

Note 29

Uzès, Ucetia, évêché de la Gaule narbonnaise, créé vers 420 et supprimé en 1790. — Ce n'est plus qu'une sous-préfecture d'environ 6 à 7,000 âmes, à 8 lieues au Nord de Nimes, et sur la route de cette ville à Lyon. L'Auzon passe sous ses murs pour aller se jeter dans le Gard, à 2 lieues de là, vers le Sud. C'était en dernier lieu un duchépairie donné par Louis XIV à un de ses vicomtes. Mais son antiquité remonte à l'époque romaine, où elle est marquée dans la Notice des Gaules sous le nom de Castrum Ucetiense. Sa position entre des montagnes la rendait difficile à aborder, et elle garda un rôle historique dans le pays pendant les guerres du moyen âge.

Note 30

Notre-Dame de Grasse, Grassa, fondée par Charlemagne en 778, au diocèse de Carcassonne, en actions de grâces de sa victoire sur les Sarrasins. Elle était de l'Ordre de Saint-Benoit. — Grasse est aujourd'hui une sous-préfecture du Var, ayant une population de 12,000 habitants. — On comprend qu'on aurait du l'appeler GratiaSj grâce, et non pas Grasse.

Note 31

Sur-Passavant. — V. la note 7 du livre m, ci-dessus, t. I, p. 234 et 2G0.

Note 32

Cf. La rage conjurée par l'Œuvre de saint Hubert^ par M. l'abbé Ilallet ; — La Sainte Etole vengée, par M^"" Dechamps, archevêque de Malines; — et enfin \q^ Annales catholiques de M. Chantrel, t. XLIII, p. 441, où une foule de faits sont relatés au long et appuyés de témoignages irrécusables. Nous écrivons ceci au moment où le vénérable M. Pasteur recueille justement les actions de grâces de tous les peuples et en particulier de la France, qui s'en honore surtout, pour sa méthode curative de l'hydrophobie. Il n'y a plus à douter du succès de cette médication, et nous nous en réjouissons autant que personne, une telle découverte étant un de ces moyens providentiels qui viennent en leur temps, et celui-là deviendra universel et sauvera des foules à qui les distances interdisaient le pèlerinage des Ardennes. Mais on peut conclure de ce qui s'y passe depuis plus de

dix siècles que le bras de Dieu ne s'y raccourcira pas et que les malades qui y accourront sur les lieux ne seront pas moins guéris qu'autrefois.

Note 33

C'était la pensée de l'Apôtre : « L'évêque qui n'a pas soin de son intérieur, quel soin prendra-t-il des choses de l'Eglise? » — Cette maxime a été de tous les temps, et tous les gouvernements de ce monde gagneront beaucoup à l'adopter.

Note 34

Paschase Ratbert était né à Soissons au x° siècle, de parents pauvres, et fut élevé par charité dans le clergé de Saint-Pierre. Il devint moine de Corbie, y fut chargé et s'acquitta avec beaucoup de succès de la direction des écoles, et n'arriva enfin à l'abbatiat que pour s'en démettre sept ans après et se redonner aux études qu'il préférait à tout. Il écrivit beaucoup, et entre autres une Vie de saint Adalhard, abbé de Corbie., où se trouvent des traits intéressants pour l'histoire des rois de la seconde race. Elle fait partie de ses Œuvres éditées par le P. Sirmon.

Note 35

V. Eginhard, ad ann. 826. — Eginhard, né en Austrasie vers 770, était élève d'Alcuin, à la cour de Charlemagne, et dut à ses talents d'être chargé de la direction des travaux publics. Ayant embrassé la vie monastique, il devint abbé de Serglenstadt, monastère bénédictin qu'il avait fondé dans le diocèse de Mayence. C'est là qu'il écrivit ses deux ouvrages, Vie de Charlemagne^, et ses Annales des Bois de Francs. Il mourut en 839, laissant, comme le disait son épitaphe, la mémoire d'un homme remarquable par autant de prudence, d'éloquence et d'esprit que de piété, de régularité de conduite et d'habileté dans les beaux-arts. Sa Vie de Charlemagne donne une juste idée de ce grand prince dans les actes de son gouvernement et de sa conduite dans la guerre. On trouve cet ouvrage dans le second volume des Historiens de la France, de Duchesne. Une traduction française par Elie Vinet fut imprimée à Poitiers, chez Enguilbert de Marnef, in-8°, en 1558.

Ses Annales contiennent l'histoire de Pépin le Bref, de Charlemagne, et en partie celle de Louis le Débonnaire, de 741 à 826.

U Astronome est le nom convenu d'un moine qui remplissait en titre, près de Louis le Débonnaire, l'office que son nom exprime. Il fut toujours fidèle à l'amitié que lui avait témoigné le prince, et fut, comme Thégan, l'un de ses défenseurs les plus assidus. Plus

modéré que celui-ci, il dit la vérité; il raconte les choses qu'il a vues et les malheurs de son maître en homme qui les a sentis, et qui, sans les exagérer, tient pourtant à les faire connaître afin de justifier autant que possible son royal compagnon d'études. Son style se sent beaucoup de ses rapports avec Eginhard, ce qui n'empêche pas quelques obscurités. Mais ce ne sont là que de légères taches en comparaison de son mérite de fidélité et d'exactitude. C'est pourquoi il est digne de la confiance de ses lecteurs. Il est curieux surtout par l'importance qu'il semble attacher à l'astrologie judiciaire, dont il ne faudrait peut-être ni outrer ni trop déprécier le côté sérieux, car les savants de cette époque, dont la science astronomique avait progressé, sans lunettes ni télescope, jusqu'à prédire le retour des comètes et des éclipses, pouvaient facilement tirer parti de la coïncidence souvent observée entre les phénomènes célestes et l'arrivée de certains événements historiques.

L'Astronome ne publia son histoire Vita Ludovici imperatoris que sous le règne, de Lothaire. Cet ouvrage a été imprimé par Duchesne, dans le 2" volume de sa grande collection, et dans le 2= de celle de D. Martène.

Note 3ô

Seltz, Saletiœ j ville de notre ancien département du Bas-Rhin, chef-lieu de canton de 2,000 âmes, dans l'arrondissement et au Sud-Est de Wissembourg. Elle a encore des eaux minérales stomachiques.

La Sègre, Sieoris, naît dans les Pyrénées, arrose la province de Barcelone, et se jette dans l'Ebre, un peu en aval de Mequinença, après un parcours de quarante lieues.

Note 38

On n'a plus de traces de ce lieu oublié, qui devait avoisiner le Port- Saint-Père, près duquel nous le plaçons ici comme se rattachant mieux aux traditions locales que nous indiquons. — Le Port-Saint- Père est actuellement un bourg de deux mille âmes, chef-lieu d'une commune qui se déroule à l'Ouest du lac de Grand-Lieu, à 4 lieues au Sud-Ouest de Nantes, canton du Peiierin (Loire-Inférieure). Tout ce pays était alors celui d'Herbauge.

Note 39

Le Tenu, Taunacum^ petite rivière qui prend sa source dans la commune de Saint-Jean-de-Corcoué (Loire-Inférieure), et va se

jeter à 3 lieues au Nord dans l'Acheneau, canal pratiqué par les moines de l'abbaye voisine de Buzay, pour gagner avec ses eaux celles de la Loire.

Note 40

La Maine est une rivière assez considérable, formée de deux ruisseaux qui se réunissent à Saint-Georges-de-Montaigu (Vendée) : l'un vient des Herbiers, l'autre des Essarts. La Maine passe à Montaigu et entre dans la Sèvre-Nantaise, près de Vertou, après un parcours de 8 à 9 lieues.

Note 41

Fontenelle, autrement appelé de Saint-Wandrille, fondé sous la règle de saint Benoît, en 648, au diocèse de Rouen. C'est, dans les chartes, Monasterium Fontanellense ^ ou Wandregesili.

Note 42

Chasscneuil. Placée sur les bords du Clain, cette demeure royale, établie dans la vallée, avait déjà son église de Saint-Clément, encore paroissiale. L'évêque de Poitiers devint, au xi*" siècle, seigneur châtelain d'une portion de la paroisse à cause de son château d'Harcourt, à Chauvigny. Il y eut aussi une commanderie de Malte, et, plus tard, une aumônerie qui fut unie à l'hôpital général de Poitiers en 1695. (Redet, Dictionnaire de la Vienne, p. 97). — Chasseneuil est aujourd'hui du canton de Saint-Georges, et possède une population de 1,300 âmes. C'est encore une localité fort agréable, que certains ont confondu avec celle du même nom située en Agenais, mais qu'il est facile d'en distinguer d'après ce que nous en avons dit ci-dessus, ad ann. 777, livre xx, note 18.

Note 43

Il est bon de faire remarquer une erreur tellement accréditée, qu'elle a été répétée sans réflexion par Du Tems, Thibaudeau et d'autres encore : c'est que saint Cyprien aurait été martyrisé à Poitiers avec son frère. Nous avons raconté ci-dessus, ad ann. 484, 1. 1, p. 302, ce que disent tous les historiens originaux. — Remarquons aussi que très souvent, en des titres du x® siècle, le nom Cyprianus est maladroitement changé en Severianus. Une telle méprise est surprenante, étant le fait d'une routine attribuable, sans doute, à des copistes; mais il est bon d'en être prévenu, pour éviter des recherches toujours fastidieuses et souvent inutiles. (V. Archives histor. du Poitou^ III, Avant-propos, p. 22.)

Note 44

En 1791, cette paroisse de Saint-Savin avait 500 communiants. Elle a été réunie à celle de Saint-Pierre, dans l'église cathédrale. En 1880, elle fut rachetée pour les Franciscaines du Tiers-Ordre.

Note 45

Baillet et Longueval se sont trompés en niant que ce saint Séverin fût l'évêque de Bordeaux, qu'ils tiennent à distinguer de celui de Cologne. Or, ces deux saints ne sont réellement que le même, car c'est de lui que vinrent en Aquitaine les reliques de sainte Ursule et de ses compagnes, apportées d'Allemagne et de Cologne même dans notre pays vers la fin du v*^ siècle.

Dampierre, bourg de 700 habitants, sur la Boutonne, canton d'Aunay (Charente-Inférieure). Diane de Poitiers y eut un château. C'est le Domnus Petrus du moyen âge, qu'il ne faut pas confondre avec Dompi'erre-sur-Yon, dans le département de la Vendée.

Note 47

Adilly, Allllias, bourg du canton de Parthenay (Deux-Sèvres), aujourd'hui de 400 âmes, et qu'on voit nommé aussi, au moyen âge, de AziilOj de AdiUorjo; a une église de Saint-Pierre-ès-Liens.

Note 48

Montolieu, Mons Olivi, bâtie au commencement du ix° siècle sous l'invocation de saint Jean-Baptiste par Charlemagne, dans une vallée appelée d'abord Vallis Segarius, Val-Séguier. On y suivait la règle de saint Benoit. — Elle est à 4 lieues Nord-Ouest de Carcassonne. Elle fut longtemps fortifiée, et renferme aujourd'hui 2,000 habitants. Ceux qui l'attribuent à un Roger, comte de Toulouse, ou selon d'autres, de Carcassonne, oublient qu'aucun nom semblable ne figure à cette époque parmi les titulaires de ces deux comtés. (V. Guide du voyageur en France, mihi, t. I, Aude, p. 8, et Piganiol, Description de la France j VI, 150.)

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