‹ Histoire générale, civile, religieuse et littéraire du Poitou (volume 2)Chapitre 7 sur 24 · n 1 réhabililalion de rem · texte numérisé non relu

n 1 réhabililalion de rem

ontrés d ailleurs de la conduite de tels entants envers leur pereur.

père, et proposèrent à celui-ci d'aider à sa délivrance. En conséquence, ils ménagèrent l'intervention d'un de leurs frères de Saint-Médard de Soissons (*), et Gombaud, c'était son nom, sachant d'ailleurs très pertinemment que Lothaire commençait à indisposer ses frères par ses habitudes hautaines, persuada à ceux-ci, qu'il alla trouver avec des lettres de leur père, que s'ils consentaient à sa délivrance, il augmenterait leur portion relative dans le partage de l'empire. Les deux princes pouvaient sentir déjà, il est vrai, un repentir sincère de leur conduite inexcusable ; pourtant on se sent porté à croire, en voyant leur conduite ultérieure, que ce sentiment n'eut pas autant de prise sur eux que leur ambition : ils firent répondre qu'ils entreraient dans ces vues en concourant au rétablissement de l'empereur. Dès lors on négocia, et tout d'abord Louis le Débonnaire obtint que la prochaine assemblée où se devait traiter sa réhabilitation se tiendrait à Nimègue, comptant secrètement et avec raison sur les seigneurs d'outre-Rhin, qui

((/) Abbaye de Bénédictins fondée à Laon en 580. ib) Autre abbaye bénédictine fondée en 561.

meut,

n'avaient pris aucune part à la révolte. D'ailleurs, on désirait généralement le retour de la paix, et en dépit des prétentions des Aquitains, qui auraient mieux aimé, pour cette diète, une ville de leur royaume, parce qu'ils préféraient le parti de Pépin, on se décida pour celle qui avait les préférences si bien motivées de Tempereur, et quand les leudes de la Germanie s'y rendirent, ils furent tout d'abord favorables à l'autorité légitime (a). Qui réussit pleine- Lotbairc, qui uc soupcounait en rien les conséquences de ce cboix, s'y rendit, emmenant avec lui son père prisonnier. Il y trouva, à son grand étonnement, Louis de Bavière, qui déjà s'était déclaré ouvertement pour une soumission , et cette rencontre inattendue amena forcément des délibérations trop lentes pour fortifier à temps la résistance qu'eussent voulu les partisans de Lotbaire. De son côté, l'empereur, poussé par ses amis, se bâta d'agir, éloigna avec leur concours les cbefs de la révolte, et fit dire à Lotbaire que s'il revenait à lui, tout serait pardonné. Le coupable, qui voyait la marcbe des cboses contraire à ses espérances , ne crut pas devoir hésiter ; il se rendit, et son père lui enjoignit de ne pas s'éloigner de sa personne. Après quoi il mit ses soins à renvoyer en des postes divers les plus marquants de ses adversaires, et, faisant arrêter les autres qui s'étaient faits les instigateurs de la révolte, ils furent emprisonnés, et on décida qu'ils seraient jugés à la procbaine diète.

L'impératrice re- Tout ccla s'était fait par une espèce de diète improvisée sous la présidence de l'empereur. Après y avoir pourvu aux premières mesures d'ordre, on se ressouvint de l'impératrice, dont on proclamait l'arrestation illégale : on résolut de lui rendre la liberté et de la rébabiliter à côté de son époux ; mais celui-ci, sacrifiant sans doute à l'esprit de son temps, et désireux qu'aucun prétexte ne troublât après cette juste réparation la paix et la sécurité de l'impératrice,

{a) Dufour, Manusc, p. 40. — Daniel, II, p. 234.

couvre la lilierté.

déclara qu'elle ne recouvrerait sa dignité qu'après avoir été déchargée par un jugement public des graves accusations qui Pavaient atteinte. Il y allait d'ailleurs de son honneur royal, et l'on conçoit peu comment des historiens sérieux peuvent l'accuser de faiblesse quand il voulut que sa compagne ne pût même pas être soupçonnée («). Ainsi, pendant cme l'empereur et Lothaire se rendaient à Motifs honorables

* • 1 /~<i 11 in ■ T • 1 T-> • qui intéressent à elle.

Aix-la-Chapelle pour y passer Ihiver, Louis de Bavière et son parent Drogon, évoque de Metz, furent envoyés à Poitiers pour y prendre Judith et la ramener. Toutefois elle eut un palais à part, et n'habita pas encore avec l'empereur, qui attendait la diète projetée pour faire proclamer avant tout son innocence. La conduite édifiante qu'elle avait tenue dans le monastère de Sainte-Croix, où sa régularité ne s'était pas démentie, contribua beaucoup à lui bien disposer les esprits, et, en attendant la diète, on négocia, de l'avis des évoques, avec le pape saint Grégoire II .Le Pontife la releva des obligations do' la vie monastique, qu'elle n'avait d'ailleure embrassée que par contrainte. Tout se préparait donc pour le retour au droit national et à la restauration de l'ordre dynastique.

Ces graves conflits se passaient à l'autre extrémité de la Translation à

T-i j j 1 1 • j 1 i\ T- T ^ • 1 Nouaillé des reliques

rrance et ne troublaient pas beaucoup "Tm Midi la paix de de saint junien. nos provinces, ou bien, si elles en avaient pu être émues par les levées de troupes qu'il avait fallu à Pépin, telle était alors la foi des peuples et des grands que, la religion ne perdait rien de son influence au milieu même des plus chaudes agitations politiques. Une de ses plus magnifiques cérémonies vint émouvoir les peuples du Poitou dans les premiers jours de novembre 830.

On se rappelle comment saint Junien était mort dans sa Réunion à cette

Abh^vG (Jg cgIIg de

cellule de Chaunay, le même jour que sainte Radégondc (*). Maire. Il avait été inhumé dans son monastère de Maire, construit

(a) Mauléon, Les Carlovingiens, II, 201.

(b) V. ci-dessus, ad ann. 587, t. II, p. 157.

par lui, et dont Clotaire P"" lui avait donné le fonds. L'abbaye et son église ayant été détruites au vu® siècle, pendant les guerres de Charles-Martel contre Hunold et Waifre, tout resta désert autour des bâtiments renversés, et le corps de saint Junien demeura quelques années enseveli, inconnu, sous ces ruines. Quand Charlemagne, gérant la tutelle de son fîls Louis, en Aquitaine, eut commencé, vers 784, à se réoccuper de la reconstitution de ce beau pays, Goscelin, abbé de Maire, où quelques moines étaient restés autour de lui, s'occupa du soin de rétablir son monastère ; mais comme il venait de se donner pendant plusieurs années à la reconstitution sur un plan bien plus vaste de l'abbatiale de Nouaillé, et que la dédicace en approchait, il tint peu à augmenter l'importance de l'église de Maire, tout en y laissant les moines qui en avaient composé jusque-là le personnel. Dès ce moment, au contraire, les deux maisons n'en firent qu'une, et marchèrent simultanément dans les mêmes exercices et sous la même régie de saint Benoît. Ce fut donc en réalité une fusion des deux abbayes, qui n'en firent plus qu'une et dont, tous les biens devinrent communs. Dés lors, on suivit d'autant plus volontiers le plan arrêté de reconstruire l'église de Nouaillé avec une plus grande magnificence, celle-ci devant être cons.YratioQ de la l'égUsc mèrc dcs dcux maisous. Elle fut consacrée par notre évêque Sigebrand, le dimanche 6 novembre 830. Mais à cette solennité, une des plus imposantes du catholicisme, une autre vint se joindre qui atfira un grand concours, comme tout ce qui touchait alors à la dévotion, aux tombeaux et aux reliques des saints. Le peuple était surtout avide de ces fêtes, accompagnées presque toujours d'un grand nombre de guérisons miraculeuses c^).

Godolenus, abbé de Nouaillé, qui depuis 816 avait préparé ces grandes choses, mourut avant de les avoir vu s'achever. Celui qui, étant encore abbé de Maire, l'avait si bien secondé

(a) Thihaudcau, Abrégé de l'hhtoire du Poitou, I, 169, 2e édition. — Dufour, Manusc, p. 37 et 38, in-f». — Chron. Malleac, p. 95.

nouvelle abbatiale.

pour Tunion des deux menses, Goscelin, fut élu par les moines des deux maisons pour lui succéder, et ne prit que le titre d'abbé de Nouaillé. Dés lors Maire ne fut plus qu'une sorte de prieuré, et plus tard, lorsque Part héraldique se forma et que les institutions publiques eurent leurs armes comme les villes et les corporations (^j), Tabbaye de Nouaillé, en souvenir de cette union, porta « deux crosses en sautoir dans l'écu de France ».

Il paraîtrait, d'après quelques historiens, qu'une autre église Pépia y assiste. bien plus grande aurait été bâtie par ce Goscelin pour recevoir les reliques de saint Junien ; mais nous croyons, d'après les auteurs du temps, que ce n'est là qu'une confusion, et que ces deux constructions se réduisent à une seule, dans laquelle, en effet, le corps du saint fondateur fut placé, et qui fut dédiée, conformément à ses anciennes traditions, au saint docteur Hilaire et à saint Domnin, qui avait été l'un des illustres martyrs du Poitou au iV^ siècle. Cette dédicace se fit le même jour que la translation, et cette double cérémonie reçut tout l'éclat possible de la participation qu'y prit le roi d'Aquitaine. De tels faits étaient alors d'une trop haute importance pour que le souverain n'y apportât point son autorité par l'éclat de sa présence. Pépin y assista d'autant plus volontiers que les populations avaient continué de témoigner une dévotion filiale au saint honoré depuis sa mort dans l'église de Maire. Il assista à l'exhumation du saint corps, à sa translation dans l'abbaye. Sa cour l'y entourait. Bernard, comte de Poitou, y eut aussi la sienne, et Sigebrand présida, comme évêque diocésain, à tout cet ensemble vraiment magnifique (t>).

La petite abbaye de Maire ne fut donc plus bientôt qu'un prieuré ; il garda le vocable de saint Junien, et finit par n'être enfin qu'une simple paroisse, toujours dépendante de Nouaillé. Ce fut cehe qu'on appela Mairé-l'Evêcault,

(a) Vers le milieu du xiF siècle.

(b) Mabilloii, /^e Sœc. BenecL, p. 319, et Sœc. IV, p. 432. — Du Tems, II, 409. — Dufour, Manusc, p. 37. — La Fontenelle, p. 175.

parce qu'elle appartint plus tard au domaine épiscopal. Quant à Nouaillé, les reliques y furent déposées en Péglise principale, dans un sépulcre de pierre, derrière le grand autel, sous l'abri d'un espace muré où elles échappèrent aux ravages des Normands jusqu'après la fatale année 863 (a). Dès cette époque, le saint anachorète devint le patron principal de l'abbaye, qui avait jusque-là gardé le vocable de saint Hilaire.

wuifm Boëce. cLo- Eu cc tcmps-là vivait à Poitiers un homme remarquable

révê(iue de Poitiers. '■ ■'■

par son savoir et sa politesse, quoique son origine sarmate semblât le rendre peu propre aux élégances, aux études et aux mœurs des nations civilisées. Jeune encore, Wulfin était venu étudier dans les Gaules, et son goût pour la pliilosophie et la littérature lui fit donner, ou peut-être prendre de lui-même, comme l'exemple de Charlemagne et de sa cour en avait autorisé l'usage, le surnom de Boëce, sous lequel il n'a cessé d'être connu. Après avoir passé quelques années à l'école d'Orléans, où il enseigna sous l'épiscopat de Théodulphe, il vint à Poitiers, que ses goûts studieux lui faisaient désirer de connaître. Accueilli d'abord dans l'abbaye de Saint-Hilaire, il s'y rendit utile dans l'enseignement, et l'on croit qu'il y devint chorévêque, ce qui ne suppose pas absolument, nous l'avons vu, le caractère épiscopal, mais une charge qui le revêtît de quelquesunes des fonctions élevées des archidiacres d'alors. On en pourrait conclure qu'il partagea l'administration de Sigebrand. La manière dont Wulfin parle de l'abbé Godo- • lenus autorise à croire qu'il vivait autant à Nouaillé que dans le célèbre monastère de Poitiers. De là certainement

I entre eux une intimité qui engagea le religieux à lui demander une Yio de saint Junien et une relation de la translation de ses reliques à laquelle il venait d'assister,

II compose une nou- Wulfiu uc s'y rcfusa poîut. Il couiposa uuc nouvcUc

vellê Vie de saïut Ju- " . ^ n.ijs

nien. biographie sur cehe qu on avait due a Auremond a la nn

(a) V. nos Vies des Saints de l'Eglise de Poitiers, p. 262.

du vi^ siècle (^). Cet ouvrage, qu'ont édité les Pères Mabillon et Lecointe, et que Fauteur dédia à Godolenus, est écrit •avec autant d'ordre que de simplicité w.

C'était aussi le temps où nos autres abbaves florissaient ^.louis le pieux se

i " déclare avoue de Cnar-

paisiblement sous la protection des souverains, qui ''°"^regardaient ces développements comme le meilleur gage de prospérité pour leurs Etats. Cette persuasion ne les dispensait pas toujours des attaques de la jalousie, secondée par une brutalité qui tenait encore de la primitive barbarie dans les seigneurs, tendant à leur propre émancipation par la spoliation des maisons religieuses. En 830, Gombaud, premier abbé de ce nom à Charroux, demanda à Louis le Pieux, par l'entremise de Lothaire, une confirmation d'un diplôme obtenu en 817 pour la possession antérieurement acquise de plusieurs prieurés ou villas situés dans les diocèses de Meaux, de Beauvais et de Reims. Ces prieurés avaient alors une haute importance, devenant presque toujours des centres paroissiaux, ou en créant dans leur voisinage. On voit dans la charte accordée cette année à Charroux que le prince s'y portait avoué pour l'abbaye, et prétendait la défendre contre toutes les entreprises et la jalousie cupide des seigneurs voisins. Le pape Grégoire IV favorisa ces bonnes intentions, que secondaient aussi les évoques diocésains.

Ici, plusieurs détails des mœurs administratives du temps . divers usages da

'1 ^ temps pour la nuviga-

s'offrent à nous avec un caractère d'intérêt que l'histoire ''°°ne doit pas négliger. Ainsi Louis et Lothaire signèrent, le 13 août 830, dans leur palais de Samoncy (O, au diocèse de Laon, un diplôme de donation à Charroux pour diverses terres, puis renouvelèrent son droit de navigation en y ajoutant Texemption de plusieurs exigences du fisc dont

(a) V. ci-dessus, ad ann. 587, t. II, p. 163.

{b) Rivet, Hist. littér. de la France, IV, i99 et suiv. — Labbe, Biblioth. nova, II, 569 et suiv. — Dreux du Radiei-, 1, Wl. — Cesly, Evesq. de Poid., p. 20. — Du Tems, II, W2.

(c) Salmoncy. Voir ci-dessus, t. III, p. 377.

rénumération est remarquable. Il autorisait aussi à se faire des attérissements. Cette faveur, en effet, se rattachait à des privilèges dont le sens intéresse le lecteur studieux à qui nous en donnons l'explication. On appelait donc alors droit de rivage (ripatianum), celui qui consistait pour les riverains à entretenir les bords des rivières, de façon qu'ils ne se dégradassent pas et se prêtassent d'autant moins ainsi aux inondations des campagnes ; il autorisait aussi à se faire des attérissements pour retirer les barques au moment de leur réparation. Un autre droit était dit pontoticum : c'était celui que payaient les navires pour leur passage sous un pont, dont l'entretien était mis par là à la charge du public, outre le péage imposé aux piétons jusqu'à ce que les dépenses en fussent soldées entièrement. Enfin on parle aussi d'un certain droit de bienvenue (salutaticum) qui se prélevait, outre les droits ordinaires, sur toute barque qui franchissait pour la première fois un lieu sujet à l'octroi {a).

Dodon.abbédest- Nous vovous aussi cctte même année Dodon, abbé de

Savin, prend la direc- " '

sur-i'ndfe'"''^*'"''"' Salnt-Saviu, nommé abbé de Saint-Genulphe ou Genou-sur- Indre, qui venait d'être bâti en 828, au diocèse de Bourges, dans un lieu nommé Strada (11). Cette habitude souvent réitérée de donner plusieurs abbayes à gouverner en môme temps à un seul abbé prouvait, comme nous l'avons vu, ou le rare mérite de ces personnages dont on savait la capacité et le zèle, ou la rareté des sujets qu'on pouvait, dans la communauté préposer à la direction des autres (*). Vicissitudes de l'ab- Uuc autrc cliartc donnée au palais de Servais (12) en

baye de Noirmoulier. ^

Laonnais nous donne une idée exacte de ce qui se passait alors à Noirmoutier et nous renseigne sur des événements que les historiens n'ont pas racontés. Il paraîtrait par la teneur de cette pièce que, antérieurement à cette année, ce monastère avait beaucoup souffert, môme après les grâces

(«) V. Ducange, in his. vocabuUs. — Besly, Comtes de Poict., p. 156. {h) Du Tems, II, p. 405. — Dufour, Manmc, p. 42

que Louis le Débonnaire lui avait accordées en 817. On y gne est attaquée

parle de l'existence régulière, entravée soit par la négligence '*" " °''°^° ^'

des prévôts qui avaient dû y remplacer Pabbé occupé à sa

fondation de Déas, soit par Paffaiblissement de la ferveur

des moines : les uns et les autres, au reste, avaient pu

céder fort naturellement au trouble que devaient jeter parmi

eux les événements annuels d'une guerre moins aperçue

dans le reste de la France, parce qu'on s'y préoccupait

d'autant plus des révolutions qui la désolaient. Il paraît

bien, malgré le silence des annalistes, que les Normands

revenaient dans l'île depuis plusieurs années, y portaient le

ravage, forçaient les religieux à s'enfuir, et s'y établissaient

durant l'hiver, pendant que leurs victimes se tenaient réfugiées

à Déas. Ce qui intéresse surtout au sort de ces patientes

victimes, c'est que, sans désespérer de leur position, elles

avaient le courage, quand leurs ennemis avaient repris leurs

courses maritimes, de revenir à leur pauvre abbaye et de

la rétablir autant que possible par des efforts de travail et

d^'infatigable persévérance. On voit bien que cette année L'iiefonin^e contre

avait été surtout employée à de grandes constructions

depuis le mois de mars ou d'avril jusqu'à la fin de juillet,

car c'est le 3 août que les princes signent à Compiégne le

diplôme qui nous sert de guide, et par lequel nous voyons

que les moines, exposés annuellement aux incursions des

Danois, avaient dû, pendant leur absence, reconstruire à

neuf leur monastère. Ils demandaient même l'autorisation

de Tentourer de murs élevés et de fortifications capables

de le défendre. Les fidèles de l'île s'y prêtèrent d'autant

mieux qu'ils devaient au besoin trouver un refuge derrière

les remparts, lesquels devaient être défendus par les hommes

libres ou serfs du monastère. Les deux rois consentirent très

volontiers à ces graves mesures, les sanctionnèrent, et

déclarèrent prendre l'île et ses possesseurs sous leur

patronage (^). Hélas ! tant d'entreprises coûteuses et de

(a) Cf. Adhémar de Chabanais, Chron., ad h. ann. — Dufour, Manusc, p. 5. — M. l'abbé du Tressay, I, 120. — Annuaire de la Vendée, 1859, p. 199.

leurs entreprises.

zèle louable n''empêchaient pas les plus redoutables catastrophes de s''approcher. Quatre années ne s'écouleront pas sans que nos laborieux anachorètes, réinstallés derrière ces retranchements si capables de leur inspirer une pleine confiance, voient reparaître les hommes du Nord apportant la désolation et la ruine sur ces rivages infortunés. judu?^''"^''°° ^^ Cependant on ne perdait pas de vue à la cour qu'une grande conspiration avait mis en danger la couronne impériale et amené de grands désordres, aussi bien dans les esprits que dans les événements. Louis, qui songeait à la réhabilitation solennelle de sa femme, y pourvut au champ de mai qu'il avait indiqué à Aix-la-Chapelle pour le 2 février 831. Là, personne n'osant plus persister à l'accuser, elle fut reçue à affirmer elle-même son innocence par serment, et déclarée complètement absoute des crimes qu'on lui avait imputés. Quant à sa sécularisation après sa profession religieuse à Sainte-Croix de Poitiers, le pape Grégoire IV et les évêques jugèrent que ses vœux étaient nuls par suite de la violence qui l'y avait engagée, et désormais elle dut reprendre son rang à la cour (a). Comment elle se Mais soii rôlc n'y fut pas cc qu'on devait attendre d'une

venge de ses accusateurs, femme qui s était comportée dans ses revers avec une

dignité que Fhistoire lui a reconnue. A peine réintégrée dans sa position, elle en abusa contre ceux en qui elle avait cru voir des ennemis. Elle se souvint de Wala, dont l'empereur avait toujours honoré la vertu, et qui s'était montré digne de cette confiance en signalant au m.onarque les soupçons dont Timpôratrice était l'objet parmi ses peuples ; elle n'oublia pas que Lothaire avait été le principal auteur de la révolte qui l'avait renversée ; et Wala fut privé de son abbaye, exilé dans un château des bords du lac de Genève, et privé de toute communication avec qui que ce fût ; Lothaire fut déchu de son association à l'empire ; et enfin plusieurs autres personnages, qui tous

(a) La FontcncUe, p. 179. — Longueval, Vil, 619. — De Verneil, Histoire d'Aquitaine^ I, 92.

Wala.

passaient pour des gens de bien, furent disgraciés sans égard pour leur position honorée de tous, au risque d'augmenter le nombre des mécontents. Cette considération n'échappa point à certains conseillers, qui la firent valoir et obtinrent du prince qu'il revînt sur sa sévérité. Dans la même diète d'Aix-la-Chapelle qui avait absous l'impératrice, d'autres, convaincus plus ou moins clairement d'avoir trempé dans la révolte, et qui avaient entendu prononcer contre eux une sentence de mort, avaient vu commuer leur peine en d'autres châtiments ; les uns subissaient la prison, d'autres l'exil, augmenté d'une incommode surveillance : ceux-là aussi paraissaient devoir, en cette occasion, bénéficier de l'indulgence demandée ; ils devinrent, en effet, l'objet d'une amnistie générale. Mais, parmi eux, se trouvait surtout de rabbé Wala, dont Judith avait su particulièrement le zèle à son endroit, et elle obtint de son époux que Wala ne serait gracié qu'après un aveu formel de sa participation au mal. Mais elle avait mal connu ce moine, qui se déclara incapable de se calomnier lui-même, et préféra sa prison à un lâche mensonge qui lui eût rendu la liberté au mépris de sa conscience. C'était pourtant s'exposer aussi â un surcroît d'injustices, et il ne tarda pas â s'en apercevoir. Comme l'abbaye de Noirmoutier pouvait passer alors pour une forteresse, ordre fut donné d'y transférer le prisonnier. Là, du moins, il retrouva son frère Adalhard, qu'on y avait aussi relégué depuis deux ans. Mais bientôt il eut la douleur de s'en séparer encore. Moins persécuté par l'empereur que par l'impératrice, il parut possible â celle-ci que Wala eût trop facilement dans cette île, qui dépendait de l'Aquitaine, des conférences avec Pépin, que son père avait renvoyé après la diète dans son royaume. Il fallut donc que le pauvre abbé se dirigeât vers un monastère de Germanie ; et enfin comme Louis de Bavière fut bientôt soupçonné de pouvoir s'entendre avec lui, on finit par le réintégrer à Corbie, où pourtant on n'accorda rien à ses tonctions et à sa dignité abbatiale, réduit qu'il fut à la condition de simple moine.

Là on espérait le surveiller de prés. Quoi qu'il en soit, on découvre dans toutes ces tracasseries bien moins le caractère d'un roi naturellement bon , comme Tétait Louis , que celui d'une femme qui poursuit une idée fixe et ne sait rien épargner à un adversaire vaincu.

deSroux.^"' ''^^^ Gombaud P"" continuait à gouverner l'abbaye de Charroux, qu'il avait reçue en 817, après la mort de Just, son troisième abbé. C'est une erreur trop souvent répétée w que de ne dater son abbatiat que de 831. A ce compte, on devrait rencontrer quelqu'un par qui faire remplacer sur le siège de Charroux ce même Just , qui mourut dans les premiers mois de 817, et après lequel on trouve un diplôme adressé à Gombaud par Louis le Débonnaire, dont le nom figure seul en tête de cette pièce. Or, ce nom exprimé tout seul indique certainement les chartes antérieures au 31 juillet, où Lothaire associé à l'empire vit aussi figurer son nom avec celui de son père dans le protocole de tous les actes souverains. Quoi qu'il en soit, le gouvernement de Gombaud P'' fut remarquable tant par les soins dont nous avons parlé lors de son avènement que par l'intérêt qu'il prit à l'une des gloires de son monastère, où il encouragea la culture des lettres aussi bien que les progrés de la piété monastique. Nous croyons devoir lui attribuer surtout l'éclat que prirent, vers ce temps et un peu plus tard, quelques-uns de ses religieux dont les études commencèrent au moins sous ses auspices. L'un d'eux mérite surtout d'arrêter notre attention.

Les lettres wpré- Ou Ic uommait Bertrand, et il était sans doute encore un

fientées dans l'abbaye

par Bertraud Pru- ^q ccs étrangers vcnus du Nord dont l'appellation devait indiquer une certaine illustration d'origine (.b). Naturalisé parmi les races latines, il avait trouvé, jeune encore sans doute, à Charroux, un lieu ami, où l'école monastique devait l'initier à l'amour des lettres que la solitude protège si bien.

(a) Surtout par Dufour et La Fontenelle, qui l'a copié parfois trop exactement. — V. ci-dessus, à l'année 817.

{b} Bert, illustre ; Hand, main ; — bras fort, brave guerrier, etc.

Selon l'usage adopté depuis Tacadémie formée à la cour de Charlemagne, il prit, ou on lui donna parmi ses frères le surnom de Prudentius, que Thistoire lui a conservé en souvenir du poète chrétien dont s'honore le iv® siècle (a). Il dut paraître, en effet, à ses contemporains, digne d'estime et capable de faire une honorable réputation à son monastère, car il traita un sujet qui ne manquait pas alors d'une certaine vogue, et il en écrivit un poème où le ton habituel de la versification latine donne une idée avantageuse de son talent en ce genre. C'était l'époque où les soins de Charlemagne pour la musique sacrée se continuaient dans les monastères et tendaient au perfectionnement du chant grégorien. Notre poète, que sa nature portait à en goûter les mélodies, s'enthousiasma de ce sujet, et le traita en une suite de cent soixante-dix vers qui seraient peut-être encore dans les inconnus de la bibhothèque fondée par Richelieu, si un érudit du dernier siècle ne les avait découverts avec quelques autres du même temps {b). En lisant ce qu'on en a publié, on trouve souvent trop sévères les critiques de notre littérature qui ont analysé ce poème (c), et qui n'en apprécient pas assez la versification généralement facile pourtant, et où ne se font remarquer aucune des obscurités ou des rudesses qui embarrassent en beaucoup d'autres auteurs de cette époque le style et les idées.

Au reste, Bertrand ne s'est pas borné à l'éloge du chant Analyse de son ecclésiastique : c'est la musique telle que l'a faite le génie de l'homme, pour exhaler ses joies ou ses tristesses ; elle ne sert pas seulement au culte et à l'adoration ; elle exprime encore les autres sentiments de l'âme, s'associant aux émotions de la famille, soulageant les fatigues du travail, animant les héros aux champs de la guerre. Il va plus loin, et ne veut pas oublier la musique en ce qu'elle a de

(a) D. Rivet, Eht. littér., V, 662.

(b) L'abbé Lebœuf, Recueil de divers écrits sur l'hist. de France, t. II, p. 99 et suiv. — Paris, in-12, 1738.

(c) Dreux du Radier, Biblioth. littér., l, 163.

poème sur la musique.

merveilleux dans les oiseaux, qui charment toute la nature et l'embellissent de la gaieté de leurs chants variés. On voit, à la facture poétique, l'élève de Virgile, qu'il a lu avec fruit, dont il a même de nombreuses réminiscences ; mais c'est l'ordre dans les idées qui lui manque souvent ; c'est aussi la justesse des réflexions qui lui échappe : ainsi, il établit parmi les beautés de l'art qu'il célèbre Vharmonie des corps célestes qui n'y ressemble en rien ; il vante les éclats de voix du coq, les murmures de la colombe, le chant du cygne, qu'il n'a jamais entendu ; il s'extasie sur les accents du coucou, et il faut avouer que de telles mélodies ne valent pas celles de la fauvette, du chardonneret, dont il ne dit rien ; il est vrai qu'il n'oublie ni le merle ni le rossignol, dont il a le tort cependant de comparer la voix ravissante à son plumage, qui ne nous a jamais beaucoup ravis. Il a entendu parler le perroquet, mais ne l'a jamais vu, non plus que le phénix, qu'il dit envoyé de Dieu sur la terre, et cela en un joli vers qu'il est bon de citer :

Paradisiaels jussit remearier agris.

Des remarques curieuses naissent pourtant de cette lecture et se rattachent à quelques vers bien tournés. Ainsi, en parlant des difficultés de la musique, il cite comme des plus grandes l'impossibité de retenir un air autrement que par la mémoire, les yeux n'y pouvant- être pour rien :

Quis, nisi mentej queat perplexos cernere cantus? Quisve sonos oeulis possit speetare melodos f

Ceci prouverait tout au plus une amplification de la pensée de l'auteur, qui ne pouvait pas ignorer que les Grecs, qui, sans doute, la tenaient des peuples plus anciens de l'Orient, avaient une notation plusieurs fois modifiée jusqu'au ix^ siècle; que deux cents ans avant lui saint Grégoire le Grand avait réduit à sept les notes exprimées par les premières lettres de l'alphabet , réformant ainsi l'usage introduit par Boëce depuis deux siècles de quinze

lettres servant à la notation. Le poète parlait donc probablement de ceux qui, chantant sans savoir la musique, ne pouvaient apprécier la valeur des notes formées par la voix C'est ainsi que chantent les oiseaux, et que tous les animaux, quels que soient leurs cris, les accentuent réellement d'après une certaine notation qu'ils ignorent (^).

Bertrand devait parler des inventeurs de la musique, c'est-à-dire de ceux qui, les premiers, pensèrent à seconder ou à remplacer par des instruments la voix humaine qui, fut évidemment celui dont on usa tout d'abord. Plus logique et plus vrai que la mytologie d'autrefois et que les encyclopédistes de Dalembert, il ne songe ni à Amphion ni à Orphée; il va droit aux noms propres de la Genèse, qui, du moins, ont l'avantage d'être historiques, d'avoir une chronologie certaine, et d'appartenir à des annales qui priment toutes les autres par leur autorité universelle et leur incontestable antériorité. Il connaît Jubal, l'inventeur de plusieurs instruments. Moïse, Marie sa sœur, célèbre comme lui par un cantique chanté après le passage de la mer Rouge ; la prophétesse Débora, qui chanta la défaite de Jabin ; David, enfin, dont la harpe allégeait les douleurs de Saûl. Tout cela est fort poétique, sans doute, mais fait peu briller l'imagination du poète, qui s'élève peu le plus ordinairement au-dessus d'une pensée, et la laisse très incomplète. Il a le talent des vers, mais il lui manque l'invention qui fait trouver et donne seule du charme et du coloris à la poésie.

On ne sait de Bertrand ni l'époque de sa naissance, ni celle de sa mort. On pense généralement qu'il ne dépassa guère la première moitié du îx*^ siècle.

Reprenons la suite des événements politiques.

En 831, la diète d'automne se tint à Thionville. Lothaire Bemani de Pepu-

œanie relialiiljté à la

y vint d'Italie, où il était retourné, et Charles, de la Bavière, diète de Thioaviiie.

{a) Dreux du Radier a donc mal entendu ce passage en le regardant comme une preuve que l'on n'avait pas encore de noies pour exprimer la valeur dos sons {uh. sup., p. 165).

OÙ il avait passé les quelques mois qui s^étaient écoulés depuis Pâques. Pépin, mécontent de n'avoir pas reçu une augmentation de territoire pour Pappui qu'il avait prêté à son père, ne put dissimuler ses ressentiments, et, malgré les ordres précis de Tempereur, il refusa de sV trouver, en cela moins prudent, selon son habitude, que son frère Louis, qui n'avait pas été mieux payé que lui : mais prouvant ainsi l'un et l'autre que l'intérêt avait inspiré leur retour bien plus qu'un sincère repentir de leur rébellion, et la suite allait bientôt le démontrer. Malgré tout, l'empereur songea en cette circonstance à étendre l'amnistie d'Aix-la-Chapelle à celui de ses favoris qu'il avait le plus regretté. Le comte de Poitou, Bernard de Septimanie, n'avait pas encore reparu à la cour, où il redoutait toujours certains adversaires qui n'avaient pas été pour rien dans sa disgrâce. Depuis sa fuite de l'année précédente, il s'était tenu sur ses gardes aux frontières d'Espagne, et n'avait pas désespéré d'une réhabilitation en apprenant ce qui s'était passé à Aix-la-Chapelle de favorable à de hauts personnages de son parti. Il est croyable qu'il fut encouragé à se produire par ce qu'on put lui faire savoir de la part de l'empereur et de- Judith, qui ne pouvaient l'oublier. Il crut donc devoir, sous de tels auspices, braver sa mauvaise réputation. Arrivé à Thionville, il parut dans l'assemblée, et demanda à se justifier des imputations qu'il avait subies, et d'établir son innocence selon la loi des Francs, c'est-à-dire par le duel, si quelqu'un consentait à ce combat. Personne ne s'étant présenté, il fut admis à se purger par serment, et son innocence fut solennellement déclarée w. Préliminaires d'nne Quant aux dcux fils puinés de l'empereui", ils supportaient Pépin. avec peine que Gombaud, ce moine de Saint-Médard de

Soissons qui avait si bien servi naguère les intérêts de leur père, fût choyé à la cour, où il était devenu un des principaux conseillers, ayant le titre de premier ministre,

(fl) La Fontenelle, Rois et Ducs d'Aquitaine, p. 181.

et qu^il ne parût pas s'occuper de faire tenir par Pempereur les promesses qu'il leur avait portées d'une augmentation d'héritage. Pépin se pressait donc fort peu de répondre aux invitations très impérieuses de venir parler de ses propres affaires, et ce ne fut que sur des ordres réitérés et aussi formels que possible qu'il arriva enfin à Thionville, où il reçut un assez mauvais accueil. Peu après la cour revenait à Aix ; il dut l'y accompagner, avec défense expresse de s'en éloigner sans une permission de son père. Quelque peu agréable que lui fût cette obligation, il s'y soumit, et cette sorte de captivité, pendant laquelle il ne cessa de méditer sa vengeance, dura depuis les fêtes de Pâques 832, qu'il avait célébrées à Aix-la-Chapelle, jusqu'au 28 décembre suivant. C'est pendant la nuit qui suivit ce jour qu'il s'échappa furtivement, accompagné de quelques amis, et gagna l'Aquitaine. Ceux qui ont prétendu que cette fuite s'était faite à l'instigation de Wala, qui rappelait le roi en Aquitaine, où il espérait par lui sa délivrance de sa prison de Noirmoutier, oubliaient, comme nous l'avons vu un peu plus haut, que l'abbé de Corbie n'était resté que momentanément dans cette île, ayant été ramené à Corbie même avant que Pépin s'échappât de la cour, où, certes, on se serait opposé à toute communication entre euxc^).

A la nouvelle de l'évasion de Pépin, l'empereur se montra fort irrité, et convoqua une diète à Orléans pour y faire condamner cette désobéissance scandaleuse. Il y invita les deux rois de Bavière et d'Italie ; mais, de ces deux princes, le premier n'était pas plus soumis en réalité que son frère. Il comptait s'emparer en Allemagne de tout ce que son père lui avait fait céder au fils de Judith : après quoi, il devait venir en Aquitaine, d'où il eût levé avec Pépin l'étendard d'une seconde révolte. Mais l'empereur avait Révolte armée de

, , 1 , . 1 1 . • 1 ,^1 Louis le Germanique,

soupçonne le complot en apprenant levasion de son ms ; il n'hésita pas à se porter vers le Bavarois, qui, déjà, à la

(o) La Fontenelle, loc. cit.

tête de ses troupes, s'était avancé jusqu'à Worms. Là, ce dernier chercha d'abord à se ménager des intelligences dans le camp impérial ; il n'y réussit pas ; les soldats de l'empereur se refusèrent à cette trahison, et Louis de Bavière, déconcerté, se vit abandonné des siens, qui se rangèrent sous les bannières impériales («). Il n'y avait donc plus qu'a retourner dans ses Etats pour y cacher sa honte. Mais son père l'y suivit, résolu à continuer sa marche jusqu'à une entière défaite du révolté. Il arriva donc à Augsbourg, c'est-à-dire sur le territoire bavarois : on était au mois de mai ; ses troupes étaient fatiguées, et d'ailleurs il était prudent de ne pas trop s'engager en Germanie, où il ignorait les dispositions des sujets de son fils ; c'est pourquoi il ordonna à celui-ci, par un message, de se Qui est obligé de se rendre à son camp. Toute hésitation était impossible ; Louis

soumettre, t. i •

se hâta d obéir, désarmant d avance par cet empressement la juste colère d'un père et d'un roi dont il savait la faiblesse, et qui, en lui pardonnant encore, ne lui laissa que plus de liberté pour "une nouvelle prise d'armes.

Aussi bien que Lo- Lotliairc, plus adroit par cela même qu'il était plus réfléchi, attendait son père à Francfort, d'autres disent à Mayence, où il parvint sans peine, comme toujours, à dissiper les justes soupçons qu'avait inspirés sa conduite. On aurait dit que ce père, toujours trompé et toujours trop indulgent, se plaisait à entrer, par tant de pardons réitérés, moins dans ses propres affaires que dans celles de ses enfants à qui aucun mensonge ne coûtait pour l'abuser.

Pépin refuse de se Cependant il ne pouvait oublier que le plus jeune de ses fils semblait aussi le plus coupable, et qu'un acte d'autorité devenait plus que jamais nécessaire contre lui. L'assemblée indiquée à Orléans w dut s'ouvrir, et les grands y furent convoqués. Le choix de cette viDe répondait à la résolution que l'empereur avait prise d'aUer de là en Aquitaine, s'il le

(a) Nithard, in h. ann.

{b) Nithai-d ; — Mauléon, Les Cadovingiens, II, 204. — Daniel, II, 245 et suiv. — Mézerai, I, 503.

rendre.

fallait, pour mettre Pépin à la raison. Mais celui-ci n'avait pas perdu son temps : il s'était emparé aisément deLothaire, toujours irrité de son exclusion de l'empire, et, par lui, du roi de Bavière, doublement furieux de la diminution de son territoire et de son pouvoir. L'entente fut cimentée par des promesses mutuelles et par un plan de conduite qui bientôt allait avoir de graves conséquences. Ils n'eurent pas de peine non plus à s'adjoindre un auxiliaire dont l'activité et le crédit devaient servir utilement Pépin pour la défense de sa royauté d'Aquitaine. Bernard de Septimanie n'avait ^^^^^^^ ^^ Poitou quitté la cour que parce qu'il avait désespéré de s'y rétablir app^'e «» révolte, parallèlement à Gombaud et aux autres favoris qui y dirigeaient tout. Il espéra qu'un mouvement politique lui serait utile à reconquérir sa position, et ne refusa point de s'unir à la ligue qui se reformait (.a) : exemple déplorable d'une trahison trop commune en pareil cas, lorsque les vues d'ambition, l'orgueil froissé et la haine de certains adversaires peuvent faire oublier les bienfaits dont un noble cœur doit toujours se souvenir.

Bernard se reconcilia donc avec les jeunes princes et Trahison du comte

Bernard.

convint avec eux d une action commune qui devait assurer leur succès. Un grand nombre de hauts personnages, juges irrités d'avance des abus qu'on reprochait à Louis et à sa cour, se tenaient en éveil sur tant de rumeurs qui recommençaient à porter le trouble dans les provinces ; de sorte que, pendant C[ue l'empereur croyait servir à Orléans les intérêts de sa monarchie, une autre ligue se formait derrière lui pour s'opposer au démembrement de l'empire, qui était toujours l'objet de ces efforts malheureux et celui d'une juste opposition du parti contraire. Dans ce parti, on avait songé à Wala, dont les événements actuels, toujours plus accentués, n'avaient pas contribué à modifier les idées. Bernard, Pépin et lui se joignirent aux mécontents, qu'ils promirent de soutenir, et lorsque Pépin fut mandé par son

(a) Dufour, Manusc, p. 6, et Appendice, p. 2 et suiv. — Mabillon, Annal. Bénéd., II, 610.

père à la diète d'Orléans, il refusa de s'y rendre et se déclara ouvertement contre lui. Cette hardiesse fut d'ailleurs soutenue par les Aquitains, qui voyaient dans cette querelle de famille une question de leur propre nationalité, et ce motif gagna jusqu'aux populations qui habitaient même au-delà des Pyrénées («).

L'assemblée d'Orléans tenue le premier jour de septembre n'eut que cette grande affaire à décider. La guerre dut être portée au-delà de la Loire, et aussitôt Louis se mit en marche suivi d'une armée considérable qui tout d'abord n'épargna guère le Poitou, où elle prévit, à la réception morne des habitants, qu'elle ne pouvait compter sur les Pépin mandé par autrcs provinccs. Il y avait sur la frontière du Berry et du

son père à Jouac. . • -vt i i i . , i i tt ,

Luiiousm, a l'extrémité Nord du département de la Haute- Vienne, un palais royal assis au flanc d'une colline qu'arrosait la Benaise (13), et connu alors sous le nom galloromain de Jocoiidiacum : c'est à présent Jouac (14). Louis trouvait convenable d'y appeler le roi d'Aquitaine pour rendre compte de sa conduite. Celui-ci, qui ne s'était pas mis en peine de s'opposer à l'invasion du Nord de ses Etats, se garda bien de répondre à l'injonction; peut-être se trouvait-il surpris à l'improviste, incapable de se mesurer encore ; il préféra se porter dans la partie méridionale du royaume, où rien ne l'inquiétait encore. Louis, de son côté, n'était pas décidé à abandonner sa poursuite. De Jouac, il se dirigea vers Crozant, autre palais dont il est difficile de déterminer aujourd'hui l'emplacement, mais qui était certainement dans la haute Marche, non loin de Guéret, et probablement sur les bords de la Creuse (15). Puis à Crozant, où Cc châtcau, bâti par les rois wisigoths, était passé par la

il est fait prisonnier. ....

conquête aux Mérovmgiens ; il était vaste, entouré de larges dépendances qui en firent plus tard le séjour préféré des comtes de la Marche. L'empereur y convoqua une nouvelle diète et intima à Pépin l'ordre le plus formel de venir l'y

(a) L'Astronome, ad ann. 832.

trouver. Le jeune roi n'avait pas trouvé dans la basse Aquitaine l'élan espéré des populations ; elles redoutaient les excès d'une armée nombreuse qui, si l'on en venait aux mains, pillerait infailliblement le pays. Pépin ne vit donc d'autre ressource que de se rendre. Il vint à Crozant, se jette aux pieds de son père qui lui ordonne de se rendre à Trêves, d'y rester jusqu'à nouvel ordre avec sa femme et ses enfants, et l'y fait conduire aussitôt sous bonne escorte. Pépin avait feint d'obéir ; mais une nouvelle ruse le débar- reJ'reîS* ^' ^* rassa de ses liens. Ayant prévu tout ce qui était arrivé, il s'était d'avance entendu avec ses partisans pour se faire enlever s'il devenait prisonnier. Après quelques lieues de marche, il fut entouré de nuit sur la route, tiré des mains de ses gardes, et se sauva en Anjou, dans le château de Doué, où il pouvait résister en cas de siège. Cependant il ne gagna point cet asile sans avoir erré pendant quelques jours et avec très peu de suite, ne s'arrêtant nulle part, et envoyant partout, par des affidés qui ne lui manquèrent pas, ordre à tous ceux de la noblesse qui lui étaient dévoués de lever des troupes pour empêcher que l'empereur n'hivernât dans le pays ou ne s'approchât de l'Anjou. Un autre coupable devait être recherché, Bernard, celui Bernard dépouillé

. de ses charges.

dont on croyait aisément que Pépin avait suivi les conseils. On le savait non loin de là, dans son gouvernement de Septimanie, où il s'était cru capable d'apaiser les ressentiments de l'empereur, par cela même qu'il comptait pour le roi d'Aquitaine, ou sur une victoire après un soulèvement du peuple, ou sur un nouveau pardon dans lequel il se trouverait naturellement compris. Mais rien de tout cela n'étant arrivé, il fallut bien se rendre à des ordres accompagnés de menaces ; il vint donc. Convaincu de félonie, et n'ayant pu recourir au moyen du duel que personne ne voulut accepter avec lui, il fut dépouillé de ses honneurs et de ses charges, aussi bien que son frère Gancelme, comte de Roussillon, dont la complicité n'était pas douteuse. Le gouvernement de la Septimanie et celui des comtés de

Barcelone et de Roussillon furent confiés à Bérenger, Son frère Emenon duc de Toulousc. Quant à cclui du Poitou, il fut confié à

nommé comte de Poitou- Emenon, frère de Bernard, et toujours par Pempereur, qui

donnait à son gré dans le royaume d'Aquitaine les places et les dignités, ce qui prouve une fois de plus que le roi n'était que le premier feudataire de Pempire. Il paraîtrait, d'après quelques autorités des plus acceptables, que cet Emenon aurait été comte de Poitou en môme temps que Bernard, celui-ci se tenant presque continuellement en Septimanie, ce qui rend explicable, quant à Bernard, un titre qui paraissait plus honorifique que réel.

Ainsi fut frappé le favori de l'empereur et de l'impératrice, en qui la bienveillance de ses souverains n'avait pu éteindre les dépits d'une ambition déçue, et qui avait osé mettre sa fidélité au prix de son orgueil et de sa haine. Une remarque ne doit pas échapper à ce sujet ; c'est l'indulgence que Louis ne manqua pas de montrer, selon sa coutume, à une famille dont le chef l'avait souverainement mécontenté. Ainsi il ne s'en tint pas à le remplacer à Poitiers par son frère Emenon, il donne encore à Turpion, son autre frère, le comté d'Angoulême, et ces deux nominations tenaient bien plus à sa bienveillance qu'à l'usage qui allait être adopté bientôt d'inféoder dans une même famille les avantages dont le chef avait joui.

L'ancien conste Ri- C'cst aussi l'occasiou dc dire ce qu'était devenu Ricuin,

culn, fjvori de l'cm-

pereur. que uous avous VU comtc de Poitou en 814, et à qui

Bernard avait succédé. Il n'avait rien perdu des bonnes grâces de Tempereur, et, sans avoir conservé la charge de comte, puisque nous la voyons ùtée à Bernard en cette même année où nous sommes (16), il paraît, par divers endroits des écrivains du temps, que Louis le Pieux se l'était attaché et qu'il en était suivi dans tous ses voyages. Sa conduite avec Ou a même uu souveuir . Célèbre de son influence sur ce

saint Convoyon, abbé , , ., •. . t t i

deRedou. mouarquc, avec lequel il se trouvait a Jouac. L empereur

y fut abordé par un saint solitaire nommé Convoyon, lequel ayant commencé un monastère aux confins de la

Bretagne et de la Touraine, ^iur un terrain arrosé par la Vilaine, que lui avait donné un seigneur du pays, se vit contester cet asile par d'autres qui lui faisaient d'insurmontables obstacles. Louis avait confirmé cette donation, et par conséquent Tentreprise du solitaire. Convoyon se crut donc autorisé, malgré de grandes fatigues et à travers les difficultés d'un long voyage, à venir trouver jusqu'à Limoges le prince sur lequel il devait compter. Mais, comme celui-ci l'écoutait avec bonté et semblait déjà condescendre à cette supplique, Ricuin prit la parole, s'opposa à la bonne volonté de l'empereur, et fit observer que dans l'état actuel des affaires il vaudrait mieux bâtir sur les Marches poitevines de la Bretagne un château fort qu'un monastère. Le prince ne céda pas cependant à son favori, et se garda bien de renvoyer le pauvre moine avec un refus w. Convoyon devint un saint, que sa patrie honore le 28 décembre, et continua à bâtir le monastère de Redon (17), qui subsista jusqu'à la ruine de 1790.

Une autre punition, bien plus éclatante, suivit de prés les intrigues dei'impé-

i T i. 1 i ralrice Judith. — Dé-

rigueurs que nous venons de dire. Le chef de la famille impé- '^^^^^'^^ ^^ ''^f'"-

riale, oubliant toujours qu'il avait rompu un traité fait en présence des grands du royaume, de ses peuples et de ses enfants, prit enfin un parti extrême. Ayant appris la retraite de Pépin, il se rendit en Anjou, et après de vains avertissements, qui prouvaient bien encore dans sa conduite une modération réfléchie, il prononça la destitution de Pépin, et donna son royaume à Charles, ce fils de l'impératrice, avec laquehe il paraît qu'il en était convenu. Nonobstant cette sentence, le malheureux père demeura tout le reste de l'année, c'est-à-dire deux ou trois mois encore, en Anjou, renouvelant ses tentatives envers son fils pour obtenir de ses fautes un aveu qui lui vaudrait une indulgence définitive. Ne pouvant y réussir, il s'en fut se reposer un peu des fatigues de ces longues courses et de ses pénibles émotions

(a) Art de vérifier les dates, X, 89.

au château de Bert (20), prés Montsoreau (21), et de là w il indiqua pour la fête prochaine de saint Martin, le 11 novembre, une diète à Limoges, espérant, malgré tout ce qui venait de se passer, un retour du fils, cause de tant de douleurs. Il Pinvita donc à s'y trouver ; mais l'étendard de la révolte était levé une fois de plus. Une sorte de petite guerre se fit entre les deux rois ; celui d'Aquitaine, harcelant sans cesse les troupes impériales en des chemins que remplissaient des pluies continuelles, et dont de rudes gelées vinrent augmenter les difficultés, car elles avaient endommagé. les pieds des chevaux, qu'on ne pouvait ferrer dans un pays devenu tout à coup ennemi, et, faute de moyens, on abandonnait forcément les équipages. L'empereur, renonçant à tenir la campagne, repassa la Loire avec assez de peine et de dangers, et alla célébrer les fêtes de Noël au Mans. De là, retournant à Aix-la-Chapelle, il s'y trouva vers le milieu de janvier 833 (t).

Cette espèce de fuite peu honorable laissait le père vaincu, plus disposé que jamais à écouter les conseils de sa femme, qu'il retrouva déjà instruite de ce qui venait de se passer, et d'autant mieux disposée à plaider pour la royauté de son fils. Elle demanda qu'on sanctionnât sans retard les mesures prises contre Pépin, et toute la publicité possible fut donnée à sa déchéance (O.

p^pin célèbre la Lo roi déchu ue se regardait pourtant pas comme tel.

pâque à St-Maixent. -r\ i i i • • •

Demeuré dans ses Etats, sachant très bien ce qui se passait dans le Nord de la France par des espions fidèles à son parti, il vivait en correspondant avec ses frères, sans trop se préoccuper, en apparence, d'hostilités lointaines qu'il espérait encore déjouer. Cette année 833, il ne manqua pas à l'usage d'aller célébrer les grandes fêtes de Pâques dans quelque monastère en renom, et il voulut satisfaire à cette

(a) L'Astronome, Vita Ludov. PU, c. \lvii. — D. Bouquet, t. VI, 112 et suiv.

(b) Vita Ludov. Pu, ad ann. 832.

(c) Nithard, De Dissentionibus..., lib. I, ad ann. 832 et suiv.

dévotion dans Pabbaye de Saint-Maixent. Il paraît qu''alors elle était bien déchue de la prospérité que lui avaient rendue Charlemagne en 812 et Louis le Débonnaire en 824, lorsqu'ils lui avaient fait recouvrer des domaines usurpés par des seigneurs de son voisinage. Un abbé laïque y était encore le maître et avait réduit la mense monacale à la plus profonde détresse. Cet abbé prétendu était un certain Abbon, dont Thistoire ne dit guère que le nom, ce qui prouve combien était invétéré l'usage indigne de ces sortes d'abbatiats, en dépit des efforts et des ordonnances des papes et des rois pour en déraciner les abus. Il est vrai que les désordres administratifs surgis des guerres sans cesse renaissantes n'étaient pas à l'avantage du bien public, et que beaucoup d'injustices devaient seconder irrémédiablement les ambitions de gens plus puissants que les moines et capables de tout quand le souverain et les lois demeuraient sans autorité. On en jugera par ce fait que l'abbaye de Saint-Maixent jouissait naguère du revenu de plus de quinze cents manoirs ou fermes établis par les religieux sur leurs terres, et où ils logeaient pour les cultiver des colons et des serfs qui leur payaient la dîme de leur récolte annuelle. Or, ils se trouvaient alors réduits, par suite des usurpations du seul Abbon, au dixième de ce que leur eussent rapporté mille seulement de ces manoirs envahis. Il y avait à ce régime un autre inconvénient : c'est que, revêtu de la dignité abbatiale, Abbon n'en profitait que pour laisser tomber la règle dont tous les détails étaient méprisés par lui ; de plus, il laissait s'écrouler les bâtiments faute de réparations urgentes, si bien que les charpentes ne tenaient plus et menaçaient d'écraser la maison de leurs débris. Et ce qu'on raconte ici d'un seul monastère était le malheur de tant d'autres auxquels s'étaient imposés les abbés séculiers, qui ne songeaient qu'à s'en faire de fructueux revenus.

Les moines n'avaient pas attendu la nouvelle de la moLs^'comSabbé prochaine venue de Pépin sans prendre la résolution d'en

laii|ue.

profiter pour leur délivrance. La veille de Pâques, qui était cette année-là le 5 avril, on lui lit une réception solennelle, à laquelle rien ne manqua du cérémonial usité en pareil cas, sauf le son des cloches, peut-être en signe de deuil pour le monastère si gravement compromis, ou peut-être môme parce qu'elles avaient disparu à la suite de quelque confiscation qu'avait pu en faire le prétendu abbé. On accueillit le roi à la porte principale de Féglise au chant des psaumes et des hymmes. Après l'adoration du Saint- Sacrement, on le conduisit aux tombeaux de saint Maixent , et de saint Léger, qu'on vénérait encore tous deux dans la crypte que surmonte toujours le maître-autel. Après quoi il prit un bain, dont l'usage était fréquent, surtout avant les grandes cérémonies pour lesquelles il symbolisait encore une sorte de purification ; puis, s'étant revêtu de ses ornements royaux en vue de la solennité, il assista aux offices du jour. Au sortir de l'église. Pépin étant venu se déshabiller dans la salle capitulaire, les moines se jetèrent à ses pieds, et Gundacrus, leur prieur, exposa le triste état du monastère et lui demanda de faire cesser les abus ruineux dont il souffrait. Le roi se montra sensible à ces doléances, il ordonna que si la restitution ne pouvait avoir lieu immédiatement, les détenteurs paieraient, jusqu'à parfait paiement, le neuvième de leurs produits et la dîme annuelle du tout. Aiibon devient abbé H douua à Abbou Ic clioix cntrc l'abdication de son titre de saini-Maixeat. (j'aj^bé bénéficiaire ou des engagements sérieux dans la vie monastique. Celui-ci préféra ce dernier parti, car on le trouve dans les dyptiques de l'abbaye occupant le rang abbatial entre Raynaud et Arnoul. Il le conserva jusqu'à sa mort en 84G. Enfin, du bois des forêts royales fût accordé poar les réparations des charpentes (^). Ces envahissements, qui n'étaient d'ailleurs pas rares dans le Poitou et ailleurs, prouvent à quelle sorte d'anarchie était livrée le soin de la chose publique.

(o) Mabillon, Sœc. IV. — Nithard, in h. ann. — Annales de Saint-Bertin. ibid.

Malheureusement ce mal augmentait partout et allait Nouvelle ii,çue des

enfauls de Louis.

prendre encore un déplorable développement dans une guerre civile qui menaçait d'éclater. Un grand nombre de mécontents blâmaient ouvertement la mesure sévère prise contre le roi d'Aquitaine. Dans ce pays si naturellement porté, surtout dans sa partie méridionale, à des oppositions violentes, on supportait difficilement que la paix publique fût continuellement troublée par des guerres de famille qui compromettaient l'autonomie politique ; on blâmait l'empereur de soutenir, par un abus de son pouvoir, un système opposé à la charte de 817, qui avait maintenu le partage unanimement adopté des provinces de l'empire, et au maintien de laquelle la paix était intéressée autant que l'honneur impérial. Aucun des princes n'ignorait ces dispositions dangereuses que Lothaire et Louis de Bavière observaient en les fomentant, et dans lesquelles ils voyaient un encouragement à Pépin , qui seul manquait encore à leur cause. Mais ce dernier ne tarda pas à leur faire savoir qu'il pensait comme eux, et une étroite entente fut formée dès ce jour pour arriver, par des efforts communs, à conjurer ce qu'ils croyaient comme tout le monde la ruine prochaine de l'Etat.

Ici nous devons entrer dans quelques considérations qui, ^ Le partage de la

■■^ i ^ ' France nus de nouveau

à notre avis, ont trop échappé au plus grand nombre des « •» qiesiion.

historiens, et sans lesquelles on ne peut que se tromper

avec eux sur le sens de cette dernière révolte. Pour bien

juger, en effet, de ce qui va suivre, il ne faut pas oublier

que Louis le Débonnaire, dans l'acte authentique et public

de 817 que nous venons de rappeler, ne s'était pas moins

engagé envers les grands et le peuple, convoqués par lui

solennellement, à maintenir par lui-même le partage de

l'empire, et qu'il avait accepté avec serment les princes

appelés au gouvernement des pays qui leur étaient dévolus.

S'il en eût été autrement, l'empereur se serait rendu le comment Louis n'en

avait pas le droit.

maître absolu de la chose publique, aurait annulé en réalité la participation, fondée sur toutes les lois existantes, des

divers ordres de Tempire à ces grandes mesures d'administration qui s'y opéraient ; il se fut réservé, en un mot, le droit de changer à son caprice le principe du gouvernement : ce à quoi personne n'aurait voulu consentir. 11 avait fallu tout le crédit d'une jeune femme ambitieuse, d'une mère aveuglée par un sentiment naturel, et qui savait bien qu'en faisant élever son fils de huit à neuf ans au titre d'empereur, elle se ménageait pour un temps plus ou moins prochain les honneurs et les avantages d'une régence : il avait fallu tout cela pour amener l'empereur, à travers de graves difficultés, à rompre un traité si important fait avec la France, avec ses leudes et avec ses enfants. Raisons pour ses De ccux-ci , uu scul pouvait acccptcr de bonne foi cette

enfants de s'y opposer,

rupture en laveur d un quatrième irere sur lequel ils n'avaient pu compter en 817. Leurs royaumes troublés depuis la naissance de cet enfant ; les prévisions d'un avenir qui s'assombrissait chaque jour davantage; l'incertitude du lendemain devant les projets indiscrètement divulgués de l'impératrice ; enfin les soucis que prenaient chaque jour de ces mêmes éventualités la noblesse et le clergé dont la condition et les institutions même étaient mises en question, contrairement à tout ce qu'on leur avait donné le droit d'attendre et de vouloir, c'étaient là autant de motifs légitimes à une opposition qui devenait plus vive à mesure que Louis se montrait plus sévère contre ses enfants, et plus décidé à céder aux vœux de Judith. Lesquelles n'excu- C'cst douc bicu à tort aussi qu'ou accusc les partisans

sent pas leurs torls. i i-, •

de lunité, et le clergé surtout, d être entrés dans ce mouvement politique. C'était au contraire un esprit de véritable patriotisme qui soulevait les cœurs vraiment religieux contre les entreprises où se trouvaient compromises à la' fois et la patrie dans sa constitution essentielle, et la religion dans son indépendance et dans sa paix. L'agitation était dans toutes les provinces ; le vaste empire des Gaules s'ébranlait dans ses fondements ; à chaque instant les injures souffertes par les princes et les grands suscitaient

chez eux, et renouvelaient dans les peuples les séditions qui sont la fièvre des Etats et les guerres qui en sont les plus dangereuses maladies. Les monastères envahis par d'audacieuses usurpations des laïques ; les pauvres exposés à l'incendie de leurs chaumières et au pillage de leur patrimoine; les églises ruinées, les clercs dispersés, les bénéfices livrés à des mains indignes et devenus le prix des complaisances les plus scandaleuses ; enfin, l'abus du pouvoir discrétionnaire que les rois s'étaient attribué sur les évêchés et les abbayes, jusque-là que l'empereur avait élevé au siège métropolitain de Reims un de ses complaisants tiré du rang des serfs les plus grossiers et criblé d'autant de vices qu'il avait peu de dignité et de vertus ; c'étaient bien là autant de justes motifs aux chefs des diocèses et des abbayes de repousser, avec l'autorité de leur rang et de leurs lumières, les fatals errements d'un monarque dont la faiblesse causait tant de maux. Autour de lui et de sa femme se grossissaient journellement les intrigues d'un parti qui agissait pour soi seul. Comment aurait-on pu se croire coupable en lui demandant la fidéhté aux serments, la dignité de la couronne impériale, la sécurité des grands et du peuple, la tranquillité de la patrie et la gloire d'un gouvernement que tous les efforts de Charlemagne avaient légué si grand et si respecté à des héritiers dont l'iionneur devrait être avant tout de le maintenir ?

Ce n'est pas que la morale chrétienne puisse approuver les excès dont ceux-ci purent se rendre coupables ; c'est un malheur inhérent à de semblables rencontres que d'être fatalement inspiré par des raisons honorables où l'ambition, l'intérêt personnel, et par suite les colères et les outrages, se confondent trop souvent avec le droit. Ce sont là des côtés sur lesquels les doctrines doivent avoir leurs réserves, et nous nous garderons bien de l'oubher. Cela dit, reprenons le cours des événements dont nous devions exposer avant tout le côté moral et la théorie politique.

Les trois fils de Louis, aigris par l'oubli qu'ils pouvaient

294 HISTOIRE GÉxNÉRALE DU POITOU (833)

Ils se disposent à reppocher à leur père de la double promesse qu'il leur

avait faite, en 817, à l'assemblée d'Aix-la-Chapelle, et qui

' avait suivi de prés le partage de ses Etats entre eux et lui ;

persuadés d'ailleurs que leur belle-mére maintenait ces

dispositions funestes dans l'esprit de son époux, convinrent

La guerre déclarée entre eux qu'ils résisteraient par les armes. Pépin, abanentre eux et leur père. JQJ-,^-^g^J^|■ ^Aquitaine, alla sc réuuir au roi de Bavière, sur les bords du Rhin. De là, ils prévinrent Lothaire qu'il était temps de venir les rejoindre. Ils songèrent aussi aux mécontents, qui naguère avaient été éloignés de la cour pour avoir soutenu le parti des princes. Wala fut tiré de Corbie ; on prévint plusieurs évoques qui avaient figuré dans l'assemblée de Compiègne en 830. Mainfroi, comte d'Orléans, fut mis à la tête de l'armée confédérées, et pendant que se formaient ainsi les éléments d'une guerre ouverte, les trois frères agissaient par eux-mêmes et par leurs affidés sur les peuples, qu'ils n'avaient pas de peine à ranger de leur parti.

On touchait au carême de 833, qui coïncidait cette année avec les premiers jours de mars. L'empereur, prévenu de ce qui se passait en Alsace, quitte sa résidence d'Aix-la-Chapelle, s'avance jusqu'à Worms, où il réunit ses troupes. Celles de ses fils occupaient les environs de Colmar (20).

Le pape Grégoire IV Un incident de haute gravité apparaît ici, et a servi plus

s'interpose entre les . i i i -i i • • i

deux partis. tard de texte aux déclamations de la philosophie antichré-

tienne. Lothaire, avant de quitter l'Italie, avait persuadé au pape Grégoire IV de l'accompagner en France pour travailler avant tout à une conciliation qu'on ne jugeait pas encore impossible, vu la faiblesse de Louis et son penchant naturel à la paix. Ce pontife qui, pendant un règne de dix-sept ans, s'attira le respect des contemporains et mérita celui de l'histoire, a paru, à quelques écrivains de parti pris, n'avoir cédé qu'au désir de favoriser les vues d'un roi qui pouvait

(a) Nithai'd, ub. sup.

lui être utile. Heureusement que d'autres, parfois très hostiles à FEglise, l'ont justifié de ce reproche en le reconnaissant, d'après son caractère historique, très capable de n'avoir cédé qu'au désir de rétablir la paix dans la famille impériale (21). Ce mobile est plus admissible, car il rentre dans la mission d'un pape, et la prudence que Grégoire apporta à remplir celle-ci ne peut laisser douter de ses intentions.

Remarquons d'ailleurs que dans cette affaire l'empereur comment le clergé

11 1 1 1 Al 1 • T^ se partage entre le

avait tout d abord le rôle le moins avantageux. Dans son père et les ms. parti se trouvaient, parmi les évêques, un trop grand nombre de ceux que leur conduite avait décriés depuis longtemps ; d'autres, plus modérés dans leurs mœurs et dans leurs idées, ne se tenaient à la cour que pour les biens qu'ils ne voulaient pas perdre. Dans ces dernières années surtout, Louis, qui voulait se faire des partisans et des créatures, avait nommé des évêques en trop grand nombre, et môme forcé ceux qui se tenaient dignement à souffrir près d'eux, dans leur demeure même, des sujets incapables d'autre chose que d'épier leur conduite, et c'étaient ceux-là qui lui venaient en aide au besoin. Par un contraste tout naturel, les bons évêques, témoins des désordres de cette cour d'abord si bien conduite et dans laquelle ces tristes déviations avaient introduit tant d'abus, ne souffraient pas sans remontrances ces erreurs de logique et de tenue qu'une épouse mal famée jetait dans la conduite du chef suprême de la nation. Ils avaient le droit et le devoir de s'y opposer. Leurs vertus, leurs lumières, leurs habitudes des conseils où se décidaient les grands intérêts de la nation, méritaient une confiance qu'on ne leur accordait plus. Les saints eux-mêmes, que le peuple honorait à l'égal des grands, et que l'Eglise vénère encore après les avoir placés sur les autels, ne se faisaient pas mieux écouter. Saint Agobard, évêque de Lyon, saint Paschase Ratbert, moine de Corbie, et d'autres non moins respectés, s'efforçaient vainement, après avoir été les amis de l'empereur,

de lui faire entendre un langage qui Teùt sauvé en rétablissant dans la paix les affaires du pays et les consciences qui s''égaraient. On s'étonnera d'autant moins de voir quelle conduite ces adversaires aveugles osèrent tenir contre le Pape lui-même, quoique celui-ci eût pris toutes ses précautions pour n'être pas trompé, wab, mandé par jtq effet, à pciue arrivé en France , et avant conféré avec

le Pape, vient le trou- ' -l i ,j

w au camp de Coi- jg^ princcs avaut même d'avoir vu l'empereur, il écrivit à Wala, revenu à Corbie, pour lui mander de se rendre auprès de lui, lui témoignant le désir d'user de ses conseils et de son expérience pour arriver à la paix. Les princes y joignaient leurs instances. Mais Wala ne voulait point quitter son monastère ; il redoutait dans sa vieillesse des conflits où la pureté de ses intentions put être soupçonnée, et il refusa nettement de se déplacer : il ne le fit enfin que sur la lettre pontificale qu'on- lui montra alors, laquelle faisait valoir l'importance d'une réconciliation qui ne pouvait aboutir sans lui, et le besoin de s'entendre pour le bien des Eglises, l'union des peuples et le salut de tout l'empire. Ses moines, de leur côté, le conjurèrent de céder à de si graves considérations, et il partit persuadé, dit son biographe, qu'il avait à parler, comme plusieurs prophètes, quand il fallait dire la vérité aux rois (^). cnfre^^pa^eTrEm- Quaud il arrlva au camp des princes, il fut accueilli '""'*"''• avec une grande joie, surtout par le Pape, qui n'avait pas

tardé à s'apercevoir que les choses étaient déjà bien plus mal qu'il ne l'avait pensé. Du côté opposé, on avait irrité l'esprit de l'empereur, dont les inquiétudes s'accroissaient de quelques infirmités dues à ses fatigues. On lui avait raconté que le Pape ne venait que pour l'excommunier avec ses évêques, s'ils ne cédaient à ses volontés. C'est ce qui occasionna de la part du prince et des prélats dont il était entouré une lettre fort dure adressée à Grégoire, lui reprochant de prendre le parti d'enfants rebelles contre un

(a) Paschase Ralbcrt, ub. sup.

père injustement persécuté. On demandait que ces enfants reconnussent l'autorité impériale ; Lothaire était le plus mal traité comme fauteur de la résistance commune. Les évêques ajoutaient à toutes ces raisons celles qu'en pareil cas donnent toujours, au grand applaudissement des sectaires, des prélats à qui il coûte peu de rompre avec la hiérarchie, et qui menaçaient le Pape d'être excommunié par eux, s'il venait pour les excommunier lui-même. Ces esprits étaient donc montés jusqu'à la démence : c'est la réflexion de l'Astronome, qui, pour avoir été dans le parti de Louis le Débonnaire, n'en réfute pas moins cette doctrine, que le droit canonique était loin d'avoir jamais autorisée (a). Il n'est pas hors de propos de remarquer ici comment se com-

i,T 1- • • . 1 A portent les éveques

que le Pape, en partant d Italie, avait écrit a tous les éveques du panide ce dernier, de France pour les avertir d'ordonner des prières et des jeûnes pour obtenir du Seigneur qu'il secondât ses intentions. Cette démarche seule aurait prouvé dans quel esprit il venait. Cependant, calomnié par un parti qui se tournait contre le père commun des fidèles en faveur d'un prince qu'ils avaient intérêt de servir, il répondit aux évêques de la cour que l'empereur n'avait été égaré que par leurs conseils, qu'ils avaient contre eux toute la tradition, que l'empereur ne devait pas tant régner par ses caprices que pour le bonheur de ses peuples ; qu'il n'avait jamais voulu, lui, pape, que lui rappeler cette vérité avec d'autres non moins utiles, et il finit en leur disant qu'il craint peu leurs menaces, et que ce n'est pas à eux mais à lui que la Providence a confié le soin et la conduite de l'Eglise universelle. Lui seul pouvait donc prononcer des jugements sans que personne eût le droit de le juger. Cette théologie avait toujours été celle de toute l'Eglise w.

Cependant les deux armées étaient en présence ; Louis Louis demande la surtout voulait en finir, ne supportant pas que ses enfants

{a) L'Astronome, Vita Ludov. PU, ad ann. 833.

(b) Cf. Agobard, De Comparatione utriusqiie regiminis, éd. Baluze, II, i8.

paix.

pussent s'élever contre lui, et oubliant, comme il arrive maintes fois aux pères inspirés plutôt par le sentiment que par la raison, que les enfants, pour être obligés au respect et à une sorte de religion envers leurs parents, ne trouvent cependant dans la loi de Dieu aucun devoir de se soumettre à des injustices évidentes, surtout quand le bonheur des peuples doit en être compromis. C'est pourquoi les princes se disposaient à une résistance justement autorisée, quand ils reçurent une lettre de leur père. Ce caractère toujours timide devant les violences, ce cœur paternel plus égaré que méchant, ne supportait qu'avec angoisse la pensée d'un combat dont les suites, de part et d'autre, pouvaient être des plus funestes. Il demandait donc que ses enfants se souvinssent de leurs serments, oubliant qu'il en avait fait lui-même, et que rien n'avait été plus solennel que le partage de ses Etats, accepté par chacun de ses fils. Pourquoi ce pacte devenait-il un jeu pour plaire à un héritier dernier-venu et Les princes prennent à uuc fcmmc ludigue de lui ? Lcs trois fils répondaient en

le Pape pour arbitre.

termes très respectueux qu'ils n'en voulaient qu'à leurs ennemis, qui étaient les siens; qu'ils n'abdiquaient ni leur caractère d'enfants, ni leur devoir de dépendance, et, qu'après tout, ils priaient leur père de recevoir le Pape, qui conférerait avec lui des intérêts communs c^). Son entrevue avec Louis rcçut le Pape avcc uiic grande froideur, sans

l'Empereur.

l'avoir honoré d aucun témoignage de condescendance chrétienne, et l'accusant sans détour de venir dans un mauvais esprit. Une telle conduite dans, un prince si religieux indiquait bien à quels conseils il cédait. Le Pontife ne se défendit qu'en peu de mots sévères, et entama la négociation. Il s'en fallait qu'on y avançât beaucoup ; deux ou trois Les partisans (le ce jours v furcut emplovés, pendant lesquels Lothaire et ses

dernier passent tout J -^ i «/ ; i

à coup dans le camp frères travaillèrent si efficacement par leurs émissaires à

oppose. ^

décourager les troupes impériales, que la désertion en fut aussi prompte que complète. Les auteurs du temps témoi-

(fl) Cf. Nithard, rAstronome et autres contemporains.

gncrit que ce singulier revirement se fit dans la nuit du 28 au 29 juin, par un concert presque unanime des partisans de Louis qui allèrent se joindre aux princes. Il est bien difïïcile de croire qu'une telle révolution, que Thégan, partisan de Louis, attribue à des présents, à des promesses et à des menaces, et dont Paschase assure qu'il n'a jamais bien compris la cause, se soit faite sans un retour des impérialistes à des considérations plus sérieuses qui changèrent leurs convictions. Peut-être aussi cédèrent-ils à une prévision fondée sur leur petit nombre comparé à celui du camp opposé. Quoi qu'il en soit, tous passèrent du côté des princes, de sorte que Louis exhorta le petit groupe qui lui restait à aller rejoindre ses enfants, ne voulant pas, dit-il, que personne souffrît pour lui dans sa vie ou dans ses membres. Il ne tarda pas à en faire autant, et s'alla remettre à la discrétion de ses enfants, après avoir obtenu d'eux, en face de la multitude qui les suivait et qui parlait de piller son camp et sa tente, la promesse formelle que ni lui, ni l'impératrice, ni le jeune Charles qui les accompagnait, n'auraient à souffrir d'aucun mauvais traitement («). Les princes cherchèrent à concilier avec ce triomphe, lcuïs, prisonnier

^ de ses enfants.

qu'ils n'auraient pas cru si facile, les témoignages du respect dont ils semblaient tant s'éloigner. Ils vinrent euxmêmes à la rencontre de leur père et descendirent de cheval aussitôt qu'ils l'aperçurent. Celui-ci s'empressa de leur rappeler qu'il se confiait à leur loyauté filiale, lui et les siens ; ils en renouvelèrent l'assurance , après quoi on s'embrassa mutuellement ; puis, la famille impériale étant arrivée au camp , Judith fut remise au roi de Bavière, l'empereur et son jeune fils, qui avait alors dix ans, furent gardés dans une tente particulière. Tout ceci s'était passé aux environs de Rothfeld, autrement champ rouge, auquel le peuple donna ensuite le nom de Lugenfeld, champ de Vimposture, parce que Louis y avait été abandonné par

(a) Paschase Ratbert, Thégan, l'Astronome, loc. cit.

noncee.

les siens; c'est aujourd'hui un hameau sans importance, dans le voisinage de Colmar(«).

Sa déchéance pro- AloFS sc Tcnouvela cc Qui avait été fait contre Chilpéric III pour Pépin le Bref, au miUeu du viii® siècle (t>). Les mêmes raisons militaient contre les fautes de Louis le Débonnaire et son incapacité à garder la paix à ses peuples par suite de ses imprudences et de son aveuglement. Selon le droit du temps et le pouvoir reconnu sans conteste au Saint- Siège, le Souverain Pontife devenait en pareil cas l'arbitre des difficultés politiques : l'avis des seigneurs fut celui du Pape. On jugea que l'empire était tombé des mains du père, et que Lothaire, son héritier, associé à l'empire par une charte impériale et le consentement des Etats, devait le reprendre et le relever. Celui-ci refusant, on se déciderait à choisir un autre souverain capable de le défendre. Les trois frères, Lothaire, Pépin et Louis, furent réintégrés dans leurs droits suivant l'acte de partage et de constitution juré en 817 et confirmé de nouveau en 821 ; et ainsi l'empire reprit sa forme originelle, telle que Charlemagne l'avait laissée, et telle que Louis le Débonnaire, quand il n'était encore inspiré que par la droiture de ses vues et le respect du droit public, l'avait sagement établi pour la grandeur de la France et l'honneur de ses enfants.

Ce n'est pas qu'il ne faille attribuer à ceux-ci, dans ce conflit toujours déplorable, des vues qui, sans doute, ne furent pas toujours guidées par une grande pureté d'intention. Il n'était guère possible qu'ils séparassent leur propre intérêt de la cause de l'Etat et de la prospérité des peuples dont ils étaient responsables ; mais voir en eux cet esprit de rébellion que tout le monde devrait réprouver si l'ambition en eût été l'unique mobile ; prétendre qu'ils trahissaient leur père, quand ils avaient eux-mêmes à se garder de ses fautes et à protéger leur héritage et celui de leurs enfants

(fl) Cf. Longueval, Vil, 20. — Art de vérifier les dates, V, 463. {b) Cf. ci-dessus, ad ann. 751 , t. IV, p. 289.

contre les prétentions égoïstes d'une femme dont ce père était devenu le trop docile instrument : c'est méconnaître le véritable état des choses, c'est en juger d'après les apparences, et l'impartialité de l'histoire lui interdit de puiser ses arrêts en de si pitoyables éléments.

Faisons aussi la part qui revient à Lothaire, l'aîné des HypDcrisie de lotrois frères, que sa position dut rendre plus tenace dans la défense de ses droits. Il ne voyait pas sans quelque inquiétude les hésitations de ceux qui avaient pu mettre en question l'opportunité des mesures qu'il méditait plus qu'aucun autre ; mais, tout en posant à son empressement certaines restrictions calculées, il n'agissait pas moins avec une secrète et très nette intention de recouvrer, avec le pouvoir qu'il avait perdu, celui même de son père, avec lequel il n'aurait plus rien à partager ; c'est pourquoi il feignit de refuser l'empire après l'arrêt de déchéance qui • venait de frapper l'empereur. Il lui fallut des instances, d'avance convenues avec de fidèles complices, pour céder aux menaces de ceux qui parlaient d'un autre choix à faire s'il refusait le suprême honneur (.a). On sait ce qu'il faut penser de tels refus quand on a assisté à des événements semblables de notre histoire moderne, où la trahison la plus astucieuse s'est entourée des mêmes façons pour arriver au même but.

Il faut reconnaître encore qu'en dehors de la question .. Etrange précipita-

^ ^ lion mise dans cette

principale du droit et de la jurisprudence du temps, des ^^'"''^• esprits sages qui ont pu le témoigner plus tard s'affligèrent de la précipitation qu'on avait mise à traiter une si grande affaire. Nous savons de saint Paschase Ratbert que ni lui ni Wala n'approuvèrent l'abdication de l'empereur, et qu'ils auraient voulu temporiser pour arriver à un moyen terme moins décisif contre lui. Wala ne demeura même à la cour de Lothaire que pour y employer son influence à protéger l'illustre prisonnier et à empêcher une guerre

(a) Daniel, II, 255.

civile qui menaçait encore d'ensanglanter les deux partis ;

car, après cette espèce de pacification, Pépin et Louis de

Bavière s^occupèrent d'augmenter aussi la part de leur

Intérêt que les au- territoire rcspectif. On ne nous a pas appris en :iuoi

très frères y trou- ^ i i i i

vii'en'- consista cette annexion : ce fut sans doute pour Louis de

tout ce qu'on avait distrait violemment de ses propres domaines en faveur du prince Charles, et apparemment qu"'on réunit au royaume d'Aquitaine quelques provinces du Nord de la Loire. Wala fut consulté sur ce traité, qu'il n'accepta qu'en reprochant aux princes d'avoir plus considéré en cela leur ambition que l'esprit des gens de bien. Il est pourtant certain qu'ils ne reprenaient que ce qu'on leur avait enlevé par un abus d'autorité. Wala, après cette dernière opération à laquelle il avait sans doute quelque motif peu connu de s'opposer, retourna dans sa chère abbaye, regrettant de n'avoir pu empêcher la confusion qui s'augmentait de plus en plus autour des princes. Ceux-ci rentrèrent aussi dans leurs Etats m.

Chagrin du Pape à Pour le Pape, il sc hâta de retourner à Rome, contristé

ce -sujet. , . , . , , , .

de tout ce qu il avait vu et de ce qu il craignait encore (t>). Il laissait en effet, dans ce malheureux empire naguère si florissant, un prince découronné, que les peuples, par sa bonté reconnue, pouvaient plaindre et redemander d'un moment à l'aulre ; de là pouvaient surgir des troubles profonds; et, admettant que l'empereur déchu pût revenir au pouvoir, que pouvait-on attendre de son incapacité à gouverner et de sa faiblesse pour une femme qui commandait en son nom, et qui, irréconciliable ennemie de sa famille, rejetterait toutes les notions de la justice et de la raison pour ne s'appliquer qu'aux intérêts de son fils ? Ri^ciusion (le la fa- Ccs prévisious n'étaicnt pas exclusivement celles de

mille imiiéiiale.

Grégoire IV. Les princes les partageaient; et, en se séparant, ils songèrent à des moyens d'ordre propres à assurer leur

(a) Daniel, ub. siip.

{b) La Fontenellc, Rois et Ducs d'Aquitaitie, p. 191.

tranquillité. Judith fut menée à Tortone (22) en Lombardie, où elle dut vivre dans un couvent ; l'empereur à Soissons, où il fut enfermé au monastère de Saint-Médard , et le jeune Charles envoyé à Tabbaye de Pruym, au diocèse de Trêves, dans les Ardennes. Enfin, comme ces mesures ne semblaient qu'essentiellement provisoires à Lothaire, dont le caractère astucieux et déloyal sentait le besoin d'en finir avec des difficultés qui impliquaient un certain doute sur le succès durable de ses affaires, il indiqua pour le premier jour d'octobre suivant une assemblée génércile qui devait se tenir à Compiègne.

Saint Aeobard publia dans cet intervalle un manifeste où Ecrit de saint aso-

'^ banl sur les affaires

il justifie la déposition de Louis, et rejette tous les maux du temps, sur Judith, qu'il ne craint pas de qualifier sévèrement pour ses infidélités d'épouse et ses iniquités intéressées contre les enfants de son mari. Beaucoup d'autres griefs s'accumulaient dans cet écrit qu'on voit bien destiné à dicter à l'assemblée prochaine de Soissons les rigueurs définitives sans lesquelles on ne croyait plus possible le maintien du calme dont la France avait tant besoin {a).

Lorsque se tint cette assemblée, elle fut présidée, bien Assemblée de soismalgré lui, par Ebbon, archevêque de Reims, qui aurait bien voulu s'en dispenser, mais qu'un secret jugement de Dieu poussa à ce rôle, qu'il devait payer cher peu de temps après. C'était un de ces hommes de rien, arraché à la plus basse condition par l'aveugle protection de Louis, qui lui avait trouvé de l'intelligence, et en faveur duquel il avait abusé de cette fâcheuse tendance à enrichir ceux qu'il voulait entraîner à le servir. Parmi les fautes qu'on reprocha au roi, celle-ci passa inaperçue, mais on le força d'en énumérer beaucoup d'autres qui regardaient son administration, et dont il se reconnut coupable. Ceci se passait dans l'église abbatiale de Saint-Médard de Soissons, où l'assemblée s'était rendue, et se termina par l'imposition de la pénitence canonique.

(a) D. Rivet, IV, 870 et suiv.

sons.

Sa mauvaise juris- Nous devoiis reconnaître que les régies du droit ecclésias-

prudence envers Louis ,. ,, , • , • , , ■> . vi n

tique ne turent pas aussi strictement observées qu il laurait fallu quant à cet acte des évêques. On ne devait pas d''abord lui imposer une pénitence pour des fautes déjà expiées après rassemblée d''Attigny ; ensuite, il n'avait été ni entendu, ni convaincu juridiquement, quant aux crimes qu'on lui reprochait ; de sorte que si l'on avait, comme le dit justement un historien (^7), assez de raisons pour le déposer comme incapable, on ne pouvait le punir de nouveau pour des fautes dont il avait donné des marques publiques de repentir. Lothaire, d'ailleurs, assistait à cette séance où l'humiliation ruisselait sur la tête de son père, et s'il avait pour but évident de le réduire à un état d'humiliation dont il ne put se relever, il y donna des preuves de la dureté de son cœur et d'un acharnement peu honorable. Il savait bien que cette pénitence solennelle devait ôter à Louis le droit ultérieur de porter jamais les armes ; il se reposait ainsi pour l'avenir sur l'impuissance où serait son père de revendiquer un jour le pouvoir. Ainsi les injustices éclatantes, qui avaient présidé à ce jugement, la passion que le nouvel empereur y avait laissé trop paraître, et le sentiment de pitié pour de telles infortunes supportées avec tant de résignation et d'humilité, préparèrent une réaction qui ne tarda pas à éclater.

Les duretés de Lo- La prisou dc Louis était assez dure; son geôlier y mettait

thaire préparent une . .,,.,,

réaction. Une rigucur mesurée à ses craintes de le voir s échapper ;

mais les nombreux témoins de ces entraves imposées à un roi et à un père indignèrent jusqu'à ses autres fils, d'ailleurs très mécontents, et ce n'était pas la première fois, de la hauteur par trop impériale de leur aîné. Le roi de Bavière avait sollicité de lui plusieurs fois que l'auguste prisonnier fût traité plus convenablement selon son rang et sa parenté ; mais Lothaire avait toujours répondu en maître et indisposé d'autant plus. Il en résulta qu'après une correspondance

(fl) Rolirbaclier, Elu. ecclésiast., XI, 5i8.

suivie, Pépin consentit à s'unir à son frère Louis pour délivrer le monarque captif. On peut voir par là que le principal instigateur de tout le passé avait dû être surtout Lothaire lui-même, plus intéressé que personne à récriminer, et dont le caractère qui s'était toujours montré plus entreprenant, demeurait jusqu'au bout plus irréconcilable et plus dur («). Les deux frères s'entendirent donc et voulurent procéder „ ''^p'» «' Louis de

^ Bavière y travaillent.

d'abord par les moyens de douceur, en demandant à Lothaire, par des envoyés, qu'il fît cesser les mauvais traitements dont l'empereur avait à se plaindre, et qu'on ne l'importunât plus des instances qu'il subissait pour le forcer à embrasser la vie religieuse, dont il ne voulait pas. Ces ouvertures furent mal accueillies ; elles se réitérèrent pourtant, mais avec aussi peu de fruit. C'était donner motif à des mécontentements qui, fomentés dans le peuple par d'habiles émissaires, arrivèrent à la connaissance de Lothaire en même temps que des bruits d'une guerre qu'on préparait contre lui. Déjà toute la Germanie était en armes : Saxons, Allemands, Bavarois menaçaient d'une irruption en France. Alors Lothaire ne trouva rien de plus pressé que de quitter Lothaire s'y oppose

*■ ■•■ -*■ -*■ 0r\ vain

Aix-la-Chapelle avec son père ; il fit venir aussi de Pruym le jeune Charles, et, avec eux, après plusieurs incidents, il se dirigea vers Paris. Pépin, instruit de sa marche, se lança dans la même direction ; il y arriva bientôt, mais trouva tous les ponts rompus, toutes les barques défoncées. A ces obstacles se joignaient les débordements de la Seine et de la Marne et l'excessive rigueur du froid (on était en février 834). Cependant Pépin ne s'en était pas moins posé prés de Paris ; Louis de Bavière allait arriver. Lothaire, qui se vit à la fois sur les bras tant d'ennemis bien décidés à lui arracher ses prisonniers, résolut, après d'inutiles pourparlers, de céder à Torage. Il envoya son père et son jeune frère à l'abbaye de Saint-Denis, et, entrant en Bourgogne, il alla camper à Vienne, sur le Rhône, à six lieues de Lyon, dans

(a) V. les mêmes historiens cités plus haut.

en vain.

la pensée d'y réunir de nouvelles forces : c'était donc encore une perspective de guerre civile.

Prévenus par les deux rois, des officiers de bonne réputation militaire s'étaient portés vers eux et venaient rejoindre les deux armées, qui devaient faire leur jonction devant Paris. D'autres, qu'on n'avait pas sollicités, venaient aussi, désireux de profiter de Foccasion pour se réhabiliter eux-mêmes. De ce nombre était Bernard de Septimanie, qui croyait pouvoir oublier ses rancunes contre la cour pour réparer sa fortune. Il s'était joint à Warin, comte de Bourgogne, que suivaient des troupes levées dans ce pays, et vint avec lui camper au bord de la Marne, en attendant la restauration du pouvoir déchu.

Il est mis en fuite, Cette nouvcUc phasc ne pouvait tarder. Le malheureux

et sou père rthabi- ^ ^

"'é- prince fut bientôt retrouvé à Saint-Denis par ceux qui l'y

cherchaient. La révolution était faite. Son ennemi le plus méchant s'était enfui ; un mouvement général se manifestait en sa faveur : c'était l'annulation par la nation elle-même de l'acte de déchéance qu'elle avait prononcée à Colmar. Comme on pressait l'empereur de reprendre sa dignité royale avec ses habits impériaux, il n'y voulut consentir que le lendemain, après avoir été relevé de la pénitence publique imposée à Soissons, et, dés ce jour, il redevint le souverain de la France. C'était le 1^^' mars 834, second dimanche de Carême w.

Lotiiaire persiste Qu remarque avec étonnement que dans cette guerre de

dans sa rébelliou. ^ i o

famille, devenue nécessairement nationale par la force des choses, pas une goutte de sang ne fut versée. Ce ne fut qu'après cette issue donnée à de déplorables dissensions que des combats vinrent en attrister le dernier acte. Lothaire, que son père aurait dû forcer à une soumission immédiate après son retour au pouvoir, persista dans sa rébellion. Aidé de deux comtes ennemis de l'empereur, il gardait son autorité sur plusieurs provinces de l'Ouest et

(rt) Rohrbacher^ loc. cit.

de la Neustrie ; il fallut, pour faire cesser une plaie qui aurait pu s''étendre, que les comtes d'Orléans, de Blois et du Mans marchassent contre les rebelles pour les réduire à une pacification définitive. Malheureusement ils se pressèrent avec plus de vivacité et de courage que de prudence ; ils succombèrent dans une bataille où les deux principaux chefs furent tués. Mais ce succès persuada au parti vainqueur qu'il devait s'attendre à se voir bientôt poursuivi par des forces considérables que l'empereur ne manquerait pas d'envoyer contre eux. Ils attirèrent donc Lothaire dans leur parti. Ce prince se porta alors vers Jeur camp et prit sa marche vers Chalon-sur-Saône, qui résista et fut emporté après cinq jours de siège. Là il montra encore la cruauté sescmutésàchide son cœur en commettant les ravages les plus horribles. Il fit trancher la tête à tous ceux qui ne voulurent pas se ranger sous ses drapeaux. De ceux-là étaient plusieurs comtes, parmi lesquels Gaucelme, frère du duc Bernard. Ces deux frères avaient une sœur qui vivait saintement dans l'exercice des vertus religieuses, et qui, épouse de Wala avant son entrée en religion, s'était volontairement retirée aussi dans un monastère de cette ville, quand son mari était entré à Corbie. En vain le monstre la savait petite-fille de Charlemagne comme lui, il n'ignorait pas non plus qu'elle était la propre fille de saint Guillaume de Gellone. Louis le Débonnaire l'aimait comme une parente et la vénérait comme une mère.... et Lothaire ne trouva pas de vengeance mieux proportionnée à sa colère et à sa haine que de faire enfermer la malheureuse femme dans un tonneau et précipiter -ainsi dans la Saône (a). A la nouvelle de ces nouveaux crimes, Louis envoya des troupes pour arrêter le criminel. Celui-ci, averti par ses espions, passa dans le Maine, où il espérait se réunir à ses afïîdés. Louis le suivit de près en personne, accompagné de ses deux autres enfants, Louis de Bavière et le jeune Charles.

[a) Nilhard, ad h. ann.; — l'Astronome; Thégan; — Ann. de Saint-Bertin.

Lothaire Tapprend, décampe pendant la nuit, et se sauve

jusque prés de Blois. L'empereur l'y poursuit encore, et là

il trouve Pépin qui lui amenait des renforts considérables

Il est di-rait et en- levés daus SCS Etats. Lothaire, cette fois, ne pouvait

voye en Italie. i p • oi

échapper à une sanglante défaite. Ses soldats commencèrent à l'abandonner quand il se refusait opiniâtrement à plusieurs sollicitations de son père de venir le trouver en l'assurant de son pardon; enfin il s'y décida à la prière de Wala, mais seulement quand il se vit perdu. Il vint donc, fit tous les serments qu'on lui demandait, et reçut l'ordre de retourner en Italie, le seul apanage qui dût lui rester désormais.

Cette pacification Aiusi sc terminèrent ces troubles si profonds dont les

rrteiiaiîee surtout par '■ ^

Wala, suites demeurèrent si longtemps funestes à l'empire, et qui

ne cessèrent, l'histoire a commencé enfin à le dire, que par le dévouement et la prudence d'un homme que les historiens modernes se sont plu à calomnier indignement. Nous voulons parler de Wala, homme peu ordinaire par son génie des affaires, ses lumières acquises et ses qualités supérieures. Cousin de Charlemagne, il avait commandé avec succès les armées de Saxe ; le grand roi l'avait donné pour principal ministre à son fils Pépin en Italie. Louis l'avait cédé en cette qualité à son neveu Bernard et à son fils Lothaire, et cet homme avait quitté tout cela pour se faire moine. ImpHqué dans les calomnies des partis parce qu'il avait préféré celui de la justice, il ne s'était rendu que malgré lui à l'assemblée de Colmar, avec un saint, Paschase Ratbert, que lui attachait une confiance réciproque, et qui se fit bientôt l'historien de tout ce qu'il avait vu. C'est de lui que nous apprenons que Wala, voyant que de part et d'autre il n'y avait ni force ni génie qui pût empêcher ces fiuctuations politiques, prit le rôle de médiateur afin d'empêcher au moins la guerre civile et même le parricide, auquel de méchants conseillers poussaient dans l'un et l'autre parti. Ce fut lui aussi qui, voyant en dernier lieu l'irrémédiable caractère de Louis et les excès passionnés

de Lothaire, porta ce dernier à demander son pardon, à ne plus contester le trône, et à se retirer en Italie. Après quoi, prévoyant un avenir que ni Tun ni Pautre ne saurait utiliser au profit de ses peuples, il ne voulut rester auprès d''aucun des deux. Le père, au témoignage de Paschase, fit tous ses efforts pour le retenir, lui promettant des honneurs et des dignités, et jusqu'au serment de ceux sur qui il comptait le plus ; le fils, de son côté, voulait Pemmener en qualité de ministre, et lui prom.ettait de suivre toute sa direction. Wala les quitta Pun et l'autre, et, afin de n'être sur le territoire de personne, il se retira au monastère de Bobbio, aux extrémités méridionales de l'Italie (a). C'est une remarque à faire quoiqu'elle ne soit pas à Très mai ju-é par

, , . , , 1 f • , 1 quelques historiens

1 honneur de lesprit numam : toutes les lois qu un homme uiodernes, consciencieux se mêlera à des querelles de parti pour y porter la modération et la paix, il sera sûr de ne complaire à aucun et d'être tôt où tard calomnié par l'un et l'autre.

Nous nous sommes étendu plus que de coutume sur ce malheureux épisode Se notre histoire. C'est qu'il importait de démontrer par les faits la véritable idée qu'il faut s'en faire et que les historiens de notre époque ont méconnue, soit parce qu'ils se sont copiés les uns les autres trop fidèlement, soit que l'esprit irréligieux qui les a inspirés en trop grand nombre ait été dans tous également capable de les tromper. A les entendre, eux qui se vantent tant de servir Qui l'om calomnié

. ^ , - . avec toute cette pu-

les mtérets des peuples contre les tyranmques prétentions riode historique, des rois, il aurait fallu qu'en France, où étaient un gouvernement électif de sa nature et une charte établie du consentement de tous pour sauvegarder le bien de la nation contre les caprices du souverain, celui-ci pût à son gré déchirer les pactes, établir, malgré des traités jurés de part et d'autre, un héritier qui, n'étant lié par aucun engagement, pourrait détruire un jour le pacte fondamental, et,

(a) Rohrbaclier, Hist. ecclés., XI, p. 120 et suiv. — Mauléon, Les Cnrlov., II, 109,

Ris.

tout impressionné dans son éducation par la politique de sa mère, aurait jeté l'empire dans une série de lamentables aventures. Et ces observations ne sont même pas venues à Tesprit des écrivains français qui ont prétendu traiter la question avec une compétence magistrale! Amis et ennemis semblent s'être ligués pour blanchir Louis le Débonnaire de tant de fautes, et blâmer dans ses enfants, non seulement leurs impardonnables violences, mais jusqu'au droit qu'ils durent faire valoir de maintenir leur rang autour du trône impérial et de s'autoriser des lois dont le texte devait rester, de l'aveu de tous, sacré et inviolable. En cela, on reconnaîtra à Mézerai, à Velly, à INIontesquieu, à Diderot et à Fleury le prétendu droit de se faire des opinions philosophiques en dehors de la vérité : ce sont des gens de parti pris, et voilà tout... ; mais que cette voie soit aussi celle où marchent volontiers Longueval, Daniel, Bérault- Bercastel, c'est un malheur qui place des noms respectables au niveau de ceux des plus systématiques novateurs. C'est une preuve de plus que le gallicanisme est une infirmité capable d'égarer les meilleurs esprits. La critique moderne a fait justice de ces méfaits littéraires. On y verra donc plus clair en étudiant avec impartialité les écrits contemporains que nous avons cités, et en opposant aux contradicteurs de notre temps, les plus solides écrits de Rohrbacher, de Darras, de Charles de Barthélémy et de la Revue des questions historiques^ où plusieurs auteurs de talent n'ont pas manqué d'élucider la même question.

vigueried'Azat-ie- Avaut de clorc cetts année si agitée par les événements que nous venons de raconter, il faut consigner l'établissement qui se fît d'une viguerie en un lieu oublié depuis longtemps, et que le cours des choses précédentes nous a fait reculer jusqu'ici : c'est la viguerie d'Azat-le-Ris ou de Razais Gî), au lieu nommé Ratiastum ou Ratiatum, qu'il faut bien distinguer de celui que nous avons signalé sous

(a) Viraria Batiatcnsis ou Abziaco.

le nom de Rezé, à l'extrémité septentrionale du Poitou c^), car celui-ci était situé prés de la source du Saleron , petite rivière qui va se jeter dans TAnglin, près d'Ingrandes (Indre), après avoir baigné, en Poitou, les villages de Bourg- Archambault, de Saint-Léomer et de Béthines. Ce Rezais dont il s'agit ici était aussi alors de notre province, sur les confins de la basse Marche, et dans la circonscription actuelle d'Azat-le-Ris, qui appartient au canton du Dorât (23). On croit qu'il faut faire remonter cette viguerie jusqu'à 832 ; on en a des chartes des ix^ et x^ siècles (24). Un vaste terrain où son chef-lieu était assis n'est plus qu'un amas, qui s'efface tous les jours, de constructions ruinées où se trouvent encore des tombeaux en pierre, des ossements humains et des médailles romaines. Le peuple, vainqueur de tant d'autres et vaincu enfin avait donc là, sans doute à l'époque gallo-romaine, et peut-être antérieurement, un établissement de quelque importance. Un détail qui empêcherait de confondre cette viguerie avec celle de Rezé en bas Poitou, c'est qu'on y trouve au IX® siècle une villa de Saint-Maixent-le-Petit, placée- au bord du Saleron, et dont l'église était un prieuré de Saint- Cyprien de Poitiers. Enfin nous pouvons croire, en examinant les cartes et les divisions faites récemment des territoires qui comprenaient les parties avoisinantes du Poitou ou du Berry, que la viguerie d'Azat se composait du sol occupé par une villa de Cerbonius sur la Gartempe, de Saint-Maixent-le-Petit sur la Creuse, de Luray, qui était alors du Poitou et appartenait à Saint- Cyprien, et de plusieurs autres villages plus ou moins connus de nos jours, entre la Gartempe et la Creuse, et arrosés par l'Anghn (25), la Benaise et le Saleron. Nous avons cité quelquefois parmi les sources historiques Histoire de la charte

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