‹ Histoire générale, civile, religieuse et littéraire du Poitou (volume 4)Chapitre 10 sur 20 · IH · texte numérisé non relu

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déjà Pabbaye était dans une de ses phases les plus prospères.

Mais un autre fait réclame aussi notre attention quant luSSî&iinïiw^'t aux origines de la petite ville. Nous croyons qu'elles se confondent, comme partout à cette époque, avec celles de Tabbaye. L'existence d'une petite église de Saint-Saturnin est bien constatée simultanément avec l'arrivée des moines sur l'emplacement de Vauclair. C'est que déjà sans doute lorsque saint Maixent vint rejoindre le saint abbé Agapit dans les bois de Voulon , il apportait du Midi , où le culte de saint Saturnin était célèbre depuis l'an 257, quelques reliques du grand martyr. C'était l'usage des saints d'être toujours alors nantis de ces gages de la protection divine, et rien n'aura sembjé plus naturel aux solitaires du Clain que de construire un oratoire pour ces reliques. Plus tard, quand il fallut se transporter vers la Sévre, le précieux dépôt y fut emporté. De là, au centre de la nouvelle colonie une autre église du même vocable, où, selon toutes les traditions, le corps de saint Maixent fut inhumé en 515, ou transporté plus tard, avec la plus grande partie des religieux de Voulon, car ceux-ci ne durent laisser dans leur première demeure qu'un petit nombre de leurs frères pour y entretenir le prieuré. On peut croire aussi que cette église ayant été la première fondée à Vauclair , et s'étant agrandie selon le nombre toujours croissant des religieux, ceux-ci y vénérèrent à la fois les restes de saint Agapit, puis ceux de saint Maixent, ces derniers en ayant été retirés au milieu du X® siècle et transportés dans la grande église abbatiale rebâtie magnifiquement par l'abbé Ebles, frère du duc d'Aquitaine Guillaume Tête-d'Etoupes (a).

L'église de Saint-Saturnin était donc le plus antique sanctuaire de la petite ville. Plusieurs fois rebâtie, et au XII® siècle en beau style roman, elle fut victime en 1792 du vandalisme révolutionnaire qui la vendit, et le conseil municipal de 1809 la laissa démolir. (2S>

(a) Gallia Christianay II, Eccles, Pictav, — Du Tems, II, Ul et suiv.

'arlons maintenant d'un saint qui, pour n'avoir honoré ^oitou qu'après sa mort, n'en garde pas moins des droits otre vénération puisqu'il a donné son nom à une paroisse la contrée. Saint Macoux (29) était né vers 547 non. loin de letite ville, devenue épiscopde, d'Aleth, en Bretagne (30!. itait d'une famille riche et considérée, venue d'Angleterre ir s'établir en Armorique. Elevé dans un monastère il y t le goût de la piété, s'enflamma au zèle de la gloire de !U, de sorte que, malgré ses refus et sa fuite pour éviter i dignité qu'il redoutait, il fut sacré évêque régionnaire, s'employa dès lors à la conversion des païens, encore 5 nombreux sur les terres armoricaines. Des conversions Itipliées, des miracles qui les motivèrent souvent, le erminèrent, à la demande de ces, pauvres peuples, à ider parmi eux : ce fut l'origine du siège épiscopal ileth. Mais là ses succès, et les générosités des fidèles . contribuèrent par d'abondantes donations à former autour prélat un personnel de clercs et un groupe d'églises, îitèrent la jalousie des seigneurs voisins dont l'avarice l'ait avec peine ces pieuses profusions. Le saint devint ac pour eux une victime qu'ils tourmentaient de leurs 'sécutions, et moins désireux de se défendre que d'abantiner des fonctions rendues si difficiles , il s'échappa un ir sans rien dire de son dessein , et se réfugia providenllement chez le saint évêque Léonce , qui siégeait à intes, et qui le reçut à bras ouverts. Il y demeura quelque nps soit dans la solitude d'un monastère où il aimait à

recueillir, soit dans l'œuvre des visites pastorales où onee le suppliait de l'accompagner. Mais pendant que i succès de ce saint ministère consolaient l'un et l'autre

touchaient les peuples d'une salutaire édification, Dieu ngeait sur la ville d'Aleth les injustices que son évêque

avait souffertes. Une stérilité inattendue y avait causé la nine, d'où naissait la peste et une grande mortalité. Ces aux ouvrirent les yeux aux coupables ; on députa vers le int quelques-uns des personnages les plus considérables

pour le prier do revenir. Il ne s'y refusa point, et, avoir prié avec Léonce , il partit. A peine ses prei bénédictions avaient-elles été données à ce peuple rep que soudain le mal cessa, la santé revint, et après < récolte de la saison prochaine. Tout étant ainsi r Maeoux, dont la vieillesse était avancée, ne songea plu se préparer à la mort; il retournadans la solitude de Si où quelques mois après il expira dans les exercices ferveur et de la pénitence pendant la nuit du 15 au vembre 627, qui était un dimanche (31). Ses reliques quelques temps après rapportées à Aleth, où elles d rèrent jusqu'en 965. Alors elles commencèrent à êtr partagées par suite de la dévotion populaire exe l'occasion d'une translation qui s'en fit à Paris, ] Versailles et en d'autres villes. La Saintonge ne m pas d'en être favorisée. L'abbaye de Saint-Jean-d'^ fut dotée d'un bras tout entier, qu'elle donna à Monti de Poitiers dans le cours du xv« siècle. De là on voil ment ces saintes reliques purent se répandre dans diocèse et y devenir l'occasion de quelques fond pieuses (32).

Nous pensons que c'est dés le x' ou xi' siècle aura songé à construire la plus ancienne église rais nous sous le vocable de notre saint. Elle est située s tertre qu'arrose le cours de la Charente, entre Voulêi et Saint-Saviol (34), au point le plus occidental de V dissement de Civray. Cette église, détruite penda guerres du xv' siècle, fut rebâtie presque aussitôt, c l'indique son style. Nous ne savons comment elle ai du prieuré de Notre-Dame de Salles au diocèse de Lir Ce ne peut être que par une donation du fondateur, ou que primitivement elle aura été de la fondation de ce j aujourd'hui inconnu depuis longtemps. Sous le che l'église est une source où l'on porte encore, pour les dé les enfants qui tardent trop à se développer, dont qu nembres n'ont pas acquis leur souplesse, et qu'on i

macouins, par allusion au saint qu'o; eux. La même dévotion se remarque paroissiale dédiée à saint Mmxent source et d'une chapelle de Saint-Ma des villages voisins obtient encore ; construits des guérisons qui ne son que cette notoriété devrait favoriser ui évêque, et que l'Eglise de Poitiers 1 dans le Propre de ses saints un c éclairée peut regretter de ne pas y vi

I En 628, l'Austrasie changea de r Clotaire II auquel succéda Dagobert I de France. C'était là une dérogatior suivies sur l'hérédité du trône, toi défunt se partageant entre eux la to ruse de Dagobert créa cette innovatic secondé par des leudes intéressés u bientôt que de nombreux et puissants an les coutumes légales au profit du j déshérité du nouveau roi. Les consei persuadèrent de suivre la sage poli' le prince, tout en gardant lui-mômi sur tout le pays depuis la Loire dont les grandes qualités étaient \ l'estime de tous, toute l'Aquitaine qu depuis la Loire jusqu'aux Pyrénét royaume desWisigoths dont Poitiers

' Charibert prit donc le titre de roi quinzième monarque de cette contrée assez sagement pour se faire aimei préférèrent son gouvernement patern cieuses de son frère. Car celui-ci modération irréfléchie à des violences

(a) Valois, Ber. Franc., lib. XIX.

{b) Cilra Ligerem et limittes spaniEC. (Frédégar.

cruauté : son autorité parfois despotique et fantasque l'av fait presque toujours détester, du fond de la Provence a extrémités Nord du Poitou.

Charibert habita Toulouse, où il se fit une cour luxueu: Brave d'ailleurs et entreprenant, il réprima Thumeur tr remuante des Gascons, peuple voisin qui occupait avec partie septentrionale de l'Espagne, la Novempopulanie, ils n'avaient plus depuis le commencement de ce siècle c l'humble rang d'une nation tributaire (35). Ce fut un grs point de les avoir réduits à la raison (•>).

Nous avons parlé (&> de saint Àmand, ce jeune saint Poitou, qui, après s'être retiré à l'Ile-Dieu pour y vivre solitaire, s'était réfugié sur le tombeau de saint Martin Tours contre les obstacles mis à sa vocation. Nous retrouvons cette année 628 honoré de la dignité épiscopï et se chargeant d'une mission qui devenait fréquente à et époque, et marquait une évidente complaisance de Dieu faveur des peuples idolâtres du Nord de l'Europe. Il n'ai alors que quarante-quatre ans et les services qu'il a' déjà rendus à l'Eglise, les vertus qui faisaient de lui modèle du clergé, lui firent imposer le caractère épisco| Dès qu'il y eut été promu, il exerça le saint ministère qualité d'évêque régionnaire ou chorévêque, tant sans de dans le diocèse de Poitiers que dans ceux des environs, Aquitaine et en Neustrie. C'est là que s'étant trouvé è cour de Dagobert, trop fameux alors par ses désordres moeurs, et dont personne n'osait affronter la colère, le s; prélat se fît un devoir de rappeler au prince les inflexil jugements de Jésus-Christ contre les fauteurs de si déj rables scandales. Mais son courage indigna le coups qui le bannit de ses Etats. Amand sut en profiter p aller porter aux Gascons du Sud de l'Aquitaine la lum évangélique. Il y avait espéré le martyre, ces peuples é

(a) Fréd^aire, Chrome., c. xxi.

{b) Ci-dessns, ad am. 60t.

extrêmement b£irbares. Mais ses succès y furent abondants, et quand il en goûtait mieux le fruit car des conversions nombreuses qui le comblaient de joie, Dagobert, tombé malade et craignant enfin la justice de Dieu, touché d'ailleurs de la naissance de son fils Sigebert, rappela le saint, se jeta à ses pieds, en réparation de l'injure qu'il lui avait faite, et protestant de son sincère retour à une vie plus régulière, il le pria de baptiser le jeune prince et de se charger à l'avenir de sa direction. Mais Amand ne s'en livra pas moins à ses travaux dont nous verrons bientôt les glorieux résultats.

Un événement tout récent et d'un caractère surnaturel avait bien pu contribuer aussi à cette conversion et persuader au roi qu'il avait quelque chose de mieux à faire que de persécuter les saints de ses Etats. ' C'était en 629, Dagobert devenu depuis un an roi de ' Neustrie, de Bourgogne et d'Aquitaine, soutenait, nous l'avons vu, des guerres coûteuses et ne trouvait rien de plus efficace pour s'attacher ses troupes et leurs officiers que de piller les établissements ecclésiastiques. Cette ■ conduite lui était surtout inspirée par Centulfe , l'un de ses plus rusés courtisans. Ayant obtenu des ordres formels, l'astucieux flatteur s'appliqua à savoir la valeur estimative de toutes les propriétés des couvents, et en inscrivit la moitié comme revenant au trésor royal. Ces iniques opérations le forçaient à visiter ces saintes maisons dont pas une n'échappait à sa vigilance intéressée. Un jour sa marche dans la Vendée le mena du côté de Vertou où le monastère de Saint-Martin continuait à fleurir. Il procéda de la même manière et les moines n'eurent qu'à céder, comme tant d'autres, de peur d'éprouver un pire sort. Centulfe en rendant compte au roi de son voyage ne craignit pas de grossir, aux dépens de la vérité, les possessions des religieux, et lui persuada de ne leur en laisser que le tie"s, bien suffisant, disait-il, pour des gens qui n'ayant qu'à se suffire à eux-mêmes, devaient se contenter de peu et

du reste au service du roi. A ces flatteries il proposition de faire sans retard adjuger ces u prince et réussit à se faire préposer à l'opération. lonc à Vertou, il y fut honorablement reçu par à qui il assura qu'il venait pour obéir au roi, et d'une telle charge ; ce à quoi les moines se it de répondre que s'il en était ainsi il ne pouvait 3 le leur prouver. C'est pourtant ce dont le traître i moins. A peine introduit, il s'attable au plus ge un dîner somptueux avec son escorte, et e quelle façon on s'y prendra le lendemain. ! repas, où la gafté ne manquait point, les frères, é, veillaient à l'église, prés des cendres vénérées irtin, et le suppliaient avec larmes de les protéger justes exactions.

, bien repu, songea à prendre son repos ; on lui ^^iunniJettJmmeilleur Ht de la maison, et déjà il payait ces > prévenances en i^ant sous cape des humiliations geait aux pauvres saints. Mais voilà qu'au plus n sommeil il voit tout à coup deux hommes à rrible, aux vêtements resplendissants, debout , et qui, d'un air irrité, lui demandent s'il dort. , dit Centulfe avec son arrogance ordinaire , quel ent qui ose ainsi m'éveiller? » — «Ce sont,' les deux personnages, saint Jean et saint Martin, éprises, et dont tu viens, insolent toi-même, ludacieusemant l'héritage. Sache que tu vas punition de ton crime. » Et aussitôt saint Jean ! sur le ventre jusqu'à en faire sortir les entrailles, ireux s'efforce de se lever et n'ouvre les yeux rair saint Martin, qui, de sa crosse abbatiale, lui lement la tête. Eperdu, il pousse de formidables réveillent ses compagnons de voyage. Ceux-ci it sa chambre. Stupéfaits, ils l'interrogent. Il leur i pleurant ce qui lui arrive, et quelles mains l'ont ; iJ expire devant eux. • Depuis cet événement,

ite le chroniqueur, personne n'osa plus rien entreprendre re le domaine de saint Martin ni se mal comporter en ane façon envers les frères de la communauté. » On ne . que louer cette prudence (■"i.

agobert, qui, apparemment, dut apprendre ce qui sMtait >é, ne crut pas devoir accuser les moines d'assassinat, igarda comme valable la déposition de tant de témoins lui en dirent des nouvelles. Tout plein de révénement, 1 tint persuadé , avec tous les seigneurs les plus entrelants de la contrée, qu'il n'était pas trop sûr de s'en idre à Dieu et à ses saints.

3 fut en 630, quand tout souriait à Charibert dans sa i'elle royauté, qu'il fut à Orléans tenir sur les fonts du ,ême le fils de son frère, ce jeune prince qu'on nomma ibert (le Victorieux), et que baptisa saint Amand. La ume d'imposer des noms de saints au baptême n'avùt

encore prévalu chez les Francs, quoique déjà fort enne parmi les chrétiens. tJne nation guerrière aimait Durvoir ses enfants d'appellations qui lui semblaient iter un présage de bonheur ou de gloire. En cette ision, celle-ci n'eut rien d'heureux pour ce père qui blait y compter. En effet, Charibert ne put regagner louse. Etant, à son retour, tombé malade à Blaye(37), ourut à vingt-sept ans, en 631 (38). On ressentit vivement s ses Etats cette perte d'autant plus cruelle qu'il y ét^l ^ersellement aimé pour sa sagesse et la douceur de sod vernement autant que pour sa bonté personnelle w.

avïût un fils de trois ans qui lui succéda sans contes- )n sous le nom de Childéric, on ne sait quel seigneur chargé de sa tutelle ; peut-être fût-ce sa mère Giselle,

d'un duc de Gascogne , qui lui avait apporté en dot le ité de Bigorre (39) et la seigneurie de Bôarn w (48). )i qu'il en soit, le jeune roi ne porta que quelques mois

I Miracula et translation B. Martini, flpud Bolland., ai octob., p. 811.

) Tous les liistorieiu.

) ^rl de vérifier les dates, III, i05.

le fragile. On soupçonna Dagobert de Tavoir ner, comme U avait fait à son père, disait-on (a). torïens ctierchent à disculper Dagobert de ce !. Mais sa conduite donnait trop à le faire Outre qu'après avoir donné, pendant les nées de son régne, des exemples de royales n grand respect pour les évêques attirés à sa les conseils l'avaient plus dMne fois secondé >s louables de son gouvernement; outre qu'à ité chrétienne il avait fait succéder de scandaches et de nombreuses preuves d'une tyrannie ; ne coûtait pas assez, on se rappelle qu'en :hô d'Aquitaine à Charibert pour lui en faire iéguisé sous le nom de royaume , il n'y avait ilgré lui, et sa conduite aussitôt la mort du autorisa contre lui les plus tristes conjectures, ux autres 61s plus jeunes étaient nés de voir : Boggis et Bertrand, dont Tun des deux devait au moins porter la couronne de son frère atné. 11 en fut autrement. Sans s'appuyer d'aucune autre raison que son bon plaisir, le roi de France s'empara de l'Aquitaine, qu'il réunit à ses Etats. Puis il envoya aussitôt un certain Barontus (« à Toulouse, le chargeant de s'emparer des trésors de Charibert et de les lui apporter. Aussi peu délicat dans l'exécution de ces ordres que celui qui les avait donnés, le duc s'entendit avec les trésoriers de l'épargne, qui partagèrent avec lui la riche dépouille. On ne sait ce qui en survint; mais il faut croir.e que Pinfidële délégué sut donner quelques mauvaises excuses à sa conduite, car il n'éprouva pas la disgrâce du roi, et fut quatre ans après un des chefs envoyés sous le commandement supérieur de son référendaire Chadouin contre les "ascons révoltés w.

(a) Préd^faire, Chrùmc., t. lxvii.

(() Il est appelé aussi dans Frëdégaire, BarODins. (Cf. C. LXX. 8.)

(c) Frédégaire, c. LXlx.

HISTOIRE GÉNÉRALE DU POITOU (631t

agobert n'en ressaisit pas moins, aussitôt après la mort son frère, tout ce royaume de Toulouse qu'il avait ndonné avec tant de peine moins de dix ans auparavant. e crut pas pouvoir mieux en prendre possession qu'en courant toute l'Austrasïe pour s'y faire reconnaître; i il descendit vers sa partie méridionale qu'il visita en rêtant dans ses principales villes. Ce fut alors sans te que sa vieille rancune contre Sadragésile se ranima itant plus qu'il put entendre le concert de malédictions lui vinrent j:ontre lui de toutes les parties du Poitou, n sait comment ce comte s'était attiré la haine de ;obert, mais qu'après une réconciliation ménagée par le Ciotaire II, il était devenu un des officiers de son fils Aquitaine. C'était du Poitou qu'il avait été chargé ; et,

un penchant de préférence, il habitait moins Poitiers .le Châtelleraudais, où il s'était fait une villa délicieuse s une vallée aboutissant à la Vienne, où fut bâti

après le prieuré de Saint-Denis-en-Vaux (4!|. Cette ipérité n'empêchait pas les populations poitevines de ster le gouverneur, qui les vexait toujours de nouvelles :s, et dont l'administration n'était qu'un tissu de conti- Jes injustices. C'est de quoi le roi ne manqua pas de ivoir des plaintes amères, d'autant plus contraires à son ème de gouvernement que lui-même avait toujours aimé peuples jusqu'à leur éviter les moindres pressions. 11 itua le duc de sa charge, et celui-ci allait disparaître a province, lorsque, retardant trop son dépîui au gré ;eux que sa disgrâce rendait plus audacieux, on excita ;re lui une émeute dans laquelle il fut tué en 635. H t deux fils, qui ne s'embarrassèrent pas tant après eute apaisée de venger la mort de leur père que de [■ des biens qu'il leur laissait. Or, c'était une loi passée sage chez les Francs qu'une telle négligence devait et e ie, parce qu'elle ne répugnait pas moins au sentime it a famille qu'à l'honneur militaire, celui-ci étant un d s ids mobiles de la vie publique chez les grands.

Dagobcrt, qui peut-être ne demandait pas mieux q d'avoir un prétexte aune sévérité d'ailleurs légale, confisq sur les fils tout leur patrimoine en Poitou, où il paraît qi était considérable, et il en donna la gestion proviso aux moines de Saint-Denis, qu'il aimait particulièreme

Ces religieux ne pouvaient, en se livrant aux soins ag coles et à la gestion de la propriété, appelée alorfi plumba sans doute parce que Téglise était couverte en plomb M, pas s'y établir en une demeure qui répondît aux exigen( de leur vie commune ; ils fondèrent donc dans la mais seigneuriale un prieuré auquel nomma toujours ensi l'abbé de Saint-Denis.

Dagobert ne tarda pas à abandonner à l'abbaye qui a% ses prédilections la propriété tout entière ; et dès ce mom le pays, en se défrichant des vertes et épaisses forêts qui couvraient, vit naître' sur toute son étendue, et en dehi même des limites du prieuré, de nombreuses paroisi qui jouissent encore de la vie religieuse qu'elles doivent. Une église paroissiale fut construite à l'endi même et entre les deux coteaux qui limitaient la pe vallée, sous les vocables de Notre-Dame, des saints Ang et du saint apôtre de Paris (W). Antran (43), Dangé (. Ingrande (45), Oyré (46), Moussay (47), Saint-Gervs d'Avrigné (48), Saint-Martin-de-Quinlieu (49), Saint-Hilai de-Laigny (50), Saint-Remy-de-Leigné-sur-Usseau {] Antogny (52), devinrent autant de paroisses à la nominati' soit de l'abbé de Saint-Denis, soit du prieur de Va Outre ces établissements, les auteurs du temps se plais à nommer aussi, comme dépendances du même ceni certains autres lieux dont les noms appartiennent encor des localités de la Touraine et du Loudunais, telles pi ce dernier pays que Nieuil (53) (sur-Dive?), Pouant ( Angliers (55), et autres moins considérables, ce qui proi combien étaient nombreuses les propriétés que Sadragé:

(a) Et plus lard Bccletia de Vallata, puis Vallala tout court, d'où l'on a Vaux, le nom actuel.

326 HISTOIRE GÉNÉRALE DU POITOl

soDimpgtMM. s'était faites dans le pays. Quant au ] c'était, à en juger par les éloges qu'a fait porain qui l'avait habité plusieurs an mort, une charmante solitude aussi d séduisants paysages que par les silencie ne troublaient ni les vents importuns, i étendue de la perspective. Nulle part aill de plus abondantes *moîssons ni des fru Tout y réussit : vins et semences. Prés di considérable, celle de Châtellerault, do renouvelaient pour la petite commune diminuer de sa riche végétation, non loir déjà remarquable w qui offrait aux religie de son industrie et de ses relations agréa souvenirs, on le voit, ne manquent pa mettent sous nos yeux cette contrée à venait de donner un genre de vie et d' profitable que la vie mouvementée par 1 plaisirs bruyants du grand seigneur qui songé qu'à lui seul (56).

Cette prédilection que nous voyons à I cher monastère de Saint-Denis a fait n; Poitiers jouerait un trop grand rôle pour q omettre d'en parler. L'histoire n'a pas toi les faux ermites ; elle doit souvent les m< établir la valeur et en finir avec de fau manquent de toutes les apparences de la ul?£'S^'iill'** ^^ moine du ix" siècle, resté anonym vie de Dagobert, mérita par sa crédulité i nom de faiseur de fables (rt, et en a Imï une preuve aussi complète que possible (5 roi, accusé de ce même fait par beaucoup

(a) OpptdDin.

(6) Habilloii, ^iih. Bewdict., II, 3TS.

(r) ANOnymtu (abulator.

qui l'ont trop suivi, et même par le chroniqueur de Saint- Denis, aurait marché lui-même contre les Gascons révoltés sous le regard de son fils Charibert, en Aquitaine, sans doute quand celui-ci vint si vaillamment à bout d'une révolte très effective de ce peuple en 631, ce qui n'empêche pas les nombreux historiens qui en parlent, de reporter ce fail apocryphe à l'année 635 à laquelle il devrait plus raisonnablement se rattacher. Comme les Poitevins se seraient rangés du côté des révoltés à cause de la trop grande charge des impôts (a), le roi, au retour de son expédition, aurait pris et ruiné leur ville jusqu'à y faire passer la charrue et semer de sel le terrain rasé de ^ous ses monuments, selon la coutume des Romains envers les cités condamnées par les lois de la guerre à ne jamais se relever (*). Mais cette ville ainsi maltraitée n'était pas le Poitiers actuel : c'était toujours, d'après ces auteurs, celle appelée de temps immémorial le Vieux-Poitiers, par opposition avec la nôtre, qui serait donc'le Nouveau-Poitiers. Des richesses que le vainqueur aurait emportées, .on estimait surtout des portes de bronze de l'église de Saint- Hilaire, un bénitier de porphire, un aigle ou lutrin de cuivre, travail de saint Ëloi, disait-on. Enfin le roi aurait aussi pris et donné à sa chère abbaye de Saint-Denis les reliques de notre saint docteur. Un accident de cette translation aurait seul privé l'illustre monastère d'une portion essentielle de cette générosité, c'est que l'une des grandes portes de bronze aurait échoué dans la Seine, ou on ne l'a jamais retrouvée (58).

On voit qu'il y a ici autant d'erreurs que d'assertions, outre qu'on n'a jamais parlé de cette révolte, les Poitevins étant trop éloignés des Geiscons pour leur porter secours é travers l'Angoumois,- le Périgord et les autres provinces fidèles au roi de Toulouse. Il est croyable au contraire qu(

(a) Dit Hézeray, ad ann. 635.

<b) Gaguin, Hat. Franc., lib. III. — Hauteserre, Ub. XVIII, p. 102.

Poitou, comme toutes les provinces de la seconde aine, dut fournir son contingent de guerriers contre ces ?ers auxquels rien ne les attachait. On sait d'ailleurs e Poitou n'avait aucune raison de desservir un prince ai avait toujours été favorable. D'autre part celui-ci jamais venu sur notre territoire, s'étant contenté, selon labitude, de dépêcher des troupes sous la conduite du ïndaire Chadouin, comme nous l'avons dit plus haut m. deviennent alors les fameuses dépouilles de s^t 'e, et la ville détruite de fond en comble, et ce Viciu?ers dont rien ne resterait en 635 et que nous verrons ■noins en 742 à Tétat de palais ou de mansion royale, larloman et Pépin se partageront le royaume des es, et où, plus de cent ans après, en 849, séjounia les le Chauve, qui y donna une charte en faveur du istère de Saint-Florent-Ie-Vieil en Anjou ?c*j Ajoutons ii notre Poitiers avait été bâti au vi^ siècle, on sérail embarrassé pour concilier cette date avec les monus romains dont le sous-sol y est encore si riche, ment expliquer aussi la présence de ceux qui y ent encore et dont l'époque archéologique répond iamment à toutes ces fables? Ce qui est d'ailleurs itestable, c'est qu'aucun historien sérieux n'y a jamais et que les plus accrédités même regardent, avec )in, toutes ces prétendues traditions comme apohe (e).

1 saint, qui devait avoir vers le milieu de ce siècle une de influence sur les affaires religieuses du Poitou, doit signalé comme ayant ici une origine mémorable. C'est l Filibert, illustre ipoine que Dieu disposait déjà à nir le fondateur de Jumièges, en Normandie, de

Gesla Da^ob., c. xxxvi, apud. Bouquet, 11, 589.

L'abbi Bellay, Dis$ertiUion dans le Mém. de l'Aead. det Itucriptùit,

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